ACTE II                                         


Première Scène 

(Jardins du Palais. Ophélie entre) 

OPHÉLIE
Sa main depuis hier n'a pas touché ma main! 
Il se troublé à ma vue, il fuit à mon approche; 
Dans son regard j'ai lu comme un reproche! 
Que s'est-il donc passé? quel changement soudain?
Mais non! ah! je suis une ingrate et je lui fais injure.
N'y pensons plus.
Reprenons ma lecture.

(Elle lit un moment en silence.)

"Adieu, dit-il, ayez foi!
Mon cœur vous aime, aimez-moi!
Serments trompeurs! promesse frivole!
En un jour, ici-bas, tout s'efface et s'envole!
Son cœur ne m'aime plus, hélas!"

(Hamlet paraît au fond du jardin.)

Le voici! Vers ces lieux est-ce moi qui l'attire?

(Hamlet aperçoit Ophélie.)

Il m'a vue! Il s'approche! Il vient!
Feignons de lire:

(lisant)

"En vous, cruel, j'avais foi!
Je vous aimais, aimez-moi!
Prière vaine! Triste folie!
L'ingrat ne m'entend pas!
Il me fuit et m'oublie!
Adieu! mieux vaut mourir... hélas!
L'ingrat ne m'entend pas, etc.... hélas!"

(observant Hamlet)

Il garde le silence!

(Hamlet s'éloigne précipitamment.)

Il porte ailleurs ses pas!
Ah! ce livre a dit vrai! ah!

Les serments ont des ailes!
Dans le cœur des infidèles
Rien ne peut les rappeler!
Ils passent avec l'aurore!
Ils passent!
Le jour qui les voit éclore
Les voit aussi s'envoler!
Le même jour les voit s'envoler!
Quand de ses aveux mon âme enivrée
S'oubliait hier à les écouter,
Astres éternels, lumière azurée,
Ils vous fit témoins de la foi jurée!
Ce n'est pas de vous qu'il fallait douter!
Non, ce n'est pas de vous, etc.
Ah! Les serments ont des ailes, etc.
... ah! Hélas! les voit s'envoler!

(Entre la Reine.)

LA REINE
(à Ophélie)
Je croyais près de vous trouver mon fils.
Pourquoi ces larmes dans vos yeux?
Parlez…répondez-moi!
Savez-vous le secret du trouble qui l'agite?
Que vous a-t-il dit?

OPHÉLIE
(pleurant)
Rien…il me fuit! il m'évite!

LA REINE
L'amour qu'il vous jurait...

OPHÉLIE
Ô serments superflus!
Hélas! Hamlet m'oublie!
Hamlet ne m'aime plus!

(tombant aux pieds de la Reine)

Reine, loin de la cour souffrez que je m'exile;
C'est à Dieu que je veux demander un asile.

LA REINE
Toi, partir!... non!... 
Il t'aime!
Il t'a donné sa foi!
Tu n'as pas perdu sa tendresse!
Cet obstacle inconnu, qui surgit et se dresse
Entre vos cœurs, ne vient ni de lui ni de toi!

Dans son regard plus sombre
J'ai vu passer comme un éclair!
Il semble suivre une ombre
Invisible dans l'air.
Je l'appelle! Il frissonne!
Il contemple ma terreur!
Il repousse avec horreur
La main que je lui donne!
Ah! j'ai peur!
Ne pars pas, Ophélie!
C'est une mère qui supplie!
Je n'espère qu'en toi
Pour guérir sa folie!
Ah! ne pars pas, Ophélie, etc.
Je n'espère qu'en toi
Pour guérir sa folie
Ou désarmer son cœur!
Ophélie, ne pars pas!
Ah! Ophélie, ne pars pas! Ah! j'ai peur!

OPHÉLIE
J'obéirai, Madame.

LA REINE
Le Roi vient, laisse-moi.

(Ophélie sort. Entre le Roi.)

LE ROI
L'âme de votre fils
Est à jamais troublée, Madame,
C'en est fait de sa faible raison.

LA REINE
La vérité, peut-être, à ses yeux dévoilée…

LE ROI
Non, grâce au ciel, aucun soupçon.

LA REINE
C'est lui!

(Entre Hamlet.)

LE ROI
Silence!

(s'avançant vers Hamlet.)

Cher Hamlet!

HAMLET
Sire!

LE ROI
Appelle-moi ton père!

HAMLET
Sire, mon père est mort.

