THAÍS

Personajes

THAÍS

ATHANAEL

PALEMÓN

NICIAS

CROBE

MYRTA

ALBINA

   Cortesana

    Monje cenobita

    Superior de los cenobitas

     Rico comerciante

     Esclava de Nicias

     Esclava de Nicias

Superiora de las Hermanas Blancas

Soprano

Barítono

Bajo

Tenor

Soprano

   Mezzosoprano

Mezzosoprano

 

La acción se desarrolla entre el desierto de La Tebaida (Egipto) y la ciudad de Alejandría, a mediados del siglo IV

 

 

ACTE PREMIER


Premier Tableau

(La Thébaïde. Les cabanes des cénobites
au bord du Nil)

(Ce n'est pas encore la fin du jour. Douze cénobites
et le vieux Palémon sont assis autour d'une longue
table rustique. Au milieu, Palémon préside le frugal
et paisible repas. Une place est vide, celle d'Athanël.)

UN CENOBITE
Voici le pain,...

UN AUTRE
... et le sel,...

UN AUTRE
... et l'hysope!

UN AUTRE
Voici le miel,...

UN AUTRE
... et voici l'eau!

PALÉMON
(se levant, avec onction)
Chaque matin le ciel répand sa grâce sur mon jardin,
ainsi qu'une rosée. Bénissons
Dieu dans les biens qu'il nous donne
et prions-le qu'il nous garde en sa paix!

LES 12 CÉNOBITES
(6 ténors et 6 basses entredeux; presque murmuré)
Que les noirs démons de l'abîme
s'écartent de notre chemin!

UN CÉNOBITE
(rompant le silence)
Sur Athanaël, notre frère, étends, Seigneur,
la force de ton bras!

PLUSIEURS
Athanaël! Athanaël! Bien longue est son absence!
Quand donc reviendra-t-il?

D'AUTRES
Quand donc?

PALÉMON
(mystérieux)
L'heure de son retour est proche,
Un songe, cette nuit, me l'a montré vraiment,
hâtant vers nous sa marche...

LES 12 CÉNOBITES
Athanaël est un élu de Dieu!
Il se révèle dans les songes!

(Athanaël paraît; il s'avance lentement
comme épuisé de fatigue et de chagrin.)

Le voici! Le voici!

ATHANAËL
(au milieu d'eux; douloureux)
La paix soit avec vous!

PALÉMON, LES 12 CÉNOBITES
Frère, salut!

(Tous s'empressent autour de lui)

La fatigue t'accable...la poussière couvre ton front...
reprends ta place parmi nous... mange... bois!

(Athanaël s'est assis avec accablement et
repousse doucement les mets qu'on lui présente)

Non... Mon cœur est plein d'amertume...
je reviens dans le deuil et dans l'affliction!

(sombre, comme hanté et se parlant à lui-même)

La ville est livrée au péché! Une femme...
Thaïs... la remplit de scandale!
Et par elle l'enfer y gouverne les hommes!

LES 12 CÉNOBITES
(avec une curiosité)
Quelle est cette Thaïs?

ATHANAËL
(sortant un peu de sa torpeur)
Une prêtresse infâme du culte de Vénus!

(Athanaël se lève lentement avant les premiers mots
qu'il va dire. Humblement, avec charme et comme se
souvenant d'un passé lointain)

Hélas! enfant encore,
avant qu’à mon cœur la grâce ait parlé,

(peu à peu sombre, plus agité)

je l'ai connue... je l'ai connue!
Un jour, je l'avoue à ma honte
devant son seuil maudit je me suis arrête,
mais Dieu m'a préservé de cette courtisane,
et j'ai trouvé le calme en ce désert...
maudissant le péché que j'aurais pu commettre!
Ah! mon âme est troublée!
La honte de Thaïs et le mal qu'elle fait
me causent une peine amère,

(très expressif)

et je voudrais gagner cette âme à Dieu!
Oui, je voudrais gagner cette âme à Dieu!
à Dieu! à Dieu!

PALÉMON
Ne nous mêlons jamais, mon fils,
aux gens du siècle;
craignons les pièges de l'Esprit.
Voilà ce que nous dit la sagesse éternelle.

(La nuit vient peu à peu.)

La nuit vient, prions et dormons.

LES 4 CÉNOBITES
(dévotement)
Prions.

(Tous, avec une crainte mystérieuse,
le front courbé et les mains jointes)

Que les noirs démons de l'abîme
s'écartent de notre chemin.

(dans la même posture, ils s'éloignent lentement
et se séparent, tout en priant, pour se rendre
chacun dans leur cabane.)

Seigneur, bénis le pain et l'eau,
bénis les fruits de nos jardins.
Donne-nous le sommeil sans rêves
et l'inaltérable repos!

(Ils ont disparu. Athanaël s'est étendu sur 
une natte devant sa cabane, la tête appuyée 
sur un petit chevalet de bois, les mains jointes.)

ATHANAËL
(seul, dans l'ombre)
A Seigneur, je remets mon âme
entre tes mains...

(en s'endormant)

(Nuit presque noire. Le terre semble
endormie dans une douce béatitude.)

Vision

(Dans un brouillard apparaît l'intérieur du théâtre à
Alexandrie. Foule immense sur les gradins. En avant
se trouve la scène sur laquelle Thaïs à demi-vêtue,
mais le visage voilà mime les amours d'Aphrodite.
Thaïs, mimant devant la foule du théâtre, n'est par
conséquent vue que de dos par le publique de la salle.
Immenses exclamations d'enthousiasme très prolongées
effet extrêmement lointain. On peut distinguer, mais
vaguement, cependant, le nom de Thaïs hurlé par la
foule. Les acclamations cessent... Les acclamations
reprennent et augmentent jusqu'à la fin. La mimique
s'accentue de plus en plus. La vision disparaît
subitement. Le jour revient peu à peu)

ATHANAËL
(qui s'est éveillé, se lève complétement;
avec épouvante et colère)
Honte! Horreur! Ténèbres éternelles!
Seigneur! Seigneur! assiste-moi!

(Athanaël s'est jeté à terre et y reste prosterné.)

Toi qui mis la pitié dans nos âmes,
Dieu bon, louange à toi!
J'ai compris l'enseignement de l'ombre.

(Il se relève avec enthousiasme)

Je me lève et je pars!
Car je veux délivrer cette femme
des liens de la chair!

(de plus en plus exalté)

Dans l'azur je vois penchés vers elle,
les anges désolés!
N'est-elle pas le souffle de ta bouche,
Seigneur! à Seigneur!
Ah! plus elle est coupable
et plus je dois la plaindre!
Mais je la sauverai! Seigneur!
donne-la moi, donne-la moi!
Et je te la rendrai pour la vie éternelle!

(appelant ses frères qui reparaissent
peu à peu et viennent se ranger autour de lui)

Frères! frères! levez-vous tous!
levez-vous tous! venez! venez!
Ma mission m'es révélée! Dans la ville maudite,
il faut que je retourne...
Dieu défend que Thaïs s'enfonce
davantage dans le gouffre du mal
et c'est moi qu'il choisit pour la lui ramener!

(Athanaël s'incline devant Palémon qui, tristement, lui
rappelant les sages principes, le laisse s'éloigner.)

PALÉMON
(A Athanaël, avec une douce expression
de tranquillité et comme un tendre reproche)
Mon fils, ne nous mêlons jamais aux gens du siècle.
Voilà la sagesse éternelle!

(Les Cénobites qui on entouré Athanaël
l'accompagnent jusqu'à la route; puis, s'agenouillant
par groupes, ils répondent à Athanaël dont la voix se
perd dans les solitudes du désert de la Thébaïde.)

LA VOIX D'ATHANAËL
(déjà éloignée)
Esprit de lumière et de grâce,
arme mon cœur pour le combat!

LES 12 CÉNOBITES
Arme son cœur pour le combat...

ATHANAËL
Et fais-moi fort comme l'archange

LES 12 CÉNOBITES
et fais-le fort comme l'archange...

ATHANAËL
(plus loin encore)
contre le charmes du démon!

LES 12 CÉNOBITES
arme son cœur!

ATHANAËL
Arme mon cœur!

LES 12 CÉNOBITES
arme son cœur!

ATHANAËL
(très loin)
pour le combat!

LES 12 CÉNOBITES
contre les charmes de démon!

Deuxième Tableau

(La terrasse de la maison de Nicias à Alexandrie)

Prélude

(Cette terrasse domine la ville et la mer; elle est
ombragée de grands arbres. A droite, vaste tenture
derrière laquelle se trouve la salle préparée pour le
banquet. Lentement Athanaël a paru; il s'est arrêté au
fond; à sa vue un serviteur se lève sous le portique et
marche à sa rencontre.)

LE SERVITEUR
(brusquement)
Va, mendiant, chercher ailleurs ta vie!
Mon maître ne reçoit pas les chiens comme toi!

ATHANAËL
(doucement)
Mon fils, fais, s'il le plaît, ce que je te commande,
Je suis l'ami de ton maître et
je veux lui parler à l'instant.

LE SERVITEUR
(levant son bâton)
Hors d'ici, mendiant!

ATHANAËL
(fermement et avec calme)
Frappe, si tu le veux,
Mais avertis ton maître,
Va.

(Devant le regard et l'attitude d'Athanaël, le serviteur
recule, s'incline et disparaît dans la maison. Athanaël,
seul après avoir contemplé un instant la ville du haut
de la terrasse.)

Voilà donc la terrible cité!
Alexandrie! Alexandrie!
Où je suis né dans le péché;
l'air brillant où j'ai respiré
l'affreux parfum de la luxure!
Voilà la mer voluptueuse où j'écoutais chanter
la sirène aux yeux d'or!
Oui, voilà mon berceau selon la chair,

(très expressive)

Alexandrie! O ma patrie! Mon berceau, ma patrie!
De ton amour, j'ai détourné mon cœur.
Pour ta richesse, je te hais!
Pour ta science et ta beauté,
je te hais! Je te hais!
Et maintenant je te maudis
comme un temple hanté par les esprits impurs!
Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu!
Venez! Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu!
Parfumez, du battement de vos ailes,
l'air corrompu qui va m'environner!
Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu!
Venez! Souffles de Dieu! Anges du ciel! Venez!

CROBYLE, MYRTALE
(Les voix de Crobyle et de Myrtale, dans la maison)
Ah! Ah! Ah!

(Nicias paraît et s'avance, les bras appuyés sur
les épaules de Crobyle et de Myrtale, deux belles
esclaves rieuses.)

(en riant aux éclats)

Ah! Ah! Ah!

NICIAS
(aperçoit Athanaël; il s'arrête et quitte Crobyle
et Myrtale; puis, n'hésitant plus à le reconnaître,
il court lui, les bras ouverts; avec vivacité)
Athanaël! c'est toi! mon condisciple,
mon ami, mon frère!

(avec légèreté et bonne humeur)

Oh! je te reconnais, bien qu'à la vérité tu sois
bien plus semblable à la bête qu'à l'homme!
Embrasse-moi... et sois le bien venu.
Tu quittes le désert? Tu nous reviens?

ATHANAËL
O Nicias! Je ne reviens que pour un jour,
que pour une heure!

NICIAS
Dis-moi tes vœux!

ATHANAËL
(calme)
Nicias, tu connais cette comédienne,
Thaïs, la courtisane?

NICIAS
(riant)
Certes, je la connais!
Pour mieux dire, elle est mienne,

(léger et vif)

encore pour un jour!
J'ai vendu pour elle mes vignes
et ma dernière terre et mon dernier moulin,
et composé trois livres d'élégies;
et cela ne compte pour rien!
Je voudrais la fixer, que je perdrais ma peine;
son amour est léger et fuyant comme un rêve!
Qu'attends-tu d'elle?

ATHANAËL
(convaincu)
Je veux la ramener à Dieu!

NICIAS
(Éclatant de rire)
Ah! Ah! Ah! Ah! Mon pauvre ami!
Crains d'offenser Vénus dont elle est la prêtresse.

ATHANAËL
(avec assurance)
Je veux la ramener À Dieu!
J'arracherai Thaïs À ces amours immondes
et je la donnerai pour épouse à Jésus.
Pour entrer dans un monastère,
Thaïs va me suivre aujourd'hui!

NICIAS
(bas à l'oreille d'Athanaël et en riant)
Crains d'offenser Vénus, la puissante Déesse!
Elle se vengera!

ATHANAËL
Dieu me protégera.

(avec tranquillité)

Où puis-je voir cette femme?

NICIAS
(souriant)
Ici même! Pour la dernière fois,
elle y doit souper avec moi
en très joyeuse compagnie!
Elle joue aujourd'hui;
en sortant du théâtre, elle viendra.

ATHANAËL
Prête-moi donc, ami, quelque robe d'Asie,
afin que dignement je puisse figurer à ce festin
que tu vas lui donner.

NICIAS
Crobyle et Myrtale, mes chères,
Hâtez-vous de parer mon bon Athanaël.

(Myrtale frappe dans ses mains. Le serviteur paraît
auquel elle donne un ordre. Il sort et revient aussitôt
avec des esclaves portant un coffret dont Crobyle et
Myrtale tirent les objets qui doivent servir à la toilette
d'Athanaël ainsi qu'un miroir de métal dans lequel, en
riant, elles lui font voir son visage.)

CROBYLE, MYRTALE
(en riant)
Ah! Ah! Ah!

(Nicias et Athanaël se sont assis,
ils causent amicalement.)

NICIAS
(A Athanaël)
Je vais donc te revoir brillant comme autrefois!

CROBYLE, MYRTALE
(en riant)
Ah! Ah!

ATHANAËL
(A Nicias)
Oui, j'emprunte à l'enfer
des armes contre lui.

(Tandis qu'Athanaël continue à causer avec 
Nicias, Crobyle et Myrtale commencent à lui 
verser sur la tête des parfums, à lui accommoder 
les cheveux et la barbe.)

NICIAS
(en riant)
Philosophe orgueilleux! L'âme humaine est fragile.

CROBYLE, MYRTALE
(en riant)
Ah! Ah!

ATHANAËL
Je ne crains pas l'orgueil quand le ciel me conduit.

CROBYLE
(A Myrtale, à part)
Il est jeune!

MYRTALE
(A Crobyle, de même)
Il est beau!

CROBYLE
(en riant)
Ah! Ah! Ah!

MYRTALE
(de même)
Ah! Ah! Ah!
Sa barbe est un peu rude!

CROBYLE
Ses yeux sont pleins de feu!

MYRTALE
Ce bandeau lui sied bien!

