IVÁN IV

 

 

 

Personajes

 

IVÁN

TEMROUK

MARÍA

ÍGOR

YORLOFF

JOVEN BÚLGARO

      Llamado el Terrible, zar de Rusia  

                 Noble circasiano

                 Hija de Temrouk


                 Hijo de Temrouk

                     Noble ruso

             Un muchacho búlgaro

                      Barítono

                           Bajo

                      Soprano


                          Tenor

                          
Bajo

                     Contralto

 

La acción se desarrolla en Moscú a mediados del siglo XVI

ACTE  I        


Nº 1: Introduction

(Une source dans les montagnes)

CHOEUR
Puisons mes sœurs, l’eau des fontaines
Et remportons nos urnes pleines
Pour le retour de nos chasseurs,
Puisons mes sœurs, l’eau des fontaines.
Puisons mes sœurs, puisons encore,
Là-bas déjà la soif dévore,
La lèvre en feu de nos chasseurs.
Puisons mes sœurs, puisons mes sœurs!

MARIE
Que nous veut cet enfant?
Il est perdu, peut-être.

LE JEUNE BULGARE
Sur les pas de mon maître,
Je suivais le sentier
Qui mène a ces hauteurs,
Quand d’épaisses vapeurs
Tout à coup nous séparent.
Plus je le cherche
et plus mes pas s’égarent!
Maintenant que le cieux
Ont repris leur clarté,
Dites-moi, n’est-il pas venu de ce côté?

MARIE
Nul passant ce matin,
N’a frappé notre vue.
Es-tu de ce pays?

LE JEUNE BULGARE
(noblement)
Ce grand aigle là-bas qui monte la nue,

(tristement)

Ne pourrait distinguer mon sol natal!
Hélas!

MARIE
Et ton maître?

LE JEUNE BULGARE
Nous sommes étrangers tous les deux!

MARIE
Un de nos jeunes hommes
Te remettra dans ton chemin.
Au Caucase indompté
Mon père ordonne en roi.
Reste avec nous jusqu’à demain
Et calme ton effroi.

LE JEUNE BULGARE
Noble fille des montagnes,
Sur les tiens, sur tes compagnes,
Puissent descendre à ma voix,
Tous les bonheurs à la fois!
Puises-tu voir longtemps encore,
Sur tes monts se lever l’aurore!
Puises-tu voir longtemps encore,
Sur tes monts se lever l’aurore!
Douce fleur de mai,
Puisse un jour
Te cueillir un époux aimé!
Puises-tu voir longtemps encore,
Oui, sur tes monts,
Puises-tu voir se lever l’aurore!
Que jamais le destin sévère
Ne t’arrache des bras d’un père,
Que jamais loin de ton beau ciel
Ne t’entraîne un vainqueur cruel!
Oui, je sens près de toi
Se calmer mon effroi,
Oui, puises-tu voir encore
Se lever l’aurore.

MARIE
Puises-tu jusques à l’aurore
Sous tes pieds voir de fleurs éclore!
Puises-tu voir des fleurs éclore,
Jusques à l’aurore!
Sur ton front calmé
Ah, puisse Allah
Epancher leur souffle embaumé!
Puises-tu jusques à l’aurore
Jusqu’à l’aurore
Puises-tu voir des fleurs éclore!
Et demain lorsque la lumière
Frappera ta jeune paupière
Puisse enfin la bonté du ciel
De ta coupe éloigner le fiel!
Ne crains rien près de moi,
Ah! calme ton effroi,
Puises-tu jusques à l’aurore
Voir une fleur éclore

LE JEUNE BULGARE
Qu’ai-je vu?... C’est lui... Mon maître!

IVAN
Tu n’as rien dit qui me fasse connaître?

LE JEUNE BULGARE
Non, rien!

MARIE
(à part)
Que sa démarche est fière,
Et son regard altier!

IVAN
Par les détours de ce sentier
Je cherchais cet enfant;
Mais auprès de ce chêne,
Voyant briller une fontaine,
J’ai quitté mon chemin,
Pour venir y puiser
Dans le creux de ma main.

MARIE
C’est la source hautaine
Qui dédaigne la plaine
Et veut rester ici.
Vous, cependant, buvez!

IVAN
Jeune fille, merci!
Sur une pente ardue
En face du soleil,
J’ai cueilli ce matin
Cette fleur inconnue.
Elle vient dans la neige
Et ses plus belles sœurs
Jalousent ses parfums,
Sa grâce et ses couleurs.
Je te la donne, adieu!

(Sortie d’Ivan et du jeune Bulgare)

MARIE
Parti... comme la nue
En me laissant ces fleurs...
Quel feu soudain circule dans mes veines!
Quelle étrange douleur
Se glisse dans mon cœur!

CHOEUR
Puisons mes sœurs, l’eau des fontaines
Et remportons nos urnes pleines
Pour le retour de nos chasseurs,
Puisons mes sœurs, puisons mes sœurs!

Nº 2: Scène et morceau d’ensemble

(Entrée de Temrouk)

MARIE
Mon père!
Qu’avez vous?
Votre front se penche vers la terre.
D’un orage imprévu,
Les soudaines fureurs,
Menacent-elles nos chasseurs?
Regardez le beau ciel
Et la belle nature!
Jamais clarté si pure,
Ni jour plus radieux,
Nont caressé nos fronts
Et réjoui nos yeux!

UN TCHERKESSES
(en coulisse)
Aux armes!

TEMROUK
Aux armes! Ah! Mes vagues alarmes!

UN TCHERKESSES
Les voici! Les voici!
Ils me suivent,
Ils arrivent,
Et le Caucase est envahi!
Fuyons, fuyons d’ici!

CHOEUR
Des Russes!

L’OFFICIER
Pas de résistance
Et courbez la tête en silence!

TEMROUK
Que veux-tu?

L’OFFICIER
Le chef de la tribu?

TEMROUK
C’est moi.

L’OFFICIER
Livre-nous ta fille à l’instant même,
Tel est du Csar l’ordre suprême.

TEMROUK
Ma fille! Ai-je bien entendu?

L’OFFICIER
Tel est du Csar l’ordre absolu!

TEMROUK
Ma fille! Mon enfant! Ma joie!
Elle deviendrait votre proie!
Jamais! Jamais!

L’OFFICIER
Ta fille! Ta fille! Ou pas un seul enfant,
Je te le jure, ici, ne restera vivant!

MARIE
Ou ma perte ou la leur,
C’en est fait ô mon père!
Livrez-moi, leur prière
Me déchire le cœur!

L’OFFICIER
Nous rions de tes pleurs,
Que nous fait ta misère,
Inutile prière!
Ou ta fille ou les leurs!

TEMROUK
Non, non c’est impossible...
Tu n’accompliras pas
Cette menace horrible!
Oh! Non! C’est impossible!
Tu n’obéiras pas á cet ordre cruel!

UN TCHERKESSE, CHOEUR
Allah!
Prends pitié de nos pleurs
Et de notre misère.
N’es-tu plus notre père?
Tus déchires nos cœurs!
Grand pitié de nos pleurs
N’es-tu plus notre père?
Tus déchires nos cœurs!
Hélas!

TEMROUK
Ma fille! Hélas! Ah! Laisse-moi ma fille!
Elle est avec mon fils mon unique famille!

L’OFFICIER
Ta fille!

TEMROUK
Par tes sœurs et ton père.

L’OFFICIER
Ta fille!

TEMROUK
Par tes sœurs, par ta mère.

L’OFFICIER
Ta fille!

TEMROUK
Je ne peux!

L’OFFICIER
Frappez donc sans merci!

CHOEUR
Ah!

MARIE
Arrêtez! Me voici!

L’OFFICIER
Saisissez-la, soldats!

MARIE
Oui je les sauve tous,
Il le faut, quittons-nous!
Voilà votre famille!
Embrasses votre fille,
Adieu! Adieu!

L’OFFICIER
Il me faut cette fille!
Ah! Voyez le fer brille
Arrière, éloignez-vous.
Redoutez mon courroux!
Tremblez! Tremblez!

TEMROUK
Ah! Laisse-moi ma fille!
N’as-tu pas de famille?
Ah! Prends pitié de nous!
J’embrasse tes genoux!

CHOEUR, TCHERKESSE
Ah! Laisse-lui sa fille!
N’as-tu pas de famille?
Nous pressons tes genoux
Ah! Prends pitié de nous!

L’OFFICIER
Arrière! Ou craignez mon courroux!
Allons, partons! Allons, partons!

CHOEUR
Que l’on nous prenne tous!
Prenez-nous tous, oui tous!

MARIE
Ah, mon père, hélas.
Adieu!

TEMROUK
Ma fille, hélas,
Ma fille!

Nº 2a: Air et CHOEUR

CHOEUR
Ah! C’en est fait
De notre indépendance!
Temple asservi,
Sans gloire et sans honneur,
Nous avons plus
Qu’un semblant d’existence,
Et notre dieu maintenant c’est la peur!

TEMROUK
Sort fatal!
Je suis né dans un jour de colère!
Pourquoi ne m’a t-on pas brisé
Contre une pierre?
A souffrir, j’étais condamné!

CHOEUR
Sort fatal! Sort fatal!

TEMROUK
Prince de la Circassie,
Par le soir de mes aïeux,
Je m’élançais dans la vie,
Le front tourné ver les cieux!
Libre comme le Caucase,
N’ayant que pour moi souffrance,
Je disais, je ne crains rien,
Sinon que le ciel m’écrase!
Funeste sentiment!
Où suis-je maintenant?
J’ai perdu ma compagne!
La vieillesse qui gagne!
On m’enlève ma fille.
Ô malheur! On force mon âme!
A souffrir j’étais condamné!
Ma fille! Ah!
Oui, je suis né dans un jour de colère.
Pourquoi ne m’a t-on pas brisé
Contre une pierre?

CHOEUR
Sort fatal! C’en est fait!
Asservis, sans honneur,
Nous n’avons qu’un
Semblant d’existence,
Et notre dieu maintenant c’est la peur!

TEMROUK
Sort fatal!
A souffrir, oui, j’étais condamné,
J’ai perdu ma compagne,
J’ai perdu la bonheur!

CHOEUR
Hélas! Notre dieu c’est la peur!

Nº 3: Final

CHOEUR
Victoire! Victoire!
Chantez notre gloire!
Voici les vainqueurs
Des loups et des ours!

TEMROUK
Accours, Igor, accours!
Les Russes sont venus...
On enlève ta sœur!

IGOR
Ma sœur!... Où sont-ils?

TEMROUK
Disparus!
Disparus!... Ô fureur!

IGOR
Laissons les pleurs aux femmes!
A moi vos bras, vos âmes.
Vos flèches et vos cœurs.
Suivons les ravisseurs!

CHOEUR
Laissons les pleurs aux femmes,
A toi nos bras, nos âmes,
Nos flèches et nos cœurs.
Suivons les ravisseurs!

IGOR, CHOEUR
Sans relâche et sans trêve,
De la lance et du glaive
Implacables chasseurs,
Frappons les ravisseurs!
Implacables chasseurs,
Frappons les ravisseurs!
Allons… et que partout
Le cor guerrier résonne!

IGOR
En avant! En avant!
Sans relâche et sans trêve,
Frappons les ravisseurs!

CHOEUR
En avant! En avant!
En avant! En avant!
Frappons les ravisseurs!

CHOEUR
Igor, à toi nos âmes!

IGOR, CHOEUR
Implacables chasseurs,
Frappons les ravisseurs!
En avant! En avant!

TEMROUK
Arrêtez, c’est Allah qui l’ordonne,
Il va me dévoiler enfin ses volontés!

CHOEUR
Divin délire!
Allah l’inspire
Et va lui dire ses volontés.

TEMROUK
Otez tous de vos doigts
Vos anneaux de famille,
Que dans un casqueils soient jetés!

CHOEUR
A ses regards que la vérité brille!
Allah, fais-lui connaître enfin tes volontés!

TEMROUK
Ô souveraine justice!
Allah, sois-nous propice!
Viens éclairer nos yeux.
Parle du haut des cieux!

CHOEUR
Inspire-nous du haut des cieux!

TEMROUK
Quel est celui de vous
Que les Très-Haut préfère?

IGOR
Ah! C’est moi, mon père!

TEMROUK
Mon fils!

IGOR
Ne plaignez pas mon sort.

TEMROUK
Mon fils!

IGOR
Je méprise la mort!

TEMROUK
(avec larmes)
Mon fils!...

IGOR
Mon père. Bénissez votre Igor!

TEMROUK
Igor!.. mon premier-né…
Va donc, ton œuvre est sainte!
Frappe sans crainte!
Venge nos pleurs!
Fuyez alarmes!
Séchons nos larmes!
Va... va... va... va!
Voici tes armes,
Oui, frappe ou meurs!

IGOR
Allah! Conduis ma main fidèle!
Soutiens mon bras,
Rend-nous ma sœur!
Allah! Couvre-nous de ton aile!
Malheur, malheur au ravisseur!

TEMROUK, CHOEUR
Allah! Conduis sa main fidèle!
Soutiens son bras,
Rend-nous sa sœur!
Allah! Couvre-nous de ton aile!
Malheur, malheur au ravisseur!



ACTE  II


Nº 4: Scène, chœur et récit

(Une salle de festin dans le palais d’Ivan)

CHOEUR
Sonnez, éclatantes fanfares!
Buvons au vainqueur des Tartares.
Buvons aux exploits merveilleux
Qui portent son nom jusqu’aux cieux!
Dans son Kremlin héréditaire,
Il tient le globe et le tonnerre!
Il est le fils du Dieu vivant.
Gloire et long jours au Csar Ivan
Buvons, buvons, amis, buvons,
Buvons, amis, buvons au Csar Ivan!

(tambour en coulisse)

Pourquoi ces roulements funèbres?

IVAN
Eh quoi donc! Un bruit vain
Pourrait changer soudain
Votre joie en terreur,
Ces clartés en ténèbres?
Allons, buvez!
Le châtiment qui s’applique là-bas,
Ne doit point troubler ce repas.
C’est ma justice qui passe!
Buvez! Je le veux!
C’est ma justice qui passe!

LES VICTIMES
(en coulisse)
Grâce! Grâce!
Ivan fais-nous grâce!

IVAN
Pas de grâce!

UNE VOIX
(en coulisse)
Vive le Csar! Hourra!

IVAN
Ainsi meure quiconque ici me bravera!

CHOEUR
(d’une voix étouffée par le terreur)
Hourra!
Vive le Csar!
Hourra! Hourra!

YORLOFF
Csar sublime,
Reprenez votre fer vengeur!
Les traîtres ont payé leur crime!
Les voilà tombés dans l’abîme,
Sous la main de l’exécuteur!

IVAN
Yorloff, mon serviteur fidèle,
Toi qui me dévoilais leurs perfides projets,
Prends place á mes côtes.
De leur troupe rebelle,
Oublions les forfaits!
Et remplissons notre coupe tarie.
Et toi, jeune Bulgare, allons, reviens à toi!
De ton front délicat
Chasse le pâle effroi!
Et dis-nous un refrain de ta belle patrie.

