ACTE III 


Premier Tableau: Le Val d'Enfer. 

Scène 1 

(Ourrias est armé d'un long bâton a trois pointes de
fer)

OURRIAS
Voici le Val d'Enfer et la grotte du fées,
D'où sortent à minuit les plaintes étouffées,
Les rires et les cris des noirs esprits d'en bas,
Dont Taven la sorcière excite les ébats.

LE CHOEUR
C'est ici qu'elle habite?

OURRIAS
Oui, dans ce lieu sauvage.

(D'un ton railleur)

Si vous voulez, amis, on peut la consulter;
Elle cache en lien sûr, dit-on, certain breuvage
Dont les amants malheureux font usage
Et qu'il serait prudent peut-être d'acheter.

LE CHŒUR
A quoi bon te mettre en dépense?
Si l'on fait fi de toi, le plus sage, je pense,
Est de t'en consoler.

DEMI-CHŒUR
D'oublier l'aventure et de n'en plus parler.

LE CHŒUR
Tu trouveras sans peine une fille plus belle.

DEMI-CHŒUR
Et plus riche!

DEMI-CHŒUR
Et plus sage!

OURRIAS 
(avec emportement)
Où donc se cache-t-elle,
Cette fille plus belle et plus sage à vos yeux
Que Mireille elle-même?
Moi, je n'en veux pas d'autre et c'est elle que j'aime!

(S'écartant brusquement de ses compagnons)

Mais la nuit vient. Suivons chacun, notre chemin.

LE CHŒUR 
(avec crainte et à demi voix)
Car c'est l'heure des mauvais rêves!
L'heure où les farfadets, les lutins et les Trèves
Sur la pointe des flots, le sable des grèves
Dansent au clair de lune se donnant la main!

OURRIAS
Évitez leur rencontre. À demain!

LE CHŒUR
A demain!

(Ils se séparent. Ourrias reste seul accoudé contre
un rocher.)

Scène 2 

OURRIAS
Ils s'éloignent!
Et moi, le coeur gonflé de rage,
J'attends ici mon rival au passage.
On t'aime; heureux vannier!
On t'aime, misérable Vincent!
Sur mon âme et ma vie,
Tu paieras de ton sang
Ce bonheur que, j'envie.

Tu veux donc que ma main te ploie
Et te brise comme un roseau,
Et te jette comme une proie
Aux loups affamés de la Crau!
N'affronte pas ma rage!
Va, va, je te déteste je te hais!
Votre amour m'irrite et m'outrage!
Elle t'aime, et moi je l'aimais!
Mort et malheur! C'est lui! 
Je ne me trompais pas!
Au fond de ce ravin sombre,
Où la nuit étend son ombre,
C'est l'enfer qui le jette au-devant de mes pas!

(S'approchant brusquement de Vincent) 

Te voilà donc, heureux garçon qu'on'aime,
Galant vannier que l'on préfère à tous,
Et que Mireille même
A choisi pour époux!

VINCENT
A mon bonheur, ami, ne porte pas envie!
C'est en vain que son coeur m'a choisi; c'est en vain
Qu'elle m'aime!- Son père a repoussé ma main
Et brisé d'un seul mot le rêve de ma vie!

OURRIAS
Qu'importent les refus du père et son mépris,
Si c'est toi dont le coeur de la belle est épris!

(Avec une rage contenue) 

Mais dis-moi par quel sortilège,
Par quel charale maudit tu l'as prise à ton piège;
Parle, réponds! Quel philtre à troublé sa raison?

VINCENT
Pourquoi m'outrages-tu par ce lâche soupçon?

OURRIAS
Et comment donc se peut-il faire
Qu'à la face même de Dieu,
La belle au plus riche préfère..
Un vagabond sans feu ni lieu ?..
Il faut bien penser, à ce compte,
Qu'elle a perdu l'esprit et perdu toute honte!

VINCENT
Tais-toi! tais-toi! c'est mal parlé!
Prends garde d'insulter Mireille!
La colère enfin se réveille
Au fond de, mon cœur désolé.
Aussi vrai que Mireille m'aime,
Moi, le vannier, moi, Vincent,
Je vais tout à l'heure, ici même...

OURRIAS 
(le repoussant avec colère)
A ma rage un démon te livre,
J'aurai ton sang, ah! défends-toi!
L'un de nous doit cesser de vivre
Je ne suis plus maître de moi !...

VINCENT
Par l'enfer, la rage m'enivre,
Crains, Ourrias, prends garde à toi!
L'un de nous doit cesser de vivre
Je ne suis plus maître de moi!

OURRIAS
Va-t'en! va-t'en! Malheur à toi!

(Il frappe rincent de son bâton ferré. Vincent pousse
un cri et tombe.)

Ah! qu'ai-je fait? Fuyons

(Il disparaît parmi les rochers)

VINCENT
Mireille! je meurs pour toi!

Scène 3 

TAVEN 
(paraissant au fond)
Quelle sinistre plainte
A traversé la nuit?
Mon coeur frémit de crainte!

(Elle savante et heurte du pied le corps de Vincent) 

Un homme est couché là... le front baigné de sang!
Glacé!... Dieu tout-puissant!
Je reconnais ses traits dans l'ombre,
C'est Vincent!

(Se redressant avec colère) 

Et lui, le meurtrier, le traître,
Qui fuit là bas comme un bandit,
J'ai su le reconnaître!...
Sois maudit, Ourrias! maudit! trois fois maudit!

(Elle se penche sur Vincent, et essuie avec un pan de
son manteau la blessure de son front.) 

Deuxième Tableau: Pont de Trinquetaille 

(Le pont de Trinquetaille. Les eaux du Rhône éclairées 
par la lune, couvrent tout le théâtre et se perdent 
au loin dans la brume. Une pointe de terre, bordée 
d'ajoncs sauvages, s'avance au milieu du fleuve. 
C'est là qu'Ourrias s'arrête dans sa fuite)

Scène 1 

OURRIAS 
(seul, entrant précipitamment, pâle, effaré et
les cheveux en désordre)
Ah! qu'ai-je fait?
La main de Dieu courbe mon front coupable!
De mon forfait
Le souvenir me poursuit et m'accable!
Le remords pour jamais est entré dans mon coeur...
J'ai peur!
Le sang versé
Souille mes, mains d'un signe ineffaçable!
Pâle et glacé,
Vincent, là-bas est couché sur le sable!
Le remords pour jamais est entré dans mon coeur...
J'ai peur!

(Tombant à genoux) 

Grâce! Faites-moi grâce, archanges menaçants!
Détournez de moi votre glaive. Ah!

(Après un silence.) 

