ACTE II


L'Appartement de Des Grieux et de Manon 
Rue Vivienne) 

Scène Première 

(Des Grieux est assis devant un petit 
 bureau-secrétaire; Manon s'avance doucement
 derrière lui et cherche à lire ce qu'il écrit.) 

DES GRIEUX 
(s'arrêtant d'écrire et d'un ton de reproche) 
Manon! 

MANON 
(gaiement) 
Avez-vous peur que mon visage frôle 
Votre visage? 

DES GRIEUX 
Indiscrète Manon! 

MANON 
Oui, je lisais sur votre épaule... 
Et j'ai souri, voyant passer mon nom! 

DES GRIEUX 
J'écris à mon père et je tremble
Que cette lettre, où j'ai mis tout mon coeur,
Ne l'irrite... 

MANON 
Vous avez peur? 

DES GRIEUX 
Oui, Manon, j'ai très peur... 

MANON 
Eh bien! il faut relire ensemble... 

DES GRIEUX 
Oui, c'est cela, ensemble, relisons! 

MANON 
(lisant; simplement) 
On l'appelle Manon: elle eut hier seize ans. 
En elle tout séduit... la beauté, la jeunesse, la grâce;

(expressif)

nulle voix n'a de plus doux accents,
Nul regard, plus de charme avec plus de tendresse... 

DES GRIEUX 
(répétant avec ardeur) 
Nul regard plus de charme avec plus de tendresse! 

MANON 
(s'arrêtant de lire) 
Est-ce vrai? Moi, je n'en sais rien; 

(tendrement) 

Mais je sais que vous m'aimez bien! 

DES GRIEUX 
(avec élan) 
Vous aimer? Vous aimer?
Manon... je t'adore! 

MANON 
(se dégageant) 
Allons... Monsieur, lisons encore! 

DES GRIEUX 
(lisant) 
Comme l'oiseau qui suit en tous lieux le printemps, 
Sa jeune âme à la vie,
Sa jeune âme est ouverte sans cesse;
Sa lèvre en fleur sourit et parle 
Au zéphyr parfumé qui passe et la caresse! 

MANON 
(répétant) 
Au zéphyr parfumé qui passe et la caresse! 

(pensive) 

Il ne te suffit pas alors de nous aimer? 

DES GRIEUX 
(avec chaleur) 
Non! Je veux que tu sois ma femme! 

MANON 
(de même) 
Tu le veux? 

DES GRIEUX 
Je le veux, et de toute mon âme! 

MANON 
Embrasse-moi donc, chevalier! 

(Ils s'embrassent) 

Et va porter ta lettre. 

DES GRIEUX 
Oui, je cours la porter! 

(Il se dirige vivement vers la porte, 
et s'arrête et regarde un bouquet qui est 
placé sur la cheminée. Avec trouble) 

Voilà des fleurs qui sont fort belles, 
D'où te vient ce bouquet, Manon? 

MANON 
(vivement) 
Je ne sais pas. 

DES GRIEUX 
(sérieux) 
Comment, tu ne sais pas? 

MANON 
(riant) 
Beau motif de querelles! 

(avec une feinte insouciance) 

Par la fenêtre, on l'a lancé d'en bas...
Comme il était joli, je l'ai gardé... 
Je pense que tu n'est pas jaloux? 

DES GRIEUX 
(tendrement) 
Non, je puis te jurer
Que je n'ai de ton coeur aucune défiance. 

MANON 
Et tu fais bien! Ce coeur est à toi tout entier! 

(On entend un bruit de voix au dehors.) 

DES GRIEUX 
Qui donc se permet un pareil tapage? 

LA SERVANTE 
(entrant effarée) 
Deux gardes du corps sont là qui font rage!
L'un se dit le parent de madame... 

MANON 
(rassurée) 
Lescaut! C'est Lescaut! 

LA SERVANTE 
(bas à Manon et vite) 
L'autre c'est... ne parlons pas trop haut, 
L'autre, c'est quelqu'un qui vous aime,
Ce fermier général qui loge près d'ici... 

MANON 
(bas et émue) 
Monsieur de Brétigny? 

LA SERVANTE 
(bas) 
Monsieur de Brétigny. 

(Le bruit redouble.) 

DES GRIEUX 
Cela devient trop fort et je vais voir moi-même... 

Scène Seconde

(Au moment où il va s'élancer, la porte s'ouvre.
Entrent Brétigny et Lescaut costumé en garde 
du corps) 

LESCAUT 
(brusquement) 
Enfin, les amoureux,
Je vous tiens tous les deux! 

BRÉTIGNY 
Soyez clément, Lescaut, songez à leur jeunesse... 

LESCAUT 
(à Des Grieux avec insolence) 
Vous m'avez, l'autre jour, brûlé la politesse,
Monsieur le drôle! 

DES GRIEUX 
(vivement) 
Hé là! parlez plus doucement 

LESCAUT 
(ironique) 
Plus doucement! 

DES GRIEUX 
(calme et menaçant) 
Plus doucement! 

