LOS HUGONOTES

 

 

 

Personajes

 

RAÚL

NEVERS

MARCELO

VALENTINA

SAINT-BRIS

MARGARITA

URBANO

                 Caballero hugonote   

                       Noble católico


                    Escudero de Raúl

          Católica, prometida de Nevers 

                   Padre de Valentina

            Reina de Francia y Navarra

                  Paje de Margarita           

                 Tenor

             Barítono


                   Bajo
 
             Soprano

             Barítono

             Soprano

    Mezzosoprano

 

 

La acción se desarrolla en París, durante el año 1572

 

ACTE I


(Le théâtre représente une salle du château du comte
de Nevers. Au fond, de grandes croisées ouvertes
laissent voir des jardins et une pelouse, sur laquelle
plusieurs seigneurs jouent au ballon; à droite, une
porte qui donne dans les appartements intérieurs; à
gauche, une croisée fermée par un rideau et qui est
censée donner sur un oratoire; sur le devant du
théâtre, d'autres seigneurs jouent aux dés, au bilboquet,
etc. Nevers, Tavannes, Cossé, de Retz, Thoré, Méru
et d'autres seigneurs catholiques les regardent et
parlent entre eux)

NEVERS
Des beaux jours de la jeunesse,
dans la plus riante ivresse,
hâtons-nous, le temps nous presse,
hâtons-nous de jouir...
...oui, hâtons-nous de jouir!

SEIGNEURS
Hâtons-nous, hâtons-nous de jouir!

NEVERS, SEIGNEURS,
Des beaux jours de la jeunesse, etc.

SEIGNEURS, COSSE, TAVANNES
Aux jeux, à la folie
consacrons notre vie,
et qu'ici tout s'oublie
excepté le plaisir!

SEIGNEURS, CHOEUR
Aux jeux, à la folie, etc.
Tout, oublions tout...

NEVERS
...tout, oublions tout,
excepté le plaisir,...

SEIGNEURS
...excepté le plaisir!

NEVERS, SEIGNEURS, CHOEUR
Des beaux jours de la jeunesse, etc.
Que tout s'oublie, tout
excepté le plaisir, amis,
et qu'ici tout s'oublie,
tout, excepté le plaisir!

TAVANNES
De ces lieux enchanteurs
châtelain respectable,
pourquoi, cher Nevers,
pourquoi ne pas nous mettre à table?

SEIGNEURS, CHOEUR
Pourquoi ne pas nous mettre à table?
Pourquoi? Pourquoi?

NEVERS
Nous attendons encore un convive.

TOUS
Et lequel?

NEVERS
Un jeune gentilhomme, un nouveau camarade,
qui dans nos lansquenets vient d'obtenir un grade
par le crédit de l'amiral!

TOUS
O ciel!

COSSE
C'est donc un huguenot?

TOUS
C'est donc un huguenot?

NEVERS
Eh! oui; mais je vous prie
de le traiter en frère, en ami; notre roi
nous en donne l'exemple et nous en fait la loi,
avec les protestants il se réconcilie;
Coligny, Médicis ont juré devant Dieu
une éternelle paix...

TAVANNES
Qui durera bien peu.

TOUS
Bien peu!

NEVERS
Que nous importe à nous!

TAVANNES
(Observe a Raoul)
Mais de ce côté, regardez, mes amis.

NEVERS
C'est celui que j'attends, c'est Raoul de Nangis.

THORE
Quelle sombre pensée...

MERU
... ou quel ennui l'accable?

TAVANNES
Des dogmes de Calvin effet inévitable!

DE RETZ
Je veux m'en amuser.

NEVERS
Et moi le convertir!

TAVANNES
Tu veux le convertir?

NEVERS
Au culte des vrais dieux:
l'amour et le plaisir

SEIGNEURS
L'amour et le plaisir!

RAOUL
Sous ce beau ciel de la Touraine,
parmi ce que la cour offre de plus brillant,
pour moi, simple soldat,
soldat que l'on connaît à peine,
ah! quel honneur d'être admis!

NEVERS
Il n'est pas mal, vraiment!

RAOUL
Quel honneur...

NEVERS
Et nous le formerons!

RAOUL
... d'être admis...

SEIGNEURS
Il n'est pas mal vraiment
et nous le formerons!
Mais vraiment, il est bien, il est bien!

NEVERS
A table!

SEIGNEURS
A table, Allons!

SEIGNEURS, CHOEUR
Bonheur de la table,
bonheur véritable,
plaisir seul durable,
qui ne trompe pas!
Buveur intrépide,
que Bacchus me guide,
que Bacchus lui seul préside,
que lui seul préside
à ce gai repas!

NEVERS
De la Touraine

CHOEUR
Versez les vins!

TAVANNES
Le vin amène

CHOEUR
Joyeux refrains!

TAVANNES, COSSE
Et dans l'ivresse

CHOEUR
Noyons soudain

TAVANNES, COSSE
et la sagesse

CHOEUR
et le chagrin!

SEIGNEURS, CHOEUR
Bonheur de la table, etc.
et la sagesse et le chagrin!

NEVERS
Versez de nouveaux vins! versez avec largesse,
Allons, Raoul, buvons à nos maîtresses!
Rien qu'à votre air et tendre et langoureux,
je gage que déjà vous êtes amoureux!

RAOUL
Qui? moi?

NEVERS
C'est permis à notre âge!
Mais sous ses chastes lois demain
l'hymen m'engage:
Je l'ai promis, je renonce à l'amour;
et depuis ce moment je ne saurais suffire
aux nombreux désespoirs des dames de la cour.

TAVANNES
Dis-nous cela! Chacun dans un récit fidèle
suivra ton exemple.

NEVERS
Oui, faisons tous cet essai;
c'est au nouveau venu de commencer.

SEIGNEURS
C'est vrai!

RAOUL
Je le puis volontiers sans compromettre
celle dont mon coeur est épris.

NEVERS
Et d'abord quelle est-elle?

RAOUL
Je n'en sais rien!

NEVERS
Son nom?

RAOUL
Je l'ignore!

NEVERS
Vraiment!
Or écoutons, messieurs, le récit est piquant.

RAOUL
Non loin des vieilles tours et des remparts d'Amboise,
seul j'égarais mes pas, quand j'aperçois soudain
une riche litière au détour du chemin;
d'étudiants nombreux la troupe discourtoise l'entourait,
et leurs cris, leur air audacieux
me laissaient deviner leur projet;
je m'élance... Tout fuit à mon aspect.
Timide, je m'avance...
Ah! quel spectacle enchanteur vint s'offrir à mes yeux!
Plus blanche que la blanche hermine,
plus pure qu'un jour de printemps,
un ange, une vierge divine,
de sa vue éblouit mes sens.
Vierge immortelle! Qu'elle était belle!
Et malgré moi devant elle m'inclinant,
je disais, je lui disais:
Bel ange, reine des amours,
beauté du ciel, je t'aimerai toujours,
toujours, toujours, toujours,
je veux t'aimer, je veux t'aimer toujours!

CHOEUR
(Marcel arrive)
Vraiment, sa candeur est charmante!
Hélas, il tremble devant deux beaux yeux!

RAOUL
En m'écoutant, un doux sourire
trahit le trouble de son coeur,
et dans ses yeux j'ai su lire
le présage de mon bonheur.
Amant fidèle, flamme nouvelle
me brûle encor, hélas, loin d'elle
me brûle encor, et je me dis
Bel ange, reine des amours...

TAVANNES
(Marcel arrives)
Quelle étrange figure ici vois-je apparaître?

RAOUL
C'est un vieux serviteur, messieurs,
qui jadis m'a vu naître.

MARCEL
(Approchant Raoul)
Sir Raoul?

(à Raoul)

Ciel! à table avec eux!
Ah! mon maître, Dieu nous dit:
"De l'impie évite le festin!"

MERU
(En riant)
C'est un saint d'Israël!

MARCEL
Dans le camp philistin!

NEVERS, SEIGNEURS
Que dit-il?

RAOUL
Ah! pardon!
Entre un glaive et la Bible
mon aïeul l'éleva, ne jurant que Luther,
dans l'horreur de l'amour, du pape et de l'enfer.

MARCEL
C'est cela!

RAOUL
Mais fidèle, héroïque et sensible,
diamant brut incrusté dans du fer!

(à Marcel)

Viens, sers-nous et tais-toi!
Tais-toi, s'il est possible!

MARCEL
J'obéis.

(à part)

Mais comment le sauver de leurs bras?

NEVERS, MERU
Amis, buvons à nos maîtresses!

RAOUL, COSSE, TAVANNES
Au seul objet de ma tendresse!

MARCEL
(à part)
Ah! viens, divin Luther,
pour le sauver du mal!
Ah! viens mêler ta voix tonnante
à leur chant infernal!
Seigneur, rempart et seul soutien
du faible qui t'adore!

NEVERS
(à Raoul)
Tiens! Bois!

RAOUL
Non!

MARCEL
Jamais dans ses maux, un chrétien...

MERU
(à Raoul)
Qu'est-ce donc?

RAOUL
De Luther c'est le chant protecteur,
que nous chantons toujours au moment du danger.

MARCEL
...vainement ne t'implore!...
L'éternel tentateur
pour notre malheur
s'arme aujourd'hui, Seigneur,
de ruse et de fureur;
viens nous sauver encore,
Seigneur, ah!, viens, Seigneur!

COSSE
Eh! mais... plus je le vois,
et plus il me rappelle
un soldat qui jadis aux murs de La Rochelle...

MARCEL
Vous me reconnaissez?

COSSE
Oui, vrai Dieu, je le crois!
Cette large blessure...

MARCEL
Elle venait de moi!

RAOUL
O ciel! Marcel!

COSSE
C'était de bonne guerre!
Et pour te le prouver,
vide avec moi ce verre!

MARCEL
Merci, je ne bois pas!

COSSE
(en rient)
Avec un fils d'enfer?

RAOUL
Grâce! Excusez-le!

NEVERS
Alors, s'il ne boit pas, qu'il chante!

RAOUL
Mais, messieurs...

SEIGNEURS
Il le faut! qu'il chante!

MARCEL
Volontiers.
Un vieil air huguenot contre les gens du pape
et le sexe damnable;
vous le connaissez bien:
c'est notre air de combat, celui de La Rochelle.

RAOUL
Marcel!

MARCEL
C'était alors qu'au bruit des tambours,
des cymbales, accompagné du
pif, paf, pouf des balles,
je chantais: Pif, paf, pif, paf!
Pour les couvents, c'est fini!
Les moines à terre,
guerre à tout cagot béni!
Papistes, la guerre!
Livrons à la flamme, au fer
leurs temples d'enfer,
livrons leurs temples d'enfer!
Terrassons-les, cernons-les,
frappons-les, perçons-les!
Pif, paf, pif, cernons-les!
Pif, paf, pif, frappons-les!
Pif, paf, pif, paf!
Qu'ils pleurent,
qu'ils meurent;
mais grâce jamais,
non, non, non, jamais!

SEIGNEURS
Ah! ah!, ah! ah!
Admirez sa douceur!
Grâce, grâce pour nos alarmes!

TAVANNES
Grâce!

COSSE
Merci!

MARCEL
Jamais mon bras ne trembla
aux plaintes des femmes!
Malheur à ces Dalila
qui perdent les âmes!
Brisons au tranchant du fer
leurs charmes d'enfer!
Brisons leurs charmes d'enfer!
Ces beaux démons, chassez-les,
traquez-les, frappez-les!
Pif, paf, pouf, chassez-les!
Pif, paf, pouf, traquez-les!
Pif, paf, pif, paf!
Qu'ils pleurent,
qu'ils meurent,
mais grâce, jamais,
non, non, non, jamais!

UN VALET
Au maître de ces lieux, au comte de Nevers,
on demande à parler.

NEVERS
Fût-ce le roi lui-même,
je n'y suis pas!
Je ris du Dieu de l'univers
lorsqu'à table je bois!

MARCEL
Ah! l'impie! il blasphème!

UN VALET
Mais c'est une jeune beauté!

NEVERS
Une femme, dis-tu?
Vraiment on ne peut croire
à quel point chaque jour je suis persécuté!

UN VALET
Elle est là dans votre oratoire.

NEVERS
Qu'elle attende!

THORE, COSSE
Non pas! en galant chevalier
et pour te remplacer, j'y cours!

MERU, DE RETZ
J'y cours!

TAVANNES, COSSE
J'y cours!

MERU, DE RETZ
J'y cours!

NEVERS
Très volontiers.
Un instant cependant...

(à le valet)

Léonard, qui est-ce?
La marquise d'Entrague ou la jeune comtesse?

UN VALET
Oh! non monsieur

NEVERS
C'est donc madame de Raincy?

UN VALET
Non, monsieur, et jamais je ne l'ai vue ici.

NEVERS
Une conquête nouvelle!
Vrai Dieu! c'est différent!
et je cours auprès d'elle,
au moins par curiosité!
Daignez, messieurs,
m'excuser, je vous prie;
et, fidèles à la gaieté,
continuez sans moi cette joyeuse orgie,
que l'amour a troublée, et si j'en puis juger,
que l'amitié bientôt reviendra partager!

(Nevers sort)

TAVANNES
L'aventure est singulière!

DE RETZ
Son destin est des plus beaux!

TOUS
L'aventure est singulière;
tout lui cède, et, sûr de plaire,
son destin est des plus beaux,
vraiment, est des plus beaux!
Du silence! Il faut nous taire!
Mais de ce galant mystère
que ne suis-je le héros!

TAVANNES
Que ne suis-je le héros!

THORE
Que ne suis-je le héros!

TOUS
L'aventure est singulière...

DE RETZ
Mais quelle est donc cette belle?

COSSE
Ne peut-on l'apercevoir?

MÉRU
Ne peut-on s’approcher d’elle?

COSSE
Ne peut-on l’apercevoir?

TAVANNES
J’en sais un moyen, peut-être,
te qui n’offre aucun danger.

(regardant la fenêtre)

Vous voyez cette fenêtre
que ferme un rideau léger:
par là sur son oratorie on a vue.

DE RETZ
Ah! parle donc!

TAVANNES
Du projet je suis l’auteur,
et j’en dois avoir la glorie!

(Il va a la fenêtre)

DE RETZ
Ah! parle donc!

TAVANNES
Je l’aperçois

COSSE
Est-elle bien?

TAVANNES
Elle est charmante.

DE RETZ
(a la fenêtre)
C'est à mon tour.

COSSE
(approchant)
Ah! je la vois!

THORE
Attraits divins!

MERU
Taille élégante!

TAVANNES
La connais-tu?

MERU
Non pas.

COSSE
Et toi?

DE RETZ
Ni moi!

TAVANNES
Et toi?

COSSE
Ni moi.

SEIGNEURS
Ni toi? Ni moi!
Mais que de charmes, de jeunesse!
Et que notre Nevers est heureux
d'avoir maîtresse aussi jolie,
une telle maîtresse!
Qu'il est heureux!

MERU
(à Raoul)
Eh quoi! vous seul n'êtes pas curieux!
Craignez-vous donc qu'un tel aspect ne blesse
d'un chaste huguenot le coeur religieux?

RAOUL
Vous nous jugez trop bien, et la preuve...

(regardant pour la fenêtre)

Grand Dieu!

SEIGNEURS
Qu'a-t-il donc?

RAOUL
Cette femme si jeune et si belle,
que mon bras a sauvée et dont je leur parlais!
C'est elle!

SEIGNEURS
Elle?

RAOUL
Je la reconnais!

MERU
C'est elle!

TAVANNES
C'est elle!

TOUS
Pauvre amant! Dans son ivresse
il croyait à sa sagesse,
dont un autre a le secret.

RAOUL
Le mépris, doit m’en venger,
oui, le mépris doit m’en venger!

SEIGNEURS
Pauvre amant! Etc.

MARCEL
Dieu puissant, que je révère,
pourrais-tu sans colère
de semblables attentats? Allons!

RAOUL
D’une injure aussi sanglante
la douleur est accablante;
c’est oser trop m’outrager. Allons!

MERU
Silence! je les entends!

SEIGNEURS
Allons, partons... partons!

NEVERS
(pour lui)
Il faut rompre l'hymen qui pour moi s'apprêtait!
A sa fille d'honneur la reine Marguerite
a conseillé cette étrange visite.
Et c'est ma fiancée... ici même... en secret,
qui vient me supplier de rompre un mariage
auquel l'ordre d'un père et l'oblige et l'engage!
Chevalier généreux, j'en ai fait le serment;
mais de dépit au fond du coeur j'enrage!

SEIGNEURS, CHOEUR
(à Nevers)
Honneur au conquérant
dont le pouvoir galant,
dont le tendre ascendant
soumet toutes les belles!
Honneur au conquérant!
Honneur! Honneur!
Il règne en tous les coeurs,
et pour lui, sans rigueurs
l'amour n'a que des fleurs
et des palmes nouvelles!
Honneur au conquérant!
Honneur!

(Un page arrive)

NEVERS
En ce château que cherchez-vous, beau page?

URBAIN
Nobles seigneurs salut! seigneurs salut!
Une dame noble et sage
dont les rois seraient jaloux
m'a chargé de ce message,
chevaliers, pour l'un de vous.
Sans qu'on la nomme,
honneur ici
au gentilhomme
qu'elle a choisi!
Vous pouvez croire
que nul seigneur
n'eut tant de gloire
ni de bonheur!
Non, non, non, jamais! Ah!
Ne craignez mensonge ou piège,
hevaliers, dans mes discours.
Or, salut! que Dieu protège
vos combats, vos amours!
Or, salut, chevaliers!
Dieu protège vos amours!

NEVERS
Trop de mérite aussi quelquefois importune;
mais puisque enfin, mes chers amis,
on ne peut se soustraire
aux coups de la fortune...

(à Urbain)

Donne donc!

URBAIN
Seriez-vous sir Raoul de Nangis?

NEVERS
Que dis-tu?

URBAIN
C'est à lui que ce billet s'adresse.

CHOEUR
Ah! Grand Dieu!

MARCEL
C'est mon maître; il est là, le voici.

RAOUL
Qui? moi?

URBAIN
(présentant une lettre)
C'est pour vous!

RAOUL
(pour lui)
"Près de la vieille tour
rendez-vous, sir Raoul,
vers le déclin du jour;
et là, les yeux voilés,
discret, et sans rien dire,
obéissez et laissez-vous conduire.
Aurez-vous ce courage?"

(haut)

Allons, à mes dépens
je vois que l'on veut rire.
Il en peut coûter cher. Eh bien! soit.
J'y consens.

(à Nevers)

Lisez vous-même.

NEVERS
Ah! Grand Dieu!

MERU
O surprise!

COSSE
Son cachet!

TAVANNES
Sa devise!

SEIGNEURS, CHOEUR
Est-il vrai?
C'est sa main!
Son bonheur est certain.

NEVERS
(avec une tendresse affectée)
Vous savez si je suis un ami,
un ami sûr et tendre...

MERU
S'il fallait vous servir...
S'il fallait vous défendre...

DE RETZ
Oui, de nous, de nos...

SEIGNEURS, NEVERS
... bras, vous pouvez tout attendre.
S'il fallait vous servir,
s'il fallait vous défendre
de nos bras vous pouvez tout attendre.
Seigneur, vous pouvez tout attendre.
Vous savez qu'en tout temps
nous serons vos amis.
Comptez-y, n'oubliez pas.
Vous vous en souviendrez, vous me l'avez promis.
A nous vous penserez, vous me l'avez promis.
A nous, à votre tour, plus tard vous penserez,
vous ne l'oublierez pas!

RAOUL
Quel changement soudain!
Que puis-je donc, grand Dieu?

TAVANNES
Tout!

CHOEUR
Tout!

MARCEL
Tout!

URBAIN
Tout!

URBAIN, SEIGNEURS, NEVERS
Les plaisirs, les honneurs
les honneurs, la puissance
de vos voeux combleront l'espérance.
De l'audace! et toujours la puissance
est de droit à qui sait la saisir.

NEVERS, SEIGNEURS
Ah! pour vous quelle gloire nouvelle!
La beauté dans ce jour, la beauté vous appelle!

URBAIN, NEVERS
De l'audace, et toujours la puissance...

SEIGNEURS
... de droit est à qui sait la saisir...

URBAIN
Ah!

NEVERS, SEIGNEURS
La puissance est de droit
à qui sait la saisir,
oui, est de droit
à qui sait la saisir!

RAOUL
Les plaisirs...

MARCEL
De leur ton...

LES AUTRES
Les plaisirs...

RAOUL
... les honneurs...

MARCEL
... voyez donc...

LES AUTRES
... les honneurs...

RAOUL
... combleront...

MARCEL
... voyez donc...

LES AUTRES
... combleront...

RAOUL
... tous mes voeux!

MARCEL
... la différence!

LES AUTRES
...tous nos voeux!

RAOUL
En honneur...

MARCEL
En honneur...

LES AUTRES
Ah! pour vous...

RAOUL
... je n'en puis...

MARCEL
... je n'en puis...

LES AUTRES
... dans ce jour...

RAOUL
... revenir!

MARCEL
... revenir!

LES AUTRES
... quel bonheur!

RAOUL
... en honneur...

MARCEL
Te Deum laudamus!
Samson terrasse les Philistins.

SEIGNEURS, CHOEUR, URBAIN
Les plaisirs...

RAOUL
... je n'en puis revenir!

SEIGNEURS
... les honneurs...

MARCEL
Te Deum
laudamus, glorificamus!

SEIGNEURS, CHOEUR
Oui, santés nouvelles,
faveurs éternelles
au vainqueur des belles!
A Raoul, notre soutien!
Allons, parlez vite!
L'amour vous invite,
l'honneur vous excite...
Adieu, tout va bien,
adieu, Raoul, notre soutien!



ACTE II


(Le théâtre représente le château et les jardins de
Chenonceaux. Le fleuve serpente jusque sur le milieu
du théâtre, disparaissant de temps en temps derrière
des touffes d'arbres verts. A droite, un large escalier,
par lequel on descend du château dans les jardins.
Au lever du rideau, la reine Marguerite est entourée
de ses femmes; elle vient d'achever sa toilette. Urbain,
son page, à genoux devant elle, tient encore le miroir
dans lequel elle vient de se regarder)

MARGUERITE
O beau pays de la Touraine!
Riants jardins, verte fontaine,
doux ruisseau qui murmure à peine,
que sur tes bords j'aime à rêver.
Ah, que sur tes bords j'aime à rêver
Ah! à rêver!
Belle forêt, sombre rivage,
cachez-moi bien sous votre ombrage,
et que la foudre ou l'orage
jusqu'à moi ne puisse arriver!
O beau pays de la Touraine,
riants jardins, verte fontaine...
Ah! à rêver!
Que Luther ou Calvin ensanglantent la terre
de leurs débats religieux;
des ministres du ciel que la morale austère
nous épouvante au nom des cieux!

MARGUERITE, URBAIN
DAME D'HONNEUR
Sombre chimère,
humeur sévère
n'approchez guère
de notre cour!
Sous mon (son) servage
on ne s'engage
qu'à rendre hommage
au dieu d'amour.

MARGUERITE
Oui, je veux chaque jour
aux échos d'alentour
redire nos refrains d'amour.

PAGE, CHOEUR,
DEUX DAMES D'HONNEUR,
Oui, les échos d'alentour
ont tous appris ces doux refrains d'amour.

MARGUERITE
Ecoutez, écoutez, les échos d'alentour
ont appris nos refrains d'amour...
Amour, amour!

LE PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
Amour...

MARGUERITE
Oui, déjà la fauvette...

LE PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
... viens...

MARGUERITE
... dans les airs le répète...

PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
... viens!