Nº 5: Sérénade

LE JEUNE BULGARE
Ouvre ton cœur
À l’amour qui m’enflamme,
Comme au soleil s’ouvre une fleur.
Ouvre ton cœur.
Ô ma beauté, prends ma vie et mon âme!
Ah, voici l’heure de l’amour,
L’ombre propice est de retour.
Viens dans mes bras
Changer la nuit en jour!
Ô ma beauté,
C’est l’amour que fait vivre!
Qui fait rêver d’éternité,
Ô ma beauté!
Ouvre ton cœur
Au doux feu qui m’enivre!
Ô ma beauté,
C’est l’amour que fait vivre!
Ah, voici l’heure de l’amour,
L’ombre propice est de retour.
Viens dans mes bras
Changer la nuit en jour!

Nº 6: Récit et chant du Cosak

IVAN
Eh! C’est un chant de femmes,
Un chant pour énerver les âmes;
Voici le seul refrain
Qui soit d’accord
Avec nos cœurs d’airain:
Hourra! Hourra! Vive la guerre!
Cosak, entends-tu le signal?
Vive la guerre!
Dans la plaine immense
Lorsqu’avec sa lance,
Le Cosak s’élance
Plus prompt que l’éclair,
Le pâtre fuit disant à voix basse:
«L’envoyé de Dieu passe;
C’est la tempête qui fend l’air?»
Dieu t’a fait pour fouler la terre
Sous le sabot de ton cheval!
Hourra! Hourra!

IVAN, CHOEUR
Hourra! Hourra!
Vive la guerre!
Cosak, entends-tu le signal?
Cosak, entends-tu le signal?
Vive la guerre!

IVAN
Hourra! Dieu t’appelle!
Cosak reste en selle!
Et d’un fidèle pressant ton cavalier,
Poursuis jusqu’à l’heure
Où la mort blême renverse
Elle-même le cheval et le cavalier!
Dieu t’a fait pour fouler la terre
Sous le sabot de ton cheval!

IVAN, CHOEUR
Hourra! Hourra!
Vive la guerre!
Cosak, entends-tu le signal?
Vive la guerre!
Vive la guerre!
Hourra! Hourra!

Nº 7: Final

IVAN
Boyards, j’ai fait fouiller
La plaine et la montagne,
Pour découvrir une compagne
Qui me donnât des fils dignes de moi.
Par mon âme immortelle,
Par la divine loi,
J’accorde á la plus belle
Et ma main et ma foi.

YORLOFF
(à part)
Ton triomphe est certain,
Ô ma fille chérie!
Malheur au Csar, malheur,
Si tu n’es pas choisie!

CHOEUR
Pleurons, pleurons, ô mes compagnes,
Pleurons nos lacs et nos montagnes,
Pleurons nos bois et nos campagnes,
Pleurons, pleurons, ô mes compagnes,
Pleurons, pleurons nos pères bannis,
Pleurons, pleurons nos pères banni!
Pleurons, mes sœurs, pleurons,
Les cieux évanouis de notre pays.
Pleurons, mes sœurs, pleurons, mes sœurs,
Pleurons nos lacs et nos montagnes,
Pleurons, pleurons!

IVAN
Silence!
Du Kremlin toute plainte est bannie.
C’est moi qui vous tiens
Lieu de parents, de patrie.
Débarrassez vos fronts
De ces voiles jaloux.

MARIE
Ciel! Cet étranger!

IVAN
Tu m’entends, jeune fille?
Ne crains-tu pas d’exciter mon courroux?

MARIE
Arrière, arrière!
Je suis libre et de noble famille,
Et je ne parais pas le front un devant tous!

IVAN
J’admire ton audace.
Ignores-tu mon nom
Pour me braver en face?

MARIE
Ton nom, ton nom, hélas!
Dans le sang, dans le feu,
Il est écrit partout
Au mépris de ton Dieu!

LE JEUNE BULGARE
Insensée!

L’OFFICIER
Ciel! Ô blasphème!

YORLOFF
Ô blasphème!

CHOEUR
Ciel! Ô blasphème!

IVAN
Ce voile, ôtez-le lui!

MARIE
Je l’ôterai moi-même!

IVAN
(à part)
Dieu! C’est elle!
Oui, voilà ce chef-d’oeuvre vanté,
Dont j’avais le premier
Voulu voir la beauté!
C’est elle!

MARIE
(à part)
Ah! C’était le Csar!
Et malgré moi, c’est lui que j’aime!

LE JEUNE BULGARE
IVAN, YORLOFF
Ah! Qu’elle est belle!

CHOEUR
Ah! Qu’elle est belle!
Voyez qu’elle est belle!

MARIE
(à part)
Ah! Par ces larmes,
Mes seule armes,
Et par ces charmes évanouis,
Rends-moi mon père,
Rends-moi mon frère.
Et ma chaumière
Et mon pays!
Ici tout me délaisse,
Ah! Par me détresse
Par ma faiblesse!
Hélas! Mes seuls appuis.
Ah! Rends-moi mon père,
Ah! Rends-moi mon frère.
Rends-moi ma chaumière,
Ah! Par pitié, rends-moi mon pays!

IVAN
(à part)
Qu’elle est belle! Ses yeux
Ont la splendeur des cieux!
Il semble qu’une flamme
Jaillisse de son âme.
C’est comme un trait vainqueur,
Qui me perce le cœur!
Son front brave les cieux!
Son front brave les cieux!

CHOEUR
(à part)
Voyez son front audacieux!
Son front semble braver les cieux!
On dirait que son jeune cœur
Ne connaît pas le peur!
Une orgueilleuse et fière flamme
Déjà s’élance de son âme,
Son front audacieux
Semble braver les cieux!

MARIE
(à part)
Ô mes nobles aïeux,
Montrez-vous à mes yeux,
Ecartez de mon âme
Toute étrangère flamme.
Ah! Mes nobles aïeux,
Montrez-vous à mes yeux!
Ô mes nobles aïeux,
Montrez-vous à mes yeux!

LE JEUNE BULGARE
(à part)
Imprudente! Ses yeux
Semblent braver les cieux!
On dirait qu’une flamme
S’élance de sa jeune âme,
Et que son cœur
Ne connaît pas la peur!
Et ses yeux bravent les cieux!
Ses yeux bravent les cieux!

YORLOFF
(à part)
Son front audacieux
Semble braver les cieux!
Une orgueilleuse flamme
S’élance de sa jeune âme,
On dirait que son cœur
Ne connaît pas le peur!
Son front audacieux
Semble braver les cieux!

L’OFFICIER
(à part)
Son front audacieux
Semble braver les cieux!
Une orgueilleuse flamme
S’élance de sa jeune âme,
Non, non, son cœur
Ne connaît pas la peur!
Son front audacieux
Semble braver les cieux!

IVAN
Ce pays désormais,
C’est le tien, c’est le nôtre;
Tu n’en auras plus d’autre.
Me sceptre t’appartient,
Mais tu n’es plus à toi.
Pour commander ici,
Prends place auprès de moi.

YORLOFF
Ô rage!

MARIE
T’épouser! T’épouser!
Moi, j’aurais ce courage!
Ah! Ta race et la mienne
Auront même langage,
Près du tigre on verra dormir
Le jeune faon,
Avant que je t’épouse,
Impitoyable Ivan!

IVAN
C’en est trop!

YORLOFF
Qu’elle meure!

LE JEUNE BULGARE
Ô ciel!

MARIE
Frappez!

IVAN
Esclave!
C’est en vain que ton front
Se redresse et me brave,
Je saurai bien dompter
L’orgueil de tes regards!
Qu’on l’entraîne à l’instant
Dans la chambre des Csars!

MARIE
Ah! Plutôt le trépas!

IVAN
Résistance inutile!

YORLOFF
Point de pitié! La mort!

MARIE
Où trouver un asile?

LE JEUNE BULGARE, CHOEUR
Ô Vierge sainte!

IVAN
Ma sœur!

LE JEUNE BULGARE, CHOEUR
Du haut des cieux,
Sur cette enceinte
Jette les yeux!
Ô Providence,
Toi qui protèges l’orphelin,
Sur l’innocence
Etends la main!

MARIE
Ah! Sauvez-moi, par pitié!

OLGA
Ma fille, rassurez votre cœur effrayé.

IVAN
(avec une fureur concentrée)
N’attendez pas, ma sœur,
Que l’éclair brille,
Retirez-vous!

OLGA
Suivez-moi, jeune fille.

IVAN
Cette fille est à moi.

OLGA
Cette fille est à Dieu!

IVAN
Gardes, saisissez-vous d’elle!

OLGA
Le Csar commande ici, gardes,
Dieu partout se révèle
Et commande en tout lieu!

IVAN
Yorloff! Yorloff!
Eh quoi donc! On chancelle!
Eh bien! Eh bien!
Ce sera moi qui le reprendrai!

OLGA
Voyons, Ivan,
Où peut aller ta rage?

(lui présente un crucifix)

De notre Dieu voilà l’image!
Ose fouler aux pieds
Ce symbole sacré!

MARIE, LE JEUNE BULGARE
Ô Vierge sainte
Du haut des cieux
Sur cette enceinte
Jette les yeux!
Ô Providence,
Toi qui protèges l’orphelin,
Sur l’innocence
Etends, étends la main.

CHOEUR
Sur cette enceinte,
Du haut des cieux
La Vierge sainte
Jette le yeux.
Ô Providence,
De l’orphelin,
Sur l’innocence
Etends, étends la main!

L’OFFICIER
(à part)
Ah! Qu’elle échappe
A ton pouvoir!
Dieu te frappe
Dans ton espoir!
Un esclave
Aurait ta foi!
Non, plus d’entrave,
Redeviens toi!
A son esclave
Il veut donner sa foi,
Et cette esclave
Viendrait dicter des lois!

IVAN
(à part)
Elle m’échappe
Ô désespoir!
Et Dieu me frappe
En mon pouvoir!
Elle me brave
Et rit de moi!
Et mon esclave
Me fait la loi!
Ah! Tremblez!
Ah! Tremblez tous!
Malheur à vous!
Malheur à vous!

YORLOFF
Ah! Quel espoir,
Elle échappe!
Dieu le frappe
Dans son pouvoir!
Une esclave
Aurait sa foi!
Non, plus d’entrave,
Il est à moi!
Non, plus d’entrave,
Ma fille aura sa foi
Ton triomphe est certain,
Ô ma fille chérie!
Malheur à lui,
Malheur si tu n’es pas choisie!



ACTE  III


Nº 8: Choeur dansé

(La cour d’honneur du Kremlin)

CHOEUR
Sous nos pas le sol résonne,
Dans nos yeux le ciel rayonne,
Le plaisir nous aiguillonne
Et la joie est dans nos cœurs!
Le Kremlin au front superbe,
N’est pas plus que le brin d’herbe;
Et le temps qui fait sa gerbe
Prendra la tour comme les fleurs.
Csar puissant, viens dans nos plaines,
Viens au bord de nos fontaines,
Voir danser, libres de peines,
Les troupeaux et les pasteurs!

Nº 9: Marche, scène et chœur

LE HERAUT
Silence! Le Csar s’avance,
Il se rend à l’église
Avec ses grands boyards.
Il va a montrer à l’Europe jalouse
La femme qu’il épouse,
Et donc le front reçoit
Le couronne des Csars.

CHOEUR
Ô divine justice,
Que l’Empire fleurisse!
Vive l’Impératrice
Et vive l’Empereur!
Exempts de tout orage,
Que leurs jours sans nuage
Soient ici-bas l’image
De l’éternel bonheur!
Vive l’Empereur
Et vive l’Impératrice!

IGOR
Ne peut-on approcher
De votre Csar Ivan?

CHOEUR
(en coulisse)
Vive le Csar Ivan!

IGOR
Ah! Pour le dévorer ouvre-toi terre dure!
Cet homme est défendu
Par un rempart plus fort
Que tous les pièges de la mort.
Une invisible main couvre son diadème.
Il vivra, son peuple l’aime!

Nº 10: Duo

IGOR
Et moi, j’aurais quitté
Mon père vainement,
Je n’aurais ni vengé ni retrouvé Marie.
Me voilà seul, sans parents ni patrie,
Et je n’ai pas accompli mon serment!

TEMROUK
Qui donc ici tient un pareil langage?

IGOR
Qu’entends-je? Ce vieillard...
Ciel! Plus je l’envisage...
A peine si j’en crois
Mes regards obscurcis!

TEMROUK
Igor, mon bien-aimé, mon fils!...

IGOR
Mon père!

IGOR, TEMROUK
Séparés, nous avions tout à ceindre,
Désormais rien ne peut nous atteindre,
Réunis, qui pourrait nous braver!
Le ciel même a voulu nous sauver!
Tous les deux appuyés l’un sur l’autre,
Quel amour est plus fort que le nôtre?
Notre cœur, ô mon père/mon fils
Et le ciel sont d’accord,
Sans pâlir nous irions à la mort!

IGOR
Eh quoi! Sans que personne
Au moins vous accompagne
Déserter la montagne,
Pénétrer dans Moscou
Malgré tous les dangers.
Qui repoussent nos pas
De ces murs étrangers!

TEMROUK
Huit mois s’étaient passés,
De toi pas de nouvelles.
Ah, de nos hirondelles,
De nos ramiers fidèles,
Si j’avais eu les ailes
Et le rapide essor.
Mais hélas, ma jeunesse
Est déjà loin Igor.
Ah, de nos hirondelles,
Si j’avais eu les ailes!
Fatigué de l’incertitude,
Je cède à mon inquiétude,
J’appelle autour de moi,
Nos frères de malheur,
Tous ceux dont a pris
Les filles ou les sœurs.
Et sitôt que la nuit
A couvert les campagnes,
Résolus, bien armés,
Nous quittons les montagnes.
Nous bravons le péril
Et la soif et la faim.
Un instant, nous genoux
Ont fléchi, mais soudain,
Devant nous, nous voyons au soleil
Les remparts du Kremlin.

IGOR
Mon père!

TEMROUK
Et Marie? Marie?

IGOR
Hélas! Espérance trahie!
Ah! Que n’ai-je pas fait
Pour rejoindre du moins celui
Qui l’entraînait!
Mon cheval bondissait,
Plus prompt que les gazelles.
Ah, de nos hirondelles,
De nos ramiers fidèles,
Si j’avais eu les ailes
Et le rapide essor!
Mais hélas, ô détresse,
Il meurt dernier trésor!
Ah, de nos hirondelles,
Si j’avais eu les ailes!
Il tombe, hélas! Auprès de sa dépouille,
Les yeux mouillés, je m’agenouille.
Mais aussitôt me relevant,
Avec un cri d’espoir,
Je m’élance en avant.
La tempête a gradé,
Que me fait la tempête!
A ses coups redoublés je présente la tête;
Je brave le péril et la soif et la faim...
Un instant, mes genoux ont fléchi,
Mais soudain,
Devant moi, je vois luire au soleil
Les remparts du Kremlin.

