ACTE II


Tableau Premier

La chapelle du Carmel

(La prieure est morte et elle est exposée dans le 
cercueil découvert, au centre de la chapelle. Il fait 
nuit. La chapelle n'est éclairée que par les six cierges 
autour du cercueil. Blanche et Constance de 
Saint-Denis veillent le corps de la défunte)

CONSTANCE
Qui Lazarum resuscitasti a monumento foetidum. 

BLANCHE
Tu eis, Domine, 
dona requiem et locum indulgentiae. 

CONSTANCE
Qui venturus es judicare vivos et mortuos, 
et saeculum per ignem.

BLANCHE
Tu eis, Domine, dona requiem... 

CONSTANCE, BLANCHE
...et locum indulgentiae. Amen

(En entendant sonner l'horloge du couvent, Constance 
se lève et laisse Blanche seule pour aller chercher les 
remplaçantes. Blanche essaye de prier. Ses regards 
fixent le cadavre. Elle se lève et se dirige vers la porte. 
La porte s'ouvre et la mère Marie apparaît)

MÈRE MARIE
Que faites-vous? N'êtes-vous pas de veille? 

BLANCHE
Je... Je... L'heure est déjà passée, ma mère.

MÈRE MARIE
Que voulez-vous dire? 
Vos remplaçantes sont a la chapelle?

BLANCHE
C'est-à-dire que... que soeur Constance 
est allée les chercher... Alors...

MÈRE MARIE
Alors vous avez pris peur et...

BLANCHE
Je ne croyais pas mal faire en allant jusqu'à la porte.

(Blanche esquisse un geste pour retourner 
près du cercueil)

MÈRE MARIE
Non, mon enfant, de grâce! 
Ne retournez pas d'où vous venez... 
Une tâche manquée est une tâche manquée, 
n'y pensez plus. Comme vous voilà tout émue! 
Mais la nuit est fraîche, et je pense que vous tremblez 
moins de peur que de froid. Je m'en vais vous conduire 
moi-même à votre cellule. Et maintenant, n'allez pas 
ruminer ce petit incident... Couchez-vous, signez-vous, 
et dormez. Je vous dispense formellement de toute 
autre prière. Demain votre faute vous inspirera plus 
de douleur que de honte, c'est alors que vous 
en pourrez demander pardon à Dieu, 
sans risquer de l'offenser davantage.

(Mère Marie pose sa main sur l'épaule de Blanche 
et la pousse vers la porte)

Interlude 1

Le jardin du couvent

(Blanche et Constance achèvent une croix de fleurs 
pour la tombe de la prieure Croissy)

CONSTANCE
Soeur Blanche, je trouve notre croix bien haute et bien 
grosse. La tombe de notre pauvre mère est si petite!

BLANCHE
Qu'allons-nous faire maintenant des fleurs 
qui nous restent?

CONSTANCE
Hé bien, nous en ferons un bouquet 
pour la nouvelle prieure.

BLANCHE
Je me demande si mère Marie de l'Incarnation 
aime les fleurs?

CONSTANCE
Dieu! je voudrais tant! 

BLANCHE
Qu'elle aime les fleurs?

CONSTANCE
Non, soeur Blanche, mais qu'elle soit élue Prieure. 

BLANCHE
Vous croyez toujours que Dieu 
fera selon votre bon plaisir!

CONSTANCE
Pourquoi pas? 
Ce que nous appelons hasard, 
c'est peut-être la logique de Dieu.
Pensez à la mort de notre chère mère, soeur Blanche!
Oui aurait pu croire qu'elle aurait tant de peine 
à mourir, qu'elle saurait si mal mourir! 
On dirait qu'au moment de la lui donner, 
le bon Dieu s'est trompé de mort, comme 
au vestiaire on vous donne un habit pour un autre. 
Oui, ça devait être la mort d'une autre, 
une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait 
seulement pas réussir à enfiler les manches...

BLANCHE
La mort d'une autre, qu'est-ce que ça peut bien 
vouloir dire, soeur Constance?

CONSTANCE
Ça veut dire que cette autre, 
lorsque viendra l'heure 
de la mort, s'étonnera d'y entrer si facilement, 
et de s'y sentir confortable. 
On ne meurt pas chacun pour soi, 
mais les uns pour les autres, 
ou même les uns à la place des autres, qui sait?

Tableau Deuxième

La salle du chapitre

(La communauté se réunit pour l'obédience à la 
nouvelle prieure. Au mur, de face, un très beau et 
très grand crucifix. Sous le crucifix le fauteuil de la 
prieure. Le long des murs, des bancs, où s'assoient les 
religieuses. C'est la fin de la cérémonie d'obédience)