MARGUERITE
... et des tendres ramiers les soupirs langoureux
se perdent en mourant sur les flots amoureux...

PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
Sombre chimère,
humeur sévère,...
n'approchez guère!

CHOEUR
Soyez bannie toujours
de ce charmant séjour,
toujours, toujours!
Sous son servage,...
Sombre folie
ou pruderie
soyez bannie!

MARGUERITE
Ah!

TOUTES
Sous son (mon) empire
on ne respire
que pour sourire
au dieu d'amour...

MARGUERITE
...au dieu de l'amour!
A ce mot tout s'anime et renaît la nature,
l'oiseau redit ses chants sous l'épaisse verdure;
le ruisseau le répète avec un doux murmure;
la terre, les ondes, la terre, les cieux
redisent nos chants.

MARGUERITE, CHOEUR
Terre et cieux rediront tous nos chants amoureux,
tous nos chants, oui!

URBAIN
(à part)
Que notre reine est belle, hélas!
et quel dommage!

MARGUERITE
Et de quoi te plains-tu?

URBAIN
De n'être rien qu'un page!
Page discret, et fidèle et soumis!

MARGUERITE
De nos dames pourtant ce n'est pas là l'avis!
Qui vient ici? Vois!

URBAIN
La plus belle de vos demoiselles d'honneur.

MARGUERITE
Valentine! viens là sans trembler.

URBAIN
Tout pour elle, déjà la favorite!

MARGUERITE
Oui, je l'ai vue gémir
et les pleurs ont toujours le don de m'attendrir.

URBAIN
Ah! je ne rirai plus.

MARGUERITE
Ma fille, allons, courage!
Dis-moi le résultat de ton hardi voyage.

VELENTINE
Le comte de Nevers sur l'honneur a promis
de refuser ma main.

MARGUERITE
Bon! alors tout s'arrange;
et bientôt, j'en réponds, un autre hymen...

VELENTINE
Qu'entends-je? o ciel!

MARGUERITE
Pauvre enfant, tu rougis!
Tu l'aimes donc bien?

VELENTINE
Non, je ne le dois pas... et mon père?

MARGUERITE
Calme-toi, je lui parlerai.

VELENTINE
Oui! mais Raoul?

MARGUERITE
Et bien ma chère, il va venir.

VELENTINE
O ciel! jamais je n'oserai...

MARGUERITE
Vraiment? Vraiment jamais?
Alors c'est moi qui le verrai.

UNE DAME D'HONNEUR
Venez, Madame, sous ces épais ombrages
goûter un doux abri contre un soleil brûlant.
Le fleuve fortuné qui baigne ces rivages
vous offre de ses eaux le rempart transparent.

CHOEUR DES BAIGNEUSES
(Pendant ce choeur, celles des jeunes filles qui doivent
se baigner, s'occupent de leur toilette. Plusieurs qui
sont déjà prêtes paraissent en peignoir de gaze, et,
avant de se plonger dans l'eau, dansent, jouent, courent
les unes après les autres et forment différents groupes:
divertissement que la reine contemple en souriant,
étendue sur un banc de verdure. D'autres jeunes filles
ont disparu derrière les touffes d'arbres du fond, et on
les voit un instant après se baigner dans le fleuve. Le
Page est caché derrière un arbre)
Jeunes beautés, sous ce feuillage
qui vous présente un doux ombrage,
bravez le jour et la chaleur.
Voyez ce fleuve qui murmure,
et dans le sein d'une onde pure
allez chercher, ah!,
chercher le calme et la fraîcheur.
Sous ce feuillage, bravez le jour,
cherchez le calme et la fraîcheur!

MARGUERITE
C'est bien, et de vos soins fidèles...

(Regardant Urbain)

Eh bien? que faites-vous là,
maître Urbain, que faites-vous là?

URBAIN
Qui? moi? j'attendais
les ordres de Madame.

MARGUERITE
Et moi qui l'oubliais!
Je le confondais presque avec ces demoiselles.
Sortez, sortez, beau page, et sur-le-champ,
sortez, sortez!

URBAIN
Hélas! Quel ennui de sortir dans un pareil moment!
Quel ennui! ah!...

(Urbain marche)

CHOEUR
Jeunes beautés, sous ce feuillage...
Voyez ce fleuve qui murmure,
Voyez ce doux ruisseau
et dans le sein d'une onde pure,
allez chercher le calme et la fraîcheur.

MARGUERITE
(à Urbain)
Encore! et quelle audace, Urbain!

URBAIN
Ce n'est pas moi, c'est un chevalier!

CHOEUR
Un chevalier! un chevalier!

URBAIN
Ah, point d'effroi!
Un voile épais couvre ses yeux.

MARGUERITE
Qu'il vienne; c'est Raoul!

URBAIN
Il ignore en quel piège on l'entraîne.

MARGUERITE
C'est lui, tout soumis à mes voeux.

VELENTINE
Ah! je vais fuir ces lieux.

MARGUERITE
Non, restez! je le veux!

CHOEUR
Le voici! Du silence!
En tremblant il s'avance,
et peut-être il a peur.
C'est charmant! Quel bonheur!
Il a peur! Quel bonheur! Il a peur!
Sous ce voile léger
s'il savait quel danger
le menace en ces lieux,
il serait trop heureux!
Mais la foi du serment
contre lui nous défend
et gaiement nous soustrait
à son oeil indiscret.

URBAIN
(regardant les dames)
Grâce à lui l'on m'oublie,
et je puis en ces lieux
contempler les dangers
qu'on dérobe à mes yeux.

MARGUERITE
(à les dames)
Il faut que je lui parle.
Allez, et laissez-nous.

URBAIN
(à part)
Ah! d'un pareil destin
qui ne serait jaloux?

DAMES
Oui, partons en silence,
son coeur bat à l'avance,
et peut-être il a peur!
C'est charmant! Quel bonheur!
Il a peur!
Partons!... en silence!
Sous ce voile léger
s'il savait quel danger
le menace en ces lieux...
il serait trop heureux!
Mais la foi du serment
contre lui nous défend,
et gaiement nous soustrait
à son ciel indiscret!

URBAIN
Ah!

MARGUERITE
Allez, allez, laissez-nous!

DAMES
Oui, partons en silence!

MARGUERITE
Pareille loyauté vaut son prix, chevalier,
et de votre serment je veux vous délier.
Otez ce voile!

RAOUL
O ciel, où suis-je?
De mes yeux éblouis n'est-ce pas un prestige?
Beauté divine, enchanteresse,
O vous qui régnez en ces lieux,
parlez, de grâce, mortelle ou déesse;
Suis-je sur la terre ou dans les cieux?
Parlez, parlez! De grâce, répondez!

MARGUERITE
(Pour elle)
Ah! de l'objet de sa tendresse,
je conçois le trouble amoureux.
Qu'il a de grâce; reine ou princesse
en aucun temps n'eût choisi mieux.
Non, non, jamais, non, non jamais!

(à Raoul)

Preux doit vivre pour sa Belle;
Dans l’absence plus fidèle
qu’il n’égare pas loin d’elle
l’ombre même d’un soupir!

RAOUL
(à part)
Il me semble que c’est elle;
l’endroit, l’heure, tout rapelle
la perjure, l’infidèle
à mon tendre souvenir,
l’endroit, l’heure, etc...
Ah! l’amour!

MARGUERITE
Preux doit vivre pour sa Belle, etc.
Preux doit vivre pour sa Belle!
Qu’il n’égare pas loin d’elle
l’ombre même d’un soupir!
Preux doit vivre, etc.
Ah! l’amour!

RAOUL
D'un humble chevalier acceptez le servage.

MARGUERITE
De son obéissance il faut encore un gage.

RAOUL
Ah! je le jure à vos genoux.
A vos ordres soumis, parlez,
je suis à vous;
vos voeux, je les remplirai tous.

MARGUERITE
Ah! ...Ah!...

(à part)

Ah! Si j'étais coquette,
Dieu! pareille conquête,
ah! serait bientôt faite!
Mais non, non, non; et je dois
alors que sa belle
compte sur mon zèle,
lui plaire pour elle
et non pas pour moi!

RAOUL
A vous et ma vie et mon âme!
A vous mon épée et mon bras!
A vous et ma vie et mon âme,
mon épée et tout mon sang!
Pour l'honneur, pour son Dieu, pour sa dame,
trop heureux de braver le trépas!

MARGUERITE
Que j'aime l'ardeur qui l'enflamme!

RAOUL
A vous et ma vie et mon âme!

MARGUERITE
Que j'aime l'ardeur qui l'enflamme!

RAOUL
A vous tout mon sang!

MARGUERITE
Mais calmez-vous, car mes seuls voeux
sont ici, sont de vous rendre heureux.

RAOUL
A vous pour jamais, pour jamais!

MARGUERITE
Ah! si j'étais coquette, Dieu...

RAOUL
(à part)
Oui, cette conquête
va par sa défaite
punir la coquette
qui trahit sa foi. Oui!

(à Marguerite)

Une ardeur nouvelle
m'enflamme à jamais pour elle
et mon coeur fidèle
vivra sous sa loi, oui, sous sa loi!

URBAIN
Madame!

MARGUERITE
Allons, toujours le page!

URBAIN
Les seigneurs du pays viennent
pour rendre hommage à Votre Majesté!

RAOUL
Ciel!

MARGUERITE
C'est la vérité! Vous promettez
de m'obéir? Eh bien! je veux
former pour vous un illustre lien;
de ma mère et du roi les desseins politiques
veulent aux protestants unir les catholiques.
Et je sers leurs efforts en vous donnant ici
une riche héritière, aimable, et seule fille
du comte de Saint-Bris, votre ancien ennemi,
qui veut bien, oubliant ses haines de famille
s'unir à vous.

RAOUL
Qui? Lui?
Comptez donc sur ma foi!

MARGUERITE
Bien! à ce prix je vous attache à ma personne.

RAOUL
C'est trop de bontés!

URBAIN
Oui, trop bonne, je le vois,
pour tout le monde, hormis pour moi.

(Les dames et seigneurs arrivent)

MARGUERITE
Oui, d'un heureux hymen préparé par mes soins,
j'ai désiré, messieurs, que vous fussiez témoins.

CHOEUR
Honneur à la plus belle, honneur!
Hâtons-nous d'accourir.
C'est voler au plaisir.

MARCEL
(à Raoul)
Ah! qu'est-ce que j'apprends?
Vous avez recherché la main d'une Madianite?

RAOUL
Tais-toi!

MARCEL
Sa maison est celle du péché.

RAOUL
Tais-toi!

MARGUERITE
(à Saint-Bris et Nevers)
Mon frère, Charles IX,
qui connaît votre zèle,
tous les deux à Paris,
dès ce soir vous rappelle,
pour un vaste projet que j'ignore.

NEVERS, SAINT-BRIS
A sa loi nous nous soumettons.

MARGUERITE
Oui! mais, d'abord, à la mienne.
Grâce à cet hymen, abjurant toute haine,
prononcez donc tous trois, comme au pied de l'autel,
d'une éternelle paix prononcez le serment solennel.

(à les Catholiques et Protestantes)

Et vous aussi, messieurs,
qu'un seul voeu vous enchaîne!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par l'honneur, par le nom
que portaient mes ancêtres...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par le roi, par ce fer à mon bras confié...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par le Dieu qui connaît,
qui punit tous les traîtres...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Devant vous, nous jurons éternelle amitié.

MARCEL
(à part)
Par Luther, par la foi
que je tiens de mes maîtres,
Ah! jurons, par la croix,
par ce fer à mon bras confié,
Ah! jurons, guerre à mort,
Rome, à toi, tes soldats et tes prêtres
oui jurons!
Et jamais entre nous amitié, ni pitié!

TOUS, sauf MARCEL
Par l'honneur et le nom
que portaient mes ancêtres,
par le Dieu qui punit tous les traîtres,
nous jurons devant vous éternelle amitié,
devant vous nous jurons éternelle amitié!

MARCEL
(à part)
Par Luther, par le Dieu que je sers,
par la croix, par ce fer à mon bras confié,
Ah! jurons, et jamais entre nous amitié ni pitié,
non, jamais amitié ni pitié.

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Providence, mère tendre,
sur la terre fais descendre
la concorde pour nous rendre
tous des frères, tous amis...
oui, tous des frères, tous amis!

MARCEL
(à part)
Providence, mère tendre,
sur mon maître, fais descendre
ta lumière pour le rendre
à ses frères, à tes fils!
Juste ciel! juste ciel!
fais descendre la lumière
pour le rendre à tes fils!

MARGUERITE
Que le ciel daigne entendre
et bénir à jamais ces serments...
Ah! daigne entendre, bénis ces serments!

UNE DAME
Ciel, daigne entendre, bénis ces serments!

RAOUL, NEVERS
Nous le jurons, oui, devant vous jurons amitié!

SAINT-BRIS
Ah! nous jurons devant vous amitié pour toujours, oui,
oui, nous jurons à jamais amitié!

MARCEL
(à part)
Guerre, guerre à mort et jamais amitié ni pitié,
Oui, oui, nous jurons à jamais guerre à mort!

DAMES
Dieu, bénissez ... ces serments!

SEIGNEURS, CHOEUR
Nous le jurons... ah! nous jurons!

MARGUERITE
(à Raoul)
Et maintenant, je dois offrir
à votre vue votre charmante prétendue,
qui rendra vos serments faciles à tenir!

(Saint-Bris et Valentine arrivent)

RAOUL
Ah! grand Dieu! qu'ai-je vu?

MARGUERITE
Qu'avez-vous?

RAOUL
Quoi! c'est elle! elle!
que m'offraient en ce jour...

MARGUERITE
Et l'hymen et l'amour.

RAOUL
Trahison! perfidie!
Moi son époux? ...jamais, jamais!

TOUS
Ciel!

RAOUL
Trahison, perfidie!
A ce point l'on m'outrage!

NEVERS, SAINT-BRIS
Ah! je tremble et frémis
et de honte et de rage!

MARGUERITE, LES AUTRES
O transport! ô démence!
et d'où vient cet outrage?

MARGUERITE, VELENTINE
URBAIN, DAMES
A briser de tels noeuds quel délire l'engage?
D'un penchant inconnu le pouvoir séducteur
viendrait-il tout-à-coup s'emparer de son coeur?

RAOUL
Je repousse à jamais un honteux mariage
Plus d'hymen, je l'ai dit, et fidèle à l'honneur,
je me ris désormais de leurs cris de fureur.

SAINT-BRIS, NEVERS
C'est à moi d'immoler l'ennemi qui m'outrage;
c'est son sang qu'il me faut, pour calmer ma fureur,
pour punir cet affront, oui, pour venger mon honneur.

MARCEL
Oui, mon coeur applaudit, cher Raoul, ton courage!
Chevalier et chrétien, écoutant seul l'honneur,
il se rit désormais de leurs cris de fureur,
il se rit de leurs cris de fureur!

DAMES
Et pourquoi rompre ainsi le serment qui l'engage?
Cet affront veut du sang; dans ce jour sa fureur,
doit punir ce cruel et venger son honneur!

MESSIEURS
Et pourquoi rompre ainsi le serment qui l'engage?
Cet affront veut du sang; dans ce jour sa fureur,
doit punir l'offenseur et venger son honneur!

VELENTINE
Et comment ai-je donc mérité tant d'outrage?
Dans mon coeur éperdu s'est glacé mon courage!

RAOUL
O douleur! triste sort!
A ce point l'on m'outrage!

NEVERS, SAINT-BRIS
Frémissant et tremblant,
plein de honte et de rage...
c'est son sang qu'il me faut
pour calmer ma fureur...

MARCEL
Oui, mon coeur applaudit au courage de Raoul...

CHOEUR
Cet affront veut du sang...

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
D'un penchant inconnu le pouvoir séducteur...

RAOUL
Plus d'hymen, je l'ai dit!

MARCEL
Seigneur, rempart et seul soutien...

MARGUERITE
Un semblable refus...

RAOUL
... n'est que trop légitime!

MARCEL
... du faible qui t'adore!

MARGUERITE
Dites-m'en la raison.

RAOUL
Je ne le puis sans crime.
Mais cet hymen ... jamais... Ah!

MARGUERITE
O transport! ô démence!
Et pourquoi cet outrage?
A briser de tels noeuds quel délire l'engage!

RAOUL
Oh douleur! triste sort!
A ce point l'on m'outrage!

SAINT-BRIS
Frémissant et tremblant et de honte et de rage...

NEVERS, SAINT-BRIS
(à Raoul)
... sortons! qu'il tombe sous nos coups!

CHOEUR
Cet affront veut du sang!

RAOUL
D'un tel honneur mon coeur est plus jaloux!

MARGUERITE
Arrêtez!
Devant moi quelle insulte nouvelle!
Vous, Raoul, votre épée!

(à Nevers et Saint-Bris)

Et vous, oubliez-vous qu'à l'instant
près de lui votre roi vous rappelle?

RAOUL
Je les suivrai.

MARGUERITE
Non pas! près de moi dans ces lieux, vous restez!

SAINT-BRIS
Le lâche est trop heureux
que cette main royale ait un tel privilège!

MARGUERITE
Téméraire!

RAOUL
(à Nevers et Saint-Bris)
C'est vous qu'elle protège
en désarmant mon bras...

SAINT-BRIS
C'est en vain qu'on prétend enchaîner mon courage.

RAOUL
... et bientôt je serai près de vous!

MARGUERITE
Téméraire! Tous les deux redoutez ma colère!

VELENTINE
Mais comment ai-je donc mérité cet affront?

NEVERS, SAINT-BRIS
Je saurai retrouver l'ennemi, l'offenseur!

MARCEL
Oui mon coeur applaudit Raoul de son noble courage!

CHOEUR
C'est en vain qu'on prétend enchaîner son courage!
O démence!
Il saura retrouver l'ennemi qui l'outrage!
D'où vient cet outrage?

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
O transport! ô démence!
et pourquoi cet outrage?
A briser de tels noeuds quel délire l'engage?
Qui l'engage?

RAOUL, NEVERS
C'est en vain qu'on prétend enchaîner mon courage;
je saurai retrouver l'ennemi qui m'outrage.

SAINT-BRIS
O démence! d'où vient cet outrage?

TOUS
Ah! partons, éloignons-nous!

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
O triste sort! d'un penchant...

RAOUL, NEVERS
SAINT-BRIS, MARCEL
Allons, partons, éloignons-nous!
C'est en vain qu'on prétend
enchaîner son (mon) courage!

CHOEUR
Rien ne pourra sauver Raoul!
Partons, partons! allons, partons, éloignons-nous!
Il saura retrouver l'ennemi qui l'outrage!

RAOUL
Oui, plus tard je saurai, par ma seule valeur,
repousser son offense et venger mon honneur!

NEVERS, SAINT-BRIS
Ah! partons! C'est à moi dans ma juste fureur,
à punir un perfide et venger son (mon) honneur!

MARCEL
Ah! viens, partons!
Il saura dans sa juste fureur
retrouver un perfide
et venger son honneur!

CHOEUR
Cet affront veut du sang; et sa juste fureur
doit punir un perfide et venger son honneur!

MARGUERITE, VELENTINE
URBAIN, DAMES
Hélas! hélas!...

MARCEL
Tu nous défends encor... Mon Dieu...

MARGUERITE, LES AUTRES
Allez, partez, éloignez-vous!

MARGUERITE, URBAIN, DAMES
O transport! ô démence!
et d'où vient cet outrage?

VELENTINE
Et comment ai-je donc mérité cet outrage?

LES AUTRES
C'est en vain qu'on voudrait enchaîner son courage!

MARGUERITE, URBAIN
A briser de tels noeuds...

VELENTINE
Dans mon coeur éperdu s'est glacé mon courage!
Il faut perdre à la fois son amour et l'honneur.
Et pour moi désormais plus d'espoir, plus de bonheur!



ACTE III


(Le théâtre représente le Pré-aux-Clercs, qui s'étend
jusqu'aux bords de la Seine. A gauche, sur le premier
plan, un cabaret où sont assis des étudiants catholiques
et des jeunes filles; à droite, un autre cabaret devant
lequel des soldats huguenots boivent et jouent aux dés.
Sur le second plan, à gauche, l'entrée d'une chapelle.
Au milieu, un arbre immense qui ombrage la prairie.
Au lever du rideau, des clercs de la Basoche et des
grisettes sont assis sur des chaises et causent entre
eux. D'autres se promènent. Ouvriers, marchands,
musiciens ambulants, moines, bourgeois et bourgeoises.
l1 est six heures du soir, au mois d'août)

CHOEUR DES PROMENEURS
C'est le jour du dimanche,
c'est le jour du repos;
dans une gaieté franche
oublions nos travaux!
C'est le jour du dimanche...
Tra la la la la la...

SOLDATS HUGUENOTS
Rataplan, rataplan plan plan

BOIS-ROSE, SOLDATS
Prenant son sabre de batailles,
qui fait crouler forts et murailles...
il a dit: Soldats de la foi
suivez-moi! suivez-moi!
Je suis votre vieux capitaine, rataplan,
à la victoire je vous mène, rataplan,
ou je vous mène en paradis, mes amis!

SOLDATS
Rataplan, rataplan...
Vive la guerre!
Buvons, amis,
à notre père,
à Coligny!
Vive la guerre
Vive Coligny!
Vive Coligny!

(Nevers, Saint-Bris, Valentine, jeunes filles et
dames catholiques marchent vers la chapelle)

JEUNES FILLES ET DAMES CATHOLIQUES
Vierge Marie, soyez bénie
Votre voix prie. Ave!
pour les pécheurs, Ave!
Reine de grâce,
pour vous s'efface
jusqu'à la trace
de nos douleurs. Ah!

MARCEL
Le seigneur de Saint-Bris?

D'HOMMES CATHOLIQUES
(faible)
Tu ne peux lui parler.

MARCEL
Pourquoi donc?

HOMMES CATHOLIQUES
Incline ton front!

MARCEL
Et pourquoi le ferais-je?
Dieu n'est pas là, je pense.

(Marcel sort)

HOMMES CATHOLIQUES
Impie!

BOIS-ROSE
Il a raison!

BOIS-ROSE, SOLDATS
Rataplan, rataplan...

FEMMES CATHOLIQUES
Vierge Marie,
soyez bénie!
Votre voix prie
pour le pécheur.

BOIS-ROSE, SOLDATS
Vive la guerre!
Buvons, amis,
à notre père,
à Coligny!

D'HOMMES CATHOLIQUES
Profanes! Impies!
dont les âmes sont endurcies!

CHOEUR
Oh! profanes, impies
qu'on devrait brûler en plein air,
en attendant les feux d'enfer.

SOLDATS
Rataplan, rataplan...

(Des bohémiens arrivent)

DEUX BOHEMIENNES
Venez, venez, venez,
vous qui voulez savoir d'avance
si le destin vous sourira,
payez, payez, et ma science
à juste prix vous le dira.
De la Bohème
enfants joyeux,
le ciel lui-même
s'ouvre à nos yeux!
Beautés coquettes,
seigneurs galantsjeunes fillettes
jeunes amants.
Tra la la la...

ETUDIANTS, SOLDATS
Gentilles Bohémiennes,
venez danser avec nous,
oui gentilles Bohémiennes,
venez danser avec nous.

Ballet

(Nevers, Saint-Bris et Maurevert sorts de la chapelle)

NEVERS
(à Saint-Bris)
Pour remplir un voeu solennel,
jusqu'à ce soir au pied du saint autel,
Valentine demande à rester en prière!
J'obéis! et suivi de mes nombreux amis,
je reviendrai chercher l'épouse qui m'est chère
pour la conduire en pompe à mon logis.

SAINT-BRIS
Ainsi par cet illustre et noble mariage
des refus de Raoul je puis braver l'outrage,
mais non pas l'oublier, et s'il s'offre à mes coups...