Mais quel vain rêve
Trouble mes sens?

(Il regarde autour de lui) 

La nuit est calme et claire,
La plage est solitaire...

(Il se relève) 

Hâtons-nous de gagner l'autre côté de l'eau!
Holà! passeur, amène ton bateau!

(Son appel, répété par un écho lointain, se perd dans
le silence de la nuit. On entend un long soupir traverser
l'espace) 

Dieu! quels accents funèbres
S'exhalent dans les airs!
Quels fantômes errants passent sous les flots clairs,
Ou se dressent dans les ténèbres?...

(Des lueurs livides glissent sur les eaux. De blancs 
fantômes semblent sortir des profondeurs du fleuve. 
Une cloche lointaine sonne minuit) 

Scène 2 

CHŒUR DES TRÈVES
Voici minuit!
Un feu qui luit
Traverse l'ombre!
Les trépassés
Sortent glacés
Du gouffre sombre!
Le ciel est bleu!
L'air nous enivre!
Béni soit Dieu
Qui nous délivre!

LES FILLES MORTES D'AMOUR
Nous sommes les folles d'amour!
Les pauvres filles délaissées,
Que la mort, sans retour,
Au vieux Rhône a fiancées

VOIX DIVERSES
Ô nuit! ciel étoilé! doux parfums de la terre!
Ô mort! cruel exil! lamentable mystère!

OURRIAS 
(avec terreur)
Je me souviens!... C'est à minuit
Que les Trêves sans bruit
Sortent du goure sombre!
Je les vois.... je les vois glisser sous le flot bleu
Et se dresser dans l'ombre
Les bras tendus vers Dieu!

(Les voix se taisent. La funèbre procession disparaît
dans la brume)

OURRIAS 
(se redressant)
À moi, passeur!... à moi, batelier de l'enfer!

UNE VOIX
(Le Passeur)
Qui m'appelle?

OURRIAS 
(agitant son épieu d'un air de menace)
Ourrias, batelier de l'enfer!...

(Un bateau semble sortir soudainement du fond de 
l'abîme. Un batelier, au visage pâle, enveloppé dans 
une longue cape noire, de tient debout à l'avant du 
bateau.)

LE PASSEUR
Me voici... hâtons-nous.

OURRIAS
Tu t'es fait bien attendre,
Passeur!... une autre fois tâche de mieux entendre.

(Il saute dans la barque) 

Et maintenant, au large...

(Le passeur plonge sa gaffe dans l'eau pour faire
marcher le bateau)

Saints du ciel!
L'eau se gonfle et mugit... et ton bateau s'arrête!
Traître! tu répondras de mes jours sur ta tête
Et sur ton salut éternel!...

LE PASSEUR
Ourrias, ta colère est vaine!
Mon bateau porte un poids maudit!
Songe à Vincent... frappé par toi!

OURRIAS
Qui l'a dit?

LE PASSEUR
Le Dieu vengeur
Dont la main nous entraîne.

(Le bateau fait naufrage)  

CHŒUR
Il est minuit!
Un feu qui luit
Traverse l'ombre, etc.


ACTE IV

Premier Tableau 

(Le mas des Micocoules. (Lou Mas di Falabrego) 
La cour intérieure du mas. Au fond un grand portail 
donnant sur la Cran. A gauche, la cour se prolonge 
sous des arcades, où sont les communs. À droite, 
la maison d'habitation de Ramon et de Mireille. Au 
premier plan, image ou statue de la Vierge. A gauche, 
une longue table continuant dans coulisse, où sont assis 
des moissonneurs au lever du rideau. On devine dans 
la cour les feux de la Saint-Jean qui éclairent celle-ci et 
autour desquels les enfants forment une ronde joyeuse.)

Scène 1 

CHŒUR DES MOISSONNEURS
Amis, voici la moisson faite!
Entassez les fagots; faites flamber le feu!
Et jusqu'au jour que chacun fête
Saint Jean le moissonneur; saint Jean l'ami de Dieu!

(Ramon et Mireille paraissent sur le seuil. Les danses
s'interrompent aussitôt, les voix se taisent. Les
moissonneurs se lèvent et se découvrent avec respect)

Scène 2 

RAMON
Bien! Réjouissez vous, amis! Voici le Maître!
Au diable les soucis et prenons du bon temps!
De vos rudes labeurs, dès que le jour va naître,
Vous serez tous payés en beaux écus comptants. 

LES ENFANTS 
(entourant Mireille et lui offrant un bouquet)
Après la moisson finie,
A vous la gerbe bénie,
Faite d'épis et de fleurs!
Que bientôt ainsi Dieu même
Vous donnant à qui vous aime,
Lie à jamais vos deux coeurs!...
Après la moisson finie,
A vous la gerbe bénie
Faite d'épis et de fleurs!

(Mireille prend le bouquet et embrasse sans répondre
l'enfant qui le lui offre.)

LE CHŒUR 
(à demi-voix)
Qu'a-t-elle donc? Pourquoi cette mine attristée?

RAMON 
(bas aux moissonneurs, en s'efforçant de rire)
Chut! Mireille m'en veut! Mireille est irritée
Je vous dirai pourquoi demain.

(Mireille traverse lentement de théâtre et se retire
dans sa chambre.)

Allons, le verre en main, amis!

REPRISE DU CHŒUR
Amis, voici la moisson faite!
Entassez les fagots, faites flamber le feu!
Et jusqu'au jour que chacun fête
Saint Jean le moissonneur, saint Jean l'ami de Dieu!

LES ENFANTS 
(au-dehors, dansant autour du brasier)
Saint Jean! saint Jean! saint Jean!

(Les garçons de ferme ont enlevé la table. Les 
moissonneurs sortent en chantant. La porte du fond
se ferme. Les dernières lueurs du brasier s'éteignent 
et les voix s'éloignent. Ramon reste seul.)

Scène 3 

RAMON 
Ah! Malheureuse enfant! ah! maudites amours!
Cruels soucis qu'un sort funeste nous envoie
C'en est fait de ma joie,
Et du repos de mes vieux jours!...

(Avec un accent désolé et le front penché vers la terre)

Aux jours d'été les grands orages!
Le ciel obscurcit l'horizon;
L'éclair déchire les nuages;
Le vent disperse la moisson!
Ainsi le deuil frappe à ma porte!
Ainsi le malheur fond sur moi,
Brisant mon rêve qu'il emporte!...
Telle est de Dieu l'aveugle loi!...

(Ramon regagne tristement sa chambre. La scène 
est obscure, mais la fenêtre de Mireille est éclairée 
Mireille, accoudée à sa fenêtre (ou à la porte), 
fredonne doucement et tristement.)

