ACTE III
 

Prélude: Vers la cité lointaine...

(Un jardinet au faîte de la butte Montmartre. A gauche, 
une petite maison sans étage, avec perron et vestibule 
découvert. A côté de la maison, à l'avant-scène, un mur 
coupé d'une petite porte. A droite, des échafaudages. 
Au fond, une haie; entre la haie et les échafaudages, 
une porte à claire-voie. Un sentier extérieur côtoie la 
haie; au-delà s'étagent les toits des maisons voisines. 
Panorama de Paris. Le crépuscule est imminent) 

Scène Première

(Au lever du rideau, Julien, assis, un livre à la main, 
près de la maison, semble plongé dans une méditation 
heureuse. Accoudée sur la rampe du perron, Louise, 
souriante, le regarde amoureusement, puis s'approche) 

LOUISE
Depuis le jour où je me suis donnée, 
toute fleurie semble ma destinée. 
Je crois rêver sous un ciel de féerie, 
l'âme encore grisée de ton premier baiser! 

JULIEN
Louise! 

LOUISE
Quelle belle vie! Mon rêve n'était pas un rêve!
Ah! Je suis heureuse!
L'amour étend sur moi ses ailes!
Au jardin de mon coeur chante une joie nouvelle!
Tout vibre, tout se réjouit de mon triomphe!
Autour de moi tout est sourire, lumière et joie!
Et je tremble délicieusement
au souvenir charmant
du premier jour
d'amour!
Quelle belle vie!
Ah! je suis heureuse! trop heureuse...
Et je tremble délicieusement
au souvenir charmant
du premier jour
d'amour!

JULIEN
Louise est heureuse? 

LOUISE 
(se jetant dans ses bras)
Trop heureuse! 

JULIEN 
(avec tendresse)
Tu ne regrettes rien? 

LOUISE
Rien!... Que puis-je regretter?

(simplement)

A l'atelier, parmi mes compagnes, 
j'étais une étrangère, personne ne me comprenait 
et personne ne m'aimait.

(sans acrimonie)

Chez nous, mon père me traitait toujours en petite fille.

(enfantement, avec rancune)

Et la mère: Qui aime bien, châtie bien 
Ne perdait pas son temps avec moi! 
C'était à tout moment, à propos de rien, 
des rebuffades, des attrapades:

(gamine)

Pan! Pan! «ça t'apprendra!»
Pan! Pan! Attrap' «celle-là!»
«Mais ma mère!»
«Vas-tu te taire?»
«Je n'ai rien fait!»
«P'tite effrontée!»
«Pan! Pan! Pan! Pan! Pan! Pan!»

JULIEN 
(riant)
Ah! Ah! Ah! Ah!

LOUISE 
(sérieuse)
Et mon père la laissait faire... 
Il m'aimait bien pourtant, mon pauvre père!.. 
Mais il croyait tout ce qu'inventait la jalouse: 
elle avait fait de toi un tel portrait, 
critiquant ta conduite, ton métier, 
que mon père ne pouvait croire 
qu'il me fût possible de t'aimer. 

JULIEN 
(moqueur)
La mère La Routine, 
le père Préjugé devaient bien s'entendre! 

LOUISE 
(imitant son père, sans trop de moquerie)
«A ton âge, disait-il, on voit tout beau, tout rose; 
prendre un mari, c'est choisir une poupée»...

JULIEN 
(souriant)
Une poupée? 

LOUISE
«Malheureusement, ces poupées-là, ma fille, 
vous font parfois pleurer bien des larmes»

JULIEN 
(riant)
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

(ironique, sans éclat)

Les parents voudraient qu'on restât le marmot 
dont la pensée sommeille à l'ombre de leur volonté! 
Il fallait lui répondre, gentiment: 
«Les poupées d'amour ne sont pas toutes méchantes»...

LOUISE
«Comment veux-tu la choisir?» Disait mon père... 

JULIEN
Avec mon coeur! 

LOUISE 
(continuant l'imitation)
«C'est un bien mauvais juge»

JULIEN 
(avec impatience)
Pourquoi donc? 

LOUISE 
(souriante, ironique)
«Qui dit amoureux, toujours dit: aveugle»

JULIEN 
(s'exaltant, mais sans colère)
Aveugle lui-même, d'avoir méconnu 
la souveraineté de l'amour!...
Et d'oser réclamer pour lui 
le droit d'élire le maître de ta destinée!... 

LOUISE 
(imitant les gestes paternels, sans moquerie)
«C'est le droit de la vieillesse! 
Le droit de la sagesse!

(emphatique)

Le droit de l'expérience!»

JULIEN 
(impétueux)
L'expérience! Ha! Ha! Ha! L'expérience! 
C'est à dire la Routine, la Tradition, 
toute l'oppression des préjugés stupides!

(à Louise, avec âpreté, d'une voix sifflante)

L'expérience qui voudrait Dieu lui-même en servage! 
L'expérience: lâche et tyrannique servante 
de l'Envie qui se dresse à l'entrée de la vie!

(véhément)

Les juvéniles chevauchées des passions! 
Tout l'idéal, tout l'amour, le vouloir, le génie, honnis, 
traqués, comme on traque l'ignominie! 
O la misérable! O l'odieuse! 
L'infâme, l'hypocrite, l'inféconde expérience! 

LOUISE 
(simplement)
Ainsi tout enfant a le droit de choisir lui-même 
le chemin du bonheur? 

JULIEN 
(avec conviction et grandeur, sans emphase)
Tout être a le droit d'être libre!
Tout coeur a le devoir d'aimer!
Malheur à celui qui voudrait garrotter 
l'originale et fière volonté d'une âme 
qui s'éveille et qui réclame sa part de soleil, 
sa part d'amour!

(Le soir tombe. Les dernières lueurs du couchant 
dorent la ville) 

LOUISE 
(avec une émotion grandissante)
Les désirs de nos coeurs peuvent-ils sans remords 
briser d'autres coeurs?...

JULIEN 
(farouche)
L'égoïsme appelle l'égoïsme! 

LOUISE
L'amour des parents n'est-il donc que de l'égoïsme? 

JULIEN
Rien qu'égoïsme! 

LOUISE
Et mon père lui-même?... 

JULIEN 
(s'emballant)
Un égoïste plus aveugle que les autres!

(Louise fait un geste de reproche. Julien, regrettant ses 
paroles, s'approche d'elle et l'entraîne doucement vers 
le fond du jardin) 

JULIEN 
(caressant)
Jolie! Tu regrettes d'être venue?

(il l'attire contre lui, avec tendresse, et lui montre 
la ville)

De Paris tout en fête, entends monter la joyeuse, 
l'attrayante chanson!
C'est pour toi, petite muse, 
que la ville cette nuit s'amuse! 

(avec câlinerie)

Hors Paris, Louise ne serait pas Louise!
Paris sans toi ne serait point Paris!
Mignon symbole de la grande cité, 
je t'aime en elle et je l'adore en ta beauté!

LOUISE 
(extasiée)
O l'attirante, la chère musique de la grande Ville!

JULIEN 
(enthousiaste)
La Ville m'a donné la Fille...

LOUISE 
(gagnée par l'enthousiasme)
L'amour de la Fille te donnera la Ville!

JULIEN
Oui, tous deux nous marcherons 
à la conquête de la Cité merveilleuse!

LOUISE
Ta gloire aura mes yeux pour étoiles!

JULIEN
Par ton amour, j'aurai la victoire!

LOUISE
Paris!

JULIEN
Paris!

LOUISE
Paris!

JULIEN
Paris!

LOUISE, JULIEN
Paris! Paris! Cité de force et de lumière!
Paris! Paris! Paris! Splendeur première!

(Louise et Julien, aux bras l'un de l'autre, invoquent 
la Ville immense)

Paris! Paris! O Paris!

(La nuit est venue, la Ville peu à peu se revêt 
de lumières)

Cité de joie! Cité d'amour! 
Sois douce à nos amours!

(ils s'agenouillent)

Protège tes enfants!

(dramatique)

Garde-nous!.. Défends-nous!

(Les amants, enlacés, immobiles, comme sous 
l'enchantement du rêve glorieux d'Avenir qui se 
lève devant eux, tendent les bras vers la ville) 

LOUISE
Julien! 

JULIEN
Louise! 

LOUISE
Vois la ville qui s'éclaire... 

JULIEN
C'est le firmament sur terre... 

LOUISE
Entends les mille voix... 

JULIEN
Elles répondent à nos voix! 

LOUISE
Regarde les lumières. 

JULIEN
La ville tout entière se lève à ta prière!

LOUISE 
(avec enthousiasme)
Ah!

(Ils se relèvent lentement. Dans une apothéose 
de lumière, Paris semble fêter les amants) 

LOUISE, JULIEN
«Libres! Vous êtes libres!» 
Nous crie la ville immense.

VOIX DE LA VILLE 
(Femmes et Hommes)
Libres! 

LOUISE, JULIEN
Libres, soyons libres, selon notre conscience!

VOIX DE LA VILLE
Libres! 

LOUISE
Libres! 

JULIEN
Libres! 

LOUISE
Libres, dans l'amour!

VOIX DE LA VILLE
Libres! 

JULIEN
Libres, dans la vie!

VOIX DE LA VILLE
Libres! 

LOUISE
Libres, toujours! 

JULIEN 
(en interrogation)
Toujours? 

LOUISE 
(décidée)
Toujours! 

JULIEN 
(souriant)
Toujours! 

LOUISE 
(souriante)
Toujours! 

JULIEN 
(la pressant dans ses bras, avec tendresse)
Toujours! 

LOUISE 
(se serrant contre lui - avec passion)
Toujours! 

(Feu d'artifice, lointain. Les amants, retombés 
sur le banc de verdure, s'étreignent avec extase) 

LOUISE
Vois la belle nuit... 

JULIEN
C'est notre nuit de noces! 

LOUISE
Ah! Je t'aime!... 

JULIEN
Tu m'aimes?...

LOUISE
Je t'aime!...

JULIEN
Oh! Le doux miracle... 
Je ne suis plus Julien, tu n'es plus Louise! 

LOUISE 
(se jetant sur lui passionnément)
Des baisers, Julien, des baisers! 

JULIEN 
(se levant; calme, avec grandeur)
Nous sommes tous les amants fidèles à leurs serments! 

LOUISE 
(agenouillée devant lui)
Ah! Le divin roman! 

JULIEN
Nous sommes tous les êtres 
qui veulent vivre sans maîtres! 

LOUISE 
(lui tendant les bras)
En mes bras sois mon maître! 

JULIEN
Nous sommes toute les âmes 
que brûle la sainte flamme du désir!

(Il prend Louise dans ses bras) 

LOUISE 
(éperdue)
Suis-je sur terre? 
Je marche dans une féerie... 

JULIEN 
(montrant la ville illuminée)
Regarde ton domaine!...

LOUISE 
(pâmée)
Vision fleurie!...

JULIEN 
(avec ferveur)
Ici loin de la peine,
loin de l'envie et de la haine,
ton clair sourire de bonté
rayonnera sur la cité.
Et mes baisers, ô tendre soeur,
te feront muse du bonheur!

LOUISE 
(éperdue; joyeuse, triomphante, impétueuse)
Ah! La parole idéale dont s'enivre mon corps tout entier! 
Dis encore ta chanson de délices! 
Ta chanson victorieuse, ta chanson de printemps!

JULIEN 
(entraînant)
Avec tes baisers clos mes lèvres! 
Tes baisers valent mieux que mes chants de liesse! 
Baisers d'aurore et de soleil! Baisers de feu! 

LOUISE 
(frénétique)
Encor des baisers! Toujours des baisers! 
Mets sur ma lèvre toute leur fièvre! 
Encor des baisers! 

JULIEN
Depuis le jour où je l'ai prise toute, 
jamais Louise ne parut si belle! 

LOUISE 
(pétulante)
Ce n'est plus la petite fille?...

JULIEN
C'est une femme nouvelle!

LOUISE
l'enfant timide et craintive?

JULIEN
Non, c'est l'Amante éternelle!

LOUISE
C'est une femme au coeur de flamme dont l'être clame, 
dont l'âme crie éperdument:

JULIEN
Ah! Au souffle du Désir,
Louise enfin s'éveille!
Hosanna!
Hosanna! 

LOUISE
Ah!

(claironnant, passionnée, juvénile impatiente)

Ah prends-moi vite, vite, mon bien-aimé, 
plus beau que les fiers chevaliers des contes bleus 
de la Légende!
A mon appel hâte-toi d'accourir!

(souriante)

Prince Charmant dont la caresse

(triomphante)

éveilla la petite Montmartroise au Coeur Dormant!

(ardente)

Viens dans mes bras, ô mon poète, 
ne suis-je pas ta conquête? 
Embrasse-moi... Fais-moi mourir sous tes baisers! 

JULIEN
Ardente ivresse du baiser! 
O vertige, ô volupté! 
La chair de l'amante a parlé: 
elle appelle son maître... 

LOUISE
A toi tout mon être!

JULIEN
Ton cher corps me désire?

LOUISE
Je veux du plaisir!

JULIEN
Prends-moi!

LOUISE
Ah! Jadis tu pris la vierge aimante 
toute naïve en son printemps, mais aujourd'hui, 
l'amante-femme veut à son tour prendre l'Amant!
Viens! O mon poète!
Beau chevalier,
ah! Sois ma conquête...
Fais moi mourir sous tes baisers!

JULIEN
Ah! Bien aimée!
Prends ton poète!
Ah! Emporte ta conquête...
Fais-moi mourir sous tes baisers! 

LOUISE 
(pâmée)
C'est le paradis! 

JULIEN
Non, c'est la vie!...

LOUISE
C'est une féerie... 

JULIEN
Non, c'est la vie, l'éternelle, la toute-puissante vie!

(Appels lointains de trompettes. Les deux amants 
se dirigent vers la maison. Indifférente à tout ce qui 
les entoure, les yeux dans les yeux, les lèvres appelant 
les lèvres, ils montent lentement le perron. Au loin, 
bouquet de feu d'artifice. D'un geste passionné, Louise 
entraîne Julien dans la maison. Après un dernier 
regard vers la ville, ils disparaissent. Tambours 
lointains) 

Scène Deuxième

(Un bohème apparaît sur le sentier; il saute la haie, se 
dirige vers la maison, regarde la fenêtre éclairée, et fait 
un geste d'appel vers la ville. Le premier bohème sonne un 
appel. Un autre bohème surgit de la même manière; le premier 
va à sa rencontre) 

LE DEUXIEME BOHEME 
(au premier)
Ils sont là?

(Sonne la trompette. Il lui montre la fenêtre dont la 
lumière s'éteint subitement, puis ouvre la porte à trois 
camarades porteurs d'un paquet volumineux qu'ils 
déballent en hâte. Ils en tirent des oriflammes, des 
draperies, des lanternes vénitiennes, dont ils décorent 
la façade, le perron et le vestibule de la maison. Au loin 
retentissent des clameurs, des chants, des fanfares de 
fête. Les lumières de la ville semblent s'avancer vers 
la Butte. Roulement lointain de tambours. Rumeurs 
joyeuses. Chants lointains) 

OUVRIERS, BOHEMES, GENS DE LA BUTTE
(lointains)
Régalez-vous, mesdam's, voilà l'plaisir!

LA FOULE 
(Enfants, lointain)
N'en mangez pas, jeun's fill's, ça fait grossir!

GRISETTES ET BOHEMES 
Régalez-vous, mesdam's, voilà l'plaisir!

LA FOULE 
(Enfants)
N'en mangez pas, messieurs, ça fait mourir! 

