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ACTE
I
(Le Théâtre représente le Vestibule du Palais d'Ulysse,
au-delà, une Salle où les Poursuivans de Pénélope
sont â table)
Scène 1
(Pénélope, Théone et autres suivantes de Pénélope, sur
le devant du
Théâtre. Les poursuivans, dans le fond)
CHOEUR DES POUSUIVANS
Laissons les Amans de la gloire
Chercher la mort ou la victoire
Dans les climats les plus lointains.
Parmi les jeux et les festins.
Une plus douce ardeur nous presse.
Dieu de l’amour, Dieu de l'ivresse,
Vous présidez à nos destins.
PÉNÉLOPE
(les écoutant)
Qui redouble aujourd'hui
leur barbare allégresse?
Ont-ils de mon malheur
des avis plus certains?
CHOEUR
Dieu de l'amour, Dieu de l'ivresse,
Vous présidez à nos destins.
PÉNÉLOPE
Vils et lâches tyrans, l'opprobre de la Grèce!
CHOEUR
Dieu de l'amour, ecc.
PÉNÉLOPE
Dans la joie ils nagent sans cesse;
Et moi, dans la douleur, je sens que je m éteins.
CHOEUR
Parmi les jeux et les festins,
Dieu de l'amour, Dieu de l'ivresse;
Vous présidez à nos destins.
Scène 2
(Les Députes du Peuple, et les précéderas)
LES DÉPUTÉS
(à Pénélope)
Un Peuple accablé de tristesse,
En soupirant, vous tend les mains.
Le ferez-vous gémir sans cesse
Sous ses oppresseurs inhumains?
PÉNÉLOPE
(à part)
Peuple asservi, c'est ta foiblesse
Qui fait les maux dont je me plains.
LES POURSUIVANS
Dieu de l'amour, Dieu de l'ivresse,
Vous préfidez à nos destins.
(Les Poursuivans se
retirent)
LES DÉPUTÉS
Cédez aux voeux qu'il vous adresse:
De vous dépendent ses destins.
PÉNÉLOPE
(aux Députés)
Je connois vos malheurs, et mon coeur les partagea.
Si je n'ai plus d'espoir, si mon époux est mort,
Dans un nouvel hymen on veut que je m’engage;
Au retour de mon fils, je subirai mon sort
N'en demandez pas davantage.
(Les Députés partent)
Scène 3
PÉNÉLOPE
Dieux
justes, Dieux vengeurs, nous abandonnez-vous?
Ah!
rendez-moi mon fils, rendez-moi mon époux.
Air
Reine
captive,
Mère
craintive,
Epouse
en pleurs,
A
quels malheurs
Le
ciel me livre!
Cessez
cruels de me poursuivre,
Ou
je succombe à mes douleurs.
Reviens,
mon fils, reviens
Tes
dangers sont les miens.
Si
tu péris sur l'onde,
Quel
sera mon soutien?
Rends
à ta mère le seul bien
Qui
lui reste encor dans le monde.
Reviens,
mon fils, reviens:
Tes
dangers sont les miens.
Scène 4
(Nésus arrive)
NÉSUS
Tremblez,
Reine, tremblez que ce voeu s'accomplisse.
Le
piège de la mort attend le fils d'Ulysse,
S'il
revient, s'il aborde, il périt sous les flots.
PÉNÉLOPE.
Télémaque!
NÉSUS
Témoin
du plus noir des complots,
Je
n'en veux pas être complice;
Et
je n'attends qu'un vent propice,
Pour
me ramener à Délos.
PÉNÉLOPE
Vous
laissez périr Télémaque!
THÉONE
Vous,
le seul de vingt Rois qui font gémir Itaque;
Le
seul dont Pénélope attendoit du secours!
NÉSUS
De
ses calamités j'allois trancher le cours;
Tout
a changé. Son coeur à mes voeux se refuse:
Ses
délais, ses détours me l'ont trop bien appris.
Je
ne veux plus nourrir un espoir qui m'abuse.
De
son malheur elle m'accuse;
Qu'elle
en accuse les mépris.
THÉONE
Quel
amour!
NÉSUS
Dans
un coeur généreux et sincère,
L'amour
trompé se change en un dépit mortel;
Mais
si c'est en moi qû elle espère,
Pour
rendre à Télémaque un défenseur, un père,
Elle
n'a qu'à vouloir: Je l'attends à l’autel.
(Il
sort)
Scène 5
PÉNÉLOPE
O
crime! ô noirceur détestable!
Dans
ce péril épouvantable,
Que
résoudre? à qui recourir?
Mon
fils, je suis réduite au choix inévitable
Ou
de trahir ton père, ou de te voir périr.
CHOEUR
DE FEMMES
O
malheureuse mère!
Votre
fils va périr.
PÉNÉLOPE
.
O
malheureuse mère!
A
quel Dieu recourir?
Hélas!
si je diffère,
Mon
fils, tu vas mourir.
Dois-je
trahir ton père?
Dois-je
te voir périr?
CHOEUR
O
malheureuse mère!
Votre
fils va périr.
PÉNÉLOPE
O
malheureuse mère!
A
quel Dieu recourir?
Il
me reste un espoir: c'est qu'un vent secourable,
Ou
plutôt un Dieu favorable,
S'oppose
à son retour, et l'éloigne du port.
Hélas!
où me réduit le sort!
Ce
retour, ce moment pour moi si desirable,
M'épouvante
plus que la mort!
Scène 6
(Eumée arrive)
THÉONE
Eumée,
en ces lieux qui t'amène?
EUMÉE
Le
ciel est touché de nos pleurs.
Télémaque
revient.
PÉNÉLOPE
Dieux!
EUMÉE
Sur
l'humide plaine
J'ai
de ses pavillons reconnu les couleurs.
PÉNÉLOPE
.
O
jour funeste!... je me meurs
(Elle
tombe dans les bras de ses femmes)
THÉONE
Allez,
ami sage et fidèle,
D'une
barque légère empruntez le secours;
Eloignez
Télémaque: il y va de ses jours.
EUMÉE.
Ses
jours sont ménacés!
THÉONE
Dans
sa frayeur mortelle,
La
Reine à vous seul a recours.
EUMÉE
Hélas!
pour lui que peut mon zèle,
Dans
un péril si grand, et des instans si courts!
(Il
sort)
Scène 7
PÉNÉLOPE
(dans le trouble et l’effroi)
C’en
est fait. La mort l'environne.
Nésus
pouvoit seul aujourd'hui
Le
sauver, le défendre; et Nésus l'abandonne!
Ah!
s’il est temps encor, va, ma chère Théone;
Implorer
son appui.
Qu'il
délivre mon fils, qu'il le rende à sa mère;
C'en
est assez: pour prix d'une tête si chère,
Je
m'engage, ou plutôt je m’abandonne à lui.
(Théone
sort)
Scène 8
CHOEUR
Du
sein des plus tristes alarmes,
Voyez
renaître de beaux jours.
L'Hymen,
conduit par les Amours,
Aura
bientôt séché vos larmes.
Du
sein des plus tristes alarmes,
Voyez
renaître de beaux jours.
(Pendant
le Choeur, Pénélope
reste absorbée dans sa
douleur)
PÉNÉLOPE
Qu'ai-je
promis? ah! malheureuse!
Ou
mon époux respire, ou son ombre m'entend
Du
sein de la nuit ténébreue!
Entre
l'autel et moi, je la vois qui m'attend.
Air
Oui,
je la voi, cette ombre errante:
C'est
elle-même; oui, je la voi.
Elle
est plaintive et gémissante;
Elle
est terrible et menaçante.
Chère
ombre, approche, appaise-toi.
Je
t'ai juré d'être à jamais fidèle,
Je
l'ai juré dans nos adieux;
Et
de ma constance éternelle
J'ai
pris à témoin tous les Dieux.
Mais
si je ne suis criminelle,
Ton
fils va périr à mes yeux.
Scène 9
(Les pusuivans arrivent)
PÉNÉLOPE
Qui
de vous? qui de vous, perfides,
S'apprête
à me percer le sein?
Teints
du sang de mon fils, dont vous êtes avides,
De
sa mère aujourd'hui quel sera l'assassin?
CHOEUR
Qui
peut nous imputer ce coupable dessein?
PÉNÉLOPE
Oui,
sacrilèges que vous êtes,
Oui,
vous l'avez conçu ce forfait odieux;
Au
sein de vos barbares fêtes,
Dans
le Palais d'Ulysse, à l'aspect de ses Dieux.
CHOEUR
L'effroi,
mortel
Qui
régne dans votre ame,
Peut
dans l'instant se calmer à l'autel.
ntre
vingt Rois,
Que
même ardeur enflamme,
Faites
un choix;
Vos
voeux seront nos loix.
PÉNÉLOPE
(vivement)
Qu’on
me rende mon fils, que lui-même il m’annonce
Qu’Ulysse
est descendu dans la nuit du tombeau;
A
lui garder ma foi désormais je renonce,
Et
je vais de l'Hymen rallumer le flambeau.
CHOEUR
Non,
non, c'est une feinte,
C'est
un nouveau détour.
PÉNÉLOPE
Hélas!
encore un jour.
CHOEUR
Non,
non, c'est une feinte.
PÉNÉLOPE
O
mortelle contrainte!
CHOEUR
C’est
un nouveau détour.
PÉNÉLOPE
Vous
me glacez de crainte.
CHOEUR
Cédez,
cédez sans crainte
Au
plus ardent amour.
PÉNÉLOPE
Vous
me glacez de crainte;
Et
vous parlez d'amour.
CHOEUR
Cédez, ecc.
PÉNÉLOPE
Faut-il,
pour combler ma misère,
Vous
livrer mes Etats, mon Palais, mes trésors;
Qu'une
barque à 1'instant m'éloigne de ces bords.
J'irai
chez Icare mon père,
Oublier
tous les biens que vous m’aurez ravis.
Seulement,
avec moi que j'emmène mon fils,
Cest
le seul trésor d'une mère.
CHOEUR
Nous
brûlons tous
De
régner sur votre ame.
C'est
le seul bien dont nous soyons jaloux.
Entre
vingt Rois,
Que
même ardeur enflamme,
Faites
un choix;
Vos
voeux seront nos loix.
PÉNÉLOPE
Cruels!
vous insultez aux larmes d'une mère.
CHOEUR
Nommez
l'époux que votre coeur préfère,
Et
dans l'instant vos larmes vont tarir.
CHOEUR
DE FEMMES
O
malheureuse mère!