Scène 4 

MIREILLE 
(dans sa chambre)
Ô Magali, ma bien-aimée,
Fuyons tous deux sous la ramée
Au fond du bois silencieux!
La nuit sur nous étend ses voiles,
Et tes beaux yeux
Vont faire pâlir les étoiles
Au sein des cieux!...

Scène 5 

(On entend la musette, pendant que le jour commence 
à poindre. Le berger apparaît sur les dernières mesures 
et chante)

LE BERGER
Le jour se lève
Et fait pâlir la sombre nuit.
Au loin, déjà l'ardente grève,
Que nulle brise ne soulève,
S'enflamme et luit!
Et dans les airs l'oiseau s'enfuit.
Et moi, tout seul avec mes chèvres,
La soif aux lèvres,
J'erre au hasard dans le désert brûlant,
D'un pas tranquille et lent.
Le lézard gris boit la lumière,
L'humble grillon, dans la poussière,
Chante au soleil,
Et moi couché dans la bruyère,
Je vais reprendre mon sommeil.

(Pendant les dernières mesures de la chanson du 
berger, Mireille est sortie de sa chambre et regarde 
le berger s'éloigner.)

Scène 6 

MIREILLE 
(seule en scène)
Heureux petit berger,
Ah ! que ton sort me fait envie!
Toujours libre, le coeur léger,
Les peines de la vie
Ne peuvent t'affliger,
Heureux petit berger!
Dans ce désert de feu
Tout seul avec tes chèvres,
Tu dors sous le ciel bleu,
Une chanson aux lèvres.
Et pendant ton sommeil
Les joyeuses cigales
Font tinter au soleil
Leurs bruyantes cymbales!...
Heureux petit berger,
Ton sort me fait envie!
Toujours libre, le coeur léger,
Les soucis de la vie
Ne peuvent t'affliger,
Heureux petit berger!

Scène 7 

(Vincenette entre par le portail du fond et s'avance
rapidement vers Mireille)

VINCENETTE
Mireille!

MIREILLE
Qui m'appelle? est-ce lui?

VINCENETTE
Non, Mireille, c'est moi!
Mais parlons bas!... N'éveillons personne!

MIREILLE
Qu'as-tu donc? Qu'est-il arrivé.

VINCENETTE
Calme tes craintes. Il est sauvé!

MIREILLE
Sauvé, qui donc? Grand Dieu! Je tremble.

VINCENETTE
Le mauvais sort cette nuit les rassemble
Sur le chemin du Val d'Enfer,
Et le traître Ourrias, ivre de folle rage,
Le frappe au front de son trident de fer!

MIREILLE
Ciel!... Ourrias!... Vincent!

VINCENETTE
Attends et prends courage! 
Taven m'a fait venir
Et m'a dit : « Ne crains rien.
Sa blessure est légère,
Il dort, tout ira bien. »

MIREILLE 
(avec anxiété)
Ah! parle encore! achève!:.. en tremblant je t'écoute!
Tu ne m'as pas tout dit! tu me trompes sans doute
De peur de m'affliger!
Vincent m'attend! sa vie est en danger!

VINCENETTE 
(lui prenant doucement les mains)
Non! non! que ton coeur se rassure!
Taven guérira sa blessure!
Ne pleure plus, ô Mireille! et crois-moi
Si je tremblais pour lui, serais-je auprès de toi?

MIREILLE 
(avec une exaltation croissante)
Eh bien, c'est aujourd'hui que l'église des Saintes
Ouvre sa porte aux malheureux!
Dieu même dans le ciel accueillera leurs plaintes,
Et les anges prieront pour eux!
Femmes, vieillards, enfants du pays de Provence,
Les pieds nus et les yeux en pleurs,
Iront porter là-bas leur humble redevance
D'épis mûrs, de fruits et de fleurs!
Moi, je veux, cette fois, arriver la première
Devant le porche du saint lieu;
Et, dans l'ombre, à genoux, et, le front sur la pierre,
Pour mon Vincent implorer Dieu!

VINCENETTE
Ah! chère soeur! chère Mireille!
C'est le ciel qui t'inspire et que Dieu te conseille!
Moi, j'attends là-bas que ton père s'éveille.

MIREILLE
Colliers et bracelets, anneaux d'argent et d'or,
Rameaux de buis bénit, saintes palmes fleuries,
Tous mes pauvres bijoux, tout mon petit trésor
J'en fais don aux Saintes Maries!

(S'agenouillant.) 

Ô patronnes des amoureux!

VINCENETTE 
(les mains jointes et les yeux au ciel)
Ô refuges des malheureux!

MIREILLE
Saintes martyres!

VINCENETTE
Saintes femmes!

MIREILLE
Dont le regard lit dans nos âmes!

VINCENETTE
Dont la main peut sécher nos pleurs!...

MIREILLE
Et guérir toutes nos douleurs!

VINCENETTE
Ainsi qu'à Dieu même,
A vous j'ai recours!

MIREILLE
Protégez les jours de celui que j'aime!

(Se relevant) 

Il est temps de partir!... allons, n'hésitons pas!
Qu'un bon ange guide nos pas!

(Se tournant vers la chambre de son père) 

Dieu me pardonnera... 
Pardonnez-moi, mon père!
Adieu!... j'aime!... je crois!... j'espère!

(Elles sortent.)

Deuxième Tableau 

(Le désert de la Crau. Vaste étendue de terrain 
pierreux et aride, éclairé par un soleil ardent. Sur 
le premier plan, quelques arbres tordus par le vent. À 
droite, une vieille citerne en ruine à demi enfouie sous 
les herbes. Le silence n'est interrompu que par le chant 
monotone des cigales ou le cri aigu de quelque oiseau 
de proie traversant l'air. Mireille entre en courant, 
très pâle, les cheveux au vent et le corsage dénoué)

MIREILLE
Voici la vaste plaine et le désert de feu.
Dieu bon, fais que Mireille accomplisse son voeu!
En marche, ainsi que Maguelonne!
Les ailes de l'amour et le vent de la foi,
Sous le ciel ardent qui rayonne
Jadis l'emportaient comme moi!...
Ni de la mer l'onde écumante,
Ni les éclairs, ni la tourmente,
Ni les traits enflammés du jour,
N'ont arrêté la pauvre amante,
La pèlerine d'amour!

(Elle fait quelques pas.) 

Mais le ciel m'éblouit!... le jour m'aveugle!

(Elle s'arrête) 

Où suis-je !
Je me sens prise de vertige !...

(Tendant les mains vers l'horizon.) 