TEMROUK
Mon fils! Mon Igor, je te retrouve enfin!

IGOR
Ô bonheur!

IGOR, TEMROUK
Séparés, nous avions tout à ceindre,
Désormais rien ne peut nous atteindre,
Réunis, qui pourrait nous braver!
Le ciel même a voulu nous sauver!
Tous les deux appuyés l’un sur l’autre,
Quel amour est plus fort que le nôtre?
Notre cœur, ô mon père/mon fils
Et le ciel sont d’accord,
Sans pâlir nous irions à la mort!
Ô mon père/mon fils,
Notre cœur et le ciel
Sont d’accord
Et sans pâlir nous irions à la mort!

TEMROUK
Igor, mon bien-aimé, mon fils!

IGOR
Mon père!

IGOR, TEMROUK
Tu m’es rendu!

Nº 11: Trio et chœur final

YORLOFF
N’est-ce pas toi jeune homme,
Si j’en crois ton regard,
Qui veux parler au Csar?

IGOR
Moi-même.

YORLOFF
Et l’on te nomme?

IGOR
Igor.

YORLOFF
Que voulez-vous?

IGOR
Justice!

YORLOFF
Contre qui?

IGOR
Contre le Csar.

YORLOFF
Le Csar? Qui l’a jamais fléchi?
Et que vous a-t-il fait?

TEMROUK
Il m’a ravi ma fille!

IGOR
Il m’a ravi ma sœur!

YORLOFF
Et vous êtes vivants!
Il n’a pas fait brûler
Toute votre famille,
Il n’en a pas jeté la cendre
Aux quatre vents!
De quoi vous plaignez-vous?
Je suis de noble race,
Et rien ici n’efface
L’éclat de mes aïeux.
Je possède une fille
Près d’elle rien ne brille.
C’est une fleur de cieux.
Ivan la trouvait belle,
Et je rêvais pour elle
D’un titre glorieux.
Mais pour une autre femme
Soudain le Csar s’enflamme
Et nous trompe tous deux.

IGOR
Et tu permets qu’il vive?
A quoi bon ton épée?
Ah! Dans son sang, ma main
Déjà l’aurait trempée!

YORLOFF
Il sera mort demain!
Ah! Je veux qu’il périsse!
Oui, je veux qu’il périsse!
Arrêtons son supplice,
En secret préparons le poignard.
Pour punir tous ses crimes
Il me faut deux victimes,
La Czarine et le Czar
Vengeance! Vengeance! Vengeance!

IGOR, TEMROUK
Oui je veux qu’il périsse,
Arrêtons son supplice,
Préparons le poignard!

IGOR, TEMROUK, YORLOFF
Sur toi, malheur,
Ivan tu périras!

YORLOFF
Ivan cette nuit même,
Perdra son diadème.
Ivan succombera,
Mais ton fils doit mourir!

TEMROUK
Toi, l’espoir de ma race,
Je réclame ta place!

IGOR
Eh! Qu’importe ma mort
Si le Csar doit périr!
Ne m’avez-vous pas dit:
«On enlève ta sœur,
Prends ce poignard, Igor!
Va, prends ce poignard,
Poursuis le ravisseur!»

IGOR, YORLOFF, TEMROUK
Oui, je veux qu’il périsse!
Arrêtons son supplice,
En secret préparons le poignard.
Pour punir tous ses crimes
Il me faut deux victimes,
La Czarine et le Czar!
Oui, leur perte est certaine,
La vengeance est prochaine,
Et bientôt notre haine
Va pouvoir s’assouvir!
Ivan, tu dois périr!

CHOEUR
Ô divine justice,
Que l’Empire refleurisse!
Vive l’Impératrice,
Vive l’Empereur
Et vive l’Impératrice!
Et vive l’Empereur!

YORLOFF
Plus bas! Voici la foule!
Tandis qu’elle s’écoule,
Un mot encore...
Ce soir cette main t’ouvrira
La chambre nuptiale où le Csar périra.
Et sitôt que l’horloge
Aura sonné deux heures,
Tu frapperas!
Nous cependant, nous quittons
nos demeures,
nous saisissons les portes du Kremlin,
et du règne d’Ivan
nous proclamons la fin!

TEMROUK
Ainsi donc cette nuit...

YORLOFF
C’est dit!...

IGOR
Tu m’ouvriras toi-même...

YORLOFF
Je t’ouvrirai...

IGOR, YORLOFF, TEMROUK
... la chambre nuptiale où le Csar
Doit périr, quand l’horloge
Aura sonné deux heures...

YORLOFF
Tu frapperas!

IGOR
Je le jure!

IGOR
Ô divine justice,
Permets que mon poignard,
Ce soir même punisse
La Csarina et le Csar!

YORLOFF, TEMROUK
Ô divine justice,
Permets que son poignard,
Ce soir même punisse
La Csarina et le Csar!

CHOEUR
Ô souveraine justice
Que l’Empire fleurisse,
Et vive l’Impératrice
Et vive l’Empereur!

IGOR, YORLOFF, TEMROUK
Ivan, sur toi, malheur!

CHOEUR
Et vive l’Empereur!
Vive l’Impératrice!
Et vive l’Empereur!



ACTE  IV


Nº 12: Choeur

(Une pièce précédant la chambre nuptial)

LE JEUNE BULGARE, CHŒUR
(en coulisse)
Venez, souveraine adorée,
Venez, venez, voici l’instant!
Venez, la barque est préparée,
Venez, venez, on vous attend!

Nº 13: Air

MARIE
Il me semble parfois
Que ma vie est un songe!
Que cet or, cette pourpre,
C’est un brillant mensonge,
Un tableau que le ciel fait
Pour me tromper
Et qu’un coup de tonnerre,
Enfin, va dissiper!
Quand la sainte Olga
Me prit à son frère,
Il voulut mourir.
Contre lui mon cœur
Devint moins sévère;
Il était perd... cruel souvenir!
Mais je m’approchai de sa morne couche,
Son regard sur moi s’était soulevé,
Un pâle sourire éclaire sa bouche.
Il me prit la main,
Il était sauvé!
Moi, fille de Temrouk,
Prince de Circassie,
Moi, Csarine de Russie!
Ivan, notre ennemi,
Ivan, notre oppresseur,
Est maître de mon cœur!
J’aimais l’aspect de nos montagnes,
Quand le jour pointe à l’horizon.
Jamais les jeux de mes compagnes,
Le soir sur le gazon.
Mon âme était libre et sereine,
Un an pour moi semblait un jour,
Et j’ignorais la haine,
Et j’ignorais l’amour.
J’aimais l’aspect de nos montagnes,
Quand le jour pointe à l’horizon.
Jamais les jeux de mes compagnes,
Le soir sur le gazon.
Il me semblait, forte chimère,
Que c’était le seul bonheur
Que dans cette cime de terre
L’avait battu mon cœur
Comme à l’abri d’un ombre claire,
Fuit une source aux flots joyeux,
Près de mon père et de mon frère,
Coulaient mes jours heureux!
Mon âme était libre et sereine,
Un an pour moi semblait un jour!
Oui, j’ignorais l’amour, la haine,
Un an pour moi semblait un jour!
Ô ciel! Quel changement
tout à coup dans ma vie,
je ne sais quelle flamme
aussitôt m’a saisie:
Ivan, notre oppresseur,
Est maître de mon cœur!
Je délaisse et j’oublie
Et parents et patrie,
Ivan, notre oppresseur,
Est maître de mon cœur!
Ô mon Ivan, je t’aime,
Je t’aime avant moi-même,
A tout j’ai dit adieu,
Je t’aime avant mon Dieu!
Ivan, à toi, Marie,
Et ce cœur indompté!
A toi ma liberté!
Ivan, à toi ma vie,
A toi ma liberté!
Et ce cœur indompté!
A toi ma liberté!

CHOEUR
(en coulisse)
Venez, souverain adoré!
Venez. venez, voici l’instant!
Venez, on vous attend!

Nº 14: Récit

(Entrée d’Ivan)

IVAN
Pour la fête de nuit
la Moskova s’allume,
Déjà mille flambeaux
au loin percent la brume,
Un peuple vous appelle,
un peuple vous attend.
Allez, ô la plus belle,
allez voici l’instant,
Allez comme un jeune astre
envoyé par les cieux
Dans la barque d’honneur,
éblouir tous les yeux!

Nº 15: Scène et récit

IVAN
(à mi-voix)
Tiens, lis ce billet.

YORLOFF
Le mien!

IVAN
Je l’ai trouvé tantôt
sur mon chevet.
Lis donc!

YORLOFF
La volonté du Czar soit satisfaite!
«Et Judith s’appuyant sur mon cœur
raffermi, saisit par les cheveux
Holopherne endormi,
Et lui tranche la tête.»
Ciel! Une autre Judith
menacerait vos jours!

IVAN
Trêve à de vains discours!
Silence et veille!

(Sortie d’Ivan)

YORLOFF
A merveille!
A défaut de la mort
je verrai le soupçon
Se glisser dans ton cœur
comme un secret poison!

(Entrée d’Igor)

YORLOFF
Ecoute; la Csarine entre par cette porte,
Elle n’a pour escorte
que ses dames d’autour...
On la quitte,
et le Csar se présente à son tour...
La carrière es donc libre
et la victime est prête.
Frappe! Je serai là...
Tu m’as bien entendu?

Nº 16: Récit et air

IGOR
Ma vengeance va donc être enfin satisfaite,
Et jusqu’auprès d’Ivan me voilà parvenu.
Qu’il vienne!
Je l’attends, et mon poignard est nu!
Pourquoi revenez-vous,
souvenir des montagnes,
Où seul avec ma sœur
j’errais en liberté?
Pourquoi revenez-vous,
souvenir des campagnes,
Où les fleurs pâlissaient
auprès de ta beauté?
Chers souvenirs, hélas,
Pourquoi revenez-vous?
Doux portrait de ma mère,
ô ma sœur, ô ma vie!
Avec toi tout brillait
et sans toi tout es noir.
Nous n’avions qu’un chagrin,
vous quittez, ô Marie!
Nous n’avions qu’un plaisir,
c’était de vous revoir!
Ô ma sœur! Marie!
Ô regrets, ô douleur!
Pourquoi revenez-vous,
souvenirs des montagnes,
Où seul avec ma sœur
j’errais en liberté?
Pourquoi revenez-vous,
souvenir des campagnes,
Où les fleurs pâlissaient
auprès de ta beauté?
Chers souvenirs, hélas,
Pourquoi revenez-vous?

(Chants en coulisse)

Mais d’où viennent ces chants?...
Une barque de fête
près du Kremlin s’arrête...

LE JEUNE BULGARE, CHOEUR
Vive l’Empereur!
Vive l’Impératrice!

IGOR
La Csarine et le Csar!
Ah! Sur tous deux, malheur!

Nº 17: Duo

(Entrée de Marie)

IGOR
Marie!

MARIE
Igor!
Le ciel moins sévère
Te rend à moi.
ô bonheur, ô mon frère,
Enfin je te revois!

IGOR
Je voudrais d’un seul bond
t’emporter aux montagnes,
Je voudrais te conduire
à tes chères compagnes!

MARIE
Mon père?

IGOR
Il est ici.

MARIE
Il serait vrai? Mon père!
Je vais le voir aussi!

IGOR
Viens, ma sœur, viens Marie,
Viens lui rendre la vie!

MARIE
Ah! C’était ma prière de chaque soir.
Ô bonheur, mon père, je vais te revoir!
Ah! C’était ma prière de chaque soir.
Ah! Le ciel enfin te rend à moi!

IGOR
Ah! C’était sa prière de chaque soir!
Viens lui rendre la vie
ma sœur chérie!
Son bonheur sur la terre
c’est de te revoir!

Suis-moi, ne tardons pas.
Un terrible devoir
rappelle ici mes pas.

MARIE
Un terrible devoir?

IGOR
Là-bas, sur le Caucase,
Suivant le rite sacré,
Plein d’une sainte extase,
J’ai promis, j’ai juré...
Au nom de nos ancêtres
Et de notre pays,
Au nom de nos saints prêtres,
J’ai juré, j’ai promis...
Dans les mains de mon père,
En présence de Dieu,
D’une lèvre sincère,
j’ai juré, j’ai fait vœu
De poursuivre sans trêve,
De frapper de ce glaive
Ivan, notre oppresseur,
Ivan, ton ravisseur.

MARIE
Ivan! Le frapper! Toi!
Non, non, c’est impossible!
Tu n’obéiras pas à ce serment horrible!
Ah! Si ma voix encore
Peut t’émouvoir, Igor,
Si le nom de ta sœur
Est écrit dans ton cœur,
Si mon bonheur t’est cher
Comme il était hier,
Si tu m’aimes toujours,
Ah! respecte ses jours,
Si le nom de ta sœur
Est écrit dans ton cœur,
Ah! Si ma voix encore
Peut t’émouvoir, Igor,
Ah! respecte ses jours.

IGOR
Que vous est donc cet homme?

MARIE
Igor, c’est mon époux.

IGOR
Qu’entends-je?

MARIE
Et je l’aime!

IGOR
(d’une voix étouffée)
Allah! Protège-nous...
Toi, la Csarine,
toi l’orgueil de la montagne!
Marie es la compagne
de cet homme abhorré!

MARIE
C’est mon époux!

IGOR
Marie es la compagne
de ce tigre altéré!

MARIE
C’est mon époux, Igor,
et sa vie est la mienne,
De ses jours désormais
c’est moi qui suis gardienne,
Et s’il te faut une victime ici,
N’en cherche pas une autre
et frappe, me voici.

IGOR
(dans le plus grand trouble)
Ah! La fureur m’égare!
Quitte ce Csar maudit!

MARIE
Le Ciel seul sépare
Ceux que le Ciel unit!

IGOR
Ah! redoute, Marie
Ce bras prêt à punir!

MARIE
Mon époux, c’est ma vie!

IGOR
(avec fureur)
Eh bien, tu vas mourir!

MARIE
Pardonne-lui, ma mère!
Expirante déjà
Tu disais à mon frère:
«Mon fils, protège-la.»
Tu priais, ô ma mère,
Et voilà qu’aujourd’hui
Je vais mourir par lui.

IGOR
(d’une voix entrecoupée par les sanglots)
«Mon fils, protège-la!
Mon fils, veille sur elle!»
Il semble encore qu’elle m’appelle,
Je presse encore ses doigts glacés!

Je vois briller une étincelle,
Sous ses longs cils demi-baissés.
Il semble encore qu’elle m’appelle,
Je presse encore ses doigts glacés!

MARIE
Viens, m’emporter, ange fidèle,
Au froid séjour des trépassés!
Entends ta fille qui t’appelle
Rouvre tes yeux hélas glacés!