MARCEL
Au seigneur de Saint-Bris
que cela soit remis,
a dit mon maître; et moi qui...

SAINT-BRIS
Donne!
Raoul! Raoul! Il revient donc enfin!

MARCEL
Avec la Reine!
Tous les trois nous venons
de quitter la Touraine
nous entrons dans Paris.

SAINT-BRIS
Et j'en rends grâce au ciel!
Il m'ose défier, il m'envoie un cartel.

MARCEL
Grand Dieu! Quel mot viens-je d'entendre?

SAINT-BRIS
Aujourd'hui même, au Pré-aux-Clercs,
quand les ombres du soirrendent
ces lieux déserts il viendra!

MAUREVERT
C'est ici tantôt qu'il doit se rendre.

SAINT-BRIS
Un Dieu vengeur l'amène!
Il n'en sortira pas!
Nous l'attendrons!

(avec voix faible, à Mauvert)

Cachons ce cartel à mon gendre,
un jour d'hymen il ne doit pas
courir la chance des combats.

MAUREVERT
Ni vous non plus!
Pour frapper un impie,
il est d'autres moyens que le ciel justifie!

SAINT-BRIS
Et lesquels?

MAUREVERT
Dieu le veut!
Venez, et devant lui
vous saurez les projets
que l'on forme aujourd'hui.

UN ARCHER
Rentrez, habitants de Paris.
Tenez-vous clos en vos logis;
que tout bruit meure,
quittez ce lieu
car voici l'heure
du couvre-feu.

CHOEUR
Rentrons, habitants de Paris,
tenons-nous clos en nos logis;
que tout bruit meure,
quittons ce lieu
car voici l'heure
du couvre-feu.

(Tout est désert)

MAUREVERT
(Sortant de la chapelle avec Saint-Bris)
C'est convenu! Tu m'as compris?
Dans une heure, en ces lieux.
Comptez sur nos amis!

(Ils quittent)

VELENTINE
(Sortant de la chapelle)
Ô terreur!
Je tressaille
au seul bruit de mes pas!
Mes sens égarés
ne m’abusent-ils pas?
Derrière ce pilier,
cachée à tous les yeux,
je viens d'entendre, hélas
ce complot odieux!
Ses jours sont menacés!
Ah! je dois l'y soustraire!
Non pas pour lui, mon Dieu,
mais pour l'honneur d'un père.
Mais comment prévenir Raoul?

(Marcel retourne)

MARCEL
Je l'attendrai!
Je serai du combat
et s'il meurt, je mourrai!
Dans la nuit où seul je veille,
ah! quel bruit frappe mon oreille?
La prudence me conseille;
ah! guettons de loin sans bouger!

VELENTINE
Ah! grand Dieu, vois ma détresse!
C'est l'endroit et l'heure presse!
Mais comment, par quelle adresse
du danger le prévenir?

MARCEL
Qui va là?

VELENTINE
O bonheur! c'est la voix du bon Marcel!
Chut! Marcel!

MARCEL
A cette heure, à cette place,
Quoi! mon nom? Qui va là?

VELENTINE
Viens ici!

MARCEL
Halte-là!
Le mot d'ordre! ou qu'on meure!

VELENTINE
Raoul!

MARCEL
Raoul? Bien cela!
Avancez! - Une Femme!
Et voilée!

VELENTINE
As-tu peur?

MARCEL
Qui? Moi? moi, peur? moi?
Non, non, non, tu le sais,
je suis Marcel,
le vieux glaive d'Israël,
la terreur de vos Babel!

VELENTINE
Ecoute-moi!
Raoul en ces lieux doit se rendre.

MARCEL
C'est vrai

VELENTINE
Pour un duel.

MARCEL
C'est vrai... contre un damné,
pour venger son honneur.
Dieu saura le défendre.

VELENTINE
Qu'il vienne au combat
que bien accompagné.
Ah! l'ingrat d'une offense mortelle
a blessé mon coeur tendre et fidèle.
Et pourtant son image cruelle
vit encor dans mon coeur égaré.
Je veux donc lui sauver cette vie,
comme un jour il sauva son amie!

MARCEL
Je courrai l'avertir, le sauver
le défendre!
Insensé, j'oubliais
qu'il n'est plus au logis!
En partant dans ces lieux
il m'a dit de l'attendre.
Où le joindre à présent?
Et comment lui donner cet avis?

VELENTINE
Puis, s'il faut l'oublier, je mourrai!

MARCEL
Si pendant mon absence,
contre lui tout à coup,
cette bande s'élance,
par le fer meurtrier assailli,
sans défense, appelant son Marcel,
c'en est fait... il mourra!
Ah! restons, oui restons!
Mais, à moi seul que pourra tout mon zèle?
Ah! Mourir sur son corps, en serviteur fidèle!

VELENTINE
Ah! s'il faut l'oublier, je mourrai!
Oui, l'ingrat a blessé mon coeur tendre,
et pourtant son image vit dans mon coeur!

MARCEL
Dieu puissant, vois mes pleurs, mon angoisse mortelle,
prends pitié d'un vieillard qui t'adore,
Dieu puissant, prends pitié!
Vois mon angoisse! Pitié! pitié!

VELENTINE
Tu m'as comprise; adieu!

MARCEL
Non! quelle es-tu? J'attends.

VELENTINE
Je suis...

MARCEL
Qui?

VELENTINE
Je suis ... une femme, ô Marcel,
qui l'adore et qui mourra
mais en sauvant ses jours!

MARCEL
Se peut-il? Vraiment?

VELENTINE
Ah! tu ne peux éprouver ni comprendre
ces tourments que nul mot ne sait rendre,
ces combats où la foi, l'amour tendre,
le devoir, tour à tour sont vainqueurs!
Pour sauver une tête si chère,
je trahis et l'honneur et mon père!
Mais j'implore un pardon, et j'espère
en ce Dieu qui connaît tous les coeurs!

MARCEL
Ne te repens pas, noble fille,
d'un dévouement où l'honneur brille,
ne pleure pas; Marcel, ma fille,
te bénit du fond du coeur.
D'un vieillard l'humble prière
est un baume salutaire;
Dieu m'exaucera, j'espère,
en te versant sa faveur!

VELENTINE
Tu ne peux éprouver
ni comprendre ces tourments...

MARCEL
On me disait que la femme
a l'oeil aussi faux que l'âme;
mais sa candeur, cette flamme,
vient tout droit du paradis!
Ne pleure pas, pauvre fille,
non, non, ne pleure pas!

VELENTINE
...mais j'espère en ce Dieu
qui connaît tous les coeurs.

(Valentine entre dans la chapelle)

MARCEL
Un danger le menace, et j'ignore lequel;
alerte, vieilles jambes!
Sauvons Benjamin de sa perte!

(Il voit à Raoul et Saint –Bris)

Ciel! c'est lui! et Judas!

SAINT-BRIS
(à Raoul)
En même temps que nous
se trouver au combat, c'est bien!

RAOUL
Quoi! doutiez-vous de mon exactitude?

MARCEL
Et comment de ce traître déjouer les desseins?

RAOUL SAINT- BRIS
C'est toi, mon bon Marcel?

MARCEL
Oui.

(Tranquillement, à Raoul)

Un ange est descendu,
annonçant la tempête;
mon maître, un piège est sous vos pas.

RAOUL
Perds-tu la tête, Marcel?

(à Saint-Bris et l’accompagne)

De ce loyal combat dont vous êtes témoins,
réglez les lois, messieurs, je m'en fie à vos soins.
En mon bon droit j'ai confiance!

TAVANNES, DE RETZ
J'ai confiance!

COSSE, MERU
J'ai confiance!

TOUS
En mon bon droit j'ai confiance!

RAOUL
Pour me venger de son offense...

TOUS
... que le fer seul juge entre nous!
Je veux raison de son outrage,
et bonne épée et bon courage.
Chacun pour soi!
Et Dieu pour tous!

RAOUL
En mon bon droit, j'ai confiance!

TAVANNES, DE RETZ, COSSE, MERU
J'ai confiance!

MARCEL
(Pour lui, pleurant)
Ah! quel chagrin pour ma vieillesse!
Pleure, Marcel! Dieu nous délaisse!
Pauvre Raoul! ils l'ont trahi!
Pitié, mon Dieu! sauvez mon fils!

TAVANNES, DE RETZ, COSSE, MERU
Quoi qu'il advienne ou qu'il arrive
marchant l'un sur l'autre à la fois
à nombre égal, trois contre trois,
jusqu'à ce que la mort s'ensuive,
oui, nous battrons.

RAOUL, TAVANNES, COSSE
C'est convenu. Saint-Bris,

DE RETZ, MERU
C'est entendu.

MARCEL
(Pleurant)
Pauvre Raoul! ils l'ont trahi!
Pitié, mon Dieu, sauvez mon fils!

TAVANNES, COSSE
(Témoins de Saint-Bris)
Que nul autre que nous ne puisse
au combat ici prendre part.

DE RETZ, MERU
(Témoins de Raoul)
Nul autre que nous ne doit au combat
ici prendre part, non, non.

RAOUL, TAVANNES, COSSE
C'est convenu.

SAINT-BRIS, DE RETZ, MERU
C'est entendu.

TAVANNES
A qui tombera sous...

TOUS
... ni merci, ni trêve!

RAOUL, TAVANNES, COSSE
C'est convenu.

SAINT-BRIS, DE RETZ, MERU
C'est entendu.

RAOUL
C'est convenu.

SAINT-BRIS
C'est entendu.

TOUS
En mon bon droit j'ai confiance
pour me venger de son offense;
que le fer seul juge entre nous.

MERU, SAINT-BRIS
Ah! je les vois trembler d'avance!

LES AUTRES
Méprisons pareille offense!

MERU, SAINT-BRIS
Plus de valeur, moins de prudence!

LES AUTRES
Félons, vite en défense!

TOUS
De ce combat j'attends la fin!

MERU, SAINT-BRIS
Ah! je les vois trembler d'avance!

LES AUTRES
Ah! méprisons pareille offense!

COSSE, MERU, SAINT-BRIS
Que sous nos coups il tombe enfin!

RAOUL, TAVANNES, De Retz
Allons, messieurs, la dague en main!

TOUS
Que sous nos coups...

MERU, SAINT-BRIS
Oui, n'écoutons que notre rage!

LES AUTRES
Et bonne épée et bon courage!
Chacun pour soi,
Qu'ils tombent sous nos coups.

DE RETZ, SAINT-BRIS
Du ciel ils bravent le courroux!
Le ciel contre eux nous encourage!

TOUS
En garde, en garde!
Qu'ils tombent, il faut qu'ils tombent sous nos coups!

MARCEL
Arrêtez! Entendez-vous ces pas? Dans l'ombre
je ne puis distinguer leur force
ni leur nombre!

(Criant à l’extérieure)

Vous qui marchez dans la nuit,
ici que voulez-vous?

MAUREVERT
Que t'importe?

(Il regarde à Raoul)

Que vois-je, ô ciel? et quelle perfidie!
Des huguenots dont la fureur impie
ose à nombre inégal
attaquer dans ces lieux un des nôtres!
A moi, à moi, défenseurs du vrai Dieu!

MARCEL
C'est une trahison! Monstres!
Dieu vous regarde!

SOLDATS HUGUENOTS
(Dans la taverne)
Rataplan, rataplan plan, plan
Vive la guerre! Buvons, amis, oui!

MARCEL
(Il frappe la porte de la taverne)
Coligny! Défenseurs de la foi,
tout Israël est en émoi!
Victoire! Enfin tu rends, mon Dieu!
la victoire à nos armes!

SAINT-BRIS
(Vers la taverne où se trouvent les étudiants)
A moi! à moi! Braves étudiants
accourez! Accourez!
Trahison! Perfidie! venez!

UN ETUDIANT
(à gauche)
Oui, tous!

SOLDATS HUGUENOTS
ETUDIANTS CATHOLIQUES
Nous voilà, nous voilà,
nous voilà, félons, arrière!

ETUDIANTS CATHOLIQUES
Tournez bride, tournez bride, cavaliers!

SOLDATS HUGUENOTS
A vos classes! à vos classes, écoliers!

ETUDIANTS CATHOLIQUES
Marmotteurs de prière,
régiment de sorciers!

SOLDATS HUGUENOTS
Rengainez la rapière,
soldats de bénitiers!

ETUDIANTS CATHOLIQUES
Bel honneur de calviniste!

SOLDATS HUGUENOTS
Loyauté de papiste!

ETUDIANTS CATHOLIQUES
Les païens au fagot!

SOLDATS HUGUENOTS
Au diable tout bigot!

TOUS
Tout bigot, tout bigot!
Les païens au fagot!

FEMMES CATHOLIQUES
Souper à la caserne avec des mécréants!

FEMMES HUGUENOTES
Danser à la taverne
avec des étudiants!

FEMMES CATHOLIQUES
Ah! Cachez-vous donc, éhontées!

FEMMES HUGUENOTES
Taisez-vous donc, effrontées!

FEMMES CATHOLIQUES
Bijoux de huguenot!

FEMMES HUGUENOTES
Mignonnes de cagot!

TOUTES
Taisez-vous, cachez-vous...
Nos têtes sont montées!
Gare à vous! Plus un mot!

SOLDATS
Rengainez la rapière,
écoliers, à vos classes!
Loyauté de papiste!
Mort à qui nous résiste!
Dieu le veut! Plus un mot, non!

FEMMES CATHOLIQUES
Bijoux de huguenots,
gare à vous! Plus un mot!
Ehontées, cachez-vous!
Nos têtes sont montées!
Taisez-vous donc!
Ah! Plus un mot!

ETUDIANTS
Marmotteurs de prières,
cavaliers, tournez bride!
Honneur de calviniste!
Mort à qui nous résiste!
Plus un mot!

FEMMES HUGUENOTES
Mignonnes de cagot!
gare à vous! Plus un mot!
Taisez-vous, effrontées!
Nos têtes sont montées!
Cachez-vous donc! Ah! plus un mot!

TOUS
Mort à qui nous résiste!
Ah! Dieu le veut!
Plus un mot, car Dieu le veut!

(La règne Marguerite arrive)

URBAIN
Arrêtez! Respectez la reine de Navarre!

MARGUERITE
Quoi! même dans Paris, sous les yeux de mon frère,
des deux partis il faut redouter les excès!
Et je ne puis le soir rentrer dans mon palais
sans trouver sous mes pas la discorde et la guerre!

SAINT-BRIS
Qui faut-il accuser?
Ceux dont la trahison
nous force à demander justice.

RAOUL
(désignant Saint-Bris)
La faute en est à lui, qui, sans droit, sans raison,
du plus lâche attentat s'est rendu le complice.

MARGUERITE
O ciel! qui dois-je croire?
et d'un pareil soupçon, quelles preuves?

MARCEL
(désignant Saint-Bris et Maurevert)
Je peux vous les faire connaître;
ce sont eux qui voulaient assassiner mon maître.

SAINT-BRIS
Mensonge! mensonge!

MARCEL
(Désignant a Valentine qui sort de la chapelle)
Une femme en ces lieux
tantôt m'a révélé ce complot odieux
et cette femme, la voici!

SAINT-BRIS
Ma fille!...
Ah! perfidie!

RAOUL
Et comment se peut-il?

MARGUERITE
Raoul, vous saurez tout!

VELENTINE
Madame, au nom du ciel!

RAOUL
Et cette perfidie dont je fus témoin,
chez Nevers, sous mes yeux!

MARGUERITE
Elle y venait pour rompre un hymen odieux!

SAINT-BRIS
Et depuis ce matin,
d'un autre elle est la femme!

CHOEUR
D'un autre?

SOLDATS
Ah! grand Dieu!

SAINT-BRIS
Mais écoutez!
De l'époux triomphant le cortège s'empresse!
Oui, j'entends éclater des accents d'allégresse!
De l'époux triomphant le cortège s'empresse;
appareil digne enfin des Saint-Bris, des Nevers!

NEVERS
(Nervers et son cortège arrivent)
Noble dame,
venez près d'un époux dont l'amour vous réclame.
Votre voeu satisfait, que les miens vous soient chers!
Venez pour célébrer cette heureuse journée;
l'amitié vous attend au banquet d'hyménée,
où vous suit un captif orgueilleux de ses fers!

MARGUERITE, URBAIN
SAINT-BRIS, CHOEUR
Au banquet où le ciel leur apprête
de longs jours, tous pareils à ce jour,
leur palais, rayonnant pour la fête,
du bonheur deviendra le séjour.
Autour d'eux que la danse s'enchaîne!
Que le chant au festin les entraîne!
Allons, vive à jamais la plus belle!
Dansez tous, en chantant leur amour!
Vive, vive la plus belle! Vive!

CHOEUR
Non, plus de paix,
non, non, plus de trêve,
et que la lutte s’achève ici,
il faudra décider par la glaive,
oui, par la glaive de notre sort!
Ah! oui, c’est trop de clémence,
c’est trop, oui, c’est trop de patience,
et e n’ai qu’une seule espérance:
Vengeance ou mort!



ACTE IV


(Un appartement dans l'hôtel du Comte de Nevers.
Des portraits de famille en décorent les murs. Au
fond, une grande porte et une grande croisée gothique.
A gauche du spectateur, une porte qui mène à la
chambre à coucher de Valentine. A droite, une grande
cheminée, et auprès, l'entrée d'un cabinet fermé par
une tapisserie. A droite du spectateur, et sur le premier
plan, une croisée donnant sur la rue)

VELENTINE
Je suis seule chez moi! seule avec ma douleur!
A d'éternels tourments vous m'avez condamnée,
mon père! Un autre avait mon coeur,
et pourtant vous m'avez donnée!
Et vous que j'implorais en vain dans mon malheur,
vous qui l'avez permis, ce funeste hyménée,
mon Dieu, daignez au moins, pour alléger mes maux,
chasser un souvenir fatal à mon repos!
Parmi les pleurs mon rêve se ranime;
c'est à lui seul qu'appartiennent mes jours.
Ces doux regrets, y penser est un crime:
je veux les fuir,
et j'y pense, hélas, toujours!
De loin encor sa voix chérie,
oui, même ici sa voix chérie
fait taire en moi la voix des cieux!
et son image, quand je prie,
sur les autels, hélas,
s'offre à mes yeux!...

(Raoul entre par la porte du fond)

Juste ciel! est-ce lui, lui dont l'aspect terrible
ainsi que le remords sans cesse me poursuit?

RAOUL
Oui, c'est moi!
Moi qui viens dans l'ombre et dans la nuit,
ainsi qu'un criminel dont la peine est horrible,
et qui, las de souffrir, succombe au désespoir!

VELENTINE
Que voulez-vous de moi?

RAOUL
Rien! j'ai voulu vous voir avant que de mourir.

VELENTINE
Qu'entends-je? est-il possible?
Et mon père? Et mon époux?

RAOUL
Oui, je pouvais les rencontrer ici.
Je le savais.

VELENTINE
Leur coeur est inflexible;
ils vous tueraient! Fuyez!

RAOUL
Non, j'attendrai leurs coups!

VELENTINE
Entendez-vous ces pas? Fuyez!

RAOUL
Non, non, je reste, et si quelque danger...

VELENTINE
Mon père! Mon mari!
Pour moi... pour mon honneur,
évitez leur courroux!

(Raoul est caché derrière la tapisserie)

SAINT-BRIS
(Entrant dans la salle. A ses camarades)
Oui, l'ordre de la reine en ces lieux vous rassemble.
L'heure est enfin venue où je dois à vos yeux dévoiler
des projets protégés par les cieux,
et dès longtemps conçus par Médicis.

VELENTINE
(à part)
Je tremble!

SAINT-BRIS
(à Valentine)
Vous, ma fille, sortez!

VELENTINE
Mon père!

NEVERS
Pourquoi donc?
Son zèle ardent pour la foi catholique
permet que sans danger devant elle
on explique de la reine et du ciel les ordres absolus.

SAINT-BRIS
Des troubles renaissants
et d'une guerre impie voulez vous
comme moi délivrer le pays?

SEIGNEURS CATHOLIQUES
Nous sommes prêts!
C'est notre voeu.

SAINT-BRIS
Du trône et du ciel, de la patrie,
voulez-vous, comme moi, frapper les ennemis?

SEIGNEURS CATHOLIQUES
Nous sommes prêts!

SAINT-BRIS
Eh bien! du Dieu qui nous protège
le glaive menaçant est sur eux suspendu:
des huguenots la race sacrilège
aura dès aujourd'hui pour jamais disparu!

NEVERS
Mais... qui les condamne?

SAINT-BRIS
Dieu!

QUATRE SEIGNEURS
Dieu!

NEVERS
Et qui les frappera?

SAINT-BRIS
Vous!

LES AUTRES
Nous!

NEVERS
Nous?

(Regardant à Nevers)

SAINT-BRIS
Nous!
Pour cette cause sainte,
j'obéirai sans crainte
à mon Dieu, à mon roi!
Comptez sur mon courage;
entre vos mains j'engage
mes serments et ma foi!

NEVERS
Quel est donc ce langage?
A l'honneur seul j'engage
mes serments et ma foi!

SAINT-BRIS, TAVANNES
Comptez sur mon courage,
entre vos mains j'engage
mes serments et ma foi,
à mon Dieu, à mon Roi!

QUATRE SEIGNEURS
Grand Dieu, sauvez la foi!
Dieu, sauvez notre foi,
sauvez la foi
J'obéis à mon roi!

VELENTINE
Comment tromper leur rage?
Dieu, soutiens mon courage
et prends pitié de moi,
pitié, pitié de moi!
Ah! grand Dieu, prends pitié!

SAINT-BRIS
Le roi peut-il compter sur vous?

TOUS
(Sauf Nevers)
Nous le jurons!

SAINT-BRIS
C'est moi qui dois guider vos pas.

TOUS
Nous vous suivrons!

SAINT-BRIS, VELENTINE
(à part)
Quoi! Nevers seul a gardé le silence!

VELENTINE
Que va-t-il dire? Je tremble, hélas!

NEVERS
Frappons nos ennemis, mais non pas sans défense:
ce n'est pas le poignard qui doit percer leur sein.

SAINT-BRIS
Quand le roi le commande!

NEVERS
Il me commande en vain de flétrir
de mon sang l'honneur et la bravoure.
Et parmi ces illustres aïeux dont la gloire
ici m'environne,
je compte des soldats, et pas un assassin!

SAINT-BRIS
Quoi! par toi notre cause est trahie et trompée!

NEVERS
Non! mais du déshonneur
je sauve mon épée!
Tiens! tiens la voilà!
Que Dieu juge entre nous!

VELENTINE
Ah! dès ce soir tout mon sang est à vous,
oui, dès ce soir, vous saurez tout;
Venez, venez, je dois vous apprendre...

SAINT-BRIS
(à les soldats)
Assurez-vous de lui, de Nevers, de mon gendre;
jusqu'à demain vous m'en répondez tous.

VELENTINE
Puisse le ciel désarmer son courroux! Ah!..

NEVERS
Ma cause est juste et sainte!

SAINT-BRIS, TAVANNES
QUATRE SEIGNEURS
Pour cette cause sainte...

NEVERS
Je puis, je dois sans crainte...

VELENTINE
D'une mortelle crainte...

LES AUTRES
... j'obéirai sans crainte...

NEVERS
... je puis, je dois sans crainte...

VELENTINE
... mon âme est atteinte!

TAVANNES, SAINT-BRIS
... sans crainte, à mon Dieu, à mon roi!

VELENTINE
Grand Dieu, prends pitié de moi!

NEVERS
... résister à mon roi!

LES AUTRES
... à notre roi!

NEVERS
Je le puis, je le dois...

