ACTE DEUXIÈME


Scène Première

(La taverne de Lillas Pastia. Carmen,
Mercédès, Frasquita, le lieutenant 
Zuniga, Moralès et un lieutenant. Deux
bohémiennes, au milieu de la scène,
dansent)

11. Chanson

CARMEN
Les tringles des sistres tintaient
avec un éclat métallique,
et sur cette étrange musique
les zingarellas se levaient.
Tambours de basque allaient leur train,
et les guitares forcenées
grinçaient sous des mains obstinées,
même chanson, même refrain,
Tra la la la, tra la la la...

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Tra la la la, tra la la la...

CARMEN
Les anneaux de cuivre et d'argent
reluisaient sur les peaux bistrées;
d'orange ou de rouge zébrées
les étoffes flottaient au vent.
La danse au chant se mariait,
d'abord indécise et timide,
plus vive ensuite et plus rapide...
cela montait, montait, montait!
Tra la la la, tra la la la...

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Tra la la la, tra la la la...

CARMEN
Les Bohémiens, à tour de bras,
de leurs instruments faisaient rage,
et cet éblouissant tapage
ensorcelait les zingaras.
Sous le rhythme de la chanson,
ardentes, folles, enfiévrées,
elles se laissaient, enivrées,
emporter par le tourbillon!
Tra la la la, tra la la la...

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Tra la la la, tra la la la...

(Carmen, Frasuita et Mercèdés dansent. Après
la danse, Lillas Pastia se met à tourner 
autour des officiers d'un air embarrassé)

ZUNIGA
(à Lillas Pastia)
Vous avez quelque chose à nous dire, 
maître Lillas Pastia? 

LILLAS PASTIA
Mon Dieu, messieurs... 
Il commence à se faire tard...

ZUNIGA
Cela veut dire que tu nous mets à la porte!...

LILLAS PASTIA
¡Oh non, messieurs les officiers, no, no!... 
Mais mon auberge devrait être fermée
depuis dix minutes... 

ZUNIGA
Nous avons encore, avant l'appel, le temps
d'aller passer une heure au théâtre... 
vous y viendrez avec nous, n'est-ce pas?

MERCÉDÈS
C'est impossible... 

ZUNIÑA
Frasquita! 

FRASQUITA
Je suis désolée... 

ZUNIGA
Mais toi, Carmen... 
je suis bien sûr que tu ne refuseras pas... 

CARMEN
Je vous refuse!

ZUNIGA
Parce qu'il y a un mois 
j'ai eu la cruauté de t'envoyer à la prison...

CARMEN 
(comme si elle ne se rappelait pas)
À la prison?... 
Je ne souviens pas d'être allée à la prison...

ZUNIGA
Le brigadier qui ayant jugé à propos de te
laisser échapper... et de se faire dégrader 
et emprisonner pour cela... 
Aujourd'hui il a sorti de la prison

CARMEN 
(faisant claquer ses castagnettes)
Tout est bien puisqu'il en est sorti, 
tout est bien. 

12. Choeur et Ensemble

CHOEUR
(derrière la scène)
Vivat! vivat le torero!
Vivat! vivat Escamillo!
Jamais homme intrépide
n'a par un coup plus beau,
d'une main plus rapide.

ZUNIGA
Qu'est-ce que c'est que ca?

MERCÉDÈS
Une promenade aux flambeaux...

ANDRÈS
Et qui promène-t-on?

FRASQUITA
C'est Escamillo... 
un torero qui s'est fait remarquer 
aux dernières courses de Grenade
et qui promet d'égaler la gloire 
de Montes et de Pepe Illo... 

ANDRÈS
Pardieu, il faut le faire venir... 
nous boirons en son honneur! 

ZUNIGA
C'est cela, je vais l'inviter.

(il va à la fenêtre)

Monsieur le torero... 
voulez-vous nous faire l'amitié
de monter ici? 
Vous y trouverez des gens 
qui aiment fort tous ceux qui, comme vous,
ont de l'adresse et du courage...

(quittant la fenêtre)

Il vient... 

LILLAS PASTIA 
Messieurs, les officiers, 
je vous avait dit... 

ZUNIGA 
Ayez la bonté de nous laisser tranquille,
maître Lillas Pastia, 
et faites-nous apporter de quoi boire... 

(Entrée d'Escamillo et de ses amis)

TOUS
Vivat! vivat le torero!

Scène Seconde

13.- Couplets

ESCAMILLO
(rude et très rythmé)
Votre toast, je peux vous le rendre,
señors, car avec les soldats
oui, les toreros peuvent s'entendre;
pour plaisirs, ils ont les combats!
Le cirque est plein, 
c'est jour de fête!
Le cirque est plein du haut en bas;
les spectateurs perdant la tête,
s'interpellent à grands fracas!
Apostrophes, cris et tapage
poussés jusques à la fureur!
Car c'est la fête du courage!
C'est la fête des gens de coeur!
Allons! en garde! allons! allons! ah!
Toréador, en garde!
Et songe bien, oui, 
songe en combattant 
qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,

TOUS
Toréador, en garde!
Toréador! Toréador!
Et songe bien, oui, 
songe en combattant,
| qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,
Toréador, l'amour, l'amour t'attend!

ESCAMILLO
Tout d'un coup, on fait silence,
ah! que se passe-t-il?
Plus de cris, 
c'est l'instant!
Le taureau s'élance 
en bondissant hors du toril!
Il entre, il frappe!... un cheval roule,
entraînant un picador.
``Ah! Bravo! Toro!'' 
hurle la foule.
Le taureau va... 
il vient et frappe encore!
En secouant ses banderilles,
plein de fureur, il court!..
le cirque est plein de sang!
On se sauve... on franchit les grilles!..
C'est ton tour maintenant!
Allons! en garde! allons! allons! 
Ah! Toréador, en garde!
Toréador! Toréador!
Et songe bien, oui, 
songe en combattant
qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,
Toréador, l'amour, l'amour t'attend! 

TOUS
Toréador, en garde!
Toréador! Toréador!
Et songe bien, oui, songe en combattant,
qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,
Toréador, l'amour, l'amour t'attend!

LILLAS PASTIA
Messieurs les officiers, je vous en prie. 

ZUNIGA
C'est bien, c'est bien, nous partons. 

ESCAMILLO
(à Carmen)
Dis-moi ton nom, et la première fois 
que je frapperai le taureau, 
ce sera ton nom que je prononcerai. 

CARMEN
Carmen, la Carmencita, comme tu voudras. 