CROBYLE et MYRTALE
Cher Satrape, voici tes bracelets!

MYRTALE
Tes bagues!

CROBYLE
Donne tes bras!

MYRTALE
Tes doigts!

CROBYLE, MYRTALE
(A part)
Il est jeune, il est beau!
Ses yeux sont pleins de feu!
Il est jeune, il est beau!

MYRTALE
(continuant la toilette)
La robe maintenant!

CROBYLE
(avec câlinerie)
Quitte ce noir cilice!

ATHANAËL
(se lève comme pour leur échapper)
Ah! femmes, pour cela, jamais!

(Crobyle et Myrtale, d'abord effarouchées
par le brusque refus d'Athanaël, reviennent
doucement auprès de lui.)

MYRTALE
Soit!

CROBYLE
Soit!

CROBYLE, MYRTALE
(lui passant une robe brodée
par dessus sa tunique)
Cache tes rigueurs sous cette robe souple!

(riant aux éclats)

Ah! Ah! Ah! Ah!

NICIAS
(A Athanaël, avec familiarité, en souriant)
Ne t'offense pas de leur raillerie,
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt!

CROBYLE
(A part, en riant)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait...
Sa divinité farouche s'humaniserait!

MYRTALE
(A part, en riant)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait... s'humaniserait!
Je le crois!

ATHANAËL
(A lui-même, avec calme)
Esprit de lumière!
Arme mon cœur pour le combat!

(Elles continuent la toilette.)

MYRTALE
Laisse-nous te chausser de ces sandales d'or

CROBYLE
Laisse-nous te verser ce parfum sur les joues!

NICIAS
(A Athanaël)
Ne t'offense pas de leur raillerie!
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt! Admire-les!
Ne t'offense pas!
Sois heureux.

CROBYLE, MYRTALE
(A part)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait...
Sa divinité farouche s'humaniserait!
Il est beau! Comme un Dieu!
Ah! Il est beau comme un jeune Dieu!

ATHANAËL
(A lui-même)
Esprit de lumière!
Arme mon cœur pour le combat!
Arme mon cœur contre les charmes,
Les charmes du démon!
Contre les charmes du démon! du démon!

(Grandes acclamations lointaines et prolongées.
Au bruit des acclamations, Nicias est remonté
vers la terrasse; il a regardé du côté de la ville.)

NICIAS
(revenant vers Athanaël en souriant)
Garde-toi bien! Voici ta terrible ennemie!

(Des groupes d'Histrions et de Comédiennes
mêlés à des Philosophes, amis de Nicias,
paraissent sur la terrasse, précédant de
peu d'instants la venue de Thaïs.)

COMÉDIENNES, PHILOSOPHES
(8 sopranos, 6 ténors, 6 basses; Crobyle et
Myrtale avec les Comédiennes; tous avec
admiration et vénération)
Thaïs! Sœur des Karités!

LES HISTRIONS
Rose d'Alexandrie!

LES PHILOSOPHES
Belle silencieuse!

HISTRIONS, PHILOSOPHES
Thaïs! Tant désirée! Thaïs! Thaïs! Thaïs!

NICIAS
(A Thaïs)
Chère Thaïs!

(invite ses amis à se rendre dans la salle du
banquet dont les esclaves soulèvent les tentures)

Hermodore! Aristobule! Callicrate! Dorion!
Mes hôtes! Mes amis!

(Tous se rendent dans la salle
dont les tentures se referment.)

Les Dieux soient avec vous!

(Thaïs a été retenue doucement par Nicias au moment
où elle se disposait à suivre ses amis dans la salle
du banquet. Nicias tombe assis; Thaïs est prés de
lui. Celle-ci reste debout et répond avec un sourire
amèrement ironique au désir de Nicias qui la
contemple amoureusement mais tristement.)

THAÏS
C'est Thaïs, l'idole fragile qui vient
pour la dernière fois s'asseoir à la table fleurie.
Demain, je ne serai pour toi plus rien qu'un nom.

NICIAS
Nous nous sommes aimés une longue semaine...

THAÏS
Nous nous sommes aimés une longue semaine...

NICIAS
C'est beaucoup de constance
et je ne me plains pas;
et tu vas t'en aller... libre loin de mes bras...

THAÏS
Libre... loin de tes bras...
Pour ce soir, sois joyeux,
laissons s'épanouir les heures bien heureuses,
et ne demandons rien, plus rien à cette nuit
qu'un peu de folle ivresse et de divin oubli!

THAÏS, NICIAS
Demain! Demain! Demain,
je ne serai pour toi qu'un nom.

THAÏS
(avec amertume)
Ah! Demain! Je ne serai pour toi
plus rien... qu'un nom!

(Quelques philosophes, parmi lesquels se trouve
Athanaël, sortent de la salle tout en discutant
gravement et se dirigent lentement vers la terrasse
où ils s'arrêtent. Athanaël s'est détaché du groupe;
il demeure immobile dans une attitude sévère en
regardant Thaïs.)

THAÏS
(distraite, à Nicias)
Quel est cet étranger dont le regard farouche
s'attache ainsi sur moi?
Je ne l'ai jamais vu paraître en nos festins.
D'où vient-il? Quel est-il?

NICIAS
(assez bas et négligemment)
Un philosophe à l'âme rude!
Un solitaire du désert!

(avec ironie)

Prends garde! Il est ici pour toi!

THAÏS
(avec une légèreté malicieuse)
Qu'apporte-t-il? L'amour?

NICIAS
Nulle faiblesse humaine
ne saurait amollir son cœur.
Il veut te convertir à sa sainte doctrine...

THAÏS
Qu'enseigne-t-il?

ATHANAËL
Le mépris de la chair, l'amour de la douleur,
L’austère pénitence!

THAÏS
(après l'avoir regardé longuement,
avec un sourire d'incrédulité)
Va... Passe ton chemin; je ne crois qu'à l'amour
et nulle autre puissance ne pourrait rien sur moi!

(Les Philosophes cessent leur entretien et descendent
vers Thaïs. Tous les invités, prévenus par les esclaves,
ont quitté la salle du banquet et peu à peu se joignent,
avec un sentiment d'étonnement et de curiosité, à Thaïs
et à Nicias.)

ATHANAËL
(qui l'a écoutée avec une sombre colère; avec éclat)
Ah! Ne blasphème pas! Non! Ne blasphème pas!

(Tous entourent Thaïs et Nicias. Thaïs s'avance vers
Athanaël - immobile et sombre - doucement avec
grâce; et en le regardant avec un sourire malicieux.)

THAÏS
(A Athanaël, avec un sorte de câlinerie ironique)
Qui te fait si sévère et pourquoi démens-tu
la flamme de tes yeux?
Quelle triste folie te fait manquer à ton destin?
Homme fait pour aimer, quelle erreur est la tienne!
Homme fait pour savoir, qui t'aveugle à ce point!
Tu n'as pas effleuré la coupe de la vie!
Tu n'as pas épelé l'amoureuse sagesse!

(avec charme, avec séduction)

Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

HISTRIONS, PHILOSOPHES
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
(très ardemment)
Non! Non! Je hais vos fausses ivresses!
Non! Ici, je me tais; mais j'irai, pécheresse,
j'irai dans ton palais te porter le salut,
et je vaincrai l'enfer en triomphant de toi!

THAÏS, HISTRIONS
NICIAS, PHILOSOPHES
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
J'irai dans ton palais!

THAÏS, NICIAS
Couronne-toi de roses,
rien n'est vrai que d'aimer!

THAÏS, HISTRIONS
NICIAS, PHILOSOPHES
Tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
(au fond)
J'irai dans ton palais te porter le salut!

THAÏS, HISTRIONS
NICIAS, PHILOSOPHES
(en riant)
Ah! Ose venir, toi que braves Venus!

THAÏS
(se disposant à reproduire la scène des
amours d'Aphrodite, avec provocation)
Ose venir, toi qui braves Vénus!

(Des esclaves s'apprêtent à détacher les vêtements
de Thaïs. Athanaël a fui avec un geste d'horreur.)



ACTE DEUXIÈME


Premier Tableau

(Chez Thaïs qui paraît accompagnée de quelques
histrions et d'un petit groupe de comédiennes.
Bientôt, elle les éloigne d'un geste las.)

THAÏS
(seule, avec lassitude et amertume)
Ah! je suis seule, seule, enfin!
Tous ces hommes ne sont qu'indifférence
et que brutalité.

(très accentué)

Les femmes sont méchantes...
et les heures pesantes...
J'ai l'âme vide...
Où trouver le repos?
Et comment fixer le bonheur?

(rêveuse, elle prend un miroir et s'y contemple)

à mon miroir fidèle, rassure-moi.
Dis-moi que je suis belle et
que je serai belle éternellement! Éternellement!
Que rien ne flétrira les roses de mes lèvres,
que rien ne ternira l'or pur de mes cheveux!
Dis-le moi! Dis-le moi! Dis-moi que je suis belle
et que je serai belle éternellement!
Éternellement! Ah! je serai belle
éternellement!

(se dressant et prêtant l'oreille comme
si une voix lui parlait dans l'ombre.)

Ah! Tais-toi, voix impitoyable, voix que me dis:

(sourdement)

Thaïs, tu vieilliras! Thaïs, tu vieilliras!
Un jour, ainsi, Thaïs

(avec effarement)

ne serait plus Thaïs!

(se calmant peu à peu)

Non! Non! je n'y puis croire,

(s'adressant à Vénus)

Toi Vénus,
réponds-moi de ma beauté!
Vénus réponds-moi de son éternité!
Vénus, invisible et présente!
Vénus, enchantement de l'ombre!
Vénus! Réponds-moi! Réponds-moi!
Dis-moi que je suis belle et
que je serai belle éternellement! éternellement!
Que rien ne flétrira les roses de mes lèvres,
que rien ne ternira l'or pur de mes cheveux!
Dis-le moi! Dis-le moi! Dis-moi que je suis belle
et que je serai belle éternellement! éternellement!
Ah! je serai belle
éternellement!

(apercevant Athanaël qui est entré silencieusement 
et s'est arrêté sur le seuil, avec charme)

étranger, te voilà,
comme tu l'avais dit!

ATHANAËL
Seigneur! Seigneur!
Fais que son radieux visage
soit comme voilà devant moi!
Fais que la force de ses charmes
ne triomphe pas de ma volonté!

THAÏS
(avec un sourire engageant)
Allons, parle à présent.

ATHANAËL
On dit que nulle femme ne t'égale
et c'est pourquoi j'ai voulu te connaître,
et c'est pourquoi, te voyant,
j'ai compris combien il me serait glorieux
de te vaincre!

THAÏS
Tes hommages sont haut; ton orgueil les dépasse;
présomptueux, prends garde de m'aimer!

ATHANAËL
Ah! je t'aime, Thaïs, et j'aime à te le dire;
mais je t'aime non comme tu l'entends!
Moi, je t'aime en esprit, je t'aime en vérité.
Je te promets mieux qu'ivresse fleurie
et songes d'une brève nuit.
Cette félicité qu'aujourd'hui je t'apporte
ne finira jamais! Jamais! Jamais!

THAÏS
(ironique, en riant)
Ah! Ah! Ah! Ah!
Montre moi donc ce merveilleux amour!
Un amour vrai n'a qu'un langage: les baisers.

ATHANAËL
Thaïs, ne raille pas! L'amour que je te prêche,
c'est l'amour inconnu!

THAÏS
Ami, tu viens bien tard...
Je connais toutes les ivresses.

ATHANAËL
L'amour que tu connais n'enfante que la honte.
L'amour que je t'apporte est le seul glorieux!

THAÏS
Je te trouve hardi d'offenser ton hôtesse!

ATHANAËL
T'offenser!
Je ne songe qu'à te conquérir à la vérité!

(avec un enthousiasme croissant)

Qui m'inspirera des discours embrasés
pour qu'à mon souffle,
à courtisane, ton cœur fonde comme une cire!
Qui pourra te livrer à moi!
Qui changera ma parole en un Jourdain
dont les flots répandus prépareront
ton âme à la vie éternelle!

THAÏS
A la vie éternelle!

ATHANAËL
A la vie éternelle!

THAÏS
Eh! bien... fais moi connaître... tout cet amour
mystérieux... Je t'obéis...
Je suis à toi...

(Thaïs, avec une spatule d'or, puise dans
une coupe quelques grains d'encens qu'elle 
jette dans le brûle-parfums.)

ATHANAËL
(à part, avec fièvre)
Un tumulte effrayant s'élève en ma pensée!
Seigneur! Seigneur!
Fais que son radieux visage
soit comme voilà devant moi.

(Une fumée légère enveloppe Thaïs en même temps que 
la Déesse et tandis qu'Athanaël troublé la regarde, elle 
murmure en souriant et comme instinctivement une sorte
d'incantation mystérieuse.)

THAÏS
Vénus invisible et présente!

ATHANAËL
Pitié! Seigneur!

THAÏS
Vénus, enchantement de l'ombre!
Vénus, éclat du ciel et blancheur de la neige!
Vénus, descends et règne! Splendeur!
Volupté! Douceur!

ATHANAËL
(priant avec ardeur)
Que la force de ses charmes
ne triomphe pas de ma volonté!
Seigneur!
Pitié!

(reprenant violemment possession de lui même,
déchire, arrache sa robe d'emprunt sous laquelle
il a gardé son cilice.)

Je suis Athanaël, Moine d'Antinoé!
Je viens du saint désert et je maudis la chair
et je maudis la mort qui te possède!
Et me voici devant toi, comme devant un tombeau,
et je te dis:
Thaïs, lève-toi! Lève-toi!

THAÏS
(avec épouvante se jetant à ses pieds)
Ah!
Pitié! Ne me fais pas de mal!
Parle! que me veux-tu? Non!
Ah! par pitié, tais-toi! par pitié, tais-toi!
Je n'ai pas plus choisi mon sort
que ma nature!
Et ce n'est pas ma faute à moi si je suis belle.
Pitié! Ne me fais pas mourir!
Ah! je crains tant la mort!
Ne me fais pas mourir! pitié!
Ne me fais pas de mal!
Pitié! pitié! Non! Ne me fais pas mourir!

ATHANAËL
Non! Je l'ai dit: Tu vivras de la vie éternelle,
Sois à jamais la bien aimée
et l'épouse du Christ dont tu fus l'ennemie!

THAÏS
Ah! Je sens une fraîcheur en mon âme ravie,
je frissonne et demeure charmée!
Ah! Quel pouvoir est le sien!

