CENICIENTA

 

 

 

Personajes

 

LUCILA 

PANDOLFO


SRA. HALTIÈRE

DOROTEA

NOEMÍ


HADA

EL REY

PRÍNCIPE

DECANO

                                            Cenicienta 

                                    Padre de Cenicienta 

                                 Madrastra de Cenicienta

                               Hermanastra de Cenicienta 
 
                               Hermanastra de Cenicienta

                               Hada madrina de Cenicienta

                                                  Rey

                                                Príncipe

                              Decano del colegio de médicos

                                      Soprano

                                            Bajo

       
                             Contralto

                             Mezzosoprano

                                      Soprano

                                      Soprano

                                      Barítono

                             Mezzosoprano

                                          Tenor

 

La acción se desarrolla en un país imaginario y época indeterminada.

 

ACTE  I


(Chez Madame de la Haltière. Vaste chambre; 
à droite grande cheminée avec son âtre. Rideau.)

Scène Première

SERVANTES, SERVITEURS
On appelle!
On sonne!
On carillonne! On y va!
... on y va! on y va!
Voilà! voilà!
Que de scènes! que de cris!
Ah! nous sommes ahuris!
On y va! on y va! on y va! on y va!
O mon cher!
O ma chère!
C'est une mégère,
Que cette femme là!
O mon cher!
O ma chère!
C'est une mégère,
Que cette femme là!

(subitement interdits)

Monsieur!

(Pandolfe vient d'entrer)

PANDOLFE
(avec résignation)
Continuez.
Ce n'est que moi...
Pourquoi Vous taisez-vous?
Pas besoin de prudence.
Ne soyez pas ainsi troublés
par ma présence,
Et dites, que se passe-t'il?

SERVANTES, SERVITEURS
(Tous, avec assurance)
Monsieur, chacun proclame
Que Monsieur est gentil, très gentil,
très gentil!

(avec un geste désespéré)

Mais c'est Madame!

(Ils font tous, ensemble, quatre pas majestueux, sur 
les signes indiqués. Tous, avec un cri rauque, suivi 
d'un grand mouvement mélodramatique)

Ah! Madame!

PANDOLFE
(voulant paraître sévère)
Hein! qu'est-ce à dire?

(à part)

Au fond, ils ont raison!

(aux domestiques)

Allez! allez! allez! on vous réclame!

SERVANTES, SERVITEURS
(avec empressement)
Monsieur est si gentil!
Monsieur est si gentil!

PANDOLFE
(les congédiant)
C'est bon! c'est bon, c'est bon, oui,

(impatienté)

c'est bon!

(Les domestiques s'éloignent avec force salutations.)

... oui,

(de même)

c'est bon!

SERVANTES, SERVITEURS
(au moment de franchir la porte, ils se 
retournent, tous ensemble, brusquement)
Mais Madame! ah! Madame!

Scène Seconde

PANDOLFE
Du côté de la barbe est la toute puissance...
Oui, je devrais le faire voir,
Et savoir obtenir de ma femme un peu
d'obéissance.
Hélas! vouloir n'est pas pouvoir!
Pourquoi, grands Dieux, veuf et tranquille,
Vivant chez moi, loin de la ville,
Exempt de soucis et d'émoi,
Près de ma fillette adorable,
Ai-je quitté ma ferme

(sans respirer)

et mes grands bois!

(avec amertume et reproche)

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?
Pour m'en aller tenter le diable,
En étant le mari
Remari, très marri
D'une comtesse fière et d'humeur
redoutable
Qui m'apportait en dot,

(très expressif)

non! c'est épouvantable... Deux belles filles,

(avec effroi)

deux!
Hélas! mon sort est lamentable,

(avec trouble, comme en secret)

A les chérir je suis condamné par la loi!
condamné par la loi!
Plaignez-moi! ombre de Philémon!

(s'apitoyant beaucoup)

plaignez-moi!
Encore, si j'étais seul à gémir, mais non,
Pour toi c'est l'abandon, ô ma fillette!
Ah! que je souffre, en te voyant, Lucette,
Sans affiquets, ni collerette...
Te cacher pour venir me donner un baiser,
Sans un regard... pour m'accuser.
Quand au logis seulette
Je te laissé pendant le bal!
En te voyant ainsi, ah! que je souffre!
O ma Lucette!

(expressif, des larmes dans la voix)

que je souffre!
Que veux-tu, je sens que c'est mal,
Mais, si ma femme gronde et rage,
Je tremble et je ne peux résister
à l'orage!

(avec agitation et nervosité)

Ce sera peut-être pénible,

(en secret d'abord, puis, en dehors ensuite)

Il faudra bien qu'un jour, enfin, chez moi...
Il faudra bien que je finisse par être maître!
Un jour, enfin, chez moi,
je finirai par être maître!
Un jour, enfin, chez moi,
Enfin, je finirai par être maître!

(avec emportement)

Enfin je serai maître!
Enfin je serai maître!
Maître! Maître! Maître!

LES DOMESTIQUES
Madame!

PANDOLFE
(changeant de ton et avec épouvante)
Ma femme! hélas! partons!
Vouloir n'est pas pouvoir!

(Il s'enfuit. Entrée de Mme. de la
Haltière et de ses deux filles.)

Scène Troisième

MME DE LA HALTIÈRE
(à ses filles avec emphase)
Faites-vous très belles, ce soir,
J'ai bon espoir.

NOÉMIE, DOROTHÉE
Pourquoi, Maman?

MME DE LA HALTIÈRE
Peut-on jamais savoir!

NOÉMIE, DOROTHÉE
ous voudrions savoir...
quel est votre espoir.

MME DE LA HALTIÈRE
(avec ampleur)
Faites-vous très belles, ce soir.

(légèrement et vivement)

J'ai bon spoir.

(à part)

Non, cela n'aurait rien qui me puisse surprendre...

NOÉMIE, DOROTHÉE
(à part, écoutant)
Quoi donc?

MME DE LA HALTIÈRE
(continuant, à elle-même)
Car c'est plus d'une fois
Que l'on a vu des Rois...

NOÉMIE, DOROTHÉE
(à leur mère)
Quoi donc, Maman?

NOÉMIE
Plus d'un fois...

DOROTHÉE
Plus d'un fois...

NOÉMIE, DOROTHÉE
... qu'est-ce donc qu'ils ont fait... les Rois?

MME DE LA HALTIÈRE
(gravement)
A tout nous devons nous attendre.

NOÉMIE, DOROTHÉE
Nous attendre à tout?
Mais pourquoi?

MADAME DE LA HALTIÊRE
(en accentuant toutes les syllabes)
Parce qu'on va ce soir vous présenter au Roi!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(avec joie)
Ah! quel bonheur!
Nous allons voir le Roi! le Roi! le Roi!

(frappant des mains avec gaîté)

le Roi! le Roi! le Roi! le Roi!

MME DE LA HALTIÈRE
Il vous remarquera, j'espère.

NOÉMIE, DOROTHÉE
(à leur mère)
Alors, qu'est-ce qu'il faudra faire?

MME DE LA HALTIÈRE
(avec ampleur)
Il faudra faire comme moi!
Le bal est un champ de bataille...

NOÉMIE, DOROTHÉE
(stupéfaits)
Comment? Maman!

NOÉMIE
Le bal est un champ de bataille!

MME DE LA HALTIÈRE
Le bal est un champ de bataille!
de bataille! de bataille!

NOÉMIE, DOROTHÉE
Le bal est un champ de bataille!
de bataille! de bataille!

MME DE LA HALTIÈRE
(avec importance)
Tenez-vous bien,
Ne perdez rien de votre taille!

NOÉMIE, DOROTHÉE
Bien!

MME DE LA HALTIÈRE
Pas de mouvements trop nerveux...

NOÉMIE, DOROTHÉE
Non, Maman!

MME DE LA HALTIÈRE
A-t-on bien frisé vos cheveux?

NOÉMIE, DOROTHÉE
Oui, Maman!

MME DE LA HALTIÈRE
(à part, avec volubilité, comme 
en se parlant à elle-même)
Car je ne veux
Ni ne puis me résoudre
A croire qu'il existe seulement
Dans le roman,
Evidemment, oui seulement,
Autrement que dans le roman,
Le coup de foudre!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(stupéfiées)
Ah! Le coup de foudre!

MME DE LA HALTIÈRE
(à ses filles, à volonté)
Le coup de foudre!

Menuet

Prenez un maintien gracieux
En arrondissant votre bouche...
Bien! n'ayez pas l'air trop farouche...

NOÉMIE, DOROTHÉE
Voilà, maman!

MME DE LA HALTIÈRE
Parfait!

(satisfaite)

on ne peut mieux!
Ne soyez pas banales!
Ni trop originales!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(léger et amusant)
Nous serons très belles, ce soir!
Nous serons très belles, ce soir!

MME DE LA HALTIÈRE
(à part)
Quel succès! Quel succès!

NOÉMIE
Quel succès nous allons avoir

NOÉMIE, DOROTHÉE
Et nous croyons déjà savoir!
Quel est votre espoir!
Mais nous croyons savoir
votre espoir
pour ce soir! pour ce soir!

MME DE LA HALTIÈRE
Quel espoir! 
quel succès nous allons
avoir! oui, c'est là mon espoir!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(en riant)
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

MME DE LA HALTIÈRE
Faites-vous très belle ce soir!...

NOÉMIE, DOROTHÉE
Nous serons très belles!
Nous serons très belles!

MME DE LA HALTIÈRE
...Ce soir! Ce soir!

(en riant)

ah! ah! ah!

(Des groupes de servantes et de serviteurs 
envahissent la chambre - tous très affairés.)

LES DOMESTIQUES
(en entrant et en criant à tue-tête)
Madame! Madame! Madame!

Scène Quatrième

LES DOMESTIQUES
(avec empressement)
Ce sont les modistes!

(avec empressement)

Ce sont les tailleurs! Ce sont les coiffeurs!

MME DE LA HALTIÈRE
(avec ostentation)
Qu'on introduise ces artistes!

(Aussitôt entrés, les modistes, tailleurs et coiffeurs
s'occupent avec empressement de la toilette et de la
coiffure des trois femmes. Désignant Dorothée aux
modistes; aux habilleuses, avec prétention)

De sa robe il faut que les plis soient
plus légers, plus assouplis...

(à Noémie)

Qu'en dites-vous?

(l'admirant avec complaisance)

La ligne est pure!

LES DOMESTIQUES
Dorothée! Ah! ah! quelle tournure!

MME DE LA HALTIÈRE
(se retournant d'un bond vers ses filles)
Hein?

(La toilette s'arrête brusquement dès le 
mouvement de Mme de la Haltière.)

NOÉMIE, DOROTHÉE
(toutes deux, à leur mère, avec stupéfaction)
Quoi?

MME DE LA HALTIÈRE
(les interrogeant)
Rien?

NOÉMIE, DOROTHÉE
(avec un sourire rassurant)
Rien.