IGOR
Ah! loin de moi, fer impie!
Arrière, mes serments!
Viens dans mes bras, Marie!

MARIE
Igor!

IGOR
Moi, moi, t’arracher la vie!
Moi te percer le cœur!
A toi, ma sœur chérie!
Ô ma sœur, ô Marie,
Ta présente est ma vie!
Ton absence est la mort!
Moi t’arracher la vie!
A toi, mon seul bonheur!
Près de ma sœur chérie,
Sois sans crainte et défie
L’injustice et le sort!

MARIE
Ah! Je retrouve mon frère,
Comme il était naguère
Enfin je l’ai revu.
Ah! Te rends à Marie
Et la joie et la vie.
Je te suis chère encore!
Mon frère m’est rendu.
Près de toi je défie
La fortune ennemie
Et je brave le sort!

IGOR
Ma sœur chérie.

MARIE
Je t’ai revu!

IGOR
A toi ma vie!

MARIE
Tu m’es rendu!

IGOR
Marie, à toi ma vie!

Nº 18: Final

(Entrée d’Ivan)

YORLOFF
Voyez!

MARIE
Ah! Mon Ivan!

IVAN
Arrière!

YORLOFF
Son frère! Qui l’aurait cru!
Si je ne le perds pas
c’est moi qui suis perdu!

MARIE
Mon noble époux!

IVAN
Criminel artifice!
Déjà mes yeux charmés
se fermaient à demi...
Judith allait surprendre
Holopherne endormi!
Déjà votre complice...

MARIE
Mon frère!

YORLOFF
Voici le poignard
Dont il voulait frapper le Csar!

IGOR
Trahison, perfidie!

CHOEUR
Trahison, perfidie!
Attentat détesté!

IGOR
Trahison! Crime impie!

MARIE
Prends mes jours pour sa vie,
Ô juge redouté!

YORLOFF
Attentat détesté!

IVAN
(d’une voix entrecoupée de sanglots)
Je t’aimais, ô Marie!
Pour toi j’aurais donné
Ma couronne et ma vie!
Je t’aimais, et ta jeune beauté
Désarmait la furie
de ce cœur indompté!
Ton doux regard dissipait les nuages
Qui, tout à coup,
sur mon front s’étendaient,
Et calmait les orages
Qui dans mon cœur grondaient.
Ô servile faiblesse,
Méprisables douleurs!
Mes yeux versent des pleurs.
Ô servile faiblesse,
Méprisables douleurs!
Voyez tous, je m’abaisse.
Mes yeux versent des pleurs!

MARIE
Regarde ma détresse,
Regarde ma douleur,
Grâce pour ma faiblesse,
Ne brise pas mon cœur.
Tu règnes sur mon âme,
Jette sur moi les yeux.
Ne suis-je plus ta femme?
Qui pourrait t’aimer mieux?
Ivan, regarde ma douleur!

IGOR
Une ardeur vengeresse
Vient faiblir mon cœur,
Mais la force ma laisse
Quand je songe à ma sœur,
Vainement dans mon âme
J’évoque mes aïeux.
Ô fraternelle flamme
Tu luis seule à mes yeux
Oui, vient faiblir mon cœur,

COEUR
Une ardeur vengeresse
Vient enflammer nos cœurs
Mais le Csar, ô faiblesse,
Le Csar verse des pleurs
Celui dont la grande âme
Etait égale aux cieux
Frémit comme une femme
Et se couvre les yeux!

IVAN
Cette vile faiblesse,
Méprisables douleurs.
Voyez tous, je m’abaisse
Et mes yeux versent des pleurs!
Méprisable faiblesse!
Ô servile douleur!
Voyez tous, je m’abaisse
Et mes yeux versent des pleurs!
Moi dont l’orgueil bravait les cieux!

YORLOFF
Un ardeur vengeresse
Vient enflammer nos cœurs,
Mais le Csar, ô faiblesse,
Le Csar verse des pleurs,
Celui dont la grande âme
Etait égale aux cieux
Gémit comme une femme
Et se couvre les yeux!
Le Csar gémit comme un enfant!

L’OFFICIER
Ô Csar, des étrangers
ont soulevé la ville!

YORLOFF
C’est leur père è tous deux
qui poursuit son dessein!

L’OFFICIER
Le Kremlin est en feu!

IVAN
Qu’entends-je?

CHOEUR
Le Kremlin!

IVAN
De fureur et d’horreur
Je demeure immobile!
Du sang! Du sang!
Redevenons Ivan!

L’OFFICIER, YORLOFF, CHOEUR
Du sang! Du sang!
Nous retrouvons Ivan!

MARIE
Grâce! Grâce!

IGOR
(avec éclat)
Tu nous fait affront!
Souviens-toi de ta race
Et relève le front!

IVAN
Misérables, qu’on les saisisse!

MARIE
Dieu de justice,
Sois-nous propice!
Hélas!
Désarme-les!
Grâce, Ivan, grâce!
Le mal s’efface,
Mais le remords, jamais!
Route escarpée
La main trompée
Laisse l’épée
Pour le poignard!
Voici l’abîme!
A qui le crime?
Ah! Pour ma vie,
Loin, je vous prie
Ce brais impie,
Ce cœur de fer!
Funeste rêve,
Fais qu’il s’achève.
«Ni paix ni trêve»
C’est le cri de l’enfer!
Ô mon frère, ô mon Csar!
Grâce, Ivan, grâce!

IGOR
Dieu de justice,
Sois-nous propice
En ce jour.
Ah! Punis-les!
De leur audace
Ton bras se lasse,
De grâce, non, jamais!
Ma main trompée,
Dieu l’a frappée.
Rends ton épée,
Prends ton poignard!
A moi l’abîme!
A toi le crime,
Je meurs victime,
Mais tremble, ô Csar!
Je vous défie,
Race ennemie
Au bras impie,
Au cœur de fer!
Ni paix ni trêve
Que tout s’achève,
A nous la glaive,
A vous l’enfer!
A nous le poignard,
A vous l’enfer!
Venez, je vous défie!

L’OFFICIER, IVAN, YORLOFF
Qu’on les saisisse,
Qu’un prompt supplice
Fasse justice
De leurs forfaits!
De leur audace
Le ciel se lasse.
Pas de grâce, non jamais!
Fureur trompée,
Lâche épopée,
Au lieu d’épée,
Prendre un poignard.
Ô ciel! Serpents d’Asie,
Race ennemie,
Au bras impie,
Au cœur de fer!
Braver l’abîme
Et pour victime,
Horrible crime,
Choisir le Csar!
Ni paix, ni trêve,
Ton sort s’achève,
Meurs sous la glaive,
Tomber en enfer!
Pour eux la mort!

IVAN
Je veux que tout vivants
On les ensevelisse!
Je veux... Je veux faire...
A moi-même... justice.
Je veux être leur juge
Et punir sans recours.
Je veux... Non! Mon épée!
Une hache!... Un couteau!

MARIE
Ivan!

YORLOFF, CHOEUR
Ciel! Son visage est livide!
Le ciel soit notre guide!
Le Csar se meurt!

CHOEUR
Grand Dieu!
C’était notre rempart!

YORLOFF, CHOEUR
A genoux! A genoux,
Et prions pour le Csar!



ACTE  V


Premier Tableau

(Sous les murs de la citadelle)

Nº 19: Marche et récit

UNE SENTINELLE
Qui vive?

L’OFFICIER
Tout va bien.

UNE SENTINELLE
Avancez!

L’OFFICIER
«Moscovie!»

UNE SENTINELLE
«Yorloff et Patrie!»
Que dit-on?

L’OFFICIER
Le Csar est mort et Yorloff lui succède!

UNE SENTINELLE
Que Saint-Michele nous soit en aide!

L’OFFICIER
Au revoir, compagnon!

UNE SENTINELLE
Au revoir!

Nº 20: Duo

TEMROUK
Enfin le jour succède à l’ombre.
Ah! Quelle nuit!
Quel jour encore plus sombre!
Ma fille retrouvée
et perdue aussitôt...
Mon fils, avec sa sœur,
promis à l’échafaud...
Tous les deux oubliant
leur pays et leur père!
Et le Csar, ce démon
cruel et corrupteur.
Les punissant du mal
dont lui-même est l’auteur!

CHOEUR
Hourra! Hourra! Hourra!

TEMROUK
Pourquoi ces cris?

IVAN
(en coulisse)
Arrière! Arrière!
Je vous brave tous!

(en scène, s’adressant à ses ennemis du extérieur)

Vous m’aviez du soleil dérobé la lumière,
Vous m’aviez séparé de ma famille entière;
Je me suis souvenu de ma force première.
J’ai tué mes gardiens,
j’ai brisé mes verrous!

(apercevant Temrouk)

Qui va là?... Sauve-moi!

TEMROUK
Mais qui donc es-tu?

IVAN
Qui suis-je?
Ah! Ne les vois-tu pas?
Ils son là, sur mes pas…
Ils me suivent, te dis-je!

TEMROUK
Qui donc es-tu?

IVAN
Mon nom?
Il résonnait jadis,
plus fort que le canon!
J’étais le hardi capitaine
Et les casques les plus altiers
Abaissaient leur cime hautaine
Au niveau de mes étriers!
J’étais le chef que rien n’étonne,
Tout tremblait devant mes regards.
J’avais sur la front la couronne,
Et dans la main le sceptre des Csars.

TEMROUK
Mais vous êtes Ivan?

CHOEUR
(en coulisse)
Hourra! Hourra! Hourra!

IVAN
Ils demandent ma vie!

TEMROUK
(à part)
Ah, mes enfants! Ah, mes enfants!

(à Ivan)

Tes ennemis déjà sont triomphants!
On va faire périr la Csarine Maria!
Marie! Marie, hélas, te tend les bras!

IVAN
Marie! Ah!
C’est le nom d’un ange,
Au regard radieux
La divine phalange
L’a repris dans les cieux.

TEMROUK
Viens la sauver!

CHOEUR
(dans le lointain)
Hourra! Hourra! Hourra!

IVAN
Silence!
N’entends-tu pas?
Leur troupe qui s’avance?

TEMROUK
Ah! Tu n’es pas le Csar!

IVAN
Je ne suis pas le Csar?

TEMROUK
Va-t’en, va-t’en, va-t’en, le Csar!

IVAN
Malheur à qui m’offense,
il vaudrait mieux pour lui
se jouer du trépas!
Malheur à qui m’offense!
Il ne saurait longtemps
échapper au trépas.

TEMROUK
Allah! Entends-nous!
Bientôt chacun verra jusqu’où
Va son courroux jadis redouté.
Ceux qui le bravent seront bientôt frappés.
Il saura les punir.
Que nos appels
soient enfin exaucés!
Il faut que su puissance
Se fasse encore sentir.
Malheur à qui l’offense!
Malheur à l’insensé!
Oui, déjà le sang bat et s’élance
Au fond de mon cœur courroucé!
Oui, malheur, malheur,
Malheur, malheur à l’insensé.

IVAN
Malheur à qui m’offense!
Bientôt chacun verra
jusqu’où peut aller
Mon courroux jadis si redouté.
Je vais user d’un pouvoir
D’un pouvoir enfin retrouvé!
Je veux que ma puissance
Se fasse encore sentir.
Malheur à qui m’offense!
Malheur à l’insensé!
Oui, déjà le sang bat et s’élance
Au fond de mon cœur courroucé!
Oui, malheur à qui m’offense,
Malheur à l’insensé. Ah!
Malheur, malheur à l’insensé!

IVAN
Qu’entends-je? Cette cloche...
Jamais elle ne sonne
Que pour le Csar à son denier soupir!

TEMROUK
Quoi donc Ivan s’étonne?
On lui prend sa couronne,
Et lui-même il va mourir!

IVAN
Ah! Me prendre ma couronne!

TEMROUK
Les voilà! Les voilà!

IVAN
Tais-toi! Suis-moi!
Viens, suis-moi!

CHOEUR
A mort! A mort! A mort!

(Ils sortent tous deux précipitamment.)

Deuxième Tableau

(La cour d’honneur du Kremlin)

Nº 21: Scène Finale

CHOEUR
A mort! A mort! A mort!
A mort! La Csarine perfide!
Et jetons sa dépouille aux vents!
Elle a de sa main parricide,
Elle a tranché les jours du Csar Ivan!
A mort! A mort! A mort!

YORLOFF
Au nom du Grand Conseil,
Eclairé par Dieu même,
En face du péril urgent,
J’ai pris la diadème
Avec le titre de Régent.

CHOEUR
Hourra!

YORLOFF
Frappons d’abord une grande coupable:
Victime d’une trahison,
le Csar a perdu la raison.
Voici l’auteur de ce crime exécrable!
Qu’on les mène à la mort!

CHOEUR
Qu’on les mène à la mort!

IGOR
Sans pâlir ni répondre
Acceptons notre sort!

MARIE, IGOR
Adieu fière Circassie.
Adieu pays indompté,
Adieu sol de la patrie,
Adieu toit inhabité!
Partons, partons,
La mort nous convie,
Partons, partons,
La mort c’est la vie.
C’est la liberté,
C’est la liberté!

YORLOFF
Arrachons-lui d’abord ce noble insigne,
Ce cercle impérieux
dont son front n’est plus digne!

IVAN
Sacrilège!

YORLOFF
Le Csar!

MARIE
Mon époux!

CHOEUR
Ciel! Le Csar!

IVAN
Oui! C’est le Csar! C’est Ivan le Terrible!
C’est le courroux du ciel
pour toi rendu visible!
C’est votre maître à tous!
Qu’on te juge, Yorloff!
La soif du diadème
Te pressait à frapper
ton bienfaiteur lui-même!
De leur crime c’est toi le véritable auteur!
Va flétrir l’échafaud
dont ils étaient l’honneur!

CHOEUR
Ô divine justice,
Que l’Empire fleurisse!
Vive l’Impératrice,
Et gloire à l’Empereur!



ACTO  I


Nº 1: Introducción

(Un manantial en las montañas)

CORO
Cojamos, hermanas, el agua de las fuentes
y tengamos los cántaros llenos
para cuando regresen nuestros cazadores.
¡Cojamos, hermanas, el agua de las fuentes!
Cojamos, hermanas, y sigamos cogiendo,
pues la sed devora los labios ardientes
de nuestros cazadores.
¡Cojamos hermanas, cojamos!

MARÍA
¿Qué quiere ese muchacho?
Quizás se haya perdido.

UN MUCHACHO BÚLGARO,
Tras los pasos de mi amo,
seguía el sendero
que conduce hasta estas alturas
cuando espesos vapores
de pronto nos separaron.
¡Cuánto más lo busco
más lo pierdo!
Ahora que los cielos
han recobrado su claridad,
decidme, ¿ha pasado él por aquí?

MARÍA
Nadie ha pasado esta mañana
y nada ha llamado nuestra atención.
¿Eres de este país?