LA VOIX DE NICIAS
(au loin et se rapprochant graduellement)
Thaïs,
idole fragile, je veux une dernière fois...

THAÏS
(écoutant avec un sentiment de répulsion)
Nicias! encor!

LA VOIX DE NICIAS
Je veux l'amour de ta lèvre fleurie...

THAÏS
Mon âme n'est plus mienne.
M'aimer! Il n'a jamais aimé personne!
Il n'aime que l'amour!

LA VOIX DE NICIAS
(plus près)
Demain, je ne serai pour toi plus rien qu'un nom!
Plus rien... qu'un nom!

ATHANAËL
(A Thaïs)
Tu l'entends?

THAÏS
Eh! bien, va!
Dis-lui que je déteste tous les riches,
tous les heureux!
Qu'il m'oublie! Entends-tu! Dis-lui que je le hais!

ATHANAËL
A ton seuil, jusqu'au jour, j'attendrai ta venue!

THAÏS
Non je reste Thaïs! Thaïs! la courtisane!
Je ne crois plus à rien et je ne veux plus rien:
ni lui, ni toi, ni ton Dieu!

(en riant)

Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

(ici avec des pleurs et des sanglots, à volonté)

Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

(Les rideaux se ferment lentement. La musique
continue jusqu'au tableau suivant.)

Méditation religieuse à Symphonie

Deuxième Tableau

(Sur une place, devant la maison de Thaïs. Avant le
jour. Sous le portique, au premier plan, une petite
statuette d'éros, sur une stèle; devant l'image une
lampe allumée. La lune éclaire encore la place. Au bas
des degrés du portique Athanaël, couché sur le pavé.
Au fond, à droite, une maison dans laquelle sont réuni
Nicias et ses amis de plaisir. Les fenêtres de cette
maison sont éclairées. On entend vaguement une
musique de fête. Thaïs paraît; elle prend la lampe
qu'elle élève au dessus de sa tête pour voir sur la place.
Elle descend ainsi les degrés. Elle aperçoit Athanaël,
repose la lampe où elle l'a prise et revient vers lui.)

THAÏS
Père, Dieu m'a parlé par ta voix! Me voici!

ATHANAËL
Thaïs, Dieu t'attendait!

THAÏS
(toujours à voix basse; avec humilité)
Ta parole est restée en mon cœur
comme un baume divin; j'ai prié, j'ai pleuré!
Il s'est fait en mon âme une grande lumière;
ayant vu le néant de toute volupté,
vers toi je viens ainsi que tu l'as commandé.

ATHANAËL
Va, courage, à ma sœur! L'aube du repos se lève!

THAÏSQue faut-il faire?

ATHANAËL
Non loin d'ici, vers l'occident,
il est un monastère où des femmes élues
vivent pareilles à des anges
dans un parfait recueillement,
pauvres, pour que Jésus les aime,
modestes, pour qu'il les regarde, chastes,
pour qu'il les épouse! C'est là que je te conduirai.
A leur pieuse mère, Albine, je te consacrerai!

THAÏS
Albine, fille des Césars

ATHANAËL
Et la servante la plus pure du Christ!
Là, je t'enfermerai dans l'étroite cellule
jusqu'au jour où Jésus te viendra délivrer!
Va! N'en doute pas! Il viendra lui-même,
et quel tressaillement dans la chair de ton âme
quand tu sentiras sur tes yeux
se poser ses doigts de lumière,
afin d'en essuyer les pleurs!

THAÏS
(avec joie)
Emmené-moi, mon père!

ATHANAËL
Oui!
Mais, d'abord, anéantis ce qui fut l'impure Thaïs,
ton palais, tes richesses, tout ce
qui proclame ta honte! Brûle tout! Anéantis tout!

THAÏS
Père, qu'il en soit ainsi.

(Elle se dirige vers la maison, puis s'arrête
avec un sourire devant la petite image d'éros.)

Je ne veux rien garder de mon passé,
rien... que cela...

(prenant et apportant dans ses bras l'image
qu'elle présente à Athanaël)

Cette image d'ivoire, cet enfant,
d'un travail antique et merveilleux, c'est éros!
C'est l'amour!
Considère, à mon père,
que nous ne le pouvons traite cruellement.
L'amour est une vertu rare,
J'ai péché, non par lui, mais plutôt contre lui.
Ah! Je ne pleure pas de l'avoir eu pour maître,
mais d'avoir méconnu sa volonté.
Il défend
qu'une femme se donne,
à qui ne vient point en son nom,
et c'est pour cette loi qu'il convient qu'on l'honore.
Prends-le, pour le placer dans quelque monastère,
et ceux qui le verront se tourneront vers Dieu!
Car l'amour nous élève aux célestes pensées.
Quand Nicias m'aimait, il m'offrit cette image.

ATHANAËL
(avec une explosion de colère)
Nicias! Nicias! Ah! maudis la source empoisonnée
d'où te vient ce présent! Qu'il soit anéanti!

(Il a saisi la statuette qu'il jette violemment sur le
pavé où elle se brise. Il en chasse les débris du pied.)

Et tout le reste à la flamme, à l'abîme!
Viens, Thaïs! Que tout ce qui fut toi,
retourne à la poussière, à l'éternel oubli!

THAÏS, ATHANAËL
Que tout ce qui fut moi (toi)
retourne à la poussière,
à l'éternel oubli! Viens! Viens!

(Ils entrent dans la maison. Quand Thaïs et Athanaël
sont sortis, paraissent Nicias et tous les personnages
du 2d tableau. Ils descendent joyeusement, en tumulte,
de la maison du fond. Nicias les mène, très animé,
comme un peu étourdi par l'ivresse.)

NICIAS
(à haute voix, à tous)
Suivez-moi tous, amis! La nuit n'est pas finie!
Venez! Venez!
Le jeu m'a rendu trente fois le prix
dont je payais la beauté de Thaïs!
Donc, réjouissons-nous encor! encor! encor!

CROBYLE, MYRTALE
AMIS DE NICIAS
Encor! encor! encor! Evohè! Evohè!

NICIAS
(A des serviteurs)
Appelez les danseuses d'Asie,
le Psylles et les baladins!

(A ses amis)

Faisons durer jusqu'à l'aurore les danses,
les jeux et les cris!
Allumons des flambeaux!

CROBYLE, MYRTALE
AMIS DE NICIAS
Allumons des flambeaux!
Faisons honte au soleil!

NICIAS
Qu'on jette lé d'épais tapis!
A mes côtés, Crobyle, et toi, Myrtale!

CROBYLE, MYRTALE
AMIS DE NICIAS
Evohè! Evohè!

NICIAS
Rien n'est vrai que la vie!
Rien n'est sage que la folie!

(On a, dans un grand mouvement, exécuté les
indications de Nicias. Il tombe paresseusement
parmi les coussins apportés par les serviteurs. Autour
de lui, Crobyle, Myrtale, les femmes, les histrions.)

Ballet

Divertissement 1 (allegro vivo)

Divertissement 2 (mélopée orientale)

Divertissement 3 (allegro brillante)

Divertissement 4 (allegretto con spirito)

Divertissement 5 (mouvement de valse)

Divertissement 6

NICIAS
(A l'apparition de La Charmeuse, à tous)
Voilà l'Incomparable!

(A Crobyle)

Prends la lyre, Crobyle,

(A Myrtale)

et toi prends la cithare Myrtale!
Et toutes deux chantez le cantique de la Beauté!

(La Charmeuse danse. Crobyle et Myrtale chantent
en s'accompagnant de leurs instruments tandis que
La Charmeuse développe en poses lentes et formule
des pas légers jetant à travers le chant des deux
esclaves les fusées de sa voix.)

CROBYLE, MYRTALE
Celle qui vient est plus belle
que la reine de Saba qui dansait sur des miroirs!

LA CHARMEUSE
(Elle chante et danse.)
Ah!

CROBYLE et MYRTALE
Et de l'ombre de ses voiles
partent les traits de sa voix
comme des flèches de feu!

LA CHARMEUSE
(Elle chante et danse.)
Ah!

CROBYLE et MYRTALE
Elle a le teint d'ambre pâle.
Elle vient aérienne!
Comme une idole impassible,
elle va!

LA CHARMEUSE
(Elle chante et danse.)
Ah!

CROBYLE, MYRTALE
Elle entraîne, elle caresse.
Ses regards jettent de chaînes,
Ses beaux regards alanguis
qui font les hommes captifs.
Sans rien savoir de son pouvoir,
elle entraîne,
elle caresse,
elle a le charme mortel!

LA CHARMEUSE
(Elle chante.)
Ah!

Divertissement 7 (Finale)

CHOEUR
Evohè! Evohè! Evohè!

(Athanaël, paraît au seuil de la maison
une torche allumé à la main.)

NICIAS
(avec surprise et gaîté)
Eh! c'est lui! Athanaël!

CROBYLE, MYRTALE, AMIES
Athanaël!

NICIAS, CROBYLE,
MYRTALE, AMIES
(ironiquement)
Salut sage des sages!
Thaïs à donc d'armé ta raison?
Ah! ah! voyez sa face glorieuse!

(en riant aux éclats)

Ah! Ah! Ah!

ATHANAËL
(jetant la torche qui s'éteint sur le sol, sévère)
Ah! taisez-vous! Thaïs est l'épouse de Dieu,
elle n'est plus à vous!
La Thaïs infernale est morte à tout jamais,
Et la Thaïs nouvelle, la voici!

(Paraît Thaïs, les cheveux défaits, vêtue d'une tunique
de laine. Ses esclaves la suivent attristés, regardant
vers la maison d'où, dans ce moment, montent de
légères fumées que vont bientôt suivre des lueurs
d'incendie et des flammes selon le mouvement de
l'action. La foule attirée par les cris et les rires
envahit la place progressivement.)

ATHANAËL
(A Thaïs)
Viens, ma sœur, et fuyons à jamais cette ville!

LA FOULE (1er GROUPE)
(Crobyle et Myrtale avec les
Soprani, tous s'interposant)
Jamais! Non! Jamais! Non!
L'emmener! Que dit-il? Non! Jamais! Non!

LA FOULE (2d GROUPE)
AMIS DE NICIAS
L'emmener! Que dit-il? Non! Jamais!
L'emmener! Que dit-il? Non!

THAÏS
Il dit vrai!

NICIAS
Thaïs! Tu nous quitterais! Est-ce possible!

(Nicias a pris le bras de Thaïs.)

ATHANAËL
(la lui arrachant)
Impie! Crains de mourir, si tu touches à celle-ci!
Elle est sacrée! Elle est la part de Dieu!

(prenant Thaïs près de lui et voulant s'éloigner)

Passage!

NICIAS, LA FOULE
Non! Non! Non!

ATHANAËL
Passage!

NICIAS, LA FOULE
Non! Que lui veut donc cet homme!
Qu'il retourne au désert!

(un petit groupe menaçant Athanaël)

Va-t-en! Cynocéphale!
Nous rependre Thaïs!

NICIAS
(suppliant Thaïs)
Thaïs! Ne pars pas! Reste!
O Thaïs! Ne part pas! Reste!

LA FOULE (1er Groupe)
Eh! de qui vivrons-nous!

(Les femmes affolées désignant la maison incendiée.)

Ah! Mes colliers! Mes bijoux!
Eh! qui donc nous paiera
Pour qui donc sont les lois!
Il nous vole Thaïs!
Qu'elle reste!
Et lui qu'on l'assomme!
Aux corbeaux! Au gibet!
A l'égout! Aux corbeaux!

LA FOULE (2d Groupe)
Mes robes! Mes chevaux!
Eh! qui donc nous paiera
Pour qui donc sont les lois!
Il nous vole Thaïs!
Qu'elle reste!
Et lui qu'on l'assomme!
Aux corbeaux! Au gibet!
A l'égout! Aux corbeaux!

LA FOULE (Les femmes)
La flamme! L'incendie! La flamme!
La palais brûle!

UN HOME DU PEUPLE
(jetant une pierre à Athanaël qu'il blesse au front)
Tiens! satyre, à toi!

LA FOULE
(rires)
Ah! Ah! Ah! Ah!

THAÏS, ATHANAËL
(l'un près de l'autre, debout, très calmes, regardant
la foule menaçante. L'incendie augmente.)
Ah! Mourons, si c'est notre heure!
Achetons en un instant,
une éternelle allégresse au prix de tout notre sang!

NICIAS
Ah! Par pitié! Reste avec nous! Thaïs! Thaïs!
Ne pars pas! Reste avec nous, par pitié!

LA FOULE
(rires, tous lui jettent des pierres)
¡Ah!

(avec effroi)

La flamme! L'incendie! A mort! Il brûle le palais!
L’infâme! A mort! A mort!

NICIAS
(défendant Thaïs contre la foule)
Non! Non! Non!

(parvenant à s'interposer)

Arrêtez! Par tous les Dieux!
Voilà de quoi vous apaiser!

(Nicias a puisé dans son escarcelle et jette l'or à
poignées. La foule se précipite sur l'or qu'elle se
dispute à grands cris.)

LA FOULE
De l'or!

NICIAS
(A Athanaël et à Thaïs)
Allez!
Adieu, Thaïs! En vain tu m'oublieras.
Ton souvenir sera le parfum de mon âme!

THAÏS
Ah! Pour jamais, adieu!

NICIAS
Pour jamais, adieu!

ATHANAËL
(entraîne Thaïs)
Viens! Et pour jamais!

(Nicias jette de nouveau l'or. Nouvelles clameurs de la 
foule. Athanaël et Thaïs s'enfuient. Le palais s'écroule.)

LA FOULE
De l'or!



ACTE TROISIÈME


Premier Tableau

(L’Oasis. Sous les palmiers, un puits. Plus loin,
pour les voyageurs, un abri dans la verdure. Plus
loin encore, à la lisière du sable, incendié de soleil,
les cellules blanches de la retraite d'Albine. Le soleil
est très haut. Sous les palmiers, une à une, quelques
femmes viennent en silence, descendent au puits, en
remontent et s'éloignent. Thaïs et Athanaël paraissent.)

THAÏS
(accablée de fatigue, se soutient à peine)
L'ardent soleil m'écrase
comme un fardeau trop lourd!
Ah! je succombe au poids du jour! 
Arrêtons-nous!

ATHANAËL
Non! Marche encore!
Brise ton corps, anéantis ta chair!

THAÏS
Père, tu dis vrai. Ma torture,
je l'offre au divin rédempteur.