(Cris lointains)

Vivent les Bohèmes!

ENFANTS
La la la la la...

CHOEUR
La la la la la...

(Peu à peu des badauds, rôdeurs et rôdeuses, se 
massent à l'entrée du jardin. Des gueux apparaissent, 
grimpés sur les échafaudages des maisons voisines et 
sur le mur de clôture. Des bandes de gamins traversent 
le sentier en courant. Dans la rue placée en contrebas, 
on voit passer des lampions et les bannières des 
bohèmes. Le premier groupe des gens de la Butte 
paraît sur le chemin) 

RODEURS, RODEUSES 
(à la porte du jardin)
Honneur aux bohèmes!
Gloire aux faiseurs de poèmes!
Gloire aux belles qui les aiment!
Hourrah!

(Quelques grisettes, précédant la bande, accourent 
sur le perron, pour mieux voir. Les gens de la Butte 
les suivent dans un effarement plutôt comique. Rumeurs 
prolongées) 

LES MERES ET LES PERES
Que vienn'nt faire ces gens-là
avec tout leur tralala?
Regardez ces filles, ah!
En ont-ell's des falbalas!

LES MERES
Quell' misère...
Si j'étais leur mère!

LES PERES
Quell' misère...
Si j'étais leur père!

LES GAMINS 
(s'appelant à l'entrée du jardin)
Ohé! Ohé!

LES GUEUX 
(assis sur les échafaudages)
Ohé! Ohé!

LES FILLETTES ET LES GARÇONS
C'est ici qu'ils vont s'amuser...

LES GAMINS 
(entrant, telle une nuée de moineaux, marquant 
un pas sur chaque temps)
Le bourgeois voudrait les pendr' d'un seul coup!
La bourgeois' voudrait se pendr'
A leur cou!

MERES ET PERES 
(causant entre eux)
Quelle extravagation,
quelle dépravation!
C'est l'abomination
de la désolation!

LES FILLETTES 
(entre elles)
Ils vont chanter, rire et danser...
Et peut-être nous embrasser...

LES GARÇONS 
(entre eux)
Ils vont chanter, rire et danser...
Et nous montrer leurs fiancées...

DES GUEUX 
(rires)
Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha.
Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha.

LES GAMINS
Mais la quille,
plus maligne,
de son oeil tranquille
cligne:

(ils s'arrêtent; avec drôlerie)

«O chaleur!
Quel malheur!..
Attendez-moi tout à l'heur'!»

(Des gardes municipaux paraissent galopant des 
chevaux fantasques. Ils poursuivent les gamins qui 
se réfugient sur le perron)

FILLETTES, GARÇONS, GUEUX 
(se montrant les bannières)
Ah!

(Paraissent les porteurs d'oriflammes, de bannières et 
de lanternes. (Le chansonnier, le peintre, le sculpteur, 
les philosophes, l'étudiant, le jeune poète et les 
bohèmes du 2e acte sont disséminés dans les différents 
groupes travestis.) Ils s'alignent au fond de la scène. 
Des grisettes et des bohèmes, bizarrement travestis, 
entrent en farandole et font plusieurs fois le tour du jardin,
gambadant, sautant, et se livrant à mille excentricités)

LES BOHEMES, PORTEURS D'ORIFLAMMES 
(criant)
Place! Bonn's gens, élargissez-vous!
Place! Bonn's gens, élargissez-vous!

MERES ET PERES
Voyez, voyez,
(cris d'ahurissement)
ah! Voyez, voyez,

(riant)

ha, ha, ha, ha, ha,

FILLETTES ET GARÇONS
Voyez ces bannières!
Toutes ces lumières

LES GUEUX
(riant ironiquement)
Ha, ha, ha, ha, ha.
Ha, ha, ha, ha, ha,

LES BOHEMES, PORTEURS DE LANTERNES
Place! Bonn's gens, élargissez-vous!

LES GAMINS
Les voici, les voici, les voici...

LES GRISETTES 
(riant)
Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha.

GAMINS, BOHEMES
MERES, PERES, GUEUX
Il y a des êtres qui s'ennuient...

TOUS
... y en a d'autr's qui n's'ennuient pas!

GRISETTES, BOHEMES
FILLETTES, GARÇONS
Ha! Ha! Ha!

GAMINS, BOHEMES, MERES
PERES, GUEUX
Il y a en a qui ont du génie...

TOUS
... y en a d'autr's qui n'en ont pas!

GRISETTES, BOHEMES
FILLETTES, GARÇONS
Ha! Ha! Ha!

LES GAMINS 
(se moquant de la foule)
Voyez donc ces têtes, ces binettes!

BOHEMES
Viv' la rigolade!

MERES, PERES
Voyez ces bannières!

LES GUEUX
Vivent les artistes!
Gloire aux anarchistes!

LES GAMINS
Voyez donc ces têt's qu'ils ont!

GRISETTES, BOHEMES
Viv' la rigolade!

FILLETTES, GARÇONS
Quelle sérénade!

MERES, PERES
Toutes ces lumières!

LES GAMINS
Conspuez! Conspuez! Conspuez! 

GRISETTES, BOHEMES
Dans un royal bacchanal!
Loin du flic et du cipal,
chantons, chantons, notre hymne triomphal!

LES GUEUX
En l'honneur des étudiants,
compagnons, battons un ban.

(ils battent bruyamment les mains en cadence)

FILLETTES, GARÇONS, MERES, PERES
Quel étrange carnaval,
quel infernal bacchanal!
Ils sont fous,
ils sont saouls,
ils mett'nt tout sens dessus d'ssous! 

(A la porte de l'enclos, apparaît le cortège du Plaisir. 
Sur un char escorté par les Filles de Joie, le 
Noctambule, costumé en Pape des Fous, entre 
solennellement) 

CHOEUR
(sauf les Mères et les Pères)
Jour d'allégresse
Et jour d'amour
Sur la Butte en liesse!

(Le cortège se range à l'avant-scène, devant la maison)

Tout est rose,
Tout flamboie,
C'est la joie,
L'apothéose!

(Deux Bohèmes, travestis en âne et en singe, 
vont se placer de chaque côté du perron)

Voici venir
Les divins gueux
Aux longs cheveux,
Les jeunes dieux!

ENFANTS
Les chercheurs d'absolu,

CHOEUR
Oyez ces cris.
De tous côtés
c'est la joie de Paris
aux pieds de la Beauté!

Enfants
Les épris d'inconnu,
voici venir
les fiers élus
de l'avenir!

CHOEUR
Les épris d'inconnu,
les élus
de l'avenir!

(Louise paraît sur le perron très émue. Ses amies 
s'empressent autour d'elle. Julien se joint aux Bohèmes)

JULIEN, IRMA, CAMILLE, BLANCHE
ELISE, MADELEINE, GERTRUDE
LA PREMIERE, SUZANNE, MARGUERITE
Gloire à la Muse
dont la lèvre fleurie
jamais rien ne refuse
à son poète qui la prie!

CHOEUR
Riez! Chantez!
C'est la joie.
Riez! Dansez!
Tout flamboie! Tout flamboie!
C'est la joie.
L'apothéose!
Gloire au génie
des fils de l'harmonie,
riches d'éternité,
quoique vêtus de pauvreté!
Tout flamboie!
C'est la joie.
L'apothéose!

(Bravos prolongés de la foule. Un Bohème, grimpé 
sur le toit de la maison, s'adresse à la Foule) 

UN BOHEME
Bonn's gens! Bonn's gens!
Habitants de Paris,
venez tous admirer
Louise la jolie!
C'est un' gentille p'tite ouvrière
que les bohèmes, rois de misère,
vont sacrer Muse de leur chimère!

LA FOULE
(surprise)
Une Muse? Une Muse à Montmartre! 

UN BOHEME
En l'honneur de Louise que la danse commence. 

(Louise, rougissante d'émotion et de plaisir, s'assied 
sur le perron. Ses amies prennent place derrière elle. 
Les gamins, tenant des roses, s'entassent sur les 
marches du perron. Julien et les bohèmes se groupent 
à gauche contre la maison. La foule, repoussée contre 
le mur et les haies de l'enceinte, devient peu à peu 
silencieuse. En une chaîne gracieuse et colorée, des 
grisettes travesties s'adossent au public, et forment, 
devant Louise, un large demi-cercle au centre duquel 
apparaît la Danseuse) 

PREMIER GROUPE
Approchons. Holà! Ne poussez pas ainsi!
Nous voulons voir! Vous ne passerez pas. 

DEUXIEME GROUPE
Je garde ma place. - C'était la mienne.
J'y étais avant vous!
Menteuse. - Imbécile. - Malhonnête.

TROISIEME GROUPE
Vous m'écrasez. - Je m'en moque. 
Aïe, butor. - Abruti. - Malappris.
Vieux singe! 

QUATRIEME GROUPE
Laissez-moi passer. - Non, allez ailleurs.
Vieux fourneau! - Hein vous dites?
Mange, fumier! 

LES GAMINS 
(assis sur le perron)
Y a d'quoi s'mordre!
Ohé! Les poires! Voyez tableau! 

LES GUEUX 
(sur les échafaudages)
C'est la fête! C'est la fête! 
Ohé!... Rapineurs, pique-assiettes, refileurs de comète, 
ouvrez l'oeil, car pour vous l'Opéra va danser! 

LES BOHÈMES 
(maintenant la foule)
Faites place aux danseuses! 

Divertissement 

Scène Troisième: Couronnement Dde La muse...

LE PAPE DES FOUS 
(se levant)
Par Mercure aux pieds légers,
puisque s'ouvre ici la Cour d'amour,
m'est avis, messeigneurs,
qu'il vous sied de céder le verbe
au poète superbe
et seul idoine à louanger

(rires dans la foule)

(emphatique) 

que voici.

(Il va vers la foule de droite et s'incline ironiquement; 
puis, vers la foule de gauche, s'incline de nouveau, 
esquisse quelques entrechats, gambade autour des 
grisettes, et après une pirouette finale, fait un geste 
mystérieuse à la Danseuse. Surgissent du fond de la 
scène les ballerines qui s'éparpillent, se groupent, font 
la roue, puis mystérieusement s'écartent, découvrant 
la Danseuse) 

LE PAPE DES FOUS 
(à Louise, montrant la Danseuse)
O jolie!

(Celle-ci, comme suggestionnée, tourne sur 
elle-même, s'avance vers lui)

Cette danseuse
est une fleur de vie
faite d'un peu de chacun de nous tous.

(Les grisettes prennent part à la danse)

Et cette fleur vivante,
c'est notre âme.
Sous la forme d'une fleur
qui serait une femme,
Fleur-femme,
dont la grâce, le parfum
se traduisent en cadences
afin que tes sens
aussi bien que ton âme
puissent apprécier l'hommage suprême! 

LA FOULE
Ah!

CHOEUR 
Ah!
Hourrah! Hourrah! Hourrah!

(Les grisettes, en demi-cercle devant Louise, lui 
envoient d'une rapide poussée, la Danseuse et 
c'est comme une flèche lancée d'un arc) 

LE PAPE DES FOUS
O jolie!
Soeur choisie!
Harmonie et beauté!
Poème de clarté!

(Pendant cette scène, la Danseuse cueille des roses aux 
mains des grisettes, elle en fait un diadème, le montre à 
la foule, puis monte lentement les degrés du perron, 
s'incline devant Louise, s'incline devant elle et la 
couronne. Les grisettes drapent sur les épaules de 
Louise le châle brodé d'argent, emblème de sa royauté) 

Gente fillette de Paris,
en qui revient Juliette, Ophélie,
ô charmante,
Muse clémente!
De tes chevaliers reçois l'hommage.

(Acclamations) 

LA FOULE
Louise! Louise! 

(Les bohèmes s'avancent vers Louise) 

LES GRISETTES ET LES BOHEMES 
(nerveux et vivant, entourant Louise)
Louise, 
acceptes-tu d'être reine de la Bohème?
Louise, 
acceptes-tu d'être Muse de la Butte Sacrée? 

(Acclamations de la foule)

Réponds?

(Louise, souriante, fait un timide geste 
d'acquiescement. Un vieux bohème s'avance 
solennellement. Les tambours rythment son 
chant. Mouvement de curiosité dans la foule) 

LE VIEUX BOHEME
Au nom de la sacrée Bohème
je te fais reine!

(Louise se lève)

Blanche comme une fée d'espoir
luis dans le soir!
Que ton sourire de bonté
sur nous épanche sa clarté!
Sois accueillante aux affamés
de pain et de beauté!
Garde ta foi
au bien-aimé!
Ris-toi des lois!
Et des bourgeois!
De tous ceux qu'importunent le rire et la joie
De tous ceux que l'envie a ligués contre toi!
De tous ceux qui voudraient te refuser le droit
de chanter à ta guise et d'aimer à ton choix! 

(Energique) 

Contre tous, défends ta liberté!

(mettant un genou en terre)

Sois-nous fidèle. 

LES GRISETTES 
(s'inclinant de même)
Sois-nous fidèle.

LES BOHÈMES 
(les imitant)
Sois-nous fidèle! 

(Julien s'approche à son tour) 

JULIEN
O Jolie!
Soeur choisie! 

(Louise prend une rose à son corsage et l'offre 
à l'amant) 

Choeur D'apothéose  

JULIEN
Je t'aime! Je t'aime!
Je t'aime! Je t'aime!

(Orgueilleusement, il prend Louise dans ses bras)

LOUISE
Julien, je t'aime! Je t'aime! Je t'aime!

IRMA, CAMILLE
Ah! Ah! Fête des poètes!
Ô Jolie! Ô Jolie! Ô Jolie!

Les Grisettes 
(enthousiasmées)
Amoureuse beauté!
Ton chant de volupté
éveille en nous une adorable ivresse,
un désir de caresses,
car ta félicité,
ô Jolie!

LES BOHÈMES 
(avec ferveur)
Harmonie et beauté!
Poème de clarté!
Parisienne sculptée
par nos rêves d'éternité!
Ô Jolie!

(avec ferveur)

Harmonie et beauté!
Poème de clarté!
Parisienne sculptée
dans de l'éternité!
Ô Jolie!

LES GAMINS 
(ahuris)
C'est renversant, épastrouillant, abracadabrant!

(Toujours assis, ils se tournent vers Louise) 

Regardez-les, c'qu'ils sont chipés!
Ah! Y a qu'à Montmartr' qu'on voit ça!
J'en suis bleu, j'en suis baba!
C'est plus bath qu'à l'Opéra!
Hourrah! Hourrah!

LES GUEUX 
(goguenards)
S'ils continuent y vont la rendre folle!
Tant pis pour elle!
Fallait pas qu'elle y aille!
Ell' croit qu'la grande vie
ça vaut mieux que l'travail!
Quell' folie!

JEUNES FILLES 
(admiratives)
Ah! Adorable beauté,
chacune de nous t'envie;
car ta félicité,
ô Jolie!

MERES 
(indignées)
Ah! Ah! Voyez, quelle effrontée!
Dans son immoralité,
dans son impudicité,
elle oublie!

GARÇONS 
(charmés)
Ah! Ah! Quel frisson de volupté
sur nos têtes vient de passer?
Ô Jolie!

PERES 
(méprisants)
Ah! Ah! Admirez l'absurdité
de cette solennité!
La folie est triomphante!

IRMA, CAMILLE
GARÇONS, BOHEMES
Tendre reine des amantes!

GRISETTES, JEUNES FILLES
C'est le rêve des amantes!

BOHEMES
Muse clémente!

GAMINS
Pour la reine de Montmartre!