MME DE LA HALTIÈRE
(stupéfaite d'abord, elle se rassure et la
toilette interrompue reprend son cours)
Rien...

(aux habilleuses)

Très bien cela.
Cette coiffure est concordante à la figure!

NOÉMIE
Cette coiffure...

DOROTHÉE
...Est concordante...

NOÉMIE
...à la figure!

MME DE LA HALTIÈRE
Très bien cela.

DOROTHÉE
(s'interrogeant mutuellement)
Sommes-nous bien ainsi?

LES DOMESTIQUES
(entre eux; secoués par le rire)
Ah! ah!

NOÉMIE
Oui, véritablement!

LES DOMESTIQUES
Ah! ah!

MME DE LA HALTIÈRE
Oui, véritablement Sans compliment!

LES DOMESTIQUES
Charmant! Charmant! Charmant!

NOÉMIE
Oui, c'est charmant!
Sans compliment!

DOROTHÉE
Oui, c'est charmant! Sans compliment!

MME DE LA HALTIÈRE
Oui, c'est charmant! Sans compliment!

DOROTHÉE
Un émerveillement!

NOÉMIE
Un éblouissement!

LES DOMESTIQUES
Est-elle fagotée!
Et Noémie! et Dorothée!
On en parlera sûrement!

MME DE LA HALTIÈRE
Un éblouissement!

NOÉMIE, DOROTHÉE
Sans compliment! Sans compliment!
On en parlera!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
On en parlera! sûrement!
On en parlera sûrement! sûrement!

LES DOMESTIQUES
Sûrement on en parlera!
Voyez donc quelle tournure!

(Les fournisseurs sortent.
Pandolfe entre en grande toilette.)

PANDOLFE
(avec satisfaction et embarras)
Félicitez-moi donc de mon exactitude...

NOÉMIE, DOROTHÉE
(sèchement)
Oui... ce n'est pas votre habitude.

MME DE LA HALTIÈRE
(sèchement)
Vous êtes toujours en retard.

PANDOLFE
(réplicant)
En retard?

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
(affirmant)
En retard.

MME DE LA HALTIÈRE
Enfin... cette fois par hasard...

NOÉMIE, DOROTHÉE
(à Pandolfe)
Ne sauriez-vous trouver un mot aimable à dire

(se montrant, prétentieusement)

En voyant nos beautés?

PANDOLFE
(préoccupé)
Excusez-moi... j'admire...

(à part)

Ne disons rien, restons tranquille
en notre coin,
Ne voulant de près ou de loin
Ajouter même une parole...
Un doux espoir me soutenant,
Me caressant, me consolant...

(très jovial, en se frottant les mains, toujours à part)

On va l'enfermer, elle est folle!

MME DE LA HALTIÈRE
(à Pandolfe, brusquement)
En bien! qu'avez-vous donc?
Vous restez comme un pieu
Planté là!

NOÉMIE
(à Pandolfe, sur le même ton)
Venez donc!

DOROTHÉE
(de même)
Et partons!

MME DE LA HALTIÈRE
Venez vite!

PANDOLFE
(avec embarras)
Tout de suite! Tout de suite! de suite!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
Venez! venez! venez! venez!
nous serons en retard!

PANDOLFE
(à part, très ému)
Ma Lucette

(en larmes)

je pars! je pars... sans t'avoir dit adieu!
Je te laisse encor seule,

(très sensible)

Ô ma pauvre petite!
Je pars sans même oser
Te donner un baiser!
Sans bercer...

(espressivo e ben cantabile)

ta tristesse
d'un seul mot de tendresse!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
(les trois femmes revenant et avec décision)
Allons! Partons!

PANDOLFE
(avec une pénible obéissance)
Partons!

MME DE LA HALTIÈRE
(avec crânerie et entrain)
De la race,
De la prestance,
De l'audace

NOÉMIE, DOROTHÉE
(de même)
De la race,
De la prestance,
De l'audace!

PANDOLFE
(avec ironie, désignant les 3 femmes)
De la race,
De la prestance,
De l'audace!

MME DE LA HALTIÈRE
(renchérissant)
De la race,
De l'élégance,
De l'audace!

NOÉMIE, DOROTHÉE, PANDOLFE
De la race,
De la l'élégance,
De l'audace!

NOÉMIE, DOROTHÉE 
MME. DE LA HALTIÈRE, PANDOLFE
De la finesse
Ensorcelante,
Une souplesse
Un peu troublante,
Lèvre mutine
Et délicate,
Le mot qui flatte,
Le mot qui flatte.
Des yeux de chatte,
Des yeux de chatte!
Nous avons tout!
Le prince est pris s'il a du goût!

(avec explosion)

Ah! Le prince est pris s'il a du goût!
Ah! Nous/Elles avons/ont tout,
oui, vraiment tout! Ah!

PANDOLFE
(avec joie, bien à part)
On va l'enfermer, elle est folle!

MME DE LA HALTIÈRE
DOROTHÉE, NOÉMIE
Le prince est pris s'il a du goût!

PANDOLFE
Mais!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(à Pandolfe)
Chut!

MME DE LA HALTIÈRE
(à Pandolfe, avec impatience, parlé)
Chut! s'il a

(rapide)

du goût!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME. DE LA HALTIÈRE, PANDOLFE
Il est à nous!
Le prince est pris!
Pour vous le trône et ses grandeurs!
A nous! le trône et ses grandeurs!
Partons!

LES DOMESTIQUES
(entré eux, en riant)
Voyez! ah! ah! ah! 
comme elle est fagotée!
Voyez! quelles figures! ah! ah! ah! 
charmant!

(Sortie générale)



ACTE II


(Chez le Roi. La salle des fêtes, et les jardins 
du palais. Le tout brillamment illuminé.)

Scène Première

(Le Prince Charmant, dans une attitude pensive. 
Après de lui: trois joueurs d'instruments - le 1er 
joue du luth, le 2d de la viole d'amour, le 3e de la 
flûte en cristal. Concert discret, calme et mystérieux.
Le Surintendant des Plaisirs et un petit groupe de
courtisans se sont avancés et s'inclinent
obséquieusement devant le Prince.)

LE SURITENDANT DES PLAISIRS
(au Prince Charmant)
Que les doux pensers viennent éclore
souriants sur vos lèvres!

COURTIERS
(deux ténors et deux barytons, de même)
Sur vos lèvres.

LE SURITENDANT DES PLAISIRS
Fuyez les chagrins décevants,
laissez la tristesse et ses fièvres!

COURTIERS
... et ses fièvres!

LE SURITENDANT DES PLAISIRS
Noble prince, Répondez!

COURTIERS
Répondez!

(Silence du Prince. Le concert recommence.)

LE SURITENDANT DES PLAISIRS
(ébahi)
Non!

COURTIERS
(ébahi)
Non!

(entr'eux)

Il ne nous répond rien.

LE SURITENDANT DES PLAISIRS
(aux Courtisans)
Messieurs, je crois qu'on nous évince.

LE SURITENDANT DES PLAISIRS
LES COURTIERS
Aucun moyen
De prolonger cet entretien.

(Ils s'éloignent fort désappointés. Le Doyen de la
Faculté et quelques Docteurs arrivent à leur tour 
et se préparent à adresser quelques paroles au 
Prince. Profonds saluts du Doyen et des Docteurs.)

LE DOYEN
(très fort, aigre, avec une voix nasale
très accentuée, perdant la mémoire)
Par Hippocrate et... et...

UN GROUPE DE DOCTEURS
(trois basses, à voix basse, au Doyen)
... docta lex...

LE DOYEN
(même physionnomie)
... docta lex...

UN GROUPE DE DOCTEURS
(même jeu)
Volumus...

LE DOYEN
Hein?

UN GROUPE DE DOCTEURS
... volumus...

LE DOYEN
... volumus vox aus... aus...

UN GROUPE DE DOCTEURS
... auscultare...

LE DOYEN
... auscultare,
Chère Altesse, atque drogare
Suivant les règles du Codex,
Noble prince,
Ecoutez.

UN GROUPE DE DOCTEURS
(au Prince)
Ecoutez!

(Devant le silence obstiné du Prince, ils se regardent
ahuris. Les Courtisans répondent à leur attitude.)

LE DOYEN
(ahuri)
Non.

UN GROUPE DE DOCTEURS
(entr'eux, ahuris)
Non.

LE SURITENDANT
(aux Docteurs)
Il n'écoutera rien.

LES COURTISANS
Il n'écoutera rien.

LE DOYEN, DOCTEURS
(aux Courtisans)
Rien?

LE SURITENDANT
LES COURTISANS
Rien.

(Vient un groupe de Ministres.)

LE 1er MINISTRE
(au Prince)
Aux termes d'un décret Royal
Il faut vous amuser au Bal.

TOUS
Noble Prince, consentez.

(Ils doivent le même accueil.)

LES MINISTRES
(désappointé)
Non.

LES DOCTEURS, LE SURITENDANT
LES COURTISANS
(tous: de même)
Non.

TOUS
Il ne consent à rien.

LE DOYEN
(au Prince, très en dehors)
Volumus vos aus... aus...

TOUS
(coupant la parole au Doyen,
brusquement, et presque parlé)
Non!

(au Doyen, avec humeur, affirmant)

Il ne consent à rien!

LE DOYEN
(l'air ahuri: à ses confrères)
... à rien...

TOUS
(au Doyen, accentuant l'affirmation,
comme s'ils s'adressaient à un sourd)
... à rien!

(les groupes s'éparpillent dans 
le fond. Ils disparaissent)

Pauvre prince!

LE DOYEN
(avec un profond sentiment de pitié)
Pauvre prince!

(Il s'éloigne)

Scène Deuxième

LE PRINCE CHARMANT
(seul, avec lassitude)
Allez, laissez-moi seul... seul avec
mes ennuis...

(avec un sentiment ému)

Coeur sans amour, printemps sans roses!
Pour moi tous les jours sont moroses.
Et moroses sont toutes les nuits!

(fébrilement)

Pourtant de doux frissons glissent par
tout mon être...
Coeur sans amour, printemps sans roses!
printemps sans roses!
Si, me tendant les bras, je la voyais paraître,
Celle qui veut mon âme,
Enivré, radieux,

(avec ardeur)

Je lui dirais dans mon ivresse

(avec fièvre)

Je lui dirais: Je suis à toi.

(ému, tendrement passionné)

Je suis à toi.
Prends ma jeunesse,
De nous l'amour fera des Dieux!
Je suis à toi!
Mais je vis triste, triste et seul, 
le coeur brisé d'ennuis...
Et moroses sont toutes les nuits!
Mon coeur est brisé...
Je suis triste

(avec des larmes)

et seul!

(tout ce récit absolument en mesure)

Ah! si je la voyais... oubliant la grandeur,
Dédaigneux des richesses,
Du trône je prendrais en pitié la splendeur

(très exalté)

Pour ne plus rien goûter que nos chères tendresses!