Votre
fils va périr.
PÉNÉLOPE
O
malheureufe mère!
C'est
à moi de mourir.
(Un
trait de symphonie annonce l'arrivée de Télémaque)
Dieux!
mon fils!
(Elle
se précipite dans ses bras)
Scène 10
(Télémaque, Eumêe et peuple d'itaque arrivent)
TÉLÉMAQUE
Enfin,
Reine augule,
Nos
malheurs vont finir: Ulyffe n'est pas loin.
PÉNÉLOPE
Il
est vivant!
TÉLÉMAQUE
Le
Ciel est juste;
Et
des jours d'un Héros lui-même il a pris soin..
Air
Couvert
de l'Égide immortelle,
Il
va rentrer dans ses Etats.
L'injure
insolente et cruelle
Va
voir punir ses attentats.
Dans
la terreur et le silence,
Que
tout s'abaisse devant lui.
Loin
de nous, coupable licence.
Rassure-toi,
foible innocence:
Les
Dieux te rendent ton appui.
CHOEUR
DES POURSUIVANS
(à part)
Jeune
imprudent, ton espérance
Sera
confondue aujourd'hui.
PÉNÉLOPE
Dieux
proteaeurs de l'innocence
Nous
vous déclarez aujourd'hui.
CHOEUR
DU PEUPLE
Aux
doux rayons de l'espérance
Vos
coeurs sont ouverts aujourd'hui.
TÉLÉMAQUE
(à part)
Rassure
toi, foible innocence,
Les
Dieux te rendent ton appui.
CHOEUR
DES POURSUIVANS
Jeune
imprudent, ton espérance
Sera
confondue aujourd'hui.
ACTE
II
(Le
Théâtre représente un Hameau, oû ton distingue le
vieux
château de Laërte et la maison d'Eumée, On voit
la mer
dans l'éloignement)
Scène 1
(Laërte
est soutenu par deux Pasteurs)
EUMÉE
Cessez,
vénérable Laërte,
Cessez
de gémir sur la perte
D'un
fils si long-temps attendu.
Il
respire, il revient.
LAËRTE
L'ai-je
bien entendu,
Soutenez-moi,
Je touche à mon heure dernière.
Eumée,
est-il bien vrai qu'Ulysse m'est rendu?
Avant
de quitter la lumière,
J’embrasserai
mon fils! C'en est assez grands Dieux.
Sans
regret, chez les morts, je joindrai mes aïeux
Si
la main de mon fils me ferme la paupière.
Que
de maux ton absence a causés dans ces lieux
Mais
à son épouse fidelle
Qui
vient de ton retour annoncer la nouvelle?
EUMÉE
Télémaque
leur fils.
LAËRTE
Qu'il
paroisse à mes yeux.
EUMÉE
Vous
le voyez.
Scène 2
(Télémaque avvive)
LAËRTE
Cher
Prince, objet de ma tendresse,
Dans
mes bras défaillans, est-ce vous que je presse?
A
combien de périls je vous vois échappé!
(vivement)
Du
retour de mon fils avez-vous l'azzurance?
Une
trop légère espérance
Ne
vous a-t-elle point trompé?
TÉLÉMAQUE
Il
revient. Les Dieux et les hommes
Tout
conspire à me l'assurer.
LAËRTE
(triste et tendre)
Qu'il
vienne donc sans différer.
Hélas!
dans l'état où nous sommes
Je
n'ai plus le temps d'espérer...
Air
De
ma vieillesse chancelante
Je
vois s'éteindre le flambeau.
Je
touche au bord de mon tombeau;
Et
pour moi plus de longue attente.
O mort! sois du moins assez lente,
Pour
me laisser un jour si beau.
Scène 3
(Une foule
de pasteurs arrive)
LAËRTE
(vivement)
Venez,
Pasteurs, venez féliciter un père.
De
vingt ans de malheurs je serai consolé.
Le
ciel me rend un fils; on veut que je l'espére.
UN PASTEUR
Le
bruit de son retour jusqu'à nous a volé.
CHOEUR
(à Télémaque)
Prince
adoré, quelle allégresse
Dans
tous les coeurs vous répandez!
Ulysse
a paru dans la Grèce;
Et
sur ces bords vous l'attendez!
LAÈRTE, CHOEUR
A
leur/notre amour, à ma/sa tendreffe,
Dieux
bienfaisans, vous le rendez:
(Les
Pasteurs expriment leur joie par des Danses.
La symphonie
annonce l'approche d'un orage. Le
théatre s'obscurcit)
EUMÉE
(à Télémaque)
Prince,
on apperçoit du rivage
Un
Vaisseau battu par les flots,
Et
la frayeur des Matelots
Annonce
un violent orage.
(La
sympbonie exprime les progrès de l’orage)
CHOEUR
Quels
bruits dans les airs!
Les
flots y répondent;
Déja
se confondent
Les
cieux et les mers.
Sur
l’onde écumante,
Dieux!
quelle tourmente!
Quelle
sombre horreur!
Au
bruit du tonnerre
Les
vents en fureur
Se
livrent la guerre.
Le
ciel sur la terre
Répand
la terreur.
TÉLÉMAQUE
Que
je plains le sort
De
tant de victimes!
EUMÉE
D'immenses
abîmes
Leur
offrent la mort.
TÉLÉMAQUE
O
Dieux! si mon père
Couroit
ce danger!
LAËRTE
O
Dieux! si son père
Couroit
ce danger!
EUMÉE
O
Dieux! si ton père
Couroit
ce danger!
LES TROIS
Neptune
en colère
Les
va submerger.
CHOEUR
Quel
cri lamentable!
Quel
funeste bruit;
La
vague indomptable
Les
brise et s'enfuit.
TÉLÉMAQUE
Ah!
dans les horreurs du naufrage
Hâtons-nous
de les secourir.
CHOEUR
DE VIEILLARDS, LAËRTE.
Avant
d'arriver à notre âge,
Combien
de dangers à courir!
(Tous
se retirent. Le
Théâtre change, et représente
une grotte percée à jour, et dans le font la plaine mer)
Scène 4
ULYSSE
(seul)
Tout
a péri. Sur quel rivage
Me
jettent les vents furieux?
Seul,
errant, désarmé, chez un Peuple sauvage,
Vais-je
trouver ici la mort ou l'esclavage?
Que
vois-je? En croirai-je mes yeux?
Tout
me rappelle Ithaque. Oui, ce beau lieu ressemble
A
cette grotte, où sur nos bords
Le
Choeur des Nymphes se rassemble,
Et
fait retentir l'air de ses divins accords.
(I1
sort)
Scéne 5
CHOEUR
DES NYMPHES
Le
jour renaît, les vents se taisent,
Un
ciel plus serein nous sourit:
L'air
est calmé, les flots s’appaisent,
Sur
le rivage tout fleurit.
Reparoissez,
plaisirs timides,
Que
la frayeur a dispersés.
Viens
tendre amour, toi, qui les guides,
Viens
ranimer les coeurs que la crainte a glacés
Scène 6
(Ulysse retour)
ULYSSE
O Nymphes! rassurez ma timide espérance.
Hélas!
si j'en crois l'apparence
Ici
pour vous cent fois j'ai fait brûler l'encens.
UNE
NYMPHE.
Et
qui ne connoît pas les bords où tu descends!
Le
nom d'Ithaque et sa gloire
Sont
portés par la victoire
Jusqu'aux
plus lointains climats.
ULYSSE
Belle
Nymphe, est-il vrai? ne me flattez-vous pas;
Et
suis-je en effet dans Ithaque?
Laèrte,
Pénélope, et son fils Télémaque,
Sont-ils
vivans? Sont-ils paisiblement unis?
LA NYMPHE
La
violence et l'injustice
Menacent
la mère et le fils.
CHOEUR
DES NYMPHES
Va
les revoir, prudent Ulysse.
Dissimule,
observe, et punis.
LA NYMPHE
Minerve
a sur ton front imprimé la vieillesse,
Pour
tromper les yeux de ta Cour.
CHOEUR
Arme-toi
d'un coeur sans foiblesse;
Et
sur-tout, défend-toi des larmes de l'amour.
Scène
7
(Ulysse seul)
Air
Quel
malheur m’est prédit encore?
N’ai-je
donc pas assez souffert?
Pénélope,
ô toi que j'adore!
Et
toi mon fils, à ton aurore,
Loin
de moi, sous vos pas quel abîme est ouvert?
Quel
malheur m’est prédit encore?
N'ai-je
donc pas assez souffert?
Ithaque!
ô ma douce patrie
Je
n’ai soupiré que pour toi.
Je
te revois, isle chérie,
Et
ne puis te voir sans effroi!
J'échappe
à la mer en furie,
Le
calme enfin renaît pour moi;
Je
te revois, isle chérie,
Et
ne puis te voir sans effroi.
Quel
malheur, ecc.
Qui
vient à moi sur ce rivage?
Scène 8
(Ulysse, Télémaque, Eumée)
TÉLÉMAQUE
N’est-ce
pas vous, digne Etranger,
Qu'on
a vu sur ce bord jetté par le naufrage?
Ah!
de cet horrible danger
C'est
quelque Dieu qui vous dégage.
ULYSSE
Oui,
jeune homme, oui, des Dieux ce prodige est l'ouvrage;
Et
tout malheureux que je suis,
Je
ressens leurs bienfaits autant que je le puis.
TÉLÉMAQUE
Hâtez-vous
de calmer nos mortelles alarmes.
Sur
ce Vaisseau, brisé par les vents en courroux,
Un
Héros, l'objet de nos larmes,
Ulysse
étoit il avec vous?
ULYSSE
Je
sais qu'il voguoit vers Ithaque.
TÉLÉMAQUE
Les
Dieux l'en ont-ils éloigné?
ULYSSE
C'est
donc ici qu'il a régné?
TÉLÉMAQUE
Vous
voyez son fils Télémaque,
Vous
voyez son fidèle ami.
ULYSSE.
Vous,
son fils!
TÉLÉMAQUE
Ah!
parlez. Votre coeur a gémi.
ULYSSE
Hélas!
quelle atteinte mortelle
Je
porte à vos senfsibles coeurs!
Votre
mère y survivra-t-elle!
Il
eft....
TÉLÉMAQUE
N'achevez
pas. Je vois tous nos malheurs.
EUMÉE
Il
est donc vrai! les Dieux ont terminé sa vie.
TÉLÉMAQUE
Toute
espérance m'est ravie.