ATHANAËL
Seul, le repentir nous épure. Marche!
Ce corps parfait que tu livras aux païens,
aux infidèles,
à Nicias!
Dieu l'avait pourtant formé pour
qu'il devint son tabernacle!
Et maintenant... que tu connais...
la vérité, tu ne peux plus unir tes lèvres,
tu ne peux plus joindre tes mains,
sans concevoir le dégoût de toi-même.
Marche! Expie!

THAÏS
Père, tu dis vrai.

ATHANAËL
Expie!

THAÏS
(craintive)
Sommes-nous loin encor de la maison de Dieu?

ATHANAËL
Marche!

THAÏS
(chancelante)
Je ne puis! pardon, vénéré père!

(Comme elle va défaillir, il la soutient dans ses bras,
puis la fait asseoir à l'ombre. Il la contemple un instant
silencieusement. Tout à coup, alors, l'expression de son
visage s'adoucit.)

ATHANAËL
Ah! des gouttes de sang
coulent de ses pieds blancs.
La pitié s'émeut en mon âme!
Pauvre enfant, pauvre femme!
J'ai trop prolongé cette épreuve,
pardonne-moi! O ma sœur!

(Il se prosterne. Il pleure. Il baise les
pieds saignants de Thaïs.)

O sainte Thaïs! O sainte,
très sainte Thaïs!

THAÏS
Ta parole a la douceur d'une aurore!
Marchons maintenant!

ATHANAËL
(la retenant avec douceur)
Pas encore.
De l'eau fraîche, des fruits,
te rendront quelque force... attends...
que je descende vers le puits... que j'aille
vers la halte hospitalière.
Vois, là-bas, ces cellules blanches:
C'est le couvent d'Albine où nous allons.
Le but est proche. Espère, prie!

(Il s'éloigne lentement, va vers l'abri sous le feuillage,
rapporte des fruits dans une corbeille, puis descend
vers le puits avec une coupe de bois.)

THAÏS
(seule)
O messager de Dieu, si bon dans ta rudesse,
sois béni, toi qui m'as ouvert le ciel!
Ma chair saigne,
et mon âme est pleine d'allégresse.
Un air léger baigne mon front brûlant.
Plus fraîche que l'eau de la source,
plus douce qu'un rayon de miel,
ta pensée est en moi suave et salutaire
et mon esprit, dégagé de la terre
plane déjà dans cette immensité!
Très vénéré père, sois béni!

(Athanaël revient portant l'eau et les fruits.)

THAÏS
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Donne ces fruits, donne ces fruits,
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Ma vie est à toi, ma vie est à toi,
Dieu te la confie.
Je t'appartiens, ma vie est à toi,
Dieu te la confie.

ATHANAËL
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Goûte à ces fruits, goûte à ces fruits,
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Ta vie est à moi, ta vie est à moi,
Dieu me le confie.
Tu m'appartiens, ta vie est à moi,
Dieu me le confie.

(Thaïs après avoir bu élève, en souriant,
sa coupe vers Athanaël.)

THAÏS
Bois à ton tour!

ATHANAËL
Non! à te voir revivre,
je goûte une douceur meilleure...

THAÏS
Tout m'enivre...

ATHANAËL
Je sens ton mal apaisé...

THAÏS
O divine bonté!

ATHANAËL
O douceur ineffable!

THAÏS
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Donne ces fruits, donne ces fruits,
Je t'appartiens, ma vie est à toi,
Dieu te la confie.
Ma vie est à toi!

ATHANAËL
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Goûte à ces fruits, goûte à ces fruits,
Tu m'appartiens, ta vie est à moi,
Dieu me la confie.
Ta vie est à moi!

DES VOIX
(au loin)
Pater noster, qui es in coelis...

THAÏS
Qui vient?

DES VOIX
Panem nostrum quotidianum da nobis.

ATHANAËL
(qui a été regarder et revient)
Ah! providence divine!
Voici la vénérable Albine et ses soeurs
rapportant le pain noir du couvent.
Elles viennent vers nous et marchent en priant.

LES VOIX
(plus proches)
Et ne nos inducas in tentationem,
sed liberanos a malo.

(Albine et ses compagnes paraissent.)

ATHANAËL
Amen!

(A Albine)

La paix du Seigneur soit avec toi,
sainte Albine. J'apporte à ta ruche divine
une abeille que j'ai, par la grâce d'en haut,
trouvée un jour perdue en un chemin sans fleurs.
Dans le creux de ma main, très frêle, je l'ai prise.
De mon souffle je l'ai réchauffée
et voici que pour la consacrer à Dieu je te la donne.

ALBINE
Ainsi soit-il!

ATHANAËL
Je n'irai pas plus loin.

ALBINE
(elle prend Thaïs dans ses bras et la tient
un instant maternellement embrassée)
Venez, ma fille.

ATHANAËL
Mon œuvre est accomplie!
Adieu, chère Thaïs, reste recluse en l'étroite cellule.
Fais pénitence et prie à chaque heure pour moi!

THAÏS
Je baise tes mains secourables
et je pleure à te quitter...
O toi qui m'as rendue à Dieu!

ATHANAËL
O parole touchante!

(avec une exaltation croissante)

O larmes adorables!
Bienheureuse la pécheresse gagnée
à l'éternel amour!
Que son visage est beau!
Quel rayon d'allégresse émane de ses yeux!

THAÏS
Adieu, pour toujours!

ATHANAËL
Pour toujours?

THAÏS
Dans la cité céleste nous nous retrouverons!

ALBINE, LES FILLES BLANCHES
Amen!

(Elles s'éloignent. Athanaël la suite
du regard comme dans un rêve.)

ATHANAËL
(seul)
Elle va lentement parmi les fille blanches,
les palmiers inclinent leurs branches
comme pour rafraîchir son front,
Et les jours, et les ans passeront...
sans qu'elle m'apparaisse encore!
Je ne la verrai plus!
Je ne la verrai plus!

(Appuyé sur son bâton, il regarde encore et
toujours ardemment vers le chemin qu'a pris Thaïs.)

Deuxième Tableau

(La Thébaïde. Les cabanes des cénobites au bord du
Nil. Le Ciel est rouge à l'Occident. Il y a dans l'air des
menaces d'orage. Les cénobites viennent de terminer
leur repas du soir et regardent le ciel avec une vague
terreur. Rafales lointaines du Simoun. Cris de chacal
et rugissement du lion dans les profondeurs du désert.)

LES 12 CENOBITES
Que le ciel est pesant!
Quelle torpeur accable les âtres et les choses.

SIX CENOBITES
(basses)
On entend au loin le cri du chacal!

(ténors)

Le vent va déchaîner ses meutes rugissantes

LES 12 CENOBITES
(larges éclairs et grondement de la foudre, au loin)
Avec le tonnerre et l'éclair!

PALÉMON
(aux cénobites qui s'empressent au
travail selon l'indication de Palémon)
Rentrons dans nos cabanes
et nos grains et nos fruits.
Redoutons une nuit d'orage qui les disperserait.

UN CENOBITE
Athanaël... Qui l'a vu?

PALÉMON
Depuis vingt jours qu'il nous est revenu, mes frères,
je crois bien qu'il n'a mangé, ni bu!
Le triomphe qu'il a remporté sur l'enfer
semble l'avoir brisé de corps et d'âme!

(Athanaël paraît les yeux fixes, l'air
farouche, le corps comme brisé.)

LES CENOBITES
C'est lui qui vient!

(Athanaël passe au milieu d'eux
comme s'il ne les voyait pas.)

UN GROUPE
Sa pensée est absente.

UN AUTRE GROUPE
Elle est auprès de Dieu!

1er GROUPE
(en s'éloignant)
Respectons son silence.

2d GROUPE
(en s'éloignant)
Laissons le seul...

1er GROUPE
Laissons le seul...

ATHANAËL
(A Palémon)
Demeure auprès de moi;
il faut que je confesse le trouble
de mon âme à ton âme sereine.
Tu sais, à Palémon, que j'ai reconquis
l'âme de celle qui fut l'impure Thaïs;
une orgueilleuse joie a suivi ce triomphe
et je suis revenu vers ce désert de paix!
Et bien, en moi la paix est morte!
En vain j'ai flagellé ma chair,
en vain je l'ai meurtrie!
Un démon me possède!
La beauté de la femme hante mes visions!
Je ne vois que Thaïs, Thaïs! Thaïs!
Ou mieux, ce n'est pas elle, 11 11
C'est Hélène et Phryné c'est Vénus Astarté,
toutes les splendeurs et toutes
les voluptés en une seule créature!
Je ne voix que Thaïs! Thaïs! Thaïs!

(Il tombe comme écrasé de honte
aux pieds de Palémon.)

PALÉMON
(doucement et simplement posant
la main sur le tête d'Athanaël)
Ne t'avais-je pas dit:
"Ne nous mêlons jamais,
mon fils aux gens du siècle;
craignons les pièges de l'esprit!"
Ah! Pourquoi nous as-tu quittés? Pourquoi?
Que Dieu t'assiste!

(Athanaël se lève. Palémon l'embrasse et s'éloigne.)

Adieu!

(Athanaël, seul, s'agenouille sur sa natte, étend les
bras pour une muette et fervente oraison.Après quoi
il s'allonge, les mains jointes et s'endort. C'est la
Thébaïde. Athanaël endormi à la même place.
Thaïs, près de lui, droite.)

THAÏS
Qui te fait si sévère, et pourquoi démens-tu
la flamme de tes yeux?

ATHANAËL
Thaïs!

THAÏS
Quelle triste folie te fait manquer à ton destin?
Homme fait pour aimer,

(avec un sourire)

quelle erreur est la tienne!

ATHANAËL
Ah! Satan! Arrière! Ma chair brûle!

THAÏS
Ose venir, toi qui braves Vénus!

ATHANAËL
Je meurs!

THAÏS
(rires stridents)
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

ATHANAËL
Thaïs!

THAÏS
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

ATHANAËL
Viens! Viens! Viens! Thaïs!

(Rires stridents de Thaïs dont l'image disparaît
subitement. Le ciel s'éclaircit. Une vision nouvelle
montre à Athanaël le jardin du monastère d'Albine. à
l'ombre d'un grand figuier, Thaïs est étendue immobile.
Autour d'elle sont agenouillées les filles blanches du
monastère.)

ATHANAËL
(Apercevant la Vision: avec un cri
d'épouvante, et reculant)
Ah!

(Les voix placées assez loin. On doit
chanter fort. Effet très doux.)

LES VOIX
Une Sainte est près de quitter la terre,
Thaïs d'Alexandrie va mourir! Thaïs va mourir!

(La Vision s'efface.)

ATHANAËL
(avec égarement répétant les paroles
entendues pendant la vision)
Thaïs va mourir! Thaïs va mourir!

(avec une passion furieuse)

Alors, pourquoi le ciel, les astres, la lumière?
A quoi bon l'univers? Thaïs va mourir!
Ah! la voir encore! Le revoir, la saisir, la garder!
Je la veux! Je la veux
Je vais te reprendre! Je vais te reprendre?

(en délirant)

Sois à moi! Sois à moi! A moi! A moi!
Sois à moi! Sois à moi!

(Il s'élance et disparaît dans la nuit. Fin de tableau.
La musique continue jusqu'au changement. Obscurité
complète. Nuages envahissants. éclairs sinistres.
Tonnerre.)

Troisième Tableau

(Le jardin du monastère d'Albine. A l'ombre d'un grand
figuier, Thaïs est étendue, immobile, comme morte. Ses
compagnes et Albine sont autour d'elle.)

LES FILLES BLANCHES
(Les Filles blanches à genoux, les mains jointes,
autour de Thaïs; presque murmuré)
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!
Effacez mon iniquité selon votre miséricorde!

ALBINE
(A part, contemplant Thaïs)
Dieu l'appelle et, ce soir,
la blancheur du linceul aura voilà ce pur visage!
Durant trois mois, elle a veillé, prié, pleuré...
Son corps est détruit par la pénitence,
mais ses péchés sont effacés!

LES FILLES BLANCHES
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!

(Athanaël, très pâle, très troublé paraît à l'entrée du
jardin. Ayant été aperçu par Albine, il contient de suite
son émotion et s'arrête humblement. Albine est allée au
devant de lui avec respect. Les filles blanches forment
un groupe qui tout d'abord dérobe à Athanaël la vue
de Thaïs.)

ALBINE
(A Athanaël)
Sois le bienvenu dans nos tabernacles,
à père vénéré!
Car sans doute tu viens pour bénir cette sainte
que tu nous a donnée?

ATHANAËL
Oui, Thaïs!

ALBINE
Ayant fait ce que ton esprit pur lui commanda de
faire, voici qu'elle va voir l'éternelle lumière!

(Les compagnes de Thaïs s'étant écartées,
Athanaël aperçoit Thaïs.)

ATHANAËL
Thaïs! Thaïs!

(Athanaël, écrasé de douleur, est tombé
prosterné. Albine et les Filles blanches
s'éloignent de quelques pas.)

LES FILLES BLANCHES
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!

(Athanaël s'est traîné sur le genoux et se trouve
près de Thaïs à laquelle il tend les bras.)

ATHANAËL
Thaïs!

THAÏS
(ouvre les yeux et regarde Athanaël avec douceur)
C'est toi, mon père!
Te souvient-il du lumineux voyage
lorsque tu m'as conduite ici?

ATHANAËL
J'ai le seul souvenir de ta beauté mortelle!

THAÏS
Te souvient-il de ces heures de calme
dans la fraîcheur de l'oasis!

ATHANAËL
Ah! Je me souviens seulement de cette soif
inapaisée dont tu seras l'apaisement...

THAÏS
Surtout te souvient-il de tes saintes paroles
en ce jour où par toi j'ai connu le seul amour!

ATHANAËL
Quand j'ai parlé je t'ai menti!

THAÏS
Et la voilà l'aurore!

ATHANAËL
Je t'ai menti!

THAÏS
Et les voilà les roses de l'éternel matin!

ATHANAËL
Non! Le ciel... Rien n'existe...
Rien n'est vrai que la vie et que l'amour des âtre...
Je t'aime!

THAÏS
Le ciel s'ouvre! Voici les anges et les prophètes...
et les saints! Ils viennent avec un sourire,
les mains toutes pleines de fleurs!

ATHANAËL
Entends-moi donc... Ma toute aimée!

THAÏS
(elle se lève tout à fait)
Deux séraphins aux blanches ailes planent
dans l'azur, et comme tu l'as dit,
le doux consolateur posant
sur mes yeux ses doigts de lumière!
Ah! en essuie à jamais les pleurs!