LE ROI
Sa mémoire m'est chère, Hamlet, 
C'est en son nom que je te tends la main.

HAMLET
La sienne est inerte et glacée;
Sa mémoire est bien effacée,
Nul ne saura son nom demain!

LE ROI
Mon fils…

HAMLET
Je suis Hamlet.

(Il fait quelques pas pour s'éloigner.)

LA REINE
(le retenant)
Vous cherchez Ophélie?

HAMLET
Ophélie?

LA REINE
Elle est jeune et belle...

HAMLET
Le beauté, la jeunesse...
Un seul jour, un seul jour aura tout emporté!

LE ROI
De ce doux lien déjà si ton cœur se délie, 
Qui te retient? Parcours la France et l'Italie
Et nos vœux te suivront sur ces bords étrangers!

HAMLET
Oui! voyez dans le ciel ces nuages légers,
Comme une nef d'argent ouvrant ses blanches voiles;
Je voudrais avec eux voyager dans les airs.
Au milieu des étoiles, au milieu des éclairs!

LE ROI
Vœux insensés!

(Musique de fête au dehors)

Écoute, Hamlet, ce bruit de fête!
Sors de ton rêve, enfin, et redresse la tête!

LA REINE
Puisé-je consoler votre âme par mes soins!

HAMLET
Par ma foi, vous serez témoins
D'un spectacle nouveau que pour vous on prépare!
J'ai fait venir en ces jardins
Une troupe de gens d'une habileté rare,
Bouffons, mimes et baladins
Qui joueront devant vous leur rôle en conscience.

LE ROI
Qu'il soit donc fait ce soir au gré de tes désirs; 
Nous te laissons, Hamlet,
Le soins de nos plaisirs, etc.

(bas à la Reine)

Il ne sait rien!

LA REINE
(à part)
J'ai peur!

(Le Roi et la Reine sortent.)

HAMLET
(à part)
Mon père, patience!…Patience!

(Marcellus et Horatio entrent avec les Comédiens.)

MARCELLUS
(à Hamlet)
Voici les histrions mandés par vous, Seigneur.

HAMLET
Qu'ils soient les bienvenus au palais d'Elseneur!

COMÉDIENS
Princes sans apanages, 
Risibles paladins,
Dames, seigneurs et pages,
Bouffons et baladins,
Aux pieds de Votre Altesse
Nous mettons humblement
Nos talents, notre adresse,
Notre dévouement.
A vox pieds nous mettons nos talents
Et notre dévouement.
Princes sans apanages, etc.

HAMLET
(à part)
C'est en croyant revoir se dresser sa victime
Que plus d'un meurtrier a confessé son crime.

(aux Comédiens)

Voici ce que j'attends de vous, secondez-moi!
La Reine est inquiète et son fils extravagant.
Pour amuser la cour et distraire le Roi,
Vous jouerez ce soir "Le Meurtre de Gonzague".
Je vous dirai l'instant de verser le poison.
Et vous n'aurez qu'à suivre ma leçon.
En attendant, soyez en fête!
Buvez! riez! chantez! Holà! pages, du vin!
Hors de là, mes amis, tout est faux, tout est vain!
Moi-même je vous tiendrai tête.

COMÉDIENS
Ah, pour nous, Monseigneur, quel honneur!

(Les pages apportent du vin et des coupes.)

HAMLET
(saisissant une coupe)
Ô vin, dissipe la tristesse
Qui pèse sur mon cœur!
A moi les rêves de l'ivresse
Et le rire moqueur!
Ô liqueur enchanteresse,
Verse l'ivresse
Et l'oubli dans mon cœur!
Douce liqueur!
Ô liqueur enchanteresse, etc.

(portant la coupe à ses lèvres)

COMÉDIENS
Ô liqueur enchanteresse,
Verse l'ivresse
Et l'oubli dans mon cœur!
Verse-nous l'ivresse!

MARCELLUS, HORATIO
(à part)
Il cherche l'oubli dans l'ivresse.

HAMLET
La vie est sombre,
Les ans son courts;
De nos beaux jours
Dieu sait le nombre.
Chacun, hélas! porte ici-bas
Sa lourde chaîne!
Cruels devoirs,
Longs désespoirs
De l'âme humaine!

MARCELLUS, HORATIO
(à part)
Qu'a-t-il donc?

COMÉDIENS
Qu'a-t-il donc?