LESCAUT 
C'est à tomber foudroyé sur la place!
J'arrive pour venger l'honneur de notre race,
Je suis le redresseur, je suis le châtiment,
Et c'est à moi qu'on dit de parler doucement! 
de parler doucement! 

BRÉTIGNY 
Contiens-toi! 

LESCAUT 
(presque parlé) 
Coquin! 

BRÉTIGNY 
Retiens-toi! 

DES GRIEUX 
C'est bien! je vais vous couper les oreilles! 

LESCAUT 
(presque parlé; à Brétigny; 
feignant de n'avoir pas compris) 
Hein? Qu'est-ce qu'il dit? 

BRÉTIGNY 
(à Lescaut' en riant) 
Qu'il va vous couper les oreilles. 

LESCAUT 
Vit-on jamais insolences pareilles?
Il menace! 

BRÉTIGNY 
Ça m'en a l'air... 

LESCAUT 
Par la mort!... 

BRÉTIGNY 
(le contenant) 
Lescaut! 

LESCAUT 
... par l'enfer! 

MANON 
Ah! chevalier, je meurs d'effroi! 
je meurs d'effroi!
Je le sais bien, je suis coupable!
Veillez sur moi!
Ah! chevalier!
Je meurs d'effroi!
Veillez sur moi!
Ah! c'en est fait!
Son regard courroucé m'accable!
Je meurs d'effroi!
Je meurs d'effroi! 

DES GRIEUX 
O Manon, soyez sans effroi!
Comptez sur moi!
Seul de nous deux je suis coupable!
Comptez sur moi!
O cher amour!
Ne tremblez pas!
Comptez sur moi!
Il sera bientôt plus traitable!
Manon! comptez sur moi!
Manon! comptez sur moi! 

LESCAUT 
Coquin! 

(à Brétigny) 

Retenez-moi! retenez-moi! retenez-moi!
Drôle! Retenez-moi!
Je sais de quoi je suis capable!
Retenez-moi! je sais de quoi je suis capable!
Quand il faut punir un coupable!
Retenez-moi! retenez-moi!
Drôle! Coquin! Drôle! retenez-moi!
Coquin! Je veux punir!
Retenez-moi! Retenez-moi! Retenez-moi! 

BRÉTIGNY 
(le contenant) 
Lescaut! Contiens-toi, Lescaut
Allons! contiens-toi, Lescaut!
Le remords les accable!
Vois! Chacun d'eux est coupable!
Le remords les accable!
Allons! de l'indulgence,
Contiens-toi, Lescaut!
Lescaut! contiens-toi!
Retiens-toi! 

(à Lescaut; s'interposant) 

Lescaut! Vous montrez trop de zèle! 
Expliquez-vous plus posément. 

LESCAUT 
(Avec importance) 
Soit, j'y consens. 

(à Des Grieux) 

Mademoiselle
Est ma cousine et je venais très poliment... 

DES GRIEUX 
(menaçant encore) 
Très poliment? 

LESCAUT 
Très poliment; oui, je venais très poliment
Dire: "Monsieur, sans vous chercher querelle... 
"Répondez: Oui, répondez: Non,
Voulez-vous 

(à volonté) 

épouser Manon?" 

LESCAUT ET BRÉTIGNY 
(avec joie) 
La chose est claire,
Entre lurons

LESCAUT
Et bons garçons

BRÉTIGNY
C'est ainsi qu'on traite une affaire!

LESCAUT
C'est ainsi qu'on traite une affaire!

BRÉTIGNY
Entre lurons et bons garçons

LESCAUT ET BRÉTIGNY
La chose est claire,
Entre lurons,

LESCAUT
Et bons garçons

BRÉTIGNY
Oui, c'est ainsi: 

LESCAUT
Voilà l'affaire! 

BRÉTIGNY 
(à Des Grieux riant) 
Eh bien, êtes-vous satisfait? 

DES GRIEUX 
(riant) 
Ma foi, je n'ai plus de colère,
Et votre franchise me plaît. 

BRÉTIGNY ET LESCAUT
(riant) 
C'est ainsi qu'on traite une affaire!
Entre lurons et bons garçons!
La chose est claire,
Entre lurons,
Oui, c'est ainsi; c'est l'affaire! 

LESCAUT 
Voilà l'affaire! 

DES GRIEUX 
(à Lescaut) 
Je venais d'écrire à mon père... 

(montrant sa lettre) 

Avant qu'on y mette un cachet,
Vous lirez bien ceci, j'espère... 

LESCAUT 
(prenant la lettre) 
Volontiers! 
Mais, voici le soir... 

(observant Manon et Brétigny) 

Allons, tous deux, pour y mieux voir, 

(éloignant Des Grieux avec intention) 

Nous placer près de la fenêtre, 
Et là nous lirons votre lettre... 

(Lescaut est remonté vers le fond avec 
Des Grieux. Brétigny reste  près de Manon.) 

MANON 
(à Brétigny furtivement) 
Venir ici sous un déguisement! 

BRÉTIGNY 
(à Manon de même) 
Vous m'en voulez? 