GUEUX
Tu n'vois donc pas qu'ils te mentent?

MERES
Qu'ses parents, là-bas, s'tourmentent!

LOUISE, JULIEN, IRMA
CAMILLE, GRISETTES, BOHEMES
Non, non, jamais rien ne séparera
la Muse du Poète!
l'Amante de l'Amant!
Et Julien de Louise!

GARÇONS, BOHEMES
Salut, salut, salut, salut, salut à toi!

PERES
Voyez! Voyez! Voyez! Ah! Ah! Ah!
Jamais, jamais, on n'a vu ça.

GAMINS
Hourrah! Hourrah! Hourrah! Hourrah!
Y a qu'à Montmartre qu'on voit ça!

GUEUX
Ah! Ah! Ah!
Y a qu'à Montmartre qu'on voit ça!

JEUNES FILLES
Salut, salut, salut, salut à toi!

MERES
Voyez! Voyez! Ah! Ah! Ah!
Comment peut-on tolérer ça?
Comment peut-on tolérer ça?

PERES
Jamais, jamais, on n'a vu ça.

GAMINS, GUEUX
Y a qu'à Montmartre qu'on voit ça! 

(Orgueilleusement enlacés, les deux amants sourient 
à la foule) 

IRMA, CAMILLE
GRISETTES, BOHEMES
Ah! Ah!

JEUNES FILLES, GARÇONS, BOHEMES
À toi!

GAMINS, GUEUX
Tra la la la, tra la la la!
Tra la la la tra la la la!

MERES, PERES
Holà, holà, holà, holà,
Va-t-on fair' taire ces gens-là?

(La fanfare des Bohèmes, bannière en tête, défile 
devant Louise)

IRMA, CAMILLE, GRISETTES
BOHEMES, GAMINS, GUEUX
JEUNES FILLES, GARÇONS
Ohé, ohé, ohé, ohé, ohé, ohé!

MERES
À bas, à bas, à bas, à bas, à bas, à bas!

PERES
Holà, holà, holà, holà, holà, holà!

(Feux De Bengale - Apothéose)

GRISETTES, JEUNES FILLES, 
GARÇONS, GAMINS, GUEUX 
(rires)
Ha, ha, ha, ha, ha!
Ha, ha, ha, ah, ah!

MERES
À bas, à bas, à bas!

PERES
Holà, holà, holà!

IRMA, CAMILLE, GRISETTES, 
BOHEMES, GAMINS, GUEUX, 
JEUNES FILLES, GARÇONS
Hourah!

MERES
À bas!

PERES
Holà!

(Mais une rumeur vient du fond de l'enclos. La foule 
s'écarte avec stupeur. Un grand silence se fait. Sur le 
seuil du jardin, la mère de Louise, immobile, hésitant 
à entrer, apparaît comme le fantôme de la souffrance. 
Les bohèmes se massent devant le perron. Les grisettes 
entourent Louise défaillante. La foule, surprise s'écarte 
avec pitié) 

LES GUEUX
Ah!

LES MERES, LES PERES
Regardez!

LES BOHÈMES
Ah!

LES JEUNES FILLES, LES GARÇONS
Quelle est cette femme?

IRMA, CAMILLE, LES GRISETTES
LES GAMINS
Ah!

MERES, PERES
Que veut-elle?

JEUNES FILLES, GARÇONS
Voyez!

LE PAPE DES FOUS
Ha! Ha! Ha! Ha! Ha!

(Il se sauve en ricanant, suivi des filles de joie)

LOUISE 
(cri)
Ah!

IRMA, CAMILLE
GRISETTES, BOHEMES
Ah! La mère de Louise!

GAMINS, GUEUX, JEUNES FILLES
GARÇONS, MERES, PERES
Ah! Ah!

(Les porteurs d'étendards, les musiciens et les 
danseuses disparaissent) 

JULIEN 
(se plaçant devant Louise; sourdement)
Je te garde!

GAMINS, GUEUX, JEUNES FILLES
GARÇONS, MERES, PERES
La mère de la muse!

IRMA, CAMILLE
GRISETTES, BOHEMES
Ah!

(La mère s'approche de la maison, s'avance avec 
timidité, comme éblouie par les lumières. Un groupe de 
bohèmes lui barre la route, mais le regard de la femme, 
le mystère, la souffrance qui émanent d'elle, les font 
reculer malgré eux) 

LES GUEUX 
(ricanant)
Ha, ha, ha, ha, ha!

LES GAMINS 
(terrifiés)
Allons-nous-en à quatre patt's,
c'est pas l'moment d'fair' des épates!

GRISETTES, JEUNES FILLES, GARÇONS
Ah! Quelle affaire!

LES GUEUX 
(goguenards)
Adieu cochons, vache et couvée...

BOHEMES, MERES, PERES
Ah! Quelle affaire!

LE BRICOLEUR
Encore un' rein' de dégommée!

LES GUEUX
Ha, ha, ha, ha, ha!

(D'autres bohèmes s'approchent; d'un geste suppliant 
la mère les écarte) 

LES GAMINS 
(s'éloignant)
Gar' les mornifl's et les peignées,
y va pleuvoir des giroflées!

(ils disparaissent)

JEUNES FILLES, GARÇONS, MERES, PERES 
(s'éloignant)
Ah! Quelle affaire! Quelle affaire!

LES GRISETTES
La mère de Louise! Ah!

LES GUEUX 
(descendant les échafaudages)
Adieu chansons, adieu chimèr's...

BOHEMES
La mère de Louise!

LE BRICOLEUR
Ah! Quel malheur d'avoir un' mère!

(Ils disparaissent. Louise se relève, regarde autour 
d'elle, voit sa mère, fait un geste d'épouvante et 
s'élance dans les bras de Julien. Quelques bohèmes 
s'empressent autour d'eux. Julien leur fait signe de 
s'éloigner. La foule s'éloigne) 

TOUS 
(hors du jardin)
Ah! Ah! 

(À l'approche de sa mère, Louise, impuissante à 
surmonter sa frayeur, se réfugie dans le vestibule. 
Julien, très ému, mais ferme, dans une attitude de 
défi, barre la route. Roulement lointain de tambours) 

Scène Quatrième

LA MÈRE 
(humblement, à Julien)
Je ne viens pas en ennemie... 
Je venais dire à Louise que son père 
est très souffrant et qu'elle seule peut le sauver. 

LOUISE
(à part, presque parlé)
Mon père! 

JULIEN 
(à part)
Que veut-elle faire? 

LA MÈRE 
(s'avance, à Julien, simplement)
Nous avions tout accepté, 
nous étions las de lutter, de chercher... 
et nous avions fait une croix 
sur la porte de sa chambre...

(fatale)

Elle était morte, bien morte pour nous.

(suppliante)

Mais aujourd'hui que son père est au plus mal, 
je viens vous supplier, monsieur, de permettre à Louise 
de revenir chez nous... et ce sera la guérison 
de mon pauvre homme à la maison.

LOUISE 
(se rapprochant, avec une vive émotion)
Mon père est très malade?

LA MÈRE 
(à Louise qui s'est rapprochée)
Il est bien mal depuis hier...

(Julien manifeste sa méfiance et se tient à distance)

Les premiers jours il versa mille larmes:

(cherchant à apitoyer Louise)

Il allait et venait de la porte à la fenêtre, 
regardant... écoutant... 
espérant à chaque minute te voir revenir.
La nuit comme le sommeil ne voulait pas de lui, 
pendant des heur's il se traînait dans l'ombre, 
et gémissait...

(Emotion croissante de Louise; elle mime 
inconsciemment les geste de sa Mère)

et sanglotait... Un soir, je le surpris, 
sur le seuil de ta chambre, à genoux, et criant: 
Louise! Louise! Mon enfant! m'entends-tu?... 
ne suis-je plus ton père?..

(changeant de ton)

Puis il sembla se faire une raison 
et reprit sa vie d'autrefois... enfin je crus 
qu'il oubliait en le voyant parfois sourire à mes larmes... 

(souriant tristement)

Hélas! je m'étais trompée... 
Ton père n'avait rien oblié... la douleur le minait, 
et plus il la cachait, plus il souffrait...

(Louise et Julien échangent un regard compatissant) 

LA MÈRE 
(à Julien, dont la méfiance s'est envolée)
Seule une joie peut le sauver...
Et vous pouvez la lui donner, 
en conseillant à Louise de revenir chez nous...

(voyant une hésitation dans le geste de Julien)

Oh! Elle sera libre maintenant!

(aimable)

Ce que nous voulons, c'est l'avoir un peu... 
nous l'aimions depuis plus longtemps que vous... 
elle nous aimait avant de vous connaître...

(silence)

(suppliante)

Oh! Monsieur! Vous ne voudriez pas 
que son père vous maudisse!

(avec grandeur)

La malédiction d'un mourant vous 
poursuivrait toute la vie!

(Le chiffonnier paraît sur le sentier au fond de la scène. 
Il fouille le ruisseau en s'éclairant de sa lanterne. La 
douleur de Julien rend Louise indécise. La mère attend 
avec inquiétude) 

LE CHIFFONNIER
Un père cherche sa fille
qui était toute sa famille.

(La mère reste figée dans son attitude suppliante) 

Mais une fille
dans la cité,
c'est une aiguille
dans un champ de blé! 

(Louise et Julien regardent le chiffonnier avec 
compassion Il s'éloigne. L'image du père de Louise 
s'évoque devant eux. Leurs dernières hésitations 
s'envolent) 

Pourquoi chercher
et m'obstiner.
La grande ville
a besoin de nos filles...

JULIEN 
(à la mère)
Promettez-moi de me rendre Louise? 

LA MÈRE 
(sans le regarder)
Je le promets!

(Lentement elle s'éloigne. Louise se jette au cou 
de Julien) 

LE CHIFFONNIER 
(très loin, tristement)
Tra la la la la la!
Tra la la la la la!
Elle est partie dans la nuit! 

JULIEN 
(décidé, avec déchirement)
Allons, va, messagère de bonheur!
Et n'oublie pas que dès ce moment 
je vais compter toutes les heures!

(Louise ôte le châle dont on l'avait parée et le donne 
à Julien. La mère est à la porte du jardin. Louise la 
suit, troublée, s'arrêtant à chaque pas. Sur un geste 
de Julien, elle revient vers lui, se jette dans ses bras. 
Les deux amants s'étreignent avec folie, se séparent, 
s'embrassent encore. Louise s'éloigne à reculons, une 
main sur les lèvres. Au moment de disparaître, elle 
envoie un suprême baiser à Julien) 

JULIEN 
(lui tendant les bras, avec tendresse)
Ô Jolie!

(Il s'élance vers la porte) 



ACTE IV 


(Même décor qu'au premier acte. La maison et la 
terrasse de Julien ont disparu et l'on voit, au loin, 
Paris. Neuf heures du soir. En été) 

Scène Première

(Le père est assis près de la table. La mère, dans la 
cuisine, fait la lessive. A travers la porte vitrée, on 
aperçoit Louise dans sa chambre; elle travaille près 
de la fenêtre ouverte. La mère paraît à la porte de la 
cuisine et s'avance; elle pose près du père un bol de 
tisane, l'invite timidement à boire; puis va vers la 
fenêtre qu'elle ouvre. Celui-ci les yeux fixés sur Louise 
ne semble pas le voir) 

LA MÈRE 
(cherchant à l'égayer; doucement)
Tu devrais te rapprocher de la fenêtre... 
il y fait si bon depuis que les démolisseurs 
ont balayé le vieux faubourg... et ouvert à Paris 
le chemin de notre chambre.
Ah! On respire maintenant!

(cherchant à intéresser le père, immobile et sombre)

Vois la belle trouée d'air, de lumière et de vie! 

LE PÈRE 
(après un silence, bas, suivant des pensées)
Oui, une fameuse trouée...

(hochant la tête)

Où sont disparues bien des choses... 

LA MÈRE 
(entre les dents)
Bien des gens! 

LE PÈRE 
(lointain)
Et du bonheur! 

(La mère revient lentement vers la table. Elle s'assied 
en face du Père; lui tend le bol l'invitant à boire; il 
obéit) 

LA MÈRE 
(affectueusement)
Tu as peut-être eu tort de travailler aujourd'hui... 

LE PÈRE 
(déclamé, avec rondeur)
Après vingt jours de paresse, j'ai dû faire un effort 
pour m'y remettre: mais maintenant, 
c'est fini et je suis d'aplomb...
Le coffre est encore solide et peut lutter longtemps!
La fatigue me fait du bien... 
Et j'ai pris l'habitude du chagrin... 

(La mère fait un geste de pitié et de tendresse)

Les pauvres gens peuvent-ils être heureux?
A qui le bon Dieu donnerait-il son ciel 
s'il n'y avait sur la terre que des gens heureux?

(plus énergique) 

Bête de somme que je suis, que tous nous sommes, 
sous le joug pesant de la Fatalité!
Tristes serfs d'une besogne qui ne cesse jamais!
Piteux jouets aux mains de l'injustice dans un monde 
où tout n'est que misère et déception!... 
Où choses et gens sont nos ennemis; 
où les enfants même, dans l'égoïsme de l'amour, 
nous martyrisent, et nous disent:

(âprement)

«Vous avez assez vécu! 
Place! Place! Nous n'avons plus besoin de vous! 
Nous ne voulons plus de maîtres!»

(regardant Louise douloureusement) 

Et, si l'on veut lutter contre leur folie, 
ces êtres d'orgueil, narguant notre tendresse, 
ajoutent leur haine à toutes nos détresses, et, 
silencieux, implacables, impatients, ils attendent 
que la mort les délivre...

(avec grandeur)

... de ceux qui voudraient mourir pour eux!

(Louise se lève lentement, s'accoude au mur, puis ouvre 
la fenêtre de sa chambre et regarde mélancoliquement 
dans la nuit. Le père la suit des yeux. Dans les théâtres 
ou la disposition de la scène ne permet pas que la geste 
de Louise soit vu par tous les spectateurs, elle sortira 
de sa chambre et ira s'accouder au balcon. Plus tard, 
lorsque la Mère l'appellera, elle ira directement du 
balcon à la cuisine. Le Père, regardant Louise, avec 
un sentiment différent de ce qui précède; sans tristesse 
ni rancune, tels doivent s'évoquer ces souvenirs heureux)

Voir naître une enfant, la fleurir de caresses, 
guider ses premiers pas, sourire à son premier sourire!

(La mère s'avance, s'arrête, et regarde tristement le 
père. Louise pleure; le père la contemple avec une 
émotion croissante)

Les fatigues, les tourments, rien ne coûte: 
c'est pour elle, qu'elle soit toujours plus belle... 

(La mère s'avance encore, s'arrête à quelques 
pas du père)

L'enfant grandit, c'est maintenant une jolie demoiselle 
vers laquelle s'empressent les galants!

(Louise ferme sa fenêtre et se rassied) 

Tout en elle est ravissant; 
ils sont fiers les vieux parents, 
car la fille de leur sang est pour tous 
un modèle d'honneur et de sagesse.

(Il se lève, la mère s'éloigne)

Puis, un jour, un inconnu qui passe d'un regard enjôleur 
séduit la pure fille,

(s'animant)

et chasse le passé de son coeur; 
s'empare de sa pensée et détruit à jamais notre bonheur.
Ah! Soit maudit le voleur d'amour! 
Qui de notre fille fit pour nous une étrangère; 
le ravisseur dont le caprice d'un jour 
nous causa tant de larmes et changea 
le foyer de calme et de joie en enfer de discorde 
et de haine!