SAINT-BRIS
Recevez...

VELENTINE
Ah! grand Dieu...

SAINT-BRIS
... mes serments et ma foi...

VELENTINE
... prends pitié...

LES AUTRES
... à mon roi!

NEVERS
... résister à mon roi!

SAINT-BRIS
Et vous qui répondez au Dieu qui nous appelle,
chefs dévoués de la cité fidèle,
quarteniers, échevins, écoutez tous ma voix!
Qu'en ce riche quartier la foule répandue,
sombre et silencieuse, occupe chaque rue,
et qu'au même signal tous frappent à la fois.

TOUS
Tous, tous, frappons à la fois!

SAINT-BRIS
Toi, de Besme, et les tiens,
entourez la demeure del'amiral;
que le premier il meure!

TOUS
Qu'il meure le premier!

SAINT-BRIS
Vous, à l'hôtel de Nesle,
où de nos ennemis
tous les principaux chefs
ce soir sont réunis,
à la fête qu'on prépare
pour Marguerite et le roi de Navarre.

TOUS
Nous, à l'hôtel de Nesle!

SAINT-BRIS
Ecoutez! écoutez! Lorsque de Saint-Germain
pour la première fois retentira l'airain,
attentifs et muets à ce signal d'alarme,
dans l'ombre préparez vos soldats et vos armes!
Mais à ce lugubre appel, toi,
cours partout éveiller le beffroi.
Je m'en remets à ta prudence!
Et lorsqu'enfin de l'Auxerrois
la cloche sainte aura pour la seconde fois
du ciel impatient annoncé la vengeance,
le fer en main alors levez-vous tous!
Que tout maudit expire sous vos coups!
Ce Dieu qui vous entend et vous bénit d'avance,
soldats chrétiens, marchera devant vous!

VELENTINE
Mon Dieu! mon Dieu! comment le secourir?
Il doit entendre, hélas! et ne peut fuir!
Je veux...je veux et n'ose auprès de lui courir.
Dieu tout puissant! dans ce péril extrême,
sauvez Raoul, et n'exposez que moi-même!

(Trois moines arrivent)

TROIS MOINES, SAINT-BRIS

Gloire, gloire au grand Dieu vengeur!
Gloire au guerrier fidèle
dont le glaive étincelle
pour servir le Seigneur!
Glaives pieux, saintes épées,
qui dans un sang impur serez bientôt trempées,
vous par qui le Très-Haut frappe ses ennemis,
glaives pieux, par nous soyez bénis.

TOUS
Gloire au grand Dieu vengeur...

SAINT-BRIS
Que cette écharpe blanche
et cette croix sans tache du ciel distinguent les élus!

TROIS MOINES, SAINT-BRIS
Ni grâce, ni pitié!
Frappez tous sans relâche
l'ennemi qui s'enfuit, l'ennemi qui se cache...

CHOEUR
Frappons, frappons, frappons!

TROIS MOINES, SAINT-BRIS
... le guerrier suppliant à vos pieds abattu!

CHOEUR
Frappons, frappons, frappons!

TROIS MOINES, SAINT-BRIS
Ni grâce, ni pitié!
Que le fer et la flamme
atteignent le vieillard, et l'enfant et la femme!
Anathème sur eux!

CHOEUR
Anathème sur eux!

TROIS MOINES, SAINT-BRIS
Dieu ne les connaît pas!

TOUS
Dieu le veut! Dieu l'ordonne!
Non, non, grâce à personne!
A ce prix il pardonne
au pécheur repentant.
Que le glaive étincelle,
que le sang ruisselle,
et la palme immortelle
dans le ciel vous attend!

SAINT-BRIS
Silence, mes amis!

PREMIER MOINE
Silence, mes amis!

SAINT-BRIS
Que rien ne nous trahisse!

PREMIER MOINE
Que rien ne nous trahisse!

SAINT-BRIS, PREMIER MOINE
Retirons-nous sans bruit!

TOUS
Pour cette cause sainte
j'obéirai sans crainte
à mon Dieu, à mon roi!
Comptez sur mon courage,
entre vos mains j'engage
mes serments et ma foi!
A minuit! Point de bruit!
Que rien ne nous trahisse,
et que de leur supplice
rien ne les avertisse!
Retirons-nous!
Dieu le veut!
A minuit!

(Raoul sort)

VELENTINE
Ô ciel! Où courez-vous?
Raoul, répondez-moi!

RAOUL
Où vais-je?
Secourir mes frères
dévoiler à leurs yeux ces complots sanguinaires,
armer leurs bras, et, le fer à la main,
de nos vils ennemis prévenir le dessein.

VELENTINE
Mais ces ennemis!
C'est mon père!
c'est un époux qu'à présent je révère.
Voudriez-vous les immoler?

RAOUL
Je dois punir des assassins!

VELENTINE
Armés au nom des cieux!

RAOUL
Armé au nom des cieux!
Et voilà le Dieu que ton âme consacre
ce Dieu qui des Français ordonne le massacre!

VELENTINE
Ah! ne blasphémez pas! C'est lui dont la pitié veut
préserver vos jours, auxquels il s'intéresse.
Ne sortez pas!

RAOUL
Je le dois!

VELENTINE
C'est chercher la mort même!

RAOUL
Et rester, c'est trahir l'honneur et l'amitié.
Jamais, jamais! Non!
Le danger presse et le temps vole,
laisse-moi, laisse-moi partir!

VELENTINE
Mais, sans défense, on vous immole!
Gardez-vous, ah!, gardez-vous de fuir!
Raoul!

RAOUL
Hélas!

VELENTINE
Toi, mon seul bien, toi mon idole!

RAOUL
Ce sont mes frères qu'on immole!

VELENTINE
Et te laisser serait mourir!

RAOUL
Ah! laisse-moi, laisse-moi partir!

VELENTINE
Oui, je saurai...

RAOUL
L'honneur le veut.

VELENTINE
... te retenir...

RAOUL
Je dois te fuir.

VELENTINE
... te retenir! Ah! par pitié...

RAOUL
Ah! laisse-moi!

VELENTINE
... entends ma voix!

RAOUL
L'honneur le veut!

VELENTINE
Toi, mon seul bien!...

RAOUL
Je dois te fuir!

VELENTINE
Non, par toi ce seuil redoutable
ne sera pas franchi.
Je m'attache à tes pas!

RAOUL
En t'écoutant je suis coupable!

VELENTINE
En t'écoutant ne le suis-je donc pas?
Je le fais cependant; à cette heure suprême,
je ne vois plus que toi, dont les jours sont proscrits!
Reste, Raoul: puisque tu me chéris,
je t'implore enfin pour moi-même;
car si tu meurs, je meurs aussi!

(Pleurant)

Reste, reste, je t'aime!

RAOUL
Tu m'aimes? Tu m'aimes?
Ah! quel éclair et quel transport!
Quel mot du ciel s'est fait entendre?
Oui, ce moment change mon sort!
L'as-tu bien dit ce mot si tendre?
Ah! maintenant vienne la mort,
puisqu'à tes pieds je peux l'attendre!

VELENTINE
O terreur! l'ai-je dit?

RAOUL
Tu l'as dit! tu l'as dit!
Tu l'as dit; oui, tu m'aimes!
Dans ma nuit quelle étoile a brillé?
Je renais, c'est l'air pur du ciel même!
Là, toujours, oubliant, oublié!
Tu l'as dit, oui, tu m'aimes!

VELENTINE
(à part)
Qu'ai-je fait? Quel danger, ô mon Dieu!

RAOUL
Parle encore et prolonge
de mon coeur l'ineffable sommeil!
Si l'extase où je suis est un songe,
que jamais je n'arrive au réveil!

VELENTINE

(à part)
Qu'ai-je fait?

RAOUL
Parle encore, et prolonge...

VELENTINE
Quel danger!

RAOUL
... de mon coeur le sommeil!

VELENTINE
O mon Dieu!

RAOUL
Si ma joie...

VELENTINE
Voici l'heure!

RAOUL
... est un songe...

VELENTINE
C'est la mort!

RAOUL
... que jamais je n’arrive au réveil,

VELENTINE
Il n'est plus d'avenir!

RAOUL
Nuit d'amour!...

VELENTINE
Nuit funeste!

RAOUL
Viens, fuyons!

VELENTINE
Non, non, non!

RAOUL
Tu l'as dit, oui, tu m'aimes!
Viens, fuyons!

VELENTINE
Non, non, reste!

(s’écoute une cloche)

RAOUL
Ah! viens! Ah! viens!
Entends-tu ces sons funèbres?

VELENTINE
Ils me glacent de terreur!

RAOUL
Du sein des noires ténèbres
s'élève un cri de fureur!
Où donc étais-je?

VELENTINE
Près de moi, cher Raoul!

RAOUL
Ah! souvenir fatal!
Du massacre de mes frères
c'est l'horrible signal!
Non, non, non, non!
Plus d'amour! plus d'ivresse!
O remords qui m'oppresse!
Je les vois, et sans cesse,
égorgés sous mes yeux!
Mes amis vont m'attendre;
Je ne dois plus t'entendre;
et je cours les défendre
ou mourir avec eux!

VELENTINE
Quoi, Raoul, ma douleur
ne peut donc toucher ton coeur?
Tu veux donc démentir
et tes feux et ma foi?
T'échapper de mes bras
pour courir au trépas?
Tu le peux, en passant
sur mon corps expirant!

RAOUL
Plus d'amour! plus d'ivresse!

VELENTINE
Eh! quoi, dans ton ivresse...

RAOUL
O remords qui m'oppresse!

VELENTINE
... repousser ma tendresse?
Hélas! hélas!
Et pourquoi repousser ma tendresse?
Le remords qui m'oppresse
est-il donc moins affreux?
De l'amour le plus tendre
tu ne peux te défendre!

(s’écoute la cloche)

RAOUL
Je les vois, sans cesse...

VELENTINE
Ah! Raoul... daigne entendre...

RAOUL
Plus d'ivresse!

VELENTINE
... ou je meurs à tes pieds!

RAOUL
C'en est fait; voici l'heure!

VELENTINE
Non!

RAOUL
Le ciel veut que je meure!

VELENTINE
Non!

RAOUL
Mes amis vont m'attendre!

VELENTINE
Non!

RAOUL
... et je cours les défendre!

VELENTINE
Non!

RAOUL
Vous m'arrêtez en vain!

VELENTINE
Je ne vous quitte pas!

RAOUL
Vous m'arrêtez en vain!

VELENTINE
Frappez! Voilà mon sein! voilà...

RAOUL
Grand Dieu! Grand Dieu!
Soutiens mon courage!

VELENTINE
...mon sein!
Sois donc mon assassin!

RAOUL
(Ils regardent par la fenêtre)
Tiens! vois, sur ce rivage
vois ces cadavres sanglants!

VELENTINE
Ah! ma raison s'égare!
Ah! forfait exécrable!
Raoul! ils te tueront!
Ah! pitié! je meurs!

(elle s'évanouit)

RAOUL
Reviens à toi! Que faire?
O moment redoutable! Hélas!
Pourrais-je encor résister à ses pleurs?
Non! Fuyons! fuyons!

VELENTINE
Dieu, veille sur ses jours,
Dieu secourable!



ACTE V


Scène Première

Ballet

(Le théâtre représente la salle de bal de l'hôtel de
Nesle. Tous les principaux protestants y sont réunis.
Danse générale des dames et seigneurs de la cour.
Paraît au fond la reine Marguerite avec Henri de
Navarre, son mari, et son page Urbain. Les dames
et seigneurs vont au-devant de la reine, et lui font
les honneurs de cette fête, donnée à l'occasion de
son mariage)

RAOUL
Aux armes, mes amis!
L'autre bord de la Seine est inondé de sang!
Des assassins gagés les hordes meurtrières
seront ici dans un moment.
A la lueur de leurs torches funèbres
j'ai vu courir des soldats forcenés!
Ils s'écriaient au milieu des ténèbres:
"Frappez, frappez! Dieu les a condamnés!"
J'ai vu tomber des guerriers sans défense,
de notre chef, de Coligny, l'asile est assailli,
et leurs poignards altérés de vengeance
de mille coups ont percé Coligny!
Amis, voilà son sang!

CHOEUR
O ciel! voilà son sang!

RAOUL
Son sang, son sang, ô forfait inouï!

CHOEUR
O forfait, forfait inouï!

RAOUL
Vengeance! vengeance! Il l'aura! Oui!
Courons aux armes, à la vengeance!
Marchons tous à la défense
des martyrs, des héros!

CHOEUR
Courons aux armes!...

RAOUL
Oui, rendons guerres pour guerres!

TOUS
Guerre!

RAOUL
Vengeons la mort de nos frères
dans le sang de leurs bourreaux!
Courons aux armes...!

TOUS
Guerre!

Scène Seconde

(Le théâtre représente un cimetière. Au fond, un temple
protestant, dont la fusillade a brisé une partie des
vitraux. A gauche, une petite porte qui conduit dans
'intérieur de l'église; à droite, une grille qui donne sur
un carrefour. Des protestants construisent une barricade

pour protéger le cimetière)

RAOUL
(arrivant)
C'est toi mon vieux Marcel,
que j'ai cru reconnaître.

MARCEL
Ah! mon bon maître! je vous revois!

RAOUL
Quoi! blessé, blessé?

MARCEL
Qu'importe!

RAOUL
Vengeance!

MARCEL
Y pensez-vous? Des soldats, des bourreaux,
cernent de toutes parts un reste de héros.
Dans ce temple encor libre, hélas! dernier asile
des femmes, des enfants, la foule en pleurs s'exile
pour mourir saintement! Venez... pour tout effort,
il ne nous reste plus qu'à partager leur mort.

VELENTINE
(Arrivant)
Où courez-vous?

RAOUL
A la gloire!

MARCEL
Au martyre!

VELENTINE
Non, tu ne mourras pas!
Et le ciel qui m'inspire conduit mes pas!
Je viens te sauver.

RAOUL
Se peut-il?

VELENTINE
Oui, cette écharpe blanche à ton bras, sans péril,
va te conduire au Louvre.
La reine sauvera tes jours... si tu veux, toi...

RAOUL
Et que m'ordonne-t-on?

VELENTINE
D'embrasser ma croyance.

RAOUL
Jamais!
Quand je serais flétri, seriez-vous plus à moi!
Tout nous sépare!

VELENTINE
(à Marcel)
Oh! non, je puis l'aimer sans crime à présent!

RAOUL
Et Nevers?

MARCEL
Oui, Nevers, ce guerrier généreux,
c'est lui qui m'a sauvé des bourreaux,
et, victime de son zèle,
il est mort assassiné par eux!

RAOUL
Nevers mort!

VELENTINE
Ah! viens, partons!

RAOUL
Devoir ... amour ... supplice affreux!

MARCEL
Raoul!

RAOUL
Marcel, ne vois-tu pas que mon bonheur s'apprête?

MARCEL
Raoul, ne vois-tu pas
la main de Dieu qui t'arrête?

VELENTINE
Viens! Viens!

RAOUL
Non! près de lui je reste pour mourir!

VELENTINE
Ainsi je te verrai périr?
Je subirai sans toi l'exil sur cette terre,
où nous avons souffert, où nous avons aimé?
Sans toi? tu crois cela! Mon Dieu, vous autres hommes,
au véritable amour votre coeur est fermé.
Eh bien! tu connaîtras tout l'amour d'une femme!
Tu veux, quand tout nous joint, me fuir parle trépas?
Non, non, non!
Je ne sais pas s'il faut risquer mon âme;
enfer ou paradis, je ne te quitte plus!
Oui, cette âme en tumulte, cette âme
ne reconnaît plus rien! Toi, tu maudis mon dogme,
moi j'adopte le tien!
Dieu maintenant peut faire selon sa volonté!
Ensemble sur la terre,
réunis pour toujours,
et dans l'éternité!

RAOUL
O bonheur!

MARCEL
Le Seigneur de sa flamme
et l'anime et l'éclaire!

VELENTINE
Mon Dieu, ma croyance, c'est toi!
Mais ils me maudiront!
Mon bon Marcel, mon père,
bénissez-nous tous deux dans ma nouvelle foi!

RAOUL
Nul ministre de Dieu n'est avec nous;
j'espère en toi seul pour unir saintement nos coeurs!

MARCEL
Oui! j'accepte avec transport ce divin ministère!
Que ton vieux serviteur soit ton prêtre aujourd'hui!

CHOEUR DE FEMMES
(en coulisse)
Dieu Seigneur, rempart...
... et seul soutien ...
... du faible qui t'implore!

MARCEL
Ecoutez! Ces martyrs de la foi sont en prière là... ...
et du Seigneur ils chantent les louanges...

CHOEUR
... L'éternel tentateur...
... s'arme aujourd'hui.

MARCEL
... en attendant la mort!
Vous, dans ce triste lieu...
... répondez comme si vous étiez devant Dieu!

CHOEUR
Viens nous sauver encore!

MARCEL
Savez-vous qu'en joignant
vos mains dans ces ténèbres,
je consacre et bénis
le banquet des adieux et des noces funèbres?

RAOUL, VELENTINE
Nous savons qu'au ciel seul
nous devons être unis.

MARCEL
Avez-vous rejeté toute chaîne mortelle,
tout espoir d'ici-bas?
Et la foi seulement dans vos coeurs survit-elle?

RAOUL, VELENTINE
Oui, la foi dans nos coeurs
règne enfin sans combats.

MARCEL
Verriez-vous sans trembler
le fer, la flamme luire?
et la foi seulement,
la renierez-vous pas en face du martyre?

RAOUL, VELENTINE
Dieu nous donne le courage
en nous donnant l'amour.

CHOEUR
(Dans l’église)
Seigneur, rempart et seul soutien
du faible qui t'impl...

HOMMES CATHOLIQUES
(Dans l’église)
Abjurez, huguenots, le ciel l'ordonne!
Abjurez ou mourez, le ciel l'ordonne!
Renégats, grâce ou mort, votre heure sonne!
Dieu le veut! Oui!

FEMMES HUGUENOTES
(Dans l’église)
Non, non, non!

VELENTINE
Ces enfants, ces femmes...
Arrêtez, infâmes!
Quoi!... partout la mort!

FEMMES HUGUENOTES
(Dans l’église)
Seigneur, viens nous défendre encor!

VELENTINE
Ils chantent encor!

RAOUL, MARCEL
Ils chantent encor!

HOMMES CATHOLIQUES
(Dans l’église)
Abjurez, huguenots...

VELENTINE
(Regardant dans l’intérieur de l’église)
Ce vieillard qui prie...
Ce moine en furie...
Ciel, le voilà mort!

FEMMES HUGUENOTES
(Dans l’église)
Non, non, non!
Seigneur, viens nous défendre encor!

VELENTINE
Ils chantent encor!

RAOUL, MARCEL
Ils chantent encor!

VELENTINE
Dieu! tout vous cède!
Venez à leur aide!

HOMMES CATHOLIQUES
(Dans l’église)
Abjurez! ... Renégats!

VELENTINE
O voeux superflus!

MARCEL
Ils ne chantent plus!
Ah! venez, voyez le ciel s'ouvre et rayonne.
Gloire à Dieu! Le divin clairon sonne...

VELENTINE, RAOUL
Ah! voyez, voyez, son visage rayonne!

MARCEL
... et la marche des anges résonne!

VELENTINE, RAOUL
... et sa tête d'éclairs se couronne...
... et sa voix dans l'espace résonne!
On dirait un archange de Dieu!

MARCEL
Et la marche des anges résonne
conduisant les martyrs jusqu'à Dieu!
C'est la marche des anges!...
C'est harpes que j'écoute...

VELENTINE, RAOUL
J'admire, j'écoute!

MARCEL
... m'indiquent la route.

VELENTINE, RAOUL
Il montre la route.

VELENTINE, RAOUL, MARCEL
J'y vole moi-même, ah! oui.

VELENTINE, RAOUL
J'admire, j'écoute...
Ces harpes, j'écoute...

VELENTINE, RAOUL, MARCEL
Délice suprême, délice suprême,
mort douce que je t'aime!
O terre, adieu!

CHOEUR DES MEURTRIERS
Abjurez huguenots! Le ciel l'ordonne!
Abjurez ou mourez, le ciel le veut!

VELENTINE
Non, non, je ne...
... crains rien de vous!

MARCEL, RAOUL
Non, non,...
... je ne crains rien de vous;
rien de mortel ne reste en nous, non, rien!

VELENTINE
Rien de mortel ne reste en nous,
non, non, je ne crains rien!

CHOEUR
Renégats, abjurez!

MARCEL
Voyez, voyez, le ciel rayonne!
le divin clairon sonne!

TOUS TROIS
Gloire à Dieu! Gloire à Dieu!...

CHOEUR
Regardez! Pas de crainte!

VELENTINE, RAOUL, MARCEL
Non!, non!, non!, non!
Hosanna! Mort, je t'aime!
Hosanna! Terre, terre, adieu!
Viens, mort, je t'aime!
Frappez, frappez, venez, frappez!
Hosanna! Viens, mort! O terre adieu!
Je ne crains rien de vous!

CHOEUR
Abjurez! Dieu le veut, renégats!
Abjurez! sinon la mort!

VELENTINE, RAOUL, MARCEL
Non! non! non!
Terre, adieu!

CHOEUR
Abjurez ou mourez!,
Renégats, ou mourez oui!

Scène Troisième

(Le théâtre représente la vue d'un quai de Paris
en 1572. Nuit étoilée)

CHOEUR D'HOMMES
Par le fer et par l'incendie
exterminons leur race impie!
Point de pitié! Point d'innocent!
Soldats de la foi catholique,
frappons, poursuivons l'hérétique,
Dieu le veut! Dieu veut leur sang!
Oui, Dieu veut leur sang!

(Raoúl, blessé, Valentine et Marcel arrivent)

SAINT-BRIS
Qui vive?

VELENTINE
(à Raoul)
Ah! De grâce, tais-toi!

RAOUL
Huguenot!

VELENTINE, MARCEL
Nous aussi!

SAINT-BRIS
(à les soldats)
Frappez! au nom du Roi!
Ah! Que vois-je?
Ma fille!

VELENTINE
Oui, c'est moi! moi qui vais prier pour vous!

(Elle mort)

URBAIN
Place à la reine!

SOLDATS
par le fer et par l'incendie
exterminons la race impie!
Frappons, poursuivons l'hérétique!
Dieu le veut, Dieu veut leur sang!
Oui, Dieu veut leur sang!



ACTO I


(Sala en el castillo del conde de Nevers. Al
fondo grandes vidrieras que dejan ver los
jardines y un prado donde varios nobles juegan
a la pelota; a la derecha una puerta que da a
los apartamentos interiores; a la izquierda
una vidriera cerrada por una cortina que da
al oratorio; en la parte anterior de la escena,
otros nobles juegan a los dados y a otros juegos.
Nervers, Tavannes, Cossé, de Retz, Thore, Méru
y otros señores católicos los miran y hablan entre
ellos)

NEVERS
Gocemos de la juventud y la bebida...
El tiempo apremia,
apresurémonos a gozar

de la juventud y la bebida...
¡Sí, apresurémonos a gozar!

NOBLES
El tiempo apremia, apresurémonos a gozar...

NEVERS, NOBLES
Gocemos de la juventud y la bebida...

NOBLES, COSSÉ, TAVANNES
Dediquemos nuestra vida
a los placeres y alegrías;
olvidemos todo cuanto nos rodea,
¡excepto el placer!


NOBLES, CORO
Dediquemos nuestra vida
a los placeres y alegrías...


NEVERS
... olvidemos todo cuanto nos rodea,
¡excepto el placer!

NOBLES
... ¡Excepto el placer!