Ma
trop foible jeunesse attendoit tout de lui;
Et
parmi les dangers dont elle est poursuivie,
Me
voilà désormais sans guide et sans appui!
ULYSSE
(à part)
Moment
délicieux! bonheur digne d'envie!
EUMÉE
Eh
quoi! le seul de ses Vaisseaux
Qui
des vents et des mers eût défié la rage,
Vient
se briser sur ce rivage;
Et
mon malheureux Maître y périt sous les eaux!
ULYSSE
Sans
foiblesse et sans crainte il a vu le naufrage,
Et
d'un oeil intrépide il a bravé la mort.
Mais,
hélas! que peut le courage
Contre
l'ordre des Dieux et les arrêts du sort.
Trio
TÉLÉMAQUE
O
mon père!
EUMÉE
O
mon maître!
TÉLÉMAQUE
Sort
cruel!
EUMÉE
Jour
affreux!
LES
DEUX ENSEMBLE
Qui
sera donc heureux?
Ulysse
n'a pu l'être.
ULYSSE
(à part)
Ah!
quel père, ah! quel maître
Fut
jamais plus heureux?
TÉLÉMAQUE
J'ai
perdu mon modèle
J’ai
perdu mon appui.
EUMÉE
Son
épouse fidèle
Ne
vivoit que pour lui.
ULYSSE
Quel
bonheur, auprès d'elle,
L'attendoit
aujourd'hui!
TÉLÉMAQUE, EUMÉE
Il
n'en est plus pour elle,
I1
n'en est plus sans lui.
ULYSSE
Il
est heureux encore
S'il
vit dans tous les coeurs.
TÉLÉMAQUE, EUMÉE
S'il
vit dans tous les coeurs!
En
doutez-vous encore,
Vous,
qui voyez nos pleurs?
C'est
un Dieu qu’on adore.
ULYSSE
(à part)
Je
sens couler mes pleurs.
EUMÉE
Aux
yeux de la Reine
Comment
nous offrir?
TÉLÉMAQUE
O
Dieux! quelle peine
Son
coeur va fouffrir
ENSEMBLE
Témoin
trop fidèle
De
notre malheur,
Par
pitié pour elle,
Trompez
qa douleur.
ULYSSE
(à part)
Mon
ame chancelle;
Un
trouble vainqueur
M'égare, et décèle
Le
fond de mon caeur.
(Fin
du Trio)
Ouvre
les yeux, mon cher Eumée.
EUMÉE
Qu’entends-je?
â cette voix mon ame accoutumée....
Télémaque!
O Dieux bienfaisans!...
Mais
non, ce n'est pas lui: cette vieillesse extrême,
Ces
cheveux blanchis par les ans....
ULYSSE
C'est
lui, c'est Ulysse lui-même.
TÉLÉMAQUE
(Frappé d'étonnement
et transporté de joie)
Mon
père!
ULYSSE
En
vain Minerve a voulu me cacher
Sous
les glaçons de la vieillesse.
Viens,
reconnois ton père aux larmes de tendresse
Que
la joie et l'amour viennent de m'arracher.
TÉLÉMAQUE
(dans les bras d'Ulysse)
Mon
père! enfin je vois l’auteur de ma naissance.
ULYSSE
Modérons
ces transports, et gardons le silence.
Avant
d'annoncer mon retour,
Mon
inquiète vigilance
Veut
tout observer dans ma Cour.
EUMÉE
Ah!
de nos fiers Tyrans craignez la violence,
ULYSSE
Vos
Tyrans!
EUMÉE
Sous
vingt Rois, vos indignes rivaux,
Ithaque
gémit opprimée.
Pénélope
tremblante, et d'ennuis consumée,
Les
voit livrés sans cesse à mille excès nouveaux,
ULYSSE
(à part)
Ah!
de mes traits vengeurs que ma main soit armée;
Et
je vais par leur mort couronner mes travaux.
Mon
fils, le danger m’environne;
Que
ferez-vous pour moi?
TÉLÉMAQUE
(vivement)
Commandez.
Mille morts,
Mon
père, à vos côtés n'ont plus rien qui m'étonne.
J'en
atteste les Dieux et le sang dont je sors.
ULYSSE
Si
nous sommes aimés, nous serons assez forts.
Le
bruit de mon trépas, que nous allons répandre,
Ces
cheveux blancs, ces traits, que Minerve a changés,
Ces
Rois,dont l'imprudence est facile à surprendre,
Mon
fils, tout me répond que nous serons vengés.
Air
Que
sous un voile impénétrable
La
vengeance marche à pas lents.
Vous
périrez, troupe exécrable,
Et
tous mes coups seront sanglans.
N'offrons
à leurs yeux insolens
Qu'un
vieillard foible et misérable.
Que
sous un voile impénétrable
La
vengeance marche à pas lents.
ULYSSE,TÉLÉMAQUE,
EUMÉE
Que
sous un voile impénétrable
La
vengeance marche à pas lents.
Vous
périrez, troupe exécrable,
Et
tous nos coups seront sanglans.
ACTE
III
(Le
Théâtre représente une Salle du palais d’Ulysse)
Scène
1
(Ulysse, Télémaque)
ULYSSE
Va-t-elle
enfin paroitre?
TÉLÉMAQUE
Elle
vient sur mes pas...
ULYSSE
Je
veux être seul avec elle.
Laissez-nous, et de mon trépas.
Faites
répandre la nouvelle.
TÉLÉMAQUE
Nous
allez déchirer ce coeur tendre et fidèle
ULYSSE
Mon
fils, obéissez, et ne balancez pas.
Scène 2
ULYSSE
(seul)
Que
n’ai-je pas souffert, de lui voir, en silence,
Endurer
de ces Rois le faste humiliant!
Que
n'ai-je pas fouffert, de voir leur insolence
Insulter
au malheur d'un vieillard suppliant
Air
Ah!
que la prudence est pénible,
Entre
la colère et l'amour!
Quel
tourment pour un coeur, d'étouffer tour-à-tour
Une
fureur brûlante, une pitié sensible!
Vingt
fois mes yeux se sont couverts
Comme
d'un nuage de larmes;
Et
vingt fois j'ai frémi de n'avoir pas mes armes
Pour
exterminer ces pervers.
Ne
vas pas oublier les conseils de Minerve,
Ulysse!
on t'écoute, on t'observe.
Du
grand art de dissimuler,
Voici
l'instant de faire usage.
Commande
à tes regards, compose ton visage,
Défends
à tes pleurs de couler.
La
voici. Quel moment! Et que vais-je lui dire?
Scène 3
PÉNÉLOPE
Approchez.
Je resoecte et l'âge et le malheur.
Vous
nous voyez dans la douleur;
Mais
nos maux vont finir, dès qu'Ulysse respire..
Il
est donc parti de Corcyre?
Vous
l'avez-vu?
ULYSSE
J'ai
dit la simple vérité.
PÉNÉLOPE
N'as-t-on
rien appris de sa bouche
Qui
l'intéresse, et qui me touche?
ULYSSE
Je
sais qu’il a souffert la dure adversité;
Je
sais que loin de sa patrie,
De
périls en périls long-temps précipité,
Dans
l'horreur des combats, sur les mers en furies.
Jamais
votre image chérie
Un
seul moment ne l'a quitté.
PÉNÉLOPE
Ah!
combien je serois coupable,
Si,
loin de lui, mon coeur avoit été capable
D'un
moment de tranquillité!
Air
Je
n'ai cessé de voir Ulysse
Depuis
l'instant de nos adieux;
Et
ses dangers, pour mon supplice,
Se
sont tous offerts à mes yeux.
Les
vents, les eaux, le fer, la flamme,
Tout
ce qui d'un mortel peut menacer les jours,
Portoit
la terreur dans mon ame
J'espérois
quelquefois, mais je craignois toujours.
ULYSSE
Plus
la gloire est pénible et plus elle a de charmes:
Ulysse
en jouit quelquefois.
Sur
le tombeau d'Achille, au milieu de vingt Rois,
D'Achille
au fier Ajax il disputa les armes.
PÉNÉLOPE
Et
dès qu'on entendit son éloquente voix,
Il
triompha sans doute?
ULYSSE
Il
fit couler des larmes,
Et
les coeurs attendris reconnurent ses droits.
PÉNÉLOPE
Vous
ne m'étonnez pas: mon Ulysse possède,
Dans
l'art d'intéresser, un charme à qui tout cède.
ULYSSE
Sous
les murs d'Ilion, que la cendre a couverts,
Compagnon
des Héros, il obtint leur estime;
Mais
de nouveaux dangers l'attendoient sur les mers.
De
Scylla, de Charybde, il vit l'affreux abîme.
PÉNÉLOPE
O
dieux!
ULYSSE
Les
flots bruyants l'ont porté sur leur cime,
Entre
ces deux gouffres ouverts.
PÉNÉLOPE
Ah!
ses périls passés me font frémir encore.
ULYSSE
La
fille du Soleil, Circé, qui fait pâlir
Le
jour que ce Dieu fait éclore,
Vit
Ulisse en danger et daigna l'accueillir.
PÉNÉLOPE
Circé!
ULYS8E
Par
une douce ivresse,
La
perfide essaya d'obscurcir sa raison;
Mais
de la coupe enchanteresse
Ulysse
évita le poifon.
Air
PÉNÉLOPE
Tu
savois combien ma tendresse
Devoit
souhaiter son retour,
Mon
cher Ulysse! et la sagesse
Te
préserva moins que l'amour.
ULYSSE
Plus
sincère et plus dangereuse,
Calypso,
dans son isle heureuse,
Invitoit
votre époux à l'immortalité.
PÉNÉLOPE
Ah!
comment résister aux charmes d'une amante.
Qui
propose un tel prix à l'infidélité!
ULYSSE
Un
séjour enchanteur, une Nymphe charmante,
Le
sort des Dieux, pour vous Ulysse a tout quitté.
PÉNÉLOPE
Je
fais mon bonheur de le croire
Le
doute seroit trop cruel.
Non,
non, d'un amour mutuel
Il
n'a point perdu la mémoire.
Non,
le plus sage des mortels
N'aura
point trahi les autels,
Sa
foi, mon amour et sa gloire.
Je
fais mon bonheur de le croire
Le
plus fidèle des mortels.
Scène
4
(Télémaque, Eumée, Nésus et les
suivantes de
Pénélope arrivent)
NÉSUS
D'Ulysse
enfin le sort funeste
N'est
plus douteux: il est descendu chez les morts.