Scène Troisième

(Entrée du Roi. Il est suivi de toute la Cour: Princes, Princesses, Courtisans, Docteurs, Ministres, etc...)

LE ROI
(au Prince Charmant avec rondeur
bonne humeur et bonhomie)
Mon fils il vous faut m'obéir.
Vous allez voir à cette fête
Les filles de Noblesse!
Or, vous devrez choisir
Celle qui vous fera le mieux tourner la tête
Et l'épouser... et l'épouser...
Mon fils, tel est mon

(lourdement)

bon plaisir.

LA FOULE
(de bonne humeur)
Tel est du Roi, le bon plaisir!

(joyeux)

Voici les filles de noblesse!

1re Entrée: Les Filles de Noblesse

LA FOULE
Choisissez! Epousez!
Tel est du Roi le bon plaisir!
Choisissiez! Epousez!

(joyeux)

Epousez!

2me Entrée: Les Fiancés

3me Entrée: Les Mandores

4me Entrée: La Florentine

5me Entrée: Le Rigodon du Roi

(Cette fois, c'est Mme de la Haltière, ses deux 
filles, Pandolfe, Le Doyen de la Faculté, Le
Surintendant des Plaisirs, et le 1er Ministre. 
Tous: comme à voix basse)

NOÉMIE, DOROTHÉE
MADAME DE LA HALTIÈRE
(les trois femmes entre elles)
Ah! nous sommes en sa présence!
Par notre superbe prestance,
Jouons de tous nos attraits!
C'est l'instant ou jamais!
C'est l'instant ou jamais!
Jouons de nos attraits!
Jouons! C'est l'instant ou jamais!

PANDOLFE
(à lui-même)
Ah! nous sommes en sa présence!
Par notre superbe prestance,
Jouons de tous nos attraits!
C'est l'instant ou jamais!

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE
(aux trois femmes)
Ah! vous êtes en sa présence!
Par votre superbe prestance,
Jouez de tous vox attraits!
C'est l'instant ou jamais!

PANDOLFE
(très troublé, à part, pendant la danse)
Que je suis donc ému!
Sa Majesté... m'a reconnu!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(effarée, tout en dansant)
Maman!

PANDOLFE
(très ému)
Mon auguste Maître va me parler...
Peut-être!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(lorsque les couples se croisent;
comme essoufflées)
Maman! Nous sommes angoissées!

MADAME DE LA HALTIÈRE
(à la dérobée: en passant près d'elles,
tout en dansant, comme essoufflée)
Ne soyez pas embarrassées!

DOROTHÉE
(presque crié)
Maman! je défaille!

MADAME DE LA HALTIÈRE
(courant de l'une de l'autre, effarée)
... ah!

NOÉMIE
(presque crié)
Maman! je défaille!

MADAME DE LA HALTIÈRE
(même jeu)
... ah! c'est le moment... le prince vient!

PANDOLFE
(à part)
Ah! je voudrais bien m'en aller!

NOÉMIE, DOROTHÉE
(presque crié)
Maman!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE, PANDOLFE
(tous, émus jusqu'aux larmes)
Le prince vient... c'est le moment!

(Cendrillon va paraître. Le Prince qui semblait l'attendre la contemple de loin avec extase; grand étonnement de toute l'assistance; stupeur et dépit des dames de la Haltière.)

FOULE, LE DOYEN, LE ROY
LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE PANDOLFE
Voyez! Voyez!
L'adorable beauté!
Qui la connaît?

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
(avec ironie)
Personne!

PANDOLFE
Rien ne la trouble...

LE ROY
Rien ne l'étonne...

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE, PANDOLFE
LE ROY, LA FOULE
Voyez!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
(toutes trois: à part, furieuses, avec ironie)
Le prince paraît transporté!

(abattues)

Hélas! le prince est transporté!

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE, PANDOLFE
LE ROY, LA FOULE
(tous: avec admiration et respect)
Elle est exquise en vérité!

(avec admiration)

O la surprenante aventure!
O la surprenante aventure!
O la charmante créature!
La voilà! C'est bien là...
Notre Reine future que voilà!
Saluons-la!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
(avec accablement)
O la décevante aventure!
O la décevante aventure!
O la bizarre créature!
Est-ce là, est-ce là,
Notre Reine future que voilà?
Evitons-la!

MADAME DE LA HALTIÈRE
(avec rage)
O la décevante aventure!

PANDOLFE
(avec stupéfaction)
O la surprenante aventure!

LE ROI
(avec stupéfaction)
O la surprenante aventure!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
O la décevante aventure!
O la décevante aventure!

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE, PANDOLFE
LE ROY, LA FOULE
O la surprenante aventure!

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE
(Tous les trois: avec stupéfaction)
O la surprenante aventure!

LA FOULE
La voila!

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE, PANDOLFE
LE ROY, LA FOULE
C'est bien là Notre Reine!
Saluons-la!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
Quoi, c'est là Notre Reine!
Evitons-la!

LA FOULE
La voila! Notre Reine!
Saluons-la!

(Le Prince Charmant s'est rapproché de 
Cendrillon. Le Roi, ravi, fait retirer tout le 
monde avec discrétion. Mme. de la Haltière 
éloigne ses filles avec un geste de pudeur offensée.)

LE DOYEN, LE SURINTENDANT
LE 1er MINISTRE, PANDOLFE
LE ROY, LA FOULE
Saluons-la! Saluons-la!

NOÉMIE, DOROTHÉE
MME DE LA HALTIÈRE
Evitons-la! Evitons-la!

PANDOLFE
(contemplant Cendrillon, en extase)
O la charmante créature!

Scène Quatrième

LE PRINCE CHARMANT
(à Cendrillon, en adoration)
Toi qui m'es apparue,
O beau rêve enchanteur, beauté du Ciel venue,
Toi qui m'es apparue!
Ah!

(suppliant)

par pitié dis-moi, dis-moi de quel nom te salue,
O Reine, la Céleste Cour
Qui, dans le Paradis, t'invoque avec amour...
Par pitié, dis-le moi!
Par pitié!
Toi! Toi! qui m'es apparue!

CENDRILLON
(simplement et chastement)
Pour vous je serai l'Inconnue!

LE PRINCE
(en extase)
Beauté du Ciel venue,
Qui donc es-tu?

CENDRILLON
(de même)
Pour vous je serai l'Inconnue!

LE PRINCE
Qui donc es-tu?

CENDRILLON
(mystérieuse)
L'Inconnue!

LE PRINCE
(répétant vaguement)
L'Inconnue!

CENDRILLON
Je serai l'Inconnue!
L'Inconnue!

LE PRINCE
O céleste Inconnue!

CENDRILLON
(vivement)
Vous l'avez dit, je suis le rêve et dois panser
Sans qu'il en reste trace...
Comme s'efface
Un reflet du ciel... que l'on voit glisser
Sur l'eau que le vent ride et pousse...

(sans retenir)

Et qui bientôt ira se perdre dans la mousse...

LE PRINCE CHARMANT
(avec fièvre)
Je te perdrais, moi, je te perdrais?
Non... non... plutôt le trépas...
Qui que tu sois, partout,
partout, je veux suivre tes pas!

CENDRILLON
Non, je vais fuir, hélas!
Et vous ne me reverrez pas!
Hélas!

LE PRINCE CHARMANT
Ah! cette parole cruelle,
Est-ce bien toi qui l'as dite?
Comment ta douce lèvre peut-elle
La prononcer?
Ton oeil candide la dément...

CENDRILLON
(simple et tendre)
Vous êtes mon Prince Charmant!
Et si j'écoutais mon envie,
Je voudrais consacrer ma vie
A vous complaire

(sans presser)

seulement...
Vous êtes mon Prince Charmant.
Et mon âme gémit, blessée

(tendre)

Jusqu'à mourir, mourir à la pensée

(sans presser)

De vous attrister seulement...
Vous êtes mon Prince Charmant.

(tendrement expressif)

Vous êtes mon Prince Charmant!

LE PRINCE CHARMANT
(avec une tendre passion)
Et! bien... laisse ta main...

CENDRILLON
(tendrement et naïvement)
... ma main?

LE PRINCE CHARMANT
Dans la mienne pressée...

CENDRILLON
... ainsi?

LE PRINCE CHARMANT
Oui... car si de

(vibrant)

toi j'étais abandonné,
Lors, je serais ton Prince Infortuné...

CENDRILLON
(à part, comme extasiée par une joie inconnue)
Sa voix est comme une harmonie
Qui ravit mon oreille et tient mon coeur charmé!

LE PRINCE CHARMANT
Reste! reste!
Prends pitié de mon coeur!
pitié! pitié de mon coeur!

CENDRILLON
Sa voix tient mon coeur, mon coeur charmé!
Oui, du seul souvenir de cette heure bénie,
Mon esprit restera... embaumé!

LE PRINCE CHARMANT
Reste et prends pitié de mon coeur alarmé!
Eveille en mon esprit la douceur infinie,
Et le charme innocent de l'Avril 
embaumé pour toujours... embaumé
Je t'aime et t'aimerai toujours!

CENDRILLON 
(avec égarement, surprise par 
l'heure qui sonne, à part)
Ah! je frissonne! déjà! déjà! l'heure qui sonne...

LE PRINCE CHARMANT
Rien ne m'éloignera de toi...
Qu'importe l'heure!

(très pressant)

il la faut oublier!
Je suis à tes genoux pour te mieux supplier!
Je t'aime! reste!

CENDRILLON
Mon Dieu!
C'est l'heure!

(anxieuse)

Ah!

(Elle s'enfuit.)

Minuit!

LE PRINCE CHARMANT
(avec saisissement et comme hors de lui)
Suis-je fou? Suis-je fou?

(avec désespoir)

Qu'est-elle devenue?

(On danse comme si rien ne s'était passé... 
et tout s'aperçoit à travers un brouillard, 
à lui-même, attendri)

Inconnue! qu'est-elle devenue?

(avec douleur)

O céleste Inconnue!



ACTE III


Premier Tableau

(Comme au premier Acte.)

Scène Première

(Rideau. Cendrillon paraît.)

CENDRILLON
(haletante et inquiète)
Enfin, je suis ici...
La maison est déserte...
A revenir... j'ai réussi...
Sans être découverte;
Mais que de peine, 
que de peine et de souci!

(bien chanté)

Fuyant dans la nuit solitaire,

(avec vivacité)

Par les terrasses du palais, en courant
J'ai perdu ma pantoufle de verre!

(avec chaleur)

Marraine! Marraine!
Ah! voudrez-vous me pardonner jamais?

(racontant avec émotion et animation)

A l'heure dite je fuyais... je fuyais...
Je voyais parmi les noires avenues...
Se dresser des statues...
Quel effroi! quel effroi!
Si grandes... si blanches, sous
des rayons de lune!
Leur yeux sans regards se fixaient sur moi...

(vivement, avec effroi)

Elles me montraient du doigt.
Se riant de mon infortune. Ah! ah!

(rire nerveux)

ah! ah! ah! Ah! ah! ah!