EL MUCHACHO BÚLGARO
(con nobleza)
¡Esa gran águila que sobrevuela el yermo

(tristemente)

no podría distinguir mi suelo natal!
¡Ay!

MARÍA
¿Y tu amo?

EL MUCHACHO BÚLGARO
¡Somos extranjeros los dos!

MARÍA
Uno de nuestros muchachos
te guiará hasta el camino.
En el Cáucaso indómito
mi padre manda como rey.
Quédate con nosotros hasta mañana
y calma tu terror.

EL MUCHACHO BÚLGARO
¡Noble hija de las montañas,
sobre los tuyos, sobre tus compañeros,
que desciendan a mi llamada
todas las dichas juntas!
¡Que puedas ver por mucho tiempo
sobre tus montes, levantarse la aurora!
¡Que puedas ver por mucho tiempo
sobre tus montes, levantarse la aurora!
¡Dulce flor de mayo,
que puedas un día
escoger un esposo amado!
¡Que puedas ver por mucho tiempo
sí, sobre tus montes,
levantarse la aurora!
¡Que jamás el severo destino
te arranque de los brazos de un padre!
¡Que jamás lejos de tu bello cielo
te arrastre un cruel vencedor!
Sí, siento cerca de ti
calmarse mi terror.
Sí, que puedas ver por siempre
levantarse la aurora.

MARÍA
¡Que puedas tú hasta la aurora,
bajo tus pies, ver brotar las flores!
¡Que puedas ver las flores brotar
hasta la aurora!
¡Sobre tu frente serena
ah, que pueda Alá
derramar un soplo de bálsamo!
¡Que puedas tú hasta la aurora,
hasta la aurora,
ver las flores brotar!
Y mañana, cuando la luz
golpee tus jóvenes párpados,
¡que pueda por fin la bondad del cielo
alejar de un solo golpe toda amargura!
No temas nada a mi lado.
¡Ah, calma tu terror!
Que puedas hasta la aurora
ver brotar una flor.

EL MUCHACHO BÚLGARO
¿Qué estoy viendo?... ¡Es él!... ¡Mi maestro!

IVÁN
¿Has dicho algo que pueda identificarme?

EL MUCHACHO BÚLGARO
¡No, nada!

MARÍA
(aparte)
¡Qué marciales son sus andares,
y qué altiva su mirada!

IVÁN
Por los recovecos de este sendero
buscaba a este niño;
pero cerca de este roble,
viendo brillar una fuente,
abandoné mi camino
para coger agua
en el cuenco de la mano.

MARÍA
Esta es la altiva fuente
que desdeña la llanura
y quiere quedarse aquí.
¡Vos, sin embargo, bebed!

IVÁN
¡Joven muchacha, gracias!
En una ardua pendiente
con el sol de cara,
he cogido esta mañana
esta flor desconocida.
Viene de la nieve
y sus más bellas hermanas
envidian su perfume,
su gracia y sus colores.
Te la regalo... ¡Adiós!

(Salen Iván y el joven búlgaro)

MARÍA
Se marcha... como la nube
dejándome estas flores...
¿Qué fuego repentino circula por mis venas?
¿Qué extraño dolor
se desliza por mi corazón?

CORO
Cojamos, hermanas, el agua de las fuentes
y tengamos los cántaros llenos
para cuando regresen nuestros cazadores.
¡Cojamos hermanas, cojamos hermanas!

Nº 2 Escena y fragmento del conjunto

(Entra Temrouk)

MARÍA
¡Padre mío!
¿Qué te pasa?
Tu rostro se inclina hacia el suelo.
¿Una tormenta imprevista,
súbitos furores amenazan
a nuestros cazadores?
¡Mira el bello cielo
y la hermosa naturaleza!
¡Jamás luminosidad tan pura
ni día más radiante
han acariciado nuestro rostro
y alegrado nuestros ojos!

UN CHECHENIO
(entre bastidores)
¡A las armas!

TEMROUK
¿A las armas? ¡Ah, mis presentimientos!

UN CHECHENIO
¡Están aquí! ¡Están aquí!
¡Nos persiguen!
¡Están avanzando a lo largo
de todo el Cáucaso!
¡Huyamos, huyamos de aquí!

CORO
¡Los rusos!

UN OFICIAL RUSO
Nada de resistencia.
¡Y agachad la cabeza en silencio!

TEMROUK
¿Qué quieres?

OFICIAL RUSO
¿El jefe de la tribu?

TEMROUK
Soy yo.

OFICIAL RUSO
Entréganos a tu hija al instante,
ésa es la orden suprema del Zar.

TEMROUK
¡Mi hija! ¿He oído bien?

OFICIAL RUSO
¡Tal es la orden del Zar!

TEMROUK
¡Mi hija! ¡Mi niña! ¡Mi alegría!
¡Convertida en vuestra presa!
¡Jamás! ¡Jamás!

OFICIAL RUSO
¡Tu hija! ¡Tu hija! ¡O ni un solo niño,
te lo juro, quedará aquí con vida!

MARÍA
O mi pérdida o la de ellos,
está decidido, ¡oh, padre mío!
¡Entregadme, sus llantos
me desgarran el corazón!

OFICIAL RUSO
Nos reímos de sus lágrimas.
¡Qué nos importan vuestras lágrimas,
y vuestras inútiles súplicas!
¡O tu hija, o ellos!

TEMROUK
No, no, es imposible...
¡No cumplirás
esa horrible amenaza!
¡Oh, no, es imposible!
¡No obedecerás esa orden cruel!

UN CHECHENIO, CORO
¡Alá, apiádate
de nuestro llanto
y de nuestra miseria!
¿Ya no eres nuestro padre?
¡Desgarras nuestros corazones!
¡Ten piedad de nuestro llanto!
¿Ya no eres nuestro padre?
¡Desgarras nuestros corazones!
¡Ay!

TEMROUK
¡Mi hija! ¡Ay! ¡Dejadme a mi hija!
¡Ella y mi hijo son mi única familia!

OFICIAL RUSO
¡Tu hija!

TEMROUK
¡Por tus hermanas y por tu padre!

OFICIAL RUSO
¡Tu hija!

TEMROUK
¡Por tus hermanas y por tu madre!

OFICIAL RUSO
¡Tu hija!

TEMROUK
¡No puedo!

OFICIAL RUSO
¡Golpeadles sin piedad!

CORO
¡Ah!

MARÍA
¡Deteneos! ¡Aquí estoy!

OFICIAL RUSO
¡Agarradla, soldados!

MARÍA
¡Sí, para salvaros a todos,
es necesario que os abandone!
¡Adiós, querida familia!
¡Abrazad a vuestra hija!
¡Adiós! ¡Adiós!

OFICIAL RUSO
¡Necesito a esta muchacha!
¡Ah, mirad como ya brilla el acero!
¡Atrás, alejaros de aquí!
¡Cuidaros de mi ira!
¡Temblad! ¡Temblad!

TEMROUK
¡Ah, déjame a mi hija!
¿Tú no tienes familia?
¡Ah, ten piedad de nosotros!
¡Te lo pido de rodillas!

CORO DE CHECHENIOS
¡Ah, déjale a su hija!
¿No tienes tú familia?
¡Te lo pedimos de rodillas!
¡Ah, ten piedad de nosotros!

OFICIAL RUSO
¡Atrás, temed mi ira!
¡Vámonos! ¡Vámonos!

CORO
¡Que nos detengan a todos!
¡Detenednos a todos! ¡Sí, a todos!

MARÍA
¡Ay, padre mío, ay!
¡Adiós!

TEMROUK
¡Mi hija, ay!
¡Mi hija!

Nº 2ª; Aria y Coro

CORO
¡Ah! ¡Este es el fin
de nuestra independencia!
Nuestro templo avasallado,
sin gloria y sin honor.
No tenemos más que una
apariencia de existencia,
y nuestro dios, ¡ahora es el terror!

TEMROUK
¡Fatal destino!
¡Nací en un día de cólera!
¿Por qué no me estrellaron
contra una roca?
¡Estoy condenado a sufrir!

CORO
¡Fatal destino! ¡Fatal destino!

TEMROUK
¡Príncipe de la Circasia,
por la memoria de mis antepasados
me lancé a la vida,
con el rostro vuelto hacia los cielos!
Libre como el Cáucaso,
todo el sufrimiento ha recaído en mí,
proclamo que nada temo ya,
¡ni aunque el cielo me aplaste!
¡Funesto sentimiento!
¿Qué soy yo ahora?
¡He perdido mi sostén!
¡La vejez me domina!
Me quitan a mi hija.
¡Oh, desgracia! ¡Quebrantan mi alma!
¡Estoy condenado a sufrir!
¡Mi hija! ¡Ah!
Sí, nací en un día de cólera.
¿Por qué no me estrellaron
contra una roca?

CORO
¡Fatal destino! ¡Este es el final!
Avasallados, deshonrados.
No tenemos más que
una apariencia de existencia,
¡nuestro dios es ahora el temor!

TEMROUK
¡Fatal destino!
¡A sufrir, sí, estoy condenado,
he perdido mi sostén,
he perdido la felicidad!

CORO
¡Ay, nuestro dios es el temor!

Nº 3: Final

CORO
¡Victoria! ¡Victoria!
¡Cantad nuestra gloria!
¡He aquí a los vencedores
de los lobos y osos!

TEMROUK
¡Aprisa, Igor, aprisa!
Han venido los rusos...
¡Se han llevado a tu hermana!

IGOR
¡Mi hermana!... ¿Dónde están?

TEMROUK
¡Han desaparecido!
¡Desaparecido!... ¡Oh, furor!

IGOR
¡Dejemos las lágrimas para las mujeres!
A mí vuestros brazos y vuestras almas;
vuestras flechas y vuestros corazones.
¡Persigamos a los raptores!

CORO
Dejemos las lágrimas para las mujeres,
para ti nuestros brazos, nuestras almas,
nuestras flechas y nuestros corazones.
¡Persigamos a los raptores!

IGOR, CORO
¡Sin descanso y sin tregua,
con la lanza y la espada,
combatamos a los raptores,
implacables cazadores!
¡Combatamos a los raptores,
implacables cazadores!
¡Vamos... que por todas partes
resuene el cuerno guerrero!

IGOR
¡Adelante! ¡Adelante!
¡Sin descanso y sin tregua,
combatamos a los raptores!

CORO
¡Adelante! ¡Adelante!
¡Adelante! ¡Adelante!
combatamos a los raptores!

CORO
¡Igor, contigo nuestras almas!

IGOR, CORO
¡Combatamos a los raptores,
implacables cazadores!
¡Adelante! ¡Adelante!

TEMROUK
¡Deteneos, es Alá quien lo ordena!
Me va a desvelar su voluntad.

CORO
¡Divino delirio!
Alá le inspira
y le va a desvelar su voluntad.

TEMROUK
¡Despojad de vuestros dedos
los anillos de familia,
y metedlos en un casco!

CORO
¡La verdad brilla en su mirada!
¡Alá, hazle conocer tu voluntad!

TEMROUK
¡Oh, soberana justicia!
¡Alá nos sea propicio!
¡Ven a iluminar nuestras miradas,
habla desde lo alto de los cielos!

CORO
¡Inspíranos desde lo alto de los cielos!

TEMROUK
¿Cuál de entre vosotros
el Altísimo prefiere?

IGOR
¡Ah, soy yo, padre mío!

TEMROUK
¡Hijo mío!

IGOR
No lloréis por mi suerte.

TEMROUK
¡Hijo mío!

IGOR
¡Desprecio la muerte!

TEMROUK
(con lágrimas)
¡Hijo mío!...

IGOR
¡Padre mío, bendecid a vuestro Igor!

TEMROUK
¡Igor!... Mi primogénito…
¡Vete pues, tu obra es santa!
¡Combate sin temor!
¡Venga nuestros llantos!
¡Aleja el temor!
¡Sequemos nuestras lágrimas!
¡Vamos... vamos... vamos... vamos!
Estas son tus armas.
¡Sí, golpea o muere!

IGOR
¡Alá, conduce mi mano!
¡Sustenta mi brazo!
¡Devuélvenos a mi hermana!
¡Alá, acógenos en tu regazo!
¡Maldice, maldice al raptor!

TEMROUK, CORO
¡Alá! ¡Conduce su mano fiel!
¡Sustenta su brazo,
devuélvenos a su hermana!
¡Alá! ¡Acógenos en tu regazo!
¡Maldice, maldice al raptor!



ACTO  II


Nº 4: Escena, coro y recitativo

(Salón de baile en el palacio de Iván)

CORO
¡Sonad, brillantes fanfarrias!
Bebamos por el vencedor de los tártaros!
¡Bebamos por las maravillosas hazañas
que elevan su nombre hasta el cielo!
¡Desde su palacio del Kremlin
domina el globo y las tormentas!
Es el hijo del Dios vivo.
¡Gloria y larga vida al Zar Iván!
¡Bebamos, bebamos, amigos, bebamos,
bebamos, amigos, por el Zar Iván!

(se oye un tambor entre bastidores)

¿Por qué esos redobles fúnebres?

IVÁN
¿Qué es esto? ¿Un ruido nimio
podrá cambiar repentinamente
vuestras alegrías en temor;
y la claridad en tinieblas?
¡Vamos, bebed!
Los castigos que se aplican ahí fuera
no deben turbar nuestra comida.
¡Es mi justicia la que se oye!
¡Bebed! ¡Es mi deseo!
¡Es mi justicia la que se oye!

LAS VÍCTIMAS
(entre bastidores)
¡Gracia! ¡Gracia!
¡Iván, concédenos el perdón!

IVÁN
¡Nada de gracia!

UNA VOZ
(entre bastidores)
¡Viva el Zar! ¡Hurra!

IVÁN
¡Así muere quien me desafía!

CORO
(con voz apagada por el terror)
¡Hurra!
¡Viva el Zar!
¡Hurra! ¡Hurra!

YORLOFF
¡Zar sublime,
guardad vuestra espada vengadora!
¡Los traidores han pagado su crimen!
¡Helos ahí, caídos en el abismo
bajo la mano del ejecutor!

IVÁN
Yorloff, mi fiel servidor,
tú que me desvelaste sus pérfidos proyectos,
toma sitio a mi lado.
¡Olvidemos los crímenes
de esa tropa rebelde
y llenemos nuestra copa vacía!
¡Y tú, joven búlgaro, vuelve en ti!
¡De tu delicado rostro
expulsa el pálido pavor
y cántanos algo de tu bella patria.

Nº 5: Serenata

EL MUCHACHO BÚLGARO
Abre tu corazón
al amor que me quema,
como se abre al sol una flor.
Abre tu corazón.
¡Oh, bella mía, toma mi vida y mi alma!
Ha llegado la hora del amor,
ha regresado la sombra propicia.
¡Ven a mis brazos
a cambiar la noche en día!
¡Oh, bella mía,
éste es el amor que hace vivir!
¡El que hace soñar eternamente,
oh, bella mía!
¡Abre tu corazón
al dulce fuego que me embriaga!
¡Oh, bella mía
éste es el amor que hace vivir!
Ha llegado la hora del amor,
ha regresado la sombra propicia.
¡Ven a mis brazos
a cambiar la noche en día!