PÉNÉLOPE
Qu'osez-vous
dire?
LE POURSUIVANT
Il
vient de périr sur ces bords;
Et
cet étranger nous l’atteste.
PÉNÉLOPE
Lui!
ULYSSE
(à Nésus)
Cruel!
ah! pourquoi dissiper son erreur;
PÉNÉLOPE
Ulysse
est mort
ULYSSE
Je
suis le déplorable reste
De
son vaisseau brisé par les vents en fureur.
PÉNÉLOPE
Vieillard,
à m'accabler peut-être on vous engage.
Déjà,
pour complaire à ces Rois,
Des
étrangers, plus d'une fois,
M'ont
tenu le même langage.
L'homme,
dans le malheur, est si faible à votre âge;
Et
sur lui la crainte et l'espoir
Ont
quelquefois tant de pouvoir!
Intimidé,
séduit, avec ces Rois, peut-être,
Sans
le vouloir, vous conspirez.
Ah!
vous ne savez pas quel coeur vous déchirez.
Si
ce n’est qu'une erreur, faites-là moi connoître.
Il
en est temps encor. Ma vie, ou mon trépas
Dépend
de vous, n'en doutez pas
Un
mot, un seul mot en décide.
Je
vous vois attendri; vous semblez me cacher
L'horreur
que vous inspire une trame perfide.
Vous
le plaigniez, ce coeur que l'on veut m'arracher.
Par
pitié de mes jours, que vous allez trancher,
Parlez.
Ici des Dieux la majesté réside:
Nous
n’avez sous leurs yeux nul danger à courir.
Soyez
sincére en assurance.
Ulysse
est-il vivant? Ma débile espérance
Doit-elle
revivre ou mourir?
ULYSSE
(bas)
Q
dieux! soutenez mon courages
(haut)
Reine,
vous insultez à mon abaissement.
PÉNÉLOPE
Bon
vieillard pardonnez: je vous fais un outrage;
Cependant,
je l'avoue, un confus mouvement,
Contre
vous, dans mon coeur, s'élève obstinément.
J'interroge
vos yeux, vos traits, votre langage,
Tout
m'y peint la candeur: Eh bien, dans ce moment,
Je
ne sais quelle voix en secret vous dément.
C'est
là pour moi, peut être, un bien foible présage!
Mais
cent fois alarmée, et toujours vainement,
A
vous croire aujourd'hui, quelle preuve m'engage?
ULYSSE
Hélas,
que vos doutes sont vains;
Et
qu'il m’est bien aisé d'éclaircir ce nuage!
Reine,
de votre foi reconnoissez le gage
Qu'Ulisse
a laissé dans mes mains.
PÉNÉLOPE
L’anneau
d'Ulysse! ô Dieux! ô sort impitoyable!
Ainsi
de mon malheur je ne puis plus douter!
ULYSSE
Ah!
pour vous l'annoncer, ce malheur effroyable,
Croyez
qu'il a dû m'en coûter,
Air
PÉNÉLOPE
Il
est affreux, il est extrême,
Il
n'est connu. que de mon coeur.
Qui
n'a pas aimé comme j'aime,
Ne
peut concevoir mon malheur.
Tant
que la plus foible apparence
Put
me flatter dans ma souffrance,
La
vie eut pour moi des appas;
Mais
un malheur sans espérance,
N'est
qu'un pénible et long trépas.
Il
est affreux, ecc.
TÉLÉMAQUE
Dieux!
elle succombe. Ma mère!
(La
tenant dans es bras, et regardant Ulysse)
I1
n’est donc plus d'espoir?
PÉNÉLOPE
Que
veux-tu que j'espère?
Il
a vu son naufrage, et tu l’as entendu.
Non,
je n'ai plus d'époux, non, tu n'as plus de père.
Mon
fils, nous avons tout perdu!
O ciel! de la vertu c’est donc là le partage!
Après
tant de dangers qu'il venoit de courir,
Aux
bords qui l'ont vu naître il est venu périr!
Allez,
Eumée, allez, parcourez ce rivage;
Et
parmi les débris rejettés par les flots,
Faites
recueillir sur la plage
Les
restes sacrés d'un Héros.
Qu'à
l'honorer du moins ma douleur se foulage.
(Eumée
sort)
Vous,
mon fils, qu'à son ombre on élève un tombeau:
Il
sera tous les jours arrosé de mes larmes.
ULYSSE
Prince,
n'oubliez pas d'y suspendre les armes.
PÉNÉLOPE
Hélas!
c’est pour sa gloire un trophée assez beau.
(Aux
Poursuivans)
Et
vous, qui jouissez du malheur qui m'accable,
Puisqu'enfin
le ciel implacable
A
des liens si chers me force à renoncer,
Au
pié de ce tombeau que mon peuple se rende:
C'est-là
que je veux qu'on entende
Ce
que j'ai promis d'annoncer.
POURSUIVANS
Reine,
le destin vous commande:
Il
n'est plus temps de balancer.
(Les
Poursuivans se retirent)
Scène 5
ULYSSE
Qu‘avez-vous
résolu?
PÉNÉLOPE
Ma
mort: j'y suis réduite.
C'est
mon unique espoir, et j'y veux recourir.
CHOEUR
DE FEMMES
Hélas!
vous êtes mère, et vous voulez mourir!
PÉNÉLOPE
Je
veux me délivrer d'une affreuse poursuite.
ULYSSE
Un
fils vous reste encor: il peut vous secourir.
PÉNÉLOPE
Dans
les bras de sa mère, hélas! on le menace.
ULYSSE
On
le menace!
PÉNÉLOPE
Et
c'est pour lui
Qu'on
me fait trembler aujourd'hui.
ULYSSE
(d'un ton implorant)
Au
bonheur des méchans le ciel enfin se lasse;
Vous
verrez tomber vos tyrans.
PÉNÉLOPE
(étonnée)
Et
quel Dieu fera ce miracle?
ULYSSE
(d'un air inspiré)
Ulysse
l'a prédit, croyez-en cet oracle:
L'avenir
se dévoile aux regards des mourans.
Vivez,
Reine, vivez, il l'ordonne lui-même:
Oui,
je viens révéler sa volonté suprème:
Elle
fera trembler vos tyrans odieux,
PÉNÉLOPE
Ah!
quel trouble inconnu vous jettez dans mon ame!
Sous
les traits d'un mortel, êtes-vous l'un des Dieux?
ULYSSE
Tout
mortel que je suis, je prédis qu'à vos yeux,
Va bientôt,
comme un trait de flamme,
Partir
la vengeance des cieux.
(Ils
sortent ensemble)
Scène 6
(Le
Théatre représente une place publique,
le tombeau d’Ulysse
au milieu)
CHEUR
DU PEUPLE
Pleurons
le plus sage des Rois:
Le
monde est rempli de sa gloire.
Nous
ne vivrons plus sous ses loix.
De
ses vertus, de ses exploits
Gardons
à jamais la mémoire.
Scène 7
LAËRTE
(soutenu par deux Pasteurs)
IL
n'est plus! il n’est plus! malheureux père! hélas!
Etoit-ce
à moi de lui survivre?
Ouvrez-moi
son tombeau. Je veux du moins le suivre
Dans
l'affreuse nuit du trépas.
Scène 8
PÉNÉLOPE
Fils
d'Ulysse, et vous peuple, un vieillard vénérable,
Témoin
de son sort déplorable,
Vient
porter à nos coeurs les plus sensibles coups.
Il
a reçu, dit-il, sa volonté suprême,
Qu'il
vient m'annoncer devant vous.
Il
n'est rien sous le ciel de plus sacré pour nous.
Mais
je veux, par ferment, qu'il l'atteste, là même,
Sur
le tombeau de mon époux.
ULYSSE
(après avoir monté les degrés du tombeau;
sur lequel
il pose la main)
Oui,
j'atteste des morts les tyrans inflexibles,
Et
le tombeau d'Ulysse, et ses armes terribles,
Qu'il
n'a pu, fans frémir, vous savoir en danger,
Qu'il
a plaint vos malheurs, et qu'il vient les venger.
PÉNÉLOPE,
LES POUSUIYANs, LE PEUPLE
Ciel!
ULYSSE
(aux Poursuivans)
Tremblez,
malheureux, reconnoissez Ulysse!
CHOEUR
GÉNÉRAL
Ulysse!
O Dieux!
ULYSSE
(à son fils et au peuple d'Ithaque)
Pour
leur supplice,
Armez-vous,
armez-vous.
(Il
leur distribue des armes)
PEUPLE, POURSUIVANS
Armons
nous, armons-nous:
(Les
Poursuivans s'éloignent; Ulysse et les siens traversent
le
Theatre, et sortent du même côté que les Poursuivans)
Scène 9
PÉNÉLOPE
Ah!
l'excès de ma joie accable ma foiblesse.
CHOEUR,
PÉNÉLOPE
C'est
lui! c'eft Ulysse! grands Dieux!
CHOEUR
(hors du Théâtre)
Tombez,
tyrans audacieux
PÉNÉLOPE
Hélas!
dans quel trouble il me laisse!
CHOEUR
(sur le Théatre)
Protège-nous,
sage Déesse,
Ulysse
combat sous tes yeux.
CHOEUR
(hors du Théâtre)
Tombez,
tyrans audacieux.
LES
POURSUIVANS
Fuyons
le danger qui nous presse,
Ulysse
a pour lui tous les Dieux.
CHOEUR
(hors du Théâtre)
Tombez
sous sa main vengeresse,
Tombez,
tyrans audacieux.
CHOEUR
(sur le Théatre)
Protège-nous,
sage Déesse,
Ulysse
combat sous tes yeux.
Scène 10 et dernière
PÉNÉLOPE
(en se précipitant vers Ulysse)
Enfin
dans mes bras je le presse!
ULYSSE
Vos
malheurs sont vengés, vos tyrans sont punis,
Rendons
graces aux Dieux qui nous ont réunis.
PÉNÉLOPE
Ah!
quel moment pour ma tendresse!
ULISSE,
PÉNÉLOPE, TÉLÉMAQUE, LAÈRTE
Dieux
immortels! Et toi, Minerve, et toi,,
Ma/Sa
Divinité tutélaire!
Que
de voeux! que d'autels!
Que d'encens je vous doi!
ULYSSE
Pénélope!
LAÈRTE
(à Ulysse)
Mon fils!
ULYSSE
(à Télémaque)
Mon
fils!
PÉNÉLOPE
Cher
Ulysse!
ULYSSE
(à Laërte),
Mon
père!
