PROLOGUE
SILENE
Accourez, accourez, Divinités des Bois,
Dont les oreilles attentives
Ont entendu plus d’une fois,
Sur ces sauvages rives,
Bacchus enseignant ses lois.
Satyres, mêlez vos voix
A celles des nymphes craintives.
Chantez avec moi, chantez en tous lieux:
Bacchus est le plus grand
et le plus doux des Dieux.
CHOEUR DE FAUNES, DE SATYRES, ETC.
Chantons, répétons en tous lieux :
Bacchus est le plus grand
et le plus doux des Dieux.
VENUS
Qu’ai-je entendu, Silène, et quelle injure
Osez-vous faire à mon Fils?
Venez, Grâces, Amours,
charmes de la Nature,
Faites que sur Bacchus il remporte le Prix,
Que son nom brille ici
d’une gloire plus pure.
Avec moi chantez en tous lieux :
Amour est le plus grand
et doux des Dieux.
CHOEUR D’AMOURS,
DES GRACES
ET DE PLAISIRS
Chantons, répétons en tous lieux :
Amour est le plus grand
et le plus doux de Dieux.
SILENE
Bacchus est insurmontable;
Il soumet tout le monde, en le rendant content.
VENUS
L’Amour est-il moins redoutable,
Et son Empire moins charmant?
SILENE
De Bacchus sans danger
on éprouve les charmes;
Il ne fait point aux mortels
Acheter ses dons par des larmes.
Il mérite seul des autels.
VENUS
L’Amour dans ses tourments
fait retrouver des charmes.
C’est pour le bonheur des mortels
Qu’il leur faire répandre des larmes.
Il mérite seul des autels.
CHOEUR DE SYLVAINS ET D’AMOURS.
Chantons, répétons en tous lieux :
Bacchus
est le plus grand des Dieux.
Apollon va descendre, écoutons, taisons-nous.
APOLLON
D’où vient que la Discorde, allumée entre vous,
A deux divinités qui vont si bien ensemble,
Veut inspirer des sentiments jaloux?
Pour le bonheur du monde
il faut qu’on les rassemble;
Je veux les unir à jamais.
Que tour à tour ces dieux
se cèdent la victoire.
Je reconnois que le soin de ma gloire
M’engage à maintenir une si douce paix.
CHOEUR DE DIVINITÉS.
Il faut nous unir à jamais.
Que tour à tour ces
dieux
se cèdent la victoire.
Le plus brillant des
dieux,
pour le soin de sa gloire,
Veut conserver entr’eux une si douce paix.
APOLLON
Pour célébrer cette heureuse journée,
Vous, dont j’anime les concerts
Si fameux dans tout l’Univers,
Consacrez par vos chants l’histoire de Penthée;
Lorsque Bacchus amoureux,
Immolant ce rival à sa gloire offensée,
Se vengea des mépris
d’un
prince audacieux,
Et plaça la beauté qu’il aimoit dans les
cieux.
ACTE I
Scène Première
ERIGONE
(Seule.)
Trop charmant souvenir
de ma première flamme,
Ne retracez plus à mes yeux
Le bonheur innocent, dont l’Amour
en ces lieux
Avoit flatté mon âme.
C’est dans ces bois que le Fils
De Jupiter et de Sémélé
Du plus tendre amour épris,
Me jura mille fois une ardeur éternelle.
Ce mortel né d’un Dieu,
caché dans ce séjour,
Pour moi seule y voyoit le jour;
Tandis que sur son sort Thèbes entière, abusée,
Le croyoit dans le sein de Sémélé embrasée,
Consumé par le feu vengeur.
Mais les injustes Dieux, jaloux de mon bonheur,
Du seul désir de vaincre,
ont enflammé son coeur.
Trop charmant souvenir, etc.
C’est à Penthée en ce jour
Que je dois tout mon amour.
Je ne dois plus penser qu’a me livrer sans peine
Au devoir qui m’entraîne
Vers un Héros qui compte pour ayeux
Les premiers des Mortels
et les plus grands des Dieux.
Mais si mon infidèle
Revenoit en ces lieux,
Qu’il parût à mes yeux
Jaloux de mon amour nouvelle
Et brûlant de ses premiers feux;
Qu’il fléchiroit aisément mon courage!
Qu’avec plaisir je deviendrois volage,
Pour reprendre mes premiers noeuds!
Scène Seconde
(Agavé, Autonoé, Ino, Erigone)
AGAVE
O
haine de Junon, à tout mon sang funeste,
De ce sang malheureux daigne
épargner le reste!
Consens qu’avec mon fils cette Nymphe
en ce jour
S’unisse sous d’heureux auspices,
Et que le Dieu d’Hymen et le Dieu de l’Amour
Se rendent à nos voeux propices.
AUTONOE
Oui, n’en doutez point, ma soeur;
Le bonheur de leur destinée
Va faire votre bonheur;
Je suis et je serai la seule infortunée.
Le Ciel de notre sang
fut-il plus altéré?
Actéon, mon cher fils,
par ses chiens déchirés,
N’a-t’il pas assouvi sa barbare vengeance?
C’est à vous par vos respects,
Et par votre confiance,
À vous attirer ses bienfaits.
ERIGONE, INOAUTONOE
Nous implorons ici vos bontés souveraines:
Venez, venez, grands Dieux,
mettez sin à nos peines.
INO
Le prince porte ici ses pas.
Scène Troisième
(Penthée,
Erigone)
PENTHEE
Je viens soumettre à vos appas,
Adorable Erigone,
Le Sceptre et la Couronne
Qu’acquirent à Cadmus de si fameux combats
De tout l’éclat qui l’environne
Aujourd’hui mon père et mon roi
Veut se priver pour moi.
Mais tant de gloire, un si puissant Empire;
N’est pas le bien où j’aspire.
C’est pour vous que mon coeur brûle,
languit, soupire;
Vous pouvez seule ou combler tous ses voeux,
Ou causer son martyre;
Et je mépriserois ce rang si glorieux,
Si, sans son Diadème,
Ou pouvoit mériter de dire qu’on vous aime.
C’est du don de votre coeur,
Non du pouvoir suprême,
Que j’attends tout mon bonheur.
ERIGONE
Vous aurez sur mon coeur
une entière puissance.
Tout vous assure ici de mon obéissance.
L’Hymen vous y promet une fidèle ardeur;
La gloire et le devoir me soumettent sans peine
Aux lois d’une si douce chaîne.
PENTHEE
Ah! Ne me parlez point de gloire et de devoir.
Ce n’est point à ces Dieux
qu’un Amant sacrifie.
A l’Amour une âme asservie
Met son unique espoir
A ne devoir qu’à lui sa fortune et sa vie.
ERIGONE
Eh, pourquoi vous troublez-vous
D’une frivole crainte?
Quand on dit qu’on suit sans contrainte
Les lois d’un devoir si doux,
C’est vous dire assez qu’on vous aime.
Quel bonheur!
Quelle gloire extrême!
C’est du don de votre coeur,
Non du pouvoir suprême
Que j’attends tout mon bonheur.
PENTHEE
Par qu’elle reconnoissance,
Par quel transport!
ERIGONE
Arrêtez. En ces lieux
Tout le peuple qui s’avance,
Vient implorer pour nous l’assistance des Dieux.
Scène Quatrième
(Cadmus et sa suite)
CADMUS
Vous, qui malgré les fureurs de la guerre,
M’avez suivi dans ces climats,
Et vous, enfants de la Terre
Nés des dents du Dragon
qu’a fut vaincre mon bras.
Peuples, que sous mes lois range la destinée,
J’ai fait choix de Penthée
Pour prolonger le cours de vos félicités.
Du sang des Dieux issu de tous côtes,
D’Echion et d’Agavé il reçut la naissance
De la suprême puissance
Je me démets en sa faveur.
Puisse toujours le plus parfait bonheur
Accompagner ses lois et votre obéissance!
D’Inachus, de vos premiers Rois
Le sang brille dans Erigone
L’Amour de Penthée et mon choix
La placent sur le même trône.
Portez au Ciel de nouveaux voeux :
Voici votre Roi, votre Reine.
Veuille des Dieux la bonté souveraine,
Répandre ses bienfaits et sur nous et sur eux!
CHOEUR
Portons au Ciel de nouveaux voeux :
Voici notre Roi, notre Reine.
Veuille des dieux la bonté souveraine,
Répandre ses bienfaits et sur nous et sur eux!
Que de ce Roi la valeur triomphante
Contraigne la Victoire à marcher sur ses pas,
Que le moindre effort de son bras
Porte à nos ennemis l’horreur et l’épouvante.
PETIT CHOEUR
Qu’Erigone ait pour lui mille nouveaux attraits,
Que du bonheur public ils fassent leurs délices
Et puissions-nous, sous leurs auspices,
Goûter comme eux des biens parfaits!
PENTHEE
Chantez de mes fers
La douceur charmante,
Celle que je sers
Est plus éclatante
Que n’est dans les airs
La clarté brillante
Que Phébus enfante
A tout l’Univers.
CHOEUR
Qu’à la félicité de ces heureux Amans
Toute la Nature conspire!
Que leurs jours, s’il se peur,
et leurs contentements
Soient éternels, ainsi que cet Empire!
CADMUS
Achevons la cérémonie.
Venez, divin Thirésie,
Au nom des Dieux, recevoir les serments
De ces heureux Amans.
THIRESIE
Peuple insensé, Roi téméraire, arrête :
La foudre gronde sur ta tête.
Cet Hymen blesse les Dieux.
S’ils m’ont ravi la lumière des Cieux,
Dans l’avenir ils m’ont permis de lire.
Qu’y vois-je? Que me fais-tu dire,
Dieu, qui t’empare de mes sens?
Contre les Dieux,
quels sont tes efforts impuissants,
Déplorable Penthée?
Que fais-tu, mère infortunée?
Sur ton fils, ô douleur!
Ô dure destinée!
Je frémis : quel sort affreux!
Neptune, prends pitié d’un sang si malheureux.
PENTHEE
Qui t’a séduit, perfide Thirésie,
Pour venir troubler mon bonheur?
Malgré tes Dieux et ta furie,
J’abandonne à l’Amour mon sort
avec mon coeur.
(À Erigone)
De vos yeux seuls mon destin doit dépendre,
Et, si vous y consentez...
AGAVE
Arrêtez, mon fils, arrêtez.
CADMUS
Arrêtez, mon fils, arrêtez.
Ah! Qu’osez-vous entreprendre?
THIRESIE
Puisqu’on n’écoute pas ma voix,
Dieu, qui tiens la Nature asservie à tes lois,
Que le bruit effrayant, que le feu du tonnerre,
Que les éclairs qui divisent les Cieux,
Fassent avec terreur reconnoître à la Terre
Le Souverain des airs, des hommes
et des Dieux.