Nº 6: Recitativo y canción del cosaco

IVÁN
¡Eh, esa es una canción de mujeres,
un canto para enervar las almas!
He aquí el único cantar
que es acorde
con nuestros corazones de bronce.
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Viva la guerra!
Cosaco, ¿oyes la consigna?
¡Viva la guerra!
En la inmensa llanura
cuando su lanza
el cosaco acomete
más rápido que el rayo,
el pastor va diciendo en voz baja:
«Ha pasado el enviado de Dios;
¿es ésta la tempestad que hiende el aire?»
¡Dios te ha hecho para hollar la tierra
bajo los cascos de tu caballo!
¡Hurra! ¡Hurra!

IVÁN, CORO
¡Hurra! ¡Hurra!
¡Viva la guerra!
Cosaco, ¿oyes la consigna?
Cosaco, ¿oyes la consigna?
¡Viva la guerra!

IVÁN
¡Hurra! ¡Dios te llama!
¡Cosaco, mantente en tu silla!
¡Y siempre, ante en el acoso del adversario,
persíguelo hasta el momento
en que la pálida muerte
derribe al caballo y al caballero!
¡Dios te ha hecho para hollar la tierra
bajo los cascos de tu caballo!

IVÁN y CORO
¡Hurra! ¡Hurra!
¡Viva la guerra!
Cosaco, ¿oyes la consigna?
¡Viva la guerra!
¡Viva la guerra!
¡Hurra! ¡Hurra!

Nº 7: Final

IVÁN
Boyardos, he hecho rastrear
la llanura y la montaña
para descubrir una compañera
que me dé hijos dignos de mí.
Para mi alma inmortal,
por la divina ley,
otorgaré a la más bella
mi mano y mi fe.

YORLOFF
(aparte)
Tu triunfo es seguro,
¡oh, mi hija querida!
¡Maldición al Zar, maldición,
si no eres tú la elegida!

CORO
¡Lloremos, lloremos, oh compañeras!
Lloremos por nuestros lagos y montañas,
lloremos por nuestros bosques y campos,
¡Lloremos, lloremos, oh compañeras!
¡Lloremos por nuestros padres ausentes,
lloremos por nuestros padres ausentes!
Lloremos, hermanas, lloremos,
por los cielos desvanecidos de nuestro país.
Lloremos, hermanas, lloremos, hermanas,
Lloremos por nuestros lagos y montañas,
¡Lloremos, lloremos!

IVÁN
¡Silencio!
En el Kremlin todo lamento está desterrado.
Es a mí a quien tenéis
por vuestro padre y vuestra patria.
Liberad vuestros rostros
de esos recatados velos.

MARÍA
¡Cielos! ¡El extranjero!

IVÁN
¿Me oyes, jovencita?
¿No temes provocar mi cólera?

MARÍA
¡Atrás, atrás!
Soy libre y de noble familia.
¡No descubriré el rostro ante todos!

IVÁN
Admiro tu audacia.
¿Ignoras mi nombre
para desafiarme a la cara?

MARÍA
¡Tu nombre, tu nombre, ay!
¡En la sangre, en el fuego,
en todas partes está escrito
para menosprecio de tu Dios!

UN MUCHACHO BÚLGARO
¡Insensata!

EL OFICIAL
¡Cielos! ¡Oh, blasfemia!

YORLOFF
¡Oh, blasfemia!

CORO
¡Cielos! ¡Oh, blasfemia!

IVÁN
¡Quitadle el velo!

MARÍA
¡Me lo quitaré yo misma!

IVÁN
(para sí)
¡Dios! ¡Es ella!
¡Sí, aquí está la alabada obra maestra,
de la que yo hubiera querido
ser el primero en ver su belleza!
¡Es ella!

MARÍA
(para sí)
¡Ah! ¡Es el Zar!
¡Y aún a mi pesar, es a quien amo!

ELN MUCHACHO BÚLGARO
IVÁN, YORLOFF
¡Ah, qué bella es!

CORO
¡Ah, qué bella es!
¡Mirad qué bella es!

MARÍA
(para sí)
¡Ah, por estas lágrimas,
mis únicas armas,
y por mis encantos fugaces,
ayúdame, padre mío,
ayúdame, hermano mío!
¿Y mi casa?
¿Y mi país?
Aquí todo me es desconocido.
¡Ah, qué angustia,
qué sufrimiento!
¡Ay, mis únicos apoyos!
¡Ah, ayúdame, padre mío!
¡Ah, ayúdame, hermano mío!
¡Haced que me devuelva a mi casa!
¡Ah, por piedad, que me devuelva mi país!

IVÁN
(para sí)
¡Qué bella es! ¡Sus ojos
tienen el esplendor del cielo!
Parece como si una llama
brotase de su alma.
¡Es como un potente rayo
que me traspasara el corazón!
¡Su rostro desafía a los cielos!
¡Su rostro desafía a los cielos!

CORO
(para sí)
¡Mirad que rostro tan altivo!
¡Su rostro parece desafiar a los cielos!
¡Se diría que su joven corazón
no conoce el miedo!
¡Una orgullosa y altiva llama
se alza desde su alma,
su altivo rostro
parece desafiar a los cielos!

MARÍA
(para sí)
¡Nobles antepasados,
apareced ante mí
y arrancad de mi alma
cualquier pasión!
¡Ah! ¡Nobles antepasados,
apareced ante mí!
¡Oh! ¡Nobles antepasados,
¡Oh! ¡Nobles antepasados,

EL MUCHACHO BÚLGARO
(para sí)
¡Imprudente! ¡Sus ojos
parecen desafiar a los cielos!
¡Se diría que una llama
brotase de su joven alma
y que su corazón
no conociese el miedo!
¡Sus ojos desafían a los cielos!
¡Sus ojos desafían a los cielos!

YORLOFF
(para sí)
¡Su rostro altivo
parece desafiar a los cielos!
¡Una orgullosa llama
brota de su joven alma,
se diría que su corazón
no conoce el miedo!
¡Su rostro altivo
parece desafiar a los cielos!

EL OFICIAL
(para sí)
¡Su rostro altivo
parece desafiar a los cielos!
¡Una orgullosa llama
brota de su joven alma,
no, no, su corazón
no conoce el miedo!
¡Su rostro altivo
parece desafiar a los cielos!

IVÁN
Desde ahora este país
es el tuyo, es el nuestro.
No tendrás ya ningún otro.
Mi cetro te pertenece,
pero tú ya no eres tú.
Para gobernar
toma sitio junto a mí.

YORLOFF
¡Oh, rabia!

MARÍA
¡Casarme contigo! ¡Casarme contigo!
¡Tendría que tener valor!
¡Ah! ¡Tu raza y la mía
tendrían que hablar el mismo lenguaje!
Se verá dormir cerca del tigre
al cervatillo,
antes de que me case contigo,
¡despiadado Iván!

IVÁN
¡Eso es demasiado!

YORLOFF
¡Debe morir!

UN MUCHACHO BÚLGARO
¡Oh, cielos!

MARÍA
¡Golpeadme!

IVÁN
¡Esclava!
En vano tu rostro
se alza y me desafía.
¡Sabré domar
el orgullo de tu mirada!
¡Que la lleven
a la cámara de los zares!

MARÍA
¡Ah, antes la muerte!

IVÁN
¡Resistencia inútil!

YORLOFF
¡No tengas piedad! ¡A muerte!

MARÍA
¿Dónde encontrar refugio?

EL MUCHACHO BÚLGARO, CORO
¡Oh, Virgen santa!

IVÁN
¡Mi hermana!

EL MUCHACHO BÚLGARO, CORO
¡Desde lo alto de los cielos,
dirige tus miradas
hacia este recinto!
¡Oh, Providencia,
tú que proteges al huérfano,
hacia esta inocente
tiende tu mano!

MARÍA
¡Ah, salvadme, por piedad!

OLGA
Hija mía, serena tu asustado corazón.

IVÁN
(con furia creciente)
No esperes, hermana mía,
que brille el relámpago.
¡Retírate!

OLGA
¡Sígueme, muchacha!

IVÁN
¡Esta joven es mía!

OLGA
¡Esta joven es de Dios!

IVÁN
¡Guardias, retenedla!

OLGA
¡El Zar manda aquí, guardias,
pero Dios observa por doquier
y manda en todo lugar!

IVÁN
¡Yorloff! ¡Yorloff! ¡Obedece!...
¿Vacilas?
¡Bien, está bien!
¡Seré yo quien me ocupe de esto!

OLGA
Pero, Iván,
¿hasta dónde puede llevarte tu rabia?

(le presenta un crucifijo)

¡He aquí la imagen de nuestro Dios!
¡Atrévete a hollar con tus pies
este símbolo sagrado!

MARÍA, EL JOVEN BÚLGARO
¡Oh, Virgen santa,
desde lo alto de los cielos
dirige tus miradas
hacia este recinto!
¡Oh, Providencia,
tú que proteges al huérfano
extiende tu mano
sobre esta inocente!

CORO
Desde lo alto de los cielos
la Virgen santa
dirige sus miradas
hacia este recinto.
¡Oh, Providencia,
hacia el huérfano
y hacia el inocente
extiende, extiende tus manos!

EL OFICIAL
(para sí)
¡Ah! ¡Que escape
a su poder!
¡Que Dios castigue
sus anhelos!
¡Hasta un esclavo
tendría más fe!
¡No más humillaciones,
apiádate de ella!
¡A su esclava
quiere domeñarla,
pero esa esclava
dictará las leyes!

IVÁN
(para sí)
¿Me huye?
¡Oh, desesperación!
¡Dios castiga
mi poder!
¡Ella me desafía
y se ríe de mí!
¡Una esclava
dicta mi ley!
¡Ah, temblad!
¡Ah, que tiemblen todos!
¡Malditos!
¡Malditos!

YORLOFF
¡Ah! ¡Qué esperanza,
ella le rehúye!
¡Dios le castiga
a pesar de todo su poder!
¡Una esclava
le ha mantenido la mirada!
¡No habrá más contratiempos,
él volverá en sí!
¡No más trabas,
mi hija obtendrá su amor!
¡Tu triunfo es seguro, hija mía!
¡Hija querida!
¡Maldición para él,
maldición si no te eligiera!



ACTO  III


Nº 8: Coro bailado

(La corte de honor del Kremlin)

CORO
¡Bajo nuestros pasos resuena el suelo,
en nuestros ojos irradia el cielo,
el placer nos aguijonea
y la alegría habita en nuestros corazones!
El Kremlin, de soberbia fachada,
no es más que una brizna de hierba;
y el tiempo, que recolecta la paja,
lo agosta como a las flores.
¡Zar poderoso, ven a nuestras llanuras,
ven a la orilla de nuestras fuentes,
a ver bailar, libres de penas,
a los rebaños y los pastores!

Nº 9: Marcha, escena y coro

EL HERALDO
¡Silencio, el Zar se acerca!
Él se dirige hacia la iglesia
seguido de sus grandes boyardos.
Va a mostrar a una Europa envidiosa
la mujer a la que desposará
y en cuya cabeza
depositará la corona de los zares.

CORO
¡Oh, divina justicia,
que el imperio florezca!
¡Viva la Emperatriz!
¡Viva el Emperador!
¡Libres de toda tormenta,
que sus días sin nubes
sean aquí abajo la imagen
de la eterna felicidad!
¡Viva el Emperador!
¡Viva la Emperatriz!

IGOR
¿Podemos acercarnos
a vuestro Zar Iván?

CORO
(entre bastidores)
¡Viva el Zar Iván!

IGOR
¡Ah, ábrete tierra, para devorarlo!
Ese hombre está protegido
por una muralla más fuerte
que cualquier trampa mortal.
Una invisible mano cubre su diadema.
¡Vivirá, su pueblo le ama!

Nº 10: Dúo

IGOR
Y yo,
que he abandonado a mi padre,
no habré vengado ni rescatado a María.
¡Aquí estoy solo, sin padres ni patria,
y no he cumplido mi juramento!

TEMROUK
¿Quién habla semejante lenguaje?

IGOR
¿Qué oigo? Este anciano...
¡Cielos, le reconozco!...
¡Apenas si creo
lo que ven mis ojos!

TEMROUK
¡Igor, mi hijo bienamado!

IGOR
¡Padre mío!

IGOR, TEMROUK
Separados, lo habíamos temido todo,
en adelante nada puede sucedernos,
¡Juntos, quién podrá desafiarnos!
¡El mismo cielo ha querido salvarnos!
Apoyados el uno en el otro,
¿qué amor es más fuerte que el nuestro?
nuestro corazón, oh padre/hijo mío,
y el cielo están de acuerdo.
¡Sin palidecer, iríamos juntos a la muerte!

IGOR
¡Pues bien! Sin nadie
que te haya acompañado,
abandonaste la montaña,
penetraste en Moscú,
pese a todos los peligros.
¡Que retumben nuestros pasos
en estos muros extranjeros!

TEMROUK
Ocho meses habían pasado
sin tener noticias tuyas.
¡Ah, si de nuestras golondrinas
o de nuestras palomas solariegas
hubiese tenido yo las alas
y el rápido vuelo!
Pero ¡ay! mi juventud
está ya muy lejos, Igor.
¡Ah, si de nuestras golondrinas
hubiese tenido yo las alas!
Fatigado por la incertidumbre
cedí a mi inquietud,
y llamé en torno a mí
a nuestros hermanos en la desgracia,
a todos aquellos a los que les arrebataron
las hijas o las hermanas.
Y tan pronto como la noche
cubrió los campos,
resueltos y bien armados,
abandonamos las montañas.
Desafiamos el peligro,
la sed y el hambre.
Por un instante nuestras rodillas flaquearon,
pero de pronto, ante nosotros,
¡vimos refulgir al sol
las murallas del Kremlin!

IGOR
¡Padre mío!

TEMROUK
¿Y María? ¿Y María?

IGOR
¡Ay, esperanza defraudada!
¡Ah, qué no hubiera hecho yo
para conseguir al menos
lo que perseguía!
Mi caballo galopó
más rápido que las gacelas.
¡Ah, si de nuestras golondrinas
o de nuestras palomas solariegas
hubiese tenido las alas
y el rápido vuelo!
Pero ¡oh, angustia!
muere el último tesoro.
¡Ah, si de nuestras golondrinas
hubiese tenido las alas!
Caí ¡ay! al conocer la noticia,
con los ojos húmedos me arrodillé.
Pero pronto, levantándome,
con un grito de esperanza
me lancé hacia delante.
La tempestad rugía,
¿qué me importaba la tempestad?
Frente a los contratiempos alcé la cabeza;
desafiando el peligro, la sed y el hambre...
Por un instante mis rodillas flaquearon,
pero de pronto,
¡vi refulgir al sol
las murallas del Kremlin!

