ACTE TROISIÈME


Scène Première

18. Introduction

(Le rideau se lève sur des rochers. Site
 pittoresque et sauvage. Solitude complète
et nuit noire. Un contrebandier paraît au 
haut des rochers, et sonne de la trompe, 
puis un autre, puis deux autres, puis vingt
autres ça et là, descendant et escaladant
des rochers. Des hommes portent de gros
ballots sur les épaules.)

CHOEUR
Écoute, compagnon, écoute!
La fortune est là-bas, là-bas!
mais prends garde, pendant la route,
prends garde de faire un faux pas!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN, 
DON JOSÉ, REMENDADO, DANCAIRE
Notre métier est bon, 
mais pour le faire il faut
avoir une âme forte!
Et le péril, le péril est en haut,
il est en bas, il est en haut,
il est partout, qu'importe!
Nous allons devant nous
sans souci du torrent!
Sans souci de l'orage,
sans souci du soldat 
qui là-bas nous attend,
et nous guette au passage!
Sans souci 
nous allons en avant!

TOUS
Écoute, compagnon, écoute!
La fortune est là-bas, là-bas!
Mais prends garde, pendant la route,
prends garde de faire un faux pas!

DANCAIRE
Halte! nous allons nous arrêter ici... 
ceux qui on sommeil pourront dormir
pendant une heure... 

Scène Seconde

(quelques bohémiens allument un feu 
près duquel Mercédès et Frasquita
viennent s'asseoir, les autres se couchent)

DON JOSÉ
Voyons, Carmen... faisons la paix. 

CARMEN
Non. 

DON JOSÉ
Tu ne m'aimes plus alors? 

CARMEN
Ce qui est sûr c'est que je t'aime 
beaucoup moins qu'autrefois... 
Ce que je veux, c'est être libre 
et faire ce qui me plaît. 

DON JOSÉ
Tu es le diable, Carmen? 

CARMEN
Oui,... à quoi penses-tu?.. 

DON JOSÉ
A une bonne vielle femme 
qui croit que je suis encore 
un honnête homme. 

CARMEN
Ta mère... 
tu ne ferais pas mal d'aller la retrouver...

DON JOSÉ
Carmen... 
Si tu me parles encore de nous séparer...

CARMEN
Tu me tuerais, peut-être?..

DON JOSÉ
Tu es le diable, Carmen!... 

CARMEN
Mais oui, je te l'ai déjà dit... 

(Elle tourne le dos à José et va s'asseoir près 
de Mercédès et de Frasquita. Après un instant
d'indécision, José s'éloigne à son tour et va 
s'étendre sur les rochers. Pendant les dernières 
répliques de la scène, Mercédès et Frasquita ont 
étalé des cartes devant elles)

19. Trio

FRASQUITA, MERCÉDÈS
Mêlons! Coupons!
Bien! c'est cela!
Trois cartes ici,
quatre là!
Et maintenant, parlez, mes belles,
de l'avenir, donnez-nous des nouvelles.
Dites-nous qui nous trahira!
Dites-nous qui nous aimera!
Parlez, parlez!

MERCÉDÈS 
Moi, je vois un jeune amoureux
qui m'aime on ne peut davantage; 

FRASQUITA
Le mien est très riche et très vieux;
mais il parle de mariage! 

MERCÉDÈS 
(fièrement)
Je me campe sur son cheval
et dans la montagne il m'entraîne! 

FRASQUITA
Dans un château presque royal,
le mien m'installe en souveraine! 

MERCÉDÈS
De l'amour à n'en plus finir,
tous les jours, nouvelles folies! 

FRASQUITA 
(avec joie)
De l'or tant que j'en puis tenir,
des diamants, des pierreries! 

MERCÉDÈS
Le mien devient un chef fameux,
cent hommes marchent à sa suite! 

FRASQUITA
Le mien... le mien... 
en croirai-je mes yeux?.. oui... 
Il meurt!

(avec ivresse)

Ah! je suis veuve et j'hérite! 

FRASQUITA, MERCÉDÈS
Ah! Parlez encor, 
parlez, mes belles,
de l'avenir, donnez-nous des nouvelles.
Dites-nous qui nous trahira!
Dites-nous qui nous aimera!
Parlez encor! parlez encor!

(Elles recommencent à 
consulter les cartes)

FRASQUITA
Fortune! 

MERCÉDÈS
Amour! 

CARMEN
Donnez, que j'essaie à mon tour.

(Elle se met à tourner les cartes)

Carreau! Pique! La mort!...
J'ai bien lu!.. moi d'abord...
Ensuite lui...
Pour tous les deux la mort!
En vain, pour éviter 
les réponses amères,
en vain tu mêleras!
Cela ne sert à rien, 
les cartes sont sincères
et ne mentiront pas!
Dans le livre d'en haut 
si ta page est heureuse,
mêle et coupe sans peur,
la carte sous tes doigts 
se tournera joyeuse,
t'annonçant le bonheur.
Mais si tu dois mourir, 
si le mot redoutable
est écrit par le sort,
recommence vingt fois, 
la carte impitoyable répétera: 
la mort!

(tournant les cartes)

encor!.. encor!.. 
toujours la mort!

FRASQUITA, MERCÉDÈS
Parlez encor, parlez, mes belles,
de l'avenir, donnez-nous des nouvelles.
Dites-nous qui nous trahira!
Dites-nous qui nous aimera!
Parlez encor! parlez encor!

CARMEN
Encor! Encor!
Le désespoir!
La mort! la mort!
encor... la mort!

FRASQUITA
Fortune!

MERCÉDÈS
Amour!

CARMEN
Toujours la mort!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Encor! encor!

(Rentrent le Dancaïre et le Remendado)

Scène Troisième

CARMEN
Eh bien?.. 

DANCAIRE
Eh bien, nous avons aperçu 
trois douaniers qui guardaient la brèche 
et qui la gardaient bien

MERCÉDÈS
Savez-vous les noms à ces douaniers?.. 

REMENDADO
Eusebio, Perez et Bartolomé... 

FRASQUITA
Eusebio... 

MERCÉDÈS
Perez... 

CARMEN
Et Bartolomé...

(en riant)

Nous vous en répondons 
de vos trois douaniers... 

DON JOSÉ 
(furieux)
Carmen! 

DANCAIRE
(S'adressant à José)
Tu vas nous laisser tranquilles 
avec ta jalousie... 
Dans le cas où tu apercevrais quelqu'un, 
je t'autorise à passer ta colère 
sur l'indiscret
En route, les enfants...
ACTO TERCERO


Escena Primera

18: Introducción

(Gran roquedal, sitio pintoresco 
y salvaje. Completa soledad. Es 
de noche cerrada. En la cima del
risco un contrabandista aparece 
y haciendo una señal, avanza. Acto
seguido, numerosos contrabandistas
bajan de la cima con enormes cargas
sobre sus hombros.)

CONTRABANDISTAS
¡Escucha, compañero, escucha!
¡La fortuna esta allí!
Pero, ten cuidado con el camino
un paso en falso no vayas a dar.

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN, 
DON JOSÉ, DANCAIRE, REMENDADO
¡Nuestra profesión es buena, 
pero para practicarla
hay que tener un alma fuerte!
Y el peligro, esta allí y acá,
rodeándote 
¡qué importa!
¡Marchamos adelante, 
indiferentes a la corriente
indiferentes a la tormenta,
indiferentes al soldado 
que allí nos espera
y nos bloquea el paso!
Aún así, 
indiferentes: vamos!