HAMLET
Loin de nous,
Noirs présages! etc.
Les plus sages
Sont les fous!... Ah!
Le vin dissipe la tristesse
qui pèse sur mon cœur!

MARCELLUS, HORATIO
COMÉDIENS
Douce liqueur!

HAMLET
Douce liqueur!
Ô liqueur enchanteresse, etc.

MARCELLUS, HORATIO
COMÉDIENS
Ô liqueur enchanteresse, etc.

(Ils sortent. Les comédiens suivent 
Horatio et Marcellus.) 

Seconde Scène 

(Salle du palais avec un petit théâtre. Le Roi, 
la Reine, Polonius, Ophélie, Hamlet, Horatio, 
Marcellus et toute  la cour) 

HAMLET
(à Ophélie)
Belle, permettez-nous de prendre place à vos genoux?

OPHÉLIE
Prince, votre regard m'épouvante et me glace.

(Sur un signe du Roi, tout le monde prend place sur 
l'estrade. Les rideaux du petit théâtre s'ouvrent.)

HAMLET
(bas à Marcellus)
Voici l'instant! fixez vox regards sur le Roi,
et, si vous le voyez pâlir, dites-le moi!

Pantomime

(Le vieux roi, la couronne au front, entre lentement 
en scène, s'appuyant sur les bras d'une reine de 
théâtre don les traits et les habits sont ceux de la 
reine Gertrude. Hamlet, les yeux fixés sur le Roi, 
explique les divers mouvements des acteurs au fur 
et à mesure que le drame mimé s'exécute.)

HAMLET
C'est le vieux Roi Gonzague et la Reine Genièvre.
En ce lieu solitaire elle guide ses pas.
De doux serments d'amour, que nous n'entendons pas,
S'échappent de sa lèvre.
Le Roi cède au sommeil et s'endort,

Mais regardez! Voici paraître
Le démon tentateur, le traître!
Il s'approche, il tient le poison!
La Reine, dont la voix perfide
égara la faible raison,
Lui tend une coupe homicide…
Il la saisit…et sans effroi
Verse la mort au cœur du Roi!
C'en est fait! Dieu reçoit son âme!
Et lui, le meurtrier, calme et debout encor,
A la face du jour prend la couronne d'or
Et la met sur son front infâme!

(au Roi)

Sire, vous pâlissez!

LE ROI
(se levant)
Chassez, chassez d'ici ces vils histrions!

LA REINE
Ciel!

HAMLET
(à part)
Mon doute est éclairci!

(feignant la folie)

Frappez le meurtrier! 
Frappez le misérable!
Vous l'avez vu!
C'est lui qui versait le poison!

COURTISANS
Que dit-il? 
Quel transport égare sa raison?

LA REINE
Hamlet! mon fils!

OPHÉLIE
(à Hamlet)
Seigneur!

HAMLET
Trahison! Trahison!
Vengeons la mort du Roi par la mort du coupable!

(s'avançant vers le Roi et l'écartant des courtisans 
qui l'entourent)

Le voilà! Regardez! Ne le voyez-vous pas?
Il insulte le ciel! il brave Dieu lui-même,
Et le front ceint encore du royal diadème!

(Il arrache la couronne.)

A bas, masque menteur! 
Vaine couronne, à bas!

COURTISANS
Ah!

LE ROI
Ô mortelle offense! Aveugle démence,
Qui glace tous les cœurs d'effroi!

OPHÉLIE
Ô mortelle offense!

MARCELLUS, POLONIUS, HORATIO
Aveugle démence
Qui glace tous les cœurs d'effroi!

COURTISANS
Nous tremblons d'effroi!

LA REINE
(à part)
Dans sa folle rage
Il brave, Il outrage…

LE ROI
Il me brave! Il m'outrage!

LA REINE
La sainte majesté du Roi! 
Il brave, il outrage, etc.

DAMES
Qu'a-t-il fait?

SEIGNEURS
Cruel outrage!

MARCELLUS
Quel outrage!

SEIGNEURS
Quel outrage!

DAMES
Folle rage!

SEIGNEURS
Aveugle rage!

LE ROI
Dans sa folle rage…

MARCELLUS, DAMES
Tous nos cœurs...

SEIGNEURS
Aveugle rage!

LA REINE
Ô mortelle offense!

DAMES
...sont glacés

OPHÉLIE
Aveugle démence 
Qui glace mon cœur, mon cœur d'effroi!

