ACTE II


(Les ruines d'un temple indien; au
fond, une terrasse élevée dominant
la mer. Le ciel est étoilé.)

CHOEUR
(dans la coulisse)
L'ombre descend des cieux;
La nuit ouvre ses voiles,
Et les blanches étoiles
Se baignent dans l'azur
Des flots silencieux!

NOURABAD
(il s'avance vers Léïla)
Les barques ont gagné la grève;
Pour cette nuit, Léïla, 
Notre tâche s'achève. 
Ici tu peux dormir.

LÉÏLA
Allez-vous donc, hélas! 
Me laisser seule?

NOURABAD
Oui; mes ne tremble pas,
Sois sans crainte.
Par là des rocs inaccessibles
Défendus par les flots grondants;
De ce côté, le camp; 
Et là, gardiens terribles, 
Le fusil sur l'épaule 
Et le poignard aux dents,
Nos amis veilleront!

LÉÏLA
Que Brahma me protége!

NOURABAD
Si ton coeur reste pur,
Si tu tiens ton serment,
Dors en paix sous ma garde
Et ne crains aucun piège!

LÉÏLA
En face de la mort,
J'ai su rester fidèle a serment
Qu'une fois j'avais fait.

NOURABAD
Toi? Comment?

LÉÏLA
J'étais encore enfant un soir, 
Je me rappelle,
Un homme, un fugitif, 
Implorant mon secours,
Vint chercher un refuge 
En notre humble chaumière;
Et je promis, 
Le coeur ému par sa prière,
De le cacher à tous 
De protéger ses jours.
Bientôt une horde farouche accourt,
La menace à la bouche, 
On m'entoure! 
Un poignard sur mon front est levé,
Je me tais, le nuit vient, 
Il fuit, il est sauvé!
Mais, avant de gagner 
La savane lointaine:

"O courageuse enfant," 
Dit-il, "va prends cette chaîne
Et garde-la toujours 
En souvenir de moi!"
Moi, moi, je me souviendrai!

J'avais sauvé sa vie 
Et tenu ma promesse!

NOURABAD
C'est bien!
Songes-y, tous nos maux
Zurga peut te demander compte
Songes-y, songe à Dieu!

(Il sort avec les fakirs.)

CHOEUR
(dans la coulisse)
L'ombre descend 
des cieux...

LÉÏLA
Me voilà seule dans la nuit,
Seule en ce lieu désert 
Où règne le silence!

(Elle regarde autour d'elle avec
crainte.)

Je frissonne, j'ai peur! 
Et le sommeil me fuit!

(regardant du côté de la terrasse)

Mais il est là! 
Mon coeur devine sa présence! 

Comme autrefois 
Dans la nuit sombre,
Caché sous le feuillage épais,
Il veille près de moi dans l'ombre,
Je puis dormir, rêver en paix!
Il veille près de moi,
Comme autrefois, 
comme autrefois
C'est lui! mes yeux l'ont reconnu!
C'est lui! mon âme est rassurée!
O bonheur! Il est venu,
Il est là près de moi, ah!
Comme autrefois 
dans la nuit sombre...

(Le son d'une guzla se fait entendre.)

NADIR
(dans le coulisse, de très loin)
De mon amie, 
Fleur endormie
Au fond du lac silencieux,
J'ai vu dans l'onde
Claire et profonde
Etinceler le front joyeux
Et les doux yeux!

(La voix se rapproche.)

Ma bien-aimée est enfermée...

LÉÏLA
Dieu!

NADIR
...Dans un palais d'or et d'azur;...

LÉÏLA
La voix se rapproche!

NADIR
...Je l'entends rire,
Et je vois luire...

LÉÏLA
Un doux charme m'attire!

NADIR
...Sur le cristal du 
gouffre obscur...

LÉÏLA
Ciel!

NADIR
...Son regard pur!

LÉÏLA
Ah! c'est lui!

(Nadir paraît sur la terrasse; il
descend parmi les ruines.) 

NADIR
Léïla! Léïla!

LÉÏLA
Dieu puissant, le voilà!

NADIR
Près d'elle, me voilà!

LÉÏLA
Par cet étroit sentier
Qui borde un sombre abîme,
Comment es-tu venu?

NADIR
Un Dieu guidait mes pas,
Un tendre espoir m'anime!
Rien, non rien ne m'a retenu!

LÉÏLA
Que viens-tu faire ici?
Fuis, la mort te menace!

NADIR
Apaise ton effroi, pardonne!

LÉÏLA
J'ai juré!
Je ne dois pas te voir!

NADIR
Ah! fais-moi grâce.

LÉÏLA
Le mort est sur tes pas!

NADIR
Ne me repousse pas!

LÉÏLA
Ah! va-t'en!

NADIR
Ah! le jour est loin encore
Nul ne peut nous surprendre,
Ah! Léïla, souris à mon espoir!

LÉÏLA
Non, séparons-nous!

NADIR
Ah! pourquoi repousser...

LÉÏLA
Il en est temps encore...

NADIR
...Un ami qui t'implore!

LÉÏLA
...Ah! va-t'en!

NADIR
Léïla! Léïla!

LÉÏLA
Ah! la mort est sur tes pas.
Ah! par pitié, éloigne-toi!

NADIR
Hélas!
Ton coeur n'a pas compris le mien!
Au sein de la nuit parfumée,
Quand j'écoutais l'âme charmée,
Les accents de ta voix aimée,
Ton coeur n'a pas compris le mien!

LÉÏLA
Ainsi que toi je me souviens!
Au sein de la nuit parfumée,
Mon âme alors libre et charmée,
À l'amour n'était pas fermée!
Ainsi que toi je me souviens!

NADIR
J'avais promis d'éviter ta présence,
Et de me taire à tout jamais;
Mais de l'amour, hélas! 
Ô fatale puissance!
Pouvais-je fuir les beaux yeux 
Que j'aimais?