(Silence) 

LA MÈRE 
(de la cuisine)
Louise!

(Elle s'approche de la porte. Grave)

Louise!

LOUISE
Quoi? 

LA MÈRE
Viens m'aider! 

(Louise se lève, range son ouvrage, éteint sa lampe, 
puis ouvre la porte; le père se tourne vers elle, lui tends 
les bras; elle passe sans le voir, se dirige vers la cuisine 
et disparaît. Les deux femmes dans la cuisine, à la 
cantonade) 

LA MÈRE
Auras-tu bientôt fini de bouder? 
Tu n'as donc pas pitié de ton père?

(le père écoute avidement)

Tu supposes peut-être qu'on va te laisser retourner 
chez ton amoureux? 

LOUISE 
(vivement)
Vous l'aviez promis! 

LA MÈRE
Tu sais bien qu' c'est impossible, 
on n'peut pas te laisser r'commencer un' vie pareille; 
tu la connais maintenant la vie de bohème, 
tu sais ce que c'est: de la misère en chansons!

(Louise s'éloigne au fond de la cuisine)

voyons, sois raisonnable...

(Sa mère la suit) 

sois bonne pour nous:

(émue)

ton pauvre père souffre tant!

(Mimique expressive du père: il se lève et s'approche de 
la cuisine où les deux femmes continuent la discussion 
à voix basse) 

LOUISE 
(dont la voix s'élève; éclatant)
L'amour libre! 

LA MÈRE 
(moqueuse)
L'amour libre! L'amour libre! 
En prônant aujourd'hui ce qu'il appelle l'amour libre, 
il n'a qu'un but: esquiver le mariage!...

(marmottant, entre ses dents)

l'amour libre!... En voilà une histoire!

(elle rit railleusement)

Ah! Ah! Ah! Ah! 
Ah! Ah! Ah! Ah!

(Lentement, le père va se rasseoir) 

LOUISE
Rira bien qui rira la dernière! 

LA MÈRE
C'est c'que nous verrons... en attendant, va dormir, 
c'est l'heure; et n'oublie pas de dire bonsoir à ton père. 

(Louise paraît à la porte; elle s'avance lentement, 
s'arrêtant par instants, et se dirige vers le père, qui 
la sent venir avec émotion) 

Scène Seconde  

LOUISE
Bonsoir, père. 

(Elle lui présente son front. Le père la saisit avec 
violence, la serre contre lui et l'embrasse longuement. 
Sans lui rendre son baiser, Louise se dégage et 
s'éloigne froidement. Le père tend vers elle ses bras, 
puis s'élance) 

LE PÈRE
Louise!

(suppliant)

Louise!

(Il l'attire à lui, et la ramène près de la table. Brusque)

Regarde-moi!

(tendre)

Ne suis-je plus ton père? N'es-tu plus l'enfant

(doux)

qu'autrefois j'ai bercée dans mes bras?

(avec passion)

N'es-tu plus la fille de mon sang?

(Il l'assied sur ses genoux et la berce comme un enfant)

Reste... repose-toi... comme jadis toute petite... 

(Louise cherche à s'évader, la retenant)

Reste... ah! Souviens-toi des beaux jours d'autrefois!

(Louise essaie doucement de se dégager) 

Pourquoi veux-tu partir? 
Est-il donc pour toi un refuge sur la terre plus doux 
que le coeur de ton père?

(la berçant) 

«L'enfant dormira bientôt...
L'enfant dormira bientôt...»

(la cajolant)

Comme autrefois, endors-toi!

(s'efforçant de sourire) 

«Si la p'tite enfant est sage,
elle aura un' belle image...
do-do,
l'enfant do»

(Louise lève la tête)

LOUISE 
(comme en rêvant)
L'enfant serait sage, tout à fait sage, 
si son père voulait lui faire moins de peine 
et comprendre que la douleur est mauvaise conseillère... 

LE PÈRE
Pourquoi parler de peine et parler de douleur...

(avec reproche)

Quand un père, une mère t'aiment 
et ne vivent que pour ton bonheur? 

LOUISE 
(avec amertume)
Mon bonheur?...

(avec feu)

Vous n'avez qu'un signe à faire

(Elle interroge avidement le Père. Avec détresse)

pour que revienne le bonheur.

(il détourne la tête; gentiment enfantin, mais 
toujours triste)

La belle image que l'enfant désire,

(à son tour elle cajole le Père)

la grâce qu'elle vous demande,

(plus déclamé, s'animant peu à peu)

c'est de n'être plus, comme un oiseau mis en cage,

(elle se lève)

privée de liberté... et emprisonnée 
par votre aveugle tendresse qui s'imagine 
que je puisse être heureuse à vivre 
ainsi qu'une captive dans l'âge où, sans la liberté, la vie  

(rageuse)

est pire que la mort! 

(La mère sort de la cuisine et s'approche) 

LE PÈRE
Si tu veux être libre, laisse là ton rêve de folie?...

LOUISE 
(à part; rêveuse)
Mon rêve de folie!...

(au père; ardente)

Vous voulez que j'abandonne tout espoir,

(triste)

et que je mente à mes serments...

(regardant la mère; provocante)

comme vous mentîtes

(avec feu)

à vos promesses!

(La mère fait un pas vers Louise comme pour la 
frapper. Le père l'arrête de la main) 

LA MÈRE
Insolente! 

LOUISE 
(imitant sa mère)
«Oh! Elle sera libre maintenant: 
ce que nous demandons c'est l'avoir un peu,

(avec une sensibilité feinte)

car nous l'aimons depuis plus longtemps que vous; 
elle nous aimait avant de vous connaître»

(se tournant vers sa mère)

Vous nous reconnaissiez alors 
le droit de nous aimer et de nous le dire! 

LA MÈRE 
(outrée)
Nous vous reconnaissions le droit de vous marier, 
pas autre chose! Tant pis pour toi

(sarcastique)

si ton galant, satisfait, réclame maintenant

(emphatique, ironiquement)

l'amour libre...

(brutale)

tu n'as que c'que tu mérites! 

LOUISE 
(indignée)
Comment!... Comment!...

(à la mère)

tu oses le nier!... N'est-il pas vrai 
que tu m'avais promis de me laisser libre?

(la Mère va répondre, mais le Père se lève,
il fixe gravement Louise) 

LE PÈRE
La liberté que tu demandes, 
c'est la liberté de courir les rues...

(sombre)

la liberté de nous déshonorer!

(Louise fait le geste d'aller vers sa chambre. Le père 
l'arrête au passage. Il prend Louise dans ses bras. Avec 
détresse)

Louise! Ô mon enfant! Qui m'aurait dit qu'un jour 
tu renierais ma tendresse, et que, loin de moi, 
tu demanderais à vivre,
ô Louise! Reviens à toi,..

(Il la reprend et l'assied sur ses genoux)

comme autrefois, dans mes bras, ah!
N'est-ce plus mon enfant, ma Louise chérie, 
que je presse en mes bras tremblants?

(Il l'interroge ardemment. Louise, songeuse, semble 
ne pas le voir) 

LOUISE 
(hochant la tête avec amertume, un peu récitante)
Les parents voudraient qu'on restât le marmot 
dont la pensée sommeille à l'ombre de leur volonté.

LE PÈRE
Les misères, les tourments, tout s'oublie auprès d'elle, 
elle est si bonne, si aimante, si belle! 

LOUISE 
(avec mélancolie, sans regarder son père)
Pourquoi serais-je belle, si ce n'est pour être aimée! 

(Elle s'échappe des bras du père) 

LE PÈRE
(la suivant)
Ah! N'est-ce pas t'aimer que te donner notre vie?...

LOUISE
Vous prenez la mienne!...

LE PÈRE
N'est-ce pas t'aimer que t'avoir pardonné?...

LOUISE
Pour m'emprisonner mieux qu'autrefois! 

LE PÈRE
Ah! N'est-ce pas t'aimer que te supplier,

(plus durement)

quand j'aurais le droit

(plus près de Louise, menaçant)

de te commander! 

(Louise fait un geste de révolte, puis, reprenant 
son calme, elle se détourne lentement du bras qui 
la menace. A ses lèvres montent les souvenirs des 
protestations apprises. Un lourd silence fige les 
attitudes, fait prévoir l'inéluctable dénouement) 

LOUISE 
(avec une grandeur tragique, mais sans emphase, 
un peu hésitante, toujours récitante)
Tout être a le droit d'être libre!
Tout coeur a le devoir d'aimer!

(Comme frappé de stupeur, le père laisse retomber 
son bras. La mère hausse les épaules)

Aveugle celui qui veut garrotter 
l'originale et fière volonté

(le père fait un geste de découragement; il s'éloigne 
vers la table)

d'une âme qui s'éveille et qui réclame sa part de soleil,

(extasiée)

sa part d'amour!

(Rayon de lune sur la fenêtre) 

LE PÈRE 
(découragé; d'une voix lointaine)
Ah! Ce n'est pas toi, non, ce n'est pas toi qui parles 
par ta bouche méchante!

(Louise demeure immobile mais son visage exprime 
qu'elle n'est pas insensible à la tragique lamentation)

Non! Ce n'est pas toi... c'est une étrangère! 
Une ennemie impitoyable. 
Ah! Ce n'est pas ma fille! 
Mon seul bien! mon espoir! Ma jolie!

VOIX LOINTAINES
Ô Jolie! Ô Jolie! Ô Jolie, Jolie, Jolie, Jolie, Jolie! 

LOUISE 
(avec ravissement)
Paris! Paris m'appelle!
Ô la magique, la chère musique de la grande ville!

VOIX LOINTAINES
Ah! Jolie, Jolie, Jolie, Jolie! 

LE PÈRE 
(avec haine, entre ses dents)
Paris! 

LOUISE
Ô l'attirante promesse! 

LE PÈRE 
(de même)
Paris! 

LOUISE
L'inoubliable, l'affolant vertige!...
Au secours de la Fille, la Ville viendrait-elle!

(de plus en plus exalté)

Paris! Paris! Paris!

(Par la fenêtre on aperçoit la ville qui peu à peu 
s'éclaire davantage)

Paris! Paris! Fête éternelle du plaisir!
Paris! Paris! Splendeur de mes désirs!
Paris, ô Paris! Secours ma détresse, 
fais revivre l'ivresse des hymnes d'allégresse!
Que s'écroulent les murs de la triste prison!
Sonne, cloche de joie des libres épousailles!

(avec charme mais fiévreusement)

Fais revivre le charme de l'heure 
où mon coeur battait contre son coeur!

LE PÈRE 
(dont la colère augmente)
Ah! 

LOUISE
Vers sa demeure, asile des rêves, 
ville maternelle, porte-moi d'un coup d'aile! 

LE PÈRE
Tais-toi! 

LOUISE
Encore un jour d'amour! Encore un jour d'amour! 

LE PÈRE
Tais-toi! Tais-toi!

(Le Père s'élance et ferme la fenêtre) 

LA MÈRE 
(indignée, mais inquiète)
Elle devient folle!

(Louise revient au milieu de la chambre) 

LOUISE 
(hardiment, à toute volée)
Qu'il vienne vite, vite, mon bien-aimé, 
pareil aux hardis chevaliers

(poétique)

des contes bleus de la Légende. 

LA MÈRE
Que dit-elle? 

LOUISE
A mon appel va-t-il accourir, 
le Prince Charmant, dont la caresse

(pétulant)

éveilla la petite Montmartroise 
au coeur dormant! 

LE PÈRE 
(hors de lui)
Tu n'as pas honte!

LOUISE
Qu'il vienne donc le poète, dont la tendresse 
triomphante fit une muse de la pauvre recluse! 

LA MÈRE
Veux-tu te taire! 

LOUISE 
(rageuse)
Ce n'est plus la petite fille au coeur timide et craintif.
C'est une femme au coeur de flamme 
qui veut reprendre son amant!

(Elle s'élance vers la porte. Le père lui barre 
le passage) 

LE PÈRE
Tu ne passeras pas! 

(Louise revient sur ses pas, son visage n'exprime 
plus qu'un invincible amour) 

LOUISE 
(tournant dans la chambre comme une hallucinée, 
et défiant ses parents)
La la la la la la
La la la la la la
Ah! Il va venir bientôt!
La la la la la la
La la la la la la
Ah! Je vais revoir les yeux du bien-aimé! 
Je vais entendre sa parole! 
Et mes lèvres vont pouvoir se griser 
de son ardent baiser toute l'éternité!

(Affolée d'amour, tournant sur elle-même)

Julien! À moi!.. Julien! À moi!...
Julien! Pour toujours, prends-moi! 

LE PÈRE
(Au paroxysme de la colère, il s'élance sur elle comme 
pour la frapper, puis se ravise et furieusement ouvre la 
porte. Louise effrayée se réfugie au bout de la chambre; 
la mère s'interpose, suppliante)
Ah! Misérable! va-t'en! Va-t'en le retrouver!

(ouvrant la porte)

Dans la ville qui t'appelle, va donc t'amuser!

(Il marche sur Louise, retenu par la mère)

c'est plus gai qu'ici, là-bas...
Allons, dépêche-toi! Voici la fête qui s'allume! Ah! Ah!
Toutes les filles sont là, on les entend crier:
«Que la danse commence!»
Et brûlent les lampions!... Et ronfle la musique!

(Le père repousse violemment la mère et saisit aux 
mains Louise effrayée. Montrant Paris) 

«Voilà l'Plaisir, mesdam's!»
On danse à crever, on rit à pleurer.

(D'un geste éperdu Louise se dégage; elle recule vers 
la porte)

«Voilà l'Plaisir, mesdam's!» 

(La mère se jette au devant du père, s'attache à lui) 

On n'attend plus que toi... allons va! Mais va donc! 

LA MÈRE
Pierre! 

LOUISE
Ah! 

LA MÈRE 
(s'accrochant au père)
Laisse-là! 

(Louise, tremblante, apeurée, hésitant à sortir 
maintenant que son père la chasse, court autour 
de la chambre) 

LOUISE 
(Râles suppliants)
Hâ! Hâ!

LE PÈRE
Dépêche-toi! 

LA MÈRE
Laisse-la, je t'en prie! 

LE PÈRE
M'entends-tu? 

LOUISE
Hâ! 

LA MÈRE
Pierre! 

LOUISE
Hâ! 

LE PÈRE 
(presque hurlé)
Vas-tu t'en aller!

LOUISE, LA MERE
Hâ!

LE PÈRE
Ou je te jette à la porte!

(Effrayant de colère, il saisit une chaise: il fait le 
geste de la lancer vers Louise. mais déjà il regrette
et la chaise retombe) 

LA MÈRE 
(tombant; cri)
Ah! 

LOUISE 
(affolée, s'enfuit; cri)
Ah! 

Scène Troisième

(Les clartés de la ville s'éteignent subitement. Louise 
partie, le père regarde autour de lui. Sa colère 
tombe. Il regrette et s'élance dans l'escalier. On 
l'entend qui appelle) 

LE PÈRE
Louise!... Louise!... 

(La mère se relève, court à la fenêtre qu'elle ouvre 
et regarde dans la nuit. Le père reparaît. Il reste un 
moment sur le seuil, comme terrassé par la douleur; 
il s'avance lentement, titubant, s'accrochant aux 
meubles,... croyant entendre revenir Louise, il fait 
un geste vers la porte. Il écoute les bruits du dehors, 
fixe, haineusement la ville dont les lueurs lointaines 
reparaissent vacillantes) 

LE PÈRE 
(tendant le poing vers la ville, avec haine et douleur)
Ô Paris!