TÉLÉMAQUE
(à Ulysse)
Mon
père!
LES QUATRE
C'est
vous enfin que je revoi!
Ah!
qu'il a de charmes pour moi!
Ce
jour, ce beau jour qui m'éclaire!
PÉNÉLOPE.
Ah!
quelle épouse, ah! quelle mère
Sera
plus heureuse que moi!
ULYSSE
Quel
fils, quel époux, et quel père
Fut
jamais heureux comme moi!
TÉLÉMAQUE
Quel
fils, dans les bras de son père,
Fut
jamais heureux comme moi!
PÉNÉLOPE,
LAÈRTE
(à Ulysse)
Quel
fils, quel époux, et quel père
Fut
jamais aimé comme toi!
CHOEUR
GÉNÉRAL
Dieux
immortels! et toi, Minerve, et toi,
Sa
divinité tutélaire!
Protégez,
défendez, conservez ce bon Roi.
(Un
Ballet général termine l’Opéra)

|
ACTO
I
(El teatro representa el vestíbulo del palacio de Ulises.
Al fondo, en una sala,
los pretendientes de Penélope
están sentados a la
mesa)
Escena 1
(Penélope, Teone y otras sirvientas de Penélope
en primer plano; los
pretendientes al fondo)
PRETENDIENTES
Dejemos a los amantes de la gloria
Buscar en tierras lejanas
La muerte o la victoria.
Entre diversiones y festines
Un ardor más dulce nos acucia.
¡Dios del amor, dios de la embriaguez,
Velad por nuestros destinos!
PENÉLOPE
(escuchándoles)
¿Qué les hace aumentar
su bárbaro júbilo?
¡Hoy están aún más
seguros de mi desgracia!
PRETENDIENTES
¡Dios del amor, dios de la embriaguez,
Velad por nuestros destinos!
PENÉLOPE
Viles y cobardes borrachos, ¡el oprobio de Grecia!
PRETENDIENTES
¡Dios del amor, etc.
PENÉLOPE
Ellos nadan en la felicidad infinita;
Y yo, cada día, me hundo más en el dolor.
PRETENDIENTES
Entre los juegos y los festines,
Dios del amor, dios de la embriaguez;
Velad por nuestros destinos.
Escena 2
(Llegan los senadores)
SENADORES
(a Penélope)
Un pueblo lleno de tristeza
Suspirando os tiende la mano.
¿Le haréis gemir sin cesar
Bajo sus inhumanos opresores?
PENÉLOPE
(aparte)
La mansedumbre del pueblo es mi debilidad,
El origen de todos mis males.
PRETENDIENTES
¡Dios del amor, dios de la embriaguez,
Velad por nuestros destinos!
(Los Pretendientes se retiran)
SENADORES
¡Ceded a las peticiones del pueblo!
De vos depende su destino.
PENÉLOPE
(a los diputados)
Conozco vuestros sufrimientos, y mi corazón los comparte.
Si ya no me queda esperanza, si mi esposo ha muerto,
A un nuevo himeneo me comprometo.
A la vuelta de mi hijo, asumiré mi suerte.
No me pidáis más.
(Los Senadores se retiran)
Escena 3
PENÉLOPE
¡Dioses justos, dioses vengativos! ¿Nos abandonáis?
¡Ah, devolvedme a mi hijo, devolvedme a mi esposo!
Aria
Reina cautiva,
Madre temerosa,
Esposa en llanto,
¡El cielo me abandona
A semejantes desgracias!
¡Cesad, crueles, de perseguirme,
O sucumbiré a mis aflicciones!
¡Vuelve, hijo mío, vuelve!
Tus
peligros son los míos.
Si
mueres en el mar,
¿Quién
será mi sostén?
¡Devolved
a su madre el único bien
Que
aún le queda en el mundo!
¡Vuelve,
hijo mío, vuelve!
Tus
peligros son los míos.
Escena
4
(Entra Nesus)
NESUS
¡Temblad,
Reina, temblad si vuestro deseo se cumple!
La
trampa de la muerte espera al hijo de Ulises.
Si
vuelve, si atraca, perecerá bajo las aguas.
PENÉLOPE
¡Telémaco!
NESUS
Testigo de la más negra conspiración,
No
quiero ser cómplice.
Sólo espero que un viento propicio
me lleve pronto a Delos.
PENÉLOPE
¿Dejarás
morir a Telémaco?
TEONE
¡Vos, el
único de los veinte reyes que hacen llorar a Ítaca!
¡Vos, el
único del que Penélope esperaría ayuda!
NESUS
A tus calamidades quisiera poner fin, pero
todo ha cambiado.
Tu corazón rechaza mis deseos;
Tus
demoras, tus evasivas bien que me lo han enseñado.
¡No quiero alimentar una vana esperanza!
De tus desgracia me acusas;
Pues
que te acuse mi desprecio.
TEONE
¿Y el amor?
NESUS
En
un corazón generoso y sincero,
El
amor rechazado se muda en despecho mortal;
Pero
si es en mí en quien ella espera
Un defensor y un padre que le devuelva a Telémaco,
Sólo
tiene que aceptar: La espero en el altar.
(Sale)
Escena
5
PENÉLOPE
¡Oh,
crimen! ¡Oh, detestable perfidia!
¿Cuál
es la solución de este espantoso peligro?
¿A quién puedo recurrir?
¿Estoy avocada a la elección inevitable
De
traicionar a tu padre o de verte morir?
CORO
DE MUJERES
¡Oh,
desgraciada madre!
¡Vuestro
hijo va a morir!
PENÉLOPE
¡Oh,
desgraciada madre!
¿A
qué dios recurrir?
¡Ay!
Si no acepto,
Hijo
mío, morirás.
¿Debo
traicionar a tu padre?
¿Debo
verte morir?
CORO
¡Oh,
desgraciada madre!
¡Vuestro
hijo va a morir!
PENÉLOPE
¡Oh,
desgraciada madre!
¿A
qué dios recurrir?
Me
queda una esperanza: que un viento caritativo,
O
más bien un dios favorable,
Se
oponga a su vuelta, y lo aleje del puerto.
¡Ay!
¿A qué me reduce el destino?
Este
regreso, este momento para mí tan deseado,
¡Le temo más que a la muerte!
Escena
6
(Llega Eumeo)
TEONE
Eumeo,
¿qué te trae a estos lugares?
EUMEO
El
cielo ha sido tocado por nuestros llantos.
Telémaco
regresa.
PENÉLOPE
¡Dioses!
EUMEO
En
la húmeda llanura
He
reconocido el color de su estandarte.
PENÉLOPE
¡Oh,
día funesto!... ¡me muero!
(Cae
en los brazos de las mujeres)
TEONE
¡Corre,
amigo sabio y fiel,
Aborda un barco ligero y
aleja
a Telémaco!
Le va en ello la vida...
EUMEO
¿Están
amenazados sus días?
TEONE
En
su mortal espanto,
La
Reina sólo a ti puede recurrir.
EUMEO
¡Ay!
¿Qué podrá mi celo hacer por él
Contra
un peligro tan grande y en tan breve tiempo?
(Sale)
Escena
7
PENÉLOPE
(en la confusión y el pavor)
Es
un hecho: la muerte me rodea.
Solo
Nesus podría salvarle y
defenderle;
¡Pero Nesus me abandona!
¡Ah, si aún hay tiempo, corre, mi querida Teone,
A implorar
su apoyo!
¡Dile que
salve a mi hijo, que lo devuelva a su madre!
El
precio a pagar por
un ser tan querido es muy alto:
Me
comprometo o, más bien, me entrego a él.
(Teone
sale)
Escena
8
CORO
De
las más profundas amarguras,
Veréis
renacer los gozosos días.
El
himeneo, conducido por Amor,
Pronto
habrá secado vuestras lágrimas.
De
las más profundas amarguras,
Veréis
renacer los gozosos días.
(Mientras
el coro canta, Penélope
permanece absorta en su dolor)
PENÉLOPE
¿Qué
he prometido? ¡Ah, desgraciada!
¡O
mi esposo respira, o su sombra me oye
En
lo profundo de la tenebrosa noche!
Entre
el altar y yo, veo que me espera.
Aria
Sí,
veo a su sombra errante:
Es
ella; sí, la veo.
Va quejumbrosa y gimiente;
terrible y amenazante.
Querida
sombra, ¡acércate, tranquilízate!
Te
juré ser por siempre fiel,
Lo
juré al despedirnos;
Y
de mi eterna constancia
Son
todos los dioses testigos.
Pero
si no soy una criminal,
Tu
hijo morirá ante mis ojos.
Escena
9
(Llegan los pretendientes)
PENÉLOPE
¿Quién
de vosotros? ¿Quién de vosotros, pérfidos,
Se
apresura a atravesarme el pecho?
Teñidos
por la sangre de mi hijo, de la que ávidos estáis,
De
la madre ¿quién será hoy el asesino?
CORO
¿Quién
puede imputarnos tal culpable intención?
PENÉLOPE
Sí,
sacrílegos como sois,
Sí,
habéis concebido ese crimen odioso
Durante
vuestras bárbaras fiestas,
En
el palacio de Ulises, como si fuerais dioses.
CORO
Ese
miedo mortal
Que
reina en vuestra alma,
Puede
al instante calmarse en el altar.
Entre
veinte reyes,
A
los que un mismo ardor inflama,
Elegid.
¡Vuestros
deseos serán para nosotros, la ley!
PENÉLOPE
(vivamente)
¡Devolvedme
a mi hijo y que sea él mismo el que me anuncie
Que
Ulises ha descendido a la oscuridad del sepulcro!
Si así fuera, desde ese momento renunciaré
a mi fidelidad
reavivando la llama del himeneo.
CORO
¡No,
no, nos engañas,
Eso es una nueva evasiva!
PENÉLOPE
¡Ay, tan sólo dadme un día más!
CORO
¡No,
no, nos engañas!
PENÉLOPE
¡Oh,
contratiempo mortal!
CORO
¡Es
un nuevo engaño!
PENÉLOPE
Me atemorizáis...
CORO
¡Ceded,
ceded sin miedo
Al
más ardiente de los amores!
PENÉLOPE
¿Me
paralizáis de miedo;
Y habláis de amor?
CORO
¡Ceded,
etc.
PENÉLOPE
Si es necesario para completar mi miseria
llevaos mis bienes, mi palacio, mis tesoros;
pero que
una nave me aleje de estas costas.