CHOEUR
Quelle horreur! Quel courroux funeste!
Fuyons, fuyons la vengeance céleste.
ACTE II
Scène
Première
INO
(seule.)
Mer vaste, dont les flots par les vents agités
Font mugir ces écueils des Nochers redoutés,
Ensevelissez dans vos ondes
Ma honte et mes douleurs profondes.
L’Amour, ce tyran de mon coeur,
Sur mon repos et sur ma gloire,
Remporte une indigne victoire.
Un inconnu s’est rendu mon vainqueur
Et pour comble de douleur,
Livrée à cet amour qui m’arrache à moi-même,
Je ne verrai plus ce que j’aime.
Mer vaste, dont les flots par les vents agités
Font mugir ces écueils des Nochers redoutés,
Ensevelissez dans vos ondes
Ma honte et mes douleurs profondes.
Scène Seconde
(Erigone, Ino)
ERIGONE
Je viens sur ce rivage affreux
Chercher dans la rêverie
La seule douceur de la vie
Qui reste aux Amans malheureux.
Je renonce sans peine à la gloire importune
Que dans ce jour m’apprêtoit la Fortune.
Peut-être que des Dieux la suprême bonté,
A mon premier Amant veut conserver mon âme.
INO
Princesse, vous venez sur ce bord écarté
Vous plaindre du destin qui trouble votre flamme.
ERIGONE
Je viens chercher le silence en ces lieux.
Mais vous, dont la jeunesse
Doit ignorer la tristesse, Qu’y venez-vous
chercher? Quel trouble dans vos yeux?
Je les vois remplis de larmes!
INO
Hélas!
ERIGONE
Ah, de l’Amour vous sentez les alarmes!
Le seul des Dieux qui puisse aux jeunes coeurs
Faire verser des pleurs,
Mon coeur, l’éprouve assez,
c’est le Dieu de Cythère.
INO
Oui, ma douleur est trop amère;
Mais dans un profond oubli,
Mon secret enseveli,
Fuira du moins la lumière.
ERIGONE
Ouvrez plutôt votre coeur avec moi.
La peine qu’on déclare en devient plus légère.
Votre amitié vous répond de ma foi.
Ouvrez plutôt votre coeur avec moi.
INO
Puisqu’en vain je voudrois m’obstiner à me taire,
Dès mes folles ardeurs apprenez le mystère.
Du Dieu d’Amour je méprisois les traits;
Le seul plaisir de la chasse
Avoit pour moi des attraits:
Lorsque d’un cerf suivant la trace,
J’entendis au fond de ce bois
Les accents d’une divine voix.
Je cherche de ces sons l’auteur en ce désert.
J’aperçois sous un lierre vert,
Que couvroit une grotte obscure,
L’objet le plus parfait de toute la Nature.
Sa présence éclairoit ce lieu;
C’étoit sans doute un Dieu.
La dépouille d’un tigre en faisoit la parure;
Un pampre vert nouoit sa chevelure.
Plus, radieux que ceux du Dieu du jour,
Ses yeux noirs inspiroient le respect et l’amour.
Mon coeur tressaillit à sa vue.
Je demeure immobile, interdite, éperdue.
Je veux parler, et je reste sans voix.
Il se trouble, il m’évite, il suit au fond des bois.
ERIGONE
O Ciel! Qu’ai-je entendu?
INO
De ce moment funeste,
De ma vie en langueur je conserve le reste.
L’objet que je dois fuir frappe toujours mes yeux,
Il enflamme mon coeur,
et n’est plus dans ces lieux.
Mais que vous êtes agitée?
L’image de ce Héros
Réveille-t’elle quelque idée
Fatale à votre repos?
ERIGONE
Moi? Non, je vous plains;
mais quel prodige nouveau, À
travers tant d’écueils
peut conduire un vaisseau,
INO
Quelle troupe!
Quels sons! De ce bois écarté,
Observons-les en liberté.
Scène Troisième
(Bacchus, Lycus)
BACCHUS
Tu t’étonnes, Lycus,
qu’entre tant de climats,
Où je pourrois faire éclater ma gloire,
Je choisisse un désert pour y fixer mes pas,
Après une illustre victoire.
Le plus puissant des Dieux,
le Dieu maître des coeurs
M’amène dans ces retraites.
De mes premières ardeurs,
De mes félicités parfaites,
Ces bois ont été les témoins :
Ils méritent mes premiers soins.
Je viens chercher Erigone;
Je viens rempli de mon amour,
Mettre à ses pieds la couronne
Des lieux où commence le jour.
LYCUS
Ce désert va bientôt prendre
de nouveaux charmes;
Les peuples à l’envi viendront rendre les armes
À Bacchus le plus grand
et le plus doux des Dieux.
Un seul regard de vos yeux
Donne un air plus riant à toute la Nature,
Et d’une lumière plus pure
Fais briller la voûte des Cieux.
BACCHUS
Ce n’est point comme
un Dieu que je prétends paroître.
J’y viens, pour m’assurer
d’un Coeur, non d’un autel.
Je veux aujourd’hui reconnoitre,
Sous l’apparence d’un Mortel,
Les sentiments d’Erigone
Amour, c’est à toi que mon sort j’abandonne.
J’y prétends, sous le nom de sacrificateur,
Cacher ma grandeur suprême,
Pour jouir du plaisir flatteur
De voir que ce que j’aime
N’aime en moi que moi-même.
Pour attirer les Nymphes de ces bois,
Commençons nos nouvelles fêtes.
D’un nouveau Dieu portons les douces lois
Dans ces heureuses retraites.
CHOEUR
Ce Dieu dompte et charme le monde;
Il rend le Ciel plus pur,
la terre plus féconde.
BACCHUS
Que des climats, où commence le jour,
Jusqu’au rivage où se perd la lumière.
Les habitants des airs annoncent à la terre
Du plus doux des vainqueurs
le paisible retour.
UNE SICILIENNE
(ou
une voix.)
Chantez, oiseaux, chantez le Bonheur des Humains.
D’un Dieu les bienfaisantes mains
Ont enrichi la Nature
D’un don plus précieux que les rayons sereins
Qui répandent partout la clarté la plus pure.
Chantez, oiseaux,
chantez le Bonheur des Humains.
BACCHUS
Vous, Ministres zèles
du Dieu qui nous envois,
Chers compagnons de mes fameux travaux,
Faites part aux Mortels de la nouvelle joie
Qu’inspirent ses présents nouveaux;
Et pour lui marquer votre zèle,
Allez m’attendre au tombeau de Sémélé.
Scène
Quatrième
(Erigone, Bacchus)
ERIGONE
O Ciel! quel spectacle pour moi!
Quels concerts! quel éclat! quelle magnificence!
Je cède à mon impatience.
Est-ce donc vous que je revois,
Cruel, pour qui j’ai versé tant de larmes?
Je ne m’étonne pas
que mes trop foibles charmes,
Dans ces déserts n’aient pu vous retenir :
Mais de ce tendre amour,
notre unique pensée,
Qui ne devoit jamais finir,
Avez-vous pour toujours banni le souvenir?
L’image en est-elle effacée?
BACCHUS
Erigone, que dites-vous?
Je ne cherche que vous en ce lieu solitaire.
Je borne mes désirs au bonheur de vous plaire.
Animé d’un espoir si doux,
Aux plus lointains climats j’ai cherché la victoire;
Et j’ai voulu me rendre par ma gloire
Digne de votre coeur.
Des Indes à vos pieds, vous voyez le vainqueur
Qui prise moins l’honneur
D’une conquête si belle,
Que la charmante douceur
De vous retrouver fidèle.
ERIGONE
Que ce retour,
que cet amour m’est cher!
Que je frémis du danger
Où vous m’avez exposée!
Par un Amant peu sensible et léger,
Je me croyois méprisée.
Le dépit alloit m’engager
Sous les lois de Penthée
Sans le secours des Dieux,
nous étions pour jamais
Séparés l’un de l’autre.
Mais quel destin est le nôtre?
Mon coeur, en vous trouvant,
ne peut trouver la paix.
Un nouveau péril nous menace.
Entouré d’ennemis,
en butte à tous leurs traits,
Des Dieux craignez la disgrâce,
Et des Mortels les forfaits.
BACCHUS
Quelque péril qui m’environne,
Si vous m’aimez toujours,
tout est heureux pour moi.
Mais, quoi! j’allois perdre Erigone!
Un autre étoit donc près de recevoir sa foi!
A quel affreux penser
mon âme s’abandonne!
ERIGONE
Arrêtez, cruel, je le vois,
Votre coeur en secret murmure.
Il est prêt à me faire une mortelle injure.
Mais vous verrez, ingrat, vous verrez dès ce jour,
Où va pour vous l’excès
de mon amour.
Je vous suivrai partout,
dérobez votre tête
A l’orage qui s’apprête.
Partons.
Né de celui qui gouverne les Cieux,
Et cependant mortel, vous n’avez qu’une vie,
Qui par un attentat peut vous être ravie.
Et que deviendrai-je, ô Dieux!
Si...
BACCHUS
Non, le nouveau Dieu,
dont j’annonce les charmes,
Qui protégea mon bras,
finira nos alarmes.
Aimez, aimez -moi toujours;
C’est le moyen d’éterniser mes jours.
ERIGONE
Conservez de si beaux jours,
Je vous promets de vous aimer toujours.
ENSEMBLE.
Aimons, aimons-nous toujours.
Je vous promets d’éternelles amours.
ERIGONE
Non, je ne puis vous quitter qu’avec peine.
Souffrez qu’ailleurs la fortune nous mène;
Et laissez-moi de Penthée en ce jour,
Flatter encore
le trop crédule amour.
Hélas, c’est peut-être un crime
Que je vais commettre pour vous!
Mais tout me paroît légitime
Pour vous garantir de ses coups.
Scène Cinquième
INO (seule.)
Ciel! Qu’ai-je vu?
C’est lui.
C’est ma Rivale
Il l’aime.
De mon amour instruite
par moi-même.
Elle insultera donc à ma trop folle ardeur!
Venez, jalouse fureur,
Emparez-vous de mon âme :
De ces amours renversons le bonheur :
Du feu de la vengeance,
ici que tout s’enflamme.
Et pour leur faire un destin plein d’horreur,
Portez, jalouse fureur,
Portez dans tous les coeurs
ce que ressent mon coeur.
ACTE III
Scène
Première
(Penthée, Erigone)
PENTHEE
Non, je ne veux plus rien entendre :
Mon coeur se livre au désespoir.