MANON 
Certainement...
Vous savez que c'est lui que j'aime! 

BRÉTIGNY 
J'ai voulu vous avertir, moi-même,
Que ce soir de chez vous on compte l'enlever... 

MANON 
Ce soir? 

BRÉTIGNY 
Par ordre de son père! 

MANON 
(avec émotions et surprise) 
Par ordre de son père! 

BRÉTIGNY 
Oui, ce soir, ici même on viendra l'arracher... 

MANON 
(faisant un pas) 
Ah! je saurai bien empêcher... 

BRÉTIGNY 
(l'arrêtant) 
Prévenez-le, c'est la misère Pour lui, pour vous... 

(à voix basse, de très près) 

Ne le prévenez pas...
Et c'est la fortune, au contraire,
Qui vous attend... 

MANON 
(avec crainte) 
Parlez plus bas! 

LESCAUT 
(Lisant en accusant chaque syllabe) 
"On l'appelle Manon, "

BRÉTIGNY 
(bas à Manon avec fièvre) 
Ne le prévenez pas! 

MANON 
(à Brétigny) 
Jamais... 

LESCAUT 
"Elle eut hier seize ans..." 

BRÉTIGNY 
Cédez... 

MANON 
Parlez plus bas... 

LESCAUT 
"En elle tout séduit... "

(changeant de ton) 

Que ces mots sont touchants! 

BRÉTIGNY 
C'est la fortune! 

MANON 
Jamais! 

DES GRIEUX 
Ah! Lescaut, c'est que je l'adore, 

(simplement) 

Laissez-moi vous le dire encore! 

LESCAUT 
(riant) 
Que ces mots sont touchants! 

BRÉTIGNY 
Manon! Manon! 

MANON 
Parlez plus bas! 

BRÉTIGNY 
Voici l'heure prochaine
De votre liberté! 

DES GRIEUX 
(à Lescaut) 
C'est que je l'adore! 

MANON 
(à part) 
Quel doute étrange et quel tourment! 

LESCAUT 
Vous l'épousez? 

BRÉTIGNY 
Manon! Manon! , 

LESCAUT 
(lisant) 
"Comme l'oiseau qui suit... le printemps... "

BRÉTIGNY
bientôt vous serez reine,

MANON
Dans mon coeur troublé quel délire! 

LESCAUT
(corrigeant lui-même) 
"en tous lieux le printemps..."

DES GRIEUX
C'est que je l'adore!

BRÉTIGNY
Reine par la beauté!

MANON
Quel doute étrange et quel tourment! 

BRÉTIGNY
Manon, vous serez reine par la beauté!

DES GRIEUX
Lescaut! laissez-moi vous le dire encore... 

LESCAUT
Poésie... Amour!

MANON
Ah! quel tourment, pour mon coeur troublé,
quel tourment!

LESCAUT
"Sa jeune âme à la vie... "

MANON
Ah! quel tourment, pour mon coeur!

BRÉTIGNY
¡Vous serez Reine!

DES GRIEUX
C'est que je l'adore!

LESCAUT
Poésie!
"Est ouverte sans cesse..."

MANON
Partez!

BRÉTIGNY
Ecoutez-moi!

MANON
Ah! Quel tourment pour mon coeur troublé!

DES GRIEUX
C'est que je l'adore!

BRÉTIGNY
Vous serez reine par la beauté!
Ecoutez-moi!

MANON
Ah! Partez! Ah! Partez!

LESCAUT 
C'est parfait!
on ne peut mieux dire
Et je vous fais mon compliment! 

(à Manon) 

Cousine, 

(à Des Grieux) 

et vous, cousin, 

(avec importance) 

je vous rends mon estime! 

(à tous deux) 

Prenez ma main, car ce serait un crime
De vous tenir rigueur; 
Enfants, je vous bénis... 

(avec un attendrissement comique) 

Les larmes... le bonheur... 

(à Brétigny à part, changeant de ton) 

Partons-nous? 

DE BRÉTIGNY 
(changeant de ton) 
Je vous suis! 

LESCAUT ET BRÉTIGNY 
(Entre eux, en s'en allant) 
La chose est claire!
Entre lurons

LESCAUT
Et bons garçons,

BRÉTIGNY
C'est ainsi qu'on traite une affaire! 

LESCAUT
C'est ainsi qu'on traite une affaire! 

BRÉTIGNY 
Entre lurons et bons garçons!

(Ils sortent, les répliques suivantes sont 
entendues au loin) 

LESCAUT 
Entre lurons et garçons...
Voilà l'affaire! 

Scène Troisième

MANON 
(pensive, à elle-même) 
Dans mon coeur... quel tourment... 

DES GRIEUX 
(à lui-même, joyeusement) 
Puisse du bonheur où j'aspire
Le jour se lever souriant! 

(Entre la servante avec une lumière.
Le passage suivant est parlé) 

Que nous veut-on? 

LA SERVANTE 
C'est l'heure du souper, Monsieur. 

DES GRIEUX 
C'est vrai pourtant. Et je n'ai pas encore porté 
ma lettre! 