Iré junto a mi padre, Ícaro,
Para
olvidar todos los bienes que me habéis robado.
Sólo deseo llevar conmigo a mi hijo,
Es
el único tesoro de una madre.
CORO
Ardemos
todos
Por
reinar en vuestra alma.
¡Ése es el único bien que deseamos!
Entre
veinte reyes,
a los que un mismo ardor inflama,
Elegid.
¡Vuestros
deseos serán para nosotros, la ley!
PENÉLOPE
¡Crueles! ¡Os mofáis de
las lágrimas de una madre!
CORO
¡Nombrad
al esposo que vuestro corazón prefiera,
Y
al instante vuestras lágrimas cesarán!
MUJERES
¡Oh,
desgraciada madre!
¡Vuestro
hijo va a morir!
PENÉLOPE
¡Oh,
desgraciada madre,
ha llegado la hora de tu muerte!
(Una fanfarria anuncia la llegada de Telémaco)
¡Dioses!
¡Mi hijo!
(Se
precipita a sus brazos)
Escena
10
(Llegan Telémaco y Eumeo acompañados por un gran gentío)
TELÉMACO
¡Por
fin, reina, nuestras
desgracias terminarán,
pues Ulises no está lejos!
PENÉLOPE
¿Está vivo?
TELÉMACO
¡El
Cielo es justo
Y ha protegido sus días!
Aria
Cubierto
con la égida inmortal,
Entrará
en su reino.
Las
injurias e insolencias de los pretendientes
serán castigadas
con el terror y el
silencio.
¡Todo cederá ante él!
Arrojemos lejos a la culpable Ofensa,
Tranquilízate,
débil Inocencia,
pues los
dioses te otorgan su sostén.
PRETENDIENTES
(aparte)
¡Joven
imprudente, tu esperanza
Se verá
hoy defraudada!
PENÉLOPE
¡Dioses
protectores de la inocencia,
por fin hoy os manifestáis!
PUEBLO
¡A
los dulces rayos de la esperanza
Nuestros
corazones hoy se abren!
TELÉMACO
Tranquilízate,
débil Inocencia,
pues los
dioses te otorgan su sostén.
PRETENDIENTES
(aparte)
¡Joven
imprudente, tu esperanza
Se verá
hoy defraudada!
ACTO
II
(Aldea en la que se distingue el viejo
castillo
de Laertes y la casa de Eumeo.
Vemos el mar a lo lejos)
Escena
1
(Laertes sostenido por dos pastores)
EUMEO
¡Cesad,
venerable Laertes,
Cesad
de gemir por la pérdida
De
un hijo tan largamente esperado!
¡El vive, está de
regreso!
LAERTES
¿He oído bien?
¡Sostenedme,
estoy cerca de mi última hora!
Eumeo,
¿es cierto que me devuelven a Ulises?
¡Antes
de dejar la luz besaré
a mi hijo,
los dioses son generosos!
Sin
pena, entre los muertos me uniré a mis antepasados,
Si
la mano de mi hijo me cierra los párpados.
¡Cuántos
males su ausencia ha causado
en estas tierras y a su fiel esposa!
¿Por
quién viene anunciada la nueva?
EUMEO
Por
Telémaco, su hijo.
LAERTES
Que
aparezca ante mis ojos.
EUMEO
Aquí
le veis.
Escena
2
(Llega Telémaco)
LAERTES
Querido
príncipe, objeto de mi ternura,
¿eres tú al que
estrecho entre mis débiles brazos?
¿De
cuántos peligros has escapado?
(Con vivacidad)
¿De
la vuelta de mi hijo traes la certeza?
¿No
te habrá engañado
La una ilusa esperanza?
TELÉMACO
¡Vuelve!
Los dioses y los hombres, todos lo aseguran.
LAERTES
(Con una triste ternura)
¡Que
venga aquí sin tardanza!
¡Ay!
En el estado en el que me encuentro
No hay tiempo que perder…
Aria
De
mi frágil vejez
Veo
apagarse la llama.
Estoy
al borde de la tumba
Y
para mí no es posible una espera más larga.
¡Oh muerte, sé al menos lo suficientemente lenta,
Como para
dejarme ver tan hermoso día!
Escena 3
(Entran unos pastores)
LAERTES
(Con vivacidad)
¡Venid,
pastores, venid a felicitar a un padre!
¡Es el consuelo a veinte años de desgracias!
El
cielo me devuelve al hijo tan largamente esperado.
UN
PASTOR
El
rumor de su vuelta hasta nosotros ha llegado.
CORO
(a Telémaco)
Príncipe
adorado,
¡El júbilo se esparce en
todos los corazones!
¡Ulises
ha aparecido en Grecia
Y pronto llegará a estas
orillas!
LAERTES, CORO
A
su/nuestro amor, a mi/nuestra ternura,
Dioses
bienhechores, lo devolvéis.
(Los
pastores expresan su alegría con danzas.
La música anuncia la
llegada de una tormenta.
La escena se oscurece)
EUMEO
(a Telémaco)
Príncipe,
se ve desde la orilla
Una
nave golpeada por las aguas,
Y por el miedo de la tripulación
Parece que se avecina una violenta tormenta.
(La música describe el progreso de la tormenta)
CORO
¡Qué
ruido en el aire!
¡Las
aguas le responden!
Y se confunden
Los
cielos y los mares.
Sobre
la onda espumosa,
¡Dioses!
¡Qué tormenta!
¡Qué
sombrío horror!
Al
ruido del trueno
Los
vientos en furor
libran una guerra.
El
cielo sobre la tierra
Esparce
el terror.
TELÉMACO
¡Cómo
lamento el destino
De
tantas víctimas!
EUMEO
¡Inmensos
abismos
Les
ofrece la muerte!
TELÉMACO
¡Oh, dioses!
¿Mi padre corre
semejante peligro?
LAERTES
¡Oh,
dioses!
¿Su padre corre semejante peligro?
EUMEO
¡Oh,
dioses!
¿Su padre corre semejante peligro?
LOS
TRES
¡La cólera de Neptuno
Va a sumergirlos!
CORO
¡Qué angustiosos gritos!
¡Qué
funestos lamentos!
La
ola indomable,
Tras destrozarlos, amaina.
TELÉMACO
¡Ah, en los horrores del
naufragio
Apresurémonos
a socorrerles!
CORO, LAERTES
¡Para llegar a la
ancianidad,
Cuántos
peligros hay que correr!
(Todos
se retiran. El
teatro cambia y representa una
gruta en la
que se puede ver el mar en calma al fondo)
Escena 4
ULISES
(solo)
¡Todos
han perecido!
¿A qué ribera me
han lanzado los furiosos vientos?
Solo,
errante, desarmado, entre un pueblo salvaje,
¿Encontraré
aquí la muerte o la esclavitud?
¿Qué
veo? ¿Puedo creer a mis ojos?
Todo
me recuerda a Ítaca.
Sí, este bello lugar parece
la
gruta en la que
El
coro de las ninfas se reúne
Y
hace resonar el aire con sus divinos acordes.
(Se marcha)
Escena 5
NINFAS
El
día renace, los vientos se callan,
Y un
cielo más sereno nos sonríe.
El
aire está tranquilo, las aguas se apaciguan,
y en
la ribera todo florece.
Reapareced,
tímidos placeres,
Que
el miedo dispersó.
¡Ven,
tierno amor, tú que los guías,
Ven
a reanimar los corazones que el miedo ha paralizó!
Escena
6
(Ulises regresa)
ULISES
¡Oh ninfas, tranquilizad mi
incipiente esperanza!
¡Ay!
Si debo creer las apariencias
Aquí,
por vosotras, cien veces quemé inciensos.
UNA
NINFA
¿Y
quién no conoce las orillas por las que desciendes?
El
nombre de Ítaca y su gloria
Son transportados por la victoria
Hasta
los climas más distantes.
ULISES
Bella
ninfa, ¿es verdad? ¿No lo dices por halagarme?
¿Estoy
en efecto en Ítaca?
Laertes,
Penélope, y mi hijo Telémaco,
¿Están
vivos? ¿Están unidos y en paz?
LA
NINFA
La
violencia y la injusticia
Amenazan
a la madre y al hijo.
NINFAS
Ve
a verles, prudente Ulises;
Disimula,
observa y castiga.
LA
NINFA
Para
engañar los ojos de la corte
Minerva
sobre tu frente ha imprimido la vejez.
CORO
Ármate
de un corazón fuerte
Y presérvate de las lágrimas del amor.
Escena
7
(Ulises solo)
Aria
¿Qué
desgracias me aguardarán aún?
¿No
he sufrido acaso suficiente?
Penélope,
¡oh, tú, a la que yo adoro!
¡Y a ti, hijo mío!
Lejos
de mí, bajo vuestros pies ¿qué abismos se abren?
¿Qué
desgracias me aguardarán aún?
¿No
he sufrido acaso suficiente?
¡Ítaca, oh, mi dulce patria!
Solo
por ti he suspirado.
Vuelvo
a verte, isla querida,
¡Y
no puedo verte sin miedo!
Escapo de la mar enfurecida,
Y la
calma por fin renace para mí;
¡Vuelvo
a verte, isla querida,
Y
no puedo verte sin miedo.
¿Qué
desgracias, etc...!
Pero... ¿Quién
se acerca por la orilla?
Escena
8
(Llegan Telémaco y Eumeo)
TELÉMACO
¿No
sois acaso vos, noble extranjero,
Al
que hemos visto naufragar sobre estas orillas?
¡Ah, del horrible peligro
Sin duda algún dios os ha librado!
ULISES
Sí,
joven, los dioses han propiciado semejante prodigio;
Y
tan desgraciado como soy,
Agradezco su favor tanto como puedo.
TELÉMACO
Apresuraos
a calmar nuestras mortales alarmas.
En
esa nave, rota por los enfurecidos vientos,
Un
héroe es objeto de nuestras lágrimas.
¿Viajaba Ulises con vos?
ULISES
Sé
que navegaba hacia Ítaca.
TELÉMACO
¡Los dioses se los han impedido!
ULISES
¿Es éste su reino?
TELÉMACO
Veis
a su hijo Telémaco,
y veis
a su fiel amigo.
ULISES
¡Vos,
su hijo!
TELÉMACO
¡Ah, hablad! ¿Vuestro corazón
sufre?
ULISES
¡Ay, qué mortal esperanza
Llevo
a vuestros sensibles corazones!
¿Vuestra
madre lo resistirá?
Él
está…
TELÉMACO
¡No sigáis! Bien veo todas muestras desgracias.