LÉÏLA
Malgré la nuit, 
Malgré ton long silence,
Mon coeur charmé 
Avait lu dans ton coeur!
Je t'attendais, 
j'espérais ta présence!
Ta douce voix 
M'apportait le bonheur!

NADIR
Est-il vrai? que dis-tu?
Doux aveu, ô bonheur!
Oui! Ton coeur n'a pas compris 
Le mien!
Au sein de la nuit parfumée...

LÉÏLA
Ah! Ainsi que toi je me souviens!...

ENSEMBLE
Ô doux moment!

LÉÏLA
(se dégageant de ses bras)
Ah! revenez à la raison!
Partez! Partez vite! Je tremble!

NADIR
Que l'amour chaque soir
Dans l'ombre nous rassemble!

LÉÏLA
Oui, oui! demain je t'attendrai!

NADIR
Oui, demain je te rêverai!
ACTO II


(Ruinas de un templo hindú;
al fondo una terraza elevada
dominando el mar. Cielo estrellado)

CORO
(entre bastidores)
¡La sombra desciende del cielo,
la noche abre sus velos,
y las blancas estrellas
se bañan en el azul
de las aguas silenciosas!

NOURABAD
(se adelanta hacia Leila)
Las barcas han llegado a la playa;
por esta noche, Leila, 
nuestra labor termina.
Aquí puedes dormir.

LEILA
¡Te marchas, ay!
¿Me dejarás sola?

NOURABAD
Sí, pero no padezcas,
no tengas miedo.
Por allí rocas inaccesibles
rodeadas por rugientes aguas;
por este lado, la aldea;
y por allí, guardianes terribles,
el fusil a al espalda 
y el puñal en los dientes,
¡nuestros amigos velarán!

LEILA
¡Que Brahma me proteja!

NOURABAD
¡Si tu corazón sigue puro,
si cumples tu juramento,
duerme en paz bajo mi guardia,
y no temas ningún peligro!

LEILA
De cara a la muerte
yo sabré permanecer 
fiel al juramento que una vez hice.

NOURABAD
¿Tú? ¿Cómo?

LEILA
Yo era todavía niña 
cuando una noche, lo recuerdo,
un hombre, un fugitivo, 
implorando socorro,
vino a buscar un refugio
en nuestra humilde choza;
y yo prometí, 
el corazón emocionado por su ruego,
ocultarlo a todos 
y proteger sus días.
Pese a todo una horda feroz acudió,
¡con amenazas en la boca,
todos me rodeaban!
Un puñal sobre mi frente se elevó,
mi silencio... la noche... 
¡Huye!...  ¡Se salva!
Pero, antes de llegar 
a la sabana lejana:

¡Oh, valiente muchacha" 
dijo él,
"coge esta cadena y guárdala
siempre como recuerdo mío!"
¡Yo, yo no me he olvidado!

¡Salvé su vida 
y mantuve mi promesa!

NOURABAD
¡Está bien! Sueña con él, 
de todos nuestros pecados
Zurga puede pedirte cuentas.
¡Sueña con él, sueña con el dios!

(Él sale con los fakires.)

CORO
(entre bastidores)
La sombra desciende 
desde el cielo...

LEILA
¡Aquí estoy sola en la noche,
sola en este lugar desierto 
donde reina el silencio!

(Mira alrededor suyo con creciente
temor.)

¡Me estremezco de miedo!
¡y el sueño se me fue!

(mirando hacia la terraza)

¡Pero, él está ahí! 
¡Mi corazón adivina su presencia!

Como en otros tiempos 
en la obscura noche,
oculto bajo el follaje espeso,
él vela cerca de mí en la sombra,
¡puedo dormir, soñar en paz!
Él vela cerca de mí,
como en otros tiempos, 
como en otros tiempos,
¡es él! ¡mis ojos lo han reconocido!
¡Es él! ¡Mi alma está segura!
¡Oh, felicidad! ¡Él ha venido,
está cerca de mí, ah!
Como en otros tiempos 
en la noche obscura...

(Se escucja el sonido de una "guzla")

NADIR
(tras bastidores, desde muy lejos)
¡De mi amiga,
flor adormecida
al fondo del lago silencioso,
yo he visto en las aguas
claras y profundas
resplandecer la frente alegre
y los dulces ojos!

(La voz se aproxima.)

Mi bien amada está encerrada...

LEILA
¡Dios!

NADIR
...en un palacio de oro y azur...

LEILA
¡La voz se aproxima!

NADIR
...la escucho reír,
y quiero  que brille...

LEILA
¡Un dulce encanto me llena!

NADIR
...en el cristal de 
uniforme obscuridad...

LEILA
¡Cielos!

NADIR
...¡su mirada pura!

LEILA
¡Ah! ¡Es él!

(Nadir aparece sobre la terraza,
descendiendo de entre las ruinas.)

NADIR
¡Leila! ¡Leila!

LEILA
¡Dios poderoso, ahí está!

NADIR
¡Junto a ella, aquí estoy!

LEILA
Por ese estrecho sendero
que bordea el sombrío abismo,
¿cómo has venido?

NADIR
¡Un dios guió mis pasos,
una tierna esperanza me animaba!
¡Nada, nada me ha retenido!

LEILA
¿Qué vienes a hacer aquí?
¡Huye, la muerte te amenaza!

NADIR
¡Aplaca tu temor, perdona!

LEILA
¡Lo he jurado!
¡No debo verte!

NADIR
¡Ah! ¡Ten piedad!

LEILA
¡La muerte está tras tus pasos!

NADIR
¡No me rechaces!

LEILA
¡Ah! ¡Vete!

NADIR
¡Ah! La noche es larga todavía,
nada puede sorprendernos,
¡ah! ¡Leila, sonríe a mi esperanza!