TODOS
¡Escucha, compañero, escucha!
¡La fortuna esta allí!
Pero, ten cuidado con el camino
¡un paso en falso no vayas a dar!

DANCAIRE
Reposemos una hora. 
Iremos a ver si el camino esta libre 
y si el contrabando puede pasar.

Escena Segunda

(Algunos gitanos encienden una
hoguera donde Mercedes y Frasquita
se sientan; los demás se acuestan)

DON JOSÉ
Carmen, hagamos las paces.

CARMEN
No.

DON JOSÉ
¿Entonces, ya no me amas?

CARMEN
Una cosa es cierta: 
y es que te amo menos que antes,
¡quiero ser libre 
y hacer lo que me plazca!

DON JOSÉ
¡Eres el diablo, Carmen!

CARMEN
Sí... ¿en qué piensas?...

DON JOSÉ
Pienso en mi madre, 
que todavía sigue creyendo 
que soy un hombre honesto.

CARMEN
¿Tu madre?...
Ve a verla...

DON JOSÉ
Carmen, 
si vuelves a hablarme de separarnos...

CARMEN
¿Me mataras, quizás?

DON JOSÉ
¡Eres el diablo, Carmen!

CARMEN
Si...ya te lo he dicho antes.

(Carmen da la espalda a don José y se
sienta en una fogata, mientras mira
a Mercedes y Frasquita que, sentadas
en el suelo, se agachan y sacan un
mazo de cartas, lo ponen a la luz.
Don José se aleja entre el roquedal)

19: Trío

FRASQUITA, MERCEDES
¡Mezcla! ¡Corta!
¡Bien, ya está!
¡Tres cartas acá,
cuatro allá!
Y ahora, hablad, preciosas,
del porvenir, dadnos noticias.
¡Decidnos quién nos traicionará!
¡Quién nos amará!
¡Hablad, hablad!

MERCEDES
Veo a un joven
que me ama más que nadie;

FRASQUITA
Mi amante es rico y viejo
¡pero habla de matrimonio!

MERCEDES
(con orgullo)
Me siento en su caballo
y me lleva rumbo a las montañas.

FRASQUITA
En un castillo regio
me instala como ama y señora.

MERCEDES
El amor no tiene fin,
todos los días, nueva excitación.

FRASQUITA
(con alegría)
¡Tanto oro como yo quiera,
diamantes y joyas!

MERCEDES
Él mío se vuelve un jefe famoso
y cien hombres marchan tras él.

FRASQUITA
Y el mío... 
¿puedo creer lo que veo?...Sí... 
¡se muere! 

(con alegría)

¡Quedo viuda y heredo su fortuna!

MERCEDES, FRASQUITA
¡Ah! Hablad otra vez, 
hablad, preciosas,
del porvenir, dadnos buenas nuevas.
¡Dinos quien nos traicionará!
¡Dinos quien nos amará!
¡Hablad otra vez, hablad otra vez!

(Comienzan a consultar
las cartas nuevamente)

FRASQUITA
¡Fortuna!

MERCEDES
¡Amor!

CARMEN
Veamos, que me dicen a mí...

(baraja las cartas)

¡Diamantes, espadas... muerte!
¡Lo veo claro... primero, yo misma,
después él... 
para ambos, la muerte!
¡En vano, para evitar 
las amargas respuestas,
en vano, barajarás!
¡No servirá de nada, 
las cartas son sinceras
y no dicen mentiras!
Si en el libro del destino, 
tu página es venturosa,
baraja y corta sin miedo,
bajo tus dedos 
las cartas se volverán alegres,
anunciando la buena fortuna.
Más si debes morir, 
si palabras terribles 
están escritas por el destino,
baraja veinte veces, 
las cartas despiadadas repetirán:
¡Muerte!

(volviendo a barajar)

¡Otra vez... otra vez!
¡Siempre muerte!

FRASQUITA, MERCEDES
¡Ah! Hablad otra vez, preciosas,
del porvenir, dadnos buenas nuevas.
¡Decidnos quién nos traicionará!
¡Quién nos amará!
¡Hablad otra vez, otra vez!

CARMEN
¡Otra vez! ¡Otra vez!
¡La desesperación!
¡Muerte, muerte!
¡Otra vez... muerte!

FRASQUITA
¡Fortuna!

MERCEDES
¡Amor!

CARMEN
¡Siempre muerte!

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
¡Otra vez! ¡Otra vez!

(vuelven Dancaire y Remendado)

Escena Tercera

CARMEN
¿Y bien?...

DANCAIRE
Y bien, hemos visto 
tres aduaneros vigilando el paso:
¡y vigilándolo muy bien!

MERCEDES
¿Saben sus nombres?

REMENDADO
Son: Eusebio, Pérez y Bartolomé.

FRASQUITA
¡Eusebio!...

MERCEDES
¡Pérez!...

CARMEN
¡Bartolomé!... 

(riendo)

Nosotros responderemos 
por los tres aduaneros.

DON JOSÉ
(furioso)
¡Carmen!

DANCAIRE
(a José)
¡Ya tenemos suficiente 
con tus celos!
En el caso de que venga alguien, 
te autorizo a disparar
sobre el indiscreto. 
¡Vamos, en ruta!
20. Morceau d'Ensemble

FRASQUITA, MERCÉDÈS, 
CARMEN, BOHÉMIENNES
Quant au douanier, 
c'est notre affaire!
Tout comme un autre, 
il aime à plaire,
il aime à faire le galant;
ah! Laissez-nous passer en avant!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN, 
REMENDADO, DANCAIRE, CHOEUR
Il aime à plaire!

FRASQUITA
Le douanier sera clément!

TOUS
Il est galant!

CARMEN
Le douanier sera charmant!

TOUS
Il aime à plaire!

MERCÉDÈS
Le douanier sera galant!

FRASQUITA
Oui, le douanier sera même entreprenant!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Oui, le douanier, 
c'est notre affaire!
Tout comme un autre, il aime à plaire,
il aime à faire le galant,
laissez-nous passer en avant!

REMENDADO, DANCAIRE, CHOEUR
Quant au douanier, 
c'est leur affaire!
Tout comme un autre, il aime à plaire!
Il aime à faire le galant! 
Laissez-vous passer en avant!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, CARMEN
Il ne s'agit pas de bataille;
non, il s'agit tout simplement
de se laisser prendre la taille
et d'écouter un compliment.
S'il faut aller jusqu'au sourire,
que voulez-vous! on sourira!

BOHÉMIENNES
Et d'avance, je puis le dire,
la contrebande passera!
En avant! marchons! 
Allons! en avant!

TOUS
Quant au douanier, 
c'est leur/notre affaire!
Tout comme un autre, il aime à plaire!
Il aime à faire le galant! 
Laissez-vous passer en avant!

(Tout le monde sort. On voit un homme
passer sa tête au-dessus du rocher. 
C'est un guide.)

Scène Quatrième

(Le Guide s'avance avec précaution, puis
fait un signe à Micaëla)

GUIDE
Nous y sommes. 

MICAËLA 
C'est ici. 

GUIDE
Oui, vilain endroit, n'est-ce pas...

MICAËLA
Je ne suis pas facile à effrayer. 

GUIDE
Bien vrai?.. 

MICAËLA
Bien vrai... 