ESCAMILLO
Et bien, Carmen, ou la Carmencita, 
si je m'avisais de t'aimer 
et de vouloir être aimé de toi, 
qu'est-ce que tu me répondrais? 

CARMEN
Je répondrais que quant à être aimé de moi
pour le moment, il n'y faut pas songer! 

ESCAMILLO
J'attendrai alors 
et je me contenterai d'espérer... 

CARMEN
Il n'est pas défendu d'attendre 
et il est toujours agréable d'espérer. 

ZUNIGA
(Bas à Carmen)
Écoute-moi, Carmen, 
puisque tu ne veux pas venir avec nous, 
c'est moi qui dans une heure reviendrai ici...

CARMEN
Ici?.. 

ZUNIGA
Oui, dans une heure... après l'appel. 

CARMEN
Je ne vous conseille pas de revenir... 

ZUNIGA
Je me risquerai.
ACTO SEGUNDO


Escena Primera

(Taberna de Lillas Pastia. Mercedes, 
Frasquita y Carmen, están sentadas a la 
mesa, acompañadas de Zúñiga, Andrés y 
otros oficiales. Algunas jóvenes gitanas 
están bailando.)

11: Canción

CARMEN
Las varas de los triángulos tintinean
con un metálico sonido,
y de esa extraña música,
las gitanas se levantan.
Tambores vascos van y vienen,
y frenéticas guitarras
suenan bajo manos obstinadas,
la misma canción, la misma tonada.
Tra la la la la la...

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
Tra la la la la la...

CARMEN
Anillos de cobre y plata
brillan sobre las pieles morenas,
rayadas de rojo o naranja,
y las telas vuelan al viento.
La danza y el canto unidos,
Al principio inciertos y tímidos,
luego, rápidos y vívidos.
¡Y siguen subiendo, subiendo!
Tra la la la la la...

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
Tra la la la la la...

CARMEN
Los gitanos, con todo su ser,
atacan sus instrumentos con energía,
y ese deslumbrante estrépito
¡embruja a las gitanas!
Poseídas por el ritmo de la canción, 
fervorosas, locas y febriles
¡como embriagadas,
transportadas por el torbellino!
Tra la la la la la...

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
Tra la la la la la...

(Mercedes, Frasquita y Carmen se unen al 
baile de las gitanas. Lillas Pastia mira 
alrededor de los oficiales, desconcertado )

ZÚÑIGA
(a Lillas Pastia)
¿Tienes algo para decirnos, 
maestro Lillas Pastia?

LILLAS PASTIA
¡Oh Dios, Señores! 
Comienza a caer la tarde y...

ZÚÑIGA
¿Nos estás echando?...

LILLAS PASTIA
¡Oh, no, señores oficiales, no, no!...
Pero la taberna debería haber cerrado
hace diez minutos.

ZÚÑIGA
Tenemos aún tiempo de ir al teatro
antes del toque de relevo de guardia:
¿Vendréis con nosotros, muchachas?

MERCEDES
Es imposible.

ZÚÑIGA
¿Frasquita?

FRASQUITA
¡Perdóneme!

ZÚÑIGA
Pero tú, Carmen...
¡Sé bien que no me rechazarás!...

CARMEN
¡Sí, os rechazo!

ZÚÑIGA
¿Porque hace un mes 
te envié a prisión?...

CARMEN
(como si no recordara)
¿A la Prisión? 
No recuerdo haber estado en prisión.

ZÚÑIGA
¡Ja, ja! Tu cabo, 
que dejó que escaparas, 
fue degradado y encarcelado...
Hoy ha salido de la prisión.

CARMEN
(haciendo sonar las castañuelas)
¿Hoy, en serio? 
¡Todo esta bien, muy bien!

12: Coro y Conjunto

AMIGOS DE ESCAMILLO
(fuera de escena)
¡Viva!¡Viva el torero!
¡Viva! ¡Viva Escamillo!
Jamás hubo ni habrá torero
de mano más firme
y pases tan bellos.

ZÚÑIGA
¿Qué es eso?

MERCEDES
Una procesión de antorchas...

ANDRÉS
¿Y a quién proclaman?

FRASQUITA
Lo reconozco... es Escamillo, 
el torero que ha triunfado
en las recientes corridas de Granada,
y que promete ser tan fabuloso como
Montes y Pepe Illo...

ANDRÉS
¡Por Dios, tráiganlo!
¡Beberemos en su honor!...

ZÚÑIGA
Lo invitaré.

(abriendo la ventana, grita)

Señor torero... 
¿quisiera usted hacernos el honor 
de venir aquí?
Encontrará hombres que respetan 
a aquellos que demuestran
habilidad y coraje, como usted.

(cerrando la ventana, dice)

Ya viene...

LILLAS PASTIA
Señores oficiales, 
les advertí que...

ZÚÑIGA
Tenga la bondad, señor Pastia,
de dejarnos tranquilos 
y tráiganos algo de beber...

(Entran Escamillo y sus amigos)

TODOS
¡Larga vida al torero!

Escena Segunda

13: Coplas

ESCAMILLO
(con ritmo y voz bronca)
Su brindis puedo responder señores,
pues con los soldados, sí,
toreros como yo se entienden:
¡Por placer, tomamos el combate! 
La plaza está llena, es día de fiesta,
está llena de arriba abajo,
los espectadores, pierden la cabeza,
¡se interpelan a gritos!
¡Exclamaciones, llantos y tumulto,
creciendo hasta el paroxismo!
¡Es una fiesta al coraje!
¡Es la fiesta de los hombres valientes!
¡Venga, en guardia! ¡Ah!
¡Toreador, cuidado!
Y recuerda, sí, 
recuerda al torear
que unos ojos negros te miran,
¡y que el amor te espera, 
toreador! 

TODOS
¡Toreador, cuidado!
Toreador, toreador!
Y recuerda, sí, 
recuerda al torear
que unos ojos negros te miran,
¡y que el amor te espera, toreador! 
¡El amor, te espera el amor!

ESCAMILLO
De repente, se hace el silencio.
¡Ah! ¿qué pasó?
¡Los llantos terminaron, 
el momento llegó!
¡El toro sale del toril!
Entra al caballo,... lo embiste,
el caballo cae arrastrando al picador.
"¡Ah! ¡Bravo toro!" 
grita el público.
El toro va... viene...
ataca de nuevo.
Sacudiendo las banderillas,
lleno de furia corre... 
¡la arena esta llena de sangre! 
¡Cuidado, a salvarse... a las barreras!
¡Ahora es tu turno!
¡Vamos! ¡Cuidado! ¡Ah!
¡Toreador, en guardia!
¡Toreador, toreador!
¡Toreador, cuidado!
Y recuerda, sí, 
recuerda al torear
que unos ojos negros te miran,
¡y que el amor te espera, toreador! 
¡El amor, te espera el amor!