LEILA
¡No, separémonos!

NADIR
¡Ah! ¿Por qué rechazar...

LEILA
No es tiempo todavía...

NADIR
... a un amigo que te implora?

LEILA
...¡Ah! ¡Vete!

NADIR
¡Leila! ¡Leila!

LEILA
¡Ah! La muerte está tras de ti.
¡Ah, por piedad, aléjate!

NADIR
¡Ay!
¡Tu corazón no comprende el mío!
En el seno de la noche perfumada,
cuando yo escuché el alma adorada,
los sonidos de tu voz amada,
¡tu corazón no comprende al mío!

LEILA
¡Igual que tú, yo me acuerdo!
En el seno de la noche perfumada,
mi alma entonces, pura y libre,
¡al amor no estaba cerrada!
¡Igual que tú, yo me acuerdo!

NADIR
Yo había prometido 
evitar tu presencia,
y ocultarme a ti para siempre;
¡pero el amor, ay, oh fatal poder!
¿Podría yo escapar 
de los bellos ojos que amo?

LEILA
A pesar de la noche, 
a pesar de tu largo silencio,
¡mi corazón excitado 
estaba en tu corazón!
¡Yo aguardaba, 
esperaba tu presencia!
¡Tu dulce voz 
me traía la felicidad!

NADIR
¿Es verdad? 
¿Qué dices?
¡Dulce confesión, oh felicidad! ¡Sí! 
¡Tu corazón comprende al mío!
En el seno de la noche perfumada...

LEILA
¡Ah! ¡Igual que tú, yo me acuerdo!...

JUNTOS
¡Oh, dulce momento!

LEILA
(soltándose de su abrazo)
¡Ah! ¡Vuelve a la razón!
¡Vete! ¡Vete pronto! ¡Tiemblo!

NADIR
¡Que el amor cada noche
en las sombras nos una!

LEILA
¡Sí, sí! ¡Mañana te esperaré!

NADIR
¡Sí, mañana te veré!

(Ils se séparent. Coup de feu.
Léïla pousse en cri et tombe à
genoux.)


NOURABAD
Malheur sur eux!
malheur sur nous!
Accourez! venez tous!

(Il se met à la poursuite de Nadir.)

CHOEUR
Quelle voix nous appelle?
Quel présage de mort
Nous attend en ces lieux?

(L'orage éclate dans 
toute sa furie.)


O nuit d'épouvante!
La mer écumante
Soulève en grondant
Ses flots furieux!

SOPRANOS
Pâle et frémissante,
Muette et tremblante,
D'où vient sa terreur?
D'où vient son effroi?
Nuit d'épouvante
La mer écumante,
O nuit d'effroi,
Nuit d'épouvante!
Nuit d'horreur,
Nuit d'effroi!

CONTRALTOS, TENORS, BASSES
O nuit d'horreur,
Mon coeur d'effroi palpite!
O nuit d'horreur,
Brahma, pitié, pitié!
O nuit d'épouvante,
La mer écumante
Soulève en grondant
Ses flots furieux,
Oui, nuit d'horreur,
Nuit d'horreur,
Nuit d'effroi!

NOURABAD
(Il reparaît suivi des fakirs armés
de torches.)

Dans cet asile sacré,
Dans ces lieux redoutables,
Un homme, un étranger,
Profitant de la nuit,
À pas furtifs...

CHOEUR
Que dit-il?

NOURABAD
...s'est introduit...

CHOEUR
Est-il vrai?

NOURABAD
(montrant Nadir qu'on amène au
fond)
...Le voici!
Voici les deux coupables!

CHOEUR
Voici les deux coupables!
Ah! Nadir! O trahison!
Nadir! O trahison!

(Ils menacent Nadir et Léïla de
leurs poignards.)


Pour eux point de grâce! Non!
Ni pitié! Ni merci! Non!
La mort! La mort!
Pour eux point de grâce!

LÉÏLA
O sombre menace!

NADIR
Leur demander grâce!

NOURABAD
Ni pitié, ni grâce!

CHOEUR
Pour eux point de grâce!

LÉÏLA
O funeste sort!
O sombre menace!
Hélas, funeste sort!
Tout mon sang se glace!
Pour nous c'est la mort!
Hélas! Je tremble! O ciel!
La mort nous menace!
Funeste sort!
O sombre menace!
Brahma, protége-nous!
Je meurs d'effroi!

NADIR
Non, plutôt la mort!
Leur demander grâce?
Leur folle menace
Fait mon bras plus fort!
Ne crains rien,
Mon bras te protége!
Je saurai braver leurs coups!
Venez, je vous brave,
Oui, je brave les cieux!
Je ris de leur courroux!
Je braverai votre fureur!
Venez, je vous attends!

CHOEUR
Pour tous deux la mort!
Malgré sa menace!
Qu'ils aient le même sort!
Esprits des ténèbres,
Prêts à nous punir,
Vos gouffres funèbres
Pour eux vont s'ouvrir!
Ni pitié, ni merci!
Pour eux la mort!
Oui, punissons leurs forfaits!

(On va pour les frapper, Nadir se
jette devant Léïla pour la protéger)

ZURGA
Arrêtez! arrêtez!
C'est à moi d'ordonner de leur sort.

CHOEUR
La mort! pour eux la mort!

ZURGA
Vous m'avez donné la puissance,
Vous me devez obéissance.
Compagnons, j'ai votre serment,
Obéissez, je le veux!

CHOEUR
Qu'ils partent donc!
Nous faisons grâce au traître!
Zurga le veut,
Zurga commande en maître!

ZURGA
Partez, partez!

NOURABAD
(arrachant le voile de Léïla)
Avant de fuir à tous
Fais toi connaître!

ZURGA
(reconnaissant Léïla)
Ah! qu'ai-je vu?
C'était elle! o fureur!
Vengez-vous! vengez-moi!
Malheur! malheur sur eux!