LA NOUVELLE PRIEURE
Mes chères filles, j'ai encore à vous dire que nous 
nous trouvons privées de notre très regrettée mère au 
moment où sa présence nous serait le plus nécessaire. 
Il en est sans doute fini des temps prospères 
et tranquilles où nous oublions trop aisément 
que rien ne nous assure contre le mal, 
que nous sommes toujours dans la main de Dieu. 
Ce que vaudra l'époque où nous allons vivre, je l'ignore. 
J'attends seulement de la Sainte Providence 
les vertus modestes que les riches et les puissants 
tiennent volontiers en mépris - la bonne volonté, 
la patience, l'esprit de conciliation. Mieux que d'autres, 
elles conviennent à de pauvres filles que nous sommes.
Car il y a plusieurs sortes de courage, et celui des
grands de la terre n'est pas celui des petites gens, il ne 
leur permettrait pas de survivre le valet n'a que faire de 
certaines vertus du maître: elles ne lui conviennent pas 
plus que le thym et la marjolaine à nos lapins de choux. 
Je vous répète que nous sommes de pauvres filles 
rassemblées pour prier Dieu. Méfions-nous de tout 
ce qui pourrait nous détourner de la prière, 
méfions-nous même du martyre. 
La prière est un devoir, le martyre est une récompense. 
Lorsqu'un grand roi, devant toute sa cour, fait signe à 
la servante de venir s'asseoir avec lui sur le trône, ainsi 
qu'une épouse bien-aimée, il est préférable qu'elle n'en 
croie pas d'abord ses yeux ni ses oreilles, et continue 
à frotter les meubles. Je vous demande pardon de 
m'exprimer à ma manière, un peu à la bonne franquette. 
Mère Marie de l'Incarnation, 
veuillez trouver la conclusion de ce petit propos...

MÈRE MARIE
Mes soeurs, Sa Révérence vient de nous dire 
que notre premier devoir est la prière. 
Conformons-nous donc, non seulement de bouche, 
mais de coeur, aux volontés de Sa Révérence.

(Sur un signe de mère Marie, toutes les carmélites 
s'agenouillent)

MÈRE MARIE
Ave Maria.

LES CARMÉLITES 
Gratia plena.

MÈRE MARIE, LES CARMÉLITES
Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus... 

LES CARMÉLITES
...et benedictus fructus ventris tui… 

MÈRE MARIE, LES CARMÉLITES 
Jesu

LA PRIEURE
Sancta Maria. 

LES CARMÉLITES 
Mater Dei
.
LA PRIEURE, LES CARMÉLITES 
Ora pro nobis peccatoribus... 

LES CARMÉLITES
...nunc et in hora mortis nostrae

LA PRIEURE, MÈRE MARIE, LES CARMÉLITES 
Amen.

(Les carmélites se relèvent et commencent 
á sortir lentement)
ACTO II


Cuadro Primero

La capilla del Carmelo

(La priora ha muerto y está expuesta en un ataúd 
descubierto, en el centro de la capilla. Es de 
noche. La capilla está iluminada sólo por los seis 
cirios colocados alrededor del féretro. Blanca y 
Constanza de San Dionisio velan a la difunta)

CONSTANZA
Qui Lazarum resuscitasti a monumento foetidum. 

BLANCA
Tu eis, Domine, 
dona requiem et locum indulgentiae. 

CONSTANZA
Qui venturus es judicare vivos et mortuos, 
et saeculum per ignem.

BLANCA
Tu eis, Domine, dona requiem... 

CONSTANZA, BLANCA
...et locum indulgentiae. Amen

(Al oír el reloj del convento, Constanza se levanta 
y deja a Blanca sola, va a buscar a las hermanas 
que han de relevarlas. Blanca intenta rezar. Su 
mirada se fija en el cadáver. Se alza, se dirige a 
la puerta que se abre y aparece la madre María)

MADRE MARÍA
¿Qué hacéis? ¿No estáis de vela? 

BLANCA
Yo... Yo... ya pasó la hora, Madre.

MADRE MARÍA
¿Qué queréis decir? 
¿Ya están en la capilla las otras hermanas?

BLANCA
Es que... sor Constanza 
fue a buscarlas y... 

MADRE MARÍA
Y vos tuvisteis miedo...

BLANCA
No creí obrar mal al acercarme a la puerta. 

(Blanca hace ademán de aproximarse 
cerca del ataúd)

MADRE MARÍA
No, hija, ¡por favor! No volváis allí. 
Una tarea incumplida es una tarea incumplida, 
no penséis más en ello. ¡Qué alterada estáis! 
Aunque la noche es fresca, me parece que 
tembláis menos de miedo que de frío. 
Os acompañaré a vuestra celda. 
Y ahora, nada de cavilaciones 
sobre este pequeño incidente... 
Acostaos, persignaos y dormid. 
Os dispenso de toda otra oración. 
Mañana, vuestra falta os inspirará más
dolor que vergüenza, y entonces podréis pedir 
perdón a Dios sin peligro de ofenderle más aún.

(La madre María pone su mano sobre el hombro 
de Blanca y la empuja hacia la puerta)

Interludio 1

Jardín del convento.

(Blanca y Constanza terminan una cruz de flores 
para la tumba de la priora Croissy)

CONSTANZA
Sor Blanca, la cruz me parece demasiado grande. 
¡Es tan pequeña la tumba de nuestra Madre!... 

BLANCA
¿Qué vamos a hacer con las flores 
que nos quedan? 

CONSTANZA
Pues bien, hagamos con ellas un ramo 
para la nueva priora.

BLANCA
Me pregunto si a la madre María de la 
Encarnación le gustarán las flores.

CONSTANZA
¡Dios mío! ¡Me gustaría tanto!... 

BLANCA
¿Que le agradaran las flores? 

CONSTANZA
No, sor Blanca, que fuera elegida priora. 

BLANCA
¡Siempre creéis que Dios 
hará lo que vos queráis! 

CONSTANZA
¿Y por qué no? 
Tal vez eso que nosotros llamamos azar 
no sea mas que la lógica de Dios.
¡Ved la muerte de nuestra madre, sor Blanca! 
¿Quién habría podido creer que iba a costarle
tanto trabajo morir, que iba a morir tan mal? 
Se diría que, en el momento de darle la muerte, 
el Señor se equivocó, de la misma forma que 
en el vestuario te dan a veces un hábito por otro. 
Sí; tuvo que ser la muerte de otro, no fue una 
muerte digna de nuestra priora; le quedó pequeña, 
no podía ni meter los brazos por las mangas... 