LA REINE
Ah! mon cœur est glacé par l'effroi!

LE ROI
...Il brave, il outrage
Et sa mère et le Roi!

COURTISANS
Cruel outrage!
Tous nos cœurs sont glacés par l'effroi!
Dans sa rage
Il outrage
Et la Reine et le Roi!
Il outrage la majesté du roi!

HAMLET
(continuant de feindre la folle)
Ô vin, dissipe la tristesse
Qui pèse sur mon cœur!

LE ROI, POLONIUS, HORATIO,
MARCELLUS, COURTISANS
Que dit-il? Que dit-il?

HAMLET
A moi les rêves et l'ivresse...

MARCELLUS, HORATIO
(à Hamlet)
Seigneur!

HAMLET
...Et le rire moqueur!

COURTISANS
Aveugle démence!
Ô mortelle offense!
Aveugle démence!
Qui glace tous les cœurs d'effroi, etc.
Dans sa folle rage,
Il outrage,
Et le reine et le Roi!

HAMLET
Ô liqueur enchanteresse,

MARCELLUS, HORATIO
Ah! Seigneur!

HAMLET
Verse l'ivresse
Et l'oubli dans mon cœur!

SEIGNEURS
Ô démence!

OPHÉLIE, LA REINE
Ah! cruelle offense! 
Ah! folie démence!
Ah! cruelle offense!
Ah!, mon cœur, mon cœur frémit d'effroi!
Je meurs, hélas! Ah! Ah!

COURTISANS
Ô mortelle offense! 
Ô juste vengeance!
Il brave le roi!
Les cœurs sont glacés, glacés par l'effroi! 
Ah! mon cœur frémit d'effroi! etc.

OPHÉLIE, LA REINE
Ah! je meurs, hélas!

HAMLET
Ô liqueur...

COURTISANS
Ô jour maudit! Ô jour d'effroi!

HAMLET
…Verse l'ivresse 
Et l'oubli dans mon cœur!
Ô liqueur... Ah! Ah!

(Il tombe.)

OPHÉLIE, LA REINE, COURTISANS
Ah!

LE ROI
A moi! à moi des flambeaux!
Suivez-moi!

OPHÉLIE, LA REINE, COURTISANS
Ô jour d'effroi!

(Le Roi sort précipitamment, 
suivi de la Reine et de toute la cour)
ACTO II 


Primera Escena 

(Jardines del palacio. Ofelia entra) 

OFELIA
¡Desde ayer, mi mano no toca su mano!
Él se turba y me esquiva cuando me ve. 
¡En su mirada puedo leer un reproche!
¿Qué ha sucedido? ¿Por qué ese cambio súbito?
Quizá, no... ¡Ah, soy una ingrata y le injurio!
No debo pensar más en eso.
Seguiré leyendo...

(lee unos segundos)

"¡Adiós! dice, ¡Ten fe!
¡Mi corazón te ama, ámame tú!
¡Juramentos engañosos! ¡Promesas frívolas!
¡Basta un solo día para olvidarlo todo!
Por desgracia, ¡su corazón no me quiere!"

(Hamlet aparece en el fondo del jardín.)

¡Aquí llega!... ¿Vendrá a buscarme?

(Hamlet percibe a Ofelia.)

¡Me vio!... ¡Se acerca!... ¡Viene!
Fingiré leer:

(Leyendo)

"¡En ti, cruel, tenía fe!
Te amaba, ¡ámame!
¡Oración vana! ¡Locura triste!
¡El ingrato no me entiende!
¡Me evita y me olvida!
¡Adiós! Más vale morir...
¡El ingrato no me entiende, etc".

(Observando a Hamlet)

¡Guarda silencio!

(Hamlet se aleja precipitadamente.)

¡Dirige hacia otro lugar sus pasos!
¡Ah, este libro dice la verdad!

¡Los juramentos tienen alas!
El corazón de los infieles
fácilmente los olvida.
¡Pasan con la aurora!
¡Pasan!
El día que los ve nacer,
los ve también alejarse.
¡El mismo día los ve alejarse!
Él, ayer, me embriagaba con sus promesas;
hoy, ya se ha olvidado de ellas.
Los astros eternos y la tenue luz,
¡fueron testigos de la fe jurada!
¡Nunca pensé que él mintiera!
No, nunca lo pensé...
¡Ah, los juramentos tienen alas, etc.
¡Ay, los ve alejarse!

(Entra la reina.)