Et là-bas, ô prodige!
Dans l'azur transparent des cieux,
Quel rêve de terre promise
Tout à coup surgit à mes yeux!

(On voit au loin se dessiner dans le ciel, par un effet
de mirage, une ville miraculeuse au bord d'un grand
lac entouré d'arbres.) 

Est-ce Jérusalem et sa pieuse église,
Ou le tombeau des Saintes de la mer?

(L'image disparaît peu à peu et s'efface) 

Mais non!... la vision s'évanouit dans l'air,
L'image ailée
S'est envolée!

(Elle s'élance en avant et s'affaisse tout à coup et
poussant un cri de douleur et en portant ses main à son
front.) 

Ah! de sa flèche d'or le soleil m'a blessée!...
Je meurs!...adieu, Vincent, adieu!...pleur ta fiancée!

(Mireille tombe à terre évanouie, cependant qu'on 
entend au loin la musette du berger. Sur les dernière 
mesures. Mireille revient à elle.) 

Non, non! Je ne mourrai pas!
Je ne veux pas mourir! marchons encor
En marche, ainsi que Maguelonne !
Les ailes de l'amour et le vent de la foi,
Sous le ciel ardent qui rayonne
Jadis l'emportaient comme moi!
Ni de la mer l'onde écumante,
Ni les éclairs, ni la tourmente,
Ni les traits enflammés du jour
N'arrêteront la pauvre amante,
La pèlerine de l'amour!
En marche! ... En marche! ... En marche !...
Ah!

(Elle a disparu au loin en chantant la fin de cet air) 


 ACTE V

(La chapelle haute des Saintes-Maries. On voit, 
au fond, la mer. Sur un des côtés, au premier plan, 
la chapelle, les saintes reliques, ex-votos, etc)

Scène 1 

Marche Religieuse 

CHŒUR
Ô vous qui du haut des cieux
Voyez les pleurs de nos yeux,
Écoutez nos prières,
Saintes du paradis!
Guérissez nos vieux pères,
Et protégez nos fils!

(Pendant le chair, les fidèles traversent la scène. 
Vincent est entré, cherchant Mireille dans la foule, 
qui est déjà sortie.)

Scène 2 

VINCENT 
(seul)
Mon cœur est plein d'un noir souci!
Qui l'arrête? Pourquoi n'est'elle pas ici?

Anges du paradis, couvrez-la de votre aile!
Dans les airs étendez votre manteau sur elle!
Et toi, brûlant soleil d'été,
Fais grâce à sa jeunesse, épargne sa beauté!
Je l'ai vue à travers mon rêve,
Dans la lande aux souffles de feu,
Accourant seule vers la grève,
Pâle et le front courbé, sous l'éclat du ciel bleu,
Invoquant les Saintes et Dieu!

Anges du paradis, couvrez-la de votre aile!
Dans les airs étendez votre manteau sur elle!
Et toi, brûlant soleil d'été,
Fais grâce à sa jeunesse, épargne sa beauté!

(Mireille paraît. Elle est pâle et chancelante. Ses
mains cherchent un appui, ses regards s'arrêtent sur
Vincent sans le reconnaître.)

Scène 3 

VINCENT 
(poussant un cri et s'élançant vers Mireille)
Ah! la voici ! c'est elle !...

MIREILLE
Toi! Vincent! ami fidèle!
C'est toi qui m'attendais! je te revois!...

(Elle se laisse tomber dans les bras de Vincent.)

Ah! mon cœur tenait à ta voix!
J'ai retrouvé tout mon courage!...

VINCENT
Ne te souviens-tu pas du pieux rendez-vous
Si jamais le malheur vient frapper l'un denous,
Aux Saintes tous les deux: aux Saintes genoux!

MIREILLE 
(relevant la tête avec effort)
Oui! oui!...

VINCENT
Quelle pâleur sur ton visage!... Qu'as-tu donc?

MIREILLE 
(souriant avec effort)
Rien. Rien. De ses traits de feu
Le soleil m'a blessée au front; mais, grâce à Dieu!
Sous tes baisers mon mal s'apaise;
Sous tes regards mon cœur tressaille d'aise

(On entend le chant des orgues dans l'église 
accompagnant le cantique entonné par les fidèles)

CHŒUR 
(dans l'église)
Le voile enfin s'est déchiré!
Le noir tombeau soudain s'est éclairé!
Voici le trésor sacré!...
Gloire aux Saintes Maries!
Un ange descend du ciel bleu;
Un doux parfum embaume le saint lieu
Un cri d'amour monte vers Dieu!
Gloire aux Saintes Maries!

MIREILLE 
(avec égarement)
Écoute! c'est pour nous qu'ils prient!
Mireille et Vincent se marient!
Le ciel a béni leurs amours!...

VINCENT
Que dit-elle?

MIREILLE
Aimons-nous! aimons-nous toujours!...
Sainte ivresse! divine extase!
Pur transport dont mon cœur s'embrase!
Rêve heureux! doux enchantement!
Le ciel même s'ouvre et s'enflamme!
Et dans l'air et dans mon âme
Tout est joie et rayonnement !

(Mireille retombe épuisée dans les bras de Vincent)

VINCENT
Grand Dieu!

VINCENETTE 
(accourant)
Mireille!... Accourez!...

Scène 4 

RAMON
Mireille!... Mon enfant!

MIREILLE
Vous pleurez, vous pleurez!...

VINCENETTE, VINCENT, RAMON
Dieu! quelle ardeur étrange
En ses yeux égarés!

RAMON
Ne meurs pas, chère enfant, ne meurs pas!...
Et pardonne!

(A Vincent)

Toi, sauve-la, Vincent!... je te la donne!

MIREILLE
Il est trop tard! Voyez, le ciel rayonne,
Et les Saintes viennent à moi
Pour me donner la main. Je les vois!...

VINCENT
Ah! je veux les suivre avec toi!

TOUS 
Sainte ivresse! Divine extase!
Pur transport dont mon cœur s'embrase!
Rêve heureux, doux enchantement!
Le ciel même s'ouvre et s'enflamme,
Et dans l'air et dans mon âme
Tout est joie et rayonnement !

(Avant la reprise de l'ensemble, les fidèles sont entrés
peu à peu et entourent Mireille.)

MIREILLE 
(extasiée)
Voyez! Voyez! l'onde étincelle!
La mer est calme et le ciel bleu!
Adieu, Vincent! Adieu!

(Elle meurt)

VINCENT
Ô mort! Emporte-moi dans la tombe avec elle!

UNE VOIX 
(d'en haut)
O Mireille, suis-nous vers le divin séjour,
Viens goûter dans les Cieux la douceur infinie,
Et la grâce ineffable, et l'ivresse bénie
De l'éternel amour!...