EUMEO
¿Es
pues cierto? ¿Los dioses han terminado con su vida?
TELÉMACO
¡Toda
esperanza me ha sido arrebatada!
Mi esperanzada juventud lo esperaba todo de él
Para sortear los peligros que la acechan.
¡Ahora estoy sin guía
ni sostén!
ULISES
(aparte)
¡Momento
delicioso! ¡Felicidad digna de envidia!
EUMEO
¡Ah, la única de las naves
Que
desafió la rabia de los vientos y los mares,
Acabó por romperse en esta
orilla!
¡Mi desgraciado señor ha muerto en las aguas!
ULISES
Con firme arrojo se enfrentó al naufragio,
Y valientemente desafió a la
muerte.
Pero,
¡ay! ¿qué puede hacer el coraje
Contra los deseos de los
dioses y los designios del destino?
Trío
TELÉMACO
¡Oh,
mi padre!
EUMEO
¡Oh,
mi señor!
TELÉMACO
¡Destino
cruel!
EUMEO
¡Desgraciado
día!
AMBOS
¿Quién
será ahora feliz
Si Ulises ya no puede
serlo?
ULISES
(aparte)
¡Ah!
¿Qué padre? ¡Ah! ¿Qué señor
Fue
alguna vez más feliz?
TELÉMACO
¡He
perdido a mi guía!
¡He
perdido a mi sostén!
EUMEO
¡Su fiel esposa
Sólo
vivía por él!
ULISES
¡Qué
alegría, junto a ella,
Hoy le
esperaba!
TELÉMACO, EUMEO
¡Ya
no le queda nada!
¡No será nada sin él!
ULISES
¡Él aún será feliz
Si vive en todos los corazones!
TELÉMACO, EUMEO
¡Sí,
vive en todos los corazones!
¿Acaso lo
dudáis,
Vos,
que nos veis llorar?
¡Es
un dios al que adoramos!
ULISES
(aparte)
Noto como se me saltan las lágrimas.
EUMEO
Ante
los ojos de la reina
¿Cómo se lo presentaremos?
TELÉMACO
¡Oh, dioses, qué pena
Ver su
corazón sufrir!
TODOS
¡Testigos celestes
De
nuestra infelicidad,
Por
piedad hacia ella,
Ahorradle
su dolor!
ULISES
(aparte)
Mi
alma se tambalea.
Una creciente confusión,
Desasosegadora y violenta,
Nace desde el
fondo de mi corazón.
(Fin
del trío)
Abre
los ojos, mi querido Eumeo.
EUMEO
¿Qué
oigo? ¡Mi alma reconoce esa voz!….
¡Mira, Telémaco!
¡Oh, dioses bienhechores!...
Pero
no, no es él... la vejez extrema...
Los
cabellos nevados por los años...
ULISES
¡Si, soy yo! ¡Soy el mismísimo Ulises!
TELÉMACO
(con estupor y alegría)
¡Padre!
ULISES
En
vano Minerva ha querido esconderme
Bajo
los témpanos de la vejez.
¡Ven,
reconoce a tu padre, al que la alegría y el amor
Le han hecho verter lágrimas de ternura!
TELÉMACO
(en los brazos de Ulises)
¡Padre
mío! ¡Por fin veo al autor de mis días!
ULISES
Moderemos
nuestras emociones y guardemos silencio.
Antes
de anunciar mi vuelta,
Mi
inquieta vigilancia
Quiere
observarlo todo en mi palacio.
EUMEO
¡Ah, temed la violencia de nuestros altivos tiranos!
ULISES
¿Vuestros tiranos?
EUMEO
Bajo
veinte reyes, vuestros indignos rivales,
Ítaca
gime oprimida.
Penélope,
temblorosa y consumida por las preocupaciones,
sufre continuamente sus mil excesos.
ULISES
(aparte)
¡Ah, que de mi mano se alce la venganza!
¡Con su muerte coronaré mi regreso!
Hijo
mío, el peligro me rodea:
¿Qué estás dispuesto a hacer por mí?
TELÉMACO
(vivamente)
¡Ordenad!
Padre
mío, a vuestro lado, ni mil muertos me arredrarán.
Así
lo atestiguarán la sangre y los dioses de los que desciendo.
ULISES
Si permanecemos unidos, seremos imbatibles.
El
ruino de la muerte prodigaremos entre ellos.
Estas canas y estos rasgos que Minerva me ha dado,
Haran que sorprendamos a esos imprudentes reyes.
Hijo
mío, todo me dice que seremos vengados.
Aria
Bajo
un velo impenetrable
La
venganza camina a paso lento.
¡Moriréis, gentuza execrable!
Vuestros miserables ojos
No podrán creer que un débil anciano
Os golpee mortalmente.
Bajo
un velo impenetrable
La
venganza camina a paso lento.
ULISES,
TELÉMACO, EUMEO
Bajo
un velo impenetrable
La
venganza camina a paso lento.
¡Moriréis, gentuza execrable,
Bajo nuestros sangrientos golpes!
ACTO
III
(Sala del palacio de Ulises)
Escena
1
(Ulises y Telémaco)
ULISES
¿Aparecerá
por fin ella?
TELÉMACO
Venía
siguiendo mis pasos…
ULISES
Quiero verla a solas...
Cuando llegue déjanos.
Ve y de mi muerte haz
correr la voz.
TELÉMACO
Romperás el corazón de tus leales.
ULISES
Hijo
mío, obedece y no vaciles.
Escena
2
ULISES
(solo)
¡Cómo
he sufrido al ver a esos reyes!
¡Soportar sus humillaciones!
¡Sufrir la insolencia y los insultos dados
A un desgraciado y suplicante anciano!
Aria
¡Ah!
¡Qué penosa es la prudencia si está
Entre
la cólera y el amor!
¡Qué
tormento para un corazón, de ahogarme ora
En
un furor ardiente ora en una sensible piedad!
Veinte
veces mis ojos se han cubierto
Con una nube de lágrimas;
Y
veinte veces me he estremecido por no tener mis armas
Para
exterminar a estos perversos.
No
olvides los consejos de Minerva.
¡Ulises, te escuchan, te observan!
El
gran arte de disimular,
Ésta es la ocasión propicia para utilizarlo.
Desvía la mirada, recompón el rostro,
Prohíbe
a tus llantos caer.
¡Aquí está! ¡Qué momento! ¿Qué voy a decirle?
Escena
3
PENÉLOPE
¡Acercaos!
Respeto la edad y la desgracia.
Os veo afligido,
Pero todos los males terminarán cuando Ulises regrese.
¿Ha
salido de Córcira?
¿Le
habéis visto?
ULISES
He
dicho la simple verdad.
PENÉLOPE
¿No
tenéis más noticias
Que
nos interesen y emocionen?
ULISES
Sé
que ha sufrido la dura adversidad;
Sé
que lejos de su patria,
De
peligro en peligro, siempre perseguido,
En
el horror de los combates, en los mares enfurecidos,
Nunca
vuestra imagen querida
Un
solo instante le abandonó.
PENÉLOPE
¡Ah, qué culpable sería, si,
lejos de él,
Mi
corazón hubiera sido capaz
De disfrutar de un solo momento de tranquilidad!
Aria
No
he dejado de ver a Ulises
Desde
el instante de nuestro adiós,
Y
sus peligros, para mi suplicio,
Se
han mostrado ante mis ojos.
Los
vientos, las aguas, el hierro, la llama,
Todo
lo que puede amenazar los días de un mortal,
Llevaron
el terror a mi alma.
Tenía
por momentos esperanza, pero siempre miedo.
ULISES
Cuanto
más dolorosa es la gloria, más encantos tiene.
Ulises
la disfrutó muchas veces.
Sobre
la tumba de Aquiles y en medio de veinte reyes.
Él luchó junto a Aquiles contra el orgulloso Ajax.
PENÉLOPE
Seguro que cuando oían su elocuente voz,
sobre todos triunfaba.
ULISES
Hizo derramar muchs lágrimas
Y
los corazones estremecidos reconocieron sus virtudes.
PENÉLOPE
No
me sorprendéis, pues Ulises posee,
En
el arte de persuadir, un encanto a quien nadie se resiste.
ULISES
Sobre
los muros de Ilión, que la ceniza ha cubierto,
Compañero
de los héroes, de todos obtuvo su estima.
Pero
nuevos peligros le esperaban en los mares.
De
Escila, de Caribdis, vio el horrible abismo.
PENÉLOPE
¡Oh, dioses!
ULISES
Las rumorosas aguas lo llevaron sobre su cima
Entre aquellos dos abismos.
PENÉLOPE
¡Ah, los peligros que corrió hacen que aún me estremezca!
ULISES
La
hija del sol, Circe, que hace palidecer el día
Que un dios hace brillar,
Vio
a Ulises en peligro y se dignó a acogerle.
PENÉLOPE
¡Circe!
ULISES
Con
una dulce embriaguez
La
pérfida intentó oscurecerle la razón.
Pero
de la copa encantada
Ulises
evitó el veneno.
Aria
PENÉLOPE
Él sabia cuánto mi ternura
Deseaba su vuelta.
¡Mi
querido Ulises,
La sabiduría te
preservó menos que el amor!
ULISES
Pero
más sincera y más peligrosa,
Calipso,
en su isla afortunada,
Invitó
a vuestro esposo a la inmortalidad.
PENÉLOPE
¡Ah, cómo resistirse a los encantos de una amante,
Que
propone a tal precio la infidelidad!
ULISES
Un
lugar cautivador, una ninfa encantadora,
El
destino de los dioses, por vos, Ulises rechazó.
PENÉLOPE
Me
alegro de creerlo
Pues
la duda sería demasiado cruel.
No,
no, de un mutuo amor
No
ha perdido el recuerdo.
No,
el más sabio de los mortales
No
ha traicionado los altares,
Su
fe, mi amor y su gloria.
Me
alegro de creerlo
El
más fiel de los mortales.
Escena
4
(Llegan Telémaco, Eumeo, Nesus, los
pretendientes y los
sirvientes de Penélope)
NESUS
Del
destino funesto de Ulises es
imposible dudar,
pues ha descendido entre los muertos.
PENÉLOPE
¿Qué
osáis decir?
LOS
PRETENDIENTES
Acaba
de perecer en la orilla;
Y
este extranjero nos lo confirma.
PENÉLOPE
¡Él!
ULISES
(a Nesus)
¡Cruel!
¡Ah! ¿Por qué sacarla de su error?