ATHANAËL
Viens! tu m'appartiens! O ma Thaïs!
Je t'aime... Je t'aime! Thaïs!
Ah! Viens! Dis-moi: je vivrai! Je vivrai!

THAÏS
Le son des harpes d'or m'enchante!
De suaves parfums me pénètrent!
Je sens une exquise béatitude,
Ah! Ah! Une béatitude endormir tous mes maux!

ATHANAËL
O Thaïs! Ma Thaïs!
O ma Thaïs, tu m'appartiens!
Thaïs! Thaïs! Je t'aime!
Viens! Thaïs! Ah! Viens! Viens!

THAÏS
Ah! le ciel! Je vois... Dieu!

(Elle meurt)

ATHANAËL
Morte!
Pitié!


PRIMER ACTO


Primera Escena

(El desierto de Tebas. Las chozas
de los cenobitas en la orilla del Nilo)

(El día aún no ha terminado. Doce cenobitas y el
anciano Palemón están sentados en torno a una
mesa. En el centro, Palemón preside la frugal
comida. Una silla está vacía, la de Athanael)

UN CENOBITA
¡He aquí el pan,...

OTRO
... y la sal,...

OTRO
... y el hisopo!

OTRO
¡He aquí la miel,...

OTRO
... y aquí el agua!

PALEMÓN
(se levanta, con fervor)
Cada mañana el cielo envía al jardín su gracia
bajo la forma del rocío.
Bendigamos a Dios por los bienes que nos da
y recemos para que nos mantenga en su paz.

LOS 12 CENOBITAS
(6 tenores y 6 bajos; casi murmurando)
¡Que los demonios negros del abismo
se aparten de nuestro camino!

UN CENOBITA
(rompiendo el silencio)
Extiende, Señor, sobre nuestro hermano Athanael, 
la fuerza de tu brazo!

VARIOS CENOBITAS
¡Athanael, Athanael! ¡Hace mucho que falta!
¿Cuándo regresará?

OTROS
¿Cuándo?

PALEMÓN
(Misterioso)
Su regreso está próximo.
Esta noche he tenido un sueño,
done lo veía dirigirse hacia nosotros....

CENOBITAS
¡Athanael es un elegido por Dios!
¡Se aparece en sueños!

(Athanael aparece; avanza despacio
como si estuviera agotado y apesadumbrado.)

¡Aquí está! ¡Aquí está!

ATHANAEL
(se sitúa entre ellos; apenado)
¡La paz sea con vosotros!

PALEMÓN, CENOBITAS
¡Salud, hermano!

(Todos se apresuran a rodearle)

La fatiga te agota... el polvo cubre tu frente...
Toma asiento entre nosotros... ¡Come!... ¡Bebe!

(Athanael se desploma sobre la silla
y rechaza la comida que le ofrecen)

No... Mi corazón está lleno de amargura...
¡Regreso lleno de pena y aflicción!

(sombrío, avergonzado y hablando para sí)

¡La ciudad ha sucumbido al pecado!
Una mujer... Thaís... ¡extiende el oprobio!
A través de ella el infierno nos gobierna.

LOS 12 CENOBITAS
(curiosos)
¿Quién es Thaís?

ATHANAEL
(saliendo de su estupor)
¡Una infame sacerdotisa del culto a Venus!

(Athanael se levanta lentamente para dirigirse a
sus compañeros; habla como como acordándose
de un pasado lejano)

¡Ay! Cuando todavía yo era un niño, antes que
la gracia hubiera despertado en mi corazón,

(sombrío y más agitado)

¡La conocí... la conocí!
Un día, lo confieso para mi vergüenza,
me detuve ante su maldito atrio.
Dios me protegió de esa cortesana
y encontré la calma en este desierto...
¡Maldigo el pecado que hubiera podido cometer!
¡Ah! ¡Mi alma está inquieta!
La vergüenza de Thaís y el mal que ella extiende
me causan una amarga pena,

(muy agitado)

Quisiera ganar ese alma para Dios.
Sí, quisiera ganar ese alma para Dios.
¡Para Dios! ¡Para Dios!

PALEMÓN
Nosotros nunca nos relacionamos
con las gentes mundanas, hijo mío.
Temer las tentaciones del espíritu
nos enseña la sabiduría eterna.

(Comienza a oscurecer lentamente.)

La noche se acerca, recemos y durmamos.

LOS 4 CENOBITAS
(Con devoción)
Recemos.

(Todos rezan con recogimiento;
la cabeza inclinada y las manos juntas)

Que los negros demonios del abismo
se aparten de nuestro camino.

(siempre con recogimiento, se alejan
lentamente sin dejar de rezar para
retirarse cada uno a su choza)

Señor, bendice el pan y el agua,
bendice los frutos de nuestros jardines.
¡Danos un sueño apacible
y el reposo tranquilo!

(Desaparecen. Athanael se acuesta en una
alfombra ante su choza con la cabeza apoyada
sobre un pequeño leño; la manos unidas)

ATHANAEL
(solo, en la oscuridad)
¡Oh! Señor, pongo mi alma
en tus manos...

(se duerme)

(Noche casi cerrada. La tierra parece
dormida en una dulce beatitud)

Visión

(Envuelto en la niebla aparece el interior del
teatro de Alejandría. Un gentío inmenso en las
gradas. Delante está el escenario en el que
Thaís, medio desnuda y con un velo en la cara,
representa los amores de Afrodita. Thaís,
actuando ante los espectadores, está vuelta
de espaldas al público. Enormes muestras
de entusiasmo que se prolongan hasta el final.
Puede distinguirse, aunque vagamente, el nombre
de Thaís que ruge la gente. La aclamación se
detiene... La aclamación vuelve a aumentar. La
actuación se acentúa por momentos. La visión
desaparece de golpe. El día vuelve poco a poco)

ATHANAEL
(que se ha despertado, se levanta;
con miedo y cólera)
¡Vergüenza! ¡Horror! ¡Tinieblas eternas!
¡Señor! ¡Señor! ¡Ayúdame!

(postrándose en el suelo)

Tú, que has dotado a nuestras almas de piedad,
buen Dios, alabanza a Ti.
He comprendido la enseñanza de la oscuridad.

(Se incorpora con entusiasmo)

¡Me encaminaré a su encuentro!
Porque quiero liberar a esa mujer
de las cadenas de la carne.

(exaltándose cada vez más)

¡Los ángeles desde el cielo la
miran con tristeza!
¡No es también ella el soplo de tu aliento?
¡Oh, Señor! ¡Oh, Señor!
¡Ah! ¡Cuándo más culpable es,
más la compadezco!
¡Yo la salvaré! ¡Señor!
¡Déjamela, déjamela, Señor!
¡Te la devolveré para la vida eterna!

(llamando los monjes que regresan caminando
despacio y se colocan alrededor de él.)

¡Hermanos! ¡Hermanos! ¡Levantaros!
¡Levantaros todos, venid, venid!
Me ha sido revelada una misión.
Es preciso que regrese a la ciudad maldita...
Dios no quiere que Thaís se hunda
todavía más en el abismo del mal.
¡He de devolvérsela a Él!

(Athanael se inclina ante Palemón
que le otorga la venia para poder partir)

PALEMÓN
(a Athanael, con una expresión
tranquila de un tierno reproche)
Hijo mío, no nos relacionamos con las gentes.
¡Esa es la sabiduría eterna!

(Los cenobitas que han rodeado Athanael
le acompañan hasta el camino; después
se arrodillan en grupos hasta que la voz de
Athanael se pierde en el vacío del desierto)

LA VOZ DE ATHANAEL
(desde lejos)
¡Espíritu de luz y gracia,
arma mi corazón para el combate!

LOS 12 CENOBITAS
Arma su corazón para el combate...

ATHANAEL
Y hazme fuerte como el arcángel.

LOS 12 CENOBITAS
Y hazlo fuerte como el arcángel...

ATHANAEL
(más lejano todavía)
Contra los encantos del mal...

LOS 12 CENOBITAS
Arma su corazón...

ATHANAEL
Arma mi corazón...

LOS 12 CENOBITAS
Arma su corazón...

ATHANAEL
(muy lejos)
...para el combate.

LOS 12 CENOBITAS
Contra los encantos del mal.

Segunda Escena

(Terraza de la mansión de Nicias en Alejandría)

Preludio

(Desde la terraza se ve la ciudad y el mar;
grandes árboles le dan sombra. A la derecha hay
un enorme tapiz tras el que se encuentra la sala
preparada para el banquete. Aparece Athanael
despacio; se sitúa al fondo; un siervo se levanta
cuando lo ve y se dirige hacia él.)

UN SIERVO
(bruscamente)
¡Vete, mendigo, busca tu vida en otra parte!
Mi señor no recibe a los perros como tú.

ATHANAEL
(con suavidad)
Hijo, haz por favor lo que te pido.
Soy amigo de tu señor y
quiero hablarle ahora.

EL SIERVO
(levantando su bastón)
¡Fuera de aquí, mendigo!

ATHANAEL
(resuelto, pero calmado)
Golpea si quieres,
pero avisa a tu señor.
Ve.

(Ante la mirada y la actitud de Athanael, el
siervo retrocede, se inclina y desaparece en
la casa. Athanael queda solo contemplando
por un instante la ciudad desde la terraza)

¡E ahí la ciudad temible.
¡Alejandría! ¡Alejandría!
La ciudad donde yo nací en pecado.
Esplendorosa atmósfera donde respiré
el horrible perfume de la lujuria.
Allí está el mar voluptuoso, donde oí cantar
a la sirena de ojos de oro.
Sí, allí está la cuna de mi cuerpo terrenal.

(muy expresivo)

¡Alejandría! ¡Oh, mi patria! ¡Mi cuna, mi patria!
He expulsado del corazón mi amor por ti.
Te odio por tu riqueza.
Te odio por tu ciencia y tu belleza.
¡Te odio! ¡Te odio!
Y ahora te maldigo como templo
mancillado por espíritus impuros.
¡Venid, ángeles del cielo! ¡Aliento divino!
¡Venid! ¡Venid, ángeles del cielo, aliento divino!
Perfumad, batiendo vuestras alas,
el aire impuro que me rodea.
¡Venid, ángeles del cielo! ¡Aliento divino!
¡Venid! ¡Aliento divino, ángeles del cielo, venid!

CROBE, MYRTA
(risas de Crobe y Myrta en el interior de la casa)
¡Ja, ja, ja!

(Aparece Nicias y avanza cogiendo de los
hombros a Crobe y Myrta, dos bellas
esclavas sonrientes.)

(riendo a carcajadas)

¡Ja, ja, ja!

NICIAS
(ve a Athanael, se detiene, y deja a Crobe y
Myrta; luego, al reconocerlo, corre hacia él
con los brazos abiertos)
¡Athanael! ¿Eres tú?
¡Mi condiscípulo, mi amigo, mi hermano!

(feliz y sonriente)

¡Oh! Sí, te reconozco, aunque ciertamente
pareces más una bestia que un hombre.
¡Abrázame... sé bienvenido!
¿Has dejado el desierto? ¿Has regresado?

ATHANAEL
¡Oh, Nicias, sólo vengo por un día,
por una hora!

NICIAS
Dime qué deseas.

ATHANAEL
(con tranquilidad)
Nicias, ¿tú conoces a esa actriz,
a Thaís, la cortesana?

NICIAS
(riendo)
Puedes estar seguro que la conozco bien.
A decir verdad, es mi amante...

(con intención)

¡por un día más!
Por ella he vendido mis viñas,
mis últimas tierras y mi último molino;
le he compuesto tres libros de elegías;
pero todo eso no ha servido de nada.
Quisiera retenerla, pero pierdo el tiempo;
su amor es ligero y huidizo como un sueño.
¿Qué esperas de ella?

ATHANAEL
(con decisión)
¡Quiero encaminarla hacia Dios!

NICIAS
(estallando de risa)
¡Ja, ja, ja! ¡Pobre amigo mío! Evita ofender
a Venus, de la que ella es sacerdotisa.

ATHANAEL
(con seguridad)
Quiero encaminarla a Dios.
Arrancaré a Thaís de estos amores inmundos
y se la daré por esposa a Jesús.
Para entrar en un convento
Thaís me seguirá hoy.

NICIAS
(susurrando a Athanael y riendo)
Evita ofender a Venus, la poderosa diosa.
Ella puede vengarse.

ATHANAEL
Dios me protegerá.

(sin alterarse)

¿Dónde puedo encontrar a esa mujer?

NICIAS
(sonriendo)
¡Aquí mismo!
Por última vez ella cenará conmigo,
¡la última cena alegre!
Actúa hoy, pero cuando salga del teatro,
vendrá aquí.

ATHANAEL
Amigo, préstame alguna de tus túnicas
con la que pueda acudir dignamente
a ese banquete que hoy le ofrecerás.

NICIAS
¡Crobe y Myrta!
Apresuraos a preparar a mi buen Athanael.

(Myrta da una palmada y entra un esclavo al
que ella da una orden; sale y regresa con otros
esclavos llevando un cofrecillo del que Crobe y
Myrta sacan los atuendos que servirán para
vestir a Athanael. También sacan un espejo de
metal en el que, riendo, le muestran su cara)

CROBE, MYRTA
(riendo)
¡Ja, ja, ja!

(Nicias y Athanael se han sentado
y departen amigablemente.)

NICIAS
(a Athanael)
¡Te veo tan elegante como antes!

CROBE, MYRTA
(riendo)
¡Ja, ja, ja!

ATHANAEL
(a Nicias)
Sí, lucharé contra el infierno
con sus mismas armas.

(Mientras Athanael continua charlando con
Nicias, Crobe y Myrta empiezan a derramar
perfumes sobre su cabeza y a arreglarle los
cabellos y la barba)

NICIAS
(riendo)
¡Filósofo orgulloso! El alma del hombre es frágil.

CROBE, MYRTA
(siempre riendo)
¡Ja, ja, ja!

ATHANAEL
No temo al orgullo si el cielo me guía.

CROBE
(a Myrta, aparte)
Es joven.

MYRTA
(a Crobe, aparte)
Y guapo

CROBE
(riendo)
¡Ja, ja, ja!

MYRTA
(riendo)
¡Ja, ja, ja!
¡Pero su barba es un poco basta!

CROBE
Sus ojos despiden llamas.

MYRTA
Esta cinta le sienta bien.

CROBE, MYRTA
Querido sátrapa, aquí están tus brazaletes.

MYRTA
Tus anillos.

CROBE
Déjame tu brazo.