GUIDE
Que tous les saints du paradis 
vous soient en aide...

(Il sort)

Scène Cinquième

21. Air

MICAËLA
Je dis que rien ne m'épouvante,
je dis, hélas! que je réponds de moi;
mais j'ai beau faire la vaillante,
au fond du coeur, 
je meurs d'effroi!
Seule en ce lieu sauvage,
toute seule j'ai peur,
mais j'ai tort d'avoir peur;
vous me donnerez du courage,
vous me protégerez, Seigneur!
Je vais voir de près cette femme
dont les artifices maudits
ont fini par faire un infâme
de celui que j'aimais jadis!
Elle est dangereuse... 
elle est belle!...
Mais je ne veux pas avoir peur!
Je parlerai haut devant elle... ah!
Seigneur, vous me protégerez!
Je dis que rien ne m'épouvante,
je dis, hélas! que je réponds de moi;
mais j'ai beau faire la vaillante,
au fond du coeur je meurs d'effroi!
Seule en ce lieu sauvage,
toute seule j'ai peur,
mais j'ai tort d'avoir peur;
vous me donnerez du courage,
vous me protégerez, Seigneur!
Protégez moi! O Seigneur!

(elle disparaît derrière les rochers.
Entre Escamillo)

Scène Sixième

DON JOSÉ 
(son couteau à la main)
Qui êtes-vous? répondez. 

ESCAMILLO 
(très calm)
Eh là... doucement! 

22. Duo

ESCAMILLO
Je suis Escamillo, torero de Grenade. 

DON JOSÉ
Escamillo! 

ESCAMILLO
C'est moi! 

DON JOSÉ 
Je connais votre nom.
Soyez le bienvenu; 
mais vraiment, camarade,
vous pouviez y rester. 

ESCAMILLO
Je ne vous dis pas non.
Mais je suis amoureux, 
mon cher, à la folie!
Et celui-là serait un pauvre compagnon
qui pour voir ses amours 
ne risquerait sa vie! 

DON JOSÉ
Celle que vous aimez est ici? 

ESCAMILLO
Justement.
C'est une zingara, mon cher... 

DON JOSÉ
Elle s'appelle? 

ESCAMILLO
Carmen. 

DON JOSÉ
Carmen! 

ESCAMILLO
Carmen. oui, mon cher.
Elle avait pour amant,
elle avait pour amant,
un soldat qui jadis a déserté pour elle; 

DON JOSÉ 
(à part)
Carmen! 

ESCAMILLO
Ils s'adoraient! 
Mais c'est fini, je crois,
les amours de Carmen 
ne durent pas six mois. 

DON JOSÉ
Vous l'aimez cependant! 

ESCAMILLO
Je l'aime,
oui, mon cher, je l'aime,
je l'aime à la folie! 

DON JOSÉ
Mais pour nous enlever 
nos filles de Bohême
savez-vous bien qu'il faut payer?... 

ESCAMILLO 
(gaiment)
Soit! on paiera, soit! on paiera. 

DON JOSÉ 
(menaçant)
Et que le prix se paie à coups de navaja! 

ESCAMILLO 
(surpris)
À coups de navaja! 

DON JOSÉ
Comprenez-vous? 

ESCAMILLO
Le discours est très net.

(avec une légère teinte d'ironie)

Ce déserteur, 
ce beau soldat qu'elle aime,
ou du moins qu'elle aimait, 
c'est donc vous? 

DON JOSÉ
Oui, c'est moi-même! 

ESCAMILLO
J'en suis ravi, mon cher! 
et le tour est complet! 

DON JOSÉ
Enfin ma colère
trouve à qui parler,
le sang, je l'espère,
va bientôt couler!
Mettez-vous en garde et veillez sur vous!
Tant pis pour qui tarde
à parer les coups!

ESCAMILLO
Quelle maladresse,
j'en rirais, vraiment!
Chercher la maîtresse
et trouver, trouver l'amant!
Mettez-vous en garde et veillez sur vous!
Mettez-vous en garde,
veillez sur vous!

(Ils se mettent en garde 
à une certaine distance)

ESCAMILLO
Je la connais, ta garde navarraise,
et je te préviens en ami
qu'elle ne vaut rien.

(Sans répondre don José 
marche sur Escmillo)

À ton aise!
Je t'aurai du moins averti. 

(Combat. Le toréro très calme 
cherche seulement à se défendre)

DON JOSÉ
Tu m'épargnes, maudit! 

ESCAMILLO
À ce jeu de couteau
je sui trop fort pour toi! 

DON JOSÉ
Voyons cela! 

(Rapide et très-vif engagement corps 
à corps. José se trouve à la merci du 
torero qui ne le frappe pas.)

ESCAMILLO
Tout beau!
Ta vie est à moi, 
mais en somme,
j'ai pour métier 
de frapper le taureau,
non de trouer le coeur de l'homme! 

DON JOSÉ
Frappe ou bien meurs! 
Ceci n'est pas un jeu! 

ESCAMILLO
Soit! 
Mais au moins, respire un peu! 

DON JOSÉ, ESCAMILLO
En garde! 
Mettez-vous en garde et veillez sur vous!
Tant pis pour qui tarde
à parer les coups!

(reprise du combat. Le torero glisse et
tombe sur le gazon. Don José va le frapper.
Entrent Carmen et le Dancaïre se
précipitent)
20: Coro

FRASQUITA, MERCEDES
CARMEN, GITANAS
¡En cuanto al aduanero, 
ese es nuestro trabajo!
Como cualquiera, 
le gusta agradar,
le gusta parecer galante:
¡Déjenos pasar!

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
DANCAIRE, REMENDADO, CORO
¡Él será agradable!

FRASQUITA
¡El aduanero será amable!

TODOS
¡Serán galantes!

CARMEN
¡Los aduaneros serán encantadores!

TODOS
¡Él será agradable!

MERCEDES
¡Los aduaneros serán galantes!

FRASQUITA
¡Sí, los aduaneros serán muy atentos!

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
¡En cuanto al aduanero, 
ese es nuestro trabajo!
Como cualquiera, le gusta agradar,
le gusta parecer galante:
¡Déjenos pasar!

DANCAIRE, REMENDADO, CORO
¡En cuanto a los aduaneros, 
ese es su trabajo!
Como a cualquiera, le gusta agradar,
le gusta ser galante:
¡Déjenlas pasar primero!

FRASQUITA, MERCEDES, CARMEN
No se trata de una batalla, no, 
es sólo dejar que ponga el brazo
alrededor de tu cintura 
y de escuchar un cumplido.
Y si hay que llegar hasta una sonrisa,
¡Entonces, sonreiremos!

GITANAS
¡Podéis estar seguros
de que el contrabando pasará!
¡Adelante, marchemos! 
¡Vamos adelante!

TODOS
¡En cuanto a los aduaneros, 
ese es su/nuestro trabajo!
Como a cualquiera, le gusta agradar,
le gusta ser galante:
¡Déjenlas pasar primero!

(Todos salen de escena. Se ve un
hombre salir de detrás de la roca, 
es un guía)

Escena Cuarta

(el guía camina con precaución
seguido por Micaela)

GUÍA
¡Ah, al fin llegamos!

MICAELA
¿Aquí es?

GUÍA
Si... no es un lugar muy alegre.

MICAELA
Yo no le temo.

GUÍA
Realmente, ¿te quedarás?