TODOS
¡Toreador, en guardia!
¡Toreador, toreador!
Y recuerda, sí, 
recuerda al torear
que unos ojos negros te miran,
¡y que el amor te espera, toreador! 

LILLAS PASTIA
Señores soldados... ¡se lo ruego!

ZÚÑIGA
Esta bien, esta bien, ¡nos iremos!

ESCAMILLO
(a Carmen)
¿Cómo te llamas, guapa?
y la primera vez que lidie a un toro
será tu nombre el que pronunciaré.

CARMEN
Carmen o Carmencita, como quieras.

ESCAMILLO
Muy bien, 
Carmen o Carmencita, 
si te dijese que me he enamorado de ti
¿qué responderías?

CARMEN
¡Te respondería que, por el momento,
no deberías ni soñarlo!

ESCAMILLO
Esperaré y me contentaré 
con la esperanza...

CARMEN
Nadie te prohíbe esperar: 
es dulce la esperanza.

ZÚÑIGA
(en voz baja a Carmen)
Escúchame, Carmen, 
puesto que no quieres venir, 
seré yo el que vuelva en una hora...

CARMEN
¿Aquí?

ZÚÑIGA
Sí, después del relevo de la guardia.

CARMEN
¡Desperdicias tu tiempo!

ZÚÑIGA
Aún así, regresaré.
13 bis. Choeur

CHOEUR
Toréador, en garde!
Toréador! Toréador!
Et songe bien, oui, 
songe en combattant
qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,
Toréador! l'amour, l'amour t'attend! 

(Tout le monde sort, excepté Carmen,
Frasquita, Mercédès et Lillas Pastia.)

Scène Troisième

FRASQUITA 
(à Pastia)
Pourquoi étais-tu si pressé 
de les faire partir?

LILLAS PASTIA
Le Dancaire et le Remendado 
viennent d'arriver... 
ils ont à vous parler 
de vos affaires...
¡Regardez là!

(Entrent le Dancaïre et le Remendado.
Pastia ferme les portes, met les volets, etc.)

FRASQUITA
Eh bien, les nouvelles? 

DANCAIRE
Pas trop mauvaises les nouvelles, 
nous arrivons de Gibraltar... 
Nous avons de marchandises anglaises...
mais c'est de vous que nous avons besoin... 

MERCÉDÈS
(riant)
Pour vous aider à porter les ballots?... 

REMENDADO
(avec ton moqueur)
Oh! non... 
Faire porter des ballots à des dames... 
ça ne serait pas distingué. 

DANCAIRE
(menaçant)
Remendado? 

REMENDADO
Oui, patron. 

FRASQUITA
Et bien?
Qu'est-ce que nous ferons?

DANCAIRE
Pour autre chose...

14. Quintette

DANCAIRE
Nous avons en tête une affaire!

FRASQUITA
Est-elle bonne, dites-nous?

MERCÉDÈS
Est-elle bonne, dites-nous?

DANCAIRE
Elle est admirable, ma chère;
Mais nous avons besoin de vous.

REMENDADO
Oui, nous avons besoin de vous.

CARMEN, FRASQUITA, MERCÉDÈS
De nous?
Quoi, vous avez besoin de nous?

REMENDADO, DANCAIRE
Oui, nous avons besoin de vous!
Car nous l'avouons humblement
et fort respectueusement,
Quand il s'agit de tromperie,
de duperie, de volerie,
il est toujours bon, sur ma foi,
d'avoir les femmes avec soi.
Et sans elles, mes toutes belles,
on ne fait jamais rien de bien!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Quoi, sans nous jamais rien
de bien?

REMENDADO, DANCAIRE
N'êtes-vous pas de cet avis?

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Si fait, je suis de cet avis.

TOUS
Quand il s'agit de tromperie,
de duperie, de volerie,
il est toujours bon, sur ma foi,
d'avoir les femmes avec soi.
Et sans elles, les toutes belles,
on ne fait jamais rien de bien!

DANCAIRE
C'est dit, alors; vous partirez?

MERCÉDÈS
Quand vous voudrez.

FRASQUITA
Quand vous voudrez.

DANCAIRE
Mais... tout de suite...

CARMEN
Ah! permettez... permettez!

(à Mercédès et à Frasquita)

S'il vous plaît de partir... partez!
Mais je ne suis pas du voyage.
Je ne pars pas... je ne pars pas!

DANCAIRE, REMENDADO
Carmen, mon amour, tu viendras,
et tu n'auras pas le courage
de nous laisser dans l'embarras.

CARMEN
Je ne pars pas, je ne pars pas!

FRASQUITA, MERCÉDÈS
Ah! ma Carmen, tu viendras! 

DANCAIRE
Mais au moins la raison, 
Carmen, tu la diras.

FRASQUITA, MERCÉDÈS
REMENDADO, DANCAIRE
La raison! 

CARMEN
Je la dirai certainement...

FRASQUITA, MERCÉDÈS
REMENDADO, DANCAIRE
Voyons!

CARMEN
La raison, c'est qu'en ce moment...

REMENDADO, DANCAIRE
Eh bien?

FRASQUITA, MERCÉDÈS
Eh bien?

CARMEN
Je suis amoureuse!

REMENDADO, DANCAIRE 
(stupéfaits)
Qu'a-t-elle dit?

FRASQUITA, MERCÉDÈS
Elle dit qu'elle est amoureuse!

FRASQUITA, MERCÉDÈS
REMENDADO, DANCAIRE
Amoureuse!

CARMEN
Oui, amoureuse!

DANCAIRE
Voyons, Carmen, sois sérieuse

CARMEN
Amoureuse à perdre l'esprit! 

REMENDADO, DANCAIRE 
(un peu ironique)
La chose, certes, nous étonne,
mais ce n'est pas le premier jour
où vous aurez su, ma mignonne,
faire marcher de front 
le devoir et l'amour...

CARMEN 
(franchement)
Mes amis, je serais fort aise
de partir avec vous ce soir;
mais cette fois, ne vous déplaise,
il faudra que l'amour passe 
avant le devoir...
Ce soir l'amour passe 
avant le devoir!

DANCAIRE
Ce n'est pas là ton dernier mot?