MYRTA
Tus dedos

CROBE, MYRTA
(aparte)
¡Es joven y guapo!
Sus ojos despiden llamas.
¡Es joven y guapo!

MYRTA
(continúan vistiéndole)
¡Ahora la ropa!

CROBE
(halagadora)
¡Fuera este negro cilicio!

ATHANAEL
(se levanta para zafarse de las muchachas)
¡Ah, mujeres, eso nunca!

(Crobe y Myrta, al principio asustadas
por el brusco rechazo de Athanael, regresan
calmadamente hacia él)

MYRTA
¡De acuerdo!

CROBE
¡De acuerdo!

CROBE, MYRTA
(poniéndole una ropa bordada
por encima de su túnica)
Oculta tus rigores bajo esta blanda ropa.

(riendo a carcajadas)

¡Ja, ja, ja!

NICIAS
(a Athanael, con familiaridad, sonriendo)
No te ofendas por sus burlas,
no bajes los ojos ante ellas.
Más bien, admíralas.

CROBE
(aparte, riendo)
Es guapo como un joven dios.
Y si Dafne le encontrara...
Su recatada virtud se humanizaría.

MYRTA
(aparte, riendo)
Es guapo como un joven dios.
Y si Dafne le encontrara... se humanizaría.
Estoy segura.

ATHANAEL
(para sí mismo, con calma)
¡Espíritu de luz,
arma mi corazón para el combate!

(Ellas siguen acicalándolo.)

MYRTA
Permite que te calcemos estas sandalias de oro.

CROBE
Déjate untar las mejillas con este perfume.

NICIAS
(A Athanael)
No te ofendas por sus burlas,
no bajes los ojos ante ellas.
Más bien, admíralas. ¡Admíralas!
No te ofendas.
Sé feliz.

CROBE, MYRTA
(aparte)
Es guapo como un joven dios.
Y si Dafne le encontrara...
su recatada virtud se humanizaría.
Es guapo. Como un dios.
¡Ah, es guapo como un joven dios!

ATHANAEL
(para sí)
¡Espíritu de luz,
arma mi corazón para el combate!
¡Arma mi corazón contra los encantos,
los encantos del demonio!
¡Contra los encantos del demonio! ¡Del demonio!

(Aclamaciones sonoras, prolongadas y lejanas.
Al ruido de las aclamaciones, Nicias se ha
dirigido a la terraza y mira hacia la ciudad.)

NICIAS
(dirigiéndose a Athanael sonriendo)
¡Ten cuidado! Ahí está tu terrible enemiga.

(Un grupo de actores y otro de filósofos,
amigos de Nicias, aparecen en la terraza
precediendo por unos instantes la llegada
de Thaís.)

ACTORES, FILÓSOFOS
(8 sopranos, 6 tenores, 6 bajos;
Crobe y Myrta todos con veneración
respetuosa)
¡Thaís! ¡Hermana de los Karites!

ACTORES
¡Rosa de Alejandría!

FILÓSOFOS
¡Bella silenciosa!

ACTORES, FILÓSOFOS
¡Thaís! ¡Objeto del deseo! ¡Thaís! ¡Thaís! Thaís!

NICIAS
(a Thaís)
¡Querida Thaís!

(invita a sus amigos a reunirse
en la sala del banquete)

¡Hermodore! ¡Aristóbulo! ¡Callicratos! ¡Dorión!
¡Mis huéspedes! ¡Amigos míos!

(Todos se reúnen en la sala donde
los esclavos han colocado alfombras)

¡Los dioses sean con vosotros!

(Nicias retiene suavemente a Thaís cuando ella
se dispone a seguir a sus amigos a la sala del
banquete. Nicias se sienta; Thaís está cerca de
él. Ella se queda en pie y responde con una
sonrisa amarga e irónica al deseo de Nicias,
que la contempla con amor, pero con tristeza.)

THAIS
Soy Thaís, el frágil ídolo que viene
por última vez a sentarse a tu florida mesa.
Mañana no será para ti más que un nombre.

NICIAS
Nos hemos amado una larga semana...

THAIS
Nos hemos amado una larga semana...

NICIAS
No me arrepiento del tiempo pasado juntos.
Ahora te marcharás...
libre, lejos de mis brazos...

THAIS
Libre... lejos de tus brazos...
Pero esta tarde
pasaremos unas horas gozosas.
No le pidamos nada más a esta noche,
tan sólo un poco de loca y divina embriaguez.

THAIS, NICIAS
Mañana, mañana, mañana,
no seré para ti más que un nombre.

THAIS
(con amargura)
¡Ah! Mañana, no seré para ti
nada más... que un nombre.

(Algunos filósofos, entre los que se
encuentra Athanael, salen del salón debatiendo
sesudamente y se dirigen lentamente hacia la
terraza. Athanael, que se ha separado del grupo,
permanece inmóvil, en una actitud severa
mientras mira a Thaís.)

THAIS
(a Nicias)
¿Quién es ese extraño que me observa
con mirada amenazante?
No lo he visto nunca en nuestras comidas.
¿De dónde viene? ¿Quién es?

NICIAS
(en voz baja y sin darle importancia)
Un filósofo de alma insensible.
Un solitario del desierto.

(con ironía)

Ten cuidado, está aquí por ti...

THAIS
(con malicia)
¿Qué es lo busca? ¿Amor?

NICIAS
No hay ninguna debilidad humana
que pueda debilitar su corazón.
Te quiere convertir a su santa doctrina...

THAIS
¿Qué es lo que predica?

ATHANAEL
El desprecio de la carne, el amor por el dolor
y la penitencia austera.

THAIS
(tras haberlo mirado un largo rato
con sonrisa incrédula)
¡Vete! ¡Sigue tu camino! Sólo creo en el amor
y ningún otro poder tendrá influencia en mí.

(Los filósofos detienen su debate y se dirigen
hacia Thaís. Los invitados, avisados por las
esclavas, han abandonado el salón del
banquete y se unen con un sentimiento de
sorpresa y curiosidad a Thaís y a Nicias.)

ATHANAEL
(encolerizado)
¡Ah! ¡No blasfemes! ¡No, no blasfemes!

(Todo el mundo rodea a Thaís y a Nicias. Thaís
se dirige seductoramente a Athanael -inmóvil y
sombrío - con una sonrisa maliciosa.)

THAIS
(a Athanael, con picardía irónica)
¿Qué te hace tan severo
y por qué ocultas el fuego de tus ojos?
¿Qué triste locura te lleva a evitar tu destino?
Estas hecho para amar, ¡qué grande es tu error!
Estas hecho para saber, ¿qué te confunde tanto?
Tú no has apurado la copa de la vida.
No has deletreado la sabiduría del amor.

(con encanto y seducción)

Siéntate con nosotros, coronado con rosas.
Nada hay más cierto que amar, ¡amar!

ACTORES, FILÓSOFOS
Siéntate con nosotros, coronado con rosas.
Nada hay más cierto que amar, ¡ama!

ATHANAEL
(impetuosamente)
¡No! ¡No, odio esta falsa embriaguez!
Por ahora callo, pero iré, pecadora,
iré a tu palacio a llevarte la salvación.
¡Venceré al infierno triunfando sobre ti!

THAIS, NICIAS
ACTORES, FILÓSOFOS
Siéntate con nosotros, coronado con rosas.
Nada hay más cierto que amar, ¡ama!

ATHANAEL
¡Iré a tu palacio!

THAIS, NICIAS
Coronado con rosas,
nada hay más cierto que amar.

THAIS, NICIAS
ACTORES, FILÓSOFOS
¡Tiende tus brazos al amor!

ATHANAEL
(desde el fondo)
Iré a tu palacio a llevarte la salvación.

THAIS, NICIAS
ACTORES, FILÓSOFOS
(riendo)
¡Ah! ¡Atrévete a venir, tú que desafías Venus!

THAIS
(Se prepara para representar la escena
de los amores de Afrodita, provocadora)
¡Atrevete a venir, tú que desafías Venus!

(Unas esclavas se disponen a desvestir a
Thaís. Athanael huye horrorizado)



SEGUNDO ACTO


Primera Escena

(Casa de Thaís que aparece acompañada por un
pequeño grupo de actores que, a un gesto de ella,
se marchan muy lentamente, cansados)

THAIS
(ya sola, mostrando cansancio y amargura)
¡Ah! ¡Sola, por fin sola!
Los hombres no muestran otra cosa
que indiferencia y brutalidad.

(más marcado)

La mujeres son rencorosas...
y las horas tediosas...
Mi alma está vacía...
¿Dónde encontrar reposo?
¿Cómo obtener la felicidad?

(soñolienta, toma un espejo y se mira en él)

¡Ah, espejo fiel, tranquilízame!
Dime que soy bella
y que seré eternamente bella. ¡Eternamente!
Que no se desvanecerá el rosado de mis labios,
que nada empañará el oro puro de mis cabellos.
¡Dímelo! ¡Dímelo!
¡Dime que soy bella que seré bella para siempre!
¡Eternamente!
Seré bella eternamente.

(poniéndose en pie y escuchando como
si una voz le hablara desde la oscuridad.)

¡Ah, calla, voz despiadada! Voz que me dices:

(con tristeza)

Thaís, tú envejecerás. ¡Envejecerás!
Un día, por tanto, Thaís,

(con espanto)

ya no serás Thaís.

(recuperando la calma)

¡No! ¡No, no lo puedo creer!

(dirigiéndose a la imagen de Venus)

¡Tú, Venus,
dime si soy bella!
¡Dime si seré bella eternamente!
Venus, invisible pero presente;
Venus, maga de la oscuridad.
¡Venus! ¡Responde! ¡Respóndeme!
Dime que soy bella y que seré eternamente bella.
¡Eternamente!
Que no se desvanecerá el rosado de mis labios,
que nada empañará el oro puro de mis cabellos.
¡Dímelo! ¡Dímelo! ¡Dime que soy bella
y que seré eternamente bella. ¡Eternamente!
¡Ah! Seré bella
eternamente.

(al ver a Athanael, que ha entrado sin que
ella lo perciba, se dirige a él con seducción)

Extranjero, estás aquí,
tal y como lo habías dicho...

ATHANAEL
¡Señor! ¡Señor!
Haz que su rostro radiante
se oculte ante mí.
Haz que la fuerza de sus encantos
no triunfe sobre mi voluntad.

THAIS
(con una sonrisa cautivadora)
¡Vamos, habla!

ATHANAEL
Dicen que ninguna mujer puede compararse a tí,
y es por eso que te he querido conocer,
porque, viéndote,
he entendido cuan glorioso
sería vencerte.

THAIS
Tus cumplidos son grandes; tu orgullo es mayor.
Presuntuoso... ¡ten cuidado de mi amor!

ATHANAEL
¡Ah! Te amo, Thaís, y quiero decírtelo.
Pero mi amor hacia ti no es como tú lo entiendes.
Yo te amo en espíritu, te amo de verdad.
Te prometo más que placeres y sueños
de una breve noche.
La felicidad que hoy te propongo
no terminará nunca. ¡Nunca! ¡Nunca!

THAIS
(irónica y riendo)
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!
Muéstrame, pues, ese amor maravilloso.
El amor no tiene más que un lenguaje: los besos.

ATHANAEL
Thaís, no te burles.
El amor que yo predico es el amor desconocido.

THAIS
Amigo, llegas tarde...
Conozco todos los placeres.

ATHANAEL
El amor que conoces sólo engendra vergüenza.
El que yo te propongo es el único glorioso.

THAIS
Me parece temerario ofender a tu anfitriona.

ATHANAEL
Ofenderte.
No aspiro más que a conquistarte para la verdad.

(con entusiasmo creciente)

¿Quién me inspirará discursos incendiarios
que harán que mi respiración, ¡oh, cortesana!
funda tu corazón como una vela?
¿Quién podrá entregarte a mí?
¿Quién convertirá mi palabra en un Jordán
cuyas olas prepararán
tu alma para la vida eterna?

THAIS
¡Para la vida eterna!

ATHANAEL
¡Para la vida eterna!

THAIS
De acuerdo... muéstrame... ese amor...
misterioso... te obedezco...
Soy tuya...

(Thaís, con una espátula de oro, toma unos
granos de incienso de una copa y los pone
en un incensario.)

ATHANAEL
(Para sí)
Una agitación malsana se abre paso en mi mente.
¡Señor! ¡Señor!
Haz que su rostro radiante
se oculte ante mí.

(El incienso envuelve a Thaís y a la imagen
de diosa. Athanael la mira turbado, mientras ella
susurra sonriendo una especie de encantamiento
misterioso.)

THAIS
¡Venus, invisible pero presente!

ATHANAEL
¡Piedad, Señor!

THAIS
¡Venus, maga de la oscuridad!
¡Venus, fulgor del cielo y blancura de la nieve!
¡Venus, desciende y reina!
¡Esplendor! ¡Voluptuosidad! ¡Dulzura!

ATHANAEL
(rezando con ardor)
Haz que la fuerza de sus encantos
no triunfe sobre mi voluntad.
¡Señor!
¡Piedad!

(recuperando el dominio sobre sí mismo,
se arranca la ropa prestada bajo la que
ocultaba su cilicio.)

Soy Athanael, monje de Antinópolis.
Vengo del santo desierto y maldigo la carne,
maldigo la maldad que te posee.
Estoy aquí, ante de ti,
como ante una tumba, y te digo:
¡Thaís, levántate, levántate!

THAIS
(arrojándose a los pies de Athanael)
¡Ah!
¡Piedad! ¡No me hagas daño!
¡Habla! ¿Qué quieres? ¡No!
¡Ah! ¡Por piedad, cállate! Calla, por piedad.
Yo no he podido escoger
ni mi destino ni mi naturaleza.
No es culpa mía que yo sea bella.
¡Piedad! ¡No me hagas morir!
¡Ah! Temo mucho a la muerte.
¡No me hagas morir! ¡Piedad!
¡No me hagas daño!
¡Piedad! ¡Piedad! ¡No, no me hagas morir!

ATHANAEL
¡No, ya te lo he dicho: vivirás la vida eterna!
Sé la amada y la esposa de Cristo,
del que fuiste enemiga.

THAIS
¡Ah, siento cómo se refresca mi alma!
¡Me estremezco y me siento transformada!
¡Ah, qué poder el suyo!

VOZ DE NICIAS
(lejana, pero acercándose)
Thais, ídolo frágil,
quiero por última vez...

THAIS
(con repulsión)
¡Nícias!

VOZ DE NICIAS
Quiero el amor de tus dulces labios...