MICAELA
Si, me quedaré.

GUÍA
Entonces, ¡que todos los santos 
del Paraíso te protejan!

(Se va)

Escena Quinta

21: Aria

MICAELA
Dije que de nada me asustaría
dije, ¡hay!, que respondería de mí:
No importa cuán valiente pretenda ser
¡en el fondo del corazón, 
de miedo me muero!
Sola en este salvaje lugar
Tengo miedo...
pero me equivoco al temer.
¡Tú me das coraje,
Tú me proteges, Señor!
Iré y veré a esa mujer
que con malditos artificios
lo volvió infame 
y acabó con el hombre 
al que una vez amé
¡Es peligrosa... es bellísima!
¡Pero no temeré!
¡Hablaré alto frente a ella... ah!
¡Señor, tu me protegerás, Señor!
Dije que de nada me asustaría
dije, ¡hay!, que respondería de mí:
No importa cuán valiente pretenda ser
¡en el fondo del corazón, 
de miedo me muero!
Sola en este salvaje lugar
Tengo miedo...
pero me equivoco al temer,
¡Tú me das coraje,
Tú me proteges, Señor!

(desaparece tras de los peñascos.
Entra Escamillo)

Escena Sexta

DON JOSE
(con el cuchillo en la mano, grita)
¡Alto! ¿Quién va? ¡Responda!

ESCAMILLO
(con calma)
¡Hey, ahí... tranquilo, amigo!

22: Dúo

ESCAMILLO
¡Soy Escamillo, torero de Granada!

DON JOSÉ
¡Escamillo!

ESCAMILLO
¡Soy yo!

DON JOSÉ
Conozco tu nombre.
Sé bienvenido: 
pero más te hubiera valido, camarada,
quedarte donde estabas.

ESCAMILLO
No te diré que no.
Más estoy, amigo mío, 
locamente enamorado y...
¡Mal enamorado es quien,
por ver a su amada,
no pone en riesgo su vida!

DON JOSÉ
Esa a quién amas, ¿se encuentra aquí?

ESCAMILLO
Justamente.
Es una gitana, amigo mío...

DON JOSÉ
¿Y su nombre...?

ESCAMILLO
Carmen.

DON JOSÉ
¡Carmen!

ESCAMILLO
Carmen. 
Sí, amigo mío... 
ella tenía por amante
a un soldado que desertó por ella.

DON JOSÉ
(aparte)
¡Carmen!

ESCAMILLO
¡Se adoraban! 
Pero se acabó, eso creo.
Los amores de Carmen 
no duran más de seis meses.

DON JOSÉ
¿Y sin embargo la amas?...

ESCAMILLO
La amo,
sí, amigo mío, la amo,
¡la amo locamente!

DON JOSÉ
Pero para llevarse 
a una de nuestras mujeres gitanas
¿Sabes que hay que pagar?...

ESCAMILLO
(alegre)
¡Muy bien, pagaré!

DON JOSÉ
(amenazante)
¡Y que se paga a navajazos!

ESCAMILLO
(sorprendido)
¡A navajazos!

DON JOSÉ
¿Entiendes?

ESCAMILLO
Está muy claro.

(con ironía)

Ese desertor, 
el apuesto soldado que ella ama...
o que al menos ella amó, 
¿eres tú?

DON JOSÉ
Sí, ¡soy yo mismo!

ESCAMILLO
¡Encantado, amigo mío! 
¡El círculo se cierra!

DON JOSÉ
Al fin mi cólera
tiene a quién hablarle,
¡la sangre, eso espero, 
correrá pronto!
¡Ponte en guardia y cuidado!
¡Estás perdido 
si rápido no te defiendes!

ESCAMILLO
¡Que torpeza, 
realmente debería reír!
¡Buscando a la dama, 
me encontré a su amante!
¡Ponte en guardia y cuidado!
¡Estás perdido si rápido 
no te defiendes!

(Se ponen en guardia a una cierta 
distancia uno del otro.)

ESCAMILLO
Conozco como pelean en Navarra,
y te advierto, como amigo,
que no es muy alentador.

(Sin contestar, Don José va 
hacia Escamillo)

¡Cómo quieras!
¡Al menos te lo advertí!

(Comienza el combate. El torero, con
calma, pelea solo defensivamente)

DON JOSÉ
¡Estás siendo noble, maldito!

ESCAMILLO
¡En juegos de cuchillos
soy mucho más fuerte que tú!

DON JOSÉ
¡Veámoslo!

(Combate cuerpo a cuerpo. Don José se
encuentra a merced del torero, pero 
este no quiere herirlo.)

ESCAMILLO
¡Magnífico!
Tu vida esta en mis manos, 
pero francamente, 
mi trabajo es el de matar toros, 
¡no el de agujerear
el corazón de un hombre!

DON JOSÉ
¡Mátame o muere! 
¡Esto no es un juego!

ESCAMILLO
¡Muy bien! 
Pero al menos, respira un poco.

DON JOSÉ, ESCAMILLO
¡En guardia!
¡Ponte en guardia y cuidado!
¡Estás perdido 
si rápido no te defiendes!

(Se reanuda el combate. El torero
resbala y cae al suelo. Don José va a
matarle, cuando Carmen y Dancaire
entran precipitadamente.)
23. Final

CARMEN
(arrêtant le bras de don José)
Holà! holà! José! 

(entre Remendado suivi de Frasquita,
Mercédès et des contrebandiers)

ESCAMILLO 
(se relèvant, à Carmen)
Vrai! j'ai l'âme ravie
que ce soit vous, Carmen, 
qui me sauviez la vie! 

CARMEN
Escamillo! 

ESCAMILLO
(à don José)
Quant à toi, beau soldat:
nous sommes manche 
à manche et nous jouerons la belle,
le jour où tu voudras 
reprendre le combat. 

DANCAIRE 
(s'interposant)
C'est bon, c'est bon! plus de querelle!
Nous, nous allons partir.

(Au toréro)

Et toi... et toi l'ami, bonsoir! 

ESCAMILLO
Souffrez au moins qu'avant 
de vous dire au revoir
je vous invite tous aux 
courses de Séville.
Je compte pour ma part y 
briller de mon mieux...

(regardant Carmen)

Et qui m'aime y viendra!

(À Don José qui fait
un geste de menace)

L'ami, tiens-toi tranquille!
J'ai tout dit...
oui, j'ai tout dit...
et je n'ai plus ici 
qu'à faire mes adieux!... 

(Le torero sort très-lentement. Don José
veut s'élancer sur lui, Le Dancaïre et le
Remendado le retiennent)

DON JOSÉ 
(à Carmen, menaçant, 
mais contenu)
Prends garde à toi... Carmen, 
je suis las de souffrir! 

(Carmen lui répond par un léger mouvement 
d'épaules et s'éloigne de lui)

DANCAIRE
En route, en route, il faut partir! 

CHOEUR
En route, en route, il faut partir! 

REMENDADO
Halte! 
quelqu'un est là 
qui cherche à se cacher.

(Il amène Micaëla)

CARMEN
Une femme! 

DANCAIRE
Pardieu! la surprise est heureuse! 

DON JOSÉ 
(reconnaissant Micaëla)
Micaëla! 

MICAËLA
Don José! 

DON JOSÉ
Malheureuse!
Que viens-tu faire ici? 