NEVERS, NOBLES, CORO
Gocemos de la juventud y la bebida...
Dediquemos nuestra vida
a los placeres y alegrías;
olvidemos todo cuanto nos rodea,
¡excepto el placer!

TAVANNES
Respetable señor
de este lugar encantador,
¿por qué, mi querido Nevers,
por qué no nos sentamos a la mesa?


NOBLES, CORO
¿Por qué, no nos sentamos a la mesa?
¿Por qué?, ¿Por qué?

NEVERS
Aguardamos a otro invitado.

TODOS
¿Quién?

NEVERS
Un caballero, un joven camarada
que acaba de ser ascendido
¡por el propio almirante!

TODOS
¡Cielo santo!

COSSÉ
Así pues, ¿se trata de un hugonote?

TODOS
¿De un hugonote?

NEVERS
¡Sí! Pero, os lo ruego, tratadle
como a un hermano, como a un amigo.
Nuestro rey nos da el ejemplo pues
está buscando la paz con los protestantes.
Coligny y Médicis han jurado ante Dios
guardar una paz eterna...

TAVANNES
...que no durará mucho.

TODOS
¡No mucho!

NEVERS
¿Y qué nos importa?

TAVANNES
(al ver entrar a Raúl)
¡Mirad quién viene ahí, amigos míos!

NEVERS
La persona que esperaba... ¡Raúl de Nangis!

THORÉ
¿Qué lúgubres reflexiones...

MÉRU
... o qué tedio pesa sobre él?

TAVANNES
¡Es el efecto inevitable de los dogmas calvinistas!

DE RETZ
¡Riámonos a su costa!

NEVERS
¡Convirtámosle!

TAVANNES
¿Pretendes convertirle?

NEVERS
Sí, al culto de los dioses verdaderos:
¡el amor y el placer!

NOBLES, CORO
¡El amor y el placer!

RAÚL
Bajo este magnífico cielo de Turena,
¡qué gran honor es para un soldado raso,
apenas conocido por nadie,
ser admitido entre los caballeros
más brillantes de la corte!

COSSÉ
¿Sabéis que eso no está tan mal?

RAÚL
¡Cuánto honor...

NEVERS
Intentaremos hacer algo por él.

RAÚL
... ser admitido!...

NOBLES
No está mal.
Intentaremos hacer algo por él.
Verdaderamente, no está mal, no está mal.

NEVERS
¡A la mesa!

NOBLES, CORO
¡Vamos! ¡A la mesa!

NOBLES, CORO
¡La alegría de la mesa
es la auténtica felicidad,
el único placer duradero
que nunca nos falla!
Bebedores intrépidos:
¡que Baco os guíe,
que tan solo él,
únicamente él
presida este alegre festín!

NEVERS
¡Escanciad...

CORO
...los vinos de Turena

TAVANNES
¡El vino inspira...

CORO
... alegres coros!

TAVANNES, COSSÉ
¡Ahoguemos...

CORO
... en la bebida...

TAVANNES, COSSÉ
... tanto la prudencia...

CORO
... como la amargura!

CORO
Alegría de la mesa...
¡Bebamos, bebamos, bebamos!

NEVERS
¡Servid nuevos vinos! ¡Servid generosamente!
¡Adelante, Raúl, brindemos por nuestras amantes!
Por tu aspecto lánguido y tierno
ya creo saber que estás enamorado

RAÚL
¿Quién? ¿Yo?

NEVERS
¡A nuestra edad ya podemos!
Pero mañana me someteré
a la casta ley de himeneo
pues he prometido renunciar al amor;
¡y desde ese momento ya no podré satisfacer
los suspiros de las damas de la corte!

TAVANNES
¡Cuéntanos todo!
Así los demás podrán seguir tu ejemplo.

NEVERS
¡Sí, intentémoslo!
¡Que comience el recién llegado!

NOBLES
¡Muy bien!

RAÚL
Puedo hacer eso fácilmente sin comprometer
a la dueña de mi corazón.

NEVERS
Antes de nada ¿quién es?

RAÚL
Lo ignoro.

NEVERS
¿Cómo se llama?

RAÚL
Lo desconozco.

NEVERS
¿En serio?
¡Escuchémosle, la historia parece interesante!

RAÚL
No lejos de las viejas murallas de Amboise,
paseaba yo solitario cuando de pronto
vi venir una rica litera por el camino;
un grupo de groseros estudiantes la rodeaba y,
por sus gritos y groseros ademanes
pude adivinar sus intenciones.
Acudí y todos huyeron al verme.
Tímido, avancé y ...
¡Qué encantadora visión se ofreció a mis ojos!
Más blanca que el blanco armiño,
más pura que un día de primavera,
vi un ángel,
una virgen divina,
que obnubiló mis sentidos.
¡Oh, virgen inmortal! ¡Qué bella era!
E inclinándome ante ella,
sin poder evitarlo le dije:
bello ángel, reina del amor, hermosura del cielo,
te amaré siempre, siempre, siempre, siempre,
quiero amarte, quiero amarte siempre, etc.

CORO
(En el fondo de la escena aparece Marcel)
¡Verdaderamente su candor resulta fascinante!
¡Dios mío, tiembla ante unos ojos hermosos!

RAÚL
Al escucharme, una dulce sonrisa
traicionó la inquietud de su corazón;
y en sus ojos pude leer
el presagio de mi futura felicidad.
Amante fiel, una llama
ha quedado prendida en mi corazón,
una llama eterna que abrasándome me dice:
¡Ángel adorable, reina del amor…

TAVANNES
(viendo aparecer a Marcelo)
¿Qué extraña figura veo aparecer?

RAÚL
Es un viejo servidor,
que me ha visto nacer.

MARCELO
(acercándose a Raúl)
¿Señor Raúl?

(en voz baja, a Raúl)

¡Cielos! ¡Sentado en la mesa con estos!
¡Ah, mi señor!
Dios nos dice: "Evita el festín del impío"

MÉRU
(riéndose)
¿Es un profeta de Israel?

MARCELO
¡En el campamento filisteo!

NOBLES
¿Qué pretende decir?

RAÚL
¡Ah, excusadle!
Mi abuelo le crió entre la espada y la Biblia,
no adora sino a Lutero...
¡Y detesta al amor, al infierno y al Papa!

MARCELO
¡Así es!

RAÚL
Pero tan fiel, valeroso y sensible
¡como un diamante en bruto montado sobre acero!

(A Marcelo)

¡Ven! Sírvenos y cállate.
¡Cállate si es posible!

MARCELO
¡Obedezco!

(aparte)

¿Cómo podré librarle de sus garras?

NEVERS, MÉRU
¡Amigos, brindemos por nuestras amantes!

RAÚL, COSSÉ, TAVANNES
¡Por el único objeto de mi amor!

MARCELO
(aparte, con angustia)
¡Ven, divino Lutero
y líbrale del mal!
¡Ven, y ahoga con tu voz tonante
su canto infernal!
¡Señor, Tú que eres defensa y único sostén
de los débiles que te adoran!

NEVERS
(a Raúl)
¡Toma! ¡Bebe!

RAÚL
¡No!

MARCELO
¡Jamás un cristiano en peligro...

MÉRU
(a Raúl, señalando a Marcelo
¿Qué le sucede a ése?

RAÚL
Entona el canto protector de Lutero...
Siempre lo cantamos en momentos de peligro.

MARCELO
... ha recurrido a Ti en vano!
Para nuestra desdicha
el eterno tentador
se ha armado hoy, señor,
de todas sus artimañas.
¡Ven de nuevo a salvarnos!
¡Señor, ven, Señor!

COSSÉ
¿Sabéis? Cuanto más lo observo,
más me recuerda a un soldado
que vi en la muralla de La Rochelle...

MARCELO
¿Me reconocéis?

COSSÉ
¡Sí, por todos los cielos!
Mi cicatriz...

MARCELO
¡Os la hice yo!

RAÚL
¡Cielos! ¡Marcelo!

COSSÉ
¡Fue una lucha limpia!
Y para probarlo,
¡bebe conmigo!

MARCELO
¡Gracias, prefiero no hacerlo!

COSSÉ
(riéndose)
¿No bebes con un hijo del infierno?

RAÚL
¡Piedad! ¡Perdonadle!

NEVERS
Muy bien, puesto que no bebe...¡que cante!

RAÚL
Pero, señores...

NOBLES
¡Así es! ¡Que cante!

MARCELO
Con gusto.
Vais a oír un antiguo aire hugonote
que ataca a los seguidores del papa
y al sexo maldito. Bien lo conocéis pues se trata
¡de nuestro himno de batalla en la Rochelle!

RAÚL
¡Marcelo!

MARCELO
Fue entonces,
junto al redoble
de los tambores y timbales
y del pif, paf, puf de las balas,
cuando yo canté: ¡Pif, paf, pif, paf!
¡Abajo los monasterios!
¡Abajo los monjes!
¡Guerra a los hipócritas!
¡Guerra a los papistas!
¡Arrojemos sus templos infernales
a las llamas!
¡Derrotémoslos, rodeémoslos,
golpeémoslos, dispersémoslos!
¡Pif-paf, rodeémoslos!
¡Pif-paf, derrotémoslos!
Pif, paf, pif, paf!
Que lloren,
que mueran;
jamás obtendrán clemencia.
¡no, no jamás! Etc.

NOBLES
¡Ja, ja, ja!
¡Qué tipo más entrañable!
¡Perdonad si no nos asustamos!

TAVANNES
¡Gracia!

COSSÉ
¡Piedad!

MARCELO
¡Jamás tembló mi brazo
por las quejas femeninas!
¡Malditas sean las Dalilas
que condenan las almas de los hombres!
Destruyan nuestras espadas
sus encantos infernales.
A esos bellos demonios:
¡expulsadlos,
perseguidlos,
golpeadlos!
¡Pif, paf, pif-paf, expulsadlos!
¡Pif, paf, pif-paf, perseguidlos!
¡Pif, paf, pif-paf, golpeadlos!
Que lloren, que mueran;
jamás obtendrán clemencia,
¡no, no, jamás! Etc.

UN CRIADO
Alguien desea hablar con el conde de Nevers,
señor de este lugar.

NEVERS
Aunque fuera el propio rey,
¡dile que no estoy!
¡Cuando bebo no atiendo
ni al Dios del universo!

MARCELO
¡Oh, impío! ¡Blasfema!

EL CRIADO
¡Pero es una hermosa joven!

NEVERS
¿Una mujer, dices?
Realmente nunca creeríais
hasta qué punto me persiguen a diario.

UN CRIADO
Aguarda en vuestra capilla.

NEVERS
¡Que espere!

TAVANNES, COSSÉ
¡Ni hablar! Como galante caballero que soy,
corro a ocupar vuestro lugar.

MÉRU, DE RETZ
¡Iré yo!

TAVANNES, COSSÉ
¡Iré yo!

MÉRU, DE RETZ
¡Iré yo!

NEVERS
Como gustéis.
Sin embargo aguardad un instante...

(al criado)

¿Quién es, Léonard?
¿La marquesa d’Entrague o la joven condesa?

UN CRIADO
Ninguna de las dos, señor.

NEVERS
¿Es quizá madame Raincy?

UN CRIADO
No, señor, jamás la había visto

NEVERS
¡Una nueva conquista!
¡Por Dios, eso es distinto!
Corro junto a ella
aunque sólo sea por curiosidad.
Señores, dignaos excusarme, os lo ruego;
seguid divirtiéndoos,
continuad sin mí esta gozosa orgía
que el amor ha interrumpido y que,
si no me equivoco,
la amistad no tardará en recuperar.

(Nevers sale, los otros ríen y observan curiosos)

TAVANNES
¡Qué episodio tan intrigante!

DE RETZ
¡Qué suerte tan afortunada!

TODOS
¡Qué episodio tan intrigante!
Todo cede ante él y,
seguro de agradar,
disfruta de una suerte afortunada.
¡Silencio! ¡Callémonos!
¡Cómo me gustaría ser yo
el héroe de este misterio!

TAVANNES
¿Por qué no soy yo el protagonista?

THORÉ
¿Y por qué no soy yo?

TODOS
¡Qué episodio tan intrigante!

DE RETZ
Pero ¿quién será esa dama?

COSSÉ
¡Ojalá lo supiera!

MÉRU
¿No podríamos acercarnos a ella?

COSSÉ
¿No podríamos verla?

TAVANNES
Creo que conozco un medio
que no presenta peligro alguno.

(señalando a la ventana)

¿Veis esa ventana, cubierta por una cortina?
Desde ella podremos observar
el interior de la capilla

TODOS
¡Ah! ¡Qué suerte!

TAVANNES
¡Como autor del proyecto
reclamo la primicia del mismo!

(Va a la ventana y descorre la cortina)

DE RETZ
¡Habla ya!

TAVANNES
Puedo verla.

COSSÉ
¿Es hermosa?

TAVANNES
Deliciosa.

DE RETZ
(Tomando su puesto en la ventana)
Me toca a mí.

COSSÉ
(acercándose)
¡Ah! ¡Puedo verla!

THORÉ
¡Qué rasgos tan divinos!

MÉRU
¡Qué figura tan elegante!

TAVANNES
¿La conoces?

MÉRU
Para nada.

COSSÉ
¿Y tú?

DE RETZ
Yo tampoco.

TAVANNES
¿Y tú?

COSSÉ
En absoluto.

NOBLES
¿Y tú? ¡Yo tampoco!
Pero qué encanto y juventud posee...
Qué afortunado es nuestro Nevers
de tener una amante tan bonita.
¡Una amante tan hermosa!
¡Qué afortunado es!

MÉRU
(A Raúl que ha permanecido con Marcel)
¿Cómo es posible? ¿Sois el único sin interés?
¿Teméis acaso que su vista pueda dañar
el casto corazón de un hugonote?

RAÚL
Nos sobreestimáis, y la prueba de ello...

(mira por la ventana)

¡Santo cielo!

TODOS
¿Qué le ocurre?

RAÚL
Esa mujer tan joven y hermosa.
¡Es la misma que salvé, de la que les hablaba!
¡Es ella!

NOBLES
¿Es ella?

RAÚL
¡Es ella, la reconozco!

MÉRU
¿Es ella?

TAVANNES
¡Es ella?

TODOS
¡Pobre amante!
En su entusiasmo se fió de la virtud de ella
pero es otro quien ahora posee el secreto.


RAÚL
El desprecio me vengará,
¡sí, que me vengue!

TODOS
¡Pobre amante! Etc.

MARCELO
Dios todopoderoso al que adoro,
¿acaso puedes contemplar estos hechos
sin compadecerte? ¡Vamos!

RAÚL
La pérfida ha acudido en busca de otro.
El dolor de esta feroz herida es insoportable.
¡Es demasiado insultante! ¡Vamos!

MÉRU
¡Silencio! ¡Os van a oír!

TODOS
¡Vámonos! ¡Marchemos!

NEVERS
(Regresando, para sí)
¡Debo romper el compromiso que había jurado!
La reina Margarita, a través de su dama de honor,
me impone dicho sacrificio.
¡Y es mi propia prometida, en persona,
quien ha venido para implorarme!... en secreto...
¡Para cancelar nuestro compromiso matrimonial!
Como caballero, he dado mi consentimiento.
¡Pero mi corazón arde de de ira!

NOBLES
(A Nevers)
¡Honor al conquistador
cuya seducción galante
y tierno semblante
atrae a todas las bellezas!
¡Honor al conquistador!
¡Honor! ¡Honor!
Es soberano de todos los corazones
y para él,
en cualquier circunstancia,
el amor siempre le es favorable.
¡Honor al conquistador!
¡Honor! ¡Honor!

(Se ve aparecer un paje al fondo de la escena)

NEVERS
¿Qué buscas en este castillo, hermoso paje?

URBANO
¡Salud nobles caballeros! ¡Salud a todos!
Una dama noble y discreta
digna de los propios reyes,
me ha entregado un mensaje
destinado a uno de vosotros.
Sin necesidad de nombrarla,
honremos la gloria del caballero
que ella ha elegido.
Podéis creerme,
ningún caballero ha recibido jamás
tanta gloria ni fortuna.
¡No, no, jamás!
¡Ah!... No temáis,
nobles caballeros,
que mis palabras
encierren mentira alguna.
¡Salud, pues!
Que Dios proteja
vuestros combates y amores.
¡Salud, caballeros!

NEVERS
Cierto es que el mérito excesivo
puede llegar a ser tedioso, amigos míos,
pero no puedo sustraerme
a los golpes de la fortuna...

(A Urbano)

¡Dámelo!

URBANO
¿Sois vos acaso el señor Raúl de Nangis?

NEVERS
¿Qué dices?

URBANO
A él está dirigido el mensaje que traigo.

CORO
¡Ah! ¡Dios, santo!

MARCELO
Es mi señor... ¡ahí lo tenéis!

RAÚL
¿Quién? ¿Yo?

URBANO
(Presentando una carta a Raúl)
¡La carta es para vos!

RAÚL
(leyendo para sí)
"Acudid a la vieja torre, Raúl,
hacia el tardecer;
y allí, vendados los ojos
y sin pronunciar palabra.
Obedeced y dejaros conducir.
¿Osareis hacerlo, Raúl?"

(en voz alta)

Muy bien, creo que alguien
intenta burlarse de mí,
aunque le puede costar muy caro.
¡De acuerdo! ¡Sea!
Lo acepto.

(a Nevers)

Leed vos mismo.

NEVERS
¡Ah! ¡Dios santo!

MÉRU
¡Qué sorpresa!

COSSÉ
¡Es su sello!

TAVANNES
¡Y su escudo!

NOBLES, CORO
¿Será cierto?
¡Está escrita de su propia mano!
¡Qué gran fortuna la tuya!

NEVERS
(con gran gentileza, al igual que todos los demás)
Sabéis que soy vuestro amigo,
bienamado y fiel...

MÉRU
Si tuviéramos que serviros...
O Que defenderos...

DE RETZ
Sí, podéis contar con mi...

NOBLES, NEVERS
... brazo para lo que necesitéis.
Si es preciso serviros,
o si es preciso defenderos...
Sí, de nosotros, de nuestro brazo,
siempre podréis contar.
Vos sabéis que siempre
seremos vuestros amigos.
Podéis contad con nosotros
No nos olvidéis, lo habéis prometido.
Pensad en nosotros, nos lo habéis prometido.
Nosotros, por nuestra parte, pensaremos en vos.
¡No lo olvidéis!

RAÚL
¡Qué cambio tan súbito!
¿Qué puedo hacer, Dios mío?

TAVANNES
¡Todo!

CORO
¡Todo!

MARCELO
¡Todo!

URBANO
¡Todo!

URBANO, NOBLES, NEVERS
Los placeres, los honores y el poder
superarán todas vuestras expectativas.
¡Sed audaz!
Aquel que consigue atrapar el éxito
tiene derecho a disfrutar de él

NEVERS, NOBLES
¡Oh, qué gran gloria os ha sido reservada!
Hoy, la belleza os llama a su lado.

URBANO, NEVERS
¡Sed audaz! Aquel que consigue atrapar el éxito...

NOBLES
... tiene derecho a disfrutar de él.

URBANO
Ah!

NOBLES, URBANO, NEVERS
El poder corresponde
a quien tiene
el derecho de agarrarlo.
¡Sí, al que lo sepa tomar!

RAÚL
Los placeres...

MARCELO
Ved ahora...

LOS OTROS
Los placeres...

RAÚL
... los honores...

MARCELO
... ved ahora...

LOS OTROS
... los honores...

RAÚL
... ¡colmarán...

MARCELO
... ved ahora...

LOS OTROS
... ¡colmarán...

RAÚL
... todos mis deseos!

MARCELO
... la diferencia.

LOS OTROS
... todos tus deseos!

RAÚL
Tanto honor...

MARCELO
Tanto honor...

LOS OTROS
¡Ah! Pero vos...

RAÚL
... yo no puedo...

MARCELO
... no, no puedo...

LOS OTROS
... en este día...

RAÚL
... creerlo...

MARCELO
... creerlo.

LOS OTROS
¡Qué suerte!

RAÚL
... verdaderamente tanto honor...

MARCELO
¡Te alabamos, Señor!
Sansón ha vencido a los filisteos.

NOBLES, URBANO, CORO
Los placeres...

RAÚL
... ¡no puedo creerlo!

NOBLES
... los honores...

MARCELO
¡Alabado sea!
¡Alabado y ensalzado sea Dios!

NOBLES, CORO
¡Sí, gloria y dicha eternas
al vencedor,
al conquistador de las damas!
Raúl, tenéis nuestro apoyo.
¡Responded, deprisa!
El amor os reclama,
el honor os llama, etc.
Adiós, todo marcha bien.
¡Adiós, Raúl, os apoyamos!.



ACTO II


(Jardines del castillo de Chenonceaux. El río
serpentea hasta el centro del escenario, escondido
de vez en cuando detrás de los arbustos y árboles
verdes. A la derecha una escalera grande, por la
que se baja del castillo a los jardines. A la altura
del telón, la reina Margarita, rodeada de sus
damas, está terminando de peinarse. Urbano, su
paje, de rodillas delante de ella tiene en la mano
un espejo en donde la reina se mira)

MARGARITA
¡Oh, hermosa tierra de Turena!
Hermosos jardines y fuentes,
arroyos que murmuráis a vuestro paso,
¡Cómo me gusta soñar
en vuestras orillas!
¡Ah! ¡Soñar!
Hermoso bosque, ribera umbrosa,
ocultadme en vuestras orillas
para que ni el rayo ni la tormenta
puedan alcanzarme.
Que Lutero y Calvino
tiñan la tierra de sangre
con sus luchas religiosas;
ministros del cielo
cuya severa moralidad
hace que el nombre de Dios
nos llene de temor.

MARGARITA, URBANO
DAMA DE HONOR
Oscuros caprichos
y sentimientos malignos,
no os acerquéis a nuestra corte.
Bajo mi inflijo
nos comprometemos
a no rendir homenaje
sino al dios del amor.
Oscuros caprichos, etc.

MARGARITA
Sí, deseo repetir cada día
nuestros cantos de amor
a los ecos que nos rodean.

EL PAJE, CORO
DOS DAMAS DE HONOR
Los ecos que nos rodean
han aprendido todas las canciones de amor.

MARGARITA
Escuchad, escuchad, los ecos de alrededor
han aprendido todas las canciones de amor.
¡Amor, amor!

EL PAJE, DOS DAMAS DE HONOR
Amor...

MARGARITA
Sí, ya el ruiseñor...

EL PAJE, DOS DAMAS DE HONOR
... ¡Viene!...

MARGARITA
... al aire los repite...

EL PAJE, DOS DAMAS DE HONOR
... Viene!...

MARGARITA
... y los tiernos suspiros de la paloma torcaz
se pierden muriendo sobre las olas amorosas...

PAJE, DOS DAMAS DE HONOR
Oscura quimera
humor sobrio...
¡No os acerquéis a nuestra corte! Etc.

CORO
¡Sed para siempre proscritas
de estos lugares encantadores!
¡Para siempre! ¡Para siempre!
Bajo su reino...
Oscuras locuras
y gazmoñerías
¡sed proscritas!

MARGARITA
¡Ah!

TODOS
Bajo mi (su) reino
sólo se respirará
más que para sonreír
al dios del amor.

MARGARITA
...¡Al dios del amor!
Al conjuro de esta palabra la naturaleza renace.
Los pájaros lo repiten en el oscuro follaje;
el arroyo lo repite con dulce murmullo;
la tierra, las olas y el cielo
repiten nuestros cantos.

MARGARITA, CORO
Tierra y cielo repiten nuestros cantos de amor.
¡Sí, todos nuestros cantos de amor!

URBANO
(Aparte, mirando a la reina y suspirando)
¡Qué hermosa es nuestra reina!
¡Y qué fatalidad!