CHOEUR
Pour eux point de grâce!

LÉÏLA
O sombre menace!
O funeste sort!
Brahma, protége-nous!
Je meurs d'effroi!

NADIR
Leur demander grâce?
Non, plutôt la mort!
Oui, je braverai les cieux!
Je ris de leur courroux!
Je braverai votre courroux!

ZURGA
Ni pitié, ni grâce,
Pour tous deux la mort!
Point de pitié, qu'ils meurent!
Qu'ils tombent sous nos coups!
Pour eux la mort!

CHOEUR
Pour eux point de grâce!
Point de pitié, pour eux la mort!
Oui, punissons leur forfait!
Pour eux la mort!

(L'orage éclate avec fracas.)

NOURABAD
Ah! la foudre en éclats
Va tomber sur nos fronts!
Brahma!

CHOEUR
Brahma! divin Brahma!
Que ta main nous protége!
Nous jurons de punir
Leur amour sacrilège!
O dieu Brahma,
Nous sommes tous à tes genoux!
Brahma! divin Brahma!
Que ta main nous protége!

(Sur un geste impérieux de Zurga,
on entraîne Nadir; Léïla est
emmenée par les prêtres.)

(Se separan. Se escucha un 
disparo. Leila lanza un grito
y cae de rodillas.)

NOURABAD
¡Maldición sobre ellos!
¡Maldición sobre nosotros!
¡Acudid! ¡Venid todos!

(Sale persiguiendo a Nadir.)

CORO
¿Qué voz nos llama?
¿Qué presagio de muerte
nos espera en este lugar?

(La tormenta estalla con toda
su
furia)

¡Oh, noche de espanto!
¡La mar espumosa
eleva rugiendo
sus olas furiosas!

SOPRANOS
Pálida y temblorosa,
silenciosa y delicada
¿de dónde viene su terror?
¿de dónde su miedo?
Noche de espanto.
La mar espumosa,
¡oh, noche de terror!
¡noche de espanto!
¡Noche de horror,
noche de miedo!

CONTRALTOS, TENORES, BAJOS
¡Oh, noche de horror,
mi corazón de miedo palpita!
¡Oh, noche de horror,
Brahma, piedad, piedad!
¡Oh noche de espanto!
La mar espumosa
eleva rugiendo
sus olas furiosas,
oh, noche de horror,
noche de horror,
¡noche de miedo!

NOURABAD
(Reaparece seguido por fakires
llevando antorchas.)
En este asilo santo,
en estos lugares terribles,
un hombre, un extranjero,
aprovechando la noche,
con pasos furtivos...

CORO
¿Qué dice?

NOURABAD
...se ha introducido...

CORO
¿Es verdad?

NOURABAD
(señalando a Nadir a quien
conducen desde el fondo)
...¡Aquí está!
¡Estos son los dos culpables!

CORO
¡Estos son los dos culpables!
¡Ah! ¡Nadir! ¡Oh, traición!
¡Nadir! ¡Oh, traición!

(Amenazan a Nadir y a Leila con
sus puñales.)

¡Para ellos nada de gracia! ¡No!
¡Ni piedad! ¡Ni merced! ¡No!
¡La muerte! ¡La muerte!
¡Para ellos nada de gracia!

LEILA
¡Oh, sombría amenaza!

NADIR
¿Pediros gracia?

NOURABAD
¡Ni piedad ni gracia!

CORO
¡Para ellos nada de gracia!

LEILA
¡Oh, suerte funesta!
¡Oh, sombría amenaza!
¡Ay, funesta suerte!
¡Toda mi sangre se hiela!
¡Para nosotros es la muerte!
¡Ay! ¡Tiemblo! ¡Oh, cielos!
¡La muerte nos amenaza!
¡Funesta suerte!
¡Oh, sombría amenaza!
¡Brahma, protégenos!
¡Muero de espanto!

NADIR
¡No, antes la muerte!
¿Pediros gracia?
¡Su loca amenaza
hace mi brazo aún más fuerte!
¡No temas nada,
mi brazo te protege!
¡Yo sabré desafiar sus golpes!
¡Venid, os desafío,
sí, desafío a los cielos!
¡Me río de su enfado!
¡Desafiaré vuestro furor!
¡Venid, os espero!

CORO
¡Para los dos la muerte!
¡A pesar de su amenaza!
¡Que tengan la misma suerte!
¡Espíritus de las tinieblas,
dispuestos a castigaros,
los abismos fúnebres
para ellos se van a abrir!
¡Ni piedad ni merced!
¡Para ellos la muerte!
¡Sí, castiguémosles juntos!

(Intentan herirlos, Nadir se coloca
ante Leila para protegerla.)

ZURGA
¡Deteneos! ¡Deteneos!
Soy yo quien decidirá su suerte.

CORO
¡La muerte! ¡Para ellos la muerte!

ZURGA
Me habéis dado el poder,
me debéis obediencia.
¡Compañeros, lo habéis jurado,
obedeced, lo ordeno!

CORO
¡Vámonos pues!
¡Hacemos gracia al traidor!
¡Zurga lo quiere,
Zurga ordena como señor!

ZURGA
¡Partid, partid!

NOURABAD
(arrancando el velo de Leila)
Antes de irnos
¡que todos te conozcan!

ZURGA
(reconociendo a Leila)
¡Ah! ¿Qué veo?
¡Es ella! ¡Oh, furor!
¡Vengaos! ¡Vengadme!
¡Maldición! ¡Maldición sobre ellos!

CORO
¡Para ellos nada de gracia!

LEILA
¡Oh, sombría amenaza!
¡Oh, funesta suerte!
¡Brahma, protégenos!
¡Muero de terror!