(son rire finit en sanglots)

Ah! ah! ah! Ah! ah! ah!
Quel effroi! quelle effroi!

(changeant de ton et avec ardeur et 
conviction, comme en une prière très émue)

Vous avez dû voir ma détresse,

(suppliante)

Marraine! Marraine!

(avec sentiment et émotion)

Pour tenir ma promesse,
J'ai fait tout ce que je pouvais!

(reprenant son récit)

Je courais...
Dans les profondeurs du jardin...
Je m'égarais...
Tout était sombre...

(comme essoufflée)

Et je courais toujours... toujours,
toujours, toujours!

(presqu'avec un cri)

puis... m'arrêtais... soudain...
J'avais peur... j'avais peur...

(s'empressant de supplier sa Marraine)

Vous avez dû voir ma

(avec ferveur)

détresse!

(suppliante)

Marraine! Marraine!

(avec sentiment et émotion)

Pour tenir ma promesse,
J'ai fait tout ce que je pouvais!

(reprenant son récit)

Ah! j'avais peur! peur de mon ombre...
Et je courais toujours!
Interrogeant les horizons,
Craignant partout des trahisons,
Je glisse, je glisse le long des maisons
N'osant pas traverser la place...

(Carillon)

Un grand bruit éclate et me glace
De sinistres frissons...

(changeant de ton et riant de bon coeur et aux éclats)

Ah! ah! ah! ah!

(très gai, en dehors)

C'était le carillon, le Carillon du Beffroi!

(avec gaîté et entrain)

Ah!

(bien chanté)

Réconfortant mon coeur,
Il me disait en son langage,
Ah!

(bien chanté)

Il me disait: je veille!

(tendrement)

je veille, je veille.

(avec ardeur)

Reprends courage! courage! allons!
courage! Va!

(découragée, subitement)

Mais c'en est fait, hélas!

(regardant tristement autour d'elle)

du bal et des splendeurs!
Et je n'entendrai plus les paroles si tendres
Qui me berçaient d'espoirs menteurs!

(Machinalement elle se rapproche de la
cheminee et montrant le foyer éteint)

Mon bonheur s'est éteint... il n'en reste...
que cendres!
Résigne-toi, Petit grillon, résigne-toi.

(comme sortant d'un rêve, subitement, avec frayeur)

Ah! j'entends revenir mes parents!
et mes soeurs!
A tous il faut cacher mes pleurs...

(Elle se sauve dans sa chambre)

Scène
Seconde

PANDOLFE
(à Cendrillon)
Ma pauvre enfant chérie!
Ah! tu souffres donc bien...

(très expressif et bien chanté)

Va! repose ton coeur douloureux
sur le mien...
Et laisse-toi bercer dans mes bras,
ma petite!

(attendri)

Je t'ai sacrifiée en venant à la Cour.
Mais tu pardonneras,

(plus vivement et avec un sourire mêlé de larmes)

quand nous rirons un jour
De mon ambition maudite.

(avec attendrissement)

Viens, nous quitterons cette ville
Où j'ai vu s'envoler ta gaîté d'autrefois,
Et nous retournerons au fond de nos
grands bois,
Dans notre ferme si tranquille...
Là là! nous serons heureux,
Bien heureux! Tous les deux.
Le matin nous irons comme deux
amoureux
Cueillir le blanc muguet...

CENDRILLON
(gentiment et naïvement)
... et liserons bleus,
Tous les deux!
Dès que les cloches argentines
S'éveilleront...

PANDOLFE
(continuant la phrase de Cendrillon,
avec le même sentiment, presque enfantin)
... sonnant matines!

CENDRILLON
Matines!
Le soir nous entendrons du Rossignol
des nuits le chant si doux et frais...
au profond des forêts...

PANDOLFE
Viens!...

CENDRILLON, PANDOLFE
Nous quitterons cette ville
Où j'ai vu s'envoler... ta/ma gaîté
d'autrefois...

(avec sentiment)

Là! Nous serons heureux!
Bien heureux!
Tous les deux! là-bas!

CENDRILLON
(plus alerte)
Maintenant, je suis mieux et je me
sens renaître...
Tu peux me laisser seule.

PANDOLFE
(affectueusement)
Oui, si tu veux promettre
De ne plus être triste

(comme un tendre reproche)

et de ne plus pleurer;

(avec une résolution attendrissante)

Pour nous sauver d'ici je vais tout
préparer! Oui...

(en s'éloignant doucement)

nous quitterons cette ville...

(Cendrillon se jetant dans les bras de son père)

PANDOLFE
(revenant avec élan vers Cendrillon)
Là! là! nous serons heureux!
Bien heureux! Tout les deux!

Scène
Troisième

(Cendrillon, seule, regardant encore
par où son père est parti semble
oppressée, troublée, indécise)

CENDRILLON
(avec une résolution subite)
Seule, je partirai, mon père;
Le poids de mon chagrin serait trop
lourd pour toi.
Je ne veux pas te voir souffrir de ma
misère!
Mais... je ne peux plus vivre...
Il a douté de moi...
Lui! mon doux Maître et mon seul Roi!
Lui que j'adore! il me renie...
et me repousse!
Pourtant, sa voix était bien douce...
Pourtant, ses yeux étaient bien doux!

(expressif et tendre)

O mes rêves d'amour,
mes rêves d'amour
Hélas!

(sans retarder)

envolez-vous!

(très attendrie et simplement)

Adieu, mes souvenirs de joie... et de souffrance
Qui, malgré tout, me parliez d'espérance!

(expressif)

Témoins et compagnons de mon si
court destin!
Adieu! adieu, mes tourterelles
Pour qui chaque matin,
J'allais, par les venelles,
Cueillir le vert plantin...

(simple et triste)

je ne vous verrai plus!

(allant à la cheminée)

Ni toi, ma place familière...

(détachant la petite branche pendue
à la cheminée; simple et religieux)

Que je t'embrasse encor, 
tout séché, tout jauni...
Relique d'un beau jour, 
humble rameau béni.

(avec un sentiment très profond)

Ah! comme on aime ce que l'on quitte!

(simple et triste)

Et toi, le grand fauteuil
Où, quand j'étais petite,
Je courais me blottir bien vite...
Frileusement...
Sur les genoux de ma maman...

(très attendrie)

De maman... de maman...
si bonne et si jolie!

(très caressant)

Qui fredonnait en me berçant:
«C'est l'Angélus,
Dors, mon petit ange,
Dors comme Jésus
Dormait dans la grange.»

(Le tonnerre gronde, l'éclair brille,
avec un subit désespoir; à volonté)

Ah! puisque tout bonheur me fuit,
Montant par les roches sacrées,

(hardiment)

Sans crainte j'irai dans la nuit,
Malgré les revenants et le follet qui luit...

(avec décision)

J'irai mourir, mourir sous le chêne des fées!

(Cendrillon s'enfuit rapidement)

Deuxième Tableau

(Chez la Fée)

Scène Première

(Un grand chêne au milieu d'une lande pleine 
de genêts en fleurs. Au fond: la mer - nuit claire -
lumière très bleutée.)

VOIX DES ESPRITS
(choeur invisible, bouche fermée, effet lointain,
mystérieux, à obtenir de l'ensemble des voix, selon 
la nuance qui sera choisie par le chef des choeurs.)

LA VOIX DE LA FÉE
Ah! ah!
Fugitives chimères,
O lueurs éphémères,
Ames ou follets, ames ou follets,
Glissez! sur les bruyères,
Flottez sur les genêts!

VOIX DES ESPRITS
(sopranos)
Fugitives chimères, O lueurs passagères,

(2e sopranos, contraltos, tenors, basses)

Flottez, Glissez! Glissez!

LA VOIX DE LA FÉE
Cher follets, brillez,
Cher follets, glissez!

VOIX DES ESPRITS
(sopranos)
Ames ou follets, ames ou follets!

(2e sopranos)

Ames, Ames!

(contraltos, tenors, basses)

Follets, Follets!

LA VOIX DE LA FÉE
Ah! Ah!

VOIX DES ESPRITS
(sopranos)
Glissez sur les bruyères,
Flottez sur les genêts!

(2e sopranos, contraltos, tenors, basses)

Glissez, et flottez!

LA VOIX DE LA FÉE
Ah! Ah! Ah! Glissez! glissez!
Flottez sur les genêts!

VOIX DES ESPRITS
(sopranos)
Glissez sur les bruyères, Flottez!

(2e sopranos, contraltos, tenors, basses)

Glissez, et flottez!

Danse Silencieuse des goutes de rosée

VOIX DES ESPRITS
(tenors, basses)
Ah!

LA VOIX DE LA FÉE
Flottez!

VOIX DES ESPRITS
(sopranos, contraltos, en riant)
Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah!

VOIX DES ESPRITS
(tenors, basses)
Ah!

LA VOIX DE LA FÉE
Flottez!

VOIX DES ESPRITS
(sopranos, contraltos, en riant)
Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah!

VOIX DES ESPRITS
(contraltos, tenors, basses)
Ah! Ah! Flottez!
Glissez! Glissez!
Follets, follets glissez,
Et flottez! Glissez!
Flottez! Ah!

(sopranos)

Fugitives chimères,
O lueurs passagères,
Ames ou follets, ames ou follets glissez
sur les bruyères, flottez! Glissez!
Flottez! Ah!

LA VOIX DE LA FÉE
Ah!
Ah!
Ah! Ah! Ah! Ah!
Flotez sur les genêts!
Ah!

TROIS ESPRITS
(1er Groupe, qui ont accouru)
Mais là-bas! au fond de la lande obscure,
Par le chemin on voit venir,
Sur le doux tapis de verdure,
Une enfant qui semble gémir...

(2d Groupe, qui accourent)

Regardez! au fond de la lande obscure!

LA FÉE
(dans les branches du chêne)
Et de l'autre côté...
Voyez-vous pas, mes soeurs,
Ce pauvre garçon tout en pleurs?

LES 2 GROUPES REUNIS
Regardez! au fond de la lande obscure...

LA FÉE
Regardez!

LES 2 GROUPES REUNIS
(les six Esprits: entre eux)
Ce sont de jolis amoureux...
Comme ils sont malheureux!
D'ombre voilées...
Invisibles pour eux,
Mes soeurs, écoutons bien leurs
plaintes désolées.

LA FÉE
(étendant le bras avec autorité)
Afin qu'ils ne puissent se voir,
O fleurs, obéissez au magique pouvoir!
Entre le prince et son aimée,
Fermez-vous, muraille embaumée! Ah!

(La Fée se retire doucement dans les
branches et revient invisible)



ACTE IV


Premier Tableau

(La terrasse de Cendrillon)

Scène Première

PANDOLFE
(affectueusement, attentif et presque à voix basse,
pendant que Cendrillon sommeille; lentement, parlé)
O pauvre enfant! depuis que l'on
t'a ramenée
Des bords du ruisselet où nous
t'avons trouvée...
Gisant près des roseaux, glacée, inanimée...
Voilà des jours... des mois!
quel souvenir affreux,
Quelle angoisse cruelle!
En te prenant, la mort nous aurait pris
tous deux...
Mais la mort n'osa pas en te voyant
si belle...