MARGARITA
¿De qué te quejas?

URBANO
¡De no ser más que un paje!
Un paje discreto, fiel y sumiso.

MARGARITA
¡Esa no es la opinión de nuestras damas!
Pero ¿quién viene por allí?

URBANO
La más bella de todas vuestras damas.

MARGARITA
¡Valentina! Acércate sin temor.

URBANO
¡Ella es vuestra favorita

MARGARITA
Sí, así es.
La he visto llorar y el llanto me enternece.

URBANO
Pues entonces ya no reiré más.

MARGARITA
¡Hija mía, ven!
Cuéntame el resultado de tu viaje.

VALENTINA
El conde de Nervers ha prometido, por su honor,
renunciar a mi mano.

MARGARITA
¡Bien, todo se arreglará!
Te prometo un nuevo compromiso muy pronto.

VALENTINA
¿Qué decís? ¡Oh, cielos!

MARGARITA
Pobre muchacha ¿te sonrojas?
¿Tanto le amas?

VALENTINA
Pero no debiera... ¿qué dirá mi padre?

MARGARITA
Cálmate, yo hablaré con él.

VALENTINA
Sí, pero ¿y Raúl?

MARGARITA
Él va a venir, querida.

VALENTINA
¡Oh, cielos! Yo nunca podré...

MARGARITA
¿De veras? ¿Nunca?
Está bien, entonces yo lo recibiré.

UNA DAMA DE HONOR
Venid, señora, bajo esta sombra
os protegeréis del intenso sol.
El dulce río que baña estas orillas
os ofrece su transparente y fresco refugio.

CORO DE BAÑISTAS
(Las damas que se van a bañar
se marchan para prepararse para
ello; las que ya están dispuestas,
aparecen con ropas ligeras, bailando,
corriendo y jugando en diferentes
grupos en el agua. A otras se las
ve a través del follaje bracear entre
las olas. La reina las contempla
sonriendo. Urbano se sitúa tras
unos árboles)
Jóvenes beldades,
bajo este follaje
que os otorga una dulce sombra,
desafiad al calor del día.
El seno de una ola del río,
vayamos a buscar
el frescor y la calma...
Bajo este follaje desafiad al día,
buscad la calma y el frescor.

MARGARITA
Está bien, y por que os aprecio...

(apercibiéndose de la presencia de Urbano)

¿Qué haces ahí, Urbano?
¿Qué haces ahí?

URBANO
¿Quién ¿Yo?
Espero las órdenes de Madame.

MARGARITA
Me había olvidaba de ti.
Por poco te confundo con una de mis damas...
Ahora puedes marcharte, buen paje...
¡Rápido! ¡Márchate!

URBANO
¡Oh, qué lástima tener que irme ahora!...
¡Que lástima!

(Sale lentamente)

CORO
Jóvenes beldades, bajo este follaje...
Ved este río que murmura;
ved, ved esta suave cañada
en el seno de sus puras aguas
id a buscar la calma y el frescor...

MARGARITA
(A Urbano que aparece en lo alto de la escalera)
¿Otra vez? ¡Urbano, qué audacia!

URBANO
¡No soy yo! ¡Es un caballero!

CORO
¡Un caballero! ¡Un caballero!

URBANO
¡No tengáis miedo!
Un espeso velo le cubre los ojos.

MARGARITA
Que venga: ¡es Raúl!

URBANO
Él no sabe a que trampa le están arrastrando.

MARGARITA
¡Es él! Todo secunda mis planes.

VALENTINA
¡Ah! ¡Huyamos de su mirada!

MARGARITA
¡No, quédate! ¡Te lo ordeno!

CORO
¡Aquí está! ¡Silencio!
Avanza tembloroso.
Quizá tiene miedo.
¡Qué encantador!
¡Qué risa! ¡Tiene miedo!
Si bajo su fino vendaje,
adivinara el peligro
que le amenaza en este lugar
se sentiría feliz.
Pero su juramento
nos protege de él
y nos oculta
de su mirada indiscreta.

URBANO
(devorando con la mirada a las damas)
Gracias a él
se han olvidado de mí
y puedo contemplar los peligros
que ocultaban a mis ojos.

MARGARITA
(A las damas)
Debo hablar con él.
¡Dejadnos solos!

URBANO
(Aparte)
¡Ah! ¿Quién no sentiría celos
de semejante destino?

DAMAS
Sí, partamos en silencio.
Su corazón late ansioso.
¡Quizá tiene miedo!
¡Qué encantador!
¡Qué risa, tiene miedo!
¡Partamos en silencio!
Si bajo su fino vendaje,
adivinara el peligro
que le amenaza en este lugar
se sentiría feliz.
Pero su juramento
nos protege de él
y nos oculta
de su mirada indiscreta.

URBANO
¡Ah!

MARGARITA
¡Vamos, vamos! ¡Dejadnos solos!

DAMAS
Sí, ¡partamos, en silencio!

MARGARITA
Tanta confianza, caballero, merece su premio.
Voy a libraros de vuestro juramento.
¡Destapaos los ojos!

RAÚL
¡Cielos! ¿Dónde estoy?
¿No será esto una alucinación?
Divina hermosura,
¡oh, beldad que reináis en estos lugares!
hablad, os lo suplico, seáis mortal o diosa.
¿Estoy en la tierra o en el cielo?
¡Hablad, hablad!. Os lo suplico, ¡respondedme!

MARGARITA
(Para sí)
¡Ah, puedo imaginar
el desasosiego que siente el objeto de su amor!
¡Qué atractivo es!
Nunca, ni reinas ni princesas,
han podido elegir mejor. ¡No, no, jamás!

(A Raúl)

Un caballero galante debe vivir para su dama
y serle fiel en la ausencia.
¡No debe apartarse de ella
ni el grueso de un cabello!

RAÚL
(Para sí, con voz concentrada)
Me parece que es ella;
el lugar, la hora... todo me recuerda
a esa mujer infiel y perjura,
de mis dulces recuerdos,
el lugar, la hora...
¡Ah, el amor!

MARGARITA
Un caballero galante debe vivir para su dama, etc.
¡Debe vivir para su dama!
¡No debe apartarse de ella
ni el grueso de un cabello!
¡Debe vivir para su dama!
¡Ah, el amor!

RAÚL
Aceptad como siervo a este humilde caballero.

MARGARITA
Necesito otra prueba más de vuestra obediencia.

RAÚL
¡Os lo juro de rodillas!
¡Hablad!
Me someteré a vuestros deseos.
Cumpliré todas vuestras órdenes

MARGARITA
¡Ah!..¡Ah!...

(para sí)

Si yo fuera coqueta,
¡cielos!
qué conquista haría sin tardanza.
Pero no, no;
la dama que él ha elegido
confía en mí.
Debo atraerle para ella
y no para mí.

RAÚL
¡Vuestras son mi alma y mi vida!
¡Mi espada y mi brazo!
¡Vuestras, mi alma y mi vida!.
¡Mi espada y toda mi sangre!
Seré feliz de desafiar a la muerte por mi Dios,
¡por mi Dios y por mi dama!

MARGARITA
¡Cuánto aprecio el ardor que le inflama!

RAÚL
¡Vuestras, mi alma y mi vida!

MARGARITA
¡Cuánto aprecio el ardor que le inflama!

RAÚL
¡Vuestra es toda mi sangre!

MARGARITA
Calmaos, puesto que mi único deseo
es haceros feliz.

RAÚL
¡Seré vuestro para siempre!

MARGARITA
¡Ah, si yo fuera coqueta!...etc.

RAÚL
(Aparte)
Sí, esta conquista
servirá para castigar
a la veleidosa
que me traicionó. ¡Sí!

(A Margarita)

Un nuevo ardor me inflama
y para siempre mi fiel corazón
vivirá bajo sus designios.
¡Sí, bajo sus designios!

URBANO
¡Señora!

MARGARITA
¡Demontre, otra vez el paje!

URBANO
Los nobles del condado acuden
para rendir homenaje a Vuestra Majestad

RAÚL
¡Cielos!

MARGARITA
Sí, es cierto. ¿Acaso no prometisteis obedecerme?
Muy bien, pues quiero otorgaros un enlace ilustre.
Los planes políticos de mi madre y del Rey
apuntan a unir a protestantes y católicos.
Colaboraré con su esfuerzo
dándoos aquí a la rica y atractiva
hija única del conde de Saint-Bris,
vuestro antiguo enemigo,
el cual desea olvidar los odios familiares
al unirse a vos.

RAÚL
¿Quién? ¿Él?
¡Podéis contar con mi fe!.

MARGARITA
¡Bien! A este precio os ligo a mi persona.

RAÚL
¡Sois demasiado bondadosa!

URBANO
Sí, demasiado bondadosa, ya lo veo,
para todo el mundo menos para mí.

(Toda la Corte, católicos y protestantes, entran)

MARGARITA
He querido, caballeros que fuerais testigos
de un feliz compromiso dispuesto por mí.

CORO
¡Gloria a la más hermosa! ¡Gloria!
Nos apresuramos a acudir a vuestra presencia
pues es como acudir al placer.

MARCELO
(Aparte a Raúl)
¡Ah! ¿Qué escucho?
¿Habéis pedido la mano de una Madianita?

RAÚL
¡Calla!

MARCELO
Su casa es la casa del pecado.

RAÚL
¡Cállate!

MARGARITA
(A Saint-Bris y a Nevers)
Mi hermano, Carlos IX,
consciente de vuestra lealtad,
quiere que acudáis, ambos,
a Paris esta noche
en relación con cierto proyecto que ignoro.

NEVERS, SAINT-BRIS
Nos sometemos a sus deseos.

MARGARITA
¡Sí! Pero antes lo haréis a los míos.
Por este matrimonio, renunciaréis a todo odio.
Al pié del altar juraréis los tres guardar paz eterna.
¡Juradlo solemnemente!

(Al resto de los caballeros)

¡También vosotros caballeros!
De tal modo que a todos una el mismo juramento.

RAÚL, SAINT-BRIS, NEVERS
Por el honor y el nombre
de mis antepasados...

NOBLES
¡Lo juramos!

RAÚL, SAINT-BRIS, NEVERS
Por el rey, y esta espada confiada a mi brazo...

NOBLES
¡Lo juramos!

RAÚL, SAINT-BRIS, NEVERS
Por el Dios que conoce
y castiga a los perjuros…

NOBLES
¡Lo juramos!

RAÚL, SAINT-BRIS, NEVERS
Ante vos nos juramos eterna amistad.

MARCELO
(Aparte)
Por Lutero y la fe que tengo en mis maestros.
¡Sí, juramos!
Por la cruz y la espada confiada a mi brazo.
¡Sí, juramos!
Guerra a muerte a Roma,
a sus soldados y ministros. ¡Sí, juramos!
¡Que nunca haya entre nosotros
ni amistad ni piedad!

TODOS salvo MARCELO
Por el honor y el nombre
de mis antepasados.
Por el Dios que castiga a los traidores.
Delante de vosotros,
nosotros nos juramos eterna amistad.

MARCELO
(Aparte)
Por Lutero, por el Dios a quien yo sirvo.
Por la cruz y por esta espada a mí confiada.
¡Ah! Juramos que entre nosotros
¡jamás amistad ni piedad!

RAÚL, SAINT-BRIS, NEVERS
Providencia, tierna madre,
haz descender sobre la tierra
la concordia que nos haga
hermanos y amigos...
¡Sí, hermanos y amigos!

MARCELO
(Aparte)
Providencia, tierna madre,
haz descender sobre mi señor tu luz
para que vuelva con sus hermanos,
tus hijos...
¡Oh, cielos de justicia!
Iluminadle para que vuelva
con tus hijos

MARGARITA
¡Que el cielo se digne
escuchar y bendecir por siempre
estos juramentos!

UNA DAMA
¡Cielo, escuchar y bendice estos juramentos!

RAÚL, NEVERS
¡Lo juramos, sí, ante de vos, nos juramos amistad!

SAINT-BRIS
Delante de vos juramos amistad para siempre.
¡Sí, sí, nos juramos amistad para siempre!

MARCELO
(para sí)
¡Guerra, guerra a muerte y ni amistad ni piedad!
¡Sí, sí, nos juramos para siempre guerra a muerte!

DAMAS
¡Dios, bendice estos juramentos!

NOBLES
¡Lo juramos!... ¡Que Dios lo bendiga!

MARGARITA
(A Raúl)
Y ahora debo presentaros
a vuestra encantadora prometida, gracias a la cual
os será fácil cumplir vuestro juramento.

(Saint-Bris reaparece conduciendo a Valentina)

RAÚL
¡Oh, Dios mío! ¿Qué ven mis ojos?

MARGARITA
¿Qué ocurre?

RAÚL
¿Qué?... ¡Es ella!...
¡Ella quien me es ofrecida!.

MARGARITA
Y el amor y el matrimonio.

RAÚL
¡Traición! ¡Perfidia!
¿Yo, su esposo? ¡Jamás! ¡Jamás!

TODOS
¡Cielos!

RAÚL
¡Traición! ¡Perfidia!
¿Cómo soportar tal insulto?

NEVERS, SAINT-BRIS
¡Ah, siento mi cuerpo temblar
de vergüenza e ira!

MARGARITA Y LOS DEMÁS
¡Oh, furia! ¡Oh, locura!
¿A qué se debe este insulto?

MARGARITA, VALENTINA
URBANO, DAMAS
¿Qué locura le induce a romper este lazo?
¿Acaso la fuerza seductora de algún capricho
ha venido a arrebatarle el corazón?

RAÚL
¡Renuncio para siempre a una unión vergonzosa!
¡No habrá boda! Y fiel a mi honor,
me río abiertamente de los gritos de cólera.

SAINT-BRIS, NEVERS
A mí me corresponde destruir al enemigo;
necesito sangre para aplacar mi furia,
castigar esta afrenta y vengar mi honor.

MARCELO
¡Sí, mi corazón aplaude tu valor, querido Raúl!
Cual caballero cristiano sólo escuchas a tu honor
y te ríes abiertamente de sus gritos...
¡Sí, te ríes de sus gritos de furia!

DAMAS
¿Por qué rompe así el compromiso que le ata?
Esta afrenta reclama sangre.
¡Hoy, el honor, castigará a ese hombre cruel!

NOBLES
¿Por qué rompe así el compromiso que le ata?
Esta afrenta reclama sangre.
¡Hoy, el honor, castigará a ese hombre cruel!

VALENTINA
¿Qué he hecho para merecer tan grave insulto?
¡El valor parece haberse helado en mi corazón!

RAÚL
¡Oh, dolor! ¡Oh, triste suerte!
¡Cómo me veo infamado!...

NEVERS, SAINT-BRIS
Me estremezco y tiemblo
lleno de vergüenza y rabia,
necesito su sangre
para calmar mi ira, etc.

MARCELO
Sí, mi corazón aplaude el coraje de Raúl...

CORO
Esta afrenta necesita sangre...

MARGARITA, URBANO
VALENTINA, DAMAS
La fuerza seductora de algún capricho...

RAÚL
¡No habrá enlace, digo! Y fiel al honor, etc.

MARCELO
¡Señor, sois la fuerza y el único apoyo...

MARGARITA
Haberla rechazado...

RAÚL
¡Estoy en mi derecho!

MARCELO
... de este hombre débil que os adora!

MARGARITA
¡Decidme el motivo!

RAÚL
Este matrimonio... ¡nunca!...
pues perdería mi honor.

MARGARITA
¡Oh, furia! ¡Oh, locura!
¿A qué se debe este insulto?
¿Qué locura le impulsa a romper estos nudos?

RAÚL
¡Oh, dolor! ¡Oh, triste suerte!
¡Cómo me veo infamado!...

SAINT-BRIS
Me estremezco y tiemblo de vergüenza y rabia...

NEVERS, SAINT-BRIS
(A Raúl, que se prepara a seguirlos)
¡Salgamos! ¡Que muera a nuestras manos!

CORO
Esta afrenta necesita sangre...

RAÚL
¡Mi corazón se mantiene firme!

MARGARITA
¡Deteneos!
No habrá nuevos insultos en mi presencia.
¡Raúl, dadme vuestra espada!

(A Saint-Bris y Nevers)

Y vosotros, ¿Olvidáis que el rey os reclama
para acudir a su lado?

RAÚL
Les seguiré

MARGARITA
¡No, quedaros aquí, cerca de mí!

SAINT-BRIS
Tiene suerte el cobarde de que la mano real
le conceda tal privilegio.

MARGARITA
¿Cómo os atrevéis!

RAÚL
(Con voz sofocada a Saint-Bris y Nevers)
Es a vosotros a quien ella protege
al desarmarme...

SAINT-BRIS
Es inútil que intenten encadenar mi valor...

RAÚL
...y pronto os daré alcance.

MARGARITA
¿Cómo os atrevéis? . ¡Estáis suscitando mi cólera!

VALENTINA
¿Qué he hecho yo para merecer esta afrenta?

NEVERS, SAINT-BRIS
¡Yo sabré encontrar al enemigo, al ofensor!

MARCELO
¡Sí, mi corazón aplaude a Raúl por su coraje!

CORO
Es en vano que pretendan amordazar su coraje.
¡Qué locura!
¡Sabrá encontrar el enemigo que le ultrajó!
¿De dónde viene este ultraje?

MARGARITA, URBANO
VALENTINA, DAMAS
¡Oh, furia! ¡Oh, locura!
¿A qué se debe este insulto?
¿Qué locura le impulsa a romper estos nudos?
¿Qué le ocurre?

RAÚL, NEVERS
En vano pretenden amordazar mi coraje.
¡Sabré encontrar el enemigo que me ultrajó!

SAINT-BRIS
¡Qué, locura! ¿De dónde viene este ultraje?

TODOS
¡Partamos! ¡Alejémonos!

MARGARITA, URBANO
VALENTINA, DAMAS
¡Oh, qué triste suerte! ¡Oh, destino fatal!...

RAÚL, NEVERS
SAINT-BRIS, MARCELO
¡Vámonos! ¡Partamos! ¡Alejémonos!
Él sabrá encontrar al enemigo
que le ofendió.

CORO
¡Nada salvará a Raúl!
¡Partamos!¡Partamos! ¡Salgamos de aquí!
Él sabrá encontrar al enemigo que le ofendió.

RAÚL
Sí, más tarde comprobaréis mi valor,
¡Rechazaré vuestra ofensa y vengaré mi honor!

NEVERS, SAINT-BRIS
¡Ah, partamos! Mi justo furor
castigará a un pérfido y vengará mi honor.

MARCELO
¡Ah! ¡Ven, partamos!
¡En su justo furor,
Dios sabrá encontrar al pérfido
y vengar tu honor!

CORO
¡Esta afrenta requiere sangre!
¡Para lavar su honor se debe castigar a un pérfido!

MARGARITA, VALENTINA
URBANO, DAMAS
¡Ay de mí!¡Ay de mí!

MARCELO
Tú que nos defiendes... ¡Dios mío!

MARGARITA, LOS OTROS
¡Iros, partid, alejaros!

MARGARITA, URBANO, DAMAS
¡Qué locura! ¡Qué locura!
¿De dónde viene este ultraje?

VALENTINA
¿Qué he hecho para merecer este ultraje?.

LOS OTROS
¡En vano se quería amordazar su coraje!

MARGARITA, URBANO
Para romper todo los nudos...

VALENTINA
¡El valor parece haberse helado en mi corazón!
El honor y el amor se pierden al tiempo.
Para mi ya no habrá esperanza ni felicidad.



ACTO III


(Mes de agosto en un prado, llamado de los
Clérigos, que se extiende hasta el Sena. A la
izquierda en primer plano, una taberna donde
están sentados unos estudiantes católicos; a la
derecha, otra taberna con soldados hugonotes
bebiendo y jugando a los dados. En segundo
plano a la izquierda, una capilla. En el centro,
un inmenso árbol que proyecta sombra sobre
el prado. Al alzarse el telón, empleados de la
Basoche y los jóvenes charlan y pasean. Obreros,
comerciantes, marionetas, músicos ambulantes,
monjas, burgueses. Son la seis de la tarde)

CORO DE PASEANTES
Hoy es domingo,
el día de descanso;
y todos, alegres
olvidamos el trabajo.
Hoy es domingo...
¡Tra la, la, la, la!...

SOLDADOS HUGONOTES
¡Rataplán, rataplán, etc.

BOIS-ROSE, SOLDADOS
Y tomando su sable de batalla
con el que derribaba
fortalezas y murallas, él dijo:
¡Soldados de la fe, seguidme, seguidme!
Yo soy vuestro viejo capitán. ¡Rataplán!
¡Os llevaré a la victoria! ¡Rataplán!
¡Os llevaré al paraíso, amigos míos!

SOLDADOS
¡Rataplán, rataplán, etc.
¡Viva la guerra!
Amigos,
brindemos
por nuestro padre.
¡Por Coligny!
¡Viva Coligny!
¡Viva Coligny!

(Entra el cortejo nupcial católico de Nevers
y Valentina que se dirige a la capilla)

JÓVENES Y DAMAS CATÓLICAS
¡Virgen María, salve!
¡Seas bendita, salve!
¡Tu voz intercede por los pecadores, salve!
Reina de la gracia,
por vuestra merced se nos borran
hasta las últimas huellas de nuestros sufrimientos.
¡Ah! ¡Virgen María seas bendita!

MARCELO
¿El señor Saint-Bris?

HOMBRES CATÓLICOS
(En voz baja para no disturbar la procesión)
No es el momento apropiado para hablar con él.

MARCELO
¿Por qué no?

HOMBRES CATÓLICOS
¡Inclina tu frente!

MARCELO
¿Y por qué habría de hacerlo?
¡No creo que Dios esté ahí!

(Marcel se pierde entre la gente)

HOMBRES CATÓLICOS
¡Impío!

BOIS-ROSÉ
¡Tiene razón!

BOIS-ROSE, SOLDADOS
¡Rataplán, rataplán...

MUJERES CATÓLICAS
Virgen María,
¡seas bendita!
Tu voz intercede
por los pecadores.

BOIS-ROSE, SOLDADOS
¡Viva la guerra!
Bebamos, amigos,
por nuestro padre
Coligny.

HOMBRES CATÓLICOS
¡Profanos! ¡Impíos!
Tenéis los corazones endurecidos.

CORO DE CATÓLICOS
¡Profanos, impíos!
Os deberían quemar aquí mismo
para que llegarais más rápido al infierno.

SOLDADOS
¡Rataplán, rataplán...

(Entra un grupo de gitanos)

DOS GITANAS
¡Venid, venid!
Vosotros que deseáis
saber con antelación
si el destino os sonreirá,
pagad y nuestra ciencia os lo dirá.
Somos alegres criaturas de Bohemia
y el propio cielo
se abre a nuestros ojos.
Bellezas coquetas,
señores galantes,
jóvenes muchachas,
jóvenes amantes...
¡Tra, la, la, la!

ESTUDIANTES, SOLDADOS
¡Lindas gitanas,
venid a bailar con nosotros!
¡Sí, gentiles gitanas,
venid a bailar con nosotros!

Ballet gitano

(Saint-Bris, Nevers y otros salen de la capilla)

NEVERS
(A Saint-Bris)
Valentina, antes de cumplir el voto solemne,
me ha pedido quedarse orando al pié del altar.
He consentido en ello y,
junto con mis numerosos amigos,
regresaré a buscar a mi futura esposa
para conducirla con gran pompa hasta mi casa.

SAINT-BRIS
Gracias a este noble enlace
podré limpiar el insulto de Raúl... aunque no olvidarlo.
Y si tengo la oportunidad de tenerlo a tiro...

MARCELO
Por orden de mi señor
vengo a entregar esta carta
al señor Saint-Bris, y yo que...