(La Servante dispose le couvert pour le souper) 

MANON 
Eh bien, va la porter 

DES GRIEUX 
(indécis) 
Manon! 

MANON 
Après? 

DES GRIEUX 
(tendre et lent) 
Je t'aime, je t'adore!
Et toi, dis, m'aimes-tu? 

MANON 
Oui, mon cher chevalier, je t'aime... 

DES GRIEUX 
(avec un ton de reproche) 
Tu devrais, en ce cas, me promettre... 

MANON 
Quoi? 

DES GRIEUX 
(changeant de ton) 
Rien du tout. Je vais porter ma lettre 

(Il sort, laissant Manon seule) 

Scène Quatrième

MANON 
(Très troublée) 
Allons!... il le faut pour lui-même...
Mon pauvre chevalier! 
Oh! Oui, c'est lui que j'aime!
Et pourtant, j'hésite aujourd'hui...
Non! non! je ne suis plus digne de lui!
J'entends cette voix qui m'entraîne
Contre ma volonté:
"Manon, tu seras reine,
Reine... par la beauté!" 

(avec reproche) 

Je ne suis que faiblesse et que fragilité... 
Ah! malgré moi je sens couler mes larmes.
Devant ces rêves effacés
L'avenir aura-t-il les charmes
De ces beaux jours déjà passés?... 

(Manon s'est approchée peu à peu de
 la table toute servie. Avec émotion
 et simplicité) 

Adieu, notre petite table
Qui, nous réunit si souvent!...
Adieu, adieu notre petite table,
Si grande pour nous cependant! 

(avec un triste sourire) 

On tient, c'est inimaginable,
Si peu de place... en se serrant...
Adieu, notre petite table!..
Un même verre était le nôtre,
Chacun de nous, quand il buvait,
Y cherchait les lèvres de l'autre... 
Ah! Pauvre ami, comme il m'aimait!
Adieu... notre petite table. 

(avec un sanglot) 

Adieu! 

(Entendant Des Grieux, à part et vivement) 

C'est lui! Que ma pâleur ne me trahisse pas! 

Scène Cinquième

DES GRIEUX 
(avec élan) 
Enfin, Manon, nous voilà seuls ensemble! 

(Il s'approche d'elle.) 

Eh quoi?... des larmes? 

MANON 
Non! 

DES GRIEUX 
Si fait, ta main tremble... 

MANON 
(s'efforçant de sourire) 
Voici notre repas. 

DES GRIEUX 
C'est vrai, ma tête est folle!
Mais le bonheur est passager,
Et le ciel l'a fait si léger
Qu'on a toujours peur qu'il s'envole!
A table! 

MANON 
A table! 

DES GRIEUX 
Instant charmant, où la crainte fait trêve,
Où nous sommes deux seulement! 

(simplement) 

Tiens, Manon, en marchant, 
je viens de faire un rêve. 

MANON 
(avec amertume, à part) 
Hélas! qui ne fait pas de rêve? 

DES GRIEUX 
(à Manon avec intimité) 
En fermant les yeux, je vois là-bas... 
une humble retraite,
Une maisonnette toute blanche au fond des bois
Sous ses tranquilles ombrages
Les clairs et joyeux ruisseaux,
Où se mirent les feuillages,
Chantent avec les oiseaux!
C'est le paradis!... Oh non!
Tout est là triste et morose,
Car il y manque une chose,
Il y faut encore Manon! 

MANON 
(doucement) 
C'est un rêve, une folie! 

DES GRIEUX 
Non! Là sera notre vie!
Si tu le veux, ô Manon, 

(On entend frapper à la porte.) 

MANON 
(à part) 
Oh ciel! déjà! 

DES GRIEUX 
Quelqu'un? 

(gaiement) 

Il ne faut pas de trouble fête... 

(se levant) 

Je vais renvoyer l'importun... 

(souriant) 

Et je reviens... 

MANON 
(troublée) 
Adieu! 

DES GRIEUX 
(étonné) 
Comment! 

MANON 
(avec embrassade et émotions contenue)
Non! Je ne veux pas! 

DES GRIEUX 
(insistant) 
Pourquoi? 

MANON 
(de même) 
Ah!
Tu n'ouvriras pas cette porte!
Je veux rester dans tes bras! 

DES GRIEUX 
(se dégageant doucement) 
Enfant!... laisse-moi... 

MANON 
Non! 

DES GRIEUX 
Que t'importe! 

MANON 
Non! 

DES GRIEUX 
Allons! 

MANON 
Je ne veux pas! 

DES GRIEUX 
Quelque inconnu!... 
C'est singulier!
Je le congédierai d'un façon polie,
Je reviens.. 
nous rirons tous deux de ta folie!

(Il l'embrasse et sort. On entend un bruit de lutte.
Manon se lève et court vers la fenêtre. 
Elle entend une voiture qui s'éloigne.) 

MANON 
Mon pauvre chevalier! 

(Manon paraît en proie à la plus vive douleur.) 