Ingrate, vous me laissez voir
Que mon amour n’a plus rien à prétendre.
Tous vos discours sont superflus.
ERIGONEE
Qu’injustement l’Amour se plaît à s’alarmer.
Ce n’est que pour vous trop aimer
Que...
PENTHEE
N’achevez pas, cruelle.
Frappez plutôt mon coeur d’une atteinte mortelle,
Par le sincère aveu que vous ne m’aimez plus;
Ou, pour guérir le trouble
où ce coeur s’abandonne,
Venez, venez monter avec moi sur le trône.
ERIGONE
Oui, ce seroit le comble de mes veux,
Si je pouvois vous rendre heureux.
Mais
est-il temps que notre hymen s’apprête,
Lorsque les Dieux menacent votre tête?
Hélas, s’ils n’en vouloient qu’à moi,
J’affronterois le trépas sans effroi.
C’est pour vous seul que mon amour timide...
PENTHEE
Dites, dites plutôt, perfide.
Que le trône avec moi vous paroît odieux.
Vous prétextez en vain le respect de ces Dieux,
Vains enfants de la crainte,
Par les Mortels placés aux Cieux.
Tout aveugle qu’il est,
mon coeur voit dans vos yeux
L’artifice et la contrainte.
D’où vient ce changement fatal?
Pour un plus heureux Rival
Peut-être craignez-vous ma trop juste colère.
Il en mourroit le téméraire.
Oui, je le jure, avant la fin du jour,
J’éteindrai dans son sang son insolent amour.
ERIGONE
Qu’entends-je?
PENTHEE
Quoi! Vous vous troublez, ingrate?
Il est donc vrai :
quel qu’autre Amant vous flatte.
En quels lieux s’est-il pu cacher,
Cet Amant trop heureux?
Ah! je l’irai chercher
Jusques dans le fond des abîmes.
Un pressentiment douloureux,
Perfide, en ce moment me découvre vos crimes.
ERIGONE
Ingrat, de mon amour, c’est trop vous défier.
Craignez de me contraindre à me justifier :
Les injustes soupçons éteignent la tendresse.
De grâce,
laissez-moi me plaire en ma foiblesse.
Pratiquez de l’Amour les charmantes leçons :
La complaisance est son partage.
S’il se fait obéir,
c’est par de plus doux tons;
S’il règne, c’est par l’esclavage;
S’il enchante les coeurs,
c’est par les tendres sons.
PENTHEE
Ne m’arrêtez pas davantage.
Non, jamais votre coeur ne fut
bien enflammé.
Grands Dieux!
Quel autre objet fut jamais tant aimé?
Vous voulez m’échapper; arrêtez, inhumaine;
Prenez pitié de ma peine :
Vous me trompez peut-être
avec de tels discours.
Eh bien!
oui, j’y consens; mais trompez-moi toujours,
Je remets en vos mains et mon sort
et ma vie.
ERIGONE
Je tremble à tous moments
qu’elle vous foit ravie:
Je crains pour vous, je crains
la colère des Dieux.
Différons un Hymen qui leur est odieux.
Peut-être qu’à la fin le Ciel, moins implacable
A des voeux plus soumis, se rendra favorable.
PENTHEE
Puisque vous le voulez, il faut donc différer
Le seul bien que j’ose espérer.
Mais, par ma complaisance,
ou plutôt ma foiblesse,
Ingrate, connoissez l’excès de ma tendresse.
ERIGONE.
Adieu. Je vais aux pieds de leurs sacrés Autels,
Par des voeux enflammés
fléchir les Immortels.
Scène
Seconde
(Agavé, Penthée)
AGAVE
Le savez-vous, mon Fils, une troupe insensée,
Près du tombeau de Sémélé amassée,
De pampres couronnée
et les thyrses aux mains,
Rend à cette beauté des honneurs
plus qu’humains.
PENTHEE
Il faut aller réprimer cette audace.
AGAVE
Un bruit encore plus fâcheux m’embarrasse.
Cet enfant,
dans le sein de Sémélé formé,
Que par le feu du Ciel nous croyions consumé,
Fut dans un sombre boccage,
Par les Nymphes, dit-on, autrefois enfermé.
Son retour en ces lieux me donne de l’ombrage,
On dit que ce Fils de ma Soeur
Des Indes revient vainqueur;
Et, quoique mêlé de fable,
Ce bruit me paroît redoutable.
Je crains qu’un people léger
Entre deux n’aille se partager.
Scène Troisième
(Agavé, Penthéé, Ino)
INO Je vous cherchois, mon frère;
apprenez qu’en ce jour
Un plus heureux rival vous ravit Erigone
PENTHEE
Faut-il qu’en même temps, ô
Ciel! tout m’abandonne?
INO
Mes yeux sont les témoins de leur perfide amour.
Dès longtemps ce feu prit naissance;
Ils se sont aimés dès l’enfance.
Élevés dans les forêts,
Ils ont avec leurs ans vu croître leur tendresse.
Moi-même, je veux bien avouer ma foiblesse,
Je le vis un moment, et je sentis ses traits.
Depuis, traînant
en tous lieux la victoire,
De l’Inde il a soumis les fertiles climats.
Erigone
l’a vu de l’éclat de sa gloire
Rendre hommage à ses appas
Cachée au fond d’un boccage,
Sur cette rive sauvage, J’ai vu son heureux
retour, Et leur ardent amour.
C’est lui, qui dans ces lieux,
affectant un faux zèle
Attire tout le peuple au tombeau de Sémélé.
INOAGAVÉ, PENTHEE
Il faut, il faut vous / me venger en ce jour
D’un indigne rival et de gloire et d’Amour.
Scène Quatrième
(Agavé, Autonoé,
une bacchante)
AGAVE
À ma juste fureur tout mon coeur s’abandonne;
Non, je n’écoute plus ni pitié ni raison.
Ah! ma soeur,
qui l’eût cru que l’ingrate Erigone,
Lorsque mon fils alloit la placer sur le trône,
Dût l’en récompenser par une trahison?
(On entend une douce Symphonie.)
Mais quelle voix m’invite à de nouvelles fêtes?
Quelle Divinité vole dessus nos têtes?
Où suis-je transportée?
Et par qui?
C’est un Dieu,
C’est un Dieu, c’est un Dieu
qui sur les monts m’appelle.
Divin Bacchus, c’est toi qui règne dans ce lieu.
Je cours au tombeau de Sémélé,
Célébrer ton heureux retour.
Je te suivrai partout,
Dieu plus beau que le jour.
Venez, troupes consacrées
A ses charmantes lois.
CHOEUR
Du même Dieu pénétrées
Nous accourons à ta voix.
AUTONOE
Ô terrible ébranlement
Des fondements de la terre!
Le Palais de Penthée
est frappé du tonnerre.
Bacchus, Bacchus, que ton courroux
Est aux Mortels redoutable!
CHOEUR
Bacchus, Bacchus, que ton courroux
Est aux Mortels redoutable!
PETIT CHOEUR
Bacchus, Bacchus, que ton Empire est doux!
Sous tes pas coule un Nectar délectable.
Les Ris, les Grâces, les Amours
T’accompagnent toujours.
UNE BACCHANTE.
Chantons Bacchus, chantons sa gloire,
Publions-la sur les monts.
Faisons retentir les vallons
Des Hymnes de la victoire.
ACTE
IV
Scène
Première
(Penthéé, Arbas)
PENTHEE
Je brûle d’impatience
De le voir charger de fers,
Cet étranger qui m’offense.
Chaque moment que je perds
Redouble dans mon coeur
l’ardeur de la vengeance.
ARBAS.
Votre vengeance est en vos mains.
Celui, dont vous craignez l’amour
et les desseins;
C’est l’ennemi, l’auteur de vos alarmes,
Lui-même à nos liens
s’est présenté sans armes.
Sscène Seconde
(Penthée, Bacchus)
PENTHEE
Dieux? Qu’est-ce que je sens?
Qu’on apports des fers.
De quels enchantements est-ce que tu te fers
Pour rendre furieux tout un sexe imbécile?
Qui t’a conduit en cette ville?
Quel est ton sort?
BACCHUS
Apprend sans nul détour
Qu’au mont Molus mes yeux virent le jour,
Dans les champs fortunés de la haute Lydie.
PENTHEE
Mais l’entreprise est hardie,
De venir en ces lieux par des cultes nouveaux,
Troubler notre repos.
BACCHUS
Le fils de Jupiter, Bacchus, a ses mystères.
PENTHEE
Quel est ce Jupiter père de nouveaux Dieux?
BACCHUS
Le même qui gouverne et la Terre et les Cieux;
Le même que tu révères;
Qui fut avec Sémélé uni des plus beaux noeuds.
PENTHEE
Ah, dis plutôt, qui vengea par ses feux
L’outrage que Sémélé
avoit fait à sa gloire.
BACCHUS
J’éclaircirois en vain ton esprit soupçonneux :
Tu ne pourrois ne résoudre à me croire.
PENTHEE
Cependant je dois prévenir
Tes dangereux artifices.
Et je saurai te punir.
BACCHUS
C’est pour toi, non pour moi,
que sont faits les supplices.
PENTHEE
Insolent! Tu vas périr.
Qu’il foit chargé de chaînes.
Inventez de nouvelles gênes.
BACCHUS
Va, je ne crains ni la mort,
Ni l’horreur de l’esclavage.
Le Ciel, que ton orgueil outrage,
Te prépare aujourd’hui le plus funeste sort.
Scène
Troisième
(Bacchus, Penthée, Erigone)
ERIGONE
Reçois, Penthée, une victime,
Qui s’offre d’elle-même au plus cruel tourment.
Fais tomber le châtiment
Sur celle qui commit le crime.
C’est moi, que le Héros vient chercher
en ces lieux;
C’est à mes yeux qu’il sacrifie :
Venge-toi de ma perfidie.
N’attire point sur toi la colère des Dieux,
En t’immolant une innocent vie.
PENTHEE
Oui, je vous punirai; mais en vous faisant voir
L’horreur de son juste supplice.
Je vais dans mon désespoir,
En faire à mon amour un sanglant sacrifice.
Venez, Gardes, qu’on le saisisse.
Qu’il soit jusqu’à mon retour
Enfermé dans cette tour.
ERIGONE
Ô Ciel! on me l’arrache. Arrête, barbare.
Ne prétends pas que le mort nous sépare.
Unie à mon Amant, même après le trépas,
Tu me verras sans cesse attachée à tes pas,
Ainsi qu’une furie;
J’irai dans les combats punir ta barbarie.
Il fuit… En ce fatal moment
N’abandonnons pas mon Amant.
GEÔLIERS.