ACTO III 


Preludio: Hacia la ciudad lejana...

(Pequeño jardín sobre la colina de Montmartre. 
A la izquierda, una casa pequeña, con escalinata 
y vestíbulo abierto. Al lado de la casa, un muro 
cortado por una puerta pequeña. A la derecha, 
andamios. Al fondo, un seto y entre el seto y los 
andamios, una verja. Un sendero externo bordea 
el seto; al fondo se ve una vista panorámica de 
París. El crepúsculo vespertino es inminente) 

Escena Primera 

(Al alzarse el telón, Julián, está sentado, cerca 
de la casa y parece sumido en una feliz meditación. 
Acodada sobre la baranda de la escalinata, 
Luisa, sonriente, lo mira amorosamente)

LUISA
Desde que me entregué a ti, mi destino 
parece totalmente adornando de flores.
¡Estoy soñando bajo un cielo de cuentos de hadas, 
con el alma embriagada por tu primer beso!

JULIÁN
¡Luisa!

LUISA
¡Qué hermosa vida! 
¡Mi sueño no era un sueño!
¡Ah! ¡Soy feliz!
¡El amor extiende sobre mí sus alas! 
¡El jardín de mi corazón 
canta una alegría nueva! 
¡Todo vibra, 
todo se regocija con mi triunfo! 
¡A mí alrededor todo sonríe, 
se ilumina y se alegra!
¡Me estremezco deliciosamente 
al recordar el primer día de amor!
¡Qué bella es la vida!
¡Oh, soy feliz, demasiado feliz!...
¡Me estremezco deliciosamente 
al recordar el primer día de amor!

JULIÁN
¿Luisa eres feliz?

LUISA 
(se arroja en sus brazos)
¡Demasiado feliz!

JULIÁN 
(con ternura)
¿No añoras nada?

LUISA
¡Nada!... ¿Qué puedo añorar?

(con sencillez)

En el taller, entre mis compañeras, 
era una extraña, nadie me entendía 
y nadie me amaba. 

(sin rencor)

En casa, mi padre me trataba como a una niña.

(enfáticamente, con rencor)

Y mi madre: "¡Quién bien te ama, bien te castiga" 
No me dedicó ni un minuto de su tiempo.
A cada momento, sin motivo, 
me desairaba y maltrataba. 

(traviesa, imitando una discusión)

"¡Toma esto! ¡Paf! Para que aprendas. 
"¡Paf, paf!... Esto es bueno para ti" 
"Pero madre. " 
"Cállate " 
"Pero si yo no he hecho nada"
"Pequeña descarada." 
¡Paf! ¡Paf! y ¡Paf!

JULIÁN
(riéndose)
¡Ja, ja, ja!

LUISA
(seria)
Y mi padre la dejaba hacer...
¡Sin embargo, mi pobre padre me amaba mucho! 
Pero creía todo lo que inventaba su celosa mujer: 
hizo tal descripción tuya, 
criticando tu conducta y tu oficio, 
que mi padre no podía creer que fuera posible 
que yo te amara.

JULIÁN
(hablando en broma)
Tu madre, la rutina; tu padre, los prejuicios,
¡se deben de llevar muy bien!

LUISA
(imita a su padre, sin demasiada mofa)
"A tu edad se ve todo de color de rosa.
Tomar marido, es como escoger una muñeca"...

JULIÁN
(sonriendo)
¿Una muñeca?

LUISA
"Desgraciadamente, esas muñecas, hija mía, 
a veces te hacen derramar muchas lágrimas"

JULIÁN
(riéndose)
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

(irónico, sin exagerar)

A los padres les gustaría que fuéramos marmotas
durmiendo al amparo de su voluntad.
Deberías haberle contestado, amablemente: 
"Las muñecas del amor no son todas malas"...

LUISA
"¿Cómo quieres elegir esposo?'' Dijo mi padre...

JULIÁN
¡Con el corazón!

LUISA
(continúa con la imitación)
"Es un juez muy malo"

JULIÁN
(con impaciencia)
¿Por qué?

LUISA
(sonriendo, irónica)
"Quien elige enamorado siempre elige a ciegas"

JULIÁN. 
(exaltándose pero sin ira)
Ciego fue él mismo, por no haber reconocido 
la soberanía de amor 
y atreverse a tomar para sí 
el derecho de elegir al hombre de tu destino...

LUISA
(imitando a su padre, pero sin burlarse)
"¡Es el derecho de la vejez!"
"¡El derecho de sabiduría!"

(grandilocuente)

"¡El derecho de la experiencia!"

JULIÁN
(impetuoso)
¡La experiencia! ¡Ja, ja, ja! ¡La experiencia! 
Es decir, ¡la Rutina y la Tradición!
¡La opresión de los estúpidos prejuicios!

(a Luisa, con amargura y voz sibilante)

¡La experiencia que haría esclavo al propio Dios!
¡La experiencia!: Esa cobarde y tiránica sierva 
del deseo, que nace apenas surge la vida!

(vehemente) 

¡Los juveniles remolinos de las pasiones! 
Todo ideal, todo el amor, la voluntad, el genio, 
son deshonrados y perseguidos 
como una cosa ignominiosa. 
¡Ah la odiosa, infame e hipócrita experiencia!...

LUISA
(con simplicidad)
¿Así que todo niño tiene el derecho a escoger 
el camino de su felicidad? 

JULIÁN
(Con convicción y grandeza, pero sin énfasis)
¡Todo ser tiene el derecho a ser libre! 
¡Todo corazón tiene la obligación de amar! 
¡Maldito sea el que pretenda sofocar 
la voluntad original y noble 
de un alma que despierta y reclama 
su parte de sol... su parte de amor!

(Cae la tarde. Los últimos rayos del sol doran 
la ciudad) 

LUISA
(con creciente emoción)
¿Los deseos de nuestros corazones pueden, 
sin remordimiento, destrozar otros corazones?... 

JULIÁN
(con pasión)
¡El egoísmo llama al egoísmo!

LUISA
¿El amor de los padres no es más que egoísmo?

JULIÁN
¡Nada más que egoísmo!

LUISA
¿El de mi padre también?... 

JULIÁN
(entusiasmándose)
¡Un egoísta, más ciego que cualquier otro!

(Luisa hace un gesto de reproche. Julián, 
arrepentido de sus palabras, se cerca a ella y 
la lleva despacio hacia el fondo del jardín) 

JULIÁN
(afectuoso)
¡Bonita! ¿Te arrepientes de haber venido?

(la atrae contra él, con la ternura y le señala 
la ciudad)

¡Desde París, en plena fiesta, se oye 
el retumbar feliz de la atractiva melodía! 
¡Es por ti, pequeña musa, 
que la ciudad, esta noche, se divierte! 

(halagador)

¡Fuera de París, Luisa no sería Luisa! 
¡París sin ti no sería París! 
¡Eres el pequeño símbolo de la gran ciudad!
Te amo a ti en ella y a ella la adoro en tu belleza.

LUISA
(extasiada)
¡Oh, la querida música de la gran ciudad!

JULIÁN
(entusiasta)
La ciudad me dio a su hija...

LUISA
(ganada por el entusiasmo)
¡El amor de la hija te dará la ciudad!

JULIÁN
¡Sí, ambos iremos a la conquista 
de la maravillosa ciudad!

LUISA
¡Tu gloria tendrá mis ojos como estrellas!

JULIÁN
¡Por tu amor, obtendré la victoria!

LUISA
¡París!

JULIÁN
¡París!

LUISA
¡París!

JULIÁN
¡París!

LUISA, JULIÁN
¡París! ¡París! ¡Ciudad de fuerza y de luz!
¡París! ¡París! ¡París! ¡La más esplendorosa!

(Luisa y Julián, se abrazan, invocando la 
inmensa Ciudad)

¡París! ¡París! ¡Oh, París!

(Llega la noche, la ciudad poco a poco se 
viste de luces)

¡Ciudad de la alegría! ¡Ciudad del amor! 
¡Protege nuestro amor!

(se arrodillan)

¡Protege a tus hijos!

(dramático)

¡Cuídanos!... ¡Defiéndenos!...

(Los amantes, abrazados e inmóviles, como si 
estuvieran bajo el encantamiento de un glorioso 
sueño, extienden los brazos hacia la ciudad) 

LUISA
¡Julián!

JULIÁN
¡Luisa!

LUISA
Mira la ciudad que se ilumina...

JULIÁN
Es el firmamento en la tierra...

LUISA
Oye las mil voces...

JULIÁN
¡Ellas contestan a nuestras voces!

LUISA
Mira las luces.

JULIÁN
¡La ciudad entera eleva su oración!

LUISA
(con entusiasmo)
¡Ah!

(Se ponen de pie despacio. En una apoteosis de 
luz, París parece festejar a los amantes)  

LUISA, JULIÁN
"¡Libres! ¡Sois libres!'' 
Nos grita la inmensa ciudad.

LA VOZ DE LA CIUDAD
(mujeres y hombres)
¡Libres!

LUISA, JULIÁN
¡Libres, somos libres, según nuestra conciencia!

LA VOZ DE LA CIUDAD
¡Libres!

LUISA
¡Libres!

JULIÁN
¡Libres!

LUISA
¡Libres, en el amor!

LA VOZ DE LA CIUDAD
¡Libres! 

JULIÁN
¡Libres, en la vida!

LA VOZ DE LA CIUDAD
¡Libres! 

LUISA
¡Libres, por siempre!

JULIÁN
(cuestionando)
¿Siempre?

LUISA
(con seguridad)
¡Siempre!

JULIÁN
(sonriendo)
¡Siempre!

LUISA
(sonriendo)
¡Siempre!

JULIÁN
(la estrecha en sus brazos, con ternura)
¡Siempre!

LUISA
(Se aprieta contra su pecho con pasión)
¡Siempre!

(Se ven fuegos de artificio a lo lejos. 
Los amantes, se abrazan extasiados) 

LUISA
Mira que hermosa noche...

JULIÁN
¡Es nuestra noche de bodas!

LUISA
¡Ah! ¡Te amo!...

JULIÁN
¿Me amas?...

LUISA
¡Te amo!...

JULIÁN
¡Oh, qué dulce milagro!... 
¡Yo no soy Julián, tú no eres Luisa!

LUISA
(se arroja sobre él apasionadamente)
¡Bésame, Julián, bésame!

JULIÁN
(se levanta; con calma y elocuencia)
¡Somos amantes fieles a sus juramentos!

LUISA
(se arrodilla ante él)
¡Ah! ¡La divina comedia!

JULIÁN
¡Somos seres que quieren vivir 
sin amos ni señores!

LUISA
(tendiéndole los brazos)
¡En mis brazos eres el señor!

JULIÁN
¡Somos almas a las que quema 
la santa llama del deseo!

(toma a Luisa en sus brazos) 

LUISA
(como soñando)
¿Estoy sobre la tierra, 
o marcho por un mundo de fantasía?...

JULIÁN
(señalando la ciudad iluminada)
¡Observa tus dominios!...

LUISA
(extasiada)
¡Oh visión florida!...

JULIÁN
(con fervor)
Desde aquí, lejos del dolor, 
lejos de la envidia y del odio, 
tu luminosa sonrisa de bondad 
se irradiará sobre la ciudad.
¡Y mis besos, oh tierna hermana, 
serán la musa de la felicidad!

LUISA
(apasionada; feliz, triunfante, impetuosa)
¡Oh, palabras que embriagan todo mi ser! 
¡Canta de nuevo tu deliciosa canción! 
¡Tu canción victoriosa, tu canción de primavera! 

JULIÁN
¡Con tus besos cerraste mis labios! 
¡Tus besos valen más que mis canciones!
¡Besos de aurora y de sol! ¡Besos de fuego! 

LUISA
(frenética)
¡Entonces bésame! 
¡Bésame siempre! 
¡Vuelca en mis labios toda tu fiebre! 
¡Bésame de nuevo! 

JULIÁN
¡Desde el día en que la conocí, 
nunca, Luisa, me pareció tan bonita!

LUISA
(exuberante)
¿Ya no soy una pequeña niña?...

JULIÁN
¡Eres una nueva mujer!

LUISA
¿Y el niño tímido y aprehensivo?

JULIÁN
¡No, ahora es el amante eterno!

LUISA
Soy una mujer con el corazón en llamas 
y cuya alma grita apasionadamente.

JULIÁN
¡Ah! ¡Al poder del deseo, 
Luisa, finalmente se despierta!
¡Hosanna!
¡Hosanna!

LUISA
¡Ah!

(apasionadamente exclama)

¡Ah, tómame, rápido, ya mismo, amado mío,
más hermoso que los valientes caballeros, 
de todos los cuentos y leyendas!
¡Acude pronto a mi llamada!

(sonriendo)

¡Príncipe encantador cuya caricia...

(triunfal)

... despertó el corazón de la niña de Montmartre! 

(ardiente)

¿Ven a mis brazos, oh mi poeta, 
no soy yo tu conquista? 
¡Bésame... ¡Hazme morir con tus besos!

JULIÁN
¡Embriaguez ardiente del beso! 
¡Oh vértigo, oh voluptuosidad! 
La carne de la amante habló: 
ella llama a su dueño...

LUISA
¡Tuyo es todo mi ser!

JULIÁN
¿Tu adorado cuerpo me desea?

LUISA
¡Quiero gozar!

JULIÁN
¡Tómame!

LUISA
¡Ah! ¡En otro tiempo tomaste a una virgen 
totalmente ingenua, en plena juventud, 
pero hoy, la amante mujer, 
quiere tomar, a su amante!
¡Ven! ¡Oh, mi poeta! ¡Hermoso caballero!
Sé mi conquistador... 
¡Hazme morir con tus besos!

JULIÁN
¡Ah! ¡Mi bien amada!
¡Toma a tu poeta!
¡Ah! Eres mi conquista…
¡Hazme morir con tus besos!

LUISA
(se deja caer)
¡Es el paraíso!

JULIÁN
¡No, es la vida!...

LUISA
Es un mundo de fantasía...

JULIÁN
¡No, es la vida, la eterna, la omnipotente vida!

(Suenan trompetas lejanas. Ambos amantes se 
dirigen hacia la casa. Indiferentes a todo lo 
que los rodea, besándose, lentamente suben la 
escalinata. A lo lejos, estallan fuegos artificiales. 
Con un gesto apasionado, Luisa lleva a Julián 
hacia el interior de la casa. Después de dar una 
última mirada a la ciudad, desaparecen. Se oyen 
tambores lejanos) 

Escena Segunda

(Un bohemio aparece en el sendero; salta el 
seto, se dirige hacia la casa, mira la ventana 
iluminada y da un silbido. A continuación, otro 
bohemio llega de la misma forma y se reúne 
con el primero) 

EL SEGUNDO BOHEMIO 
(al primero)
¿Están ahí?

(Toca una trompeta, señala la ventana cuya luz 
se apaga súbitamente, luego abre la puerta a tres 
compañeros que llevan un paquete voluminoso 
que desembalan de prisa. Sacan del paquete 
estandartes, banderas y faroles venecianos, 
con los que decoran la fachada, la escalinata 
y el vestíbulo de la casa. A lo lejos resuenan 
cantos festivos. Las luces de la ciudad parecen 
acercarse a la colina. Se oye el redoble de 
tambores, rumores festivos y cantos lejanos)

VECINOS DE MONTMARTRE
(lejano)
¡Miren, señoras, he aquí el placer!

MUCHEDUMBRE
(niños a lo lejos)
¡No comed eso, muchachas, que engorda!

BOHEMIOS.)
¡Vean, señoras, he aquí el placer!