LA REINA
(A Ofelia)
Creí que mi hijo estaba aquí, contigo.
¿Por qué esas lágrimas?
¡Habla!... ¡Respóndeme!
¿Sabes el secreto de la tribulación que lo agita?
¿Qué te dijo?

OFELIA
(Llorosa)
¡Nada!...¡Él me rehuye!... ¡Me evita!

LA REINA
Entonces, el amor que te juraba...

OFELIA
¡Oh, juramentos volubles!
Por desgracia, ¡Hamlet me olvidó!
¡Hamlet, ya no me quiere!

(Arrojándose a los pies de la reina)

¡Reina, permitid que me marche lejos de la corte!
Quiero pedir asilo a Dios..

LA REINA
¿Marcharte?... ¡No! 
¡Él te quiere! ¡Te juró fidelidad!
¡Tú no has perdido su cariño!
Ese obstáculo desconocido
que se interpone entre vuestros corazones,
¡no viene ni de él ni de ti!

En su mirada, sombría,
¡vi destellar un relámpago!
Parece seguir a una sombra
que vaga invisible por el aire.
Lo llamo... ¡y tiembla!
¡Me mira con espanto!
Repudia con horror la mano que le tiendo.
¡Ah, tengo miedo!
¡No te vayas, Ofelia!
¡Es una madre la que te suplica!
Confío sólo en ti
para curar su locura.
¡Ah, no te vayas, Ofelia, etc.
Confío sólo en ti
para curar su locura.
¡Oh, ablanda su corazón!
¡Ofelia, no te vayas!
¡Ah, Ofelia, no te vayas!... 
¡Tengo miedo!

OFELIA
Obedeceré, señora.

LA REINA
El Rey viene... Déjame sola.

(Ofelia sale. Entra el rey.)

EL REY
El alma de tu hijo
esta turbada para siempre, señora.
Evidentemente su razón flaquea.

LA REINA
¿Quizás sospeche algo?...

EL REY
No, gracias al Cielo, no hay ninguna evidencia.

LA REINA
¡Es él!...

(Entra Hamlet.)

EL REY
¡Silencio!

(Adelantándose hacia Hamlet.)

¡Querido Hamlet!

HAMLET
¡Señor!

EL REY
¡Llámame padre!

HAMLET
Señor, mi padre murió.

EL REY
Su memoria es muy querida para mí, Hamlet, 
en su nombre quiero tenderte mi mano.

HAMLET
La de mi padre está inerte y helada...
Su recuerdo está olvidado...
¡Mañana, nadie recordará su nombre!

EL REY
¡Hijo!...

HAMLET
Soy Hamlet.

(intenta marcharse.)

LA REINA
(reteniéndolo)
¡Busca a Ofelia!

HAMLET
¿A Ofelia?

LA REINA
Es joven y bella...

HAMLET
La belleza, la juventud...
¡Bastará sólo un día para llevárselo todo!

EL REY
Tu corazón rechaza ese dulce lazo...
Entonces, ¿qué te retiene? 
¡Ve a Francia e Italia, como embajador!

HAMLET
¡Sí! Como aquellas nubes ligeras,
como un navío plateado de blancas velas,
así querría yo viajar por los aires.
¡Entre las estrellas, entre los relámpagos!

EL REY
¡Qué locos pensamientos!

(se oye música de fiesta fuera de escena)

¿Oyes, Hamlet?... ¡Alboroto de fiesta!
¡Sal de tu sueño y recupera la cordura!

LA REINA
¡Déjame consolar tu alma con mis cuidados!

HAMLET
¡Quisiera que fuerais testigos 
de un nuevo espectáculo que he preparado!
He hecho venir hasta estos jardines
a un excelente grupo
de bufones, mimos y juglares.
Ante vosotros, representarán su comedia.

EL REY
Esta noche complaceremos tu deseo.
Te dejamos, Hamlet, al cuidado 
de nuestro entretenimiento, etc.

(en voz baja, a la reina)

¡No sospecha nada!

LA REINA
(Aparte)
¡Tengo miedo!

(El rey y la reina salen.)

HAMLET
(Aparte)
¡Padre mío, paciencia!... ¡Paciencia!

(Marcelo y Horacio entran con los comediantes)

MARCELO
(A Hamlet)
Los histriones que habéis mandado llamar, señor.

HAMLET
¡Sed bienvenidos al palacio de Elseneur!