RIDEAU
ACTO II


(El apartamento de Manón y Des Grieux 
en la calle Vivienne)

Escena Primera

(Des Grieux está sentado delante de un pequeño
escritorio; Manón se acerca despacio
por detrás de él e intenta leer lo que escribe)

DES GRIEUX
(Para de escribir y con un tono de reproche)
¡Manón!

MANÓN
(alegremente)
¿Tenéis miedo de que mi cara roce ligeramente
la  vuestra?

DES GRIEUX
¡Manón eres una indiscreta!

MANÓN
Sí, leía a por encima de vuestra espalda...
Y he sonreído, ¡al ver escrito mi nombre!

DES GRIEUX
Escribo a mi padre y tiemblo
porque esta carta, donde he puesto todo mi corazón,
no lo irrite...

MANÓN
¿Tenéis miedo?

DES GRIEUX
Sí, Manón, tengo mucho miedo...

MANÓN
¡Bueno! Será necesario volver a leerla juntos...

DES GRIEUX
¡Sí, eso es, releamosla juntos!

MANÓN
(leyendo)
Se llama Manón: y tiene dieciséis años.
En ella todo seduce... la belleza, la juventud, la gracia;

(expresiva)

ninguna voz tiene más dulces acentos,
ninguna mirada, más encanto y más ternura...

DES GRIEUX
(repitiendo con ardor)
¡Ninguna mirada con más encanto y más ternura!

MANÓN
(para de leer)
¿Es verdad? ¿Yo, yo soy esa?

(Con ternura)

¡Vos me amais bien!

DES GRIEUX
(con ímpetu)
¿Amaros? ¿Amaros?
¡Manón... yo te adoro!

MANÓN
(librándose)
¡Vamos... señor, continuemos leyendo!

DES GRIEUX
(leyendo)
Como el pájaro que siempre sigue a la primavera,
su joven espíritu sigue a la vida,
a la que se abre sin cesar;
sus labios en flor sonríen y hablan al viento perfumado 
que la acaricia cuando pasa.

MANÓN
(repitiendo)
¡Al viento perfumado que la acaricia cuando pasa!

(Pensativa)

¿No es suficiente para ti el amarnos?

DES GRIEUX
(con calor)
¡No! ¿Yo quiero que tú seas mi mujer!

MANÓN
(igualmente)
¿Eso quieres?

DES GRIEUX
¡Lo quiero con toda mi alma!

MANÓN
¡Abrázame entonces, mi caballero!

(se abrazan)

Y ve a llevar la carta.

DES GRIEUX
¡Sí, corro a llevarla!

(Él se dirige rápidamente hacia la puerta, 
pero se para y mira un ramillete que está
colocado sobre la chimenea. Dudando)

¿Y estas flores tan bonitas?
¿Quién te las ha enviado, Manón?

MANÓN
(con viveza)
No lo sé.

DES GRIEUX
(serio)
¡Cómo! ¿No lo sabes?

MANÓN
(riendo)
¡Bonito motivo de disputa!

(Con una fingida despreocupación)

Las han lanzado desde abajo, por la ventana...
Como eran tan bonitas, las he guardado... 
Pienso que...  ¿no estarás celoso?

DES GRIEUX
(con ternura)
No, puedo jurarte
que no tengo ningún recelo de tu corazón.

MANÓN
¡Y haces bien! ¡Este corazón te es completamente fiel!

(Se escucha un rumor de voces en el exterior)

DES GRIEUX
¿Quién se permite semejante alboroto?

LA SIRVIENTA
(entrando asustada)
¡Dos guardias de corps están allí causando estragos!
Uno de ellos dice que es pariente de la señora...

MANÓN
(tranquilizada)
¡Lescaut! ¡Es Lescaut!

LA SIRVIENTA
(en voz baja a Manón y rápidamente)
El otro es... no hablemos demasiado alto.
El otro, es alguien que os ama,
ese gran señor que vive cerca de aquí...

MANÓN
(en voz baja y emocionada)
¿El señor de Brétigny?

LA SIRVIENTA
(en voz baja)
El señor de Brétigny.

(El ruido aumenta)

DES GRIEUX
El alboroto es grande, voy a verlo yo mismo...

Escena Segunda

(En el momento que va a salir, la puerta se abre.
Entran Brétigny y Lescaut vestidos de guardias de
corps)

LESCAUT
(con brusquedad)
¡Por fin tengo a
los dos enamorados!

BRÉTIGNY
Sed clemente, Lescaut, pensad en su juventud...

LESCAUT
(a Des Grieux con insolencia)
¡Hace tiempo vos me dejásteis plantado,
señor bribón!

DES GRIEUX
(con viveza)
¡Eh, hablad con más cortesía!

LESCAUT
(irónico)
¿Con más cortesía?

DES GRIEUX
(con calma y amenazando)
¡Con más cortesía!

LESCAUT
¡Estoy a punto de caer fulminado!
¡Llego para vengar el honor de nuestra familia,
soy la justicia... el castigo, 
y es a mí a quien se debe hablar con cortesía!
¡Hablar con cortesía!

BRÉTIGNY
¡Contente!