MUCHEDUMBRE
(niños)
¡No comed eso, muchachas, que engorda!

(grito lejano)

¡Viva la Bohemia!

NIÑOS
¡La, la, la, la, la!

CORO
¡La, la, la, la, la!

(Poco a poco los curiosos, vagabundos y 
vecinos, se agrupan en la puerta del jardín. 
Los mendigos se encaraman a las cercas de 
las casas vecinas. Bandas de pilluelos pasan 
corriendo. En la calle, situada más abajo, 
se ven pasar los farolillos y las banderas de 
los bohemios. El primer grupo de vecinos 
aparece sobre el camino) 

GRUPO DE CURIOSOS
(en la puerta del jardín)
¡Honor a los bohemios! 
¡Gloria a los poetas!
¡Gloria a las bellas mujeres que los aman!
¡Hurra!

(Algunas modistillas, precediendo a los que 
llegan, corren a la escalera, para ver mejor. 
Los vecinos de Montmartre las siguen en 
gracioso tumulto. Se oye un bullicio prolongado) 

MADRES Y PADRES
¿Qué vienen a hacer aquí todos esos 
armando tanto escándalo? 
Mirad aquellas muchachas, ¡ah! 
¡Cuántos adornos y maquillaje!

MADRES
Esas miserables... 
¡Si yo fuera su madre!

PADRES
Esas miserables... 
¡Si yo fuera su padre!

NIÑOS
(llamándose a la entrada del jardín)
¡Eh! ¡Eh!

MENDIGOS
(sentados en las cercas)
¡Eh! ¡Eh!

JÓVENES
Es aquí donde van ha hacer la fiesta...

NIÑOS
(llegando como una bandada de gorriones,
marcando el paso)
¡Los burgueses querrían bajarlos 
de un solo golpe!
¡Las burguesas desearían colgarse de su cuello!

PADRES
(hablando entre ellos)
¡Qué extravagancia!
¡Qué depravación! 
¡Es la abominación 
de la desolación!

MUCHACHAS
(entre ellas)
Van a cantar, a reírse y a bailar...
¡y quizá a besarnos!...

MUCHACHOS
(entre ellos)
Van a cantar, a reírse y a bailar... 
¡y a mostrarnos sus novias!...

MENDIGOS
(risas)
¡Ja, Ja, Ja!
¡Ja, Ja, Ja!

NIÑOS
¡Pero las chicas 
más maliciosas,
guiñan un ojo,
y se escapan! 

(gesticulan con picardía)

"¡Oh, qué pasión! 
¡Qué dolor!
¡Espérame, voy ahora mismo!"

(Algunos guardias municipales aparecen 
galopando. Persiguen a los niños que se 
refugian en la escalera) 

JÓVENES, MENDIGOS
(viendo los estandartes)
¡Ah!

(Aparecen los portadores de banderas y faroles. 
El cantante, el pintor, el escultor, los filósofos, 
el estudiante, el joven poeta y los bohemios del 
segundo acto, disfrazados, que se distribuyen al 
fondo. Las modistillas y los bohemios, están 
disfrazados de forma extraña, entran bailando 
y dan varias vueltas al jardín, brincando, 
saltando, y entregándose a mil excentricidades)

BOHEMIOS, ABANDERADOS
(gritando)
¡Abran paso! ¡Buena gente, dejen pasar! 
¡Abran paso! ¡Buena gente, dejen pasar!

PADRES
¡Miren, miren!
(grito de estupefacción)
¡Ah, vean, vean!

(riéndose)

¡Ja, Ja, Ja!

JÓVENES
¡Vean esos estandartes!
¡Y todas esas luces!

MENDIGOS
(riéndose irónicamente)
¡Ja, Ja, Ja!
¡Ja, Ja, Ja!

BOHEMIOS, FAROLEROS
¡Abran paso! ¡Buena gente, déjennos pasar! 

LOS NIÑOS
¡Aquí están, aquí están, aquí están!

LAS MODISTILLAS
(riéndose)
¡Ja, ja, ja!

NIÑOS, BOHEMIOS, MADRES
PADRES, MENDIGOS,
¡Hay aquí gente que se fastidia... 

TODOS
Y hay otros que no se fastidian!

BOHEMIOS, MODISTILLAS
JÓVENES 
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!  

NIÑOS, BOHEMIOS, MADRES
PADRES, MENDIGOS,
Hay allí algunos que tienen talento...

TODOS
... y otros que no lo tienen!

MODISTILLAS, BOHEMIOS,
MUCHACHAS, MUCHACHOS,
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! 

LOS NIÑOS
(ridiculizando a la muchedumbre)
¡Mirad qué locura, mirad esas caras!

BOHEMIOS
¡Viva la juerga!

PADRES
¡Mirad esas banderas!

MENDIGOS
¡Vivan los artistas!
¡Gloria a los anarquistas!

LOS NIÑOS
¡Mirad qué locos son!

MODISTILLAS, BOHEMIOS
¡Viva la juerga!

JÓVENES
¡Qué serenata!

PADRES
¡Cuántas luces!

LOS NIÑOS
¡Bu! ¡bu! ¡bu!

MODISTILLAS, BOHEMIOS,
¡En una verdadera bacanal,
lejos de la policía y de la prisión, 
¡cantemos nuestro himno triunfal!

LOS MENDIGOS
En honor de los estudiantes, 
compañeros, demos un aplauso.

(aplauden ruidosa y rítmicamente) 

JÓVENES, PADRES
¡Qué extraño carnaval, 
qué bacanal infernal! 
¡Están locos, 
están borrachos, 
han perdido totalmente la razón!

(Aparece la "Comitiva del Placer". Sobre un 
carro escoltado por las "Chicas de la Alegría", 
el Noctámbulo, disfrazado como el "Papa de los 
Locos", entra solemnemente) 

TODOS
(excepto los Padres)
¡Día de alegría 
y día de amor
en la alborozada colina de Montmartre!

(La comitiva se sitúa frente a la casa) 

Todo es color de rosa, 
todo se inflama.
¡Es la alegría, 
es la apoteosis!

(Dos bohemios, disfrazados como asno y mono, 
se ubican a cada lado de la escalera)

Hasta aquí han venido 
los divinos mendigos
con sus largos cabellos, 
¡los jóvenes dioses!

NIÑOS
Los buscadores de lo absoluto.

CORO
¡Que se oigan sus voces
en todos lados!
¡Es la alegría de París 
a los pies de la Belleza! 

NIÑOS
Los enamorados de lo desconocido, 
han venido.
¡Los orgullosos elegidos 
del porvenir!

CORO
¡Los enamorados de lo desconocido,
Los elegidos 
del futuro!

(Luisa aparece en la escalera, sus amigas la 
rodean. Julián se reúne con los bohemios) 

JULIÁN, IRMA, CAMILA, BLANCA
ELISA, MAGDALENA, GERTRUDIS
GOBERNANTA, SUSANA, MARGARITA
¡Gloria a la Musa 
cuyos labios en flor 
jamás niegan nada 
al poeta suplicante!

CORO
¡Reíd y cantad!
¡Es la alegría!
¡Reíd! ¡Bailad! 
¡Todo brilla!! ¡Todo brilla!
¡Es la alegría, 
es la apoteosis!
¡Gloria al genio 
de los hijos de la armonía, 
ricos de eternidad, 
aunque pobremente vestidos!
¡Todo brilla!
¡Es la alegría, 
es la apoteosis!

(Bravos generales. Un bohemio, subido al tejado 
de la casa, se dirige a la Muchedumbre) 

UN BOHEMIO
¡Buena gente! ¡Buena gente! 
¡Habitantes de París, 
vengan todos a admirar 
a la hermosa Luisa! 
¡Es una pequeña y bella obrera a la que, 
los bohemios, reyes de la miseria, 
van a consagrar como Musa de sus quimeras!

LA MUCHEDUMBRE
(con sorpresa)
¿Una Musa? ¡Una Musa en Montmartre!

UN BOHEMIO
En honor de Luisa ¡que empiece el baile!

(Luisa, ruborizada por la emoción y el placer, se 
sienta en la escalinata. Sus amigas se sitúan tras 
ella. Los niños, llevando rosas, se instalan en los 
peldaños de la escalera. Julián y los bohemios se 
agrupan a la izquierda La muchedumbre, 
apretujada contra la pared, poco a poco va 
haciendo silencio. En una cadena graciosa, 
las modistillas se respaldan en el público, 
y forman, ante Luisa, un amplio semicírculo en el 
centro del cual aparece la bailarina)

PRIMER GRUPO
¡Acerquémonos! ¡Eh! ¡No empujen! 
¡Queremos ver! ¡No se puede pasar!

SEGUNDO GRUPO
¡Yo ocupo mi lugar! ¡Ese era el mío!
¡Yo estaba antes que usted!
¡Mentiroso! ¡Imbécil! ¡Sinvergüenza!

TERCER GRUPO
¡Me está aplastando! ¿Y a mí qué me importa?
¡Ay, animal. ¡Bruto! 
¡Maleducado! ¡Mono viejo!

CUARTO GRUPO
Permítame pasar... ¡No, váyase a otra parte!
¡Horno viejo! ¡Eh! ¿Qué dice? 
¡Comedor de estiércol!

LOS NIÑOS
(sobre la escalinata)
¿Tienes algo de comer? ¡Eh! ¡Peras! 
¡Mira qué espectáculo! 

LOS MENDIGOS
(en los andamios)
¡Es la fiesta! ¡Es la fiesta! ¡Viva!... 
¡Ladrones, catetos, chorros, abrid los ojos,
porque la Ópera va a bailar!

LOS BOHEMIOS 
(a la muchedumbre)
¡Haced sitio a los bailarines!

Divertimento 

Escena Tercera: Coronación de la musa...

EL PAPA DE LOS LOCOS
(subiendo)
¡Por Mercurio, el de los pies ligeros!
Puesto que se abre aquí un tribunal de amor, 
soy de la opinión, monseñor, 
que es conveniente cederle la palabra al poeta 
la única persona idónea 
para hacer elogios...

(la muchedumbre se ríe)

(grandilocuente)

... que hay aquí.

(Se inclina irónicamente ante la muchedumbre 
de derecha e izquierda; esboza algunas cabriolas 
alrededor de las modistillas y después de una 
pirueta final, le hace un gesto misterioso a la 
Bailarina. Surge del fondo de la escena un grupo 
de bailarinas que se distribuyen, se agrupan, 
forman una rueda y luego misteriosamente se 
apartan, descubriendo a la Bailarina principal) 

EL PAPA DE LOS LOCOS
(a Luisa, señalando a la bailarina)
¡Oh, qué belleza!

(La bailarina, como sugestionada, gira 
y se acerca a él)

Esta bailarina 
es una flor de la vida hecha con un poco 
de cada uno de nosotros todos.

(Las modistillas toman parte en el baile)

Y esta flor viviente, 
es nuestra alma. 
¡Bajo la forma de una flor 
que sería una mujer, 
Flor-mujer, 
en la que la gracia y el perfume 
se traducen en cadencias 
con el fin de que tus sentidos,
tanto como tu alma,
puedan apreciar el supremo homenaje! 

LA MUCHEDUMBRE
¡Ah!

CORO
¡Ah!
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Hurra!

(Las modistillas, en semicírculo delante de Luisa, 
dan un rápido empujón a la Bailarina que sale 
como una flecha lanzada por el arco)

EL PAPA DE LOS LOCOS
¡Qué hermosa!
¡Hermana escogida!
¡Armonía y belleza!
¡Poema iluminado!

(La bailarina recoge las rosas que le ofrecen las 
modistillas; hace una diadema, se la muestra a la 
muchedumbre y luego va lentamente hacia Luisa, 
se inclina ante ella y la corona. Las modistillas 
colocan sobre los hombros de Luisa un mantón 
bordado en plata, emblema de su realeza)

¡Joven y gentil hija de París, 
en quien se reencarnan Julieta y Ofelia!
¡Oh, encantadora!
¡Musa clemente!
Recibe el homenaje de tus caballeros. 

(Aplausos) 

LA MUCHEDUMBRE
¡Luisa! ¡Luisa!

(Los bohemios se acercan a Luisa) 

MODISTILLAS, BOHEMIOS
(rodeando a Luisa, excitados)
Luisa, 
¿aceptas ser la reina de los bohemios?
Luisa, 
¿aceptas ser la musa del sagrado Montmartre?

(Aplausos de la muchedumbre)

¿Qué respondes?

(Luisa, sonriendo, hace un tímido gesto de 
aprobación. Un viejo bohemio se adelanta 
solemnemente mientras que los tambores 
acompañan rítmicamente su canción) 

EL VIEJO BOHEMIO 
¡En nombre de la sagrada Bohemia, 
yo te proclamo reina!

(Luisa se levanta) 

¡Blanca como un hada de esperanza 
luce esta tarde! 
¡Que tu sonrisa bondadosa
derrame sobre nosotros su claridad! 
¡Da la bienvenida 
a los hambrientos de pan y belleza! 
¡Sé fiel
a tu enamorado! 
¡Ríete de las leyes! 
¡Y de los burgueses! 
¡De todos los que aborrecen la risa y la alegría!
De todos los que la envidia pone contra de ti! 
¡De todos los que querrían negarte el derecho 
de cantar a tu modo y de amar a quien quieras!

(Enérgico)

¡Contra todos ellos, defiende tu libertad!

(poniendo una rodilla en tierra)

¡Sé fiel a nuestros ideales!

MODISTILLAS
(inclinándose de la misma manera)
¡Sénos fiel!

LOS BOHEMIOS 
(de igual forma)
¡Sénos fiel!

(Julián se adelanta) 

JULIÁN
¡Oh, hermosa!
¡Mujer escogida!

(Luisa toma una rosa y se la ofrece 
a su amante) 

Coro De Apoteosis 

JULIÁN
¡Te amo! ¡Te amo! 
¡Te amo! ¡Te amo!

(Orgullosamente, toma a Luisa en sus brazos) 

LUISA
¡Julián, te amo! ¡Te amo!

IRMA, CAMILA,
¡Ah! ¡Ah! ¡Fiesta de los poetas! 
¡Oh, belleza! ¡Oh, belleza!

MODISTILLAS
(entusiasmadas)
¡Belleza enamorada!
Tu canto voluptuoso 
despierta en nosotras una embriaguez adorable, 
un deseo de caricias, 
surgido de tu felicidad.
¡Oh, belleza!

LOS BOHEMIOS
(con fervor)
¡Armonía y belleza! 
¡Inspirado poema! 
¡Parisina esculpida 
por nuestros sueños de eternidad! 
¡Oh, Hermosa!

(con devoción)

¡Armonía y belleza! 
¡Inspirado poema! 
¡Parisina esculpida 
para la eternidad!
¡Oh, hermosa!

LOS NIÑOS
(deslumbrados)
¡Es asombroso, maravilloso, mágico!

(sentados, se vuelven hacia Luisa y Julián)

¡Mirad, están arrobados! 
¡Ah! ¡Esto sólo se ve en Montmartre!
¡Estoy conmovido, estoy asombrado!
¡Es mejor que la Ópera!
¡Hurra! ¡Hurra!

LOS MENDIGOS
(burlonamente)
¡Si continúan así la van a volver loca! 
¡Tanto peor para ella! 
¡No debería haber venido!
¡Ella cree que la gran vida 
es mejor que el trabajo!
¡Qué locura!

LAS MUCHACHAS
(admiradas)
¡Ah! Belleza adorable,
todas te envidiamos
por tu felicidad,
¡Oh, qué belleza!