Arrête : de ce lieu de douleur et d’ennuis,
Les tendres pleurs sont bannis.
ERIGONE
Ah! puisque je me puis partager tes douleurs,
C’en est fait, cher Amant,
j’y succombe et je meurs.
PRISONNIERS.
Des malheureux, ô Ciel, écoutez la prière;
Rendez-nous la lumière.
ERIGONE
Par quels sons harmonieux
Mon âme est-elle rappelée?
D’où vient le changement
qui se fait en ces lieux?
Ils n’ont pas moins d’éclat
que la voûte étoilée.
Sans doute le Maître des Dieux
Vient au secours d’un fils qu’il aime!
Mais non, c’est mon Amant lui-même,
Qui n’est pas moins que lui brillant et glorieux.
Scène
Quatrième
(Bacchus, Erigone)
BACCHUS
Reconnoissez quel est votre Amant en ce jour,
Adorable Erigone;
Venez jouir au céleste séjour
De l’éclat qui m’environne.
Sans vous la clarté des Cieux
Me paroîtra languissante;
Et la félicité des Dieux
N’aura rien qui m’enchante.
De l’amour mutuel, dont nos coeurs sont épris,
Venez et me donner et recevoir le prix.
ERIGONE
Pour prix de mon amour,
je ne veux que le vôtre.
Ce n’est point le fort des Dieux
Que je préfère à tout autre;
C’est le don de plaire à vos yeux.
Qu’un Amant immortel est aisément volage!
Que la grandeur est souvent le présage
Du plus affreux malheur!
Grand Dieu, ne cessez point de rassurer
mon coeur, En m’aimant toujours davantage.
BACCHUS
Oui, vous verrez à tous moments
Croître l’ardeur qui m’enflamme :
Ne songez qu’à livrer votre âme
À de nouveaux ravissements.
ENSEMBLE.
Bannissons, bannissons d’une si douce vie
Les soupçons inquiets, les pleurs et les soupirs.
Que notre unique soin et notre unique envie
Soit d’éterniser nos plaisirs.
BACCHUS
Ô vous, par qui j’obtiens
cette illustre victoire,
Amours, rassemblez-vous;
venez chanter ma gloire :
Non celle que dans les combats
M’acquit le pouvoir de mes armes
Mais celle qu’au retour des plus lointains climats,
Je trouve à posséder
Erigone et ses charmes.
CHOEUR
Du plus aimable des Dieux,
Célébrons, célébrons la dernière conquête.
Son amour est victorieux
De la beauté la plus parfaite.
AUTONOE
La félicité du Monde
Est l’objet de ses désirs.
Que dans une paix profonde,
Il goûte tous les plaisirs.
UNE AUTRE.
De ce Dieu qu’Amour enchante,
Les jours seront plus sereins,
Et la liqueur plus touchante
Qu’il répand dans les festins.
BACCHUS
De cette demeure mortelle
Passez avec moi dans les Cieux.
Ces lieux vont devenir le théâtre odieux
De la vengeance cruelle
Du Souverain des hommes et des Dieux.
Scène Cinquième
(Penthée,
Arbas)
PENTHEE
Est-ce une illusion vaine?
Quoi! Mon Rival donc brisé sa chaine;
Le changement de ces lieux
Est-il l’effet d’un art magique?
Parle. Que ta frayeur s’explique.
ARBAS.
Non : mais votre Rival sans doute
est l’un des Dieux.
PENTHEE
Que n’a-t-il osé m’attendre?
Ah! fût-il dans le Ciel, je l’en ferai descendre
Ce lâche ravisseur.
Les Dieux me livreront
ce perfide imposteur.
Je vais… Mais qui m’arrête?
Où suis-je? je m’égare.
Je vois partout la mort
qu’on me prépare.
Où fuir, pour éviter
la pointe de leurs dards?
Deux Thèbes, deux Soleils
s’offrent à mes regards.
Mais je reviens du trouble,
où m’a mis ma colère.
Sur le mont Cithéron courons
chercher ma mère.
ACTE V
Sccène
Première.
(Cadmus, Thirésie, Arbas)
CADMUS
Je frémis, divin Thirésie;
Sans doute, c’est un des Dieux
Que, transporté de jalousie,
Penthée avoit chargé de fers injurieux.
Il vient de les briser, et de monter aux Cieux.
Malgré le poids des années,
Je sens ranimer mes sens.
Maître de nos destinés,
Bacchus, reçois notre encens.
Sois protecteur de ma famille,
Ô Dieu, né de ma fille!
J’oublie avec plaisir ma vieillesse en ce jour.
Agitons nos têtes chenues.
Venez, portons jusqu’aux nues
Le saint nom de ce Dieu,
l’objet de notre amour.
THIRESIE
Que j’aime en vous ces mouvements
Qui confondent des impies
Les aveugles emportements!
CADMUS
Ne mortel, si j’avois mille vies,
Je les consacrerois aux Dieux.
C’est à vous maintenant
de prescrire en quels lieux
Nous devons de Bacchus célébrer les mystères.
Est-ce sur les vertes fougères?
Est-ce sur ce Mont sacré,
Où un d’esprit égaré,
Courent déjà des femmes furieuses,
Que nous devons
porter nos offrandes pieuses?
THIRESIE
Non. De ces femmes la fureur
Est la peine de leur crime.
Je me sens saisi d’horreur,
Quand je pense à leur victime :
Pour fléchir les Dieux ennemis,
Rien n’est de si puissant
que le sincère hommage
D’un coeur à leurs ordres soumis.
En ce moment, Cadmus,
armez-vous de courage.
CADMUS
Ces mots excitent ma terreur.
Ne sont-ils point de quelque grand malheur
Le funeste présage?
Qu’on appelle mon fils, qu’aux pieds
de nos Autels
Il vienne, s’il se peut, fléchir les Immortels.
ARBAS.
Pour calmer les fureurs
d’une troupe insensée;
Près du tombeau de Sémélé amassée
Il a volé le mont Cytheron.
CADMUS
Ah! ma crainte redouble
à ce funeste nom.
Mais je la vois venir, cette troupe emportée.
Évitons-la; venez, allons chercher Penthée.
Scène
Seconde
(Agavé, Ino,
Autonoé)
CHOEUR
Que tout obéisse à nos voix!
Que tout reconnoisse les lois
De ce jeune vainqueur
des climats de l’Aurore!
Que les fleurs qui viennent d’éclore,
Se mêlent aux serpents(7) affreux,
Qui relèvent nos cheveux!
Que tout obéisse, etc.
INO
Bacchus, tu charmes la nature;
Tu dissipes la nuit obscure
Où nous plonge un noir chagrin.
Par un présage divin
De la douceur de ta puissance,
On vit couler à ta naissance
Les flots de lait et vin.
AUTONOE
Des monstres tu domptes la rage.
Tu soutiens une foible courage.
Contre la rigueur des Destins
Ta force est insurmontable.
Aux combats tu n’es pas, Bacchus,
moins redoutable,
Qu’aimable dans les festins.
AGAVE
Tu mis au joug les tigres indociles :
Tu donnes de la force aux bras le plus débiles.
Sur un jeune lion, par ton secours, Bacchus,
Je viens de remporter une illustre victoire.
Où pourrai-je trouver Cadmus,
Pour lui faire part de ma gloire?
De quels lugubres sons
ont retenti ces lieux?
Qui s’avance?
C’est mon père.
De que son visage est sombre,
et son regard sévère?
Une affreuse tristesse est peinte dans ses yeux.
Abandonnez-vous à la joie.
Venez, trop fortunés Thébains.
Ces mains, ces impuissantes mains
Viennent de s’honorer par une illustre proie.
Un jeune et fier lion est tombé sous mes coups;
Je l’ai déchiré moi-même.
Bacchus, divin Bacchus, c’est vous
Qui donnez cette audace
et cette force extrême.
Habitez toujours avec nous.
CADMUS
Que dis-tu, malheureuse?
De quelle victoire fameuse
Viens-tu m’entretenir?
En puissiez-vous perdre le souvenir?
AGAVE
Mon père, contre moi qu’est-ce qui vous
irrite?
Cette noble ardeur qui m’excite
À surmonter les Monstres de ces bois,
Choque-t-elle vos lois?
Non, non, non, non, l’honneur de votre fille
Se répandra sur toute sa famille.
Je cherche Penthée en tous lieux.
Qu’il vienne y prendre part…
CADMUS
Ah! jusqu’à quand tes yeux
Seront-ils obscurcis par un fatal nuage?
A
quelle épreuve, hélas!
Réduis-tu mon courage?
Rentre en toi-même enfin,
et reprends tes esprits.
Ce corps tout déchiré,
Barbare, c’est ton fils.
AGAVE
Mon fils! mon cher fils!
Ò malheureuse mère!
CHOEUR
Ò du Ciel Châtiment sévère!
AGAVE
Des ténèbres enfin je passe à la lumière.
Ma raison… Mais mon fils,
qui l’a donc déchiré?
CADMUS
Jette les yeux sur ton Thyrse sacré.
De quel lion cette dépouille est-elle?
AGAVE
Ô vêtement fatal! Ô vengeance cruelle
Du souverain des Dieux!
Fermez-vous pour jamais, mes yeux.
CHOEUR
Ô douleur! Ô sort déplorable!
Fils malheureux! Mère plus misérable!
Fille, à quel affreux tourment
Te livre ton empressement!
INO
Ciel! Ô Ciel impitoyable!
C’est moi qui fuis seule coupable :
C’est moi, qui dans tous les coeurs,
Ai porté de ma jalousie,
Les détestables fureurs :
Je ne veux plus souffrir la vie.
AUTONOE
Ai-je donc survécu,
grands Dieux, à mes malheurs,
Pour être réservée à de telles douleurs?
AGAVE
Quoi, le Soleil me luit encore!
La lumière que j’abhorre,
Malgré moi vient m’éclairer!
Ah, c’est trop longtemps différer
Un trop juste supplice.
Du Ciel, prévenons la justice.
Courons, malgré les Dieux,
chercher au fond des flots
La mort et le repos.
|
PRÓLOGO
SILENO
¡Acudid,
acudid, deidades del bosque, cuyos
oídos atentos han
escuchado más de una vez, en estas
orillas salvajes a Baco enseñando sus leyes!
¡Sátiros,
mezclad vuestras voces con las de estas ninfas
temerosas! Cantad
conmigo, cantad por todas partes:
¡Baco es
el más grande y
el
más dulce
de los dioses!
CORO DE
FAUNOS, DE SÁTIROS, ETC. Cantemos,
repitamos por todas partes:
¡Baco es
el más grande y
el
más dulce
de los dioses!
VENUS ¿Qué es
lo que oigo, Sileno?