BLANCA
La muerte de otro...
¿qué queréis decir con eso, sor Constanza?

CONSTANZA
Quiero decir que esa otra persona, 
cuando le llegue la hora de la muerte, 
se asombrará de entrar en ella tan fácilmente, 
de sentirse a sus anchas. 
Cada uno muere para sí mismo, 
o bien los unos por los otros, 
o quizás unos en el lugar de otros, ¿quién sabe?

Cuadro Segundo

Sala capitular 

(La Comunidad se reúne en capítulo para rendir 
obediencia a la nueva priora. En la pared, un 
hermoso crucifijo, y, bajo éste, el sillón de la 
priora. A lo largo de las paredes, el banco de las 
religiosas. La ceremonia está finalizando)

NUEVA PRIORA
Queridas hijas, debo deciros que nos hallamos 
privadas de nuestra llorada Madre en el momento 
en que nos era más necesaria. Ya terminaron los 
tiempos prósperos y tranquilos en los que, con 
excesiva facilidad, olvidábamos que nada hay que 
nos asegure contra el mal y que siempre estamos 
en manos de Dios. Ignoro qué puede reservarnos 
la época que vamos a vivir. Sólo espero de la Divina
Providencia las virtudes modestas que, 
los ricos y poderosos, suelen menospreciar: buena 
voluntad, paciencia y espíritu de conciliación. 
Estas son las que más convienen a pobres mujeres 
como nosotras. Hay varias clases de valor, y el de 
los grandes de este mundo no es el de las gentes 
humildes, éste no les permitiría sobrevivir. El 
criado no sabría qué hacer con algunas virtudes 
del amo, éstas no le van más que la mejorana y el 
tomillo a nuestros conejos del huerto. Os repito 
que somos unas pobres mujeres congregadas para 
rezar a Dios. Desconfiad de todo lo que os pueda 
distraer de la oración, desconfiad incluso del 
martirio. La oración es un deber, y el martirio, 
una recompensa. Cuando un gran rey, en 
presencia de toda la Corte, invita a una sirvienta a 
sentarse con él en el trono como si fuera una 
esposa, bueno será que ella, al principio, no dé 
crédito a sus ojos ni a sus oídos y siga sacando 
brillo a los muebles. Os pido perdón por 
expresarme a mi manera, un poco a la pata la 
llana. Madre María de la Encarnación, os ruego 
que busquéis la conclusión de este breve discurso.

MADRE MARÍA
Hermanas, Su Reverencia acaba de deciros 
que nuestro primer deber es la oración. 
Acatemos, pues, no sólo de palabra, 
sino de corazón, la voluntad de Su Reverencia.

(A una señal de la madre María, todas 
las carmelitas se arrodillan)

MADRE MARÍA
Ave María.

CARMELITAS 
Gratia plena.

MADRE MARÍA, CARMELITAS
Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus... 

CARMELITAS 
...et benedictus fructus ventris tui… 

MADRE MARÍA, CARMELITAS
Jesu

PRIORA
Sancta Maria. 

CARMELITAS 
Mater Dei
.
PRIORA, CARMELITAS
Ora pro nobis peccatoribus... 

CARMELITAS
...nunc et in hora mortis nostrae

PRIORA, MADRE MARÍA, CARMELITAS 
Amen.

(Las carmelitas se ponen en pie y empiezan 
a salir lentamente)
Interlude 2

Une salle du couvent

(On entend de violents coups de sonnette. La prieure et 
mère Marie entrent précipitamment, Constance arrive 
de son côté)

LA PRIEURE
Que se passe-t-il? 

CONSTANCE
II y a au guichet un homme à cheval 
qui désire voir la révérende mère.

LA PRIEURE
A quel guichet? 

CONSTANCE 
Celui de la ruelle. 

LA PRIEURE
Pour tenir tant à passer inaperçu, 
ce ne peut être un ennemi. Allez voir, ma mère.

(Mère Marie et soeur Constance sortent. La prieure 
reste impassible. Seules ses lèvres remuent 
imperceptiblement. Mère Marie revient en hâte)

MÈRE MARIE
Ma mère, il s'agit de M. de la Force qui désire 
voir sa soeur avant de partir pour l'étranger.

LA PRIEURE
Qu'on aille prévenir Blanche de la Force. 
Les circonstances autorisent cette infraction à la règle. 

(rappelant mère Marie qui commençait à sortir)

Je désire que vous assistiez à l'entretien

MÈRE MARIE
Si Votre Révérence voulait bien le permettre... 

LA PRIEURE
Vous, ma mère, et non une autre. 

(Mère Marie sort précipitamment)

Tableau Troisième

Prélude 

Le parloir

(Blanche a le visage découvert. Mère Marie de 
l'Incarnation assiste á l'entretien sans être vue, 
le visage recouvert d'un grand voile)

LE CHEVALIER
Pourquoi vous tenez-vous ainsi depuis vingt minutes,
les yeux baissés, répondant à peine? 
Est-ce là l'accueil qu'on doit à un frère?

BLANCHE
Dieu sait combien je voudrais 
ne vous causer aucun déplaisir.

LE CHEVALIER
En deux mots comme en cent, 
notre pare juge que vous n'êtes plus ici en sûreté.