MADRES
(indignadas)
¡Ah! ¡Ah! ¡Mirad, qué descarada! 
¡En su inmoralidad, 
en su impudicia, 
se ha olvidado de sus padres!...

MUCHACHOS
(encantados)
¡Ah! ¡Ah! 
¿Qué emoción voluptuosa nos invade?
¡Oh, qué belleza!

PADRES
(despreciativos)
¡Ah! ¡Ah! ¡Mirad qué absurdo es
toda esta solemnidad!
¡Es el triunfo de la locura!

IRMA, CAMILA, 
MUCHACHOS, BOHEMIOS
¡Tierna reina de los amantes!

MODISTILLAS, MUCHACHAS
¡Es el sueño de los enamorados!

BOHEMIOS
¡Musa indulgente!

NIÑOS
¡La reina de Montmartre!

UN MENDIGO
¿No ves que te engañan?

MADRES
¡Tus padres están sufriendo!

LUISA, JULIÁN, IRMA, CAMILA,
MODISTILLAS, BOHEMIOS
¡No, no, nunca nada separará 
a la Musa del Poeta! 
¡A la amante del amante!
¡A Julián de Luisa!

MUCHACHOS, BOHEMIOS
¡Salve, salve, salve, salve, gloria a ti!

LOS PADRES
¡Mirad! ¡Mirad ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!
Jamás se vio cosa igual.

NIÑOS
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Hurra! ¡Hurra! 
¡Sólo en Montmartre se ve algo así!

EL MENDIGO
¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!
¡Sólo en Montmartre se ve algo así!

MUCHACHAS
¡Salve, salve, salve, gloria a ti!

MADRES
¡Mirad! ¡Mirad! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!
¿Cómo se puede tolerar una cosa así?
¿Cómo puede tolerar que...

LOS PADRES
Jamás, jamás se vio algo así. 

NIÑOS, MENDIGOS,
¡Sólo en Montmartre se ve algo así!

(Abrazados orgullosamente, los dos amantes 
sonríen a la muchedumbre) 

IRMA, CAMILA
MODISTILLAS, BOHEMIOS
¡Ah! ¡Ah!

JÓVENES, BOHEMIOS
¡A ti!

NIÑOS, MENDIGOS,
Tra la la la, tra la la!
tra la la la tra la la la!

MADRES, PADRES,
¡Basta, basta, basta!
¿Quién hará callar a esa gente?

(La fanfarria de los bohemios, con el estandarte 
a la cabeza, desfila ante Luisa) 

IRMA, CAMILA, MODISTILLAS
BOHEMIOS, NIÑOS, MENDIGOS
JÓVENES
¡Ohé, ohé, ohé, ohé, ohé, ohé! 

MADRES
¡Fuera, fuera, fuera, fuera, fuera, fuera!

PADRES
¡Basta, basta, basta! 

(Fuegos de artificio - la Apoteosis) 

MODISTILLAS, JÓVENES
MENDIGOS, NIÑOS.
(Riendo)
¡Ja, ja, ja!
¡Ja, ja, ja!

MADRES
¡Fuera, fuera, fuera!

PADRES
¡Basta, basta, basta!

IRMA, CAMILA, MODISTILLAS
BOHEMIOS, NIÑOS
MENDIGOS, JÓVENES
¡Hurra!

MADRES
¡Fuera!

PADRES
¡Basta!

(Sube un rumor desde el fondo de la escena. 
La muchedumbre se aparta con estupor. Se 
produce un gran silencio. La madre de Luisa, 
vacilante, aparece como un fantasma doliente. 
Las modistillas rodean a la temblorosa Luisa. 
La muchedumbre, sorprendida, se aparta 
piadosamente) 

LOS MENDIGOS
¡Ah!

MADRES, PADRES,
¡Mirad!

LOS BOHEMIOS 
¡Ah!

JÓVENES
¿Quién es esta mujer?

IRMA, CAMILA
MODISTILLAS, NIÑOS
¡Ah!

MADRES, PADRES,
¿Qué querrá?

JÓVENES
¡Mirad!

EL PAPA DE LOS LOCOS
¡Ja, ja, ja, ja, ja!

(Se aleja riéndose) 

LUISA
(gritando)
¡Ah!

IRMA, CAMILA
MODISTILLAS, BOHEMIOS,
¡Ah! ¡Es la madre de Luisa!

NIÑOS, MENDIGOS, jóvenes
MADRES, PADRES,
¡Ah! ¡Ah!

(Los portadores de estandartes, los músicos y 
los bailarines desaparecen) 

JULIÁN
(de pie ante Luisa; en voz baja)
¡Yo te protejo!

LOS NIÑOS, LOS MENDIGOS
JÓVENES, MADRES, PADRES,
¡Es la madre de la musa!

IRMA, CAMILA
MODISTILLAS, BOHEMIOS,
¡Ah!

(La madre se acerca avanzando con timidez, 
como deslumbrada por las luces. Un grupo de 
bohemios le cierra el paso, pero la mirada de 
la mujer, su actitud misteriosa y el sufrimiento 
que demuestra los hace retroceder) 

LOS MENDIGOS
(riendo con desprecio)
¡Ja, ja, ja!

LOS NIÑOS
(asustados)
¡Vayámonos rápido de aquí, 
no es momento para seguir la fiesta!

MODISTILLAS, JÓVENES
¡Ah! ¡Qué situación tan complicada!

LOS MENDIGOS
(burlones)
Se acabaron los cerdos, las vacas y sus crías...

BOHEMIOS, MADRES, PADRES,
¡Ah! ¡Qué situación tan difícil!

El VAGABUNDO
¡Otra vez el trono de la reina vacío!

LOS MENDIGOS
¡Ja, ja, ja!

(Otros bohemios se acercan con un gesto 
suplicante a la madre que los aparta) 

NIÑOS
(marchándose)
¡Alejémonos de aquí, muchachos, 
que van a llover cachetadas!

(desaparecen) 

JÓVENES, MADRES, PADRES 
(marchándose)
¡Ah! ¡Qué situación! ¡Qué situación tan difícil!

MODISTILLAS
¡La madre de Luisa!...¡Ah!

LOS MENDIGOS
(descendiendo de los andamios)
Se acabaron las canciones, adiós a las ilusiones...

LOS BOHEMIOS
¡La madre de Luisa!

EL VAGABUNDO
¡Ah! ¡Qué desgracia tener madre!

(Los asistentes comienzan a marcharse. Luisa 
se pone de pie y viendo a su madre, hace un 
gesto de terror y se lanza a los brazos de Julián. 
Algunos bohemios la rodean. Julián les indica 
que se marchen. La muchedumbre se aleja) 

TODOS
(fuera del jardín)
¡Ah! ¡Ah!

(Al ver avanzar a su madre, Luisa retrocede. 
Julián, muy turbado pero firme y desafiante, le 
corta el paso. Se oyen lejanos redobles de 
tambor) 

Escena Cuarta

LA MADRE
(humildemente, a Julián)
No vengo como enemiga... Vine a decirle 
a Luisa que su padre está muy enfermo 
y que sólo ella puede salvarlo.

LUISA
(para sí, casi hablado)
¡Mi padre!

JULIÁN
(para sí)
¿Qué quiere que haga ella?

LA MADRE
(acercándose a Julián, humilde)
Nosotros habíamos aceptado todo, 
nos cansamos de luchar, de buscar...
Hasta que hicimos una cruz 
en la puerta de su cuarto... 

(fatal)

¡Como si ella hubiera muerto para nosotros!

(implorando)

Pero hoy que su padre está tan enfermo, 
vengo a implorarle, señor, que permita a Luisa 
regresar a nuestra casa... para que sea ella 
la que logre la recuperación de mi pobre marido.

LUISA
(acercándose, con súbita emoción)
¿Mi padre está enfermo?

LA MADRE
(a Luisa)
Está muy mal desde ayer... 

(Julián se muestra desconfiado y distante)

... los primeros días vertió mil lágrimas:

(Procurando lograr que Luisa se apiade)

Iba y venía de la puerta a la ventana, 
mirando, escuchando, 
esperando a cada minuto verte regresar. 
Por la noche, como no podía dormir, 
durante horas andaba en las sombras 
y gemía...

(con creciente emoción Luisa; imita 
inconscientemente los gestos de su Madre)

... y sollozaba... Una noche, lo sorprendí, 
ante la puerta de tu habitación, de rodillas, 
gritando: "¡Luisa! ¡Luisa! ¡Mi niña! ¿Me oyes? 
¡Soy tu padre!"

(Cambiando de tono)

Luego, pareció conformarse y continuó su vida 
como antes, por fin creí que se había olvidado 
de todo, al verlo sonreír ante mis lágrimas...

(sonriendo tristemente)

¡Ay! ¡Por desgracia me equivocaba! 
Tu padre no había olvidado nada... 
Cuanto más escondía su dolor, más sufría...

(Luisa y Julián la miran compasivos) 

LA MADRE
(a Julián que ya no desconfía)
Sólo una alegría puede salvarlo... 
Y usted puede dársela, 
aconsejando a Luisa que regrese a casa... 

(ve que Julián demuestra todavía alguna duda)

¡Oh! ¡Ella es libre! 

(amablemente)

Lo que nosotros queremos es tenerla un poco...
Nosotros la hemos amado más tiempo que usted. 
Ella nos amó antes de que lo conociera...

(Silencio)

(suplicante)

¡Oh, señor, usted no querría 
que su padre la maldiga!

(con elocuencia)

La maldición de un hombre agonizante 
la perseguirá durante toda la vida. 

(El vagabundo aparece sobre el camino en el 
fondo de la escena. Busca en el arroyo 
alumbrándose de su farol. Luisa se mantiene 
indecisa La madre espera con inquietud) 

VAGABUNDO
Un padre busca a su hija 
que era toda su familia. 

(La madre en actitud suplicante)

¡Pero una muchacha 
en la ciudad, 
es una aguja 
en un campo de trigo!

(Luisa y Julián miran al vagabundo hasta que 
éste se marcha. La situación del padre de Luisa 
se presenta evidente ante ellos. Sus últimas 
vacilaciones desaparecen)

¿Por qué sigo buscando 
y persisto en ello? 
La gran ciudad 
tiene necesidad de nuestras hijas...

JULIÁN
(a la madre)
¿Me promete que me devolverá a Luisa?

LA MADRE
(sin mirarlo)
¡Se lo prometo!

(Se marcha lentamente. Luisa se arroja 
al cuello de Julián) 

VAGABUNDO
(muy lejos, tristemente)
Tra, la, la!
Tra, la, la!
¡Ella se marchó de noche!

JULIÁN
(decidido, pero con aflicción)
¡Ve, mensajera de la felicidad! 
¡Y no olvides que desde este momento 
estaré contando cada hora!

(Luisa se quita la capa de reina y se la da a 
Julián. La madre aguarda en la puerta del jardín. 
Luisa la sigue turbada, deteniéndose a cada paso. 
Ante un gesto de Julián, vuelve hacia él y se echa 
en sus brazos. Ambos se estrechan con locura, se 
separan y se vuelven a abrazar. Luisa se separa 
de él y retrocede con una mano sobre los labios. 
Al salir lanza un último beso a Julián) 

JULIÁN
(tendiéndole los brazos, con ternura)
¡Oh, belleza!

(Luisa se dirige hacia la puerta) 



ACTO IV 


(La misma decoración que en el primer acto. La 
casa y la terraza de Julián desaparecieron y a lo 
lejos se ve París. Atardecer estival)

Escena Primera

(El padre está sentado cerca de la mesa. La 
madre lava en la cocina. A través de la puerta 
vidriada vemos a Luisa en su cuarto trabajando 
cerca de la ventana abierta. La madre llega 
desde la cocina; pone cerca del padre una taza 
de tisana; va luego hacia la ventana y la abre. 
El padre con sus ojos fijos sobre Luisa no parece 
reconocerla)

LA MADRE
(dulcemente, intentando animarlo)
Deberías acercarte a la ventana... 
Hay una vista tan bonita desde aquí, 
ahora que han demolido el viejo suburbio...
Hay una brecha de París en nuestra casa. 
¡Ah! ¡Ahora se respira mejor! 

(El padre, que se mantiene inmóvil y sombrío)

¡Mira que bocanada de aire, luz y vida!

EL PADRE
(después de un breve silencio, en voz baja)
Sí, una vista estupenda... 

(meneando la cabeza)

... donde han desaparecido muchas cosas...

LA MADRE
(masticando las palabras)
¡Mucha gente!

EL PADRE
(lejano)
¡Y mucha felicidad!

(La madre regresa despacio hacia la mesa. 
Se sienta delante del Padre; le acerca la taza 
invitándolo a beber. Él lo hace) 

LA MADRE
(amorosamente)
Quizás te hizo mal trabajar hoy... 

EL PADRE 
(declamado, con franqueza])
Después de veinte días de inactividad, 
tuve que hacer un gran esfuerzo para volver 
al trabajo, pero ahora, ya estoy bien. 
¡Soy aún fuerte y puedo luchar largo tiempo!
La fatiga me hace bien 
y ya estoy habituado al dolor... 

(La madre hace un gesto de piedad y ternura)

¿La gente pobre puede ser feliz? 
¿A quién, el buen Dios, daría su cielo, 
si sobre la tierra sólo hubiera gente feliz? 

(con más énfasis)

¡Soy una bestia de carga! 
¡Todos lo somos bajo el yugo de la fatalidad! 
¡Tristes sirvientes de una tarea qué jamás cesa! 
¡Juguetes en manos de la injusticia del mundo 
donde sólo hay miseria y decepción! 
Donde la gente es nuestro enemigo; donde 
hasta los niños, fruto del egoísmo del amor, 
nos martirizan, y nos dicen:

(con resentimiento)

"¡Usted ya vivió bastante! 
¡Deje lugar a otros!
¡No lo necesitamos! ¡No queremos más jefes!" 

(mirando dolorosamente a Luisa) 

Y, si queremos luchar contra esta locura, 
contra esos seres orgullosos, insolentes 
avasalladores de nuestra ternura, que añaden 
su odio a nuestras desgracias, y, silenciosos, 
esperan que la muerte los libere...

(Con elocuencia)

¡de aquellos que darían la vida por ellos! 

(Luisa lentamente se levanta y abriendo la
ventana de su habitación mira melancólicamente 
la noche. El padre la sigue con la mirada. 
Cuando la disposición de la escena no permita 
que los gestos de Luisa sean vistos por el público
ella saldrá de su habitación e irá al balcón. 
Luego, cuando la Madre la llame, irá del balcón 
a la cocina. El Padre, mira a Luisa, con un 
sentimiento diferente del anterior; sin tristeza 
ni rencor, como evocando recuerdos felices)

¡Ver nacer una niña, colmarla de caricias, 
guiar sus primeros pasos, sonreírle!

(La madre se adelanta, se detiene, y mira 
tristemente al padre. Luisa llora; el padre 
la contempla con creciente emoción)

Las fatigas, las angustias, nada cuenta: 
son por ella, para que cada día sea más hermosa...

(La madre se adelanta de nuevo, y se detiene 
a unos pasos del padre)

La niña creció y es ahora una hermosa señorita 
hacia la cual se precipitan los galanes...

(Luisa cierra la ventana y se sienta de nuevo)

Todo en ella es encantador; 
los padres se sienten orgullosos, 
porque la hija de su sangre es para todos 
un modelo de honestidad y sabiduría. 