TEMROUK
¡Hijo mío! ¡Mi Igor, al fin te encuentro!

IGOR
¡Oh, felicidad!

IGOR, TEMROUK
Separados, lo habíamos temido todo,
en adelante nada puede sucedernos,
¡Juntos, quién podrá desafiarnos!
¡El mismo cielo ha querido salvarnos!
Apoyados el uno en el otro,
¿qué amor es más fuerte que el nuestro?
Nuestro corazón ¡oh, padre/hijo mío!
y el cielo están de acuerdo.
¡Sin palidecer, iríamos juntos a la muerte!
¡Oh, padre/hijo mío!
Nuestro corazón y el cielo
están de acuerdo.
¡Sin palidecer, iríamos juntos a la muerte!

TEMROUK
¡Igor, mi amado hijo!

IGOR
¡Padre mío!

IGOR, TEMROUK
¡Te he recuperado!

Nº 11: Trío y coro final

YORLOFF
Por tu mirada creo
que eres el joven,
que quiere hablar con el Zar.

IGOR
Yo mismo.

YORLOFF
¿Y tu nombre?

IGOR
Igor.

YORLOFF
¿Qué quieres?

IGOR
¡Justicia!

YORLOFF
¿Contra quién?

IGOR
Contra el Zar.

YORLOFF
¿El Zar? ¿Quién le ha doblegado nunca?
¿Y qué te ha hecho?

TEMROUK
¡Ha raptado a mi hija!

IGOR
¡Ha raptado a mi hermana!

YORLOFF
¿Y estáis vivos?
¡No ha hecho quemar
a toda vuestra familia,
ni ha lanzado la ceniza
a los cuatro vientos!
¿De qué os quejáis?
Yo soy de estirpe noble
y nada enturbia
el brillo de mis antepasados.
Tengo una hija
que a su lado todo palidece.
Es una flor del cielo.
Iván la encontraba bella,
y yo soñaba para ella
con un título glorioso.
Pero por otra mujer
de pronto el Zar se ha apasionado
engañándonos a todos.

IGOR
¿Y tú permites que viva?
¿Para qué está tu espada?
¡Ah, mi mano ya se habría
mojado con su sangre!

YORLOFF
¡Morirá mañana!
¡Ah, sí, quiero que muera!
¡Sí, quiero que muera!
Determinemos su suplicio,
afilemos cuidadosamente el puñal.
Para castigar todos sus crímenes
necesito dos víctimas,
¡la Zarina y el Zar!
¡Venganza! ¡Venganza! ¡Venganza!

IGOR, TEMROUK
¡Sí, quiero que muera,
determinemos su suplicio,
afilemos el puñal!

IGOR, TEMROUK, YORLOFF
¡Sobre ti la desgracia!
Iván ¡morirás!

YORLOFF
Iván esta misma noche
perderá su diadema.
Iván sucumbirá,
¡pero también tu hijo deberá morir!

TEMROUK
¿Él? ¿La esperanza de mi estirpe?,
¡Yo ocuparé su lugar!

IGOR
¡Ah, qué importa mi muerte
si el Zar muere!
¿No me habías dicho:
«¡Se llevan a tu hermana,
toma este puñal, Igor!
¡Ve, toma este puñal,
y persigue al secuestrador!»?

IGOR, YORLOFF, TEMROUK
¡Sí, quiero que muera!
Determinemos su suplicio,
afilemos cuidadosamente el puñal.
Para castigar todos sus crímenes
necesito dos víctimas,
¡la Zarina y el Zar!
Sí, su muerte es segura,
la venganza está próxima,
y muy pronto nuestro odio
va se saciará.
¡Iván, debes morir!

CORO
¡Oh, divina justicia,
que el Imperio vuelva a florecer!
¡Viva la Emperatriz!
¡Viva el Emperador!
¡Viva la Emperatriz!
¡Viva el Emperador!

YORLOFF
¡Allá abajo grita la multitud!
Mientras se dispersan
una última palabra...
Esta noche mi mano te abrirá
la cámara nupcial
donde el Zar morirá.
Tan pronto como en el reloj
suenen las dos,
¡asestarás el golpe!
Abandonaremos el palacio,
alcanzaremos las puertas del Kremlin,
¡y allí proclamaremos el final
del reinado de Iván!

TEMROUK
Así pues, esta noche...

YORLOFF
¡Eso he dicho!...

IGOR
Tú mismo me abrirás...

YORLOFF
Yo te abriré...

IGOR, YORLOFF y TEMROUK
... la cámara nupcial donde el Zar
debe morir cuando en el reloj
suenen las dos...

YORLOFF
¡Asestarás el golpe!

IGOR
¡Lo juro!

IGOR
¡Oh, divina justicia,
permite que mi puñal,
esta misma noche castigue
a la Zarina y al Zar!

YORLOFF, TEMROUK
¡Oh, divina justicia,
permite que su puñal
esta misma noche castigue
a la Zarina y al Zar!

CORO
¡Oh, soberana justicia,
que el Imperio florezca!
¡Viva la Emperatriz!
¡Viva el Emperador!

IGOR, YORLOFF, TEMROUK
¡Iván, maldición caerá sobre ti!

CORO
¡Viva el Emperador!
¡Viva la Emperatriz!
¡Viva el Emperador!



ACTO  IV


Nº 12: Coro

(Habitación contigua a la cámara nupcial)

EL MUCHACHO BÚLGARO, CORO
(fuera de escena)
¡Ven, soberana adorada,
ven, ven cuanto antes!
¡Ven, el barco está preparado,
ven, ven, te están esperando!

Nº 13: Aria

MARIE
¡A veces me parece
que mi vida es un sueño!
Todo este oro, esta púrpura,
¡son una brillante mentira,
un cuadro que el cielo ha hecho
para engañarme
y que muy pronto
una tormenta lo disipará!
Cuando la santa Olga
me libró de su hermano,
él quería morir.
Mis sentimientos hacia él
se volvieron menor severos.
Estaba perdido... ¡cruel recuerdo!
Pero me acerqué a su triste lecho,
y tras dirigirme una lánguida mirada
una pálida sonrisa iluminó su boca.
Me tomó la mano,
¡estaba salvado!
¡Yo, la hija de Temrouk,
príncipe de Circasia,
yo, la Zarina de Rusia!
Iván, nuestro enemigo,
Iván, nuestro opresor,
¡él es el dueño de mi corazón!
Yo amaba nuestras queridas montañas,
cuando el día despuntaba en el horizonte.
Amaba los juegos de mis compañeros
y los atardeceres sobre la hierba.
Mi alma era libre y serena,
un año me parecía un día,
e ignoraba el odio,
e ignoraba el amor.
Amaba nuestras queridas montañas,
cuando el día despuntaba en el horizonte.
Amaba los juegos de mis compañeros
y los atardeceres sobre la hierba.
Me parecía, gran quimera,
que ésa era la única felicidad,
que en aquellas cimas
mi corazón no podría ser más feliz.
Cuando al abrigo de una sombra
huía al manantial de alegre chorro,
con mi padre y mi hermano,
¡qué felices transcurrían mis días!
¡Mi alma era libre y serena,
un año me parecía un día!
Sí, ignoraba el amor y el odio,
¡un año me parecía un día!
¡Oh, cielo! ¡Qué cambio
ha experimentado mi vida!
No sé que fuego
se ha apoderado de mí:
¡Iván, nuestro opresor,
es el dueño de mi corazón!
¡Abandono y me olvido
de parientes y patria!
¡Iván, nuestro opresor,
es el dueño de mi corazón!
¡Oh, mi Iván, te amo,
te amo más que a mí misma!
¡Por ti, a todo he dicho adiós,
te amo más que a Dios!
¡Iván, el corazón apasionado de María
es tuyo!
¡A ti mi libertad!
¡Iván, a ti mi vida,
a ti mi libertad,
a ti mi apasionado corazón!
¡A ti mi libertad!

CORO
(entre bastidores)
¡Ven soberano adorado!
¡Ven, ven cuanto antes!
¡Ven, te están esperando!

Nº 14: Recitativo

(Entra Iván)

IVÁN
Para la fiesta nocturna
Moscú ya se ilumina;
miles de antorchas
horadan la bruma por doquier;
un pueblo te llama,
un pueblo te espera.
¡Vete, oh tú, la más bella,
vete cuanto antes,
vete como una estrella
enviada por los dioses
embarca en la nave de honor,
deslumbrarás a todos los ojos!

Nº 15: Escena y recitativo

IVÁN
(a media voz)
Toma, lee esta carta.

YORLOFF
¡La mía!

IVÁN
La he encontrado hace un momento
junto a mi escritorio.
¡Léela pues!

YORLOFF
¡La voluntad del Zar sea satisfecha!
«Y Judith, apoyándose en su valeroso corazón,
agarró por los cabellos
a un Holofernes adormecido,
y le cortó la cabeza.»
¡Cielos, otra Judith
amenazará tu vida!

IVÁN
¡Basta de vanos discursos!
¡Silencio y vigila!

(Iván sale)

YORLOFF
¡De maravilla!
¡Hasta la hora de tu muerte
veré la sospecha
deslizarse en tu corazón
como un veneno secreto!

(Entra Igor)

YORLOFF
Escucha.
La Zarina entrará por esta puerta,
sin más escolta que sus damas de honor...
La dejarán sola
antes que el Zar llegue...
El camino está despejado
y la víctima dispuesta.
¡Asesta el golpe! Yo estaré allí...
¿Me has entendido bien?

Nº 16: Recitativo y aria

IGOR
¡Mi venganza será al fin satisfecha!
He conseguido llegar cerca de Iván...
¡Ya viene!
¡Aquí le espero con mi puñal desnudo!
¿Por qué regresáis a mí,
recuerdos de las montañas,
donde a solas con mi hermana
erraba yo en libertad?
¿Por qué regresáis a mí,
recuerdos de los campos,
donde las flores palidecían
al lado de tu belleza?
Queridos recuerdos ¡ay!
¿por qué regresáis a mí?
Dulce retrato de mi madre.
¡Oh, hermana mía! ¡Oh, mi vida!
Contigo todo brillaba
y sin ti todo queda sombrío.
No teníamos más que una pena,
¡Oh María, tú nos abandonaste!
¡No teníamos más que un placer,
que era el de volverla a ver!
¡Oh, hermana mía! ¡María!
¡Oh, pena! ¡Oh, dolor!
¿Por qué regresáis a mí
recuerdos de las montañas,
donde a solas con mi hermana
erraba yo en libertad?
¿Por qué regresáis a mí,
recuerdos de los campos,
donde las flores palidecían
al lado de tu belleza?
Queridos recuerdos ¡ay!
¿por qué regresáis a mí?

(Se oyen cánticos fuera de escena)

Pero ¿de dónde vienen esos cantos?...
¡Un barco engalanado
está atracando junto al Kremlin!...

EL MUCHACHO BÚLGARO, CORO
¡Viva el Emperador!
¡Viva la Emperatriz!

IGOR
¡La Zarina y el Zar!
¡Ah, maldición para los dos!

Nº 17: Dúo

(Entra María)

IGOR
¡María!

MARÍA
¡Igor!
El cielo se ha apiadado
y te ha traído junto a mí.
¡Oh, felicidad! ¡Oh, hermano mío!
¡Al fin te vuelvo a ver!

IGOR
¡Quisiera de un solo salto
transportarte hasta nuestras montañas!
¡Quisiera llevarte junto
a nuestros queridos amigos!

MARÍA
¿Y mi padre?

IGOR
Está aquí.

MARÍA
¿Será verdad? ¡Mi padre!
¡También lo voy a ver!

IGOR
¡Ve hermana mía, ve María,
ve a devolverle la vida!

MARÍA
¡Ah, ésa era mi oración de cada noche!
¡Oh felicidad, padre mío, volver a verte!
¡Ah, ésa era mi oración de cada noche!
¡Ah, por fin el cielo se apiada de mí!

IGOR
¡Ah, ésa era su oración de cada noche!
¡Viene a devolver la vida
a mi querida hermana!
¡Su felicidad sobre la tierra
es volver a verte!

Sígueme, no nos demoremos.
Un terrible deber
me ha traído hasta aquí.

MARÍA
¿Un terrible deber?

IGOR
Allá, en el Cáucaso,
siguiendo el rito sagrado,
lleno de santo éxtasis
prometí y juré,
en nombre de nuestros antepasados
y de nuestro país;
en nombre de nuestros santos sacerdotes,
juré y prometí...
sobre las manos de mi padre,
en presencia de Dios,
con labios sinceros,
juré e hice votos
de perseguir sin tregua,
de golpear con esta espada,
a Iván, nuestro opresor,
a Iván, tu secuestrador.

MARÍA
¿A Iván? ¿Atacarlo? ¡Tú!
¡No, no, eso es imposible!
¡No cumplirás ese horrible juramento!
¡Ah! Si todavía mi voz
puede conmoverte, Igor,
si el nombre de tu hermana
está escrito en tu corazón,
si deseas mi felicidad
como la deseabas ayer,
si me amas todavía,
¡ah, respeta su vida!
Si el nombre de tu hermana
está escrito en tu corazón,
¡ah! si todavía mi voz
puede conmoverte, Igor,
¡ah, respeta su vida!

IGOR
¿Qué es ese hombre para ti?

MARÍA
Igor, es mi esposo.

IGOR
¿Qué estoy oyendo?

MARÍA
¡Y le amo!

IGOR
(con voz ahogada)
¡Alá, protégenos!...
¿Tú la Zarina?
¡Tú, el orgullo de la montaña!
¡María es la compañera
de ese hombre aborrecido!

MARÍA
¡Es mi esposo!

IGOR
¡María es la compañera
de ese tigre sanguinario!

MARÍA
Es mi esposo, Igor,
y su vida es la mía.
De su vida futura
seré yo su guardiana
y si hace falta una víctima
no busques a otro,
¡golpéame a mí!

IGOR
(con la mayor turbación)
¡Ah, el furor me confunde!
¡Abandona a ese maldito Zar!

MARÍA
¡Sólo el Cielo separa
lo que el Cielo ha unido!

IGOR
¡Ah, ponte a salvo, María,
de este brazo dispuesto a castigar!

MARÍA
Mi esposo es mi vida.

IGOR
(furioso)
¡Entonces, morirás!

MARÍA
¡Intercede por él, madre mía!
Cuando estabas a punto de expirar
dijiste a mi hermano:
«Hijo mío, protégela.»
Se lo rogabas ¡oh, madre mía!
y he aquí, que hoy,
voy a morir por su mano.

IGOR
(con voz entrecortada por los sollozos)
«¡Hijo mío, protégela!
¡Hijo mío, cuídala!»
¡Parece que todavía me esté llamando,
y que aún aprieto sus dedos helados!