CENDRILLON
(s'éveillant; vaguement)
Je m'étais rendormie...

(doucement à son père)

Et toi, tu restais là...
Me soignant sans repos...

PANDOLFE
(affectueusement)
Ah! mon enfant chérie...
Ne me plains pas. Je suis bien heureux;

(avec bonne humeur)

Te voilà vaillante maintenant et
tout à fait guérie,

(mouvement de Cendrillon)

Reste calme...
Il te faut encore ménager.

CENDRILLON
(l'interrogeant doucement mais 
gentiment et résolument)
Dis-moi la vérité.

PANDOLFE
(embarrassé)
Pourquoi m'interroger?

CENDRILLON
(sérieuse)
J'étais donc insensée...

PANDOLFE
(gêné)
A quoi vas-tu songer?

CENDRILLON
Alors, père, c'était comme si ma pensée
M'avait tout à coup délaissée?

PANDOLFE
(voulant la distraire tout en lui avouant la vérité)
Tu riais... tu pleurais...
Sans motif et sans trêve...
Tu vivais comme dans un rêve...
Comme au hasard tu murmurais
des mots confus...

CENDRILLON
(attentive)
Quoi donc?

PANDOLFE
(expressif)
Pauvre enfant, tu souffrais!
J'épiais les moindres paroles...

CENDRILLON
Et je parlais?

PANDOLFE
(gaîment)
Si tu parlais!

CENDRILLON
(anxieuse)
Je parlais...

PANDOLFE
Du bal de la Cour... oui, vraiment!

(en se moquant d'elle, mais très gentiment)

Tu parlais du Prince Charmant,
Du Prince que tu n'as jamais vu seulement...
Tu parlais de brillant avenir,

(gaîment)

et de promesses folles...

(avec emphase)

D'un grand chêne enchanté...

(changeant de ton)

D'un petit coeur sanglant...

(vivement et comme se souvenant subitement)

D'une pantoufle en verre!

(éclatant de rire)

Ah! ah! ah! ah! tu voyais des lutins 
qui traînaient ta voiture!

CENDRILLON
(avec désenchantement)
Quoi! rien de tout cela ne serait arrivé!

PANDOLFE
(avec bonhomie)
Rien, ma chère fillette!

CENDRILLON
(inquiète)
Hélas! j'ai donc rêvé.
Hélas! Hélas! j'ai donc rêvé!

PANDOLFE
(de bonne humeur)
Tu riais!

CENDRILLON
(étonnée)
Je pleurais... Sans motif...

PANDOLFE
... et sans trêve...

CENDRILLON
Je vivais comme dans un rêve...

PANDOLFE
Comme dans un rêve,

CENDRILLON
Et je parlais?

PANDOLFE
et tu parlais de riche parure,

CENDRILLON
(attentive)
... d'un petite coeur sanglant...

PANDOLFE
(insistant avec bonhomie)
... et surtout du Prince Charmant!

CENDRILLON
(insistant)
... du Prince?

PANDOLFE
(en riant)
Que tu n'as jamais vue seulement!

CENDRILLON
Je croyais aux lutins...

PANDOLFE
... qui traînaient ta voiture!

CENDRILLON
Je croyais aux lutins!

(plus retenu et expressif)

Rien de cela n'est arrivé...

PANDOLFE
(la calmant)
Oui, tout cela tu l'as rêvé!

CENDRILLON
(plus expressif)
Rien de cela n'est arrivé!

PANDOLFE
Oui, tout cela tu l'as rêvé!

CENDRILLON
Hélas! j'ai donc rêvé!
Hélas! hélas! j'ai donc rêvé!

PANDOLFE
Oui, tout cela tu l'as rêvé! tu l'as rêvé!

CENDRILLON
(simplement)
Mon papa... j'ai rêvé...

PANDOLFE
Oui! Tout...

Scène Deuxième

VOIX DE JEUNES FILLES
(voix au loin, dans les coulisses)
Ah!

(avec fraîcheur et gaîté très rythmé)

Ouvre ta porte et ta fenêtre,
Ouvre-les, mais pas à demi...
Ouvre pour que l'Avril ami
Chez toi pénètre!
Ouvre pour que l'Avril ami
Chez toi pénètre!

(plus près)

Ouvre ta porte, c'est l'Avril!

(sous le balcon de la terrasse)

Ouvre la porte, c'est l'Avril!

(très accentuée)

Comment vas-tu ce matin, Lucette?

CENDRILLON
(du balcon, à ses amies, joyeusement)
Merci, je vais bien et m'apprête
Avec mon père à descendre au jardin.

(heureuse et comme transfigurée)

Printemps revient,
Printemps revient en ses habits de fête!
Allons cueillir la pâquerette
Et les muguets au fond du bois...

PANDOLFE
Au fond du bois.

CENDRILLON
Les ramures sont en émois!
Printemps revient!
Printemps revient!

VOIX DES JEUNES FILLES
(toujours au dehors)
Bon espoir! Bon espoir!

CENDRILLON
Charmés les yeux! charmés les coeurs!

PANDOLFE
(sans respirer)
Charmés les yeux! charmés les coeurs!

CENDRILLON
Les frelons butinent les roses;
Les près semblent brodés de fleurs,
brodés de fleurs.

PANDOLFE
Voici l'Avril!
Tout est en fête, voici l'Avril!

CENDRILLON
Les marjolaines sont écloses!
Printemps revient

PANDOLFE
C'est l'Avril joyeux qui revient!

CENDRILLON
(à ses amies)
Au revoir!

VOIX DES JEUNES FILLES
(les voix devront sembler déjà éloignées)
Ouvre ta porte et ta fenêtre,
Ouvre-les, mais pas à demi!
Ouvre pour que l'Avril ami
Chez toi pénètre!

(plus éloignés)

Ouvre ta porte, c'est l'Avril!

(très éloignés)

Ouvre ta porte, c'est l'Avril!

PANDOLFE
(avec effroi)
Ah! c'est ma femme qui j'entends...
Pour éviter cris et gourmandes,

(de bonne humeur)

Viens! retrouvons tes camarades!
Profitons du beau temps...

(il emmêne doucement Cendrillon)

Tous tes chagrins sont finis, je l'espère...

CENDRILLON
(en sortant avec lui)
Comme vous êtes bon, mon père!

(préoccupé à part, au moment de 
disparaître avec son père)

Hélas! j'ai rêvé... j'ai rêvé...

Scène Troisième

(Entrée tumultueuse de Mme. de la
Haltière et d'un groupe de serviteurs.)

MME DE LA HALTIÈRE
(avec vivacité)
Avancez!
Reculez!
Apprenez qu'aujourd'hui
L'ordre de notre Roi convoque près de lui
Les princesses sans nombre, 
à son appel venues
De régions qui sont ou ne sont pas connues.
Il en vient du Japon, de l'Espagne et de Tyr,...

(croyant avoir remarqué de l'incrédulité, elle affirme
avec hauteur et comme n'admettant pas de réplique)

... oui, de Tyr,

(continuant l'énumération)

Des bords de la Tarmise et du Guadalquivir,
Il en vient du Cambodje,
Il en vient, il en vient, il en vient de Norvège!
Et tout à l'heure, ici passera

(très mesuré)

le cortège!

(changeant de ton)

Puis... comme le ciel clair succède à l'ouragan,
La source murmurante au fracas du torrent,
Vous verrez, vers la fin,

(bien chanté et soutenu)

s'avancer noblement,
Comme une vision idéale et céleste,
Trois femmes au maintien radieux et modeste.

(comme devant la plus suave des apparitions)

Alors vous entendrez un long frémissement,
Car le peuple dira: 
«Voyez ces inconnues...
Pour le Prince Charmant du ciel bleu descendues.»

(changeant de ton)

Sans penser que ce sont

(avec un gracieux sourire)

mes deux filles et moi,
Nous rendant au palais pour saluer le Roi

(en extase)

Voyez! voyez!

(s'exaltant)

c'est nous, c'est moi; nous saluons

(en faisant un grande révérence)

le Roi!

(Tambours à l'extérieur)

C'est le héraut du Roi!

(Trompettes à l'extérieur)

NOÉMIE, DOROTHÉE, SERVITEURS
C'est le héraut du Roi!

MME DE LA HALTIÈRE
(bousculant ceux qui encombrent)
Eh bien! s'il vous plaît après moi!

(Cendrillon entre sans être aperçue des personnes présentes: elle écoute, anxieuse.)

LA VOIX DU HÉRAUT
(dans la rue)
«Bonnes gens, vous êtes avertis
qu'aujourd'hui même,
le Prince va recevoir en personne,
dans la grande cour du Palais,
les Princesses qui viennent essayer
la pantoufle de verre,
perdue par la femme inconnue dont
le départ a déchiré la coeur
du fils du Roi et dont l'absence le fait
mourir de langueur et de désespoir...

(l'orchestre continue du suite, après
le dernier mot du Héraut.)

CENDRILLON
(frappée)
Mon rêve était donc vrai!

LA FOULE
(Les choeurs à l'extérieur) 
Hourrah! Hourrah! le cortège s'avance!

CENDRILLON
(à part; avec conviction et joie)
Maintenant, j'en ai l'assurance,

(suffoquée par l'émotion)

Si mon ami me revoyait...
Chère espérance...
A mon aspect il revivrait...
Je sais qu'il m'aime!
Il m'aime!
Il me l'a dit... il me l'a dit lui-même...

(suppliante, en larmes)

O Marraine, venez à mon appel fervent!
Et laissez-moi revoir mon doux Prince Charmant!

(acclamations au dehors; rideau)

Deuxième Tableau

Chez le Ro. Le cour d'honneur - grand soleil.)

Marche des Princesses

LA FOULE
Salut! Salut! aux Princesses!
Salut aux Princesses!
Salut aux Princesses!
Salut aux Altesses!
Salut! Salut!

LE PRINCE CHARMANT
(d'une voix faible)
Posez dans son écrin, sur un coussin de fleurs, 
La pantoufle d'azur déteinte par mes pleurs.

(avec fièvre)

Qu'à mon regard avide enfin
elle apparaisse...
La divine princesse
Qui croit pouvoir la réclamer.
Je ne puis vivre encor'... vivre encor'...
que si je puis l'aimer!

(aux Princesses, tristement)

Chacune de vous est bien belle...
Mais je cherche... je cherche...
et ce n'est pas elle!
Il faudra donc que rien n'apaise
ma douleur...
Il faudra donc que sans de tendres
baisers reste ma lèvre...
On ne m'a pas rendu mon coeur!

(Il est prêt à s'évanouir)

LA FOULE
Sur sa tête pâlie...
Quelle mélancolie!
Nous implorons les Cieux!