COMEDIANTES
Príncipes sin herencias,
risibles paladines,
damas, señores y pajes,
bufones y juglares;
a los pies de su alteza
ponemos humildemente
nuestro talento, nuestra dirección
y nuestra devoción.
A vuestros pies ponemos nuestro talento
y nuestra devoción.
Príncipes sin herencias, etc.

HAMLET
(Aparte)
Más de un asesino confesó su crimen
al creer ver levantarse de nuevo a su víctima.

(A los comediantes)

¡Os diré lo que espero de vosotros!
La reina es caprichosa y su hijo extravagante.
Para divertir a la corte y distraer al rey,
representaréis "El Homicidio de Gonzague".
Os diré el momento de verter el veneno,
sólo tendréis que seguir mis indicaciones.
Mientras tanto, ¡gocemos de la fiesta!
¡Bebed! ¡Reíd! ¡Cantad!... ¡Que corra el vino!
A parte de eso, amigos, ¡todo es falso y vano!
Yo mismo os acompañaré.

COMEDIANTES
¡Oh, para todos nosotros, señor, es un honor!

(Los pajes traen vino y copas.)

HAMLET
(Cogiendo una copa)
¡Oh vino, disipa la tristeza
que pesa en mi corazón!
¡Trae hasta mí los sueños de la embriaguez
y la risa burlona!
¡Oh, licor encantador,
llena de embriaguez y olvido 
a mi corazón!
¡Dulce licor!
¡Oh, licor encantador, etc.

(Lleva la copa a sus labios)

COMEDIANTES
¡Oh, licor encantador,
llena de embriaguez y olvido 
mi corazón!
¡Llénanos de embriaguez!

MARCELO, HORACIO
(Aparte)
Él intenta olvidar embriagándose...

HAMLET
La vida es sombría
y los años cortos;
sólo Dios sabe
los días que nos quedan.
Cada uno de nosotros ¡ay!
carga, aquí abajo, con su pesada cadena.
Arduos deberes
y profundos desengaños.
¡Así es el alma humana!

MARCELO, HORACIO
(Aparte)
¿Qué le sucede?

COMEDIANTES
¿Qué tiene?

HAMLET
¡Marchaos lejos,
negros presagios! Etc.
¡Los más prudentes
son los locos!... ¡Ah!
¡El vino disipa la tristeza
que pesa en mi corazón!

MARCELO, HORACIO
COMEDIANTES
¡Licor dulce!

HAMLET
¡Licor dulce!
¡Oh, licor encantador, etc.

MARCELO, HORACIO
COMEDIANTES
¡Oh, licor encantador, etc.

(Salen. Los comediantes siguen a Horacio
y Marcelo.)

Segunda Escena

(Sala del palacio con un pequeño teatro 
al fondo. Entran el rey, la reina, y toda 
la corte, incluido Hamlet) 

HAMLET
(A Ofelia)
Bella, ¿permites que me acomode a tus pies?

OFELIA
Príncipe, tu mirada me espanta y me hiela.

(Todo el mundo toma lugar sobre el estrado. 
Las cortinas del teatro se abren.)

HAMLET
(En voz baja, a Marcelo)
¡Llegó la hora! Observa al rey y,
si lo ves palidecer me lo dices.

Pantomima

(Un viejo rey lentamente sale a escena; 
se apoya en una reina que va vestida igual 
que la reina Gertrude. Hamlet, con los ojos 
fijos sobre el rey, explica los diversos 
movimientos a los actores a medida que
el drama avanza)

HAMLET
He aquí al viejo rey Gonzague y la reina Genièvre.
Ella se dirige hacia este lugar solitario.
Dulces juramentos de amor, que no oímos,
se escapan de sus labios.
El rey cede al sueño y se duerme.

Pero, ¡mirad! He aquí que aparece
un demonio, ¡el traidor!
¡Se acerca llevando el veneno!
La reina, cuya pérfida voz
delata la maldad de su corazón,
le tiende la copa homicida...
Él la toma... y sin sospecharlo,
¡vierte la muerte en su corazón!
¡Ya está!... ¡Dios recibe su alma!
Y él, el asesino, tranquilo y sin inmutarse,
en pleno día toma la corona de oro
¡y la coloca sobre su frente infame!

(Al rey)

¡Señor, estáis pálido!

EL REY
(Levantándose)
¡Echad, echad de aquí a esos viles histriones!

LA REINA
¡Cielos!