BLANCHE
Je n'y suis peut-être pas, mais je m'y sens, 
cela suffit pour moi.

LE CHEVALIER
Comme votre ton est différent de celui d'autrefois! 
Il y a dans vos manières présentes 
je ne sais quoi de contraint et de forcé.

BLANCHE
Ce qui vous parait contrainte n'est que manque 
d'habitude et maladresse. Je n'ai pu encore 
me faire au bonheur de vivre heureuse et délivrée.

LE CHEVALIER
Heureuse peut-être, mais non pas délivrée, 
il n'est pas en votre pouvoir de surmonter la nature. 

BLANCHE
Hé quoi! la vie d'une carmélite vous parait-elle 
si conforme à la nature?

LE CHEVALIER
Dans des temps comme ceux-ci il est plus d'une femme 
jadis enviée de tous qui troquerait volontiers sa place 
contre la vôtre. Je vous parle durement. 
Blanche, mais c'est que j'ai devant les yeux 
l'image de notre père resté seul parmi ses valets. 

BLANCHE
Vous me croyez retenue ici par la peur? 

LE CHEVALIER
Ou la peur de la peur. Cette peur n'est pas plus
honorable, après tout, qu'une autre peur. 
Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mon,
le vrai courage est dans ce risque.

BLANCHE
Je ne suis plus désormais ici que la pauvre petite
victime de Sa Divine Majesté.

LE CHEVALIER
Blanche, lorsque je suis entré tout à l'heure, peu s'en 
est fallu que vous tombiez en faiblesse et j'ai cru voir, 
à la lueur de ce mauvais quinquet, en une seconde, 
toute notre enfance. C'est probablement par maladresse 
que nous en sommes venus à des propos qui sont 
presque des défis. A-t-on changé mon petit lièvre?

BLANCHE
Ah! pourquoi voulez-vous jeter de nouveau le doute en 
moi, comme un poison? De ce poison, j'ai failli périr. 
C'est vrai que je suis une autre. 

LE CHEVALIER
Vous n'avez plus peur de rien? 

BLANCHE
Où le suis, rien ne peut m'atteindre 

LE CHEVALIER
Hé bien, adieu, ma chérie.

(Il se dirige vers la porte. Sur ce, elle faiblit, 
prend à deux mains la grille)

BLANCHE
Oh! ne me quittez pas sur un adieu de fâcherie! Hélas! 
vous m'avez donné si longtemps votre compassion que 
vous ne pouvez sans peine lui substituer cette simple 
estime que vous donnez n'importe lequel de vos amis!

LE CHEVALIER
Blanche, c'est vous maintenant 
qui parlez bien durement.

BLANCHE
II n'y a en moi a votre égard que douceur et tendresse. 
Mais je ne suis plus ce petit lièvre. Je suis une fille 
du Carmel qui va souffrir pour vous et à laquelle je 
voudrais vous demander de penser comme à un 
compagnon de lutte, car nous allons combattre chacun 
à notre manière, et la mienne a ses risques et ses pénis 
comme la vôtre.

(Le chevalier enveloppe Blanche d'un long regard 
indéfinissable et sort. Blanche se retient à la grille pour 
ne pas tomber. Mère Marie de l'Incarnation s'avance)

MÈRE MARIE
Remettez-vous, soeur Blanche. 

BLANCHE
Oh! ma mère, n'ai-je pas menti? Ne sais-je pas qui 
le suis? Hélas! J'étais si harassée de leur pitié! Que 
Dieu me pardonne! La douceur m'en écoeurait l'âme. 
Oh! ne serai-je jamais pour eux qu'une enfant?

MÈRE MARIE
Allons, il est temps de partir. 

BLANCHE
J'ai été orgueilleuse et je serai punie. 

MÈRE MARIE
II n'est qu'un moyen de rabaisser son orgueil, 
c'est de s'élever plus haut que lui.

(retenant la taille un peu ployée de Blanche)

Tenez-vous fière.

(Elles sortent.)
Interludio 2

Una sala del convento

(Suena la campanilla. La priora y la madre 
María entran precipitadamente. Constanza 
llega por su cuenta)

PRIORA
¿Qué sucede?

CONSTANZA
En el portillo hay un hombre a caballo 
que desea ver a la reverenda madre.

PRIORA
¿En qué portillo? 

CONSTANZA
En el del callejón. 

PRIORA
Si tanto empeño pone en pasar inadvertido, 
no puede ser un enemigo. Id a ver, Madre.

(La Madre María y sor Constanza salen. La 
priora tranquila, apenas mueve los labios. La 
madre María vuelve al cabo de un instante)

MADRE MARÍA
Madre, es el señor De la Force, que desea ver 
a su hermana antes de partir para el extranjero. 

PRIORA
Llamad a Blanca de la Force. Las circunstancias 
autorizan a esta infracción de la Regla.

(Llama a la madre María, que estaba saliendo)

Deseo que vos asistáis a la entrevista.

MADRE MARÍA
Si Vuestra Reverencia lo permite... 

PRIORA
Vos, Madre, y no otra.

(La madre María sale precipitadamente.)

Cuadro Tercero

Preludio

El Locutorio

(Blanca tiene el rostro descubierto. La madre 
María de la Encarnación, con el rostro cubierto 
por un velo largo, asiste oculta a la entrevista)

CABALLERO
Hace veinte minutos que permanecéis 
con la mirada baja y casi sin responderme: 
¿es ésta la acogida a un hermano?