THAIS
Mi alma ya no me pertenece.
¿Amarme?... Él jamás ha amado a nadie,
sólo ama el placer.

VOZ DE NICIAS
(más cerca)
Mañana, ya no será para ti más que un nombre.
Nada más... que un nombre.

ATHANAEL
(A Thaís)
¿Lo oyes?

THAIS
De acuerdo, ve,
dile que detesto a todos los ricos,
a todos los felices.
Que me olvide ¿Comprendes? Dile que le odio.

ATHANAEL
Mañana te espero en el atrio de tu casa.

THAIS
Ya no soy Thaís, Thaís la cortesana.
No creo en nada y nada quiero ya:
Ni a él, ni a ti, ni a tu Dios.

(estallando en risas)

¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

(entre lágrimas y sollozos)

¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

(El telón cae lentamente. La música
continua hasta la próxima escena.)

Interludio: Meditación religiosa

Segunda Escena

(Plaza ante la casa de Thaís. Aún no es de día.
Bajo el pórtico, en primer plano, una estatuilla
de Eros en un pedestal. Ante la imagen, una
lámpara. La luna aún ilumina la plaza. Al pie
del pórtico, Athanael, recostado en el suelo. Al
fondo, a la derecha, una mansión en la que se
encuentran Nicias y sus amigos de francachelas.
Las ventanas de la mansión están iluminadas.
Se escucha tenuemente música festiva. Thaís
aparece, toma la lámpara, y la levanta para
ver la plaza. Desciende los peldaños. Ve
Athanael y va hacia él)

THAIS
Padre, Dios ha hablado por tu boca. Aquí estoy.

ATHANAEL
Thaís, Dios te esperaba.

THAIS
(continua con voz baja, con humildad)
Tu palabra ha penetrado en mi corazón como
un bálsamo divino. He rezado. He llorado.
Una luz brillante ha iluminado mi alma
que ha visto el vacío que proporciona el placer.
Vengo hacia ti tal y como has ordenado.

ATHANAEL
¡Valor, hermana! El descanso llega por fin a ti.

THAIS
¿Qué debo hacer?

ATHANAEL
No lejos de aquí, hacia occidente,
hay un monasterio donde las mujeres elegidas
viven como ángeles, en un recogimiento perfecto;
en la pobreza, para que Jesús las ame;
humildes, para que él las cuide;
castas, para que las tome por esposas. Allí te llevare.
Te consagraré a Albina, su piadosa superiora.

THAIS
¡Albina, hija de césares!

ATHANAEL
Y la sirvienta más pura de Cristo.
Allí te encerrará en una celda pequeña
hasta que Jesús vaya a liberarte.
¡Ve! No lo dudes. Él vendrá en persona,
y qué emoción sentirás en la carne de tu alma
cuando se posen sobre tus ojos
sus dedos luminosos
para enjugar tus lágrimas.

THAIS
(alegre)
¡Llévame padre mío!

ATHANAEL
¡Sí!
Pero antes destruye todo lo fue impuro, Thaís,
tus palacios, tus riquezas, todo lo que
revele tu deshonra. ¡Quémalo todo, destrúyelo.

THAIS
Que así sea, padre.

(Va hacia su casa y se detiene, con una
sonrisa, ante la estatuilla de Eros)

No quiero guardar nada de mi pasado,
nada... excepto esto...

(tomando y llevando en sus brazos
la imagen que muestra a Athanael)

Esta imagen de marfil, este niño,
es un trabajo antiguo y bonito, es Eros.
¡Es el amor!
Piensa, ¡oh, padre mío!
que no debemos tratarle cruelmente.
El amor es una virtud escasa.
Yo he pecado, no por él, sino contra él.
¡Ah! No lloro por haberlo tenido como maestro,
sino por haber malinterpretado su voluntad.
Él prohíbe
que una mujer se entregue
a quien no viene en su nombre,
es por esto que hay que honrarlo.
Tómalo y llévalo a algún monasterio,
para los que lo vean miren hacia Dios,
ya que el amor nos eleva al pensamiento celeste.
Cuando Nicias me amaba, me la regaló.

ATHANAEL
(con un estallido de cólera)
¡Nicias! ¡Nicias! Maldigo el origen ponzoñoso
de este regalo. ¡Que sea destruido!

(toma la estatuilla y la arroja violentamente
al suelo partiéndose en mil pedazos)

Y todo el resto: ¡a las llamas, al abismo!
¡Ven, Thaís! Que todo esto que fuiste tú
se convierta en polvo y se olvide eternamente.

THAIS, ATHANAEL
Todo lo que fuera mío (tuyo)
se convierta en polvo
y se olvide eternamente. ¡Ven! ¡Ven!

(Cuando Thaís y Athanael entran en la casa,
aparecen Nicias y los personajes de la segunda
escena que llegan felices, en grupo, desde la casa
del fondo. Nicias los conduce algo aturdido por
la embriaguez.)

NICIAS
(en voz alta, a todos)
¡Seguidme, amigos! ¡La noche no ha terminado!
¡Venid! ¡Venid!
He ganado en el juego treinta veces
lo que pagué por la belleza de Thaís.
¡Divirtámonos, pues, otro poco más!

CROBE, MYRTA
AMIGOS DE NICIAS
¡Un rato más! ¡Más! ¡Evohé! ¡Evohé!

NICIAS
(a los siervos)
¡Llamad a las bailarinas orientales,
a los encantadores de serpientes y a los músicos!

(a sus amigos)

Que la aurora nos encuentre bailando,
jugando y cantando.
¡Encendamos las antorchas!

CROBE, MYRTA
AMIGOS DE NICIAS
¡Encendamos antorchas
hasta avergonzar al sol!

NICIAS
¡Que pongan gruesas alfombras aquí!
¡A mi lado, Crobe; y tú, Myrta!

NICIAS, CROBE
MYRTA, AMIGOS
¡Evohé! ¡Evohé!

NICIAS
¡No hay nada más cierto que la vida!
¡Nada es más sabio que la locura!

(Rápidamente se han ejecutado las ordenes de
Nicias, el cual se tumba perezosamente sobre los
cojines dispuestos por sus siervos. Alrededor de
él, Crobe, Myrta y todos sus amigos)

Ballet

Divertimento 1 (allegro vivo)

Divertimento 2 (danza oriental)

Divertimento 3 (allegro brillante)

Divertimento 4 (allegretto con spirito)

Divertimento 5 (vals)

Divertimento 6

NICIAS
(aparece una hechicera)
¡He aquí la incomparable!

(a Crobe)

Toma la lira, Crobe,

(a Myrta)

¡y tú la cítara, Myrta!
¡Entonad juntas el canto a la Belleza!

(La Hechicera baila. Crobe y Myrta cantan
y acompañan con sus instrumentos a la
Hechicera que, lentamente, ejecuta unos
ligeros pasos, mezclando con el canto de
las esclavas sus gritos iniciáticos)

CROBE, MYRTA
¡Es más bella que la reina de Saba,
que bailaba sobre espejos!

LA HECHICERA
(cantando y bailando)
¡Ah!

CROBE, MYRTA
Y de la sombra de sus velos
salen los ecos de su voz,
como si fueran flechas de fuego.

LA HECHICERA
(siempre cantando y bailando)
¡Ah!

CROBYLE, MYRTALE
¡Su piel es de de ámbar pálido!
¡Va etérea,
como un ídolo impasible!
¡Va!

LA HECHICERA
(cantando y bailando)
¡Ah!

CROBE, MYRTA
¡Atrapa, acaricia!
Su mirada ata como una cadena,
esa bella mirada, lánguida,
que cautiva a los hombres.
Sin conocer su poder,
ella atrapa,
acaricia,
tiene un encanto mortal.

LA HECHICERA
(cantando)
¡Ah!

Divertimento 7 (Final)

CORO
¡Evohé! ¡Evohé! ¡Evohé! ¡Evohé!

(Athanael, aparece en el atrio de la casa
con una antorcha encendida en la mano)

NICIAS
(sorprendido y contento)
¡Eh! ¡Es él, Athanael!

CROBE, MYRTA, AMIGOS
¡Athanael!

NICIAS CROBE
MYRTA, AMIGOS
(con ironía)
¡Salud, sabio entre los sabios!
¡Thaís ha desarmado tu razón?
¡Ah! ¡Ah! ¡Ved su cara gloriosa!

(estallando en carcajadas)

¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

ATHANAEL
(tirando la antorcha que se apaga en el suelo)
¡Ah! ¡Callaos! Thaís es la esposa de Dios,
ya no tiene nada que ver con vosotros.
La Thaís infernal está muerta para siempre.
¡Tenéis ante vosotros a la nueva Thaís!

(Thaís aparece con el pelo revuelto y una
túnica de lana. Sus esclavas la siguen afligidas,
mirando hacia la casa desde donde asciende
una humareda ligera que se convertirá pronto
en el resplandor de incendio y llamaradas.
El gentío atraído por los gritos y las risas,
invade la plaza poco a poco.)

ATHANAEL
(a Thaís)
Ven, hermana, huyamos para siempre de aquí.

MULTITUD (1er Grupo)
(Crobe y Myrta y las sopranos,
se interponen)
¡Jamás! ¡No! ¡Jamás! ¡No!
¡Llevársela! ¿Qué dice? ¡No! ¡Jamás! ¡No!

MULTITUD (2º Grupo)
AMIGOS DE NICIAS
¡Llevársela! ¿Qué dice? ¡No! ¡Jamás!
¡Llevársela! ¿Qué dice? ¡No!

THAIS
Lo que dice es cierto.

NICIAS
¡Thaís! ¿Nos abandonarás? ¿Es posible?

(Nicias agarra a Thaís por el brazo.)

ATHANAEL
(arrebatándosela)
¡Impío! ¡Teme a la muerte si la tocas!
¡Ella es sagrada, pertenece a Dios!

(pretende marcharse con ella)

¡Abrid paso!

NICIAS, MULTITUD
¡No! ¡No! ¡No!

ATHANAEL
¡Paso!

NICIAS, MULTITUD
¡No! ¿Qué quiere de ella este hombre?
¡Que vuelva al desierto!

(un pequeño grupo amenaza a Athanael)

¡Vete! ¡Bestia!
¡No nos quitarás a Thaís!...

NICIAS
(suplicando Thaís)
¡Thaís! ¡No te vayas, quédate!
¡Oh, Thaís! ¡No te vayas, quédate!

MULTITUD (1er Grupo)
¡Eh! ¿De quién viviremos ahora?

(Las mujeres señalan la casa incendiada.)

¡Ah! ¡Mis collares, mis joyas!
¡Eh! ¿Quién nos las pagará?
¿Para qué sirven las leyes?
¡Se nos llevan a Thaís!
¡Que se quede!
¡Y a él, que lo apaleen!
¡A los cuervos! ¡A la horca!
¡A la alcantarilla! ¡A los cuervos!

MULTITUD (2º Grupo)
¡Mis ropas, mis caballos!
¡Eh! ¿Quién nos los pagará?
¡Para qué sirven las leyes?
¡Se nos llevan a Thaís!
¡Que se quede!
¡Y a él, que lo apaleen!
¡A los cuervos! ¡A la horca!
¡A la alcantarilla! ¡A los cuervos!

MULTITUD (Mujeres)
¡Las llamas! ¡El incendio! ¡Las llamas!
¡El palacio arde!

UNO DE ENTRE LA MULTITUD
(tirando una piedra a Athanael en la frente)
¡Toma, sátiro, para ti!

MULTITUD
(risas)
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

THAIS, ATHANAEL
(uno al lado del otro, en pie, calmados, mirando 
a la turba amenazadora. El incendio se aviva.)
¡Ah, muramos si esta es nuestra hora!
Compremos en un instante la felicidad eterna,
¡paguémosla con nuestra sangre!

NICIAS
¡Ah! ¡Piedad! ¿Quédate con nosotros, Thaís!
¡No te marches! ¡Quédate, por favor!

MULTITUD
(risas, todos le tiran piedras)
¡Ja!

(con terror)

¡Fuego, el incendio! ¡A muerte! ¡Arde el palacio!
¡El infame! ¡A muerte! ¡A muerte!

NICIAS
(defendiendo Thaís contra el gentío)
¡No! ¡No! ¡No!

(intentando interponerse)

¡Parad! ¡Por los dioses!
¡Esto os apaciguará!

(Nicias toma su bolsa y arroja oro a
puñados. La multitud se precipita sobre
el oro y se lo disputan a gritos.)

MULTITUD
¡Oro!

NICIAS
(a Athanael y a Thaís)
¡Marchaos!
¡Adiós, Thaís! En vano me olvidarás,
pues tu recuerdo será el perfume para mi alma.

THAIS
¡Ah! ¡Adiós para siempre!

NICIAS
¡Hasta nunca, adiós!

ATHANAEL
(tomando a Thaís)
¡Vámonos, para siempre!

(Nicias tira oro otra vez. Nuevo clamor popular. 
Athanael y Thaís huyen. El palacio se derrumba.)

MULTITUD
¡Oro!



TERCER ACTO


Primera Escena

(Un oasis con palmeras y pozo. En primer
plano un refugio para los viajeros. Más al
fondo, al borde de la arena quemada por el sol,
las blancas celdas del cenobio de Albina.
El sol está muy alto. Bajo las palmeras algunas
mujeres llegan en silencio, bajan al pozo, suben
y se alejan. Thaís y Athanael aparecen.)

THAIS
(exhausta, apenas se sostiene)
El sol ardiente me aplasta
como una carga demasiado pesada.
¡Ah! Sucumbo al peso del día.
Detengámonos!

ATHANAEL
¡No! ¡Sigue andando!
¡Rompe tu cuerpo, destruye tu carne!

THAIS
Padre, tienes razón. Mi tortura
la ofrezco al divino redentor.

ATHANAEL
El arrepentimiento por sí mismo, no purifica.
Este cuerpo perfecto que has entregado
a los paganos, a los infieles,
¡a Nicias!
Dios lo ha creado para
que se convierta en su tabernáculo.
Y ahora... que sabes... la verdad,
ya no puedes unir tus labios,
no puedes cruzar tus manos,
sin sentir asco de ti misma.
¡Vamos! ¡Expía tus pecados!

THAIS
Padre, tienes razón.

ATHANAEL
¡Arrepiéntete!

THAIS
(con temor)
¿Estamos aún lejos de la casa de Dios?

ATHANAEL
¡Camina!

THAIS
(vacilante)
¡No puedo más ! Perdón, padre venerado.