TOUS
Son âme a pris son vol vers Dieu!
Un doux parfum embaume le Saint Lieu!



 ACTO III


Cuadro primero: El Valle del Infierno 

Escena 1 

(Ourrias va armado con un gran bastón de tres 
puntas aceradas)

OURRIAS
El Valle del Infierno y la Gruta de las Hadas,
donde las plantas apenas pueden sobrevivir...
Risas y gritos de negros espíritus vagan aquí,
donde habita Taven, la hechicera.

CORO
¿Ahí es donde vive?

OURRIAS
Sí, en este salvaje lugar.

(con tono burlón) 

Quien lo desee puede consultarla.
Ella esconde, según dicen, cierto brebaje
del que los enamorados desgraciados hacen uso
y que sería oportuno adquirir.

CORO
¿Realmente merecerá la pena?
Aunque si tú, el más astuto, así lo crees,
seguro que es cierto.

GRUPO 1°
Probemos, y luego olvidemos todo.

CORO
Sin duda que encontrarás una bella muchacha.

GRUPO 1°
¡Y rica!

GRUPO 2°
¡Y discreta!

OURRIAS
(con enojo)
¿Dónde se esconde?
¿Acaso esa muchacha, bella y discreta,
no es Mirella?
¡Yo no deseo a otra que no sea ella!

(separándose bruscamente de sus compañeros) 

Pero, la noche llega... Sigamos nuestro camino.

CORO
(temerosos y en voz baja)
¡Es la hora de los sueños malignos!
La hora en la que los duendes y espíritus
danzan, cogidos de la mano, a la luz de la luna
sobre las putrefactas aguas y arenas ardientes.

OURRIAS
¡Evitad encontrarlos!... ¡Hasta mañana!

CORO
¡Hasta mañana! 

(El coro se marcha. Queda Ourrias solo, 
acodado en una roca)

Escena 2 

OURRIAS
¡Se alejan!
Y yo, con el corazón lleno de furia,
espero aquí el paso de mi rival.
¡Ella te ama, feliz artesano!
¡Ella te ama, miserable Vincent!
¡Por mi vida y por mi alma
que pagarás con tu sangre
la felicidad que tanto envidio!

Con mis propias manos te aplastaré,
al igual que el viento hace con las cañas,
¡y te arrojaré como carnaza
a los lobos hambrientos!
¡No desafíes mi furor!
¡Vete, vete, te detesto y te odio!
¡Vuestro amor me irrita y ultraja!
¡Ella te ama y yo la deseo!...
¡Muerte y maldición!... ¡Es él!
¡Es él, no me engaño!
Llega por el fondo de esa barranca oscura,
donde la noche extiende su sombra.
¡Es el infierno al que me conducen mis pasos!

(Ourrias se acerca rápidamente a Vincent) 

¡Aquí llega el feliz amante!
El galante artesano preferido de entre todos.
¡Al que Mirella 
ha elegido por esposo!

VINCENT
¡Mi dicha, amigo, no envidies!
¡Es inútil que su corazón me haya elegido!
¡Inútil que ella me ame! Su padre me rechazó
¡y con una sola palabra borró mi sueño!

OURRIAS
¡Qué importa el desprecio del padre
si es el corazón de la hija el que te ama!

(con rabia contenida) 

Pero dime, ¿por medio de qué sortilegio,
de qué encantos malditos la conseguiste?
¡Habla, responde! ¿Qué filtro alteró su razón?

VINCENT
¿Por qué me ofendes con esas locas sospechas?

OURRIAS
Entonces ¿cómo puede haber ocurrido,
que ante el mismísimo Dios,
la más bella, la más rica, 
prefiera a un vagabundo sin techo?...
La única explicación es que su espíritu 
¡haya perdido el libre albedrío!

VINCENT
¡Cállate! ¡Cállate! ¡No digas sandeces!
¡Cuídate de no insultar a Mirella!
La ira surge desde lo más profundo
de mi desolado corazón.
Es cierto que Mirella me ama,
y yo, el artesano, yo, Vincent,
en cualquier momento, aquí mismo...

OURRIAS
(interrumpiéndolo encolerizado)
¡Por todos los demonios!
¡Beberé tu sangre!... ¡Defiéndete!
Uno de nosotros dos debe morir...
¡Y no voy a ser yo!

VINCENT
¡Muerte y destrucción!
¡Defiéndete Ourrias, morirás!
Uno de nosotros dos debe morir...
¡Y no voy a ser yo!

OURRIAS
¡Maldito seas!

(Golpea fuertemente a Vincent con su bastón. 
Vincent gime y cae) 

¡Ah! ¿Qué he hecho!... ¡Huyamos!

(Desaparece entre las rocas)

VINCENT
¡Ah, Mirella, Mirella!... ¡Muero por ti!

Escena 3 

TAVEN
(apareciendo por el fondo)
¿Quién gime lastimosamente 
en esta noche solitaria?
¡Mi corazón teme lo peor!

(avanza y choca con el cuerpo de Vincent) 

Un hombre... ¡La frente bañada en sangre!
¡Dios todopoderoso!
¡Bien lo reconozco a pesar de la penumbra!
¡Es Vincent!

(se vuelve con enojo) 

Y a ése... El asesino... El traidor...
El que huye veloz como un bandido...
¡También lo conozco!
¡Te maldigo, Ourrias! ¡Tres veces te maldigo!

(se inclina sobre Vincent y limpia con su capa 
la sangre de su frente) 

Cuadro segundo: El Puente de Trinquetaille 

(Las aguas de Ródano, iluminadas por la luz de 
la luna cubren toda la escena y se pierden entre 
la niebla. Un pequeño descampado de aulagas 
salvajes entre los remolinos del torrente. Aquí 
es donde Ourrias se detiene en su veloz huida.)

Escena 1 

OURRIAS
(entra precipitadamente, pálido y alarmado, 
con los cabellos revueltos)
¡Ah!... ¿Qué he hecho?
¡La mano de Dios se cierne sobre mí!
¡El recuerdo del crimen cometido
me acecha y atormenta!
¡El remordimiento anida en mi corazón!...
¡Tengo miedo!
¡La mancha de sangre de mis manos
será un estigma indeleble!
¡Pálido y frío, allá quedo Vincent,
sobre la áspera arena!
¡El remordimiento anida en mi corazón!...
¡Tengo miedo!

(cayendo de rodillas) 

¡Piedad! ¡Tened piedad de mí, arcángeles!
¡Envainad vuestras espadas de justicia!... ¡Ah!

(un momento de silencio) 

Mas, ¿por qué este sueño
mis sentidos atormenta?