BLANCA
¡Bien sabe Dios que 
no quisiera causaros disgusto! 

CABALLERO
En pocas palabras: 
nuestro padre cree que ya no estás segura aquí.

BLANCA
Tal vez no lo esté, pero yo me siento segura, 
y eso me basta.

CABALLERO
¡Qué distinto es este tono del de antaño! 
En tus maneras de ahora 
hay como un aire como violento y forzado.

BLANCA
Lo que te parece violencia es sólo falta 
de costumbre y torpeza. Aún no he podido 
habituarme a la dicha de vivir feliz y liberada.

CABALLERO
Feliz quizás, pero no liberada. 
No está en tus manos doblegar a la naturaleza.

BLANCA
¿Qué dices? ¿Te parece tan conforme 
a la naturaleza la vida de una carmelita?

CABALLERO
En tiempos como los que ahora corren, más de 
una mujer de las que antes eran envidiadas, s
e cambiarían por ti. Te hablo con dureza, Blanca, 
pero es que aún tengo ante los ojos la imagen de 
nuestro padre, solo entre los criados.

BLANCA
¿Crees que lo que me retiene aquí es el miedo?

CABALLERO
O el miedo al miedo. Después de todo, 
este miedo no es más honroso que otro. Hay 
que saber exponerse al miedo como a la muerte; 
el verdadero valor está en ese atrevimiento. 

BLANCA
Yo ya no soy sino la pobre víctima 
de Su Divina Majestad.

CABALLERO
Blanca, cuando entré, poco faltó para que te 
desvanecieras, y yo, a la luz del quinqué, creí ver, 
en un segundo, toda nuestra infancia. Sin duda ha 
sido mi torpeza la causa de que hayamos cruzado 
unas palabras que son casi desafíos. 
¿Acaso me han cambiado a mi pequeña liebre?

BLANCA
¡Oh! ¿Por qué te obstinas en sembrar de nuevo en 
mí la duda, como un veneno? Poco faltó para que 
ese veneno me matara. Es verdad que soy otra.

CABALLERO
¿Ya no tienes miedo de nada?

BLANCA
Donde ahora estoy, nada puede alcanzarme.

CABALLERO
Pues bien, adiós, mi niña.

(Blanca desfallece y se aferra con ambas 
manos a los barrotes de la reja)

BLANCA
¡Oh! ¡No te vayas con palabras de disgusto! 
Durante tanto tiempo me diste tu compasión, 
que no puedes sustituirla sin más por la simple 
estima con que tratas a cualquiera de tus amigos.

CABALLERO
Ahora eres tú, Blanca, 
la que habla con excesiva dureza.

BLANCA
Yo no tengo para ti más que dulzura y cariño. 
Pero ya no soy la pequeña liebre. 
Soy una hija del Carmelo que va a sufrir por ti, 
y desearía que vieras en mí a un compañero 
de lucha, porque los dos vamos a combatir, 
cada uno a su manera, y la mía tiene sus riesgos 
y peligros, como la tuya.

(El Caballero envuelve a Blanca en una mirada
indefinible y sale. Blanca se sostiene en la reja 
para no caer. La madre María se acerca a ella). 

MADRE MARÍA
Reponeros, sor Blanca.

BLANCA
¡Ay, Madre! ¿He mentido? ¿Acaso sé quien soy? 
¡Estaba tan agobiada por su piedad! ¡Que Dios 
me perdone! Su dulzura me hastiaba el alma. 
¿Es que nunca seré para ellos más que una niña?

MADRE MARÍA
Vamos, es hora de marchar. 

BLANCA
He sido orgullosa y seré castigada. 

MADRE MARÍA
No hay más que un medio para rebajar el orgullo:
elevarse por encima de él.

(Sostiene el talle, un tanto doblegado, de Blanca)

Manteneos digna.

(Salen)
Tableau Quatrième

Prélude

La sacristie du Carmel

(L'aumônier, entouré de toutes les religieuses, achève 
de ranger les ornements sacerdotaux dans un placard, 
tandis qu'il prend congé de la communauté)

L'AUMÔNIER
Mes chères filles, ce que j'ai à vous dire n'est plus un 
secret pour certaines d'entre vous. Je suis relevé 
de mes fonctions et proscrit. Cette messe que je viens 
de dire est la dernière. Le tabernacle est vide. Je répète 
aujourd'hui le geste de nos premiers pères chrétiens. 
Ce jour est un grand jour pour le Carmel. 
Adieu, je vous bénis. 
Nous allons chanter ensemble.

(Toutes les religieuses tombent à genoux)

L'AUMÔNIER
Ave verum corpus natum 
Ex Maria Virgine.

LES CARMÉLITES
Vere passum immolatum 
In cruce pro homine. 

L'AUMÔNIER
Cujus latus perforatum 
Unda fluxit et sanguine. 

LES CARMÉLITES
Esto nobis praegustatum 
Mortis in examine. 

L'AUMÔNIER
O clemens! 

LES CARMÉLITES 
O pie!

L'AUMÔNIER
O Jesu fili Mariae. Amen.

(Les religieuses se relèvent. Blanche se trouve placée
juste à côté de l'aumônier)

BLANCHE
Qu'allez-vous devenir? 

L'AUMÔNIER
Rien d'autre que ce que je suis à cet instant même, 
un proscrit.

BLANCHE
(au comble de la frayeur)
Mais si ce qu'on raconte est vrai, ils vous tueront, 
s'ils vous reconnaissent.