¿Qué injuria osas
hacerle a mi hijo?
¡Venid
Gracias, Amores,
espíritus
de la
naturaleza, haced que
mi hijo le
gane
a
Baco
y
que su
nombre brille con
la
más pura
gloria! Cantad
conmigo por todas partes:
¡Amor es
el más grande y el más dulce de los dioses!
CORO DE
AMORES GRACIAS
Y PLACERES Cantemos,
repitamos por todas partes:
¡Amor es
el más grande y el más dulce de los dioses!
SILENO Baco es
insuperable; somete a
todo el mundo, volviéndolo feliz.
VENUS ¿Es Amor
menos temible? ¿Es su
imperio menos encantador?
SILENO De Baco,
sin peligro, se
vislumbra su belleza; no hace
que los mortales alcancen
sus dones con lágrimas. Solo
merece altares.
VENUS Amor, en
sus tormentos, hace
descubrir encantos. Es para
la felicidad de los
mortales que él
les hace derramar lágrimas. Solo él
merece altares.
SILVANOS, AMORES.
Cantemos,
repitamos por todas partes:
¡Baco
es el más grande de los dioses! Apolo va
a descender, escuchemos, callemos...
APOLO ¿Por qué
la
discordia
entre dos
divinidades
complementarias quiere
inspirarles sentimientos de celos? Por la
felicidad del mundo deben
aliarse de nuevo; quiero
unirles para siempre. Que estos
dioses se cedan
mutuamente la victoria.
La reputación
de mi gloria me obliga
a decretar una dulce paz.
CORO DE
DIVINIDADES.
Debemos
unirnos para siempre. Que estos
dioses se cedan
mutuamente la victoria. El más
brillante de los dioses, por
la reputación
de su gloria, desea
conservar entre ellos una dulce paz.
APOLO Para
celebrar este
feliz
día, vosotros,
cuya concordia animo, consagrad con
vuestro canto
la universalmente
famosa historia de Penteo; cuando
Baco enamorado, inmolando
al rival por su gloria ofendida, se vengó
de los desprecios de un príncipe audaz y puso
a
la
belleza que él amaba, en el cielo.
ACTO
I
Escena
Primera
ERIGONE (sola) Memoria
en exceso adorable de mis
primeras pasiones, no
recordéis más a mis ojos la
inocente felicidad con la que el dios Amor, en estos
mismos
lugares, me
acarició el alma. Fue aquí,
en este bosque,
donde el hijo de
Júpiter y Sémele
(1), prendado
del más tierno amor, me juró
mil veces ardor eterno. Ese
mortal, nacido de un dios, escondido
en este entorno, solo por
mí veía la luz del día; mientras
que sobre su destino toda Tebas
erróneamente
lo creía en el seno de Sémele,
antes de ser
consumida por el fuego
debastador. Mas, los
injustos dioses, celosos de mi felicidad, por el
sólo deseo de vencer, han
encendido su corazón. Memoria
en exceso adorable, etc. Es a
Penteo en este día a quien
debo dar todo mi amor. No debo
pensar más que en entregarme, sin
vacilación, al deber que me arrastra hacia un
héroe que tiene por ancestros los
primeros mortales y los más
grandes dioses. Pero si
mi infiel regresara
a estos lugares, que se
aparezca ante mis ojos celoso de
mi nuevo amor y ardiente con sus primeros fuegos. ¡Cuán
fácilmente ablandará mi valor! ¡Con
placer yo me volveré voluble, para así
retomar mis primeros vínculos!
Escena
Segunda
(Ágave,
Autónoe, Ino,
Erigone)
ÁGAVE (2)
¡Odiosa
Juno, funesta para toda mi estirpe, dígnate
perdonar al resto de esta
familia desdichada! Consiente
que mi hijo
se una
a esta ninfa
y
en este
día bajo felices auspicios, y que el
dios Himeneo y el dios Amor se
vuelvan propicios a nuestros deseos.
AUTÓNOE Sí, no lo
dudes, hermana mía; la dicha
de su destino os hará
feliz; yo soy y
seré la única desdichada. ¿Estuvo
el cielo más sediento de
nuestra sangre? ¿Con
Acteón, mi querido hijo,
desgarrado
por sus
propios
perros, no se ha
saciado ya su bárbara venganza? Es por
tu
respeto y por
tu
confianza que
te otorgará
su favor.
ERIGONE,
INOAUTÓNOE
Imploramos a vuestras bondades soberanas.
¡Acudid,
acudid, grandes dioses, poned fin a nuestras
desdichas!
INO El
príncipe dirige
sus pasos
hacia aquí.
Escena
Tercera
(Penteo,
Erigone)
PENTEO He venido
a ofrecer a vuestra belleza, adorada
Erigone, el cetro
y la corona que
obtuvo Cadmo
en
famosos combates. De todo
el esplendor que rodea a mi
padre y a mi rey, se me
quiere privar a mí. Mas, a
tanta gloria, a un imperio tan poderoso, no es el
bien al que yo aspiro. Es por
vos por quien mi corazón arde,
languidece y suspira; sólo vos
podéis satisfacer
todos sus deseos o causarle el martirio.
Yo despreciaría
mi alto rango
y mi
corona,
por
vuestro amor. Es del
galardón de vuestro corazón, no del
poder supremo, del que
espero recibir
toda mi felicidad.
ERIGONE Tendréis
sobre mi corazón completo
poder. Os
aseguro mi completa obediencia.
Himeneo me compromete a una fiel pasión
por vos.
La gloria y el deber me someten sin reparos a
las leyes de tan dulce cadena.
PENTEO ¡Ah! No
me habléis de gloria y deber. No es a
estos dioses a quienes un amante
ofrece sacrificios. En el dios Amor pone un alma
amante su única
esperanza, únicamente a él
le debe
su fortuna y su vida.
ERIGONE ¿Por qué
os preocupáis de un
temor pueril? Cuando se
dice que se siguen sin esfuerzo las leyes
de un deber tan dulce, es
suficiente deciros que sois amado. ¡Qué
felicidad! ¡Qué
altísima gloria! Es del
galardón de vuestro corazón, no del
poder supremo, de donde
yo espero que venga mi felicidad.
PENTEO ¡Qué
gratitud! ¡Qué
arrebato!
ERIGONE Deteneos.
En estos lugares todos los
que se adentran vienen a implorar la ayuda de los dioses.
Escena
Cuarta
(Cadmo
con su séquito)
CADMO
¡Vosotros,
que a pesar del furor de la guerra me habéis
seguido por estos territorios, y
vosotros, hijos de la Tierra, nacidos
de los dientes del
dragón
(3) que fue
vencido por mi brazo, gentes
que vivis
bajo mis
leyes,
sabed que
he elegido a Penteo
para prolongar el curso de vuestra dicha!
Por él corre
la
sangre de los dioses
y
Equión
y Ágave son sus
padres. Del poder
supremo yo
renuncio en su favor. ¡Que la
más perfecta dicha pueda siempre acompañar
a sus leyes y a vuestra obediencia! La sangre
de Ínaco y de vuestros primeros reyes brilla en
Erígone. El amor
de Penteo y mi elección, la
asientan sobre el mismo trono. Elevad al
cielo nuevos juramentos:
¡ellos son
vuestro
rey y vuestra reina! ¡Quiera
la bondad soberana de los dioses
repartir
sus favores entre nosotros y ellos!
CORO Elevemos
al cielo nuevos juramentos:
¡ellos son
nuestro
rey y nuestra reina!
¡Quiera
la bondad soberana de los dioses repartir
sus favores entre nosotros y ellos! Que el
valor triunfante de este rey fuerce a
la Victoria a seguir sus pasos, que el
mínimo esfuerzo de su brazo lleve a
nuestros enemigos el horror y el espanto.
PEQUEÑO
CORO Que
Erígone tenga para él mil nuevos encantos, que
disfruten las delicias de su pública dicha y que
podamos nosotros, bajo sus auspicios,
disfrutar
como ellos de la perfección.
PENTEO
¡Cantad
de mis lazos
su encantadora dulzura! Aquella a
quien sirvo es más
esplendorosa que la
claridad brillante
del
aire con la
que Febo alumbra al
universo entero.
CORO ¡Que a la
dicha de estos felices amantes toda la
naturaleza contribuya! ¡Que sus
días, de ser posible, y sus
alegrías sean
eternas como este imperio!
CADMO
Finalicemos la ceremonia. Venid,
divino Tiresias, en el
nombre de los dioses, a recibir los votos de estos
felices amantes.
TIRESIAS
¡Gentes
insensatas!
¡Rey
temerario, detente!
El rayo
ya planea sobre
tu cabeza. Este
himeneo hiere a los dioses. Aunque me
hayan quitado la luz del cielo,
puedo leer
el
devenir. ¿Y
qué veo?
¿Qué me haces decir, dios, que
te adueñas de mis sentidos? Contra
los dioses, ¿qué
pueden tus esfuerzos inútiles, deplorable Penteo?
¿Hacia donde
empujas a tu hijo,
madre desdichada? ¡Oh, dolor! ¡Oh, duro
destino! Me
estremezco: ¡qué horrible destino veo!
¡Neptuno,
apiádate de un linaje tan desdichado!
PENTEO ¿Quién te
ha seducido, pérfido Tiresias, para que
vengas a turbar mi felicidad? A pesar
de tus dioses y de tu furia, yo dejo
en manos de Amor mi destino
y
mi
corazón. (A Erígone)
Solo de
vuestros ojos mi destino debe depender, y si vos
consentís…
ÁGAVE
¡Detente,
hijo mío, detente!
CADMO
¡Detente,
hijo mío, detente! ¡Ah! ¿Qué
osas emprender?
TIRESIAS Puesto
que no se escucha mi voz, dios, que
subyugas la naturaleza a tus leyes, que el
ruido espantoso, que el fuego del trueno, que los
relámpagos que dividen los cielos, hagan que
la tierra reconozca con terror al
soberano de los aires, de los hombres y de los
dioses.
CORO ¡Qué
horror! ¡Qué cólera fatal!
¡Huyamos,
huyamos de la venganza celestial!
ACTO
II
Escena
Primera
INO (sola.) Inmenso
océano, cuyas olas agitadas por los
vientos hacen bramar estos escollos temidos de los
barqueros, sepulta con tus ondas mi
vergüenza y mi dolor profundo. El dios
Amor, ese tirano de mi corazón, sobre mi
descanso y mi gloria consigue
una indigna victoria. Un
desconocido se ha proclamado mi vencedor y, para
colmo de dolor, entregada
a este amor que me desgarra, ya nunca
volveré a ver a aquel a quien amo. Inmenso
océano, cuyas olas agitadas por los vientos
hacen bramar estos escollos temidos de los
barqueros, sepulta con tus ondas mi
vergüenza y mi dolor profundo.