CARMEN
Absolument!

REMENDADO
Il faut que tu te laisses attendrir!

FRASQUITA, MERCÉDÈS
REMENDADO, DANCAIRE
Il faut venir, Carmen, il faut venir!
Pour notre affaire,
c'est nécessaire; car entre nous...

CARMEN
Quant à cela, j'admets bien avec vous: 

TOUS
Quand il s'agit de tromperie,
de duperie, de volerie,
il est toujours bon, sur ma foi,
d'avoir les femmes avec soi.
Et sans elles, les toutes belles,
on ne fait jamais rien de bien!

DANCAIRE
En voilà assez; je t'ai dit qu'il fallait venir,
et tu viendras... je suis le chef... 
Amoureuse... 
ce n'est pas une raison, cela.

REMENDADO
Je suis amoureux et utile. 

DANCAIRE
Remendado!

REMENDADO
Oui, patron!

FRASQUITA
Je ne t'ai jamais vue comme cela; 
qui attends-tu, donc?.. 

CARMEN
Un pauvre diable de soldat 
qui m'a rendu service... 

MERCÉDÈS
Ce soldat qui était en prison? 

CARMEN
Oui!.. 

DANCAIRE
Je parierais qu'il ne viendra pas. 

CARMEN
Ne parie pas, tu perdrais... 

(On entend dans le lointain 
la voix de don José)
13bis: Coro

CORO
¡Toreador, en guardia!
¡Toreador, toreador!
¡Toreador, cuidado!
Y recuerda, sí, 
recuerda al torear
que unos ojos negros te miran,
¡y que el amor te espera, toreador! 

(Todos se retiran menos Mercedes,
Carmen, Frasquita y Lillas Pastia.)

Escena Tercera

FRASQUITA
(a Pastia)
¿Por qué estabas tan ansioso 
de que se fueran?

LILLAS PASTIA
Dancaïre y Remendado 
acaban de llegar...
Tienen algo que decirles
acerca de sus negocios...
¡Miren, ahí están!

(Dancaire y Remendado entran.
Pastia cierra las puertas, ventanas...)

FRASQUITA
¿Y bien?... ¿Qué noticias hay?

DANCAIRE
No son malas noticias. 
Estuvimos en Gibraltar...
Tenemos una carga de mercaderías...
Pero, ¡os necesitamos!

MERCEDES
(riendo)
¿Para cargar el contrabando?

REMENDADO
(con sorna)
¡Oh, no!...
Que las damas carguen con los fardos
¡eso no sería educado!....

DANCAIRE
(amenazante)
¡Remendado, cállate!

REMENDADO
Sí, jefe.

FRASQUITA
¿Y bien? 
¿Para qué nos necesitáis?

DANCAIRE
Para otra cosa...

14: Quinteto

DANCAIRE
¡Tenemos en mente un asunto!

FRASQUITA
Decidnos, ¿es bueno? 

MERCEDES
Decidnos, ¿es bueno? 

DANCAIRE
Es fabuloso, querida,
pero necesitamos de ustedes.

REMENDADO
Sí, las necesitamos.

CARMEN, FRASQUITA, MERCEDES
¿De nosotras?
¿Qué es lo que necesitan?

DANCAIRE, REMENDADO
¡Sí, las necesitamos a ustedes!
Pues confesamos humildemente
y con gran respeto que
cuando el triunfo peligra,
trampeando o robando,
siempre es bueno
poder contar con mujeres,
pues sin ellas, mis bellas,
¡nada podría salir bien!

CARMEN, FRASQUITA, MERCEDES
¿Qué sin nosotras 
nada puede salir bien?

DANCAIRE, REMENDADO
¿No lo creéis así?

CARMEN, FRASQUITA, MERCEDES
Sí, así lo creemos, es verdad.

TODOS
Cuando el triunfo peligra,
trampeando o robando,
siempre es bueno
contar con mujeres,
pues sin ellas, mis bellas,
¡nada podría salir bien!

DANCAIRE
Entonces ¿cuándo partimos?

MERCEDES
Cuando quieras.

FRASQUITA
Cuando quieras.

DANCAIRE
Bien...¡de inmediato!

CARMEN
¡Ah! Permítanme, 

(a Mercedes y Frasquita)

¡Si quieren marchar... marchaos!
No contéis conmigo,
¡yo no voy!

DANCAIRE, REMENDADO
Carmen, amor mío, vendrás,
no tienes el suficiente coraje
para dejarnos solos, en la estacada.

CARMEN
¡Yo no voy!

FRASQUITA, MERCEDES
¡Ah, querida Carmen, tú vendrás! 

DANCAIRE
Pero al menos, 
nos dirás la razón, Carmen,

FRASQUITA, REMENDADO
MERCEDES y DANCAIRE
¡La razón!

CARMEN
Ciertamente les diré...

DANCAIRE, REMENDADO
MERCEDES, FRASQUITA
¡Vamos!

CARMEN
La razón es que en este momento...

DANCAIRE, REMENDADO
¿Y bien?

FRASQUITA, MERCEDES
¿Y bien?

CARMEN
... ¡estoy enamorada! 

DANCAIRE, REMENDADO
(estupefactos)
¿Qué has dicho?

FRASQUITA, MERCEDES
¡Dijo que esta enamorada!

DANCAIRE, REMENDADO
FRASQUITA, MERCEDES
¡Enamorada!

CARMEN
Sí, ¡enamorada!

DANCAIRE
¡Vamos, Carmen, habla en serio!

CARMEN
¡Locamente enamorada!

DANCAIRE, REMENDADO
(irónicos)
Por supuesto que nos sorprendes,
pero no es la primera vez
que confundes, querida,
el deber...
con el amor.

CARMEN
(con franqueza)
Amigos míos, me complacería
ir con vosotros esta noche,
pero ahora, si no os importa,
antes del deber... 
vendrá el amor.
¡Esta noche vencerá
el amor al deber!

DANCAIRE
¿Es tu última palabra?

CARMEN
¡Totalmente!

REMENDADO
¡Debes ceder!

FRASQUITA, MERCEDES
DANCAIRE y REMENDADO
¡Debes venir, debes venir!
Para nuestro trabajo,
eres esencial, y nosotros mismos...

CARMEN
En cuanto a eso, estoy de acuerdo:

TODOS
Cuando el triunfo peligra,
trampeando o robando,
siempre es bueno
contar con mujeres,
y sin ellas, mis bellas,
¡nada podría salir bien!