NADIR
¿Pedirles gracia?
¡No, antes la muerte!
¡Sí, desafiaré a los cielos!
¡Yo me río de su enfado!
¡Yo desafiaré vuestra cólera!

ZURGA
¡Ni piedad, ni gracia,
para los dos la muerte!
¡Nada de piedad, que mueran!
¡Que caigan bajo nuestros golpes!
¡Para ellos la muerte!

CORO
¡Para ellos nada de gracia!
¡Nada de piedad! ¡A muerte!
¡Sí, castiguémoslos a la vez!
¡Para ellos la muerte!

(La tormenta estalla )

NOURABAD
¡Ah! ¡El rayo luminoso
caerá sobre nuestras cabezas!
¡Brahma!

CORO
¡Brahma! ¡Divino Brahma!
¡Que tu mano nos proteja!
¡Nosotros juramos castigar
su amor sacrílego!
¡Oh dios Brahma, estamos
todos de rodillas ante ti!
¡Brahma! ¡Divino Brahma!
¡Que tu mano nos proteja!

(A un gesto imperiosos de Zurga,
arrastran a Nadir; Leila es
conducida por los sacerdotes.)


ACTE III


Premier Tableau

(Une tente indienne fermée par une
draperie. Une lampe brûle sur une
petite table en jonc.)

ZURGA
(il paraît sur le seuil de la 
tente)
L'orage s'est calmé.
Déjà les vents se taisent!
Comme eux les colères s'apaisent!

(Il laisse tomber la draperie.)

Moi seul j'appelle en vain 
Le calme et le sommeil.
La fièvre me dévore 
Et mon âme oppressée 
N'a plus qu'une pensée:
Nadir doit expirer 
au lever du soleil!

(Il tombe accablé sur les coussins.)

O Nadir, tendre ami 
De mon jeune âge!
O Nadir, lorsqu'à la mort 
Je t'ai livré!
O Nadir, hélas, 
Par quelle aveugle et folle rage
Mon coeur était-il déchiré!
Non, non, c'est impossible!
J'ai fait un songe horrible!
Non, tu n'as pu trahir ta foi!
Et le coupable, hélas! 
c'est moi!
O remords! o regrets!
Ah! qu'ai-je fait?
O Nadir, tendre ami 
De mon jeune âge!
O Léïla, radieuse beauté!
Pardonnez à l'aveugle rage!
De grâce pardonnez 
Aux transports d'un coeur irrité! 
Malgré moi, 
le remords m'oppresse!
Nadir, Léïla, hélas! 
J'ai honte de ma cruauté! 
Ah! pardonnez aux transports 
D'un coeur irrité!

(Il tombe accablé. Léïla paraît.
Deux pêcheurs la tiennent et la
menacent de leurs poignards.) 

Qu'ai-je vu?
O ciel! quel trouble!
Tout mon amour 
Se réveille à sa vue!
Près de moi, qui t'amène?

LÉÏLA
J'ai voulu te parler à toi seul.

ZURGA
(aux pêcheurs)
C'est bien! vous sortez!

LÉÏLA
(à part)
Je frémis, je chancelle!
De son âme cruelle
Hélas! que vais-je obtenir?
Sous son regard, 
L'effroi vient me saisir.
De son âme cruelle 
Que vais-je obtenir?

ZURGA
Je frémis devant elle!
Léïla qui est belle!
Oui, plus belle encore, 
Au moment de mourir,
Oui, c'est Dieu qui la conduit ici
Pour me punir!
Ne tremble pas, approche, 
Je t'écoute!

LÉÏLA
(elle se jette aux pieds de Zurga)
Zurga, je viens demander grâce.
Par Brahma, par le ciel, 
Par tes mains que j'embrasse,
Epargne un innocent 
Et ne frappe que moi!
Pour moi je ne crains rien, Zurga,
Mais je tremble pour lui!
Ah! sois sensible à ma plainte
Et deviens notre appui.
Il me donne son âme!
Il est tout mon amour!

ZURGA
Tout son amour!

LÉÏLA
Ardente flamme, hélas!
Voici son dernier jour!

ZURGA
Son dernier jour!

LÉÏLA
Ah! pitié Zurga, ah, pitié!
Par ma voix qui supplie,
Ah, laisse-toi fléchir!
Accorde-moi sa vie,
Zurga je t'en conjure,
Accorde-moi sa vie,
Pour m'aider à mourir!

ZURGA
Qu'entends-je?

LÉÏLA
Ah, laisse-toi fléchir!
Accorde-moi sa vie,
Pour m'aider à mourir!

ZURGA
Pour t'aider à mourir!
Ah! Nadir! 
J'aurais pu lui pardonner 
peut-être et le sauver, 
car nous étions amis!
Mais tu l'aimes!

LÉÏLA
Grand Dieu!

ZURGA
Tu l'aimes!

LÉÏLA
Je frémis!

ZURGA
Tu l'aimes!
Ce mot seul a ranimé 
Ma haine et ma fureur!

LÉÏLA
Dieu!

ZURGA
En croyant le sauver,
Tu le perds pour jamais!

LÉÏLA
Par grâce, par pitié!

ZURGA
Plus de prière vaine!

LÉÏLA
Par grâce, par pitié!

ZURGA
Je suis jaloux!

LÉÏLA
Jaloux?

ZURGA
Comme lui, Léïla, je t'aimais!

LÉÏLA
Ah! de mon amour pour lui
Tu m'oses faire un crime?

ZURGA
Son crime est d'être aimé
Quand je ne le suis pas!

LÉÏLA
Ah! du moins dans son sang
Ne plonge pas tes bras!

ZURGA
En voulant le sauver,
Tu le perds à jamais!

LÉÏLA
Ah! que de ta fureur,
Seule je sois victime!

ZURGA
Tu l'aimes! il doit périr!