L'AUMÔNIER
Ils ne me reconnaîtront peut-être pas. 

BLANCHE
Vous vous déguiserez? 

L'AUMÔNIER
Oui. Tels sont les ordres que nous avons reçus. 
Chère sueur Blanche, votre imagination s'échauffe 
toujours trop vite. Oui, mon enfant. Rassurez-vous. 
Je resterai près de cette maison.

(Sur le seuil il la bénit d'un geste)

J'y viendrai le plus souvent possible.

(Il sort. Très calme, mère Marie pousse les lourds
verrous de la grande porte)

CONSTANCE
Est-il croyable qu'on laisse ainsi traquer les prêtres 
dans un pays chrétien? 
Les Français sont-ils maintenant si lâches?

SOEUR MATHILDE
Ils ont peur. Tout le monde a peur. 
Ils se donnent la peur les uns aux autres, 
comme en temps d'épidémie la peste ou le choléra.

BLANCHE
(comme malgré elle. d'une voix presque sans timbre)
La peur est peut-être, en effet, une maladie. 

CONSTANCE
N'y aura-t-il pas de bons Français 
pour prendre la défense de nos prêtres?

LA PRIEURE
Quand les prêtres manquent, 
les martyrs surabondent et l'équilibre de la grâce 
se trouve ainsi rétabli.

MÈRE MARIE
(d'une voix martelée pleine de passion contenue)
Il me semble que l'Esprit-Saint vient de parler par la 
bouche de Sa Révérence. Pour que la France ait encore 
des prêtres, les filles du Carmel n'ont plus à donner 
que leur vie.

LA PRIEURE
Vous m'avez mal entendue, ma mère, 
ou du moins vous m'avez mal comprise. Ce n'est pas 
à nous de décider si nous aurons ou non, plus tard, 
nos pauvres noms dans le bréviaire.

(Elle sort suivie de mère Jeanne. Toutes les religieuses, 
interdites, regardent mère Marie. Violents coups de 
clochette de la tour)

CONSTANCE
On a tiré la clochette! 

SOEUR MATHILDE
II faut tout de suite regarder à la porte du lavoir. 

(L'aumônier surgit)

LA FOULE 
(dans la rue)
Ah!

L'AUMÔNIER
J'ai failli me trouver pris entre la foule et une patrouille. 
Je n'avais d'autre ressource que rentrer ici. 

CONSTANCE
Restez avec nous, mon père. 

L'AUMÔNIER
Je ne saurais que vous compromettre. 
Il faut que je parte. Lorsque le cortège sera rassemblé 
sur la place de la Municipalité, les rues seront libres. 

LA FOULE
Ah! 

CONSTANCE 
Ecoutez! 

SOEUR MATHILDE 
Ecoutez!

TOUTES LES CARMÉLITES 
Les voilà!

L'AUMÔNIER
J'ai peut-être trop attendu. Que deviendriez-vous, 
mes filles, s'ils me prenaient chez vous?

(Il les bénit et disparaît)

LA FOULE
Ouvrez la porte! Ouvrez la porte!

(Les religieuses se massent toutes dans un coin 
á l'exception de mère Marie)

LES CARMÉLITES
N'ouvrez pas! N'ouvrez pas! 

(Coups contre la porte)

LA FOULE
Ouvrez la porte! Ouvrez la porte! 

LES CARMÉLITES
N'ouvrez pas! N'ouvrez pas! 

MÈRE MARIE
(á Constance)
Allez ouvrir, ma petite fille.

(D'un pas ferme, Constance va ouvrir les verrous. 
Entrée des quatre commissaires, dont deux restent 
près de la porte. La foule est maintenue par des gardes 
armes de longues piques)

PREMIER COMMISSAIRE 
Où sont les religieuses? 

MÈRE MARIE
Vous les voyez là-bas.

PREMIER COMMISSAIRE
Notre devoir est de leur donner connaissance 
du décret d'expulsion.

MÈRE MARIE
Cela ne dépend que de vous. 

DEUXIÈME COMMISSAIRE
(lit)
"Ainsi qu'en a décidé l'Assemblée législative, siégeant 
le 17 août 1792: Pour le premier octobre prochain, 
toutes les maisons encore actuellement occupées par 
des religieuses ou par des religieux seront évacuées par 
les dits religieux et religieuses et seront mises en vente 
à la diligence des corps administratifs."

PREMIER COMMISSAIRE
Avez-vous une réclamation à formuler? 

MÈRE MARIE
Que pourrions-nous réclamer, puisque nous ne 
disposons déjà plus de rien? Mais il est indispensable 
que nous nous procurions des vêtements, 
puisque vous nous interdisez de porter ceux-là. 

PREMIER COMMISSAIRE
Soit! 

(goguenard)

Etes-vous donc si pressées de quitter ces défroques, 
et de vous habiller comme tout le monde?

MÈRE MARIE
Je vous répondrais bien que ce n'est pas l'uniforme 
qui fait le soldat. Sous n'importe quel habit nous 
ne serons jamais que des servantes.

PREMIER COMMISSAIRE
Le peuple n'a pas besoin de servantes. 

MÈRE MARIE
Mais il a grand besoin de martyrs, 
et c'est là un service que nous pouvons assumer.

PREMIER COMMISSAIRE
Peuh! En des temps comme ceux-ci, mourir n'est rien.

MÈRE MARIE
Vivre n'est rien, lorsque la vie est dévaluée jusqu'au 
ridicule, et n'a pas plus de prix que vos assignats.