DANCAIRE
¡Terminemos con esto: 
tu vendrás,... yo soy el jefe!
¡Oh, enamorada! 
¡Vamos Carmen, esa no es una razón!

REMENDADO
¡Yo aún enamorado, soy muy útil!  

DANCAIRE
¡Remendado!

REMENDADO
¡Sí, jefe!

FRASQUITA
Nunca te había visto antes así:
¿a quién esperas?...

CARMEN
A un pobre diablo,
a un  soldado que me hizo un favor.

MERCEDES
¿El soldado que estuvo en prisión?

CARMEN
Sí...

DANCAIRE
Apuesto a que tu soldado no vendrá.

CARMEN
No apuestes, porque perderás.

(se oye a lo lejos 
la voz de don José)
Scène Quatrième

15. Chanson

DON JOSÉ 
(la voix très éloigné)
Halte-là!
Qui va là?
Dragon d'Alcalá!
Où t'en vas-tu par là,
dragon d'Alcalá?
Moi, je m'en vais faire,
mordre la poussière
à mon adversaire.
S'il en est ainsi,
passez, mon ami.
Affaire d'honneur,
affaire de coeur,
pour nous 
tout est là,
dragons d'Alcalá!

(Carmen, le Dancaïre, le Remendado,
Mercédès et Frasquita, par les volets
entr'ouverts, regardent venir don José.

MERCÉDÈS
C'est un dragon, ma foi. 

FRASQUITA
Et un beau dragon. 

DANCAIRE 
(à Carmen)
Tu devrais décider ton dragon à venir 
avec toi et à se joindre à nous. 

CARMEN
Ah!.. si cela se pouvait!.. 
Mais il est trop niais. 

DANCAIRE
Pourquoi l'aimes-tu encore?

CARMEN
Parce qu'il est joli garçon donc 
et qu'il me plaît. 

(Remendado, Frasquita Mercédès et
Dancaire sortent)

Chanson 

DON JOSÉ
(la voix se rapproche peu à peu)
Halte-là! 
Qui va là?
Dragon d'Alcala!
Où t'en vas-tu par là,
dragon d'Alcala?
Exact et fidèle,
je vais où m'appelle
l'amour de me belle!
S'il en est ainsi,
passez, mon ami.
Affaire d'honneur,
affaire de coeur,
pour nous 
tout est là,
dragons d'Alcalá!

(Entre don José.)

Scène Cinquième

CARMEN
Enfin... te voilà... C'est bien heureux. 

DON JOSÉ
Il y a deux heures seulement 
que je suis sorti de prison. 

CARMEN 
Tu m'en veux alors et tu regrettes 
de t'être fait mettre en prison 
pour mes beaux yeuxs? 

DON JOSÉ
No...

CARMEN
Parce que tu m'aimes? 

DON JOSÉ
Parce que je t'adore. 

CARMEN 
(mettant ses mains dans les mains de José)
Je paie mes dettes... 
c'est notre loi à nous autre bohémiennes... 

DON JOSÉ
Carmen!

CARMEN
Ton lieutenant était ici tout à l'heure, 
avec d'autres officiers, 
ils nous ont fait danser la Romalis... 

DON JOSÉ
Tu as dansé? 

CARMEN
Oui,.. Est-ce que tu serais jaloux?.. 

DON JOSÉ
Mais certainement, je suis jaloux... 

CARMEN
Eh bien, si tu le veux, 
je danserai pour toi maintenant, 
pour toi tout seul. 

16. Duo

CARMEN 
(avec une solennité comique)
Je vais danser en votre honneur,
et vous verrez, seigneur,
comment je fais moi-même
accompagner ma danse!
Mettez-vous là, Don José; 
je commence!

(Elle fait asseoir Don José)

La la la...

Carmen danse et s accompagne avec ses
castagnettes. Don José la dévore des yeux.
On entend au loin, des clairons qui sonnent
la retraite) 

DON JOSÉ
Attends un peu, Carmen,
rien qu'un moment... arrête! 

CARMEN 
(étonnée)
Et pourquoi, s'il te plaît? 

DON JOSÉ
Il me semble... là-bas...
Oui, ce sont nos clairons 
qui sonnent la retraite.

(Les clairons se rapprochent)

Ne les entends-tu pas? 

CARMEN 
(avec entrain)
Bravo! j'avais beau faire;... 
il est mélancolique
de danser sans orchestre... 
Et vive la musique
qui nous tombe du ciel! 
La, la, la...

(Elle reprend sa chanson qui se rythme 
sur la retraite sonnée au dehors par les
clairons. Carmen se remet à danser et 
Don José se remet à regarder Carmen. La
retraite approche... approche... approche...
passe sous les fenêtres de l'auberge... puis
s'éloigne...)

DON JOSÉ
Tu ne m'a pas compris. Carmen... 
c'est la retraite! Il faut que moi, 
je rentre au quartier pour l'appel! 

CARMEN 
(stupéfaite)
Au quartier!.. 
pour l'appel!..
Ah! j'étais vraiment trop bête!
Je me mettais en quatre 
et je faisais des frais,
pour amuser monsieur! 
Je chantais! je dansais!
Je crois, Dieu me pardonne,
qu'un peu plus, je l'aimais!
Ta ra ta ta... c'est le clairon qui sonne!
Ta ra ta ta... Il part... 
il est parti!
Va-t'en donc, canari!
Tiens! prends ton shako, 
ton sabre, ta giberne,
et va-t'en, mon garçon, ve t'en!
Retourne à ta caserne! 

DON JOSÉ
(avec tristesse)
C'est mal à toi, Carmen, 
de te moquer de moi!
Je souffre de partir...
car jamais, jamais femme,
jamais femme avant toi, 
aussi profondément n'avait 
troublé mon âme! 

CARMEN 
(en exagérant le ton passionné de don José)
Il souffre de partir, car jamais, 
Jamais femme, jamais femme 
avant moi, aussi avant moi
aussi profondément 
n'avait troublé son âme!
Ta ra ta ta... mon Dieu! 
c'est la retraite!
Ta ra ta ta... je vais être en retard.
Il perd la tête! il court!
Et voilà son amour! 

DON JOSÉ
Ainsi tu ne crois pas à mon amour? 

CARMEN
Mais non! 

DON JOSÉ
Eh bien! tu m'entendras! 

CARMEN
Je ne veux rien entendre! 

DON JOSÉ
Tu m'entendras! 

CARMEN
Tu vas te faire attendre!
Non! non! non! non!