LÉÏLA
Par pitié! par le ciel!
Eh bien! va, venge-toi donc, cruel!
Va, cruel, va!
Va, prends aussi ma vie;
Mais, ta rage assouvie,
Le remords, l'infamie,
Te poursuivront toujours!
Que l'arrêt s'accomplissent,
Et qu'un même supplice
Dans les cieux réunisse
À jamais tendre amour.
Va, prends ma vie,
Je te défie,
Oui, l'infamie 
Te poursuivra toujours.
Va barbare, va cruel,
Les remords 
Te poursuivront toujours!
Ah barbare! Ah cruel!

ZURGA
O rage! o fureur!
O tourment affreux!
O jalousie! Tremble!
Ah! crains ma fureur!
Oui, crains ma vengeance!
Que l'arrêt s'accomplisse!
Point de grâce, point de pitié!
Tu vas périr avec lui!
Pour tous deux, oui, la mort!

LÉÏLA
Zurga, je te maudis,
Je te hais et je l'aime à jamais!

ZURGA
O fureur, o fureur!

(Nourabad reparaît au fond, suivi
de quelques pêcheurs. Cris de joie
dans l'éloignement.)

NOURABAD
Entends au loin 
ce bruit de fête!
L'heure est venue!

LÉÏLA
Et la victime est prête!

ZURGA
Allez!

LÉÏLA
Pour moi s'ouvre le ciel!

(à un jeune pêcheur)

Ami, prends ce collier,
Et quand je serai morte,
Qu'à ma mère on le porte!
Va, je prierai Dieu pour toi!

(Zurga s'empare du collier.)

ZURGA
Ce collier... 
Celle qui m'a sauver!
Je ferai mon devoir!

(Nourabad et les pêcheurs
entraînent Léïla. Zurga les suit.)


ACTO III


Escena Primera

(Tienda hindú cerrada por una
cortina. Una lámpara brilla sobre
una pequeña mesa de junco.)

ZURGA
(aparece bajo la entrada de la
tienda)
La tempestad se calmó.
¡Ya los vientos se callan!
¡Las iras se apaciguan!

(Deja caer la cortina)

Reclamo en vano 
la calma y el sueño.
La fiebre me devora 
y mi alma oprimida
no tiene mas que un pensamiento:
¡Nadir debe expirar 
a la salida del sol!

(Cae aturdido sobre unos cojines.)

¡Oh Nadir, tierno amigo 
de juventud!
¡Oh Nadir, hasta la muerte 
te he llevado!
¡Oh Nadir, ay, por qué antigua
y loca rabia
mi corazón ha sido poseído!
¡No, no, es imposible!
¡He tenido un sueño horrible!
¡No, tú no has traicionado tu fe!
¡Y el culpable, ay, he sido yo!
¡Oh, remordimientos! 
¡Oh, arrepentimientos!
¡Ah! ¿Qué he hecho?
¡Oh Nadir, tierno amigo 
de juventud!
¡Oh Leila, radiante belleza!
¡Perdonad la antigua rabia!
¡Por favor, perdonad los impulsos
de un corazón irritado!
¡A mi pesar, 
los remordimientos me oprimen!
¡Nadir, Leila, ay! 
¡Tengo vergüenza de mi crueldad!
¡Ah! ¡Perdonad los impulsos 
de un corazón irritado!

(Cae aturdido. Leila aparece.
Dos pescadores la sujetan y la
amenazan con sus puñales.)

¿Qué veo?
¡Oh, cielos! ¡Qué turbación!
¡Todo mi amor se despierta 
ante su vista!
Ante mí, ¿qué te trae?

LEILA
Quiero hablarte a solas.

ZURGA
(a los pescadores)
¡Está bien! ¡Salid!

LEILA
(a parte)
¡Me estremezco, vacilo!
¿De su alma cruel,
ay, que podré obtener?
Bajo su mirada 
el terror me sobrecoge.
¿De su alma cruel 
qué voy a obtener?

ZURGA
¡Me estremezco ante ella!
¡Leila, qué bella es!
¡Sí, más bella todavía 
en el momento de morir,
sí, es el dios quien la condujo aquí
para castigarme!
¡No tiembles, acércate, 
te escucho!

LEILA
(se arroja a los pies de Zurga)
Zurga, vengo a pedir gracia.
Por Brahma, por el cielo,
por tus manos que yo tomo,
¡salva a un inocente 
y mátame sólo a mí!
¡Por mí yo no temo, Zurga,
pero tiemblo por él!
¡Ah! Sé sensible a mi ruego
y sé nuestro apoyo.
¡Él me dio su alma!
¡Él es todo mi amor!

ZURGA
¡Todo su amor!

LEILA
¡Ardiente llama, ay!
¡Este es su último día!

ZURGA
¡Su último día!

LEILA
¡Ah! ¡Piedad Zurga, ah piedad!
¡Por mi voz que suplica,
ah, déjate influir!
¡Concédeme su vida,
Zurga, te lo pido,
concédeme su vida,
para ayudarme a morir!

ZURGA
¿Qué escucho?

LEILA
¡Ah, déjate influir!
¡Concédeme su vida,
para ayudarme a morir!

ZURGA
¡Para ayudarte a morir!
¡Ah! ¡Nadir! 
¡Yo lo hubiera podido 
salvar y perdonar,
pues éramos amigos!
¡Pero tú le amas!

LEILA
¡Gran Dios!

ZURGA
¡Tú le amas!

LEILA
¡Me estremezco!

ZURGA
¡Tú le amas!
¡Esa única palabra 
ha reanimado mi odio y mi furor!

LEILA
¡Dios!

ZURGA
¡Creyendo salvarlo
lo has perdido para siempre!

LEILA
¡Gracia, piedad!

ZURGA
¡Basta de vanas plegarias!

LEILA
¡Gracia, piedad!

ZURGA
¡Estoy celoso!

LEILA
¿Celoso?