Veo brillar un fulgor,
bajo sus largas pestañas semicerradas.
¡Parece que todavía me esté llamando,
y que aún aprieto sus dedos helados!

MARÍA
¡Ven y llévame, ángel custodio,
a la fría estancia de los muertos!
¡Escucha a tu hija que te llama,
vuelve a abrir tus ojos helados!

IGOR
¡Ah, aléjate de mí, acero impío!
¡Atrás mis juramentos!
¡Ven a mis brazos, María!

MARÍA
¡Igor!

IGOR
¿Yo, yo, arrancarte la vida?
¿Yo, traspasarte el corazón?
¿A ti, a mi hermana querida?
¡Oh, hermana mía, oh María,
tu presencia es mi vida!
¡Tu ausencia sería mi muerte!
¿Yo, arrancarte la vida?
¿A ti, a mi única dicha?
¡Que sobre mi querida hermana
se desvanezca el poder
de la injusticia y el destino!

MARÍA
¡Ah, vuelvo a encontrar a mi hermano,
lo vuelvo a ver
tal como él era!
¡Ah, devuelves a María
la alegría y la vida!
¡Me quieres!
¡Mi hermano ha vuelto!
¡Junto a ti,
desafiaré la adversa fortuna
y me enfrentaré al destino!

IGOR
¡Hermana querida!

MARÍA
¡Te he vuelto a encontrar!

IGOR
¡Mi vida!

MARÍA
¡Tú, me la has devuelto!

IGOR
¡María, a ti mi vida!

Nº 18: Final

(Entrada de Iván)

YORLOFF
¡Veamos!

MARÍA
¡Ah, Iván mío!

IVÁN
¡Atrás!

YORLOFF
¡Su hermano! ¿Quién lo hubiera creído?
¡Si no lo vigilo estrechamente
seré yo quien estará perdido!

MARÍA
¡Mi noble esposo!

IVÁN
¡Criminal artificio!
Ya mis ojos enamorados
estaban medio cerrados...
¡Judith iba a sorprender
al adormecido Holofernes!
Ya tu cómplice...

MARÍA
¡Es mi hermano!

YORLOFF
¡He aquí el puñal
con el que iba a apuñalar al Zar!

IGOR
¡Traición, perfidia!

CORO
¡Traición, perfidia!
¡Detestable atentado!

IGOR
¡Traición! ¡Crimen impío!

MARÍA
¡Toma mi vida por la suya,
oh juez temible!

YORLOFF
¡Detestable atentado!

IVÁN
(con una voz entrecortada por la emoción)
¡Yo te amaba, oh María!
¡Por ti yo hubiese dado
mi corona y mi vida!
¡Yo te amaba y tu lozana belleza
desarmaba la furia
de mi corazón indómito!
Tu dulce mirada disipaba las nubes que,
de repente,
sobre mi cabeza se extendían;
ella calmaba las tormentas
que en mi corazón rugían.
¡Oh, servil debilidad,
despreciables dolores!
Mis ojos vierten lágrimas.
¡Oh, servil debilidad,
despreciables dolores!
Todos lo veis, me rebajo.
¡Mis ojos vierten lágrimas!

MARÍA
Mira mi angustia,
mira mi dolor,
¡piedad para mi debilidad,
no rompas mi corazón!
Tú reinas sobre mi alma,
dirige hacia mí tus ojos.
¿No soy ya tu mujer?
¿Quién podría amarte más?
¡Iván, contempla mi dolor!

IGOR
Un ardor vengativo
arde en mi corazón,
pero la fuerza me abandona
cuando pienso en mi hermana.
En vano mi alma
evoca a sus antepasados.
¡Oh, fraternal llama
que brillas ante mis ojos, sí,
tu fulgor debilita mi corazón!

CORO
Un ardor vengativo
inflama nuestros corazones,
pero el Zar ¡oh, debilidad!
el Zar vierte lágrimas.
Aquél cuya gran alma
igualaba a los cielos,
tiembla como una mujer
y se cubre los ojos.

IVÁN
Esta vil debilidad,
despreciables dolores.
¡Todos lo veis, me rebajo
y mis ojos vierten lágrimas!
¡Despreciable debilidad!
¡Oh, servil dolor!
¡Todos lo veis, me rebajo
y mis ojos vierten lágrimas!
¡Yo, cuyo orgullo desafiaba al cielo!

YORLOFF
Un ardor vengativo
inflama nuestros corazones,
pero el Zar ¡oh, debilidad!
el Zar vierte lágrimas.
Aquél cuya gran alma
igualaba a los cielos,
¡gime como una mujer
y se cubre los ojos!
¡El Zar gime como un niño!

EL OFICIAL
¡Oh Zar, los extranjeros
han sublevado la ciudad!

YORLOFF
¡Es el padre de ellos dos
que prosigue sus propósitos!

EL OFICIAL
¡El Kremlin está ardiendo!

IVÁN
¿Qué estoy oyendo?

CORO
¡El Kremlin!

IVÁN
¡De furor y de horror
he quedado inmovilizado!
¡Sangre! ¡Sangre!
¡Recuperemos a Iván!

OFICIAL, YORLOFF, CORO
¡Sangre! ¡Sangre!
¡Hemos recuperado a Iván!

MARÍA
¡Gracia! ¡Gracia!

IGOR
(con energía)
¡Tú nos has afrentado!
¡Acuérdate de tu raza
y levanta la cabeza!

IVÁN
¡Miserables, que los detengan!

MARÍA
¡Dios de justicia,
senos propicio!
¡Ay!
¡Desármalos!
¡Gracia, Iván, gracia!
¡El mal se olvida,
pero el remordimiento jamás!
¡Camino escarpado,
la mano engañada
deja la espada
por el puñal!
¡He aquí el abismo!
¿De quién es el crimen?
¡Ah! ¡Por mi vida,
aleja, te lo ruego,
ese brazo impío,
ese corazón de hierro!
Funesto sueño.
haz que se acabe.
«Ni paz ni tregua»
¡Es el grito del infierno!
¡Oh, hermano mío, oh, mi Zar!
¡Gracia, Iván, gracia!

IGOR
Dios de justicia,
senos propicio
en este día.
¡Ah, castígalos!
De su audacia
tu brazo hará justicia.
¿Gracia? ¡No, jamás!
A mi mano engañada
Dios la ha golpeado.
¡Entrega tu espada,
toma tu puñal!
¡A mí el abismo!
¡A ti el crimen,
yo muero víctima,
pero tiembla, oh Zar!
¡Yo os desafío,
raza enemiga,
al brazo impío,
al corazón de hierro!
¡Ni paz ni tregua,
que todo se acabe,
a nosotros la espada,
a vosotros el infierno!
¡A nosotros el puñal,
a vosotros el infierno!
¡Venid, os desafío!

EL OFICIAL, IVÁN, YORLOFF
¡Que los detengan!
¡Que un rápido suplicio
haga justicia
a todos sus crímenes!
De su audacia
el cielo está cansado.
¡Que no haya perdón, nunca jamás!
Furor taimado,
mentira cobarde,
en lugar de la espada
toma un puñal.
¡Oh, cielo! ¡Serpientes de Asia,
raza enemiga
de brazos impíos
y corazón podrido!
Desafiar al abismo
y por víctima,
horrible crimen,
¡escoger al Zar!
¡Ni paz ni tregua,
vuestra suerte se acabó,
atravesados por la espada
caeréis en el infierno!
¡Muerte para ellos!

IVÁN
¡Quiero que todos
sean sepultados vivos!
Quiero... quiero hacerme...
a mí mismo... justicia.
Quiero ser juez
y castigar sin indulto.
Quiero... ¡No! ¡Mi espada!...
¡Un hacha! ¡Un cuchillo!

MARÍA
¡Iván!

YORLOFF, CORO
¡Cielos! ¡Su rostro está lívido!
¡El cielo sea nuestra guía!
¡El Zar se muere!

CORO
¡Díos misericordioso!
¡Él era nuestro amparo!

YORLOFF, CORO
¡De rodillas!
¡De rodillas, recemos por el Zar!



ACTO  V


Escena Primera

(Junto a los muros de la ciudadela)

Nº 19: Marcha y recitativo

UN CENTINELA
¿Quién vive?

EL OFICIAL
¿Todo va bien?

UN CENTINELA
¡Avanzad!

EL OFICIAL
«¡Moscovia!»

UN CENTINELA
«¡Yorloff y patria!»
¿Qué deseáis?

EL OFICIAL
¡El Zar ha muerto y Yorloff le sucede!

UN CENTINELA
¡Que San Miguel nos ayude!

EL OFICIAL
¡Adiós, camarada!

UN CENTINELA
¡Adiós!

Nº 20: Dúo

TEMROUK
Al fin el día sucede a la oscuridad.
¡Ah, qué noche!
¡Pero el día aún es más sombrío!
Mi hija reencontrada
y perdida de inmediato...
Mi hijo junto con su hermana,
destinados al cadalso...
¡Los dos olvidaron
a su país y a su padre!
¡Y el Zar, ese demonio
cruel y corrupto,
castigándoles por un delito
del que él mismo es autor!

CORO
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Hurra!

TEMROUK
¿Por qué esos gritos?

IVÁN
(entre bastidores)
¡Atrás! ¡Atrás!
¡Os desafío a todos!

(en escena, dirigiéndose hacia el exterior)

Me habéis robado la luz del sol,
me habéis separado de toda mi familia;
he recobrado mi primitiva fuerza.
¡He matado a mis guardianes,
he roto mis grilletes!

(reparando en Temrouk)

¿Quién está ahí?... ¡Sálvame!

TEMROUK
Pero ¿quién eres tú?

IVÁN
¿Quién soy yo?
¡Ah! ¿Es qué no lo ves?
Están ahí, me persiguen...
¡Te digo que me siguen!

TEMROUK
¿Quién eres?

IVÁN
¿Mi nombre?
¡Resonaba hasta hace poco
más fuerte que el cañón!
¡Yo era el intrépido capitán
y las cabezas más altivas
descendían de su altanera cima
al nivel de mis estribos!
Yo era el líder a quien nada asombra,
todo temblaba ante mi mirada.
Llevaba sobre la cabeza la corona,
y en la mano el cetro de los zares.

TEMROUK
Entonces ¿eres Iván?

CORO
(entre bastidores)
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Hurra!

IVÁN
¡Piden mi vida!

TEMROUK
(aparte)
¡Ah, mis hijos! ¡Ah, mis hijos!

(a Iván)

¡Tus enemigos están triunfantes!
¡Van a matar a la Zarina María!
¡María! ¡María, ay, te tiendo los brazos!

IVÁN
¡María! ¡Ah!
Es el nombre de un ángel
de mirada radiante.
La divina falange
se la ha llevado al cielo.

TEMROUK
¡Ve a salvarla!

CORO
(en la lejanía)
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Hurra!

IVÁN
¡Silencio!
¿No oyes
como avanzan sus tropas?

TEMROUK
¡Ah, tú no eres el Zar!

IVÁN
¿No soy el Zar?

TEMROUK
¡Vete, vete, vete, Zar!

IVÁN
¡Desdichado quien me ofenda,
mejor sería para él
haberse muerto!
¡Desdichado quien me ofenda!
No podrá por mucho tiempo
escapar a la muerte.

TEMROUK
¡Alá, escúchanos!
Pronto cada cual verá hasta donde
alcanza su ira, antes tan temida.
Los que le desafían serán pronto borrados.
Él sabrá castigarles.
¡Que nuestras súplicas
sean al fin satisfechas!
Es necesario que su poder
se deje sentir.
¡Desdichado el que le ofenda!
¡Desgracia al insensato!
¡Sí, ya la sangre bulle desde el fondo
de mi corazón indignado!
¡Sí, desgracia, desgracia,
desgracia, desgracia al insensato!

IVÁN
¡Desdichado el que me ofende!
Pronto cada cual verá
hasta donde puede alcanzar
mi ira antes tan temida.
¡Voy a utilizar un poder,
un poder al fin reencontrado!
Quiero que mi poder
se deje sentir todavía.
¡Desdichado el que me ofenda!
¡Desgracia al insensato!
¡Sí, ya la sangre late y se lanza
al fondo de mi corazón indignado!
Sí, desdichado el que me ofenda,
desgracia al insensato. ¡Ah!
¡Desgracia, desgracia al insensato!

IVÁN
¿Qué oigo? Esa campana...
¡Jamás suena a no ser que
el Zar esté exhalando su último suspiro!

TEMROUK
¿De qué te asombras Iván?
¡Te usurparon la corona
y vas a morir!

IVÁN
¡Ah, me usurparon mi corona!

TEMROUK
¡Ahí están! ¡Ahí están!

IVÁN
¡Cállate! ¡Sígueme!
¡Ven, sígueme!

CORO
¡A muerte! ¡A muerte! ¡A muerte!

(Salen ambos precipitadamente)

Escena Segunda

(Patio de honor del Kremlin)

Nº 21: Escena Final

CORO
¡A muerte! ¡A muerte! ¡A muerte!
¡A muerte! ¡La pérfida Zarina!
¡Lancemos sus despojos al viento!
¡Con su mano parricida
ha truncado la vida del Zar Iván!
¡A muerte! ¡A muerte! ¡A muerte!

YORLOFF
En nombre del Gran Consejo,
iluminado por el mismo Dios,
enfrentados a un apremiante peligro,
¡he asumido la corona
con el título de Regente!

CORO
¡Hurra!

YORLOFF
¡Castiguemos primero a los culpables!
Víctima de una traición
el Zar ha perdido la razón.
¡Éstos son los autores de ese crimen execrable!
¡Conducidlos a la muerte!

CORO
¡Conducidlos a la muerte!

IGOR
¡Sin palidecer ni responder
aceptemos nuestra suerte!

MARÍA, IGOR
¡Adiós bella Circasia!
¡Adiós país indómito!
¡Adiós suelo patrio!
¡Adiós techo deshabitado!
Partamos, partamos,
la muerte nos invita.
Partamos, partamos,
la muerte es la vida.
¡Es la libertad!
¡Es la libertad!

YORLOFF
¡Arranquémosle antes esa noble insignia,
ese círculo imperial
cuya frente no es digna de llevar!

IVÁN
¡Sacrílego!

YORLOFF
¡El Zar!

MARÍA
¡Mi esposo!

CORO
¡Cielos! ¡El Zar!

IVÁN
¡Sí! ¡El Zar! ¡Iván el Terrible!
¡Es la ira del cielo
que se hace visible para ti!
¡Soy el señor de todos vosotros!
¡Yo te condeno, Yorloff!
¡La sed por la corona
te empujó a atacar
a tu propio benefactor!
¡Eres el verdadero autor del crimen!
¡Ve a mancillar el cadalso
que ellos iban a honrar!

CORO
¡Oh, divina justicia,
que el Imperio florezca!
¡Viva la Emperatriz
y gloria al Emperador!



Traducido y Digitalizado por:
José Martínez Lourido 2012