SAINT-BRIS
¡Dádmela!
¡Raúl! ¡Raúl! ¡Por fin regresa!

MARCELO
¡Con la Reina!
Los tres acabamos
de abandonar Turaine
y estamos entrando en París.

SAINT-BRIS
¡Al cielo doy gracias por ello!
Osa retarme... ¡Me envía un desafío!

MARCELO
¡Cielo Santo! ¿Qué acabo de oír?

SAINT-BRIS
Vendrá hoy mismo al Prado de los Clérigos,
cuando las sombras del atardecer
despejen este lugar.

MAUREVERT
Aquí mismo acudirá.

SAINT-BRIS
Un Dios vengador lo hace venir.
¡No saldrá con vida!.
¡Le esperaremos!

(en voz baja, a Maurevert)

Ocultemos esta carta a mi yerno.
No debe arriesgarse a combatir
en el día de su boda.

MAUREVERT
¡Ni tampoco vos!
¡ El cielo justifica otros medios
de eliminar a un impío!

SAINT-BRIS
¿Cuáles?

MAUREVERT
¡Dios, así lo quiere!
Venid, y ante Él conoceréis
el proyecto que hoy
se está fraguando.

UN ALGUACIL
¡A casa, ciudadanos de París!
¡Regresad todos al hogar!
¡Que cesen los ruidos!
Abandonad este lugar
pues es la hora
del toque de queda.

CORO
¡Marchémonos a casa, ciudadanos de París!
¡Regresemos todos al hogar!
¡No hagamos ruido!
Abandonemos este lugar
pues es la hora
del toque de queda.

(Todos se alejan y el Prado queda desierto)

MAUREVERT
(Saliendo de la capilla junto con Saint-Bris)
¡Está decidido! ¿Me has comprendido?
En este lugar, en una hora.
¡Podéis contar con nuestros amigos!

(Maurevert y Saint-Bris se marchan)

VALENTINA
(Saliendo de la capilla)
¡Oh, terror!
Tiemblo al sonido
de mis propios pasos!
¿No me engañarán
mis sentidos?
Oculta a todas las miradas
tras una columna
acabo de escuchar
el relato de un complot infame.
¡Su vida corre peligro!
¡Debo salvarle!
No por él, buen Dios,
sino por el honor de mi padre.
Sin embargo, ¿cómo prevenir a Raúl?

(Entra Marcelo)

MARCELO
¡Le esperaré!
Tomaré parte en la lucha
y moriré si él muere.
Aquí, en la soledad nocturna
¿qué es ese ruido que percibo?
La prudencia aconseja
vigilar de lejos sin hacer ruido.

VALENTINA
¡Ah, Dios mío, contempla mi angustia!
Este es el lugar y la hora avanza.
¿Cómo, sin embargo,
podría hacer para prevenirle?

MARCELO
¿Quién anda ahí?

VALENTINA
¡Qué alegría, es la voz del buen Marcelo!
¡Marcelo!

MARCELO
¿A esta hora y en este lugar, mi nombre?
¿Quién anda ahí?

VALENTINA
¡Ven aquí!

MARCELO
¡Alto!
¡La contraseña o eres hombre muerto!

VALENTINA
¡Raúl!

MARCELO
¿Raúl? ¡Eso es suficiente!
Avanzad... ¡Es una mujer!
¡Y con el rostro cubierto!

VALENTINA
¿Tienes miedo?

MARCELO
¿Quién? ¿Yo? ¿Miedo yo?
No, no, ya lo sabéis:
soy Marcelo,
la vieja espada de Israel,
¡el terror de vuestras Babeles!

VALENTINA
¡Escúchame!
Raúl tiene que acudir a este lugar.

MARCELO
Lo sé.

VALENTINA
Para librar un duelo.

MARCELO
Cierto... contra un villano,
y para vengar su honor
Dios sabrá defenderlo.

VALENTINA
Que no acuda a la cita
si no es bien acompañado.
¡Ah! El ingrato ha asestado un golpe fatal
a mi corazón tierno y fiel.
Pese a ello, su imagen cruel
vive aún en mi corazón destrozado.
Pero deseo salvarle.
¡Como hizo él un día conmigo!

MARCELO
¡Corro a avisarle,
a salvarle, a defenderle!
Pero, olvidaba que
ya no está en su alojamiento.
Al partir me dijo
que le esperara aquí.
¿Dónde encontrarle ahora?
¿Y cómo avisarle del complot?

VALENTINA
Y después, para olvidarle,¡ moriré!

MARCELO
Si durante mi ausencia
se lanza contra él toda la banda,
acorralado por las espadas asesinas, ¡morirá!
Solo e indefenso,
morirá llamando a su Marcelo...
¡Ah, debo esperarlo!
Pero, ¿qué podré lograr yo solo frente a ellos?
¡Tan solo morir sobre su cadáver
cual fiel servidor!

VALENTINA
¡Ah, para olvidarle, moriré!
Sí, el ingrato ha herido mi tierno corazón
y su imagen está aún viva en mi corazón.

MARCELO
Dios topoderoso,
contempla mis lágrimas y mi angustia mortal.
Apiádate de este anciano que te adora.
¡Contempla mi angustia! ¡Piedad, piedad!

VALENTINA
Me has comprendido... ¡Adiós!

MARCELO
¡No!... ¿Quién sois? ¡Hablad!

VALENTINA
Soy...

MARCELO
¿Si?

VALENTINA
Soy...
¡Oh, Marcelo, una mujer que le adora
y que morirá por salvar su vida!

MARCEL
¿Será posible? ¿De veras?

VALENTINA
¡Ah, no podéis saber ni comprender mi tormento!
Las palabras no pueden expresar
el tormento en que se alternan
la fe, el amor y el deber.
Para salvar tan amada vida
estoy traicionando honor y padre.
Mas imploro el perdón de un Dios
que conoce todos los corazones.

MARCELO
No os arrepintáis, noble joven,
de una devoción en la que brilla el honor.
No lloréis.
Marcelo, hija mía, os bendice sinceramente.
La humilde oración de un anciano
es un bálsamo consolador.
¡Dios oirá mis súplicas
y atenderá tu petición!

VALENTINA
No podéis saber ni comprender
mi tormento, etc.

MARCELO
Me habían dicho que las mujeres
tenían la mirada tan falsa como el alma,
pero esta pasión, esta inocencia,
¡proceden del paraíso!
No lloréis hija mía.
¡No, no, no lloréis!

VALENTINA
... confío en un Dios
que conoce todos los corazones.

(Valentina se refugia en la Capilla)

MARCELO
Algún peligro le amenaza pero ignoro cuál.
¡Alerta, viejas piernas!
¡Salvemos a Benjamín de su suerte!

(Ve venir a Raúl, Saint-Bris y sus secuaces)

¡Cielos! ¡Es él!... ¡Y también su Judas!

SAINT- BRIS
(A Raúl)
¡Llegáis a la vez que nosotros!
¡Muy bien!

RAÚL
¿Dudabais acaso de mi determinación?

MARCELO
¿Cómo podré malograr los planes de ese traidor?

RAÚL
¿Estás aquí, mi buen Marcelo?

MARCELO
Sí...

(susurra al oído de su señor)

Ha descendido un ángel
para anunciarme la tormenta.
Señor, os habéis introducido en una trampa.

RAÚL
¿Te has vuelto loco, Marcelo?

(a los secuaces de Saint-Bris)

Señores, anunciad las reglas de este combate leal
del que habéis de ser testigos.
¡Confío en la justicia de mi causa!

TAVANNES, DE RETZ
¡No tengo dudas!

COSSÉ MÉRU
¡No tengo dudas!

TODOS
¡Confío en lo justo de mi causa!

RAÚL
Para vengar sus insultos...

TODOS
¡Que sea el acero quien decida entre nosotros!

Sólo necesito
un buen acero y valor.
¡Cada uno para sí
y Dios para todos!.

RAÚL
¡Confío en lo justo de mi causa!

TAVANNES, DE RETZ, COSSÉ MÉRU
¡Confío en lo justo de mi causa!

MARCELO
(Aparte, llorando de dolor)
¡Oh, qué amargura para un pobre anciano!
Llora, Marcelo, pues Dios nos abandona.
¡Pobre Raúl, le han traicionado!
¡Piedad, Dios mío! ¡Salva a mi hijo!

TAVANNES, DE RETZ, COSSÉ MÉRU
Ocurra lo que ocurra y pase lo que pase,
nos atacaremos a la vez en igual número,
tres contra tres,
hasta que la muerte decida.
¡Sí, lucharemos!

RAÚL, TAVANNES, COSSÉ
De acuerdo.

DE RETZ, MÉRU
Comprendido.

MARCELO
(Llorando)
¡Pobre Raúl le han traicionado!
¡Piedad, Dios mío, salva a mi hijo!

TAVANNES, COSSÉ
(testigos de Saint- Bris)
Nadie, sino nosotros,
participará en el combate.

DE RETZ, MÉRU
(Testigos de Raúl)
Ninguno otro, salvo nosotros,
debe tomar parte en el duelo ¡no, no!

RAÚL, TAVANNES, COSSÉ
De acuerdo.

SAINT-BRIS, TAVANNES, COSSÉ
Comprendido.

TAVANNES
A quien caiga bajo la espada...

TODOS
... ¡ni gracia, ni cuartel!

RAÚL, TAVANNES, COSSÉ
De acuerdo.

SAINT-BRIS, DE RETZ, MÉRU
Comprendido.

RAÚL
De acuerdo.

SAINT-BRIS
Comprendido.

TODOS
Confío en lo justo de mi causa.
Para vengarme del que me ofendió,
sea la espada el único juez.

MÉRU, SAINT-BRIS
¡Ah, me parece que están temblando!

LOS OTROS
¡Despreciemos tal insulto!

MÉRU, SAINT-BRIS
¡Más valor y menos prudencia!

LOS OTROS
¡Malditos, en guardia!

TODOS
¡Terminará pronto este combate!

MÉRU, SAINT-BRIS
¡Ah, me parece que están temblando!

LOS OTROS
¡Despreciemos tal insulto!

COSSÉ, MÉRU, SAINT-BRIS
¡Derribémoslos con nuestros golpes!

RAÚL, TAVANNES, DE RETZ
¡Adelante caballeros, en guardia!

TODOS
¡Que caigan bajo nuestros golpes!

MÉRU, SAINT-BRIS
¡Sólo escucho la voz de mi furia!

LOS OTROS
¡Buena espada y coraje!
¡Cada uno para sÍ
y Dios para todos!

DE RETZ, SAINT-BRIS
¡Desafían la ira celestial!
¡El cielo está de nuestra parte!

TODOS
¡En guardia, en guardia!
¡Ellos deben caer bajo nuestros golpes!

MARCELO
¡Deteneos! ¿No oís esos pasos?.
Las sombras no permiten distinguir
su número ni su fuerza

(A los que se aproximan)

¡Caminantes nocturnos!
¿Qué buscáis aquí?

MAUREVERT
¿Y a ti, qué te importa?

(Distinguiendo a Marcelo, Raúl y sus padrinos)

¿Qué veo? ¡Cielos, qué perfidia!
¡Hugonotes enfurecidos
que osan atacar en desigual número
a uno de los nuestros!
¡A mí, a mí, defensores del Dios verdadero!

MARCELO
¡Es una traición! ¡Monstruos!
¡Dios os contempla!

SOLDADOS HUGONOTES
(dentro de a taberna)
¡Rataplán, rataplán plan plan etc.
¡Viva la guerra! ¡Bebamos amigos, sí!

MARCELO
(Golpeando la puerta de la taberna)
¡Por Coligny! ¡Defensores de la fe!
¡Todo Israel se levanta! ¡Victoria!
¿Por fin, Dios mío, concederás
la victoria a nuestras armas?

SAINT-BRIS
(Gritando hacia la taberna de los estudiantes)
¡A mí! ¡A mí, valientes estudiantes!
¡Acudid, acudid!
¡Traición, perfidia ¡Corred!

UN ESTUDIANTE
(a la izquierda)
¡Sí, vayamos todos!

SOLDADOS HUGONOTES
ESTUDIANTES CATÓLICOS
¡Aquí estamos, aquí estamos!
¡Atrás, felones!

ESTUDIANTES CATÓLICOS
¡Retroceded! ¡Retroceded, caballeros!

SOLDADOS HUGONOTES
¡A vuestras aulas! ¡A vuestras aulas, escolares!

ESTUDIANTES CATÓLICOS
¡Beatos!
¡Regimiento de hechiceros!

SOLDADOS HUGONOTES
¡Envainad vuestras espadas,
soldados meapilas!

ESTUDIANTES CATÓLICOS
¡Vaya con el honor calvinista!

SOLDADOS HUGONOTES
¡Al diablo con los papistas!

ESTUDIANTES CATÓLICOS
¡Los paganos, a la pira!

SOLDADOS HUGONOTES
¡Al diablo con los fanáticos!

TODOS
¡Abajo con los beatos! ¡Abajo con ellos!
¡Los paganos a la pira!

MUJERES CATÓLICAS
¡Vosotras cenáis en las barracas con los impíos!

MUJERES HUGONOTES
¡Y vosotras bailáis en la taberna
con los estudiantes!

MUJERES CATÓLICAS
¡Ah! ¡Id a esconderos, desvergonzadas!

MUJERES HUGONOTES
¡Cerrad la bocaza, impertinentes!

MUJERES CATÓLICAS
¡Caprichitos de los hugonotes!

MUJERES HUGONOTES
¡Tesoritos hipócritas!

TODAS
¡Escondeos, deshonradas!...
¡Callaos, desapareced!...
¡Mucho cuidado! ¡Ni una palabra más!


SOLDADOS
¡Envainad vuestras espadas!
¡Escolares a la escuela!
¡Vaya con el honor calvinista!
¡Muerte a quien se resista!
¡Dios así lo quiere! ¡Ni una palabra más!

MUJERES CATÓLICAS
¡Caprichitos de los hugonotes!
¡Mucho cuidado, ni una palabra más!
¡Deshonradas, escondeos!
¡Ya estamos hartas!
¡Mucho cuidado!
¡Ni una palabra más!

ESTUDIANTES
¡Beatos!
¡Volved las riendas!
¡Honor de los calvinistas!
¡Muerte a quien se resista!
¡Ni una palabra más!

MUJERES HUGONOTES
¡Tesoritos hipócritas! ¡
Mucho cuidado, ni una palabra más!
¡Callad, desapareced!
¡Ya estamos hartas! ¡Escondeos!
¡Ni una palabra más puesto que Dios lo quiere!

TODOS
¡Muerte a quien se resista!
¡Ah, Dios lo quiere!
¡Ni una palabra más puesto que Dios lo quiere!

(Margarita entra a caballo con guardias y pajes)

URBANO
¡Deteneos! ¡Respetad a la reina de Navarra!

MARGARITA
¡Cómo! ¿En el mismísimo París, bajo los ojos
de mi hermano, debo soportar vuestros excesos?
¿Acaso no puedo regresar a mi palacio sin
toparme a cada paso con la discordia y la guerra?

SAINT-BRIS
¿Quiénes son responsables?
¡Aquellos cuya traición
obliga a exigir justicia!

RAÚL
(Señalando a Saint-Bris)
La culpa es de él, que sin motivo alguno,
es culpable del más criminal de los ataques.

MARGARITA
¡Cielos! ¿A quién creer?
¿Quién tiene pruebas de lo que dice?

MARCELO
(Señalando a Saint-Bris y Maurevert)
¡Yo puedo demostrarlo!
Ellos son: querían asesinar a mi señor

SAINT-BRIS
¡Mentira! ¡Mentira!

MARCELO
(viendo a Valentina salir de la capilla)
Hace poco una mujer
me reveló su odioso complot.
¡Aquella de allí es!

SAINT-BRIS
¡Mi hija!
¡Ah, pérfida!

RAÚL
¡Cómo es posible!

MARGARITA
¡Raúl, lo sabréis todo!

VALENTINA
¡Por todos los cielos, señora!

RAÚL
¿Y esa traición ha ocurrido a la luz del día,
en casa de Nevers, y ante mis ojos?

MARGARITA
¡Ella ha venido para romper un enlace odioso!

SAINT-BRIS
¡Y que desde esta mañana
es la esposa de otro hombre!

CORO
¿La esposa de otro ?

SOLDADOS
¡Dios mío!

SAINT-BRIS
¡Escuchad!
¡Se aproxima el cortejo del feliz esposo!
¡Sí, oigo los acordes de su alegre marcha!
¡Se aproxima el cortejo del feliz esposo!
¡Digno es, sí, de los Saint-Bris y los Nevers!

NEVERS
(Llega Nevers con su cortejo)
Noble dama, venid junto al esposo
cuyo amor os reclama. Satisfechos vuestros
deseos, permitíos cumplir los míos.
Acudid a celebrar este día feliz;
la amistad os espera en el banquete de bodas.
Allí os seguiré cual cautivo feliz de sus cadenas.

MARGARITA, URBANO
SAINT-BRIS, CORO
¡Al banquete que el cielo les prepara
felices días semejantes a éste!
Su palacio, resplandeciente para la fiesta,
será la morada de la felicidad, etc.
¡Rodeémoslos bailando!
Que nuestros cánticos les acompañen al festín.
¡Vamos! ¡Viva para siempre la más bella!
¡Bailemos y cantemos su amor!
¡Viva la más bella! Etc.

CORO
¡No, que ya no haya más paz!
¡No, que ya no haya más tregua!
¡Que la lucha llegue hasta el final!
¡Corresponderá a las espadas decidir!
¡Sí, que hablen las espadas!
¡Sí, ha habido demasiada clemencia!
¡Ah, sí, demasiada!
Yo tan sólo abrigo una esperanza:
¡venganza o muerte!



ACTO IV


(Estancia en las habitaciones del conde Nevers.
En las paredes, retratos de familia. Al fondo
una gran puerta y vidriera gótica. A la izquierda
la puerta de la habitación de Valentina. A su
derecha, una chimenea y al lado de ésta la
entrada de un camerino cerrado por una
cortina. A la derecha y en primer plano
una vidriera que da sobre la calle)

VALENTINA
Sola en casa, ¡sola con mi amargura!
¡Padre, me has condenado a un suplicio eterno!
Era otro quien poseía mi corazón y,
sin embargo, ¡me has casado!
Y Tú, a quien imploré en vano en mi dolor;
Tú, que has permitido este enlace funesto,
Tú, Dios, dígnate al menos aliviar mis males
expulsando un recuerdo que no me deja dormir.
Mis sueños reviven entre lágrimas;
sólo a él pertenecen mis días.
Incluso estos dulces recuerdos son ya un crimen;
quiero librarme de ellos, ¡pero no lo consigo!
De lejos me llega su amada voz
que acalla en mí la voz del cielo;
y cuando rezo, su imagen... ¡ay, se me aparece!
Nadie es tan poderoso
que ha llegado a vencer hasta al mismo Dios.
¿De qué me sirve evitarle ante mis ojos!
si no puedo expulsarlo de mi corazón?

(Raúl aparece por la puerta del fondo)

¡Cielo santo! ¿Es él? ¿Él, cuyo terrible aspecto
me persigue junto con los remordimientos?

RAÚL
¡Sí, soy yo!
Acudo entre las sombras de la noche como
un criminal condenado a horribles penas y que,
cansado de sufrir, ¡sucumbe a la desesperación!

VALENTINA
¿Qué queréis de mí?

RAÚL
Nada. Tan solo he querido veros antes de morir.

VALENTINA
¿Qué oigo? ¿Será posible?
¿Y mi padre? ¿Y mi esposo?

RAÚL
Sí, es posible que los encuentre aquí.
Lo sabía.

VALENTINA
¡Sus corazones son inflexible!
¡Os matarían! ¡Huid!

RAÚL
¡No, esperaré su ataque!

VALENTINA
¿Acaso no oís pasos? ¡Huid!

RAÚL
¡No, no, esperaré aquí y si algún peligro...

VALENTINA
¡Mi padre! ¡Mi esposo!
Hacedlo por mí... por mi honor.
¡Evitad su ira!.

(Raúl se esconde tras la cortina)

SAINT-BRIS
(Entrando, a sus acompañantes)
Habéis acudido aquí por orden de la reina.
Ha llegado la hora
en la que debo revelaros el proyecto divino
hace tiempo concebido por la Médicis.

VALENTINA
(Aparte)
¡Me estremezco!

SAINT-BRIS
(A Valentina)
¡Hija mía, salid!

VALENTINA
¡Padre!

NEVERS
¿Por qué?
Su ardiente fe católica permite
que podamos hablar ante ella
las órdenes definitivas de la reina y del cielo.

SAINT-BRIS
¿Deseáis todos, como yo,
librar al país de sus problemas
y de la amenaza de una guerra impía?

NOBLES CATÓLICOS
¡Sí, lo deseamos!
Es nuestro deber.

SAINT-BRIS
¿Queréis, como yo, vencer a los enemigos
del trono, de la patria y del cielo?

NOBLES CATÓLICOS
¡Estamos preparados para ello!

SAINT-BRIS
Bien. La espada amenazante del Dios
que nos protege pende ya sobre ellos.
¡Muy pronto la raza impía de los hugonotes
desaparecerá para siempre!

NEVERS
Pero... ¿quién los condena?

SAINT-BRIS
¡Dios!

LOS DEMÁS
¡Dios!

NEVERS
¿Y quién los vencerá?

SAINT-BRIS
¡Vosotros!

LOS OTROS
¡Nosotros!

NEVERS
¿Nosotros?

(Mirando a Nevers con expresión de desafío)

SAINT-BRIS
¡Sí, nosotros!
Por esta santa causa
obedeceré sin miedo
a mi rey y a mi Dios.
Contad con mi valor;
en vuestras manos
pongo mis votos y mi fe.

NEVERS
¿Qué palabras son ésas?
Tan sólo al honor
rindo yo mis votos y mi fe.

SAINT-BRIS, TAVANNES
Contad con mi valor;
en vuestras manos
pongo mis votos y mi fe.
¡A mi Dios y a mi rey!

CUATRO SEÑORES
¡Dios, salva nuestra fe!
¡Sí, salva nuestra fe!
¡Salva la fe!
¡Obedezco a mi Dios y a mi rey!

VALENTINA
¿Cómo evitar su furia?
¡Dios, anima mi valor
y compadécete de mí!
¡Compadécete de mí!
¡Dios, ten piedad!

SAINT-BRIS
¿Puede el rey contar con vosotros?

TODOS
(Excepto Nevers)
¡Lo juramos!

SAINT-BRIS
Soy yo quien os guiará.

TODOS
¡Te seguiremos!

SAINT-BRIS, VALENTINA
(Aparte)
¡Cómo! Tan solo Nervers parece guardar silencio.

VALENTINA
¿Qué irá a decir? ¡Dios mío, me estremezco!

NEVERS
Ataquemos a los enemigos, mas no indefensos;
no es la daga la que debe clavarse en sus pechos.

SAINT-BRIS
¡Son órdenes del rey!

NEVERS
En vano me ordenará que manche
el honor de mi sangre y mi valor.
Entre los antepasados ilustres de mi linaje
hallo muchos soldados,
¡pero ningún asesino!

SAINT-BRIS
¿Qué? ¿Traicionáis nuestra causa?

NEVERS
¡No! Simplemente quiero
salvar el honor de mi espada.
¡Tomadla! ¡Ahí la tenéis!
¡Que sea Dios quien juzgue!

VALENTINA
¡Ah! Desde esta tarde toda mi sangre
os pertenece, sí, desde esta tarde, etc.
Lo sabréis todo; venid, debo deciros algo...

SAINT-BRIS
(a los soldados)
Vigilad a Nevers, a mi yerno;
hasta mañana responderéis de él.