ZURGA
¡Igual que él, Leila, yo te amo!

LEILA
¡Ah! ¿De mi amor por él
osas hacer un crimen?

ZURGA
¡Su crimen es ser amado
cuando yo no lo soy!

LEILA
¡Ah! ¡Al menos en su sangre
no sumerjas tu brazo!

ZURGA
¡Al querer salvarlo
lo pierdes para siempre!

LEILA
¡Ah! ¡Que de tu furor
sólo yo sea la víctima!

ZURGA
¡Tú le amas! ¡Él debe perecer!

LEILA
¡Por piedad! ¡Por el cielo!
¡Está bien! ¡Véngate pues, cruel!
¡Vete, cruel, vete!
Vete, toma también mi vida;
pero, saciada tu rabia,
¡los remordimientos y la infamia,
te perseguirán siempre!
Que el castigo se cumpla,
y que un mismo suplicio
bajo los cielos reúna
al más tierno amor.
Toma mi vida,
te desafío,
sí, la infamia 
te perseguirá siempre.
Bárbaro, cruel,
¡los remordimientos 
te perseguirán siempre!
¡Ah, bárbaro! ¡Ah, cruel!

ZURGA
¡Oh, rabia! ¡Oh, furor!
¡Oh, tormento terrible!
¡Oh, celos! ¡Tiembla!
¡Ah! ¡Teme mi furor!
¡Sí, teme mi venganza!
¡Que el castigo se cumpla!
¡Nada de gracia, nada de piedad!
¡Morirás con él!
¡Para los dos, sí, la muerte!

LEILA
¡Zurga, te maldigo, te odio 
y le amo a él para siempre!

ZURGA
¡Oh furor, oh furor!

(Nourabad aparece por el fondo
seguido de algunos pescadores.
Gritos de alegría en la lejanía.)

NOURABAD
¡Escucha a lo lejos 
esos gritos de fiesta!
¡La hora ha llegado!

LEILA
¡Y la víctima está dispuesta!

ZURGA
¡Marchad!

LEILA
¡Para mí se abre el cielo!

(a un joven pescador)

Amigo, toma este collar,
y cuando esté muerta,
¡que a mi madre alguno lo lleve!
¡Anda, rogaré al dios por ti!

(Zurga se apodera del collar.)

ZURGA
Este collar... 
¡Es ella quien me salvó!
¡Cumpliré con mi deber!

(Nourabad y los pescadores sacan a
Leila. Zurga los sigue.)

Deuxième Tableau

(Un site sauvage avec au milieu un
bûcher. Des feux éclairent la scène
d'une façon sinistre. À droite, un
trépied supportant un brûle-parfum.
Il fait encore nuit. Nadir est
assis, gardé par deux pêcheurs. Le
vin de palmiers circule dans les
coupes. Danses et chants.)


CHOEUR
Dès que le soleil,
Dans le ciel vermeil,
Versera sa flamme,
Nos bras frapperont
Et se plongeront
Dans leur sang infâme!
Ardente liqueur
Verse en notre coeur
Une sainte extase:
Qu'un sombre transport,
Présage de mort,
Soudain les embrasse.
Brahma! Brahma!

(Léïla paraît conduite par
Nourabad, et précédée du grand
prêtre; ses yeux recontrent le
regard de Nadir fixé sur elle.)


NOURABAD, CHOEUR
Sombres divinités,
Zurga les livre
à nos bras irrités!

(Une lueur rougeâtre éclaire le
fond du théâtre et fait croire aux
indiens que le jour va paraître.)


NOURABAD
Le jour enfin perce la nue,...

CHOEUR
Oui!

NOURABAD
...Le soleil luit,
l'heure est venue!

CHOEUR
Oui!

NOURABAD, CHOEUR
Frappons! Oui!

(Ils lèvent les poignards sur Nadir)

ZURGA
(entrant, effaré et tentant une
hache à la main)

Non! non! ce n'est pas le jour!
Regardez, c'est le feu du ciel
Tombé sur nous des mains de Dieu!

(Les indiens se retournent terrifiés.
Zurga descend au milieu d'eux.)

La flamme envahit
Et dévore votre camp!
Courez tous! il en est temps encore
Pour arracher vos enfants au trépas,
Courez, courez,
Que Dieu guide vos pas!

(Tous sortent en désordre, à
l'exception de Nourabad, qui, seul, 
a
gardé son soupçon. Il feint de
s'éloigner et se cache derrière les
arbres.)

ZURGA
(s'élançant vers Léïla)
Mes mains ont allumé
Le terrible incendie
Qui menace leurs jours
Et vous sauve la vie,

(de sa hache il brise les fers qui
retenaient Nadir)

Car je brise vos fers!

NADIR
Dieu!

ZURGA
(à Léïla, lui montrant le collier)
Léïla, souviens-toi,
Tu m'as sauvé jadis!

LÉÏLA
O ciel!

ZURGA
Soyons sauvés par moi!

LÉÏLA, NADIR
Dieu!

(Nadir et Léïla tombe dans les bras
l'un de l'autre. Nourabad qui a tout
entendu court prévenir les indiens)

LÉÏLA, NADIR
O lumière sainte,
O divine étreinte,
Je suis sans crainte
Car il nous arrache
Enfin au trépas.
Zurga nous délivre
Et nous fait revivre,
Je veux te suivre;
Rien ne me saurait
Ravir à tes bras!
Je veux rester dans tes bras!

ZURGA
O lumière sainte,
O divine étreinte,
Je vais sans plainte
Les sauvant tous deux
Courir au trépas.
O dieux comme ils s'aiment!

(à Léïla et Nadir)

Ce sont eux, les voici!
Fuyez par ce passage!

(à Nadir)

Emporte ton trésor
Loin de ce bord sauvage!

LÉÏLA, NADIR
Et toi, Zurga?

ZURGA
Dieu seul sait l'avenir!