LESCAUT
(casi hablando)
¡Bellaco!

BRÉTIGNY
¡Detente!

DES GRIEUX
¡Está bien! ¡Os voy a dar una buena paliza!

LESCAUT
(casi hablado; a Brétigny
fingiendo no haberlo comprendido)
¿Qué?... ¿Qué ha dicho?

BRÉTIGNY
(a Lescaut, riendo)
Que os va a dar una paliza.

LESCAUT
¡Alguna vez se vieron insolencias similares?
¡Él me amenaza!

BRÉTIGNY
Parece como si él fuera...

LESCAUT
¡Por los muertos!..

BRÉTIGNY
(conteniéndole)
¡Lescaut!

LESCAUT
... ¡Por el infierno!

MANÓN
¡Ah! ¡Caballero, muero de espanto! 
¡De espanto!
¡Lo sé bien, soy culpable!
¡Rezad por mí!
¡Ah! ¡Caballero!
¡Muero de espanto!
¡Rezad por mí!
¡Ah! ¡Se acabó!
¡Su mirada enfurecida me abruma!
¡Muero de espanto!
¡Muero de espanto!

DES GRIEUX
¡Oh Manón, no os acobardéis!
¡Contad conmigo!
¡De los dos, sólo yo soy culpable!
¡Contad conmigo!
¡Oh, querido amor!
¡No tembléis!
¡Contad conmigo!
¡Seré más amable!
¡Manón! ¡Contad conmigo!
¡Manón! ¡Contad conmigo!

LESCAUT
¡Bellaco!

(A Brétigny)

¡Sujetadme! ¡Sujetadme!
¡Bribón! ¡Sujetadme!
¡No sé de lo que soy capaz!
¡Sujetadme! ¡No sé de lo que soy capaz!
¡Es necesario castigar al culpable!
¡Sujetadme! ¡Sujetadme!
¡Bribón! ¡Bellaco! ¡Sujetadme!
¡Bellaco! ¡Quiero castigaros!
¡Sujetadme! ¡Sujetadme!

BRÉTIGNY
(conteniéndole)
¡Lescaut! ¡Contente, Lescaut!
¡Vamos! ¡Contente, Lescaut!
¡El remordimiento les abruma!
¡Ves! ¡Cada uno de ellos es culpable!
¡El remordimiento les abruma!
¡Vamos! ¡Ten indulgencia,
contente, Lescaut!
¡Lescaut! ¡Contente!
¡Detente!

(A Lescaut; interponiéndose)

¡Lescaut! ¡Os mostráis demasiado celoso!
Explicaos con más calma.

LESCAUT
(con importancia)
Está bien, lo acepto.

(A Des Grieux)

La señorita
es mi prima y yo venía muy cortés...

DES GRIEUX
(amenazando todavía)
¿Muy cortés?

LESCAUT
Muy cortés, sí, yo venía muy cortés
a deciros: "Señor, sin querer buscar disputa...
"Responded: sí, o no,
¿queréis

(con voluntad)

casaros con Manón?

LESCAUT Y BRÉTIGNY
(alegres)
La cosa está clara,
Entre personas alegres, decididas...

LESCAUT
y liberales...

BRÉTIGNY
¡Es así como se trata un asunto!

LESCAUT
¡Es así como se trata un asunto!

BRÉTIGNY
Entre personas alegres, decididas y liberales...

LESCAUT Y BRÉTIGNY
...la cosa está clara,
entre personas alegres, decididas...

LESCAUT
... y liberales.

BRÉTIGNY
Sí, eso es así.

LESCAUT
¡Ésa es la cuestión!

BRÉTIGNY
(riendo a Des Grieux)
¡Y bien! ¿estáis satisfecho?

DES GRIEUX
(riendo)
A fe mía que ya no estoy enfadado,
y vuestra franqueza me agrada.

BRÉTIGNY Y LESCAUT
(riendo)
¡Es así como se trata un asunto!
¡entre personas alegres, decididas y liberales!
La cosa está clara,
entre personas alegres y decididas.
¡Sí, eso es así, ése es el asunto!

LESCAUT
¡Ésa es la cuestión!

DES GRIEUX
(a Lescaut)
Acabo de escribir a mi padre...

(Enseñando la carta)

Antes de que le ponga lacre,
os la leeré, yo espero...

LESCAUT
(cogiendo la carta)
¡Con mucho gusto! 
Pero, está anocheciendo...

(Observando a Manón y Brétigny)

Vamos allí para ver mejor.

(Alejándose intencionadamente con Des Grieux)

Nos colocaremos cerca de la ventana,
y allí leeremos vuestra carta...

(Lescaut y Des Grieux van hacia el fondo.
Brétigny queda cerca de Manón)

MANÓN
(furtivamente a Brétigny)
¡Venir aquí disfrazado!

BRÉTIGNY
(a Manón de la misma manera)
¿Vos me amais?

MANÓN
Ciertamente...
¡Vos ya sabéis qué es lo que quiero!

BRÉTIGNY
He querido venir a advertiros, yo mismo,
que esta noche, en esta casa, vendrán a detenerlo.