(De la main gauche, il a saisi brusquement
le bras de Carmen; de la main droite, il va
chercher sous sa veste d'uniforme la fleur
de cassie que Carmen lui a jetée au premier
acte. Il montre cette fleur à Carmen)

DON JOSÉ
La fleur que tu m'avais jetée
dans ma prison m'était restée,
flétrie et sèche, cette fleur
gardait toujours sa douce odeur;
et pendant des heures entières,
sur mes yeux, 
fermant mes paupières,
de cette odeur je m'enivrais
et dans la nuit je te voyais!
Je me prenais à te maudire,
à te détester, à me dire:
pourquoi faut-il que le destin
l'ait mise là sur mon chemin!
Puis je m'accusais de blasphème,
et je ne sentais en moi-même,
qu'un seul désir, un seul espoir:
te revoir, ô Carmen, oui,
te revoir!
Car tu n'avais eu qu'à paraître,
qu'à jeter un regard sur
moi pour t'emparer 
de tout mon être,
ô ma Carmen!
Et j'étais une chose à toi!
Carmen, je t'aime!

CARMEN
Non! tu ne m'aimes pas!

DON JOSÉ
Que dis-tu?

CARMEN
Non! tu ne m'aimes pas! Non!
Car si tu m'aimais,
là-bas, là-bas tu me suivrais!

DON JOSÉ
Carmen!

CARMEN
Oui! Là-bas, là-bas dans la montagne!
là-bas, là-bas tu me suivrais!
Sur ton cheval tu me prendrais,
et comme un brave 
à travers la campagne,
en croupe, tu m'emporterais!
Là-bas, là-bas dans la montagne.

DON JOSÉ 
(troublé)
Carmen!

CARMEN
là-bas, là-bas tu me suivrais!
si tu m'aimais!
Tu n'y dépendrais de personne;
point d'officier 
à qui tu doives obéir,
et point de retraite qui sonne
pour dire à l'amoureux 
qu'il est temps de partir!
Le ciel ouvert, la vie errante,
pour pays tout l'univers, 
et pour loi ta volonté!
Et surtout 
la chose enivrante:
la liberté! la liberté!

DON JOSÉ
Mon Dieu!

CARMEN
Là-bas, là-bas dans la montagne!

DON JOSÉ 
(presque vaincu)
Carmen!

CARMEN
là-bas, là-bas si tu m'aimais.

DON JOSÉ
Tais-toi!

CARMEN
là-bas, là-bas tu me suivrais!
Sur ton cheval tu me prendrais...

DON JOSÉ
Ah! Carmen, hélas! tais-toi!
tais-toi! mon Dieu!

CARMEN
Et comme un brave
à travers la campagne,
oui, tu m'emporterais, si tu m'aimais!

DON JOSÉ
(s'arrachant brusquement 
des bras de Carmen)
Non! je ne veux plus t'écouter!
Quitter mon drapeau... déserter...
C'est la honte... 
c'est l'infamie!...
Je n'en veux pas!

CARMEN
(durement)
Eh bien! pars!

DON JOSÉ 
(suppliant])
Carmen, je t'en prie!

CARMEN
Non! je ne t'aime plus! Va! je te hais!

DON JOSÉ
Écoute! Carmen!

CARMEN
Adieu! mais adieu pour jamais!

DON JOSÉ 
(avec douleur)
Eh bien! soit! adieu! adieu pour jamais!

CARMEN
Va-t-en!

DON JOSÉ
Carmen! adieu! adieu pour jamais!

CARMEN
Adieu!

(Il va en courant vers la porte. Au moment
il y arrive, on frappe. Don José s'arrête,
silence. On frappe encore.)
Escena Cuarta

15: Canción

DON JOSÉ
(desde lejos)
¡Alto!
¿Quién va?
¡Dragón de Alcalá!
¿Adonde vas,
dragón de Alcalá?
Voy a hacer
morder el polvo
a mi adversario.
Si es así,
amigo mío, pase.
Asunto de honor,
asunto del corazón,
es todo lo que cuenta
para nosotros,
¡Dragones de Alcalá!

(Carmen, Dancaïre, Remendado,
Frasquita y Mercedes ven venir a
don José)

MERCEDES
Es un dragón.

FRASQUITA
¡Un hermoso dragón!

DANCAIRE
(a Carmen)
Tengo una idea: deberás de conseguir
que tu dragón se una a nosotros.

CARMEN
¡Ah! Si pudiera... 
¡pero es demasiado tonto!

DANCAIRE
¿Por qué lo amas entonces?

CARMEN
Porque es atractivo... 
¡y me gusta!.

(a una señal de Dancaire, 
salen todos menos Carmen)

Canción

DON JOSÉ
(acercándose)
¡Alto!
¿Quién va?
¡Dragón de Alcalá!
¿Adonde vas,
dragón de Alcalá?
Fiel y exacto,
voy a donde me llama
el amor de mi amada.
Si es así,
amigo mío, pase.
Asunto de honor,
asunto del corazón,
es todo lo que cuenta
para nosotros,
¡Dragones de Alcalá!

(don José, entra)

Escena Quinta

CARMEN
¡Al fin... llegaste...!

DON JOSÉ
Han pasado solo dos horas 
desde que salí de la prisión.

CARMEN
¿Estás diciendo 
que has ido a prisión
solo por mis bellos ojos...?

DON JOSÉ
No...

CARMEN
¿O es que quizás me amas?

DON JOSÉ
Porque te adoro.

CARMEN
(tomando las manos de José)
Pagaré mi deuda... Es nuestra ley,
para nosotras, las gitanas...

DON JOSÉ
¡Carmen!

CARMEN
Tu teniente estuvo aquí hace una hora,
acompañado de otros oficiales...
bailamos para ellos...

DON JOSÉ
¿Bailaste?

CARMEN
Si... ¿no estarás celoso?...

DON JOSÉ
Sí... lo estoy

CARMEN
Bueno, si quieres,
bailaré ahora para ti,
para ti solamente...

16: Dúo

CARMEN
(con solemnidad cómica)
Danzaré en vuestro honor,
y así verá, señor,
¡como sé acompañarme
a mi misma en la danza!
Siéntese, don José, 
¡voy a comenzar!

(haciendo sentar a don José)

La, la, la, la...

(Comienza a bailar, haciendo sonar
las castañuelas. Don José la mira 
con éxtasis. Se oye el sonar de una
corneta lejana que toca retreta)

DON JOSÉ
Un momento, Carmen, 
aguarda un momento, oye...

CARMEN
(asombrada)
¿Y puedo saber por qué?