PENÉLOPE
¿Ulises
ha muerto?
ULISES
Sí, soy
el deplorable resto
De
su nave rota por los enfurecidos vientos.
PENÉLOPE
Anciano,
a entristecerme tal vez os hayan invitado.
En
verdad, para complacer a estos reyes,
Otros
extranjeros, más de una vez,
Me
hablaron de igual modo que vos.
El
hombre, en la desgracia, ¡es tan débil a vuestra edad!
En
él, el miedo y la esperanza,
¡Tienen
a veces tanto poder!
Intimidado,
seducido por estos reyes,
Tal vez sin
querer, conspiráis contra mí.
¡Ah,
no sabéis qué corazón destrozáis!
Si se trata de un error, hacédmelo saber.
Aún
estamos a tiempo. Mi vida o mi muerte
Dependen
de vos, no lo dudéis.
Una palabra, una sola palabra puede decidirlo.
Os
veo enternecido; perecéis esconderme
El
horror que os inspira una pérfida trama.
Compadecéis
este corazón que me quieren arrancar.
Por
piedad hacia mis días, que vais a reducir, ¡hablad!
Entre estos muros acogemos a los dioses,
No
tenéis nada que temer de ellos.
Sed
sincero de palabra.
Ulises
¿está vivo?
Mi débil esperanza debe... ¿revivir o morir?
ULISES
(en voz baja)
¡Oh dioses, contened mi coraje!
(En
alto)
Reina,
insultáis mi sumisión.
PENÉLOPE
Buen
anciano, perdonad si os he ultrajado;
Sin
embargo, lo confieso, un confuso movimiento
Contra vos se alza en mi
corazón.
Interrogo
vuestros ojos, vuestros rasgos, vuestro lenguaje,
Todo
me recuerda la candidez, pero en este momento
No
sé qué voz secreta os desmiente.
¿Es posible que sea un
presagio?
Aunque cien veces alarmada, estoy dispuesta a creeros
si me presentáis alguna prueba de lo que decís.
ULISES
¡Ay,
vuestras dudas son vanas!
¡Con
qué facilidad puedo disipar tal neblina!
Reina, ¿reconocéis esta prenda
Que
Ulises dejó en mis manos!
PENÉLOPE
¡El
anillo de Ulises! ¡Oh, dioses! ¡Oh, suerte despiadada!
¡De mis desgracias ya no puedo dudar!
ULISES
¡Ah, anunciaros esta espantosa desgracia,
Creed
que mucho me ha costado!
Aria
PENÉLOPE
¡Es
horrible, extremo,
Sólo mi corazón sabe lo
que sufro,
Nadie ha amado como yo
amo!
¡Nadie puede comprender
mi desgracia!
Mientras
la más débil esperanza
Atenuaba mi sufrimiento,
La
vida tuvo encantos para mí.
¡Pero esto es una desgracia sin esperanza,
Es el signo de una penosa y larga muerte!
Es
horrible, etc.
TELÉMACO
¡Dioses, mi madre sucumbe!
(Sujetándola
en sus brazos y mirando a Ulises)
¿No hay pues esperanza?
PENÉLOPE
¿Qué
quieres que él te diga?
¡Has escuchado como él
ha narrado el naufragio!
No,
ya no tengo esposo, ni tú padre.
Hijo
mío, ¡lo hemos perdido todo!
¡Oh,
cielos! ¡Guardemos su memoria!
Después
de correr tantos peligros,
Ha venido a morir
en la playa que le vio nacer.
¡Ve,
Eumeo, ve, recorre la orilla
Y
entre los despojos del naufragio,
Recoge los sagrados restos
del héroe!
Que
al menos mi dolor se alivie al honrarlo.
(Eumeo
sale)
Y tú, hijo mío, ordena que se eleve una tumba a su memoria.
¡Todos
los días la rociarán mis lágrimas!
ULISES
Príncipe,
no olvidéis adornarla con sus armas.
PENÉLOPE
¡Ay, sí, será un trofeo bien
hermoso a su gloria!
(A
los pretendientes)
Y
vosotros, que disfrutáis con el dolor que me abruma,
Puesto
que finalmente el cielo implacable
A
tan queridos lazos me fuerza a renunciar,
Reuniros, junto con el pueblo, al
pie de la tumba.
Allí es donde oiréis
Lo
que he prometido anunciar.
PRETENDIENTES
Reina,
el destino lo ha decidido:
Ya
no es tiempo de dudar.
(Los
pretendientes se retiran)
Escena
5
ULISES
¿Qué pensáis hacer?
PENÉLOPE
Voy a recurrir al suicidio,
Es la única salida y mi única esperanza.
ULISES
¡Ay! ¡Sois madre y queréis
morir?
PENÉLOPE
Quiero
librarme de un horrible acoso.
ULISES
Os queda vuestro hijo, él puede ayudaros.
PENÉLOPE
¡Incluso en
los brazos de su madre, ay, lo amenazan!
ULISES
¿Lo amenazan?
PENÉLOPE
Y
por él
Me
hacen temblar.
ULISES
(suplicante)
La felicidad de los malvados
no es eterna,
Veréis
caer a esos tiranos.
PENÉLOPE
(sorprendida)
¿Y
qué dios obrará tal milagro?
ULISES
(visionario)
Ulises
lo predijo, creed en el oráculo.
El
futuro se desvela ante la mirada de los moribundos.
¡Vivid, reina, vivid, él mismo lo ordenó!
Sí, acabo de comprender su
última voluntad
Que
hará temblar a los odiosos tiranos.
PENÉLOPE
¡Ah, qué confusión infligís a mi alma!
Bajo
los rasgos de un mortal, ¿sois acaso uno de los dioses?
ULISES
Mortal
como soy, auguro que ante vuestros ojos,
Muy pronto,
rápida cual llama,
Dará
comienzo la venganza de los cielos.
(Salen
juntos)
Escena
6
(El
teatro representa una plaza pública.
La tumba de Ulises está en el
centro)
PUEBLO
¡Lloremos
al más sabio de los reyes!
El
mundo bien conoce su gloria.
Ya
no viviremos bajo su gobierno.
Guardemos
para siempre el recuerdo
De
sus virtudes y de sus hazañas.
Escena
7
LAERTES
(Entra sostenido por dos pastores)
¡Ya no vive! ¡Ya no vive! ¡Desgraciado padre! ¡Ay!
¿Debo
yo sobrevivirle?
¡Abridme
su tumba!
¡Quiero seguirle en
la horrible noche de la muerte!
Escena
8
PENÉLOPE
¡Hijo, pueblo, un anciano venerable,
Testigo
de su suerte deplorable,
Trae a nuestros corazones el más duro golpe!
Ha
recibido, dice, de Ulises, su última voluntad,
Que anunciará ante nosotros.
No
hay nada bajo el cielo más sagrado para nosotros,
Pero
quiero que lo jure, aquí mismo,
Sobre
la tumba de mi esposo.
ULISES
(después de haber subido los peldaños
de la tumba, sobre la que pone
la mano)
¡Sí,
doy fe sobre
la tumba de Ulises y bajo sus armas,
de la muerte de los indeseables tiranos!
Él, que se ha estremecido al conocer vuestros sufrimientos,
que
ha lamentado vuestras desgracias ¡viene a vengarlas!
PENÉLOPE, PRETENDIENTES,
PUEBLO
¡Cielos!
ULISES
(a los pretendientes)
¡Temblad,
desgraciados, reconoced a Ulises!
CORO
GENERAL
¡Ulises!
¡Oh, dioses!
ULISES
(a su hijo y al pueblo de Ítaca)
Para
darles suplicio,
¡Armaos, armaos!
(Les
distribuye las armas de la tumba)
PUEBLO, PRETENDIENTES
¡Armémonos, armémonos!
(Los
pretendientes se alejan huyendo; Ulises y
los suyos van tras ellos)
Escena
9
PENÉLOPE
¡Ah, el exceso de alegría me
debilita!
CORO, PENÉLOPE
¡Es
él! ¡Es Ulises! ¡Los dioses son grandes!
CORO
(fuera de escena)
¡Morid,
tiranos audaces!
PENÉLOPE
¡Ay, en qué confusión me encuentro!
CORO
(en escena)
¡Protégenos, diosa sabia,
Ulises
combate ante tus ojos!
CORO
(fuera de escena)
¡Caed,
audaces tiranos!
PRETENDIENTES
¡Huyamos
del peligro que nos apremia,
Ulises
tiene de su parte a todos los dioses!
CORO
(fuera de escena)
¡Caed
bajo su mano vengadora,
Caed,
audaces tiranos!
CORO
(sobre la escena)
¡Protégenos, diosa sabia,
Ulises
combate ante tus ojos!
Escena
10 y final
PENÉLOPE
(precipitándose hacia Ulises)
¡Por
fin te estrecho entre mis brazos!
ULISES
¡Tus desgracias han sido vengadas y los tiranos castigados,
Demos
gracias a los dioses que nos han reunido!
PENÉLOPE
¡Ah, qué momento de
felicidad!
ULISES,
PENÉLOPE, TELÉMACO, LAERTES
Dioses
inmortales, ¡y tú, Minerva, y tú!
¡Mi/su
Divinidad tutelar!
¡Cuántos
deseos! ¡Cuántos altares!
¡Cuántos inciensos os debo!
ULISES
¡Penélope!
LAERTES
(a Ulises)
¡Hijo!
ULISES
(a Telémaco)
¡Hijo
mío!
PENÉLOPE
¡Querido
Ulises!
ULISES
(a Laertes)
¡Padre!
TELÉMACO
(a Ulises)
¡Padre
mío!
LOS
CUATRO
¡Por
fin te vuelvo a ver!
¡Ah, qué felicidad me
ilumina
En este bello día!
PENÉLOPE
¡Ah! ¿Qué esposa, qué madre
Se
sintió alguna vez más feliz que yo?
ULISES
¿Qué
hijo, qué esposo, qué padre
Hubo
más feliz que yo?
TELÉMACO
¿Qué
hijo, en los brazos de su padre,
Hubo
más feliz que yo?
PENÉLOPE, LAERTES
(a Ulises)
¿Qué
hijo, qué esposo, qué padre
Hubo
más feliz que tú?
CORO
¡Dioses
inmortales, y tú, Minera, y tú,
Su
Divinidad tutelar,
Proteged,
defended, conservad a este buen rey!
(Un
ballet general termina la ópera)
Traducido
y digitalizado por:
Magdalena
García Traver 2014
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