MANÓN
¿Esta noche?

BRÉTIGNY
¡Por orden de su padre!

MANÓN
(con emoción y sorpresa)
¡Por orden de su padre!

BRÉTIGNY
Sí, esta noche, aquí mismo vendrán a llevárselo...

MANÓN
(dando un paso)
¡Ah! Yo sabría impedirlo muy bien...

BRÉTIGNY
(deteniéndola)
Prevenirlo será la miseria para él y para vos...

(En voz baja y muy cerca)

No le prevengáis...
Y por contra, será la fortuna
que vos esperáis...

MANÓN
(con temor)
¡Hablad más bajo!

LESCAUT
(Leyendo y remarcando cada sílaba)
"Se llama Manón,.."

BRÉTIGNY
(en voz baja y febrilmente)
¡No le prevengáis!

MANÓN
(a Brétigny)
Nunca...

LESCAUT
"Ella tiene dieciséis años..."

BRÉTIGNY
Ceded...

MANÓN
Hablad más bajo...

LESCAUT
"En ella todo seduce..."

(Cambiando el tono)

¡Estas palabras son conmovedoras!

BRÉTIGNY
¡Es la fortuna!

MANÓN
¡Nunca!

DES GRIEUX
¡Ah, Lescaut, la adoro!

(simplemente)

¡Dejadme decíroslo!

LESCAUT
(riendo)
¡Esas palabras son conmovedoras!

BRÉTIGNY
¡Manón! ¡Manón!

MANÓN
¡Hablad más bajo!

BRÉTIGNY
¡La hora de vuestra libertad 
está próxima!

DES GRIEUX
(a Lescaut)
¡La adoro!

MANÓN
(para sí)
¡Qué extraña duda y qué tormento!

LESCAUT
¿Os casaréis?

BRÉTIGNY
¡Manón! ¡Manón!

LESCAUT
(Leyendo)
"Como el pájaro que sigue... la primavera..."

BRÉTIGNY
Muy pronto seréis una reina.

MANÓN
¡Qué delirio en mi corazón atormentado!

LESCAUT
(corrigiéndose así mismo)
"siempre sigue la primavera..."

DES GRIEUX
¡La adoro!

BRÉTIGNY
¡Reina por vuestra belleza!

MANÓN
¡Qué extraña duda y qué tormento!

BRÉTIGNY
¡Manón, seréis reina por vuestra belleza!

DES GRIEUX
¡Lescaut! Dejadme decíroslo otra vez...

LESCAUT
¡Poesía... Amor!

MANÓN
¡Ah! ¡Qué tormento, para mi pobre corazón,
qué tormento!

LESCAUT
"Su joven espíritu a la vida..."

MANÓN
¡Ah! ¡Qué tormento para mi corazón!

BRÉTIGNY
¡Vos seréis reina!

DES GRIEUX
¡La adoro!

LESCAUT
¡Poesía!
"Se abre sin cesar..."

MANÓN
¡Salid!

BRÉTIGNY
¡Escuchadme!

MANÓN
¡Ah! ¡Qué tormento para mi atormentado corazón!

DES GRIEUX
¡La adoro!

BRÉTIGNY
¡Seréis reina por vuestra belleza!
¡Escuchadme!

MANÓN
¡Ah! ¡Partid! ¡Ah! ¡Partid!

LESCAUT
¡Es perfecto!
No se puede decir mejor,
¡y yo os doy mi felicitación!

(A Manón)

Prima...

(A Des Grieux)

... y a vos, primo...

(Dándose importancia)

... ¡os devuelvo mi estima!

(A los dos)

Tomad mi mano, pues sería un crimen
manteneros la severidad;
muchachos, yo os bendigo...

(Con una ternura cómica)

las lágrimas... la felicidad...

(A parte a Brétigny, cambiando de tono)

¿Nos vamos?

BRÉTIGNY
(cambiando de tono)
¡Después de vos!

LESCAUT Y BRÉTIGNY
(entre ellos, yéndose)
¡La cosa está clara!
Entre personas alegres, decididas...

LESCAUT
... y liberales.

BRÉTIGNY
¡Es así como se trata un asunto!

LESCAUT
¡Es así como se trata un asunto!

BRÉTIGNY
¡Entre personas alegres, decididas y liberales!

(Ellos salen, las réplicas siguientes se
oyen a lo lejos)

LESCAUT
Entre personas alegres, decididas y liberales...
¡Ésa es la cuestión!

Escena Tercera

MANÓN
(pensativa, para sí misma)
En mi corazón... qué tormento...

DES GRIEUX
(para sí, alegremente)
¡Cuando obtenga la dicha que anhelo
el día se levantará sonriente!

(Entra la sirvienta con una luz.
El pasaje siguiente es hablado)

¿Queréis alguna cosa?

LA SIRVIENTA
Es la hora de cenar, señor.

DES GRIEUX
Es cierto. 
¡Y yo todavía no he llevado mi carta!

(La sirvienta coloca el mantel para cenar)

MANÓN
Y bien, ¿ la va a llevar?