LE ROI
(anxieux)
Ses yeux vont se fermer...
parle-moi, mon enfant!
mon enfant!

LA VOIX DE LA FÉE
(se fait entendre au loin)
Ah! ah! Ah! ah!

(La Foule écoute interdite.)

LA FOULE
(comme un murmure)
Enchantement! merveille!
ah! voyez
la beauté sans pareille! voyez!

LE ROI
Enchantement! ô merveille! voyez!
ah! voyez!

LA FÉE
(au Prince Charmant)
Prince Charmant, rouvrez les yeux!

LE PRINCE CHARMANT
(tremblant, dans une joie d'extase
et apercevant Cendrillon)
C'est elle! c'est ma Lucette!

CENDRILLON
(simplement)
Cendrillon la pauvrette!

(simple et tendre)

Vous êtes mon Prince Charmant...
Laissez-vous renaître à la vie...

(expressif)

O mon prince, voilà, mon envie...

(lui rendant son coeur)

Reprenez-le ce coeur sanglant...
Vous êtes mon Prince Charmant!

LE PRINCE CHARMANT
(avec tendresse)
Ah! garde-le chère maîtresse!

LA FÉE
Avril pour eux a refleuri!

LE PRINCE CHARMANT
Avril a refleuri!

CENDRILLON
Avril a refleuri!

LE ROI, LA FOULE
(joyeuse)
Honneur! Honneur! à votre souveraine!

(Pandolfe arrive avec Mme. de la Haltière et ses filles.)

PANDOLFE
(se précipite vers Cendrillon qui
s'élance vers son père)
Grands Dieux! c'est...

MME DE LA HALTIÈRE
(écarte vivement son mari et reçoit
dans ses bras Cendrillon, qu'elle câline)
Ma fille!

NOÉMIE, DOROTHÉE, PANDOLFE
LE DOYEN, LE SURITENDANT
LE 1ER MINISTRE
Ah! quel aplomb est le sien!

MME DE LA HALTIÈRE
(très exaltée)
Lucette que j'adore!

PANDOLFE
(au public - à part)
Ici tout finit bien!

TOUS
(au public)
La pièce est terminée.
On a fait de son mieux
Pour vous faire envoler 
par les beaux pays bleus.



ACTO  I


(Casa de la señora Haltière. Habitación enorme; a 
la derecha una gran chimenea con su hogar. Telón.)

Primera Escena

CRIADAS, CRIADOS
¡Llaman!
¡La campanilla!
¡Tocan la campanilla! ¡Ya va!
... ¡Ya va! ¡Ya va!
¡Vaya, vaya!
¡Qué escándalo! ¡Qué gritos!
¡Ah! ¡Estamos asombrados!
¡Ya va! ¡Ya va! ¡Ya va! ¡Ya va!
¡Oh, querido!
¡Oh, querida!
Es una arpía,
¡Qué mujer esta!
¡Oh, querido!
¡Oh, querida!
Es una arpía,
¡qué mujer esta!

(Se interrumpen bruscamente)

¡Señor!

(Pandolfo entra)

PANDOLFO
(resignado)
Continúen.
¡Soy yo!...
¿Por qué se callan?
No tengan cuidado.
No se sientan coaccionados
por mí aparición.
Pero diganme: ¿qué ocurre?

CRIADAS, CRIADOS
(Con convicción)
Señor, todos sabemos
que el señor es amable, muy amable,
muy amable.

(Con gesto de desesperación)

Pero, ¡se trata de la señora!

(Dan pasos aparatosamente 
majestuosos mientras  graznan y 
gesticulan de manera muy teatral)

¡Ah, la señora!

PANDOLFO
(intentando aparentar severidad)
¡Eh! ¿Qué tienen que decir?

(para sí)

En el fondo, tienen toda la razón.

(al servicio)

¡Vayan, vayan, vayan donde les llaman!

CRIADAS, CRIADOS
(con solicitud)
¡El señor es tan amable!
¡El señor es tan amable!

PANDOLFO
(despidiéndoles)
¡Bien, bien, bien, de acuerdo!

(impaciente)

¡Ya está bien!

(Los domésticos se alejan haciendo reverencias)

... sí,

(como antes)

¡Ya está bien!

CRIADAS, CRIADOS
(al traspasar el umbral de la puerta se giran 
y exclaman al unísono, bruscamente)
¡Pero la señora! Ah, la señora!

Segunda Escena

PANDOLFO
Quien lleva los pantalones debe mandar...
Sí, debería hacérselo ver
y conseguir de mi mujer 
un poco de obediencia.
¡Desgraciadamente, querer no es poder!
¡Dios mío! ¿Por qué yo, viudo y en paz,
viviendo en mi casa, lejos de la ciudad,
ajeno a preocupaciones y sobresaltos,
cerca de mi adorable hijita,
he abandonado mi casa de campo...

(conteniendo la respiración)

...y mis bellos bosques?

(con amargura)

¿Por qué? ¿Por qué? ¿Por qué?
Para tentar al diablo
convirtiéndome en marido,
re-marido, muy marido
de una condesa orgullosa 
y con un carácter terrible;
cuya dote ha sido,

(vehementemente)

¡no! es horrible... dos hijas,

(con un escalofrío)

¡dos!
¡Caray, mi suerte es terrible!

(Confidencialmente)

¡Estoy condenado por ley a quererlas!
¡Condenado por ley!
¡Apiádate de mí, sombra de Filemón!

(Implorante)

¡Apiádate de mí!
Además, si fuera yo el único perjudicado, pero no, 
¡te he abandonado, hijita mía!
¡Ah, cómo sufro viéndote, Lucila,
sin joyas, ni cuello de encaje!...
Tener que esconderte para darme un beso.
Sin una mirada... de reproche
cuando te dejé en casa
durante el baile.
Viéndote así, ¡ah, cómo sufro!
¡Oh, mi Lucila!

(con voz llorosa)

¡Cuánto sufro!
¿Qué quieres? Ya sé que está mal,
pero si mi mujer gruñe y se enfada,
me pongo a temblar y no soy capaz 
de resistir la tormenta.

(agitado y nervioso)

¡Todo esto es muy lamentable!

(flojo al inicio, luego fuerte)

Es necesario que algún día, en esta casa...
¡Es necesario que algún día ejerza de señor!
¡Un día, en esta casa,
finalmente seré el señor!
¡Un día, en esta casa,
finalmente seré el señor!

(vehementemente)

¡Finalmente seré el señor!
¡Finalmente seré el señor!
¡El señor! ¡El señor! ¡El señor!

EL SERVICIO
¡Señora!

PANDOLFO
(cambiando de tono y atemorizado)
¡Mi mujer! ¡Caray! ¡Me marcho!
¡Querer no es poder!

(Huye. Entra la señora
Haltière y sus dos hijas)

Tercera Escena

SRA HALTIÈRE
(a sus hijas, con énfasis)
Poneos guapas, 
esta noche tengo esperanzas.

NOEMÍ, DOROTEA
¿Por qué, mamá?

SRA HALTIÈRE
¡Nunca se sabe!

NOEMÍ, DOROTEA
Nos gustaría saber...
qué esperanza abrigáis.

SRA HALTIÈRE
(ampulosamente)
¡Poneos guapas, para esta noche!

(ligera y vivamente)

Tengo esperanzas fundadas.

(para sí)

No, no me sorprendería...

NOEMÍ, DOROTEA
(para sí)
¿Qué, entonces?

SRA HALTIÈRE
(continuando, para sí)
Porque más de una vez
se ha visto a reyes...

NOEMÍ, DOROTEA
(a su madre)
¿Qué, entonces, mamá?

NOEMÍ
Más de una vez...

DOROTEA
Más de una vez...

NOEMÍ, DOROTEA
...¿Qué es lo que han hecho... los reyes?

SRA HALTIÈRE
(solemnemente)
¡Debemos estar muy atentas!

NOEMÍ, DOROTEA
¿Estar atentas?
Pero, ¿por qué?

SRA HALTIÊRE
(acentuando cada sílaba)
Porque que esta noche os presentarán al Rey.

NOEMÍ Y DOROTEA
(gozosamente)
¡Ah! ¡Qué felicidad!
¡Veremos al Rey! ¡Al Rey! ¡Al Rey!

(frotándose las manos con alegría)

... ¡Al Rey! ¡Al Rey! ¡Al Rey! ¡Al Rey!

SRA HALTIÈRE
Él se fijará en vosotras, espero.

NOEMÍ, DOROTEA
(a su madre)
Entonces, ¿qué deberemos hacer?

SRA HALTIÈRE
(con suficiencia)
¡Haced lo que hago yo!
El baile es un campo de batalla...

NOEMÍ, DOROTEA
(atónitas)
¿Cómo? ¡Mamá!

NOEMÍ
¡El baile es un campo de batalla!

SRA HALTIÈRE
¡El baile es un campo de batalla!
¡De batalla! ¡De batalla!

NOEMÍ, DOROTEA
¡El baile es un campo de batalla!
¡De batalla! ¡De batalla!

SRA HALTIÈRE
(haciendo énfasis)
¡Comportaos con corrección,
estad a la altura de las circunstancias!

NOEMÍ Y DOROTEA
¡De acuerdo!

SRA HALTIÈRE
No hagáis movimientos nerviosos...

NOEMÍ Y DOROTEA
¡No, mamá!

SRA HALTIÈRE
¿Os han peinado bien?

NOEMÍ, DOROTEA
¡Sí, mamá!

SRA HALTIÈRE
(locuazmente, hablando 
consigo misma)
Porque no quiero
ni me puedo resignar a creer 
que sólo ocurre
en los cuentos...
Obviamente, sí,
además de en los cuentos.
¡El flechazo existe!

NOEMÍ, DOROTEA
(atónitas)
¡Ah! ¡El flechazo!

SRA HALTIÈRE
(a sus hijas)
¡El flechazo!

Minueto

Adoptad un porte atrayente
con los labios en forma de "o"...
¡Bien! ¡Evitad un aspecto desmañado!

NOEMÍ, DOROTEA
¿Así, mamá?

SRA HALTIÈRE
¡Perfecto!

(satisfecha)

¡Mejor, imposible!
¡No seáis ordinarias
ni excesivamente originales!

NOEMÍ, DOROTEA
(Alegres)
¡Estaremos muy guapas esta noche!
¡Estaremos muy guapas esta noche!

SRA HALTIÈRE
(para sí)
¡Qué éxito! ¡Qué éxito!

NOEMÍ
¡Qué éxito vamos a tener!

NOEMÍ, DOROTEA
¡Creemos conocer
cuál es tu esperanza!
¡Creemos conocer
tu esperanza para esta noche! 
¡Para esta noche!

SRA HALTIÈRE
¿Mi esperanza? 
¡El éxito que vamos a tener! 
¡Sí, esa es mi esperanza!

NOEMÍ, DOROTEA
(riendo)
¡Ja, ja, ja, ja, ja, ja, ja!

SRA HALTIÈRE
¡Poneos guapas esta noche!