(mirando alrededor) 

La noche está calmada y clara...
Solitario está este lugar...

(se levanta) 

¡Debo apresurarme en alcanzar la otra orilla!
¡Eh, barquero, acerca tu barca!

(su llamada es repetida por un eco lejano que 
se pierde en el silencio de la noche. Luego, se 
oye un largo suspiro) 

¡Dios! Esos murmullos fúnebres...
Parece que emanan del mismo aire...
¡Como si los fantasmas vagaran sobre las olas
o acecharan en las tinieblas! 

(Unos destellos aparecen por la superficie del 
agua. Macilentos fantasmas parecen surgir del 
río. Unas campanas dan la medianoche)

Escena 2 

ALMAS CONDENADAS
¡Llegó la medianoche!
¡Una llama que ilumina
a través de las sombras!
¡Quienes la atraviesan
helados salen
de las penumbras abismales!
¡El cielo está azul!
¡El aire nos embriaga!
¡Que el Dios bendito
nos redima!

CORO DE NIÑAS MUERTAS DE AMOR
¡Somos las locas de amor!
Las pobres hijas abandonadas,
que la muerte sin retorno,
nos ha unido al viejo Ródano.

VOCES DIVERSAS
¡Oh, noche! ¡Estrellado firmamento! 
¡Dulce aroma de la tierra! ¡Profundo misterio!

OURRIAS
(aterrorizado)
¡Ahora recuerdo!... ¡Es a medianoche
cuando los espíritus de los condenados
emergen de las penumbras abismales!
¡Los veo deslizarse sobre los remolinos azules
y quedar suspendidos en la tiniebla!
¡Alzan los brazos hacia Dios! 

(Las voces se callan. La tétrica visión 
desaparece entre la niebla)

OURRIAS
(irguiéndose)
¡Ven a mí, balsero!.. ¡A mí, batelero infernal!

UNA VOZ 
(el barquero)
¿Quién me llama?

OURRIAS
(agitando sus puños con aire amenazador)
¡Ourrias, batelero infernal!...

(Una barca parece salir repentinamente del 
fondo del abismo. El barquero, de rostro pálido, 
vestido con una larga capa negra, se encuentra 
en ella.)

EL BARQUERO
¡Aquí estoy!.... ¡Deprisa!

OURRIAS
¡Has tardado mucho, barquero!... 
En otra ocasión aguza más tu oído.

(salta al interior de la barca) 

Y ahora, ¡vámonos!

(el barquero pone el remo en el agua para 
impulsar la barca) 

¡Santos del Cielo! 
Las aguas gimen... ¡y tu barca se hunde!
¡Traidor! ¡Responderás por mis días
con tu cabeza y tu salvación eterna!

EL BARQUERO
¡Ourrias, en vano tu ira avivas!
¡Mi barca una carga maldita lleva!
Es el recuerdo de Vincent... ¡que ahora te golpea!

OURRIAS
¿Qué dices?

EL BARQUERO
¡La venganza divina
con su mano nos arrastra!

(La barca es engullida por las aguas)

CORO DE TREGUAS
¡Llego la medianoche!
¡Una llama que ilumina
a través de las sombras!... 


ACTO IV 

Cuadro Primero 

(El patio de la hacienda de Ramón. Al fondo, 
una gran puerta. El patio se prolonga hacia la 
izquierda y bajo las arcadas se encuentran los 
jornaleros. A la derecha, la casa de Ramón y 
Mirella. En primer plano, una estatua o imagen 
de la Virgen. A la izquierda de ésta, una larga 
mesa cuyo extremo desaparece fuera de escena, 
allí se encuentran sentados los segadores al 
levantarse el telón. Es el día de San Juan y los 
niños hacen corros alrededor de la hoguera)

Escena 1

SEGADORES
¡Amigos, ya está recogida toda la mies!
¡Avivad las llamas! ¡Cantad alegres!
¡Hoy es la fiesta de San Juan,
el segador, el amigo de Dios!

(Ramón y Mirella aparecen en el gran pórtico. 
Los bailes se interrumpen de inmediato y los 
segadores hacen una respetuosa reverencia.) 

Escena 2

RAMÓN
¡Regocijaos, amigos! ¡Aquí está el amo!
¡Descansad y disfrutad del buen tiempo!
¡Mañana, en pago a vuestro duro trabajo,
recibiréis unos escudos contantes y sonantes!

NIÑOS
(ofreciendo a Mirella un ramillete)
¡Una vez finalizada la cosecha
te ofrecemos
esta gavilla de flores!
Que muy pronto, ante el mismo Dios,
se lo entregues a quien de verdad ames,
¡uniendo así vuestros corazones por siempre!
¡Una vez finalizada la cosecha
te ofrecemos
esta gavilla de flores!

(Mirella toma el ramillete y abraza sin responder 
al niño que se lo ofrece) 

CORO
(a media voz)
¿Qué le ocurre? ¿Por qué ese aire de tristeza?

RAMÓN
(en voz baja, esforzándose por reír)
¡A callar! ¡Mirella está enojada!
¡Ya os contaré mañana!

(Mirella atraviesa lentamente el escenario y se 
retira) 

¡Vamos, tomad los vasos, amigos!

SEGADORES
¡Amigos, celebremos la cosecha!
¡Saquémosle fuego a los fagotes!
¡Hoy es la fiesta de San Juan,
el segador, el amigo de Dios!

NIÑOS
(bailando alrededor de la hoguera)
¡San Juan! ¡San Juan! ¡San Juan!

(Los criados sacan la mesa. Los segadores salen 
cantando. La gran puerta del fondo se cierra. Los 
últimos destellos de la hoguera se extinguen y las 
voces se alejan poco a poco. Ramón queda solo)

Escena 3 

RAMÓN
¡Ah, desdichada hija! ¡Malditos amores!
¡Tormentos que una suerte funesta nos envió!
¡Todo eso ha acabado con mi alegría
y el reposo de mi vejez!...

(con un tono desolado y la frente baja) 

¡A la vejez, pulgas!
¡La noche oscurece el horizonte,
los relámpagos desgarran las nubes,
el viento dispersa la cosecha!
¡La desgracia ha llamado a mi puerta!
¡La desgracia se ha cebado en mí,
destrozando mi sueño!...
¡Así es la ciega justicia de Dios!

(Ramón se marcha. La escena queda oscura,
salvo por la ventana de la cámara de Mirella 
que esta iluminada. Acodada en ella, murmura 
dulce y tristemente.)