DES GRIEUX
(indeciso)
¡Manón!

MANÓN
¿Después?

DES GRIEUX
(con ternura y lentamente)
¡Te quiero, te adoro!
¿Y tú, dime, me amas?

MANÓN
Sí, mi querido caballero, yo te amo...

DES GRIEUX
(con tono de reproche)
Deberías, en este caso, prometerme...

MANÓN
¿Qué?

DES GRIEUX
(cambiando el tono)
Nada absolutamente. Voy a llevar mi carta.

(sale dejando sola a Manón)

Escena Cuarta

MANÓN
(muy turbada)
¡Vamos!...él lo hace para sí mismo...
¡Mi pobre caballero! 
¡Oh! ¡Sí, es a él a quien amo!
Y sin embargo, he vacilado hoy...
¡No! ¡No! ¡No soy digna de él!
Oigo esa voz que me arrastra
contra mi voluntad:
"Manón, tú serás reina,
¡reina... por tu belleza!"

(Con reproche)

No soy mas que debilidad y fragilidad...
¡Ah! A mi pesar siento fluir las lágrimas
ante estos sueños deliciosos.
¿El porvenir tendrá los encantos
de los bellos días ya pasados?...

(Manón se aproxima poco a poco
a la mesa. Con emoción y
simplicidad)

¡Adiós, pequeña mesa
que nos has reunido tan a menudo!...
¡Adiós, adiós,  pequeña mesa,
tan importante, sin embargo, para nosotros!

(Con una sonrisa triste)

Es increíble, pero ocupábamos tan poco espacio... 
sobre todo cuando nos abrazábamos...
¡Adiós, pequeña mesa!...
Un mismo vaso era el nuestro,
cada uno de nosotros, cuando bebía en él, 
buscaba los labios del otro...
¡Ah!¡ Pobre amigo, cómo me amaba!
Adiós... pequeña mesa.

(Con un sollozo)

¡Adiós!

(Oyendo a Des Grieux, para sí y con viveza)

¡Es él! ¡Que mi palidez no me traicione!

Escena Quinta

DES GRIEUX
(con brío)
¡Al fin, Manón, estamos solos!

(Se aproxima a ella)

¿Cómo?... ¿Lágrimas?

MANÓN
¡No!

DES GRIEUX
¡Oh! Sí, tu mano tiembla...

MANÓN
(se esfuerza en sonreír)
La cena está servida.

DES GRIEUX
¡Es cierto, no me acordaba!
Pero la felicidad es pasajera,
y el cielo la ha hecho tan ligera
que siempre tenemos miedo de que se la lleve.
¡A la mesa!

MANÓN
¡A la mesa!

DES GRIEUX
Instante encantador.
¿Dónde anida el temor si estamos los dos juntos?

(Simplemente)

Escucha, Manón, cuando venía de regreso,
soñaba despierto.

MANÓN
(con amargura, para sí)
¡Ay! ¿Quién no sueña despierto?

DES GRIEUX
(a Manón con intimidad)
Cerrando los ojos, veo allá abajo... 
un humilde refugio.
Una casita blanca en medio del bosque.
Bajo sus tranquilas sombras
veo los claros y alegres arroyos
donde se reflejan las hojas, 
cantando con los pájaros.
¡Es el paraíso!... ¡Oh, no!
¡Todo está triste y taciturno,
pues allí falta una cosa,
allí falta Manón!

MANÓN
(con dulzura)
¡Es un sueño, una locura!

DES GRIEUX
¡No! ¡Allí estará nuestra vida!
Si tú lo quieres, ¡oh, Manón!

(Se oye llamar a la puerta)

MANÓN
(para sí)
¡Cielos! ¡ya!

DES GRIEUX
¿Quién es?

(Alegremente)

No necesitamos a nadie que nos interrumpa...

(Se levanta)

Voy a deshacerme del intruso rápidamente...

(Sonriendo)

y vuelvo...

MANÓN
(turbada)
¡Adiós!

DES GRIEUX
(sorprendido)
¡Cómo!

MANÓN
(lo abraza con emoción contenida)
¡No! ¡No quiero!

DES GRIEUX
(insistiendo)
¿Por qué?

MANÓN
(lo mismo)
¡Ah!
¡No abras esa puerta!
¡Quiero quedarme en tus brazos!

DES GRIEUX
(se suelta con suavidad)
¡Chiquilla!... Déjame...

MANÓN
¡No!

DES GRIEUX
¡Qué más te da!

MANÓN
¡No!

DES GRIEUX
¡Vamos!

MANÓN
¡No quiero!

DES GRIEUX
¡Algún extraño!...
¡Qué inoportuno!
Lo despediré de manera cortés...
Cuando vuelva...
¡Nos reiremos de tu locura!

(Él la abraza y sale. Se oye un ruido de lucha.
Manón se levanta y corre hacia la ventana.
Se oye un coche que se aleja)

MANÓN
¡Mi pobre caballero!

(Manón es presa de un gran dolor)

TELÓN

Acto III