Escena
Segunda
(Erigone, Ino)
ERIGONE Vengo a
estas temidas costas a buscar
en el
sueño el único dulzor de la vida que le
queda a los amantes desdichados. Yo
renuncio sin pena a la gloria inoportuna que en
este día me depara la fortuna. Quizá,
gracias a la suprema bondad de los
dioses, para mi
primer amante pueda conservar mi alma.
INO Princesa,
¿venís a este apartado confín a
quejaros del destino que perturba vuestra
alma?
ERIGONE
Vengo a
buscar el silencio
de estos lugares. Mas, vos,
cuya juventud desconoce
la tristeza, ¿qué
habéis
venido a buscar? ¿Qué
perturba vuestros ojos? ¡Los veo
llenos de lágrimas!
INO ¡Ay de
mí!
ERIGONE ¡Ah, del
amor sentís los síntomas! El único
de los dioses que puede
en los
jóvenes corazones
hacer verter lágrimas,
mi corazón
bien lo sabe, es el
dios de Citera.
INO Sí, mi dolor es
demasiado amargo. Mas, en
un profundo olvido, mi
secreto enterrado,
no verá
la luz.
ERIGONE Abridme
vuestro corazón, pues el
sufrimiento que se
comparte
se hace más ligero. A vuestra
amistad responde mi fe.
¡Abridme
vuestro corazón!
INO
Veo
que
en vano persisto en mi silencio.
Escuchad el secreto de mi
desgraciado ardor. Del dios
del amor yo desprecié sus atributos;
pues
sólo el
placer de la caza me atraía.
Siguiendo el rastro de un ciervo, oí en la
profundidad de este bosque el
sonido
de una divina voz. Buscando
al
autor de esos sonidos
percibí, bajo una hiedra verde,
la entrada
a una gruta oscura,
y encontré al
ser
más perfecto de toda la naturaleza. Su
presencia iluminó este lugar; era sin
duda un dios. La piel
de un tigre era su ornamento; un
pámpano verde le ataba el cabello. Más
radiante que los del dios del día, sus ojos
negros inspiraban amor y respeto. Mi
corazón temblaba ante su visión. Permanecí
inmóvil, sorprendida, frenética. Quería
hablar y no tenía voz. Él se
consternó, me evitó
y huyó por el bosque.
ERIGONE ¡Oh,
cielos! ¿Qué es lo que oigo?
INO Desde
ese momento funesto,
respiré con
melancolía
el resto
de mi vida. El
ser
del que debo huir,
el que
emociona
mis ojos e
inflama mi corazón, ya no
está en estos lugares. Mas, ¿por
qué os mostráis agitada? ¿La
imagen del héroe despierta
alguna idea fatal
para vuestra tranquilidad?
ERIGONE ¿A mí?
No, me apiado de vos,
mas...
¿Qué
nuevo prodigio,
qué tripulación
puede
gobernar
un navío a través de
los
acantilados?
INO ¡Qué
sonidos! Desde
ese bosque apartado
observémosles
ocultas.
Escena Tercera
(Baco,
Lico)
BACO Tú te
asombras, Lico,
que
entre
tantos emplazamientos donde yo
podría explotar mi gloria, elegí un
lugar abandonado para asentar mis
pasos, tras una ilustre victoria. El más
poderoso de los dioses, el dios
dueño de los corazones, me
conduce hacia este refugio. De mis
primeros amores, de mis
dichas perfectas, estos bosques han sido testigos,
así pues
merecen
mis primeros cuidados. Vengo a
buscar a Erígone; vengo
repleto de amor, a poner a
sus pies la corona de los
lugares donde comienza el día.
LICO Este
lugar abandonado pronto se
embellecerá; las
gentes a porfía vendrán
a rendir sus armas a Baco,
el más grande y el más
dulce de los dioses. Una sola
mirada de vuestros ojos da un
aire más risueño a la naturaleza, y con más pura
de las luces hace
brillar la bóveda celestial.
BACO No
quiero
presentarme como un dios. Vengo a
asegurarme un corazón, no un
altar. Hoy
quiero conocer, bajo la
apariencia de un mortal, los
sentimientos de Erígone. Amor,
solo a ti entrego mi destino. Pretendo,
bajo la
apariencia de un sacerdote,
esconder mi grandeza suprema para
disfrutar del placer halagador de ver
que,
a quien yo
amo me ama a
mí por mí mismo. Para atraer a las ninfas de este
bosque
comencemos nuestra fiesta.
Traigamos a este feliz
retiro
las dulces leyes
de un nuevo dios.
CORO Este dios domina y seduce al mundo. Vuelve al
cielo más puro, a la
tierra más fecunda.
BACO Que desde los
parajes donde sale el sol hasta las
orillas donde se pierde
su luz, los
habitantes del aire anuncien a la tierra el
retorno apacible del más dulce de los
vencedores.
UNA
SICILIANA
(o
una voz)
¡Cantad,
aves, cantad la dicha de los humanos! Las manos
benefactoras de un
dios,
han enriquecido la naturaleza con un
don más preciado que los serenos rayos que
esparcen por
doquier la más
pura claridad.
¡Cantad,
aves,
cantad la
dicha de los humanos!
BACO Vosotros,
celosos ministros del dios
que nos envió, queridos
amigos de mis famosas obras, compartid
con los mortales el nuevo gozo que inspiran sus
nuevos regalos.
Y para
mostrar vuestro compromiso con él, id a
esperarme a la tumba de Sémele.
Escena
Cuarta (Erigone, Baco)
ERIGONE ¡Oh, cielos! ¡Qué espectáculo! ¡Qué
concordia! ¡Qué brillo! ¡Qué magnificencia! Cedo a mi
impaciencia. ¿Sois vos
a quien veo de
nuevo, cruel,
por quien he derramado tantas lágrimas? No me
sorprende que mis
débiles encantos, en este
lugar desierto,
no pudieran reteneros.
Pero, ¿del tierno amor,
nuestro único pensamiento que nunca
debió terminar, habéis
desterrado su
recuerdo
por
siempre? ¿Ha sido
su imagen borrada?
BACO Erígone,
¿qué decís? Sólo os
busco a vos en este lugar solitario. Yo limito
mis deseos a la dicha de complaceros. Animado
por tan dulce esperanza,
en las
tierras más distantes he buscado la victoria;
he querido regresar
con una gloria digna de
vuestro corazón. Desde la
India vengo a
postrarme
a vuestros pies.
Veis al vencedor
que encuentra menos honor en una
conquista tan hermosa que en la
encantadora dulzura de volver
a encontraros fiel.
ERIGONE ¡Por
supuesto que este retorno, que este
amor, me es
muy
querido! ¡Por
supuesto que
he temblado
ante el peligro al que me
habéis expuesto! Por un
amante poco sensible y ligero, me creí
despreciada. El
despecho me llevó a comprometerme bajo las
leyes de Penteo. Sin la
ayuda de los dioses, hemos
estado siempre separados
el uno del otro. Mas, ¿qué
destino es el nuestro? Mi
corazón, al encontraros, no puede
ya encontrar la paz. Un nuevo
peligro nos amenaza. Rodeado
de enemigos, expuesto
a todos sus proyectiles, de los dioses temed el
infortunio y de los
mortales los crímenes.
BACO Cualquier
peligro que me rodee, si vos me
amáis siempre, será
dicha para mí. Pero
¿acaso iba a perder a Erígone? ¡Otro
estaba cerca de recibir su confianza! ¡A qué
terrible pensamiento se
abandona mi alma!
ERIGONE
¡Deteneos,
cruel, ya lo veo, vuestro corazón en secreto murmura! Está a
punto de herirme mortalmente. Mas
veréis, ingrato, veréis desde este día, hacia
dónde conduce el exceso de mi
amor por vos. Os
seguiré a todas partes, liberad
vuestros pensamientos de la
tormenta que se prepara. Partamos.
Nacido de
aquel que gobierna los cielos y,
sin
embargo, mortal, no tenéis más que una vida,
que con una embestida puede seros
arrebatada.
¡Y
qué sería de mí, oh
dioses!
Si...
BACO No, el
nuevo dios, cuyos portentos yo anuncio
y
que
protegió mi brazo, acabará
con nuestra inquietud. Amadme, amadme siempre, esa es la
forma de hacerme eterno.
ERIGONE Conservad
estos bellos días,
y
yo
prometo amaros para siempre.
JUNTOS.
Amémonos,
amémonos para siempre. Yo os
prometo amor eterno.
ERIGONE No, no
puedo dejaros ir más que con dolor. Aceptad
que la fortuna
nos envíe
a lugares lejanos;
y dejadme en este día que
favorezca
el excesivo y crédulo
amor de Penteo. ¡Ay,
quizás sea un crimen
el que voy a
cometer por vos! Mas todo
me parece legítimo para
protegeros de sus golpes.
Escena
Quinta
INO
(sola)
¡Cielos! ¿Qué veo?
¡Es
él! Ella es
mi rival. Él la
ama. Por mis
propias palabras es
conocedora de mi amor. ¡Me
insultará por mi loca pasión!
¡Venid,
furiosos celos, poseed mi alma!
De estos
amores derribemos la felicidad. Con el
fuego de la venganza que todo
se inflame. Y para forjarles un destino lleno de
horror, llevad,
furiosos celos, llevad a
todos los corazones lo que
siente mi corazón.
ACTO
III
Escena
Primera
(Penteo, Erigone)
PENTEO No, no quiero oír nada más.
Mi
corazón se rinde a la desesperación. Ingrata,
me hacéis ver que mi
amor no tiene nada a lo que aspirar. Todos
vuestros argumentos son superfluos.
ERIGONE
Injustamente al Amor le place inquietarse. No es por
amaros demasiado que...
PENTEO
¡No
terminéis, despiadada! Mejor
golpead mi corazón con un ataque mortal, con la
sincera confesión de que ya no me amáis. Si no es
así, para curar la consternación a la que
se abandona mi corazón, venid,
venid y subid al trono conmigo.
ERIGONE Sí, esa
sería la culminación de mis deseos, que
pudiera devolveros la felicidad. Mas... ¿es el
momento de preparar nuestro himeneo cuando
los dioses amenazan vuestra cabeza?
¡Ay!
Si no
tuvieran deseo más que de mí, me
enfrentaría a la muerte sin miedo. Es sólo por
vos
que mi apocado amor...