MICAËLA
Moi! je viens te chercher!
Là-bas est la chaumière
où sans cesse priant,
une mère, ta mère,
pleure, hélas! sur son enfant!
Elle pleure et t'appelle,
elle pleure et te tend les bras!
Tu prendras pitié d'elle,
José, ah! José, tu me suivras! 

CARMEN 
(à Don José, martelé)
Va-t'en, va-t'en, tu feras bien,
notre métier ne te vaut rien! 

DON JOSÉ
(à Carmen)
Tu me dis de la suivre! 

CARMEN
Oui, tu devrais partir! 

DON JOSÉ
Tu me dis de la suivre...
pour que toi tu puisses courir
après ton nouvel amant!
Non! non vraiment!

(résolument])

Dût-il m'en coûter la vie,
non, Carmen, je ne partirai pas!
Et la chaîne qui nous lie
nous liera jusqu'au trépas!...

MICAËLA
Écoute-moi, je t'en prie,
ta mère te tend les bras!
Cette chaîne qui te lie,
José, tu la briseras!

FRASQUITA, MERCÉDÈS, REMENDADO
DANCAIRE, CHOEUR
Il t'en coûtera la vie,
José, si tu ne pars pas,
et la chaîne qui vous lie
se rompra par ton trépas!

DON JOSÉ 
(à Micaëla)
Laisse-moi!

MICAËLA
Hélas! José!

DON JOSÉ
Car je suis condamné!

FRASQUITA, MERCÉDÈS,
REMENDADO, DANCAIRE, CHOEUR
José! prends garde!

DON JOSÉ 
(à Carmen avec emportement)
Ah! 
Je te tiens, fille damnée!
Je te tiens, et je te forcerai bien
a subir la destinée
qui rive ton sort au mien!
Dût-il m'en coûter la vie,
non, non, non, je ne partirai pas!

FRASQUITA, MERCÉDÈS
REMENDADO, DANCAIRE, CHOEUR
Ah! prends garde, prends garde, Don José!

MICAËLA 
(avec autorité)
Une parole encore;

(tristement)

ce sera la dernière!
Ta mère, hélas!
ta mère se meurt... et ta mère
ne voudrait pas mourir 
sans t'avoir pardonné!

DON JOSÉ
Ma mère! elle se meurt!

MICAËLA
Oui, Don José!

DON JOSÉ
Partons! ah! partons!

(À Carmen)

Sois contente... je pars... 
mais... nous nous reverrons! 

(On entend le torero)

ESCAMILLO 
(au loin)
Toréador, en garde!
Toréador! Toréador!
Et songe bien, oui, songe en combattant
qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,
Toréador, l'amour, l'amour t'attend!
Toréador, l'amour t'attend, 

DON JOSÉ
Micaëla, partons!

(Les Bohémiens ont pris leurs 
ballots et se mettent en marche)
23: Final

CARMEN
(deteniendo el brazo de don José)
¡Alto, alto, José!

(Entran Frasquita, Mercedes,
Remendado y los contrabandistas.)

ESCAMILLO
(a Carmen incorporándose)
¡Estoy contento 
de que seas que seas tú, Carmen,
quien me salve la vida!

CARMEN
¡Escamillo!

ESCAMILLO
(a Don José)
En cuanto a ti, soldado,
estamos empatados,
y nos jugaremos la amada
cuando tú decidas 
continuar la lucha.

DANCAIRE
(interponiéndose)
¡Ya esta bien! ¡No mas peleas!
Debemos irnos.

(a Escamillo)

¡Y tú... amigo mío, adiós!

ESCAMILLO
Antes de dejarlos, 
déjenme al menos
invitarlos a todos 
a los toros de Sevilla.
Espero lucirme
Todo lo que pueda...

(mirando a Carmen)

¡y quien me ame, vendrá!

(a don José que hace 
un gesto de amenaza)

¡Amigo, quédate tranquilo!
¡Ya he dicho todo
lo que tenía que decir aquí,
solo me queda decir:
¡adiós!...

(Escamillo se retira lentamente. 
Don José quiere abalanzarse sobre él,
Dancaïre y Remendado lo detienen.)

DON JOSÉ
(a Carmen, amenazador 
pero conteniéndose)
¡Te lo advierto... Carmen, 
estoy cansado de sufrir!

(Carmen le responde con ligero
movimiento de hombros y se aleja)

DANCAIRE
¡En marcha... debemos irnos!

CONTRABANDISTAS
¡En marcha, debemos irnos!

REMENDADO
¡Alto!
Allí hay alguien que 
está tratando de esconderse!

(Remendado trae a Micaela.)

CARMEN
¡Una mujer!

DANCAIRE
¡Por Dios, que agradable sorpresa!

DON JOSÉ
(reconociendo a Micaela)
¡Micaela!

MICAELA
¡Don José!

DON JOSÉ
¡Infortunada muchacha!
¿Qué vienes a hacer aquí?

MICAELA
¿Yo? Vine a buscarte,
allí abajo esta la cabaña
donde constantemente reza
una madre,... tu madre
que llora, ¡hay!, por su hijo
que llora y lo llama,
que llora y le tiende sus brazos.
Ten piedad de ella,
José, ¡ah, debes volver conmigo!

CARMEN
(a don José)
¡Vete, vete! Será lo mejor,
¡nuestro trabajo no te sienta bien!

DON JOSÉ
(a Carmen)
¡Dices que me vaya...!

CARMEN
¡Sí, debes irte!

DON JOSÉ
¡Dices que me vaya...
para que puedas correr
tras tu nuevo amante!
¡No! ¡No, nunca!

(decididamente)

¡Aunque me cuesta la vida,
no, Carmen, no me iré!
¡La cadena que nos une
nos mantendrá unidos hasta la muerte! 

MICAELA
Escúchame, te lo ruego,
¡tu madre te tiende sus brazos!
Esa cadena que os une,
José, ¡debes romperla!

FRASQUITA, MERCEDES, DANCAIRE, 
REMENDADO, CONTRABANDISTAS
Te costará la vida,
José, si no te marchas,
y la cadena que os une
¡se romperá con tu muerte!

DON JOSÉ
(a Micaela)
¡Déjame!

MICAELA
¡Ay, José!

DON JOSÉ
¡Estoy condenado!

FRASQUITA, MERCEDES, DANCAIRE, 
REMENDADO, CONTRABANDISTAS
¡José, ten cuidado!

DON JOSÉ
(a Carmen, arrebatado)
¡Ah!
¡Te tengo, endiablada mujer!
¡Y te forzaré
a someterte al destino
que te une al mío!
¡Aunque me cuesta la vida,
no, yo no me iré!

FRASQUITA, MERCEDES
DANCAIRE, REMENDADO, CORO
¡Ah, ten cuidado, don José!

MICAELA
(con autoridad)
¡Una palabra más: 

(tristemente)

ésta será la última!
¡Ay, tu madre...
tu madre se muere... 
no desea morir 
sin perdonar a su hijo!

DON JOSÉ
¡Mi madre! ¡Se muere!

MICAELA 
¡Sí, don José!

DON JOSÉ
¡Partamos!

(a Carmen)

¡Quédate contenta... me iré... 
mas... nos volveremos a ver!

(voz de Escamillo a distancia)

ESCAMILLO
(a lo lejos)
¡Toreador, en guardia!
¡Toreador, toreador!
Y recuerda, sí, 
Y recuerda que al torear,
unos dos ojos negros te miran,
¡y que el amor te espera, toreador! 
¡El amor, te espera el amor!