Escena 4 

MIRELLA
(desde su dormitorio)
¡Oh, Magali, amada mía,
huyamos bajo la frondosa enramada
del silencioso bosque!
¡La noche extiende su velo sobre nosotros
y tus bellos ojos
hacen palidecer a las estrellas
del firmamento!...

Escena 5 

(Se oye el sonido de una gaita que indica que va 
a amanecer. El pastor aparece coincidiendo con 
las últimas notas y canta.)

EL PASTOR
El alba se eleva
y hace palidecer a la sombría noche.
No sopla ni las más ligera brisa y,
a lo lejos, 
¡la sutil arena se calienta y brilla!
Por los aires el pájaro huye,
y yo, solo con mis cabras,
la boca sedienta,
vago al azar por el ardiente desierto
con paso sosegado y lento.
El lagarto gris bebe la luz;
el humilde grillo, entre la mies,
canta al sol;
y yo, sobre un lecho de brezo,
intento conciliar el sueño.  

(Al termino de los últimos versos, Mirella 
sale de su alcoba y mira como el pastor 
se aleja.)

Escena 6

MIRELLA
(Sola)
¡Alegre pastorcillo!
¡Ah, cómo envidio tu suerte!
Siempre libre y con el corazón alegre,
¡las desazones de la vida
no hacen mella en ti!
¡Alegre pastorcillo!
En el desierto de fuego,
junto con tus cabras,
duermes bajo el cielo azul
con una canción en los labios.
Y mientras reposas,
las alegres cigarras
¡hacen tintinear sus címbalos 
bajo el ardiente sol!...
¡Alegre pastorcillo!
¡Ah, cómo envidio tu suerte!
Siempre libre y con el corazón alegre,
¡las desazones de la vida
no hacen mella en ti!
¡Alegre pastorcillo!

Escena 7 

(Vincenette entra por el gran portal del fondo 
y avanza rápidamente en dirección a Mirella)

VINCENETTE
¡Mirella!

MIRELLA
¿Quién me llama?... ¿Es él?

VINCENETTE
¡No, Mirella, soy yo!
¡Pero habla bajo, no despertemos a nadie!

MIRELLA
¿Qué sucede? 

VINCENETTE
Apacigua tus temores. ¡Él esta a salvo!

MIRELLA
¿A salvo? ¡Gran Dios!

VINCENETTE
La adversa suerte los hizo encontrarse
en el camino del Valle del Infierno;
y allí, el traidor Ourrias, lleno de demencial furia,
¡lo golpeo en la sien con su tridente de hierro!

MIRELLA
¡Cielos!... ¡Ourrias!... ¡Vincent!

VINCENETTE
¡Escucha y ten coraje!
Taven me ha dicho que venga
y que te diga lo siguiente: 
"No temas. Sus heridas son leves.
Él descansa, todo ira bien"

MIRELLA
(con ansiedad)
¡Ah! ¡Dime, acaba... tiemblo al escucharte!
¡No me lo has dicho todo! 
¡Me engañas para no afligirme!
¡Vincent me espera! ¡Su vida corre peligro!

VINCENETTE
(tomándole las manos con dulzura)
¡No! ¡No! ¡Que tu corazón se tranquilice!
¡Taven sanará con seguridad sus heridas!
No llores más ¡oh, Mirella! y créeme:
si temiera por su vida, ¿estaría aquí contigo?

MIRELLA
(con creciente exaltación)
¡Hoy es cuando la iglesia de los Santos
abre sus puertas a los desdichados!
¡El mismo Dios escuchará sus ruegos
y todos los ángeles intercederán por ellos!
¡Mujeres, viejos, niños de la Provenza,
con pies descalzos y ojos lagrimosos
marcharán hasta allí, humildes,
llevando ramilletes de espigas, frutas y flores!
Yo deseo, por esta vez, ser la primera
en llegar a las puertas del santo lugar;
e inclinada de rodillas, con la frente en el suelo,
¡implorar a Dios por Vincent!

VINCENETTE
¡Querida hermana! ¡Querida Mirella!
¡Es el cielo quien te aconseja!
Yo, esperaré aquí a que tu padre despierte.

MIRELLA
¡Collares y brazaletes, anillos de plata y oro,
ramas de espinillo bendito, floridas palmas,
todas mis humildes joyas, mis pequeños tesoros
se los ofreceré a Santa María!

(se arrodillan) 

¡Oh, patrona de los enamorados!

VINCENETTE
(las manos juntas y la mirada al cielo)
¡Oh, refugio de los desdichados!

MIRELLA
¡Santas mártires!

VINCENETTE
¡Santas mujeres!

AMBAS
¡Leed en nuestras almas!

VINCENETTE
¡Enjugad con vuestras manos nuestro llanto...

MIRELLA
... y confortad todos nuestros dolores!

VINCENETTE
¡Así como al mismo Dios,
a vosotras recurro!

MIRELLA
¡Proteged los días de mi amado!

(se levanta) 

¡Es hora de partir!... ¡No debo vacilar!
¡Que un buen ángel guíe mis pasos!

(se vuelve en dirección a la alcoba de Ramón) 

¡Dios me perdonará!
¡Perdóname tú también, padre!
¡Adiós! ¡Adiós!... ¡Te amo!... 

(Salen) 

Cuadro Segundo 

(Desierto de Crau. Vasta extensión de terreno 
pedregoso y árido, iluminado por un sol ardiente. 
En primer plano, unos pocos árboles torcidos 
por el fuerte viento. A la derecha, un viejo pozo 
en ruinas, medio sepultado por las hierbas. El 
silencio reinante es interrumpido por el canto 
de una cigarra o el trino de un pájaro. Mirella 
entra, muy pálida y con el cabello suelto)

MIRELLA
¡Ésta es la vasta planicie del desierto de fuego!
¡Dios, haz que Mirella cumpla su promesa!
¡En marcha, como Maguelonne!
Con las alas del amor y la brisa de la fe,
bajo el ardiente y luminoso cielo,
yo marcharé como en otros tiempos...
Ni las olas espumantes de la mar,
ni los rayos, ni la tormenta,
ni los relámpagos,
detendrán a la pobre amante.
¡La peregrina del amor! 

(da algunos pasos) 

¡Pero el cielo me deslumbra!... ¡El día me ciega!

(se detiene) 

¿Dónde estoy?
¡Siento vértigo!

(extendiendo los brazos al horizonte) 

¡Y allá!... ¡Oh, prodigio!
¡Bajo el azul transparente del cielo
aparece ante mis ojos 
una nueva tierra prometida!

(al fondo se ve descender del cielo, por un efecto 
óptico, una ciudad milagrosa a la orilla de un 
gran lago rodeado de árboles) 

¿Será la ciudad santa de Jerusalén?
¿O tal vez las tumbas de los Santos del Mar? 