(Se levanta y la madre se marcha)

Un día, un desconocido le lanza una mirada audaz 
y seduce a la honesta muchacha, 

(animándose)

Toca las fibras de su corazón
apoderándose de su pensamiento 
y destruyendo para siempre nuestra felicidad. 
¡Oh, maldito sea el ladrón de amor que 
transformó a nuestra hija en una extraña!
¡Maldito sea el raptor cuyo capricho pasajero
nos causó tantas lágrimas y transformó este hogar 
en un infierno de discordia y odio! 

(silencio) 

LA MADRE
(desde la cocina)
¡Luisa!

(Ella se acerca de la puerta)

¡Luisa!

LUISA
¿Qué?

LA MADRE
¡Ven a ayudarme!

(Luisa se levanta y apaga la lámpara, entonces 
el padre se vuelve hacia ella estirando sus 
brazos; Luisa pasa sin mirarlo, se dirige a 
la cocina y desaparece. Las dos mujeres hablan 
fuera de escena) 

LA MADRE
¿Has terminado de refunfuñar? 
¿Acaso no te da lástima tu padre?

(el padre las escucha ansioso)

¿Quizá supones que se te va a permitir 
volver a la casa de tu amante?

LUISA
(con énfasis)
¡Me lo prometiste!

LA MADRE
¡Sabes bien que eso es imposible, 
no se puede permitir que retomes esa vida; 
ahora ya conoces lo que es la vida bohemia, 
sabes que sólo representa miserias y canciones! 

(Luisa se marcha al fondo de la cocina)

Vamos, sé razonable... 

(La madre la sigue)

Sé buena con nosotros:

(emotiva)

¡Tu pobre padre sufre tanto!

(Gesto expresivo del padre que se levanta 
y se acerca a la cocina donde ambas mujeres 
continúan la discusión en voz baja) 

LUISA
(alzando la voz; enérgicamente)
¡El amor libre!

LA MADRE
(burlona)
¡El amor libre! ¡El amor libre! 
Hoy en día el amor libre sólo tiene una meta: 
¡evitar el matrimonio!...

(murmurando, entre dientes)

¡El amor libre!... ¡Ése es el verdadero motivo! 

(se ríe burlonamente)

¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

(El padre vuelve a sentarse lentamente) 

LUISA
¡Quien ríe último ríe mejor!

LA MADRE
Eso ya lo veremos... Vete a dormir 
y no olvides dar las buenas noches a tu padre.

(Luisa aparece en la puerta; avanza despacio, 
deteniéndose por un momento, y luego se dirige 
hacia su padre que la ve venir emocionado) 

Escena Segunda 

LUISA
Buenas noches, padre.

(Le ofrece su frente. El padre la toma con 
violencia, la abraza y la besa largamente. Sin 
devolverle el beso, Luisa se libera y se separa 
de él con frialdad. El padre tiende hacia ella sus 
brazos, luego se levanta) 

EL PADRE
¡Luisa!

(implorando)

¡Luisa! 

(La atrae hacia él con brusquedad)

¡Mírame!

(con ternura)

¿Ya no soy tu padre? ¿Ya no eres la niña 

(dulcemente)

a quien en otro tiempo mecía en mis brazos? 

(con pasión)

¿Ya no eres la hija de mi sangre? 

(La sienta sobre sus rodillas y la mece)

Quédate aquí... así... como una pequeña niña... 

(Luisa procura escaparse, el padre la retiene)

Quédate... ¿Recuerdas los bellos días de antaño? 

(Luisa despacio intenta liberarse)

¿Por qué quieres irte? 
¿Existe para ti, en la tierra, un refugio más dulce 
que el corazón de tu padre? 

(Meciéndola)

"La niña dormirá pronto... 
La niña dormirá pronto"...

(Mimándola)

Como en otro tiempo... ¡duérmete! 

(esforzándose por sonreír)

"Si la pequeña niña es buena, 
tendrá un hermoso sueño... 
Ea... ea...
¡a dormir, la niña va a dormir!"

(Luisa levanta la cabeza) 

LUISA
(como si soñara)
La niña será buena, muy buena, 
si su padre quisiera causarle menos penas 
y entendiera que el dolor es un mal consejero...

EL PADRE
¿Por qué hablas de penas y de dolor?... 

(en tono de reproche) 

¿Cuando tienes unos padres que te aman 
y sólo viven para tu felicidad? 

LUISA
(amargamente)
¿Mi felicidad?... 

(con apasionamiento) 

Tú sólo puedes hacer una cosa, 

(observa ávidamente a su padre. Con desamparo)

para devolverme la felicidad. 

(desvía la cabeza; con un gesto suave e infantil, 
pero siempre triste)

Lo que tu niñita desea, 

(mimando a su padre)

la gracia que te pide es, 

(declamado, animándose poco a poco)

no estar encerrada como un pájaro en su jaula, 

(se levanta)

privada de libertad... y encarcelada por 
tu ciega ternura que imagina 
que puedo ser feliz viviendo así, 
como una cautiva, a una edad que,

(apasionadamente)

sin libertad, la vida, ¡es peor que la muerte!

(La madre sale de la cocina y se acerca) 

EL PADRE
Si quieres ser libre, abandona ese sueño loco...

LUISA
(para sí; soñadora)
¡Mi sueño de locura!... 

(al padre; con pasión)

Tú quieres que yo abandone toda esperanza, 

(triste)

y que falte a mi juramento...

(mirando la su madre; desafiante)

como tú faltaste 

(con ardor) 

¡a tus promesas!

(La madre da un paso hacia ella e intenta 
pegarle. El padre detiene su mano) 

LA MADRE
¡Insolente!

LUISA
(imitando a su madre)
"¡Oh! Ella es libre: 
lo que pedimos es tenerla un poco, 

(sensiblera) 

porque nosotros la hemos amado más tiempo 
que usted; ella nos amaba antes de conocerlo"

(Volviéndose a su madre) 

Tú reconociste nuestro derecho a amarnos 
y a proclamar nuestro amor. 

LA MADRE
(indignada)
¡Nosotros sólo reconocimos 
tu derecho a casarte, nada más! 

(sarcásticamente)

Peor para ti si tu galán, satisfecho, reclama ahora 

(grandilocuente e irónica)

¡el amor libre!... 

(brutal)

¡Ha s logrado lo que te mereces!

LUISA
(indignada)
¡Cómo!... ¡cómo!...

(a la madre)

¿Te atreves a negarlo?... ¿No es verdad 
que me prometiste dejarme en libertad?

(La Madre va a contestar, pero el Padre se 
levanta y mira fijamente a Luisa) 

EL PADRE
La libertad que reclamas, 
es la libertad de las mujeres de la calle... 

(sobriamente) 

¡La libertad para deshonrarnos! 

(Luisa intenta marcharse a su cuarto. El padre 
le cierra el paso. Toma a Luisa en sus brazos. 
Con dolor)

¡Luisa! ¡Oh, mi niña! ¿Quién me hubiera dicho 
que un día repudiarías mi ternura, 
y que, querrías vivir lejos de mí?
¡Oh, Luisa! 

(La toma y la sienta en sus rodillas)

¡Vuelve, como antes, a mis brazos, ah!
¿No eres mi niña, mi amada Luisa, 
a la que yo tomaba en mis brazos temblorosa? 

(La indaga ardientemente. Luisa, pensativa, 
parece no verlo) 

LUISA
(Meneando la cabeza con amargura)
Los padres querrían que fuéramos unas chiquillas 
¡siempre sometidas a su voluntad.

EL PADRE
Las miserias y los tormentos se olvidan a su lado, 
¡ella es tan buena, tan cariñosa y bella! 

LUISA
(con melancolía, sin mirar a su padre)
¡Para qué ser bella, si no se es amada!

(Se escapa de los brazos de su padre) 

EL PADRE
(siguiéndola)
¡Ah! ¿No es amor el darte nuestra vida? 

LUISA
¡Estáis robando la mía!...

EL PADRE
¿No es por amor que te hemos perdonado?...

LUISA
¡Para encarcelarme más que antes!

EL PADRE
¡Ah! Es sólo por amor que te suplico, 

(más severamente)

cuando tengo todo el derecho 

(más cerca de Luisa, amenazante)

¡de imponerte mi voluntad!

(Luisa hace un gesto de rebelión, luego, retoma 
la calma, lentamente desplaza el brazo que la 
amenaza. Sus labios reprimen un montón de 
protestas y reproches. Un pesado silencio, hace 
prever un ineluctable desenlace) 

LUISA
(con actitud trágica, pero sin mucho énfasis, 
un poco vacilante, siempre recitando)
¡Todos los seres tienen derecho a ser libres!
¡Todo corazón tiene el derecho de amar!

(Como golpeado por el estupor, el padre deja 
caer su brazo. La madre se encoge de hombros)

Es ciego quien pretenda amarrar la voluntad 
primigenia e incontenible de un alma

(El padre hace un gesto de desaliento y 
vuelve a la mesa) 

que despierta y reclama su cuota de sol, 

(en éxtasis)

¡su parte de amor!

(Un rayo de luna entra por la ventana) 

EL PADRE
(descorazonado; en voz baja)
¡Ah! ¡No eres tú, no, no eres tú la que habla 
con esas crueles palabras!

(Luisa permanece inmóvil pero su cara expresa que 
no es insensible al lamento de su padre)

¡No! ¡No eres tú! ¡Es una extraña! 
Una enemiga despiadada.
¡Ah! ¡No es mi hija! ¡Mi único bien! 
¡Mi esperanza! ¡Mi bella hija!

VOCES LEJANAS
¡Oh, belleza! ¡Oh, belleza! ¡Belleza! ¡Belleza!

LUISA
(con arrebato y embeleso)
¡París! ¡París me llama!
¡La magia, la querida música de la gran ciudad!

VOCES LEJANAS
¡Ah! ¡Belleza, belleza!

EL PADRE
(con odio, entre dientes)
¡París!

LUISA
¡Oh, atractiva promesa!

EL PADRE
(de la misma manera)
¡París!

LUISA
¡El inolvidable, enloquecedor vértigo!... 
¡En auxilio de la muchacha, la Ciudad vendrá! 

(exaltándose paulatinamente)

¡París! ¡París! ¡París! 

(Por la ventana puede verse la ciudad que se 
ilumina progresivamente)

¡París! ¡París! ¡Fiesta eterna de placer! 
¡París! ¡París! ¡Esplendor de mis deseos!
¡París, oh París, socórreme en mi desamparo!
¡Revive la embriaguez de los himnos de alegría! 
¡Qué se derrumben los muros de la triste prisión!
¡Toca las alegres campanas de las uniones libres!

(con su mayor embeleso)

¡Haz revivir el encanto de aquel momento 
en que mi corazón latía junto a su corazón!

EL PADRE
(cuya cólera va en aumento)
¡Ah!

LUISA
¡Hacia tu morada, asilo de los sueños, 
ciudad maternal, llévame volando!

EL PADRE
¡Cállate!

LUISA
¡Un nuevo día de amor! ¡Un nuevo día de amor!

EL PADRE
¡Cállate! ¡Cállate!

(El Padre corre y cierra la ventana) 

LA MADRE
(indignada y angustiada)
¡Se ha vuelto loca!

(Luisa regresa al centro del cuarto) 

LUISA
(audaz, con máxima exaltación)
¡Que venga pronto, rápido, mi amado, 
como los intrépidos caballeros 

(poéticamente) 

de los cuentos de hadas!

LA MADRE
¿Qué estás diciendo?

LUISA
¡Acude corriendo a mi llamada, 
Príncipe Encantado cuyas caricias 

(impetuosa) 

despertaron el corazón dormido 
de la niña de Montmartre!

EL PADRE
(fuera de sí)
¡No tienes vergüenza!

LUISA
¡Que venga el poeta, cuya ternura triunfal,
hizo una musa de la pobre prisionera! 

LA MADRE
¡Quieres callarte!

LUISA
(apasionada)
Ya no es la muchacha de corazón tímido...
¡Es una mujer con el corazón en llamas 
que quiere recobrar a su amante!

(Corre hacia la puerta. El padre le intercepta 
el paso)

EL PADRE
¡No saldrás!

(Luisa vuelve sobre sus pasos, su rostro sólo 
expresa una pasión invencible) 

LUISA
(Girando por la habitación como una alucinada, 
y desafiando a sus padres)
¡La la la!
¡La la la!
¡Oh! ¡Él vendrá pronto!
¡La la la!
¡La la la!
¡Ah! ¡Volveré a ver los ojos de mi amado! 
¡Voy a oír sus palabras! 
¡Y mis labios van a poder emborracharse 
con sus besos ardientes por toda la eternidad!

(Loca de amor, girando sobre sí misma)

¡Julián! ¡Ven a mí!.. Julián! ¡Ven a mí!.. Julián! 
¡Tómame para siempre!

EL PADRE
(Llevado por la ira, se lanza sobre ella para 
golpearla, luego cambia de opinión y abre la 
puerta. Luisa asustada se refugia al fondo de 
la sala; la madre se interpone, suplicante)
¡Ah! ¡Miserable! ¡Vete! ¡Ve a su encuentro!

(abre la puerta)

¡La ciudad te llama, ve pues a divertirte! 

(Va hacia Luisa, retenido por la madre)

Allí hay más alegría que aquí... 
¡Ve, apresúrate! ¡Allí está empezando la fiesta! 
¡Ja, ja, ja! Todas las muchachas gritan: 
"¡Que comience el baile!"
¡Y brillan las lámparas!... ¡Y suena la música! 

(El padre empuja a la madre y toma las manos 
de la asustada Luisa. Señalando a París)

"He allí el placer, señoras!"
"Se baila para reventar y se ríe para llorar"

(Con un movimiento brusco Luisa se libera y 
se dirige hacia la puerta)

"He allí el placer, señoras!"

(La madre se aferra a su esposo) 

¡Te están esperando! ¡Ve pues! ¡Pero vete ya!

LA MADRE
¡Pedro!

LUISA
¡Ah!

LA MADRE
(aferrándose al padre)
¡Déjala!

(Luisa, temblorosa, duda en salir. Su padre 
la persigue como enloquecido alrededor del 
cuarto) 

LUISA
(gime suplicando)
¡Ah! ¡Ah!

EL PADRE
¡Apresúrate!

LA MADRE
¡Déjala, por favor!

EL PADRE
¿Me oyes?

LUISA
¡Ah!

LA MADRE
¡Pedro!

LUISA
¡Ah!

EL PADRE
(casi gritando)
¿Vas a irte?...

LUISA, LA MADRE,
¡Ah!

EL PADRE
¿O te echo yo?

(Iracundo, toma una silla y hace el gesto de 
tirarla hacia Luisa, pero desiste y deja caer 
la silla) 

LA MADRE
(desmayándose con un grito)
¡Ah!

LUISA
(Enloquecida sale por la puerta gritando)
¡Ah!

Escena Tercera

(De pronto, afuera, las luces de la ciudad se 
apagan. Luisa se ha marchado, el padre mira 
a su alrededor. Su cólera se apacigua. Se 
precipita hacia la escalera. Se lo oye llamando) 

EL PADRE
¡Luisa!... Luisa!...

(La madre se levanta, corre a la ventana la 
abre y mira hacia la noche. El padre reaparece. 
Permanece un momento sobre el umbral, 
como inmovilizado por el dolor; lentamente se 
adelanta, trastabillando, pensando que Luisa va 
a regresar, mira hacia la puerta. Escucha los 
ruidos exteriores y mira rencorosamente a la 
ciudad cuyas luces reaparecen vacilantes)

EL PADRE 
(levantando el puño contra la ciudad, con odio)
¡Oh, París!



Escaneado y Traducida por:
José Luis Roviaro 2009