PENTEO Decid,
decid mejor, traidora, que el
trono conmigo os parece odioso. Predicáis
en vano el respeto de esos dioses, vanos
hijos del miedo,
que los
mortales
han
colocado en el cielo. Ciego
como está mi corazón, ve en
vuestros ojos el
artificio y la coacción. ¿De dónde
viene ese cambio fatal? Por un
rival más dichoso quizá
temáis mi muy justa cólera. Moriría
el temerario. Sí, lo
juro, antes del final del día. Apagaré
con su propia sangre su insolente amor.
ERIGONE ¿Qué es
lo que oigo?
PENTEO ¡Qué! ¿Os
turbáis, ingrata? Así
pues,
es verdad.
Algún
otro amante os complace. ¿En qué
lugares se ha podido esconder ese
amante tan dichoso? ¡Ah!
Lo buscaré incluso
en el fondo de los abismos. Un
presentimiento doloroso, traidora, en este
momento me descubre vuestro delito.
ERIGONE Ingrato,
de mi amor demasiado desconfiáis. Temed que
yo me tenga que justificar: Las
injustas sospechas apagan la ternura. Os lo
ruego,
permitidme lamentarme de mi debilidad. Practicad
las adorables lecciones del dios Amor:
La
complacencia es su parte. Si él se
hace obedecer, es por
medio de dulces tonos; si él
reina, es por su sumisión; si él
hechiza los corazones, es por
sus dulces sonidos.
PENTEO
¡No
me interrumpáis! No, nunca
estuvo vuestro corazón realmente
enamorado. ¡Grandes
dioses! ¿Qué otra
cosa fue nunca tan amada? Queréis
escapar de mí; deteneos, desalmada; tened
piedad de mi sufrimiento.
Queréis
engañarme con
vuestro discurso. ¡Pues
bien!
Consiento; mas, engañadme siempre. Vuelvo a
poner en vuestras manos mi destino y mi
vida.
ERIGONE Recelo en
todo momento que os
puedan arrebatar
la vida.
Temo por
vos, temo la cólera
de los dioses. Aplacemos
un himeneo que aborrecen. Puede que
al final, el cielo, menos implacable, con votos
más sumisos, se torne favorable.
PENTEO Puesto
que así lo deseáis, aplazad
el único
bien que yo me atrevo a esperar. Mas por
mi bondad o, mejor dicho, por mi
flaqueza, ingrata,
conoced el exceso de mi ternura.
ERIGONE
¡Adiós!
Voy a los pies de los altares sagrados, para
hacer desistir a los inmortales de sus
ardientes votos.
Escena
Segunda.
(Ágave,
Penteo)
ÁGAVE Sabed,
hijo mío, que una tropa de insensatas, cerca de
la tumba de Sémele,
coronadas
con pámpanos y con
tirsos en las manos, le rinden
a su belleza honores más que
humanos.
PENTEO
¡Debemos
ir a reprimir esa audacia!
ÁGAVE Un rumor
aún más lamentable me avergüenza. Aquel
muchacho, formado
en el vientre de Sémele, que por
el fuego del cielo creíamos consumido, en un
sombrío bosque, según se dice, en otro
tiempo por las ninfas fue ocultado. Su
retorno a estos lugares me ensombrece; se dice
que este hijo de mi hermana de la
India regresa victorioso; aunque mezclado con la
fábula este
rumor me parece preocupante. Temo que
un pueblo voluble en dos
vaya a dividirse.
Escena
Tercera (Ágave,
Penteo, Ino)
INO Os he estado buscando, hermano mío.
Sabed que
hoy un
desdichado rival os arrebata a Erígone.
PENTEO ¿Es
necesario que al mismo tiempo,
¡oh,
cielos!, todos me abandonen?
INO Mis ojos
son testigos de su pérfido amor. Hace
tiempo que nació ese fuego; se han
amado desde la infancia. Criados
en los bosques han visto crecer su
ternura con el paso de los años. Yo misma
confieso mi debilidad, le vi un
momento y sentí su hermosura. Desde
entonces, arrastrando su victoria por todas
partes, ha
sometido los fértiles territorios de la India. Erígone
le ha visto, en el resplandor de su gloria, rendir
homenaje a sus encantos femeninos. Escondida
en el fondo de un bosque, en esta
orilla silvestre, yo vi su feliz regreso y el amor
ardiente de los dos. Es él
quien, en estos lugares, afectando
un falso celo atrae a
todo el mundo a la tumba de Sémele.
INO,
ÁGAVE,
PENTEO
Hay que
vengarse en este día de un
rival, indigno
de la gloria y del
amor.
Escena
Cuarta (Ágave,
Autónoe,
una bacante)
ÁGAVE A mi justa rabia todo mi corazón se
abandona.
No, ya no
escucho ni a la piedad ni a la razón. ¡Ay,
hermana mía! ¿Quién
iba a pensar que la ingrata Erígone, cuando mi
hijo iba a elevarla al trono, iba a
pagarle con una traición? (Se oye una dulce sinfonía.) Mas, ¿qué
voz invita a nuevas fiestas? ¿Qué
divinidad vuela sobre nuestras cabezas? ¿Adónde
se me transporta?
¿Y por
quién? ¡Es un dios, es un
dios, es un dios el que sobre los montes me llama! Divino
Baco, eres tú el que reina en este lugar.
¡Voy
corriendo a la tumba de Sémele a celebrar tu feliz
regreso!
Te
seguiré a donde
quieras que vayas, dios más
hermoso que el día.
¡Venid,
tropas consagradas a sus encantadoras leyes!
CORO Poseídas
por el propio dios acudimos
a tu voz.
AUTÓNOE ¡Oh,
terrible sacudida de los
fundamentos de la tierra! El
palacio de Penteo ha sido
golpeado por el trueno. ¡Baco,
Baco, tu ira es
terrible para los mortales.!
CORO ¡Baco,
Baco, tu ira es
terrible para los mortales!
PEQUEÑO
CORO ¡Baco,
Baco, tu imperio es dulce! A tu paso
fluye un néctar delicioso. Los
Placeres, las Gracias
y los Amores siempre
te acompañan.
UNA
BACANTE.
¡Cantemos
a Baco!
¡Cantemos
su gloria!
¡Anunciémoslo
por las montañas! Hagamos
que resuenen los himnos de la victoria
por los
valles.
ACTO
IV
Escena
Primera
(Penteo, Arbas)
PENTEO Ardo de
impaciencia por ver
cargado de cadenas a ese
extranjero que me ofende. Cada
momento que pasa se aviva
en mi corazón el fuego
de la venganza.
ARBAS.
La
venganza está en vuestras manos. Aquel
cuyo amor e intenciones teméis es el
enemigo, el
causante de vuestra inquietud, el mismo
que a nuestro
requerimiento se ha
presentado desarmado.
Escena
Segunda
(Penteo, Baco)
PENTEO ¿Dioses?
¿Qué es lo que siento?
¡Traed
cadenas! ¿De qué
encantamientos te sirves para
volver loco al sexo débil? ¿Quién te
ha traído a esta ciudad? ¿Cuál es
tu destino?
BACO Escucha atentamente.
En el
monte Molo vieron mis ojos su primera luz, en los
prósperos campos de la alta Lidia.
PENTEO
Pues es una muy
osada
empresa venir a
estos lugares con nuevos cultos, perturbando
así
nuestra
paz.
BACO El hijo
de Júpiter, Baco, tiene sus misterios.
PENTEO ¿Quién es
ese Júpiter, padre de
los
nuevos dioses?
BACO
El mismo que gobierna la tierra y los cielos.
El mismo
al que tú veneras.
El que se unió
a Sémele
con los más bellos lazos.
PENTEO
¡Ah!
Di
más bien el que se vengó con su fuego del
ultraje que Sémele le había
hecho a su gloria.
BACO
Con gusto iluminaría tu mente suspicaz,
pero jamás
conseguirías creerme.
PENTEO Aun así,
debo evitar tus
peligrosos trucos.
Sabré castigarte.
BACO Es para
ti, no para mí, que
están dispuestos los castigos.
PENTEO
¡Insolente! Vas a morir. Que le
carguen de cadenas. Inventad
nuevas torturas.
BACO ¡Ya
verás! Yo no temo la muerte, ni el
horror de la esclavitud. El cielo,
al que tu orgullo ultraja, te
prepara el más funesto destino hoy.
Escena
Tercera
(Baco,
Penteo, Erigone)
ERIGONE Recibe,
Penteo, una víctima, que se
ofrece a sí misma al más cruel tormento. Haz caer
el castigo sobre la
que cometió el delito. Es a mí a
quien el héroe viene a buscar en estos
lugares; es a mis
ojos a quien él ofrece sacrificios:
¡véngate
de mí traición! No
atraigas sobre ti la ira de los dioses inmolando
tu vida inocente.
PENTEO
¡Sí, os
castigaré a
ambos!
Os haré
ver el horror
de mi justo tormento. En mi
desesperación, ofreceré a mi amada un sacrificio de sangre.
¡Venid,
guardias, sujetadlo! Que hasta
mi retorno quede
encerrado en esta torre.
ERIGONE ¡Oh,
cielos, nos
separan!
¡Detente,
bárbaro! No
pretendas que la muerte nos separe. Unida a
mi amante tras la
muerte, me verás
seguir
todos tus pasos,
como una furia.
Iré a la
batalla para castigar tu barbarie.
¿Huyes?... En este fatal momento
no
abandonemos al amante.
CARCELEROS.
¡Detente!
En este lugar de dolor y angustia las
tiernas lágrimas están desterradas.
ERIGONE ¡Ay!
Puesto
que puedo compartir tu dolor, querido amante, sucumbo y muero.
PRISIONEROS. De los
desdichados, ¡oh, cielos!
escuchad
esta plegaria:
¡devolvednos la luz!
ERIGONE ¿Qué
sonidos armoniosos reclaman
mi alma? ¿De dónde
viene el cambio que se
produce en este lugar? No hay
menos esplendor que en la
bóveda estelar.
¡Sin duda
el señor de los dioses viene en
ayuda de un hijo amado! Mas no,
es mi amante mismo
que no es
menos brillante y glorioso que aquel.
Escena Cuarta
(Baco,
Erigone)
BACO Reconoced
a vuestro amante en este día, adorable
Erígone.
Venid y
disfrutad en la fiesta celestial, del
esplendor que me envuelve. Sin vos,
la claridad de los cielos me
parecerá lánguida; y la
felicidad de los dioses no tendrá
nada que me atraiga. Del amor
mutuo que une nuestros corazones, venid a
dar y recibir el galardón.
ERIGONE Como
galardón de mi amor, sólo
quiero el vuestro. No es en modo alguno el poder de
los dioses lo que yo
prefiero a cualquier otro, sino el
placer de cautivar vuestros ojos.