(la imagen poco a poco desaparece) 

¡Pero, no!... La ciudad se ha desvanecido,
la visión comenzó a flotar
¡y luego se esfumó!

(comienza a caminar y tropieza, golpeándose la 
cabeza. Con un grito de dolor, se lleva las manos 
a la frente) 

¡Ah, con su flecha de oro el sol me ha besado!
¡Muero!... ¡Adiós, Vincent! ¡Llora por tu amor!

(Mirella queda tendida en la tierra, desvanecida. 
Se oye el repiqueteo lejano del pastor. Los 
últimos tintineos hacen levantar a Mirella) 

¡No, no moriré!
¡No quiero morir! ¡Debo seguir!
¡En marcha, como Maguelonne!
Con lasv alas del amor y la brisa de la fe,
bajo el ardiente y luminoso cielo,
yo marcharé como en otros tiempos...
Ni las olas espumantes de la mar,
ni los rayos, ni la tormenta,
ni los relámpagos,
detendrán a la pobre amante.
¡La peregrina del amor! 
¡Adelante!... ¡Adelante!... ¡Adelante! 
¡Ah!...

(Desaparece por el fondo de la escena, cantando) 


ACTO V 

(Capilla de Santa María. Al fondo, puede 
verse el mar. En un lado, en primer plano, se 
ve la capilla, las reliquias, los exvotos, etc) 

Escena 1 

Marcha religiosa 

CORO
¡Oh, vosotros que desde el Cielo
veis las lagrimas de nuestros ojos!
¡Escuchad nuestras plegarias,
santos del Paraíso!
¡Sanad a nuestros ancianos
y amparad a nuestro hijos!

(Durante el coro, la procesión de los fieles 
atraviesa la escena. Vincent busca a Mirella. 
La marcha continua, dejándolo solo.) 

Escena 2 

VINCENT
(Solo)
¡Mi corazón esta lleno de un pesar sombrío!
¿Qué la retiene? ¿Por qué no ha llegado aún?

¡Ángeles del cielo, amparadla!
¡Extended vuestras alas sobre ella!
¡Y tú, brillante sol de estío,
apiádate de ella y no agostes su belleza!
La he visto en mis sueños,
vagando por las llanuras abrasadas por el sol,
caminando sobre la arena, pálida y vacilante, 
bajo la claridad insoportable del cielo,
¡invocar a los Santos y a Dios!

¡Ángeles del cielo, amparadla!
¡Extended vuestras alas sobre ella!
¡Y tú, brillante sol de estío,
apiádate de ella y no agostes su belleza!

(Aparece Mirella, pálida y vacilante. Sus manos 
buscan apoyo, y su mirada se posa en Vincent 
reconociéndolo.)

Escena 3 

VINCENT
(Viendo a Mirella)
¡Ah, aquí llega!...

MIRELLA
¡Tú! ¡Vincent! ¡Amigo fiel!
¡Me esperabas!... ¡Al fin te veo!...

(se deja caer en los brazos de Vincent) 

¡Ah, mi corazón tiembla al sonido de tu voz!
¡Recobro todo mi coraje!...

VINCENT
¿Acaso no recuerdas lo que acordamos?
Si alguna vez el infortunio nos golpease
¡deberemos encomendarnos a los santos!

MIRELLA
(Levantando la cabeza con esfuerzo)
¡Sí, sí!...

VINCENT
¡Qué pálida estás!... ¿Qué tienes?

MIRELLA
(sonriendo con mucho esfuerzo)
¡Nada, nada! 
Estoy cansada por el sol abrasador pero, 
¡gracias a Dios! tus besos hacen que me recupere
y tu mirada reconforta mi corazón.

(Se oyen los himnos del órgano en la iglesia, 
acompañados por los cantos de los fieles) 

CORO
(fuera de escena, en la iglesia)
¡Al fin el velo se desgarra!
¡La oscura tumba súbitamente se ilumina!
¡He aquí el sagrado tesoro!...
¡Gloria a Santa María!
Del cielo un ángel desciende,
un dulce perfume inunda el santo lugar,
¡un grito de amor sube hacia Dios!
¡Gloria a Santa María!

MIRELLA
(desvariando)
¡Escucha! ¡Rezan por nosotros!
¡Mirella y Vincent se casan!
¡El Cielo bendice su amor!...

VINCENT
¿Qué dices?

MIRELLA
¡Amémonos!... ¡Por siempre! 
¡Santa embriaguez! ¡Éxtasis divino!
¡Mi corazón se transporta! 
¡Alegre sueño! ¡Dulce fascinación!
¡El cielo mismo se abre exultante!
¡En el aire y en mi alma
todo es alegría y resplandor!

(Mirella cae en los brazos de Vincent)

VINCENT
¡Gran Dios!

VINCENETTE
(corriendo)
¡Mirella!... ¡Ayudadla!...

Escena 4 

RAMÓN
¡Mirella!... ¡Hija mía!

MIRELLA
¡Llorad, llorad!

VINCENT, VINCENETTE, RAMÓN
¡Dios, qué extraño ardor
en su mirada perdida!

RAMÓN
¡No te mueras, hija querida, no te mueras!
¡Perdóname!

(a Vincent) 

¡Tú, sálvala, Vincent!... ¡Te la entrego!

MIRELLA
¡Es demasiado tarde! ¡Mira, el cielo resplandece!
Los santos acuden para darme su mano. 
¡Los veo!... ¡Sí, los veo!

VINCENT
¡Ah, quiero seguirlos contigo!

TODOS
¡Santa embriaguez! ¡Éxtasis divino!
¡Mi corazón se transporta! 
¡Alegre sueño! ¡Dulce fascinación!
¡El cielo mismo se abre exultante!
¡En el aire y en mi alma
todo es alegría y resplandor!

(Los fieles salen de la iglesia y poco a poco 
rodean a Mirella) 

MIRELLA
(en éxtasis)
¡Mirad! ¡Mirad! ¡Las olas destellan!
¡La mar está en calma y el cielo azul!
¡Adiós, Vincent, adiós!

(Mirella muere)

VINCENT
¡Oh, muerte! ¡Llévame a la tumba con ella!

UNA VOZ DESDE EL CIELO
(fuera de escena)
¡Oh Mirella, ven con nosotros al Paraíso divino!
¡Ven a saborear la dulzura infinita del Cielo
y la gracia inefable, y la bendita exaltación
del amor eterno!...

TODOS
¡Su alma vuela veloz hacia Dios!
¡Un dulce perfume baña este santo lugar!



Traducido y Escaneado por:
Maximiliano Ariel Acevedo 2008