HAMLET
(Aparte)
¡Mi duda está aclarada!

(Fingiendo estar loco)

¡Golpead al asesino! 
¡Golpead al miserable!
¡Todos lo visteis!
¡Fue él quien vertió el veneno!

CORTESANOS
¿Qué dice? 
¿Qué arrebato descarría su razón?

LA REINA
¡Hamlet! ¡Hijo mío!

OFELIA
(A Hamlet)
¡Señor!

HAMLET
¡Traición! ¡Traición!
¡Venguemos al rey matando al culpable!

(Se acerca al rey y lo aparta de los cortesanos
que lo rodean)

¡Está aquí!... ¡Mirad!... ¿Es que no lo veis?
¡Por Dios y por el Cielo!...
¡Lleva ceñida la corona real!

(Le arranca la corona.)

¡Fuera, máscara mentirosa!
¡Corona vana, fuera!

CORTESANOS
¡Oh!

EL REY
¡Oh, mortal ofensa! ¡Ciega demencia 
que a todos nos llena el corazón de pavor! 

OFELIA
¡Oh, mortal ofensa!

MARCELO, POLONIO, HORACIO
¡Ciega demencia
que a todos nos llena el corazón de pavor!

CORTESANOS
¡Tiemblo de pavor!

LA REINA
(Aparte)
En su desquiciada locura,
él desafía, ultraja...

EL REY
¡Él me desafía! ¡Me ultraja!

LA REINA
¡Desafía y ultraja
a la santa majestad del rey! 

DAMAS
¿Por qué lo hace?

SEÑORES
¡Ultraje cruel!

MARCELO
¡Qué ultraje!

SEÑORES
¡Qué ultraje!

DAMAS
¡Desquiciada locura!

SEÑORES
¡Desquiciada locura!

EL REY
En su desquiciada locura...

MARCELO, DAMAS
Todos nuestros corazones...

SEÑORES
¡Desquiciada locura!

LA REINA
¡Oh, mortal ofensa!

DAMAS
...están helados

OFELIA
¡Desquiciada locura 
que llena mi corazón de pavor!

LA REINA
¡Ah, mi corazón está helado de pavor!

EL REY
¡Él desafía y ultraja
a su madre y a su rey!

CORTESANOS
¡Ultraje cruel!
¡Nuestros corazones 
están helados de pavor!
En su locura ultraja
¡a la reina y al rey!
¡Ultraja a la majestad del rey!

HAMLET
(Continua fingiéndose loco)
¡Oh vino, disipa la tristeza
que pesa en mi corazón!

EL REY, POLONIO, HORACIO, 
MARCELO, CORTESANOS
¿Qué dice?... ¿Qué dice?

HAMLET
¡A mí los sueños y la embriaguez...

MARCELO, HORACIO
(A Hamlet)
¡Señor!

HAMLET
... y la risa burlona!

CORTESANOS
¡Ciega demencia!
¡Oh, mortal ofensa!
¡Ciega demencia
que hiela el corazón de pavor! etc.
En su desquiciada demencia,
ultraja,
¡a la reina y al rey!

HAMLET
¡Oh, licor embriagador,

MARCELO, HORACIO
¡Oh, señor!

HAMLET
... llena de embriaguez
y olvido a mi corazón!

SEÑORES
¡Oh, demencia!

OFELIA, LA REINA
¡Oh, ofensa cruel! 
¡Oh, desquiciada demencia!
¡Oh, cruel ofensa!
¡Oh, mi corazón se estremece de pavor!
¡Ay, muerte! ¡Oh!... ¡Oh!...

CORTESANOS
¡Oh, mortal ofensa! 
¡Oh, venganza justa!
¡Él desafía al rey!
¡Mi corazón está helado de pavor! 
¡Ah, mi corazón se estremece de pavor! 

OFELIA, LA REINA
¡Ay, muerte!

HAMLET
¡Oh, licor...

CORTESANOS
¡Oh, día maldito! ¡Oh, día de pavor!

HAMLET
...llena de embriaguez 
y olvido mi corazón!
¡Oh, licor!...¡Ah!

(Cae.)

OFELIA, LA REINA, CORTESANOS
¡Oh!

EL REY
¡A mí!... ¡Traed antorchas!
¡Seguidme!

OFELIA, LA REINA, CORTESANOS
¡Oh, día de pavor!

(El rey sale precipitadamente, le siguen 
la reina y toda la corte.)

Acto  III