NOEMÍ Y DOROTEA
¡Estaremos muy guapas!
¡Estaremos muy guapas!

SRA HALTIÈRE
¡Esta noche! ¡Esta noche!

(riendo)

¡Ja, ja, ja!

(Grupos de sirvientes invaden la 
habitación, todos ellos muy atareados.)

SIRVIENTES
(entrando y a voz en grito)
¡Señora! ¡Señora! ¡Señora!

Cuarta Escena

SIRVIENTES
(con diligencia)
¡Han llegado los sombrereros!

(con diligencia)

¡Han llegado los sastres! ¡Y los peluqueros!

SRA HALTIÈRE
(con petulancia)
¡Que entren los artistas!

(Al entrar, los sombrereros, sastres y peluqueros 
se ocupan diligentemente de acicalar a las tres 
mujeres. La Sra. Haltière se dirige a los sombrereros 
y modistas, señalando a Dorotea)

Haced que los pliegues de su vestido
sean más sutiles, más suaves...

(a Noemí)

¿Qué opinas tú?

(admirándolo con aceptación)

¡Su corte es elegante!

SIRVIENTES
¡Dorotea! ¡Ja, ja! ¡Qué figura!

SRA HALTIÈRE
(dando un brinco hacia sus hijas)
¿Eh?

(Todos se detienen instantáneamente 
tras el sobresalto de la Sra. Haltière.)

NOEMÍ, DOROTEA
(ambas a su madre, asombradas)
¿Qué?

SRA HALTIÈRE
(preguntándoles)
¿Nada?

NOEMÍ, DOROTEA
(sonriendo con seguridad)
Nada.

SRA HALTIÈRE
(asombrada al inicio, se asegura que
sus hijas siguen vistiéndose.)
Nada...

(a las modistas)

Perfecto.
¡Este peinado es perfecto para este talle!

NOEMÍ
¡Este peinado...

DOROTEA
... es perfecto...

NOEMÍ
... para este talle!

SRA HALTIÈRE
¡Muy bien!

DOROTEA
(preguntándose mutuamente)
¿Estamos bien así?

SIRVIENTES
(entre ellos; sacudidos por la risa)
¡Ja, ja!

NOEMÍ
¡Sí, perfectamente!

SIRVIENTES
¡Ja, ja!

SRA HALTIÈRE
¡Sí, perfectamente, sin duda!

SIRVIENTES
¡Encantadoras! ¡Encantadoras!

NOEMÍ
¡Sí, verdaderamente
es magnífico!

DOROTEA
¡Sí, es magnífico, desde luego que sí!

SRA HALTIÈRE
¡Sí, ciertamente que es magnífico!

DOROTEA
¡Una maravilla!

NOEMÍ
¡Deslumbrante!

SIRVIENTES
¡Qué mal gusto!
¡Noemí y Dorotea!
¡Sin duda, se hablará de ellas!

SRA HALTIÈRE
¡Deslumbrante!

NOEMÍ, DOROTEA
¡Sin duda! ¡Sin duda!
¡Se hablará de esto!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA HALTIÈRE
¡Se hablará de esto! ¡Seguro!
¡Seguro que se hablará! ¡Seguro!

SIRVIENTES
¡Seguro que se hablará!
¡Ved qué contorno!

(Salen los modistos. Pandolfo 
entra, muy elegante.)

PANDOLFO
(satisfecho, aunque abochornado)
Felicitadme por mi puntualidad...

NOEMÍ, DOROTEA
(secamente)
Sí... no es esta vuestra costumbre.

SRA HALTIÈRE
(secamente)
Siempre llegáis tarde.

PANDOLFO
(replicando)
¿Tarde?

NOEMÍ, DOROTEA
SRA HALTIÈRE
(asegurando)
Tarde.

SRA HALTIÈRE
En fin... quizá hoy por casualidad...

NOEMÍ, DOROTEA
(a Pandolfo)
¿No encontráis nada más amable que decir...

(luciéndose, con pretensión)

viendo nuestras bellezas?

PANDOLFO
(mostrando preocupación)
Perdonadme... admiro...

(para sí)

No diré nada, permaneceré callado,
sin intervenir,
sin pretender, ni mucho ni poco,
añadir una palabra...
Una dulce esperanza me sostiene,
me acaricia, me consuela...

(muy alegre, frotándose las manos, siempre para sí)

¡La van a encerrar, está loca!

SRA HALTIÈRE
(a Pandolfo, bruscamente)
¡Y bien! ¿Qué os ocurre?
¡Os habéis quedado clavado
como una estaca!

NOEMÍ
(a Pandolfo, en el mismo tono)
¡Venid de una vez

DOROTEA
(del mismo modo)
¡Marchémonos!

SRA HALTIÈRE
¡Venid ya!

PANDOLFO
(abochornado)
¡Ahora mismo! ¡Ahora mismo! ¡Ahora!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA HALTIÈRE
¡Venid! ¡Venid! ¡Venid! ¡Venid!
¡Llegaremos tarde!

PANDOLFO
(para sí, emocionado)
¡Mi Lucilda!

(con lágrimas en los ojos)

¡Me voy! ¡Me voy... sin decirte adiós!
¡Te dejo sola!

(con mucho sentimiento)

¡Oh, mi pobre pequeña!
¡Me marcho sin atreverme siquiera
a darte un beso!
Sin calmar...

(expresivo)

tu tristeza
con una palabra de ternura!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA HALTIÈRE
(las tres mujeres regresan y exclaman con fuerza)
¡Vamos! ¡Vámonos!

PANDOLFO
(con penosa obediencia)
¡Vámonos!

SRA HALTIÈRE
(pavoneándose alegremente)
¡Clase,
elegancia,
audacia!

NOEMÍ, DOROTEA
(del mismo modo)
¡Clase,
elegancia,
audacia!

PANDOLFO
(irónicamente, parodiando a las tres mujeres)
¡Clase,
elegancia,
audacia!

SRA HALTIÈRE
(encarecidamente)
¡Clase,
elegancia,
audacia!

NOEMÍ, DOROTEA, PANDOLFO
¡Clase,
elegancia,
audacia!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA HALTIÈRE, PANDOLFO
Finura
hechizante,
soltura
turbadora,
conversación audaz
y delicada,
la palabra halagüeña,
la palabra halagüeña,
ojos felinos,
ojos felinos!
¡Lo tenemos/lo tienen todo!
¡Si tiene buen gusto, el príncipe caerá!

(con fuerza)

¡Si tiene buen gusto, el príncipe caerá!
¡Ah! ¡Lo tenemos/lo tienen todo,
¡Sí, todo! ¡Ah!

PANDOLFO
(alegremente, para sí)
¡La encerrarán, está loca!

SRA HALTIÈRE
DOROTEA, NOEMÍ
¡Si tiene buen gusto el príncipe caerá!

PANDOLFO
Pero...

NOEMÍ, DOROTEA
(a Pandolfo, que quiere hablar)
¡Shhhh!

SRA HALTIÈRE
(a Pandolfo, impaciente, hablado)
¡Shhhh! ¡Si es que

(rápido)

tiene buen gusto!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA HALTIÈRE, PANDOLFO
¡Será nuestro!
¡El príncipe caerá!
¡Para vosotras el trono y sus grandezas!
¡Para nosotras el trono y sus grandezas!
¡Vámonos!

SIRVIENTES
(entre ellos, riendo)
¡Ved! ¡Ja, ja, ja, ja! 
¡Con qué mal gusto se han vestido!
¡Ved! ¡Qué fachas! ¡Ja, ja, ja!
¡Unos fantoches!

(Salen todos)



ACTO  II


(Palacio real. Salón de baile y jardines
profusamente iluminados)

Primera Escena

(El Príncipe Encantado en actitud pensativa. 
A su lado tres músicos: el primero toca el 
laúd, el segundo la viola de amor y el tercero 
la flauta de cristal. Música serena y típicamente
cortesana. El Maestro de Ceremonias y un grupo 
de cortesanos avanzan y se inclinan respetuosamente
ante el Príncipe.)

MAESTRO DE CEREMONIAS
(al Príncipe Encantado)
¡Suaves pensamientos surjan
sonrientes de vuestros labios!

CORTESANOS
(dos tenores y dos barítonos)
¡De vuestros labios!

MAESTRO DE CEREMONIAS
¡Ahuyentad las decepcionantes penas 
y olvidad la tristeza y sus delirios!

CORTESANOS
... ¡Y sus delirios!

MAESTRO DE CEREMONIAS
Noble príncipe, ¡responded!

CORTESANOS
¡Responded!

(El Príncipe calla. La música continua)

MAESTRO DE CEREMONIAS
(sorprendido)
¿No?

CORTESANOS
(sorprendidos)
¿No?

(para sí mismos)

No contesta.

MAESTRO DE CEREMONIAS
(a los cortesanos)
Señores, creo que nos ignora.

MAESTRO DE CEREMONIAS
CORTESANOS
Es imposible
mantener una conversación.

(Se marchan muy decepcionados. El Decano de la
Facultad y algunos doctores, a su vez, se disponen 
a dirigir unas palabras al Príncipe. Solemnes saludos
del Decano y los doctores.)

EL DECANO
(fuerte, agriamente, con voz nasal
muy acentuada, perdiendo el hilo)
Por Hipócrates y... y...

GRUPO DE DOCTORES
(en voz baja, susurrando al Decano)
... docta lex...

EL DECANO
(misma postura)
... docta lex...

GRUPO DE DOCTORES
(de igual manera)
Volumus...

EL DECANO
¿Cómo?

GRUPO DE DOCTORES
... volumus...

EL DECANO
... volumus vox aus... aus...

GRUPO DE DOCTORES
... auscultare...

EL DECANO
... auscultare.
Su alteza estimada, atque drogare
de acuerdo a las leyes del Codex,
noble príncipe,
escuchad.

GRUPO DE DOCTORES
(al Príncipe)
¡Escuchad!

(Ante el tenaz silencio del Príncipe, 
se miran desconcertados)

EL DECANO
(desconcertado)
¿No?

GRUPO DE DOCTORES
(entre ellos, así mismo desconcertados)
¿No?

MAESTRO DE CEREMONIAS
(a los doctores)
No atiende a nada.

CORTESANOS
No oye nada.

EL DECANO, DOCTORES
(a los cortesanos)
¿Nada?

MAESTRO DE CEREMONIAS
CORTESANOS
Nada.

(LLegan los Ministros.)

EL 1er MINISTRO
(al Príncipe)
Según los términos de un decreto real,
tenéis que divertiros en el baile.

TODOS
¡Noble príncipe, consentid!

(reciben la misma acogida)

LOS MINISTROS
(decepcionados)
No.

DOCTORES, CORTESANOS
MAESTRO DE CEREMONIAS
(todos, del mismo modo)
No.

TODOS
No consiente nada.

EL DECANO
(al Príncipe, más alejado)
Volumus vos aus... aus...