PREMIER COMMISSAIRE
Ces paroles-là pourraient vous coûter cher 
si vous les disiez à un autre que moi.

(à mère Marie, en aparté)

Me prenez-vous pour un de ces buveurs de sang? 
J'étais sacristain à la paroisse de Chelles, 
le seigneur vicaire était mon frère de lait. 
Mais il faut bien que je hurle avec les loups!

(Le calme de mère Marie intimide le commissaire)

MÈRE MARIE
Excusez-moi si je vous demande des preuves 
de votre bon vouloir.

PREMIER COMMISSAIRE
J'emmène avec moi les commissaires et la patrouille, 
il ne restera ici, jusqu'au soir, que les ouvriers, méfiez-
vous du forgeron Blancard. C'est un dénonciateur.

(Les commissaires se retirent. La foule s'éloigne. Mère 
Marie va refermer la grande porte. Les religieuses 
interdites ne savent que faire, quelques-unes prient; 
Blanche, comme un pauvre oiseau blessé, est affalée 
sur un petit tabouret. Mère Jeanne entre par la petite 
porte de la clôture)

MÈRE MARIE
Mes soeurs, notre révérende mère viendra bientôt 
nous faire ses adieux, car elle doit se rendre à Paris,

(Mère Jeanne jette un regard apitoyé à soeur Blanche, 
puis se dirige vers un placard d'où elle sort le Petit Roi 
de Gloire qu'elle tend, comme un jouet, á Blanche)

Ma petite soeur Blanche, vous savez que la nuit 
de Noël, on portait notre Petit Roi dans chaque cellule. 
J'espère qu'il vous donnera du courage. 

BLANCHE
(prenant le Petit Roi dans ses bras)
Oh! qu'il est petit! qu'il est faible! 

MÈRE MARIE
Non! qu'il est petit! et qu'il est puissant! 

LA FOULE
(dans la rue)
Ah! ça ira! ça ira! ça ira! 

BLANCHE
Ah!

(Elle laisse échapper le Petit Roi de Gloire dont 
la tête se brise sur les dalles)

BLANCHE
(terrifiée, avec l'expression d'une stigmatisée)
Le Petit Roi est mort! 
Il ne nous reste plus que l'Agneau de Dieu.

LA FOULE
Ah! ça ira! ça ira!
Cuadro Cuarto

Preludio

Sacristía del Carmelo

(El capellán, rodeado de todas las religiosas, 
acaba de colocar los ornamentos sacerdotales en 
un armario, mientras se despide de la comunidad. 

CAPELLÁN
Mis queridas hijas, lo que voy a deciros 
no es un secreto para algunas de vosotras. 
He sido relevado de mis funciones y proscrito. 
Esta misa que acabo de celebrar es la última. 
El sagrario está vacío. Hoy repito el gesto de 
nuestros primeros padres. Este es un gran día 
para el Carmelo. Adiós, yo os bendigo. 
Cantemos ahora todos juntos...

(Todas las religiosas se arrodillan)

CAPELLÁN
Ave verum corpus natum 
Ex Maria Virgine.

CARMELITAS
Vere passum immolatum 
In cruce pro homine. 

CAPELLÁN
Cujus latus perforatum 
Unda fluxit et sanguine. 

CARMELITAS
Esto nobis praegustatum 
Mortis in examine. 

CAPELLÁN
O clemens! 

CARMELITAS
O pie!

CAPELLÁN
O Jesu fili Mariae. Amen.

(Las religiosas se levantan. Blanca está justo 
al lado del capellán)

BLANCA
¿Qué va a ser de vos?

CAPELLÁN
Lo que ya han hecho de mí, 
un proscrito. 

BLANCA
(aterrada)
Pero, si es verdad lo que dicen, 
os matarán en cuanto os reconozcan.

CAPELLÁN
Quizá no lleguen a reconocerme. 

BLANCA
¿Os disfrazaréis?

CAPELLÁN
Sí. Esas son las órdenes que hemos recibido. 
Mi querida sor Blanca, vuestra imaginación se 
inflama siempre con excesiva rapidez. Sí, hija, 
tranquilizaos. Me quedaré cerca de esta casa.

(Desde el umbral hace el gesto de bendecirla)

Vendré siempre que pueda.

(Sale. Con tranquilidad, la madre María coloca 
los pesados cerrojos de la gran puerta)

CONSTANZA
¿Es posible que se persiga así a los sacerdotes 
en un país cristiano? 
¿Tan cobardes se han vuelto los franceses?

SOR MATILDE
Tienen miedo. Todo el mundo tiene miedo. 
Se contagian el miedo unos a otros, 
como la peste o el cólera en tiempo de epidemia.

BLANCA
(con una voz casi sin inflexiones)
Tal vez el miedo sea, en efecto, una enfermedad. 

CONSTANZA
¿No habrá buenos franceses 
que salgan en defensa de nuestros sacerdotes?

PRIORA
Cuando escasean los sacerdotes 
abundan los mártires, y de este modo 
se restablece el equilibrio de la gracia.

MADRE MARÍA
(con una voz de pasión reprimida)
Me parece que el Espíritu Santo acaba de hablar 
por boca de Su Reverencia. Para que Francia 
siga teniendo sacerdotes, las hijas del Carmelo 
no pueden ofrecer nada más que su vida.

PRIORA
Me habéis oído mal, o no me habéis entendido bien.
No nos incumbe a nosotras decidir 
si un día estarán en el breviario 
nuestros humildes nombres. 