Aunque
un
amante inmortal es inconstante.
¡La
grandeza, es frecuentemente
el presagio de la más
terrible desdicha! Gran
dios, no ceséis de calmar mi corazón, amándome
cada día más.
BACO Sí,
veréis en cada momento crecer la pasión que me
inflama.
Pensad
sólo en abandonar vuestra alma a nuevos
placeres.
JUNTOS.
Rechacemos, rechacemos de una vida tan dulce las
sospechas inquietantes, las lágrimas y los suspiros.
Que nuestra única atención y nuestro único
deseo sea perpetuar nuestros placeres.
BACO
¡Ah,
vosotros, por quienes obtengo esta
ilustre victoria, Amores,
reuníos, venid a cantar mi gloria!
No
aquella que en los combates me
proporciona el poder de las armas, sino
aquella que, al regresar de
territorios distantes,
me hace poseer
,los encantos de Erígone.
CORO Del más
amable de los dioses,
celebremos, celebremos su última conquista. Su amor
siempre triunfa
sobre
belleza más perfecta.
AUTÓNOE La
felicidad del mundo es el
objeto de sus deseos. Que, en
una paz profunda, disfrute
de todos los placeres.
OTRA.
Del
dios que fascina
a Amor, los días
son más
dulces,
y en sus fiestas se bebe el
licor más embriagador.
BACO Desde
esta morada mortal venid
conmigo a los cielos. Estos
lugares se convertirán en el horrible escenario
de la cruel venganza del
soberano de los hombres y de los dioses.
Escena
Quinta
(Penteo, Arbas)
PENTEO ¿Es una
vana ilusión? ¡Cómo!
¡Así que mi rival ha roto su cadena! ¿El
cambio de estos parajes es el
efecto de un arte de la magia?
¡Habla,
que
tu miedo se explique!
ARBAS.
¡Tu rival es, sin duda,
uno de los dioses!
PENTEO ¿Es que
no se ha atrevido a esperarme? ¡Ah,
huyó al cielo,
pero
yo haré descender
a ese cobarde raptor! Los
dioses me entregarán a ese
pérfido impostor. Voy a... Mas ¿quién me detiene? ¿Dónde
estoy? ¡Estoy
perdido!... Veo por
todas partes la muerte que se
prepara para mí. ¿Adónde
huir para evitar la punta
de sus dardos?
¡Dos
Tebas, dos soles se ofrecen a mi vista! Mas...
ya
vuelvo de la turbación donde me
ha conducido
mi cólera.
¡Corramos
hacia el
monte Citerón
a buscar
a mi madre!
ACTO
V
Escena
Primera
(Cadmo,
Tirésias, Arbas)
CADMO Tengo
miedo, divino Tiresias; sin duda
es uno de los dioses al que,
transportado por los celos, Penteo
había cargado de cadenas injuriosas. Las acaba
de romper y de subir al cielo. A pesar
del peso de los años, siento
reanimarse mis sentidos. Señor de
nuestros destinos, Baco,
recibe nuestro incienso. Sé el
protector de mi familia,
¡oh, dios!
nacido de mi hija. Olvido mi
anciana edad con placer en este día. Agitemos
nuestras canosas cabezas.
¡Venid,
elevemos a las nubes el santo nombre del
dios
objeto de nuestro amor!
TIRESIAS Adoro
estos
sentimientos
en ti, pues
confunden los ciegos impulsos de los impíos.
CADMO Nacido
mortal, si yo tuviera mil vidas, las
consagraría a los dioses. Es
vuestra
decisión
determinar en qué
lugares debemos
celebrar los misterios de Baco. ¿Sobre
los verdes helechos? ¿Sobre el
monte sagrado? ¿Debemos
llevar nuestras ofrendas piadosas al lugar
donde a un hombre, con mente
extraviada, persiguen
las mujeres alocadas?
TIRESIAS No. La
locura de esas mujeres es el
castigo por su propio delito. Me siento
preso de horror cuando pienso en su víctima. Para
ablandar a los dioses
desfavorables, nada es
tan poderoso como el
homenaje sincero de un
corazón que se somete a sus órdenes. En estos
momentos, Cadmo, armaos de
valor.
CADMO Esas
palabras despiertan mi terror. ¿No son
el funesto presagio de alguna
gran desgracia? El que se
llama hijo mío, a los pies de
nuestros altares viene, si le es posible, a
doblegar a los inmortales.
ARBAS.
Para
calmar la furia de una tropa de locas insensatas reunidas
cerca de la tumba de Sémele, él se ha
apresurado sobre el monte Citerón.
CADMO ¡Ay! Mi
miedo se multiplica ante este
nombre funesto. Mas veo
venir a la tropa enfurecida...
Evitémosla.
¡Venid, vayamos a buscar a Penteo!
Escena
Segunda
(Ágave,
Ino,
Autónoe)
CORO ¡Que
todos obedezcan nuestra voz! ¡Que
todos reconozcan las leyes de este
joven vencedor de los
territorios de la Aurora! ¡Que las
flores que acaban de nacer se
mezclen con las temibles serpientes que se
alzan en nuestros cabellos! ¡Que
todos obedezcan, etc.!
INO Baco, tú
hechizas a la naturaleza; tú
disipas la noche oscura
que a nosotros nos
sumerge en una negra pesadumbre. Por un
divino presagio,
por
la
dulzura de tu poder, se vieron
fluir en tu nacimiento olas
de leche y vino.
AUTÓNOE Tú
domas la ira de
los monstruos. Tú
insuflas al débil
valor. Contra el
rigor del destino, tu fuerza
es insuperable. En las
batallas, Baco, no eres menos temible
que
amable en las fiestas.
ÁGAVE
Impones tu yugo a los tigres salvajes.
Le
das fuerza a los brazos
de los débiles. Sobre un
joven león, con tu ayuda, Baco, acabo de
ganar una ilustre victoria. ¿Dónde
puedo encontrar a Cadmo para
contarle mi gloria? ¿Con qué
lúgubres sonidos han
resonado estos parajes? ¿Quién
llega?... Es mi padre. ¿Por qué
trae ensombrecido el rostro y su
mirada severa? Una
terrible tristeza se dibuja en sus ojos.
Abandonaos a la alegría. ¡Venid,
tebanos, en demasía afortunados! Estas
manos, estas manos impotentes, acaban de
ser honradas con una ilustre presa. Un joven
y fiero león cayó bajo mis golpes; yo misma
lo he desgarrado. Baco,
divino Baco, sois vos quien me
ha dotado de tal audacia y fuerza
extrema. Quedaos a
vivir para siempre entre nosotros.
CADMO ¿Qué
dices, desdichada? ¿Qué
famosa victoria vienes a
contarme? ¿Acaso
has perdido el juicio?
ÁGAVE Padre
mío, ¿qué os irrita contra mí? ¿El
noble ardor que me mueve a vencer
a
los monstruos de este bosque, ofende
acaso
vuestra ley?
¡No, no,
no, no, el honor de vuestra hija se extenderá a toda
su familia! He
buscado a Penteo por todas partes. Que venga
aquí
a tomar
parte
en...
CADMO ¡Ay!
¿Hasta cuándo tendrás los ojos tapados
por una nube fatal? ¡Qué
desgracia!
¡Haces flaquear mi
ánimo! Vuelve en
ti al fin, y retoma
tu espíritu. Este
cuerpo todo despedazado, bárbara mujer...
¡es
tu hijo!
ÁGAVE
¿Mi hijo?
¿Qué?
¿Mi
querido hijo? ¡Madre
desgraciada!
CORO ¡Oh,
castigo severo del cielo!
ÁGAVE De las
tinieblas, al fin paso a la luz. Mi razón...
Pero, mi hijo, ¿quién lo
ha despedazado?
CADMO Mira con
tus propios ojos tu tirso sagrado. ¿De qué
león es este despojo?
ÁGAVE ¡Oh,
presa fatal! ¡Oh, venganza cruel del
soberano de los dioses!
¡Cerraos
para siempre, ojos míos!
CORO ¡Oh,
dolor! ¡Oh, destino deplorable! ¡Hijo
desdichado! ¡Madre aún más miserable! ¡Hija, a
qué terrible tormento te
entrega tu diligencia!
INO ¡Cielo!
¡Oh, cielo implacable!
Soy yo la única culpable.
Soy yo la
que a todos los corazones he
llevado mis celos,
mi
detestable cólera.
¡No quiero
seguir viviendo!
AUTÓNOE ¿Para
esto he sobrevivido, grandes dioses, a mis desdichas?
¿Para
reservarme tales penas?
ÁGAVE ¡El Sol
brilla sobre mí de nuevo! ¡La luz
que aborrezco,
a mi
pesar viene a iluminarme!
¡Ah, es
demasiado tiempo para posponer un justo suplicio! Del cielo
evitemos la justicia.
¡Corramos,
a pesar de los dioses, a buscar
en el fondo de los mares la muerte y el reposo!
Traducido y
digitalizado por:
Gracia Marín Méndez
2018
(1)
Sémele es hija de Cadmo y hermana de Ágave, Ino y
Autónoe, y según la versión más extendida del mito, fue
seducida por Zeus-Júpiter, de quien engendró a Dioniso-Baco. Hera-Juno, celosa esposa de Zeus, la
convenció para que le pidiera a su amante que le
mostrara todo su esplendor. Cuando Zeus así lo hizo,
ella fue calcinada por la fuerza de sus rayos.
Zeus-Júpiter consiguió salvar al hijo que ella llevaba y
lo cosió en su muslo, dándolo a luz cuando llegó el
momento.
(2) Ágave,
Hija de Cadmo, rey de Tebas, y la diosa Harmonía.
Las desgracias de este linaje son múltiples: Ínaco fue
inducido a la locura por Zeus y se arrojó a un río;
Acteón, hijo
de Autónoe, fue devorado por sus propios perros como
castigo por haber visto desnuda a Atenea; Ino enfureció
a Hera por cuidar a su sobrino Dioniso, induciéndoles a
la locura a ella y a su esposo Atamante, matando así a
sus propios hijos; Sémele, engañada por Hera, fue
calcinada por el rayo de
su amante Zeus antes de dar a luz a Dionisos, etc
(3)
Cadmo es el mítico fundador de Tebas. Buscando a su
hermana Europa, que había sido raptada por Zeus, llegó a
las tierras donde fundaría la ciudad, mató a uno de los
dragones de Ares y plantó sus dientes en la tierra, de
los que nacieron los guerreros espartos, de los cuales
Equión, se convirtió en su hombre de confianza. Casó con
Harmonía, hija del propio Ares. Más tarde, Equión se
casó con su hija Ágave y de su matrimonio nació Penteo.
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