DON JOSÉ
Creo que son... ¡Sí! 
Son las trompetas que llaman 
a retreta

(el sonido se aproxima)

¿No las oyes?

CARMEN
(con entusiasmo)
¡Bravo! Por bien que yo lo haga,
resulta aburrido
bailar sin orquesta... 
¡Viva la música
que viene del cielo!
La la la la...

(Ella baila y toca las castañuelas.
Don José se sienta y sigue mirando a
Carmen. Las trompetas se oyen pasar
por delante de la taberna y se alejan,
haciendo que don José interrumpa su
contemplación, obligando a Carmen
a detenerse.)

DON JOSÉ
No comprendes, Carmen... 
¡es la retreta!
¡Debo ir al cuartel a pasar lista!

CARMEN
(estupefacta)
¡Al cuartel!...
¡Para cuando pasen lista!
¡Ah, he sido realmente tonta!
Me he esforzado 
y he gastado mi dinero
para entretener al señor: 
¡Canté! ¡Bailé! 
Creí, Dios perdóname,
¡me enamoraría de él!
¡Ta ra ta... la trompeta suena!
¡Ta ra ta... se va,...
se ha ido!
¡Vete, pues, canario!
¡Toma! Recoge tu saco, 
tu sable y tu cartuchera,
y vete, mi niño, 
¡corre al cuartel!

DON JOSÉ
(con tristeza)
Haces mal, Carmen, 
en burlarte de mí.
¡Sufro al tener que partir...
pues ninguna mujer,
jamás una mujer antes de ti,
atormentó mi alma
tan profundamente!

CARMEN
¡Él sufre al partir, 
porque ninguna mujer,
jamás una mujer, jamás,
antes de mí,
atormento su alma 
tan profundamente!
Ta ra ta ta... ¡Dios mío!
¡Es la retreta!
Ta ra ta ta... ¡Llegaré tarde!
¡Pierde la cabeza, corre!
¡Así es su amor!

DON JOSÉ
¿Así que no crees que te amo?

CARMEN
¡No!

DON JOSÉ
¡Entonces: me escucharás!

CARMEN
¡No escucharé nada!

DON JOSÉ
¡Me escucharás!

CARMEN
¡Te están esperando!
¡No, no, no!

(José, toma a Carmen con su mano
izquierda, y con la derecha saca de
adentro de su camisa, la flor que
Carmen le arrojo en el primer acto, 
y se la muestra.)

DON JOSÉ
La flor que me tiraste
en la prisión, aún marchita,
conmigo estuvo,
esta flor mantenía su dulce perfume.
Y por muchas horas,
sobre mis ojos,
con los párpados cerrados,
de ese perfume me embriagué
¡y en la oscuridad tu rostro veía!
Y me encontré maldiciéndote,
odiándote, y diciendo para mí:
¿Por qué el destino quiso
que te cruzaras en mi camino?
Luego me acusé de blasfemia
y no sentía en mí
más que un deseo, una sola esperanza:
¡Verte otra vez, Carmen!
¡Sí, verte otra vez!
Solo bastaba que aparecieras,
que sólo me miraras y
de mi ser entero 
tomaras posesión.
Oh, mi Carmen:
¡soy tuyo!
¡Carmen, te amo!

CARMEN
¡No, tú no me amas!

DON JOSÉ
¿Qué dices?

CARMEN
¡No, tu no me amas!
No, pues si me amaras,
me seguirás lejos de aquí!

DON JOSÉ
¡Carmen!

CARMEN
¡Sí! ¡Lejos, lejos en la montaña!
¡Allí, allí me seguirías!
Sobre tu caballo me subirías
y como un valiente héroe,
por la campiña,
¡en la grupa me llevarías!
¡Lejos, lejos en la montaña!...

DON JOSÉ
(turbado)
¡Carmen!

CARMEN
Lejos, lejos me seguirías
¡si me amaras, me seguirías!
¡De nadie dependerías,
a ningún oficial 
deberías obedecer
y ninguna retreta sonaría
para avisar al enamorado
que es hora de partir.
El cielo abierto, la vida errante,
por país, el universo, 
¡y por ley... tu voluntad!
Y sobre todo
el deleite más embriagador de todos:
¡la libertad, la libertad!

DON JOSÉ
¡Dios mío, Carmen, cálmate!

CARMEN
¡Lejos, lejos en la montaña!

DON JOSÉ
(a punto de ceder)
¡Ah, Carmen!

CARMEN
Allí, allí, si me amaras.

DON JOSÉ
¡Cállate!

CARMEN
¡Allí, allí me seguirías!
¡Sobre tu caballo me subirías!

DON JOSÉ
¡Ay, Carmen, piedad!
¡Oh, Dios mío!

CARMEN
Y como un valiente
a través de la campiña,
¡Sí, me llevarías si me amaras!

DON JOSÉ
(librándose bruscamente
del abrazo de Carmen)
¡No! ¡No quiero escucharte más!
¡Dejar mi bandera... desertar!
¡Sería una vergüenza... 
una infamia!
¡No, no lo haré!

CARMEN
(con dureza)
¡Entonces, vete!

DON JOSÉ
(suplicante)
¡Carmen, te lo ruego!

CARMEN
¡No, ya no te amo! ¡Vete, te odio!

DON JOSÉ
¡Escucha, Carmen!

CARMEN
¡Adiós, adiós para siempre!

DON JOSÉ
(con dolor)
Bien, entonces... ¡adiós para siempre!

CARMEN
¡Vete!

DON JOSÉ
¡Carmen, adiós para siempre!

CARMEN
¡Adiós!

(Don José corre hacia la puerta. 
De repente, llaman a la puerta y 
se detiene. Silencio. Otro golpe)
Scène Sixième

17. Final

ZUNIGA 
(au dehors)
Holà! Carmen! Holà! Holà! 

DON JOSÉ
Qui frappe? qui vient là? 

CARMEN
Tais-toi... tais-toi! 

ZUNIGA
(faisant sauter la porte)
J'ouvre moi-méme... et j'entre...

(Il voit Don José. À Carmen)

Ah! fi! ah! fi! la belle!
Le choix n'est pas heureux! 
C'est se mésallier de prendre 
le soldat quand on a l'officier.

(à don José)

Allons, décampe! 

DON JOSÉ 
(calme, mais résolu)
Non! 

ZUNIGA
Si fait! tu partiras. 

DON JOSÉ
Je ne partirai pas. 

ZUNIGA 
(le frappant)
Drôle! 