DON JOSÉ
¡Micaela, vámonos!

(Los gitanos recogen los cargamentos
deprisa y reanudan su marcha.)
Deuxième Tableau

(Une place à Séville. L'entrée du cirque est
fermée par un long velum. C'est le jour d'un
combat de taureaux. Grand mouvement sur
la place)

Scène Première

24. Choeur

MARCHANDS
À deux cuartos! À deux cuartos!
Des éventails pour s'éventer!
Des oranges pour grignotter!
Le programme avec les détails!
Du vin! De l'eau! Des cigarettes!
Séñoras et Caballeros! 

(Pendant le choeur, paraissent Zuniga 
et Andrès avec Mercédès et Frasquita)

ZUNIGA 
(aux marchandes)
Des oranges... vite.

PLUSIEURS MARCHANDES
En voici...
Prenez, prenez, mesdemoiselles. 

UNE MARCHANDE
(à l'officier qui paie)
Merci, mon officier, merci!

MARCHANDES
(à Zuniga)
Celles-ci, séñor, sont plus belles!

MARCHANDES
Des éventails pour s'éventer!
Des oranges pour grignoter!
Le programme avec les détails!
Du vin! De l'eau! Des cigarettes!

ANDRÈS
Holà! des éventails!

UN BOHÉMIEN
Voulez-vous aussi des lorgnettes? 

MARCHANDES
À deux cuartos! Voyez! 
Séñoras et Caballeros!
Voyez! voyez!

ZUNIGA
Qu'avez-vous donc fait de la Carmencita? 
Je ne la vois pas. 

FRASQUITA
Nous la verrons tout à l'heure... 
Escamillo est ici, 
la Carmencita ne doit pas être loin.

ANDRÈS
Ah! c'est Escamillo, maintenant?.. 

MERCÉDÈS
Elle en est folle... 

FRASQUITA
Et son ancien amoureux José, 
sait-on ce qu'il est devenu? 

ZUNIGA
Il a reparu dans le village 
où sa mère habitait... 
l'ordre avait même été donné de l'arrêter,
mais quand les soldats sont arrivés, 
José n'était plus là... 

MERCÉDÈS
En sorte qu'il est libre? 

ZUNIGA
Oui, pour le moment. 

FRASQUITA
Hum! je ne serais pas tranquille 
à la place de Carmen, 
je ne serais pas tranquille du tout. 

25. Choeur et Scène

ENFANTS
(au dehors)
Les voici, les voici,
voici la quadrille! 

(Entrée des enfants)

ENFANTS, CHOEUR
Les voici! voici la quadrille,
la quadrille des toreros.
Sur les lances, le soleil brille!
En l'air toques et sombreros!
Les voici, voici la quadrille,
la quadrille des toreros!

(Défilé de la quadrille. Entrée 
des alguazils)

Voici, débouchant sur la place,
voici d'abord, marchant au pas,
l'alguazil à vilaine face.
À bas! à bas! à bas! à bas!

(Entrée des chulos)

Et puis saluons au passage,
saluons les hardis chulos!
Bravo! viva! gloire au courage!
Voici les hardis chulos! 

(entrée des banderillos

Voyez les banderilleros,
voyez quel air de crânerie!
Voyez quels regards, et de quel éclat
étincelle la broderie
de leur costume de combat!
Voici les Banderilleros! 

(Entrée des picadors)

Une autre quadrille s'avance!
Voyez les picadors! 
Comme ils sont beaux!
Comme ils vont du fer de leur lance
harceler le flanc des taureaux!
L'Espada! Escamillo!

(Paraît enfin Escamillo ayant près 
de lui Carmen radieuse et dans un 
costume éclatant)

C'est l'Espada, la fine lame,
celui qui vient terminer tout,
qui paraît à la fin du drame
et qui frappe le dernier coup!
Vive Escamillo!
Ah! Bravo!
Les voici, voici la quadrille,
la quadrille des toreros!
Sur les lances, le soleil brille!
en l'air toques et sombreros!
Les voici, voici la quadrille,
la quadrille des toreros!
Escamillo! Bravo!
Vive Escamillo! Ah!
Bravo! Vive! Bravo!

ESCAMILLO 
(à Carmen)
Si tu m'aimes, Carmen,
tu pourras, tout à l'heure,
être fière de moi!

CARMEN
Ah! je t'aime, Escamillo, 
je t'aime, et que je meure
si j'ai jamais aimé quelqu'un autant que toi!

CARMEN, ESCAMILLO
Ah! je t'aime!
Oui, je t'aime!

(Paraissent deux trompettes 
suivis de quatre alguazils)

ALGUAZILS
Place! place! place au seigneur Alcade!

ENFANTS
L'alcade!

CHOEUR
Pas de bousculade!
Regardons passer et se prélaser
notre aimable alcade!

ALGUAZILS
Place! place! place au seigneur Alcade! 

FRASQUITA
Carmen, un bon conseil... 
ne reste pas ici. 

CARMEN
Et pourquoi, s'il te plaît? 

MERCÉDÈS
Il est là... 

CARMEN
Qui donc? 

MERCÉDÈS
Lui!... Don José! 
Dans la foule il se cache, 
regarde... 

CARMEN
Oui, je le vois. 

FRASQUITA
Prends garde! 

CARMEN
Je ne suis pas femme à trembler devant lui...
Je l'attends et je vais lui parler. 

MERCÉDÈS
Carmen, crois-moi, prends garde! 

CARMEN
Je ne crains rien! 

FRASQUITA
Prends garde! 

(L'Alcade est entré dans le cirque. Derrière
l'alcade, le cortège de la quadrille reprend
sa marche et entre dans le cirque. Le
populaire suit et la foule en se retirant 
a dégagé don José. Carmen et don José
restent seules, en présence l'un de l'autre.
Segundo Cuadro

(plaza de toros de  Sevilla, la entrada
al ruedo está cerrada por un amplio
velo. Es el día de la corrida. Mucha
actividad.)

Escena Primera

24: Coro

VENDEDORES
¡A dos cuartos! ¡A dos cuartos!
¡Los abanicos para abanicarse!
¡Naranjas para succionar!
¡El programa con detalles!
¡Vino! ¡Agua! ¡Cigarrillos!
¡Señoras y Caballeros!

(Zúñiga y Andrés entran con
Mercedes y Frasquita.)

ZÚÑIGA
(a las vendedoras)
¡Naranjas... rápido!

ALGUNAS VENDEDORAS
¡Aquí están,
tomen, tomen, señoritas!

UNA VENDEDORA
(al oficial, que paga)
¡Gracias, mi oficial, gracias!

VENDEDORAS 
(a Zúñiga)
¡Estas de acá, señor, son más bellas!

VENDEDORES
¡Los abanicos para abanicarse!
¡Naranjas para succionar!
¡El programa con detalles!
¡Vino! ¡Agua! ¡Cigarrillos!

ANDRÉS
¡Hey, aquí! ¡Los abanicos!

UN GITANO
¿Quiere usted también unos anteojos?

VENDEDORES
¡A dos cuartos! ¡Miren!
¡Señoras y Caballeros!
¡Miren! ¡Miren!

ZÚÑIGA
¿Qué habéis hecho con Carmencita? 
No la veo.