(Léïla et Nadir partent. Nourabad
entre en scène avec quatre chefs
hindous pour se saisir de Léïla et
Nadir; Zurga les empêche de passer)

NOURABAD
(montant Zurga)
C'est lui, le traître!
Il a sauvé leur vie!

LES CHEFS
À mort!

(Zurga s'élance sur sa hache restée
à terre prêt à défendre sa vie, mas
un indien le poignarde par derrière.
Il tombe. Zurga se traîne du côté
où Léïla et Nadir ont fui; comme
pour les protéger encore.)


ZURGA
Ah! Adieu!

(Nourabad sort suivi des quatre
chefs.)

Léïla, je t'aimais!

LÉÏLA, NADIR
Plus de crainte, o douce étreinte,
Le bonheur nous attend là-bas!
Sainte ivresse, plus de tristesse!
Oui, le ciel guidera nos pas!
Ah viens!
Le bonheur nous attend là-bas!

ZURGA
Ma tâche est achevée,
J'ai tenu mon serment!
Il vit, elle est sauvée!
Rêves d'amour! adieu!

(Léïla et Nadir disparaissent.
Zurga retombe.)




Escena Segunda

(Lugar salvaje con una hoguera
en el centro. El fuego ilumina
la escena con un aspecto siniestro.
A la derecha, un pebetero con 
perfumes. Es de noche. Nadir está
sentado, vigilado por dos pescadores.
El vino de palma circula por las
copas. Bailes y cantos)

CORO
En cuanto que el sol,
en el cielo rojo,
vierta su llama
¡nuestros brazos herirán
y se empaparán 
en la sangre infame!
Ardiente licor,
viertes en nuestro corazón
un santo éxtasis:
que un sombrío empuje,
presagio de muerte,
pronto los abrace.
¡Brahma! ¡Brahma!

(Leila aparece conducida por
Nourabad, y precedida del
sumo sacerdote, su mirada
encuentra la de Nadir)

NOURABAD, CORO
¡Sombrías divinidades,
Zurga los entrega 
a nuestros brazos irritados!

(Una luminosidad rojiza ilumina el
fondo de la escena y hace creer a
los hindúes que el día nace.)

NOURABAD
El día al fin traspasa la nube...

CORO
¡Sí!

NOURABAD
....¡el sol brilla, 
la hora ha llegado!

CORO
¡Sí!

NOURABAD, CORO
¡Matemos! ¡Sí!

(Elevan los puñales sobre Nadir.)

ZURGA
(entrando, azorado y con una hacha
en la mano)
¡No! ¡no! ¡aún no es la hora!
¡Mirad, es el fuego del cielo
que las manos del dios nos envían!

(Los hindúes se giran aterrorizados.
Zurga desciende entre ellos.)

¡Las llamas invaden 
y devoran vuestros campos!
¡Corred todos! ¡Aún es tiempo 
de salvar a vuestros hijos 
de la muerte, corred, corred, 
que el dios guíe vuestros pasos!

(Todos salen en desorden, excepto
Nourabad, quien, en silencio, ha
guardado su sospecha, hace como 
que se aleja y se oculta tras unos
árboles.)

ZURGA
(acercándose a Leila)
Mis manos han encendido 
el terrible incendio
que amenaza sus días 
y os salva la vida,

(con su hacha rompe los hierros que
sujetan a Nadir)

¡pues yo rompo vuestros hierros!

NADIR
¡Dios!

ZURGA
(a Leila, enseñándole el collar)
¡Leila, recuérdalo, 
tú me salvaste antes!

LEILA
¡Oh, cielos!

ZURGA
¡Sed salvados por mí!

LEILA, NADIR
¡Dios!

(Nadir y Leila se abrazan. Nourabad
que todo ha visto corre a prevenir
a los hindúes.)

LEILA, NADIR
Oh llama santa,
oh divino abrazo,
ya no tengo miedo
pues él nos libra
al fin de la muerte.
Zurga nos libra 
y nos hace revivir,
yo quiero seguirte;
¡nada me hará
abandonar tus brazos!
¡Permaneceré por siempre en ellos!

ZURGA
Oh llama santa,
oh divino abrazo,
acudo sin queja
al salvar a los dos
corriendo a la muerte.
¡Oh, cómo se quieren!

(a Leila y Nadir)

¡Son ellos, están aquí!
¡Escapad por ese pasadizo!

(a Nadir)

¡Lleva tu tesoro
lejos de este litoral salvaje!

LEILA, NADIR
¿Y tú, Zurga?

ZURGA
¡Sólo el dios conoce el destino!

(Leila y Nadir salen. Nourabad
entra en escena con cuatro jefes
hindúes para seguir a Leila y a
Nadir; Zurga les impide el paso)

NOURABAD
(señalando a Zurga)
¡Es él, el traidor! 
¡Les ha salvado la vida!

LOS JEFES
¡A muerte!

(Zurga se lanza sobre su hacha que
está en el suelo para defenderse,
pero un hindú le apuñala por la
espalda. Cae. Zurga mira hacia el
lado por donde Leila y Nadir han
escapado)

ZURGA
¡Ah! ¡Adiós!

(Nourabad sale seguido por los
cuatro jefes.)

¡Leila, yo te amé!

LEILA, NADIR
Basta de llantos, oh dulce abrazo,
¡la felicidad nos espera allá!
¡Oh embriaguez, basta de tristeza!
¡Sí, el cielo guiará nuestros pasos!
¡Ah, ven!
¡La felicidad nos aguarda allá!

ZURGA
¡Mi trabajo está terminado,
yo he mantenido mi juramento!
¡Él vive, ella está a salvo!
¡Sueños de amor, adiós!

(Leila y Nadir desaparecen. 
Zurga muere.)



Traducido y Escaneado por:
Josep Francesc Pertusa 1999