VALENTINA
¡Pueda el cielo desarmar su ira! ¡Ah!

NEVERS
¡Justa y santa es mi causa!

SAINT-BRIS, TAVANNES
CUATRO SEÑORES
Por esta santa causa...

NEVERS
Debo, sin temor...

VALENTINA
De un temor mortal...

LOS OTROS
... Obedeceré sin miedo...

NEVERS
... Debo, sin miedo...

VALENTINA
...¡mi alma está oprimida!

TAVANNES, SAINT-BRIS
... ¡Sin miedo, por mi Dios, por mi rey!

VALENTINA
¡Dios mío ten piedad de mí!

NEVERS
... ¡oponerme a mi rey!

LOS OTROS
... ¡a nuestro rey!

NEVERS
Yo debo...

SAINT-BRIS
Recibid...

VALENTINA
¡Ah, Dios mío...

SAINT-BRIS
... mi juramento y mi fe.

VALENTINA
... ten piedad!

LOS OTROS
... ¡Por el rey!

NEVERS
... ¡oponerme a mi rey!

SAINT-BRIS
Y vosotros, que respondéis a la llamada de Dios,
devotos ciudadanos, alcaldes y magistrados,
¡escuchadme! Que los nuestros se aposten,
discreta y silenciosamente, en este barrio;
que ocupen todas sus calles y que, a una señal,

ataquen todos a la vez.

TODOS
¡Todos, todos, atacaremos a la vez!

SAINT-BRIS
Besme; tú y los tuyos
rodearéis la casa del Almirante;
¡que sea el primero en morir!

TODOS
¡Sí, que muera el primero!

SAINT-BRIS
Y vosotros, al hotel de Nesle,
donde hoy están reunidos
los principales jefes enemigos
con motivo de la fiesta
que se prepara
para el rey de Navarra y Margarita.

TODOS
¡Nosotros, al hotel de Nesle!

SAINT-BRIS
¡Escuchad!¡Escuchad!
Cuando toque la campana de Saint-Germain
permaneced atentos y reunid en silencio
a
vuestros bien armados soldados.
A esa lúgubre llamada,
tú correrás por doquier
dando una nueva señal.
¡Confío en tu prudencia!
Y cuando, al fin, la campana sagrada de Auxerrois
anuncie por segunda vez la venganza divina
¡tomad vuestras espadas y alzaos!
¡Que todos los malditos sucumban!
Dios nos oye y de antemano os bendice.
¡Soldados cristianos, Él marchará ante vosotros!

VALENTINA
¡Dios mío!¡Dios mío! ¿Cómo puedo ayudarle?
Debe estar oyendo todo, pero no puede escapar.
Quisiera correr junto a él, pero no me atrevo.
¡Dios todopoderoso, ante un peligro extremo,
salva a Raúl y exponme sólo a mí!.

(Tres monjes traen cestas con pañuelos blancos)

TRES MONJES, SAINT-BRIS
¡Gloria, gloria, al Dios vengador!
¡Gloria al leal guerrero
cuya espada reluce para servir al Señor!
Espadas piadosas y santas
que en breve beberéis una sangre impura;
espadas sagradas con las que el Altísimo castiga
a sus enemigos;
¡nosotros os bendecimos!

TODOS
¡Sí, gloria al Dios vengador etc.

SAINT-BRIS
¡Que este pañuelo blanco y esta cruz inmaculada
distingan a los elegidos por el cielo!

TRES MONJES, SAINT-BRIS
¡Ni gracia, ni clemencia!
Exterminadlos sin piedad al enemigo que huye,
al enemigo que se oculta...

CORO
¡Ataquemos! ¡Ataquemos!

TRES MONJES, SAINT-BRIS
... y al guerrero suplicante abatido a vuestros píes!

CORO
¡Ataquemos! ¡Ataquemos!

TRES MONJES, SAINT-BRIS
¡Ni gracia ni piedad!
¡Que el acero y las llamas alcancen
al anciano al niño y a la mujer!
¡Anatema sobre ellos!

CORO
¡Anatema sobre ellos!

TRES MONJES, SAINT-BRIS
¡Dios nos los reconoce!

TODOS
¡Dios lo quiere y lo ordena!
No habrá piedad de nadie.
Ese es el precio por el que Él perdona
al pecador arrepentido.
Que la espada reluzca
y corra la sangre,
para que la palma inmortal
nos aguarde en el cielo.

SAINT-BRIS
¡Silencio, amigos míos!

PRIMER MONJE
¡Silencio, amigos míos!

SAINT-BRIS
¡Que nada nos traicione!

PRIMER MONJE
¡Que nada nos traicione!

SAINT-BRIS Y PRIMER MONJE
¡Retirémonos sin ruido!

TODOS
Por esta santa causa
obedeceré sin miedo
a mi Dios y a mi rey.
Contad con mi valor;
en vuestras manos pongo
mis votos y mi fe.
¡A medianoche! ¡Sin ruido!
Que nada nos traicione
y que nada les avise
de su inminente suplicio.
¡Retirémonos!
¡Dios lo quiere!
¡A medianoche!

(Raúl sale de su escondite)

VALENTINA
¿Cielos! ¿Adónde vais?
¡Raúl, respondedme!

RAÚL
¿Adónde?
A ayudar a mis hermanos y a desvelar
ante sus ojos este complot sanguinario.
A armar su brazo y, con la espada en la mano,
echar por tierra los planes de nuestros enemigos.

VALENTINA
Pero esos enemigos...
Se trata de mi padre;
se trata de un esposo al que ahora admiro.
¿Osaríais sacrificarles?

RAÚL
¡Debo castigar a los asesinos!

VALENTINA
¡Matan en nombre del cielo!

RAÚL
¿Matan en nombre del cielo?
¿Ése es el Dios que adora vuestra religión?
¿Un Dios que ordena la masacre de franceses?

VALENTINA
¡Ah, no blasfeméis!
Es su piedad la que preserva vuestra vida.
Él se interesa por vos. ¡No salgáis!

RAÚL
¡Debo hacerlo!

VALENTINA
¡Es un suicidio!

RAÚL
Y quedarse... es traicionar el honor y la amistad.

¡Nunca, nunca! ¡No!
Acucia el peligro y el tiempo vuela.
¡Dejadme, dejadme partir!

VALENTINA
Indefenso como estáis, ¡os matarán!
¡No intentéis salir!
¡Raúl!

RAÚL
¡Ay de mí!

VALENTINA
¡Vos, mi único bien! ¡Vos, mi ídolo!

RAÚL
¡Son mis hermanos a los que quieren exterminar!

VALENTINA
¡Dejaros partir sería morir!

RAÚL
¡Ah, dejadme partir!

VALENTINA
Sí, sabré...

RAÚL
El honor lo exige.

VALENTINA
... reteneros.

RAÚL
Debo abandonaros.

VALENTINA
¡Ah, por piedad...

RAÚL
¡Ah, dejadme partir!

VALENTINA
... escuchad mis palabras!

RAÚL
¡
El honor lo exige!

VALENTINA
¡Vos, mi único bien!

RAÚL
¡Ah, dejadme partir!

VALENTINA
¡No, no permitiré que atraveséis
tan peligroso umbral!
¡Seguiré vuestros pasos!

RAÚL
¡Me siento culpable de escucharos!

VALENTINA
¿Y acaso no lo soy yo, al escucharos a vos?
Sólo pienso, en esta hora suprema,
que vuestros días están contados.
Quedaos, Raúl; si me amáis,
hacedlo por mí, pues si morís
¡también yo moriré!

(Llorando)

¡Quédate! ¡Te amo!

RAÚL
¿Me amas? ¿Me amas?
¡Qué feliz revelación!
¡Qué palabras celestiales acabo de escuchar!
¡Desde este momento mi suerte ha cambiado!
¡Has pronunciado la palabra salvadora!
¡Que venga la muerte,
pues la esperaré sereno a tus pies!

VALENTINA
¡Qué horror! ¿Lo he dicho?

RAÚL
¡Lo has dicho!
¡Sí, lo has dicho!
¡Me amas!
¿Qué estrella ilumina mis tinieblas?
¡Por siempre!
Lo has dicho: ¡sí, me amas!

VALENTINA
(Aparte)
¿Qué he hecho? ¡Qué peligro, Dios mío!

RAÚL
¡Sigue hablando!...
¡Prolonga el inefable éxtasis de mi corazón!
Si esta felicidad no es más que un sueño,
¡ojalá nunca llegue a despertar de él!

VALENTINA
(Aparte)
¿Qué he hecho?

RAÚL

¡Seguid hablando, prolongad..

VALENTINA
¡Qué peligro!

RAÚL
...el inefable éxtasis de mi corazón!

VALENTINA
¡Oh, Dios mío...

RAÚL
Sí, mi alegría...

VALENTINA
... es la hora!

RAÚL
... es un sueño...

VALENTINA
¡Es la muerte!

RAÚL
... ¡que no despierte jamás!

VALENTINA
¡Ya no hay futuro!

RAÚL
¡Noche de amor!

VALENTINA
¡Noche funesta!

RAÚL
¡Ven, huyamos!

VALENTINA
¡No, no, no!

RAÚL
Lo has dicho: ¡me amas!
¡Ven, huyamos!

VALENTINA
¡No, no, quédate!

(Se oye el tañido de una campana)

RAÚL
¡Ah! ¡Ven, ven!
¿Oyes ese fúnebre sonido?

VALENTINA
¡Me hiela la sangre!

RAÚL
¡De las entrañas de las negra noche
se eleva un grito de furia!
¿Dónde estoy?

VALENTINA
¡Junto a mí, amado Raúl!

RAÚL
¡Ah, recuerdo fatal!
¡Es la horrible señal que anuncia
de la masacre de mis hermanos!
¡No, no, no!
¡Ni amor, ni éxtasis!
¡El remordimiento me corroe!
Los veo, uno tras otro,
asesinados ante mis ojos.
Mis amigos me esperan;
no debo escucharte más.
¡Corro a defenderlos
y a morir a su lado!

VALENTINA
¿Cómo, Raúl?
¿Es que mi dolor
no logra conmover tu corazón?
¿Es que quieres negar tu pasión y mi fe?
¿Huir de mis brazos
para correr a la muerte?
¡Sólo podrás hacerlo
pasando sobre mi cadáver!

RAÚL
¡Ni amor ni éxtasis!

VALENTINA
¿Es posible que en tu frenesí...

RAÚL
¡Oh, remordimiento que me oprime!

VALENTINA
... rechaces mi ternura?
¿Por qué?
¿Por qué rechazas mi amor?
¿Acaso son menos terribles
mis propios remordimientos?
¡No puedes defenderte
contra el más tierno amor!

(Suena otra campana)

RAÚL
Los veo, sin clemencia....

VALENTINA
¡Ah Raúl escúchame!

RAÚL
¡Ni amor ni éxtasis!

VALENTINA
¡Ah, muero a tus píes!

RAÚL
¡Ya está, ha llegado la hora!

VALENTINA
¡No!

RAÚL
¡El cielo exige que muera!

VALENTINA
¡No!

RAÚL
¡Mis amigos me esperan!

VALENTINA
¡No!

RAÚL
¡Corro a defenderlos!

VALENTINA
¡No!

RAÚL
¡En vano me detienes!

VALENTINA
¡No quiero que me dejes!

RAÚL
¡En vano me detienes!

VALENTINA
¡Mátame, aquí tienes...

RAÚL
¡Gran Dios! ¡Gran Dios!
¡Mantén mi valor!

VALENTINA
...mi pecho!
¡Sí, sé mi verdugo!

RAÚL
(Se asoman a la ventana)
¡Ahí! Contempla junto al río
esos cadáveres sangrientos.

VALENTINA
¡Oh, pierdo la razón!
¡Oh, qué crimen monstruoso!
¡Te matarán, Raúl!
¡Oh, piedad!... ¡Me muero!

(pierde el conocimiento)

RAÚL
¡Despierta! ¿Qué hacer?
¡Oh, terrible momento!
¿Puedo aún resistirme a sus lágrimas?
¡No, huyamos, huyamos!

VALENTINA
¡Dios misericordioso!
¡Vela por su vida!



ACTO V


Primera Escena

Ballet

(La escena representa la sala de baile de la
residencia de Nesle. Todos los protestantes
importantes está allí reunidos. Baile general
de damas y señores de la corte. Aparece al fondo
la reina Margarita con el rey de Navarra, su
marido y su paje Urbano. Las damas y los
señores van delante de la reina y le hacen los
honores de la fiesta, aniversario de su boda)

RAÚL
¡A las armas, amigos!
¡Están matando a nuestros hermanos!
Las orillas del Sena están inundadas de sangre.
Los asesinos y el populacho llegarán en breve.
A la luz de sus antorchas fúnebres
he visto correr frenéticamente a los soldados.
Desde la oscuridad gritaban al unísono:
¡matadlos, matadlos! ¡Dios los ha condenado!
He visto caer a guerreros indefensos.
La residencia de Coligny nuestro jefe,
ha sido atacada y con sus lanzas, sedientas de venganza,
le han asestado mil golpes a Coligny.
¡Amigos, he aquí su sangre!

TODOS
¡Cielos! ¡Su sangre!

RAÚL
¡Su sangre, su sangre! ¡Oh, crimen indescriptible!

CORO
¡Oh, crimen indescriptible!

RAÚL
¡Venganza, venganza! ¡Sí, la habrá!
¡Corramos a las armas a vengarnos!
¡Corramos a defender
a los héroes y mártires!

CORO
¡Corramos a las armas!...

RAÚL
¡Sí, devolvamos guerra por guerra!

TODOS
¡Guerra!

RAÚL
¡Venguemos la muerte de nuestros hermanos
con la sangre de sus verdugos!
¡Corramos a las armas!

TODOS
¡Guerra!

Segunda Escena

(Cementerio protestante con iglesia semidestruida
por los numerosos disparos. Numerosos hombres
protestantes construyen una barricada, mientras
que sus mujeres, con niños y heridos, atraviesan
la escena huyendo camino de la iglesia donde
esperan encontrar refugio.)

RAÚL
(Llegando)
Mi viejo y buen Marcelo,
¡qué alegría el encontrarte!

MARCELO
¡Ah, mi señor, os vuelvo a ver!

RAÚL
¡Qué! ¿Estás herido?

MARCELO
¡No es nada!

RAÚL
¡Venganza!

MARCELO
¿Qué decís? Los soldados y verdugos
rodean a unos pocos héroes.
En este templo, aún libre,
han buscado su último asilo las mujeres y los niños.
Venid, nada podemos hacer
sino acudir junto a ellos para compartir su destino.

VALENTINA
(Entra precipitadamente)
¿Dónde corren?

RAÚL
¡A la gloria!

MARCELO
¡Al suplicio!

VALENTINA
¡No, tú no morirás!
¡Que el cielo, mi guía, conduzca mis pasos!
He venido a salvarte.

RAÚL
¿Es posible?

VALENTINA
Sí, este pañuelo blanco en el brazo
os conducirá sin peligro al Louvre.
Allí, la reina os salvará si queréis...

RAÚL
¿Y qué se me exige a cambio?

VALENTINA
Que abracéis mi fe.

RAÚL
¡Nunca!
¿Acaso serías mía si fuera un renegado?
¡Todo nos separa!

VALENTINA
(Volviéndose hacia Marcel)
¡Oh, no, ahora ya puedo amarle sin pecado!

RAÚL
¿Y Nevers?

MARCELO
Sí, Nevers, ese guerrero generoso
me salvó de los verdugos y,
victima de su celo,
ha sido asesinado por ellos.

RAÚL
¡Nevers muerto!

VALENTINA
¡Oh, ven, partamos!

RAÚL
El deber... el amor...¡qué espantosa agonía!

MARCELO
¡Raúl!

RAÚL
Marcelo, ¿no ves que espera la felicidad?

MARCELO
Raúl, ¿acaso no ves
que la mano de Dios te detiene?

VALENTINA
¡Vamos, vamos!

RAÚL
¡No!. ¡Me quedaré para morir con él!

VALENTINA
¿Y que haya de verte morir?
Sin ti, la vida sería un exilio en esta tierra
en la que tanto hemos sufrido y amado.
¿Sin ti? ¿Lo crees posible? ¡Dios mío!
Los hombres tenéis el corazón cerrado
al amor verdadero... ¡Está bien!
Conocerás de qué es capaz el amor de una mujer.
¿Cuando todo nos une, quieres huir muriendo?
¡No, no, no! No sé si debo arriesgar mi alma;
infierno o paraíso
¡Nunca te abandonaré!
Sí, tu alma agitada no admite otra solución;
si no quieres adoptar mi fe y la maldices,
¡yo abrazaré la tuya!
¡Y que sea lo que la voluntad de Dios quiera!
Tanto en la tierra como en la eternidad...
¡Juntos en la tierra y juntos en la eternidad!

RAÚL
¡Oh, dicha!

MARCELO
¡El Señor misericordioso
ha preferido iluminarla!

VALENTINA
Dios mío, ¡mi fe es tuya!
¡Me maldecirían!
Mi buen Marcelo, tú que eres como un padre,
bendecidnos a ambos en mi nueva fe.

RAÚL
No hay ningún ministro de Dios.
En ti confío para unir santamente nuestras almas.

MARCELO
¡Sí! Acepto alegre este ministerio divino.
Que vuestro viejo servidor sea vuestro sacerdote.

CORO DE MUJERES
(Fuera de escena)
¡Dios y Señor...
... defensa y sostén de los débiles...
... que te imploran!

MARCELO
¡Oíd! Esos mártires de la fe elevan sus oraciones
y cantan alabanzas al Señor...

CORO
...el eterno tentador...
...ha vuelto a armarse hoy.

MARCELO
... mientras aguardan la muerte.
Vosotros, en este lugar tan triste,
responded como si estuvierais en su presencia.

CORO
¡Ven de nuevo a salvarnos!

MARCELO
¿Sabéis que al unir vuestras manos
en estas tinieblas
estoy consagrando y bendiciendo
la fiesta de despedida y el enlace fatal?

RAÚL, VALENTINA
Sabemos que sólo en el cielo
estaremos unidos.

MARCELO
¿Habéis rechazado todos los lazos mortales
y la esperanza terrenal?
¿Vive tan sólo la fe en vuestros corazones?

RAÚL, VALENTINA
Sí, la fe reina por fin
en nuestros corazones.

MARCELO
¿Veréis sin temblar
la espada y la llama?
¿Y no negaréis de vuestra fe
cuando os enfrentéis al suplicio?

RAÚL, VALENTINA
Dios, al darnos el amor
también nos ha dado valor.

CORO
(En el interior de la iglesia)
Señor, defensa y sostén de los débiles
que te implo...

HOMBRES CATÓLICOS
(En el interior de la iglesia)
¡Abjurad, hugonotes, el cielo lo ordena!
¡Abjurar o morir, el cielo lo ordena!
¡Renegados, gracia o muerte!
¡Ha llegado vuestra hora!

MUJERES HUGONOTES
(En el interior de la iglesia)
¡No, no, no!

VALENTINA
Esos niños...esas mujeres...
¡Deteneos, infames!
¡La muerte nos rodea!

MUJERES HUGONOTES
(En el interior de la iglesia)
¡Señor, acude una vez más a defendernos!

VALENTINA
¡Aún cantan!

RAÚL, MARCELO
¡Aún cantan!

HOMBRES CATÓLICOS
(En el interior de la iglesia)
¡Abjurar, hugonotes!...

VALENTINA
(Mirando a través de los vitrales)
Ese anciano que reza...
... aquel monje enfurecido...
¡Dios mío lo ha matado!

MUJERES HUGONOTES
(En el interior de la iglesia)
¡No, no, no!
¡Señor, acude una vez más a defendernos!

VALENTINA
¡Aún cantan!

RAÚL, MARCELO
¡Aún cantan!

VALENTINA
¡Dios, eres omnipotente!
¡Ven a socorredles!

HOMBRES CATÓLICOS
(En el interior de la iglesia)
¡Abjurar!... ¡Renegados!..

VALENTINA
¡Oh, todo es inútil!

MARCELO
¡Ya han dejado de cantar!
¡Ah, mirad! ¡Mirad, el cielo se abre e ilumina!
¡Gloria a Dios!... ¡Suenan los clarines divinos...

VALENTINA, RAÚL
¡Ah! ¡Ved, ved su rostro radiante!

MARCELO
... y la marcha de los ángeles resuena...

VALENTINA, RAÚL
Su cabeza se corona de rayos...
y su voz resuena en el espacio.
¡Es un arcángel del Señor!

MARCELO
... y la marcha de los ángeles resuena
conduciendo a los mártires hasta Dios.
¡Es la marcha de los ángeles!
Se oye el tocar de las arpas...

VALENTINA, RAÚL
¡Sí, lo oigo!

MARCELO
... que me indican el camino.

VALENTINA, RAÚL
Nos muestra el camino.

VALENTINA, RAÚL, MARCELO
¡También yo vuelo hacia el!

VALENTINA, RAÚL
¡Sí, lo oigo !...
Las arpas que escucho...

VALENTINA, RAÚL, MARCELO
¡Delicia suprema, delicia suprema!
¡Dulce muerte cómo te amo!
¡Adiós, tierra!

CORO DE ASESINOS
¡Abjurar, hugonotes, el cielo lo ordena!
¡Abjurad o morir! ¡El cielo así lo quiere!

VALENTINA
¡No, no...
... no os tengo miedo!

MARCELO, RAÚL
¡No, no...
... no os tengo miedo!
¡Nada dejo en esta tierra !

VALENTINA
¡Nada dejo en esta tierra!
¡No os tengo miedo!

CORO
¡Renegados, abjurar!

MARCELO
¡Mirad, mirad cómo brilla el cielo!
¡Cómo suena el clarín divino!

LOS TRES
¡Gloria a Dios! ¡Gloria a Dios!

CORO
¡Mirad! ¡No tienen miedo!

VALENTINA, RAÚL
¡No, no tengo miedo de nada!
¡Hosanna! ¡Muerte, te amo!
¡Adiós, tierra!¡No, no, no, no!
¡Tierra, adiós!
¡Matadnos, venid, matadnos!
¡No os tememos!
¡Tierra, adiós!

CORO
¡Abjurar! ¡Dios lo quiere, renegados!
¡Abjurar o moriréis!

VALENTINA, RAÚL, MARCELO
¡No, no, no!
¡Tierra, adiós!

CORO
¡Abjurad o morid!
¡Renegad o morid, sí!

Tercera Escena

(La escena representa una avenida de París
en 1572. Noche estrellada)

CORO DE HOMBRES
¡Por el acero y el fuego
exterminemos a esa raza impía!
¡No habrá piedad! ¡No habrá inocentes!
Soldados de la fe católica
persigamos al hereje.
¡Dios exige su sangre!
¡Sí, Dios quiere su sangre!

(Raúl, herido, Valentina y Marcelo entran)

SAINT-BRIS
¿Quién vive?

VALENTINA
(A Raúl que intenta responder)
¡Ah, por piedad, calla!

RAÚL
¡Hugonotes!

VALENTINA, MARCELO
¡Y también nosotros!

SAINT-BRIS
(A los soldados)
¡En nombre del rey, disparad!
¡Oh! ¿Qué veo!
¡Mi hija!

MARCELO
¡Sí, soy yo que marcha al cielo para pedir por vos!

(Muere)

URBANO
¡Paso a la reina!

SOLDADOS
¡Por el acero y el fuego
exterminemos a esa raza impía!
¡No habrá piedad! ¡No habrá inocentes
¡Soldados de la fe católica, persigamos al hereje!
¡Dios exige su sangre!



Digitalizado por:
Miguel Mercé 2011