FRASQUITA
La hemos visto hace un instante... 
Escamillo está acá, así que 
Carmencita no puede estar muy lejos.

ANDRÉS
¡Ah! ¿Ahora es Escamillo?

MERCEDES
Ella lo persigue locamente...

FRASQUITA
Y su antiguo amante José...
¿alguien sabe lo que pasó con él?

ZÚÑIGA
Regresó a la aldea 
donde vive su madre... 
Dieron la orden de detenerlo, 
pero cuando los soldados llegaron allí,
José ya no estaba...

MERCEDES
¿Entonces está libre?

ZÚÑIGA
Sí, por el momento.

FRASQUITA
¡Hum! Yo que Carmen
no estaría tranquila...
no estaría en lo absoluto tranquila.

25: Coro y Escena

NIÑOS
(desde afuera de escena)
¡Aquí están! ¡Aquí están!
¡Aquí está la cuadrilla!

(Los niños entran a escena.)

CORO, NIÑOS
¡Aquí están, aquí está la cuadrilla!
¡La cuadrilla de toreros!
¡El sol brilla en las picas!
¡Tiren al aire gorros y sombreros!
¡Aquí están, aquí está la cuadrilla!
¡La cuadrilla de toreros!

(El paseillo comienza: abren 
la marcha los alguaciles)

Aquí están entrando en la plaza.
Va primero, marcando el paso,
el alguacil con cara de villano.
¡Abajo con él! ¡Abajo con él!

(Entrada de los peones)

¡Y saludemos el pasar,
saludemos a los valientes peones!
¡Bravo! ¡Viva! ¡Gloria al coraje!
¡Aquí están los valientes peones!

(Entrada de los banderilleros.)

¡Miren a los banderilleros!
¡Miren qué fanfarrones!
¡Las miradas intrépidas 
y los luminosos destellos del bordado
de sus trajes de luces!
¡Aquí están los banderilleros!

(Entrada de los picadores.)

¡Otra cuadrilla avanza!
¡Aquí están los picadores! 
¡Que hermosos!
¡Con el hierro de sus puyas
pican los lomos del toro!
¡El diestro! ¡Escamillo!

(Escamillo aparece, acompañado 
de Carmen, quien está radiante y
magníficamente vestida.)

Este es el diestro, el espada,
que viene a acabar con todo,
que aparece al final del drama
¡y es quien dará el último golpe!
¡Viva Escamillo!
¡Ah! ¡Bravo!
¡Aquí están, aquí esta la cuadrilla!
¡La cuadrilla de toreros!
¡El sol brilla en las picas!
¡Tiren al aire gorros y sombreros!
¡Aquí están, aquí está la cuadrilla!
¡La cuadrilla de toreros!
¡Escamillo! ¡Bravo!
¡Viva Escamillo! ¡Ah!
¡Bravo! ¡Viva! ¡Bravo!

ESCAMILLO
(a Carmen)
¡Si tú me amas, Carmen, 
podrás pronto
estar orgullosa de mí!

CARMEN
¡Ah, yo te amo, Escamillo, 
te amo y moriría
si amara a alguien más que a ti!

CARMEN, ESCAMILLO
¡Ah, yo te amo!
¡Sí, yo te amo!

(aparecen dos trompetas 
seguidas de cuatro alguaciles)

ALGUACILES
¡Paso, paso al Señor Alcalde!

NIÑOS
¡El Alcalde!

CORO
¡No empujen!
¡Mirad cómo pasa y se pavonea
nuestro amable alcalde!

ALGUACILES
¡Paso, paso al Señor Alcalde!

FRASQUITA
¡Carmen, un buen consejo... 
no te quedes aquí!

CARMEN
¿Y por que, si puede saberse?

MERCEDES
Él esta acá...

CARMEN
¿Quién?

MERCEDES
¡Él!...¡Don José!
Entre la muchedumbre se esconde.
¡Observa!...

CARMEN
¡Sí, lo veo!

FRASQUITA
¡Ten cuidado!

CARMEN
No soy mujer que tiemble frente a él...
Lo esperaré y hablaré.

MERCEDES
¡Carmen, créeme: ten mucho cuidado!

CARMEN
¡No le temo a nada!

FRASQUITA
¡Ten cuidado!

(El alcalde entra a la plaza, detrás 
de él, le sigue la cuadrilla que
reanuda la marcha. La muchedumbre
entra a la plaza, dejando ver a don
José. Solamente quedan en escena
don José y Carmen.)
Scène Seconde

26. Duo final

CARMEN
C'est toi! 

DON JOSÉ
C'est moi! 

CARMEN
L'on m'avait avertie que tu n'étais pas loin,
que tu devais venir; l'on m'avait même dit 
de craindre pour ma vie;
mais je suis brave! je n'ai pas voulu fuir! 

DON JOSÉ
Je ne menace pas! 
j'implore... je supplie!
Notre passé, Carmen, je l'oublie!...
Oui, nous allons tous deux
commencer une autre vie,
loin d'ici, sous d'autres cieux! 

CARMEN
Tu demandes l'impossible!
Carmen jamais n'a menti!
Son âme reste inflexible;
entre elle et toi... c'est fini!
Jamais je n'ai menti!
entre nous c'est fini! 

DON JOSÉ
Carmen, il est temps encore,
O ma Carmen, laisse-moi
te sauver, toi que j'adore,
et me sauver avec toi! 

CARMEN
Non! je sais bien que c'est l'heure,
je sais bien que tu me tueras;
mais que je vive ou que je meure,
non, non, non, je ne te céderai pas!

DON JOSÉ
Ah! il est temps encore...
oui, il est temps encore...
O ma Carmen, laisse-moi
te sauver, toi que j'adore!
et me sauver avec toi...

CARMEN
Pourquoi t'occuper encore
d'un coeur qui n'est plus à toi!
En vain tu dis: je t'adore!
Tu n'obtiendras rien, non, rien de moi,
ah! c'est en vain...

DON JOSÉ
(avec anxiété)
Tu ne m'aimes donc plus?

CARMEN 
(simplement)
Non! je ne t'aime plus. 

DON JOSÉ 
(avec passion)
Mais moi, Carmen, je t'aime encore,
Carmen, hélas! moi, je t'adore!

CARMEN
A quoi bon tout cela? 
Que de mots superflus! 

DON JOSÉ
Carmen, je t'aime, je t'adore!
Eh bien! S'il le faut, pour te plaire,
je resterai bandit... 
tout ce que tu voudras...
Tout! tu m'entends... tout! 
Mais ne me quitte pas,
o ma Carmen! 
souviens-toi du passé! 
Nous nous aimions, naguère!

[désespéré]

Ah! ne me quitte pas, Carmen,
ah! ne me quitte pas! 

CARMEN
Jamais Carmen ne cédera!
Libre elle est née et libre elle mourra! 

CHOEUR
(dans le cirque)
Viva! la course est belle!
Sur le sable sanglant
le taureau qu'on harcèle
s'élance en bondissant...
Frappé juste en plein coeur!
Viva! Bravo! Victoire!

(En entendant les cris de victoire, Carmen 
a laissé échapper un ``Ah!'' d'orgueil et de
joie. Don José ne perd pas Carmen de vue.
Carmen fait un pas du côté du cirque. )

DON JOSÉ 
(se plaçant devant elle)
Où vas-tu? 

CARMEN
Laisse-moi. 

DON JOSÉ
Cet homme qu'on acclame,
c'est ton nouvel amant! 