(Va a desfallecer pero él la sostiene en sus
brazos, luego la sienta en la sombra. La mira
callado un instante. De pronto, la expresión de
su rostro se suaviza.)

ATHANAEL
¡Ah! gotas de sangre
caen de sus pies blancos.
La piedad conmueve mi alma.
Pobre niña, pobre mujer.
He llevado esta prueba muy lejos.
¡Perdóname, oh, hermana!

(Se postra llorando y besa
los pies sangrantes de Thaís.)

¡Oh, santa Thaís! ¡Oh, santa,
muy santa Thaís!

THAIS
Tus palabras son dulces como la aurora.
¡Vayámonos inmediatamente!

ATHANAEL
(reteniéndola con suavidad)
Todavía no.
El agua fresca y los frutos
te devolverán las fuerzas... espera...
bajaré al pozo... iré a pedir
hospitalidad al refugio.
¡Mira allí, están celdas blancas!
Es el convento de Albina, adonde vamos.
El destino está cerca. ¡Espera aquí, te lo ruego!

(se aleja lentamente y se dirige hacia el refugio;
luego, llevando frutas en una cesta, baja al pozo
con un cuenco de madera.)

THAIS
(sola)
¡Oh, mensajero de Dios, bueno en tu rudeza,
bendito seas, que me has abierto el cielo!
Mi carne sangra
pero mi alma esta contenta.
Una brisa ligera calma mi frente ardiente.
Más fresca que el agua de la fuente,
más dulce que un panal de miel,
tu pensamiento está conmigo, dulce y saludable,
y mi espíritu, apartado de la tierra,
vuela ya en esta inmensidad.
Venerado padre, ¡bendito seas!

(Athanael regresa con el agua y los frutos.)

THAIS
Humedece con agua mis manos y mis labios,
dame de estos frutos, dame de estos frutos.
Humedece con agua mis manos y mis labios,
mi vida es tuya, mi vida es tuya.
Dios te la ha confiado.
Te pertenezco,mi vida es tuya.
Dios te la ha confiado.

ATHANAEL
Humedece con agua tus manos y tus labios,
prueba estos frutos, prueba estos frutos.
Humedece con agua tus manos y tus labios,
tu vida es mía, tu vida es mía.
Dios me la ha confiado.
Me perteneces, tu vida es mía.
Dios me la ha confiado.

(Thaís, tras haber bebido, eleva el
cuenco, sonriendo, a Athanael.)

THAIS
¡Ahora bebe tú!

ATHANAEL
¡No! Verte revivir,
me parece más dulce todavía...

THAIS
Todo me embriaga...

ATHANAEL
Creo que has eliminado tu pecado...

THAIS
¡Oh, divina bondad!

ATHANAEL
¡Oh, dulzura increíble!

THAIS
Humedece con agua mis manos y mis labios,
dame estos frutos, dame estos frutos.
Te pertenezco, mi vida es tuya.
Dios te la ha confiado.
¡Mi vida es tuya!

ATHANAEL
Humedece con agua tus manos y tus labios,
prueba estos frutos, prueba estos frutos,
Me perteneces, tu vida es mía.
Dios me la ha confiado.
¡Tu vida es mía!

VOCES
(lejanas)
Pater noster, qui es in coelis,

THAIS
¿Quién viene?

VOCES
Panem nostrum quotidianum da nobis.

ATHANAEL
(que ha ido a mirar y regresa)
¡Ah, Providencia divina!
Aquí está la venerable Albina y sus hermanas
que traen pan negro del convento.
Vienen hacia nosotros y rezan mientras caminan.

LAS VOCES
(más cercanas)
Et ne nos inducas in tentationem,
sed liberanos a malo.

(Albine y sus acompañantes llegan.)

ATHANAEL
¡Amen!

(a Albina)

La paz del Señor sea contigo, santa Albina.
Traigo a tu colmena divina una abeja,
por la gracia del Altísimo,
encontrada perdida en un camino sin flores.
En la palma de mi mano, frágil, la he tomado.
Con mi aliento la he calentado
y te la entrego para consagrarla a Dios.

ALBINE
¡Así sea!

ATHANAEL
Yo ya no puedo hacer más.

ALBINE
(toma a Thaís en sus brazos
y la estrecha maternalmente)
Ven, hija mía.

ATHANAEL
He completado mi obra.
Adiós, Thaís, permanece en la celda estrecha,
haz penitencia y ruega por mí, cada hora.

THAIS
Beso tus caritativas manos
y lloro por despedirme de ti...
a ti, que me has entregado a Dios.

ATHANAEL
¡Oh, palabras conmovedoras!

(Cada vez más exaltado, para sí)

¡Oh, lágrimas adorables!
Bienaventurada la pecadora ganada
para el eterno amor.
¡Qué belleza en su cara!
¡Qué fulgor de alegría emana de sus ojos!

THAIS
¡Adiós, hasta siempre!

ATHANAEL
¿Para siempre?

THAIS
Nos encontraremos en la ciudad celeste.

ALBINA, MONJAS
¡Amen!

(Todas se alejan. Athanael las sigue
con la mirada como en un sueño.)

ATHANAEL
(solo)
Camina lentamente entre sus hermanas blancas;
las palmeras inclinan sus ramas
como si fueran a refrescar su frente;
y los días, y los años pasarán...
sin que la vuelva a ver.
¡No la veré más!
¡No la veré más!

(Apoyado en su bastón, mira con ardor
el camino que ha tomado Thaís.)

Segunda Escena

(Desierto de Tebas. Chozas de cenobitas en
la ribera del Nilo. Cielo rojizo a occidente. En
el aire se aprecian amenazas de tormenta. Los
cenobitas acaban de cenar y miran al cielo
con un terror vago. Rachas violentas de viento.
Aullidos de chacal y rugidos de león a lo lejos)

LOS 12 CENOBITAS
¡Qué plomizo está el cielo!
¡Qué letargo abruma todo!

SEIS CENOBITAS
(bajos)
Se oye el aullido del chacal en la lejanía.

(tenores)

El viento soltará sus hordas rugientes...

LOS 12 CENOBITAS
(relámpagos enormes y truenos en la distancia)
... con el trueno y el relámpago.

PALEMÓN
(a los cenobitas que se apresuran a trabajar
según las indicaciones de Palemón)
¡Llevad dentro de las chozas
el grano y los frutos!
Una noche de tormenta los dispersaría.

UN CENOBITA
¿Y Athanael?... ¿Quién lo ha visto?

PALEMÓN
Hace ya veinte días que ha vuelto, hermanos,
pero creo que no ha comido, ni bebido.
El triunfo que ha conseguido sobre el infierno
parece que le ha destrozado el cuerpo y el alma.

(Athanael aparece con la mirada perdida, aire
esquivo y con aspecto de estar muy cansado)

LOS CENOBITAS
¡Allí viene!

(Athanael pasa en medio de
ellos como si no los viera.)

UN GRUPO
Su mente está ausente.

OTRO GRUPO
Su mente se encuentra con Dios.

1er GROUPE
(alejándose)
Respetemos su silencio.

2o GROUPE
(alejándose)
Dejémosle solo...

1er GROUPE
Dejémosle solo...

ATHANAEL
(a Palemón)
Permanece junto a mi; es preciso que confiese 
la confusión de mi alma
a tu alma serena.
Tú sabes, Palemón, que he reconquistado el alma
de aquella que fue la impura Thaís.
Un orgullo alegre siguió al triunfo
y regresé a este desierto de paz.
Pues bien, la paz ha muerto para mí.
En vano he flagelado mi carne,
en vano la he castigado.
Un demonio me posee.
Estoy obsesionado por la belleza de esa mujer.
¡No veo más que a Thaís, Thaís. Thaís.!
Más que eso, no es ella,
es Elena y Frine, es Venus y Astarté,
todos los esplendores y voluptuosidades
en una sola criatura.
¡No veo más que a Thaís, Thaís. Thaís!

(Cae como aplastado por la vergüenza
a los pies de Palemón.)

PALEMÓN
(con delicadeza, poniendo la
mano en la cabeza de Athanael)
No te había dicho:
"Hijo mío, nosotros no nos relacionamos
nunca con las gentes mundanas.
Temamos las trampas del espíritu."
¡Ah! ¿Por qué nos dejaste? ¿Por qué?
¡Que Dios te ayude!

(Palemón le abraza y se aleja.)

¡Adiós!

(Athanael se arrodilla y estira los
brazos en cruz. Reza, callada y
fervientemente; luego, extenuado,
cae dormido. Sueña con Thaís que llega
y se sitúa en pie junto a él)

THAIS
¿Qué te hace tan severo y por qué ocultas
el fuego de tus ojos?

ATHANAEL
¡Thaís!

THAIS
¿Qué triste locura te lleva a evitar tu destino?
Estas hecho para amar,

(sonriendo)

qué grande es tu error.

ATHANAEL
¡Ah! ¡Satán! ¡Atrás! ¡Mi carne arde!

THAIS
Atrévete a acercarte, tú que desafías a Venus.

ATHANAEL
¡Me muero!

THAIS
(con risa estridente)
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

ATHANAEL
¡Thaís!

THAIS
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

ATHANAEL
¡Ven! ¡Ven! ¡Ven! ¡Thaís!

(Risas estridentes de Thaís. Desaparece la
visión. El cielo se ilumina. Otra visión muestra
a Athanael el jardín del monasterio de Albina.
A la sombra de una higuera se encuentra tendida 
Thaís, rodeada por las mojas del monasterio 
arrodilladas.)

ATHANAEL
(Al ver la visión da un grito
de espanto y va hacia atrás)
¡Ah!

(Unas voces muy lejanas cantan.
El efecto es muy dulce.)

LAS VOCES
Una santa va a abandonar la tierra,
Thaís de Alejandría va a morir. ¡Morirá!

(La visión desaparece.)

ATHANAEL
(violentamente, repitiendo las palabras
que acaba de escuchar)
¡Thaís va a morir! ¡Thaís morirá!

(con una pasión furiosa)

Entonces, ¿para qué el cielo, las criaturas, la luz?
¿Para qué el universo? Thaís morirá.
¡Ah! ¡Volverla a ver, abrazarla, mirarla!
¡La quiero! ¡La quiero!
¡Quiero recuperarte! ¡Quiero recuperarte!

(jadeante, casi delirando)

¡Quiero que seas mía! ¡Mía, mía!
¡Quiero que seas mía! Mía!

(Corre y desaparece en la noche. Fin de la
escena. La música sigue hasta la próxima
escena. Oscuridad total. Nubes invaden el
cielo. Relámpagos siniestros, truenos.)

Tercera Escena

(El jardín del monasterio. Bajo la sombra de una
higuera, Thaís está tendida en el suelo, inmóvil,
sus compañeras y Albina alrededor)

LAS HERMANAS BLANCAS
(Las hermanas blancas están de rodillas 
alrededor de Thaís con las manos unidas)
Señor, que vuestra bondad se apiade de mí.
Que vuestra misericordia elimine mi iniquidad.

ALBINA
(aparte, mirando a Thaís)
Dios la llama y, esta tarde, la blancura
del sudario cubrirá este rostro puro. Durante tres
meses, ella ha estado en vela, rezando, llorando...
su cuerpo ha sido destruido por la penitencia,
sus pecados han sido olvidados.

LAS HIJAS BLANCAS
Señor, que vuestra bondad se apiade de mí.

(Athanael, muy pálido y turbado, llega a la
entrada del jardín. Al verlo, Albina sale a su
encuentro y se detiene ante él respetuosamente.
Las hermanas blancas forman un grupo que,
inicialmente, ocultan a Athanael la vista de
Thaís.)

ALBINA
(a Athanael)
Sé bienvenido a nuestros tabernáculos,
padre venerado.
Porque sin duda vienes a bendecir
a esta santa que nos has dejado.

ATHANAEL
¡Sí, Thaís!

ALBINA
Habiendo hecho lo que tu alma pura le ordenó,
ella se dispone a ver la luz eterna.

(Al apartarse, las compañeras de Thaís
permiten que Athanael la vea)

ATHANAEL
¡Thaís! ¡Thaís!

(Athanael, aplastado por el dolor, cae
postrado. Albina y las hermanas blancas
se alejan unos pasos.)

LAS HERMANAS BLANCAS
Señor, que vuestra bondad se apiade de mí.

(Athanael se arrastra de rodillas hasta situarse
junto a Thaís, tomándola en sus brazos)

ATHANAEL
¡Thaís!

THAÍS
(abre los ojos y mira dulcemente a Athanael)
¡Eres tú, padre mío!
¿Recuerdas nuestro viaje luminoso
cuando me trajiste aquí?

ATHANAEL
¡Sólo recuerdo tu belleza!

THAIS
¿Recuerdas aquellas dulces horas...
y la frescura del oasis?

ATHANAEL
¡Ah! Sólo recuerdo aquella sed
insatisfecha que sólo tú podías aplacar...

THAIS
¿Recuerdas tus santas palabras el día
en que tú me enseñaste el amor verdadero?

ATHANAEL
Lo que te dije no era cierto.

THAIS
¡Ha llegado la aurora...

ATHANAEL
¡Te mentí!

THAIS
… y las rosas de la mañana eterna!

ATHANAEL
¡No! El cielo... nada existe...
nada hay más cierto que la vida y el amor...
¡Te amo!

THAIS
El cielo se me abre con sus ángeles,
sus profetas... y sus santos, que llegan sonrientes
con las manos rebosantes de flores.

ATHANAEL
Escúchame ahora... mi amada.

THAIS
(se incorpora completamente)
Dos serafines con alas blancas
vuelan en el azur y, como me dijiste,
¡colocan sus dedos luminosos
sobre mis ojos,
para enjugar mis lágrimas!

ATHANAEL
¡Ven! ¡Me perteneces! ¡Oh, mi Thaís!
¡Te quiero! ¡Te amo, Thaís!
¡Ah, ven! Dime: ¡Viviré! ¡Viviré!

THAIS
El sonido de las arpas de oro me hechiza.
Suaves perfumes me envuelven.
Siento una felicidad suprema.
Una felicidad que hace que olvidar mis penas.

ATHANAEL
¡Oh, Thaís! ¡Mi Thaís!
¡Oh, Thaís, me perteneces!
¡Thaís! ¡Thaís! ¡Te amo!
¡Ven, Thaís! ¡Ah! ¡Ven! ¡Ven!

THAIS
¡Ah, el cielo! ¡Veo... a Dios!

(Muere)

ATHANAEL
¡Muerta!
¡Piedad!



Digitalizado y traducido por:
Luis Pinet 2013