DON JOSÉ 
(sautant sur son sabre)
Tonnerre!.. 
Il va pleuvoir des coups! 

(Le lieutenant dégaine à moitié)

CARMEN 
(se jetant entre eux deux)
Au diable le jaloux!

(appelant)

À moi! à moi! 

(Le Dancaïre, le Remendado, Mercédès,
Frasquita, les Bohémiens paraissent de 
tous les côtés. Carmen d'un geste montre le
lieutenant aux Bohémiens; le Dancaïre et le
Remendado se jettent sur lui, le désarment)

CARMEN 
(à Zuniga d'un ton moqueur)
Bel officier, bel officier, l'amour
vous joue en ce moment 
un assez vilain tour!
Vous arrivez fort mal!
et nous sommes forcés,
ne voulant être dénoncés,
de vous garder au moins... 
pendant une heure. 

REMENDADO, DANCAIRE
(à Zuniga, le pistolet à la main,
gracieusement]
Mon cher monsieur!
nous allons, s'il vous plaît,
quitter cette demeure;
Vous viendrez avec nous!

CARMEN
C'est une promenade!

REMENDADO, DANCAIRE
Consentez-vous?
Répondez, camarade! 

BOHÉMIENS
Répondez, camarade! 

ZUNIGA
Certainement.

(avec ironie)

D'autant plus que votre argument
est un de ceux auxquels 
on ne résiste guère!

(changeant de ton])

Mais gare à vous plus tard! 

DANCAIRE 
La guerre, c'est la guerre!
En attendant, mon officier,
passez devant sans vous faire prier! 

REMENDADO, BOHÉMIENS
Passez devant sans vous faire prier! 

(L'officier sort emmené par bohémiens)

CARMEN 
(à don José)
Es-tu des nôtres maintenant? 

DON JOSÉ
Il le faut bien! 

CARMEN
Ah! le mot n'est pas galant!
Mais, qu'importe! 
Va... tu t'y feras
quand tu verras
comme c'est beau, 
la vie errante!
Pour pays tout l'univers, 
et pour loi ta volonté!
Et surtout, 
la chose enivrante:
la liberté! la liberté! 

TOUS (excepté don José)
Suis-nous à travers la campagne,
viens avec nous dans la montagne,
suis-nous et tu t'y feras, tu t'y feras
quand tu verras, là-bas,
comme c'est beau,
la vie errante, 
pour pays l'univers,
et pour loi ta volonté;
et surtout, la chose enivrante:
La liberté! La liberté!

DON JOSÉ 
(entraîné)
Ah! ¡La liberté!

TOUS
Le ciel ouvert, la vie errante,
pour pays tout l'univers,
pour loi la volonté!
et surtout, 
la chose enivrante:
La liberté! La liberté!
La vie errante, le ciel ouvert,
pour pays tout l'univers,
pour loi la volonté!
Et surtout, 
la chose enivrante:
La liberté! La liberté!
Escena Sexta

17: Final

ZÚÑIGA
(desee fuera)
¡Hola, Carmen, hola, hola!

DON JOSÉ
¿Quién llama? ¿quién es?

CARMEN
¡Cálmate... cálmate!

ZÚÑIGA
(entra, forzando la puerta)
¡Abro yo mismo... y entro!

(viendo a Don José, a Carmen)

¡Ah, vaya, vaya, bonita!
¡La elección no es muy acertada!
Rebajarte a tener a un soldado,
pudiendo tomar a un oficial.

(a Don José)

¡Vamos, fuera de aquí!

DON JOSÉ
(tranquilo pero con resolución)
¡No!

ZÚÑIGA
¡Oh, sí: te marcharás!

DON JOSÉ
No me iré.

ZÚÑIGA
(golpeando a don José)
¡Bribón!

DON JOSÉ
(desenvainando su espada)
¡Rayos...
... ahora realmente pelearemos!

(Zúñiga saca su espada también)

CARMEN
(interponiéndose entre ambos)
¡Al diablo con el celoso!

(gritando)

¡Ayuda, ayuda!

(Dancaïre, Remendado, Mercedes,
Frasquita, gitanos y gitanas entran 
de todos lados. A un gesto de
Carmen, Dancaïre y Remendado
desarman a Zúñiga)

CARMEN
(A Zúñiga)
Bello oficial, el amor
te ha gastado 
una mala pasada
¡llegaste en mal momento 
y nos vemos forzados
pues no queremos ser descubiertos,
a retenerte al menos...
durante una hora!

REMENDADO, DANCAIRE
(a Zúñiga pistola en mano
y muy corteses)
Querido señor,
Debemos, si le parece bien, 
irnos ahora,
¡y usted vendrá con nosotros!

CARMEN
¡Es solo un paseo!

REMENDADO, DANCAIRE
¿Estás de acuerdo? 
Responde, camarada.

GITANOS
Responde, camarada.

ZÚÑIGA
Por supuesto,

(con ironía)

tanto más cuanto que 
a su argumento
es difícil que alguien se resista

(cambiando de tono)

Pero... ¡tened cuidado después!

DANCAIRE
¡La guerra es la guerra!
Mientras tanto, oficial,
¡Vaya delante sin hacer alboroto!

REMENDADO, GITANOS
¡Vaya delante sin hacer alboroto!

(Zúñiga sale escoltado por gitanos)

CARMEN
(a Don José)
¿Eres uno de nosotros ahora?

DON JOSÉ
¡No tengo otra opción!

CARMEN
¡Ah, eso no es muy galante!
Pero, no importa... 
ven y disfrutarás
cuando veas
¡cómo es de bella, 
la vida errante! 
por país, el universo...
¡Y por ley, tu voluntad!
Y sobre todo
el deleite mas embriagador:
¡la libertad, la libertad!

TODOS (excepto don José)
Síguenos a través de la campiña,
ven con nosotros a la montaña,
disfrutarás cuando veas,
allá,
como es de bella, la vida errante,
por país, el universo, 
por ley, tu voluntad!
Y sobre todo,
lo más embriagador:
¡La libertad! ¡La libertad!

DON JOSÉ
(entusiasmado)
¡Ah! ¡La libertad!

TODOS
El cielo abierto, la vida errante
por país todo el universo, 
¡por ley , la voluntad!
Y sobre todo,
lo más embriagador:
¡La libertad! ¡La libertad!
La vida errante, el cielo abierto,
por país todo el universo, 
¡por ley , la voluntad!
Y sobre todo,
lo más embriagador:
¡La libertad! ¡La libertad!

Acto III