CARMEN 
(voulant passer)
Laisse-moi... laisse-moi... 

DON JOSÉ
Sur mon âme,
Tu ne passeras pas,
Carmen, c'est moi que tu suivras! 

CARMEN
Laisse-moi, don José, je ne te suivrai pas. 

DON JOSÉ
Tu vas le retrouver, dis...
tu l'aimes donc? 

CARMEN
Je l'aime!
Je l'aime et devant la mort même,
je répéterais que je l'aime! 

CHOEUR
(dans le cirque)
Viva! Bravo! Victoire!
Frappe juste en plein coeur!
Le taureau tombe! Gloire!
Gloire au torero vainqueur!

DON JOSÉ 
(avec violence)
Ainsi, le salut de mon âme
je l'aurai perdu pour que toi,
pour que tu t'en ailles, infâme,
entre ses bras rire de moi!
Non, par le sang, tu n'iras pas!
Carmen, c'est moi que tu suivras! 

CARMEN
Non, non! jamais! 

DON JOSÉ
Je suis las de te menacer! 

CARMEN
(avec colère)
Eh bien! frappe-moi donc, 
ou laisse-moi passer. 

CHOEUR
Victoire!

DON JOSÉ 
(éperdu)
Pour la dernière fois, démon,
veux-tu me suivre? 

CARMEN
Non! non!
Cette bague, autrefois, 
tu me l'avais donnée...

(elle la jette à la volée)

Tiens!

DON JOSÉ 
(José a frappé Carmen)
Eh bien! damnée!

(Elle tombe morte...)

CHOEUR
(dans le cirque)
Victoire! Bravo! Ah!

(don José, éperdu, s'agenouille 
auprès d'elle)

Toréador, en garde!
Toréador! Toréador!
Et songe bien, oui, 
songe en combattant
qu'un oeil noir te regarde
et que l'amour t'attend,
Toréador, l'amour t'attend! 

(Le vélum s'ouvre; Escamillo 
paraît entouré de la foule qui 
l'acclame)

DON JOSÉ 
(se levant)
Vous pouvez m'arréter... 
c'est moi qui l'ai tuée!
Ma Carmen adorée! 

Fin de l'Opéra 



Escena Segunda

26: Dúo Final

CARMEN
¡Eres tu!

DON JOSÉ
¡Soy yo!

CARMEN
Me han advertido
que me fuera, que tú estabas aquí,
He temido por mi propia vida;
¡pero soy valiente, no huyo de nadie!

DON JOSÉ
¡Ya no te amenazo... 
te imploro... te suplico!
¡Olvidemos el pasado, Carmen!
¡Sí, juntos los dos
podremos comenzar otra vida,
lejos de aquí, bajo otros cielos!

CARMEN
¡Tú me pides lo imposible!
¡Carmen jamás ha mentido!
¡Su corazón es inflexible;
entre tú y ella... todo terminó!
¡Jamás he mentido!
¡Entre nosotros, todo ha terminado!

DON JOSÉ
Carmen, todavía queda tiempo...
¡Oh mi Carmen, déjame
que te salve, que te adore
y salvarme contigo!

CARMEN
¡No! Sé que esta es la hora,
sé bien que tú me matarás,
pero ni viva ni muerta...
¡no, no cederé jamás!

DON JOSÉ
¡Ah, todavía queda tiempo!... 
¡Si, todavía queda tiempo!... 
¡Oh mi Carmen, déjame
que te salve, que te adore
y salvarme contigo!

CARMEN
¿Por qué cuidas todavía
a un corazón que ya no es tuyo?
En vano dices "¡yo te adoro!"
No obtendrás nada de mí,
ah, en vano...

DON JOSÉ
(con ansiedad)
¿Entonces ya no me amas?

CARMEN
(con serenidad)
¡No! Ya no te amo.

DON JOSÉ
(con pasión)
Pero, Carmen, yo todavía te amo,
Carmen, ¡ay: yo te adoro!

CARMEN
¿Para qué todo esto? 
¡Cuantas palabras vanas!

DON JOSÉ
¡Carmen, yo te amo, yo te adoro!
¡Y si es necesario, para complacerte,
seré un bandido... 
haré lo que quieras...
¡Todo, me entiendes!... ¡Todo!
¡Pero no te alejes de mí!
¡Oh, mi Carmen,
recuerda el pasado! 
¡Nos amábamos no hace tanto!

(desesperado)

¡Ah, no te alejes de mí, Carmen, ah!
¡No te alejes de mí!

CARMEN
¡Jamás Carmen cederá!
¡Libre nació y libre morirá!

CORO
(desde adentro de la plaza)
¡Viva! ¡Qué corrida tan bella!
¡En el ensangrentado albero, 
el toro hostigado
embiste furioso!
¡Herido en pleno corazón!
¡Viva! ¡Bravo! ¡Victoria!

(Al oír los gritos de victoria, Carmen
lanza una exclamación de alegría.
Don José no quita su vista de ella que
da un paso en dirección a la plaza.)

DON JOSÉ
(obstruyendo su paso)
¿Adónde crees que vas?

CARMEN
¡Déjame!

DON JOSÉ
¡Ese hombre a quien aclaman,
es tu nuevo amante!

CARMEN
(queriendo pasar)
¡Déjame!

DON JOSÉ
¡Por mi alma,
que no pasarás!
Carmen, ¡conmigo vendrás!

CARMEN
¡Déjame, don José, no iré contigo!

DON JOSÉ
Vas con él, dime entonces... 
¿lo amas?

CARMEN
¡Le amo!
¡Le amo, y aún ante la muerte misma
repetiré que lo amo!

CORO
(desde adentro de la plaza)
¡Viva! ¡Bravo! ¡Victoria!
¡Ha estoqueado en pleno corazón!
¡El toro cae! 
¡Gloria al victorioso torero!

DON JOSÉ
(con violencia)
¡De modo que mi alma 
he perdido por ti...
para que tú te marches, infame,
y entre sus brazos te rías de mí!
¡No, por mi sangre, no irás!
¡Carmen, conmigo tú vendrás!

CARMEN
¡No, no, jamás!

DON JOSÉ
¡Estoy harto de amenazarte!

CARMEN
(con cólera)
¡Entonces, mátame 
o déjame pasar!

CORO
¡Victoria!

DON JOSÉ
(enloquecido)
¡Por última vez, demonio!
¿Vendrás conmigo?

CARMEN
¡No, no!
Este anillo, 
que una vez me diste...

(se lo tira)

¡Tómalo!... 

DON JOSÉ
(clavándole un cuchillo)
¡Bien, endemoniada!

(Carmen cae... y muere.)

CORO
(desde adentro de la arena)
¡Victoria! ¡Bravo! ¡Ah!

(Don José se arroja hacia ella, 
arrodillándose  en el suelo.)

¡Toreador, en guardia!
¡Toreador, toreador!
Y recuerda, sí, 
recuerda al torear
que unos ojos negros te miran.
¡Y que el amor te espera, toreador! 
¡El amor te espera!

(el velo se descorre, Escamillo,
aparece rodeado de la multitud 
que lo aclama)

DON JOSÉ
(levantándose)
Podéis arrestarme... 
¡He sido yo quien la ha matado!
¡Mi adorada Carmen!

Fin de la Opera



Traducido y Escaneado por:
Maximiliano Ariel Acevedo 2000