(Sale seguida de la madre Juana. Las monjas, 
sobrecogidas, observan a la madre María. Suena 
con fuerza la campanilla del torno)

CONSTANZA
¡Han tirado de la campanilla!

SOR MATILDE
Hay que salir enseguida a la puerta del lavadero.

(Aparece el capellán)

LA MULTITUD
(En la calle)
¡Ah!

CAPELLÁN
Me he visto atrapado entre la multitud y una 
patrulla. No tengo más remedio que entrar aquí. 

CONSTANZA
Permaneced con nosotras, padre.

CAPELLÁN
No haría más que comprometeros. Debo irme. 
Cuando la comitiva se reúna en la plaza del municipio, 
las calles quedarán libres.

LA MULTITUD
¡Ah!

CONSTANZA
¡Escuchad!

SOR MATILDE
¡Escuchad!

TODAS LAS CARMELITAS
¡Ya están aquí!

CAPELLÁN
Quizás he esperado demasiado. ¿Qué sería de 
vosotras, hijas, si me arrestaran aquí?

(Él las bendice y desaparece)

LA MULTITUD
¡Abrid la puerta! ¡Abrid la puerta!

(Todas las monjas, menos la madre María, 
se amontonan en un rincón)

LAS CARMELITAS
¡No abráis! ¡No abráis!

(Golpes en la puerta)

LA MULTITUD
¡Abrid la puerta! ¡Abrid la puerta!

LAS CARMELITAS
¡No abráis! ¡No abráis!

MADRE MARÍA
(A Constanza)
Id a abrir, hija.

(Con paso firme, Constanza abre. Entran cuatro 
comisarios, quedando dos de ellos cerca de la 
puerta. Guardias armados con grandes picas 
contienen a la multitud)

PRIMER COMISARIO
¿Dónde están las monjas? 

MADRE MARÍA
Ahí abajo podéis verlas. 

PRIMER COMISARIO
Es nuestro deber darles cuenta 
del decreto de expulsión.

MADRE MARÍA
Eso depende sólo de vos. 

SEGUNDO COMISARIO
(Leyendo)
"Según lo acordado por la Asamblea Legislativa 
en sesión del 17 de agosto de 1792: el próximo 
uno de octubre, todas las casas que actualmente 
estén aún ocupadas por religiosos, serán 
evacuadas por los citados religiosos y puestas en 
venta, a instancia de los cuerpos administrativos."

PRIMER COMISARIO
¿Tenéis alguna reclamación que formular? 

MADRE MARÍA
¿Qué podríamos reclamar nosotras, 
si no disponemos ya de nada? 
Pero es indispensable que nos procuremos ropas, 
puesto que nos prohibís usar éstas. 

PRIMER COMISARIO
¡Sea!

(Adoptando un tono de chanza)

¿Tanta prisa tenéis por abandonar esos hábitos 
y vestiros como todo el mundo?

MADRE MARÍA
Podría responderos que el uniforme 
no hace al soldado. Con cualquier ropa, 
nunca seremos más que servidoras. 

PRIMER COMISARIO
El pueblo no necesita servidores.

MADRE MARÍA
Pero sí mártires, y ése es un servicio 
que nosotras podemos prestar.

PRIMER COMISARIO
¡Bah! En tiempos como éstos, morir no es nada.

MADRE MARÍA
Vivir no es nada, cuando la vida ha perdido 
su valor hasta lo ridículo.

PRIMER COMISARIO
Estas palabras podrían costaros caras 
si las dijerais ante otro que no fuera yo.

(A la madre María, aparte)

¿Me habéis tomado por un sanguinario? 
Yo era sacristán de la parroquia de Chelles, 
y el señor vicario era hermano mío de leche. 
Pero ahora tengo que aullar con los lobos.

(La calma de María intimida al comisario)

MADRE MARÍA
Tendréis que disculparme 
si os pido pruebas de vuestra buena voluntad.

PRIMER COMISARIO
Me llevaré a los comisarios y la patrulla, y aquí 
no quedarán más que los obreros, hasta la noche. 
Desconfiad del herrero Blancard. Es un delator.

(Los comisarios se retiran. La multitud se aleja. 
La madre María acude a cerrar la gran puerta. 
Las monjas desconcertadas no saben qué hacer, 
algunas rezan; Blanca, como un pobre pájaro 
herido, está en un taburete, abatida. La madre 
Juana entra por la puerta de la clausura)

MADRE JUANA
Hermanas, nuestra reverenda madre vendrá en 
seguida para despedirse, debe volver a París.

(La madre Juana mira compasivamente a Blanca 
y se saca de una alacena el Niño Rey de la Gloria 
y se lo ofrece, como un juguete, a Blanca)

Como ya sabéis, sor Blanca, en la noche 
de Navidad llevamos a nuestro Niño Rey 
de celda en celda. Espero que os dé valor.

BLANCA
(Tomando al Niño Rey en sus brazos)
¡Oh, qué pequeño y débil!

MADRE MARÍA
¡No! ¡Qué pequeño y qué fuerte!

LA MULTITUD
(En la calle)
¡Venceremos! ¡Venceremos!

BLANCA
¡Ah!

(La imagen del Niño se le cae de las manos y
queda la cabeza hecha pedazos.

BLANCA
(Aterrorizada, con expresión de estigmatizada)
¡Oh! El Niño Rey ha muerto. 
Ya no nos queda más que el Cordero de Dios.

LA MULTITUD
¡Venceremos! ¡Venceremos!

Acto III