TODOS
(interrumpiendo bruscamente 
al Decano y casi hablado)
¡No!

(al Decano, con sarcasmo)

¡No consiente nada!

EL DECANO
(asombrado, a sus colegas)
... nada...

TODOS
(Al Decano, acentuando la afirmación,
como si se dirigieran a un sordo)
... ¡Nada!

(los grupos se dispersan 
al fondo y desaparecen)

¡Pobre Príncipe!

EL DECANO
(con gran piedad)
¡Pobre Príncipe!

(Se aleja.)

Segunda Escena

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
(solo, con hastío)
¡Marchaos, dejadme solo!... 
Solo con mi hastío...

(con énfasis)

¡Corazón sin amor, primavera sin rosas!
Para mí, todos los días son sombríos;
y sombrías todas las noches.

(febrilmente)

Sin embargo, suaves escalofríos
recorren mi cuerpo...
¡Corazón sin amor, primavera sin rosas!
¡Primavera sin rosas!
Sí. Tendiéndome los brazos, la vi aparecer.
A aquella a quien quiere mi alma.
Embriagado, radiante,

(con ardor)

le diré, en mi embriaguez,

(ardientemente)

le diré: ¡soy tuyo!

(emocionado y apasionado)

¡Soy tuyo!
Toma mi juventud,
nuestro amor nos hará dioses.
¡Soy tuyo!
Sin embargo vivo triste, triste y solo, 
con el corazón roto por la angustia...
Sombrías son todas mis noches.
Mi corazón está roto...
¡Estoy triste

(con lágrimas en los ojos)

y solo!

(guardando la compostura)

¡Ah! Si yo la viera... 
Olvidando la grandeza, desdeñando las riquezas,
despreciaría el esplendor del trono

(muy exaltado)

para no saborear nada más que nuestras ternuras.

Tercera Escena

(Entrada del rey seguido por toda la corte: príncipes,
cortesanos, doctores, ministros, etc...)

EL REY
(al Príncipe Encantado con franqueza,
buen humor e ingenuidad)
Hijo mío, es preciso me obedezcáis.
Iréis a la fiesta a ver
a las hijas de la nobleza
y a
llí elegiréis
a
aquella que os guste más.
Os casaréis con ella... sí, os casaréis...
¡
Hijo mío, esta es mi

(con decisión)

voluntad!

CORO
(de buen humor)
¡Esta es la voluntad del Rey!

(alegre)

¡He aquí las hijas de la nobleza!

1a Entrada: Las Hijas de la Nobleza.

CORO
¡Escoged! ¡Casaos!
¡Esta es la voluntad del Rey!
¡Escoged! ¡Casaos!

(alegre)

¡Casaos!

2a Entrada: Las Novias

3a Entrada: Las Bandolas


4a Entrada: La Florentina


5a Entrada: El Rigodón del Rey


(Llegan la Sra. Haltière, sus dos hijas, Pandolfo, 
el Decano de la Facultad, el Maestro de 
Ceremonias, y el Primer Ministro. Todos: 
como a media voz)

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
(entre ellas)
¡Ah, ya estamos ante su presencia!
Utilicemos todos nuestros atractivos
para lucir nuestra apostura.
¡Ahora o nunca!
¡Ahora o nunca!
¡Utilicemos nuestros atractivos!
¡Utilicémoslos! ¡Ahora o nunca!

PANDOLFO
(para sí)
¡Ah, ya estamos ante su presencia!
Utilicemos todos nuestros atractivos
para lucir nuestra apostura.
¡Ahora o nunca!

EL DECANO, PRIMER MINISTRO
MAESTRO DE CEREMONIAS
(a las tres mujeres)
¡Ah, ya estáis ante su presencia!
Utilizad todos vuestros atractivos
para lucir vuestra apostura.
¡Ahora o nunca!

PANDOLFO
(muy turbado, para sí, mientras bailan)
¡No sé si podré soportar la emoción!
Su Majestad... ¡me ha reconocido!

NOEMÍ, DOROTEA
(asustadas, bailando)
¡Mamá!

PANDOLFO
(muy emocionado)
Mi augusto señor me dirigirá la palabra...
¡Eso espero!

NOEMÍ, DOROTEA
(cuando las parejas se 
entrecruzan, sofocadas)
¡Mamá! ¡Estamos angustiadas!

SRA. HALTIÈRE
(a hurtadillas, pasando cerca de ellas,
bailando, sofocada)
¡No os sintáis incómodas!

DOROTEA
(casi gritando)
¡Mamá! ¡No aguanto más!

SRA. HALTIÈRE
(yendo de una a la otra, asustada)
.
.. ¡Ah!

NOEMÍ
(casi gritando)
¡Mamá! ¡No aguanto más!

SRA. HALTIÈRE
(del mismo modo)
¡Ha llegado el momento!... ¡Ahí llega el Príncipe!

PANDOLFO
(para sí)
¡Ah, qué a gusto me marcharía!

NOEMÍ, DOROTEA
(casi gritando)
¡Mamá!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE, PANDOLFO
(emocionados, a punto de llorar)
¡El Príncipe viene!... ¡Ha llegado el momento!

(Aparece Cenicienta. El Príncipe, que parecía
esperarla, la contempla embelesado desde lejos. 
Todos quedan asombrados. Las Sras. Haltière 
quedan estupefactas de rabia)

MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL REY
PANDOLFO, CORO, EL DECANO
¡Ved!
¡La beldad adorable!
¿Quién la conoce?

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
(irónicamente)
¡Nadie!

PANDOLFO
Nada la perturba...

EL REY
Nada la sorprende...

MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL REY
PANDOLFO, CORO, EL DECANO
¡Ved!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
(para sí, furiosas, irónicamente)
¡El Príncipe parece embelesado!

(abatidas)

¡El Príncipe está embelesado!

MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL REY
PANDOLFO, CORO, EL DECANO
(con admiración y respeto)
¡Es realmente exquisita!

(con admiración)

¡Qué aventura más sorprendente!
¡Qué aventura más sorprendente!
¡Qué criatura más encantadora!
¡Es ella! Sí, no cabe duda...
¡Nuestra futura reina!
¡Saludémosla!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
(decepcionadas)
¡Qué suerte más adversa!
¡Qué suerte más adversa!
¡Qué criatura más extraña!
¿Acaso será ella
nuestra futura reina?
¡Evitémosla!

SRA. HALTIÈRE
(rabiosa)
¡Qué suerte más adversa!

PANDOLFO
(asombrado)
¡Oh, voluble fortuna!

EL REY
(asombrado)
¡Oh, voluble fortuna!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
¡Qué suerte más adversa!
¡Qué suerte más adversa!

MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL REY
PANDOLFO, CORO, EL DECANO
¡Oh, voluble fortuna!

EL MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL DECANO
(asombrados)
¡Oh, voluble fortuna!

CORO
¡Hela aquí!

MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL REY
PANDOLFO, CORO, EL DECANO
¡Aquí se encuentra nuestra reina!
¡Saludémosla!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
¡Aquí está nuestra reina!
¡Evitémosla!

CORO
¡Hela aquí! ¡Nuestra reina!
¡Saludémosla!

(El Príncipe Encantado se aproxima a Cenicienta. 
El Rey, alegre, ordena que todos se retiren a 
voluntad. La Sra. Haltière aleja sus hijas con un 
gesto de pudor ofendido.)

MAESTRO DE CEREMONIAS
PRIMER MINISTRO, EL REY
PANDOLFO, CORO, EL DECANO
¡Saludémosla! ¡Saludémosla!

NOEMÍ, DOROTEA
SRA. HALTIÈRE
¡Evitémosla! ¡Evitémosla!

PANDOLFO
(contemplando Cenicienta, embelesado)
¡Oh, qué criatura más encantadora!

Cuarta Escena

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
(a Cenicienta, en actitud de adoración)
¡Tú, que has aparecido ante mí,
bello sueño encantador, beldad celeste en la tierra,
tú, que has aparecido ante mí!
¡Ah!

(suplicante)

Por favor, díme con qué nombre te saluda,
reina, el coro celestial que, 
en el Paraíso, te invoca con amor...
¡Por favor, dímelo!
¡Por favor!
¡Tú! ¡Tú, que has aparecido ante mí!

CENICIENTA
(sencilla y castamente)
¡Para vos, seré la Desconocida!

EL PRÍNCIPE
(embelesado)
¿Beldad del cielo en la tierra,
¿
Quién eres?

CENICIENTA
(del mismo modo)
¡Para vos, seré la Desconocida!

EL PRÍNCIPE
¿Quién eres?

CENICIENTA
(misteriosamente)
¡La Desconocida!

EL PRÍNCIPE
(repitiendo vagamente)
¡La Desconocida!

CENICIENTA
¡Seré la Desconocida!
¡La Desconocida!

EL PRÍNCIPE
¡Oh, celeste Desconocida!

CENICIENTA
(vivamente)
Lo habéis dicho vos, 
soy un sueño y debo 
desvanecerme sin dejar rastro...
Igual que se borra un reflejo en el cielo... 
o sobre
el agua cuando el viento la riza...

(sin contenerse)

y que pronto se ocultará entre la espuma...

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
(ardientemente)
¿Voy a perderte, yo, voy a perderte?
No... no... antes la muerte...
¡Quién quiera que seas, por doquier,
por doquier, quiero seguir tus pasos!

CENICIENTA
¡
No, debo marcharme
y vos no me veréis
más!

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
¡Ah! ¡Estas palabras crueles,
las has dicho tú acaso?
¿Como pueden tus suaves labios
pronunciarlas?
Tu cándida mirada las desmiente...

CENICIENTA
(sencilla y tiernamente)
¡Sois mi Príncipe Encantado!
Y si atendiera mi deseo,
quisiera dedicar mi vida
a complaceros,

(sin apresurarse)

solo para eso...
Sois mi Príncipe Encantado.
Mi alma gime, herida

(tiernamente)

hasta morir, morir ante la eventualidad

(sin apresurarse)

de entristeceros, sólo por eso...
Sois mi Príncipe Encantado.

(tiernamente expresiva)

¡
Sois mi Príncipe Encantado!

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
(con tierna pasión)
Bien... deja que tu mano...

CENICIENTA
(tierna e ingenua)
... ¿mi mano?

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
... E
n la mía, cogida...

CENICIENTA
...¿Así?

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
Sí... porque si

(vibrante)

me abandonaras
sería tu Príncipe Desafortunado...

CENICIENTA
(para sí, embelesada por una alegría desconocida)
¡Su voz es como una armonía
que alegra mis oídos y hechiza mi corazón!

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
¡Quédate! ¡Quédate!
¡Ten piedad de mi corazón!
¡Piedad! ¡Piedad de mi corazón!

CENICIENTA
¡Su voz hechiza mi corazón!
¡Sí, con el recuerdo de este bendito momento,
mi corazón quedará... embelesado!

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
¡Quédate y apiádate de mi atemorizado corazón!
Despierta en mí la dulzura infinita
y el encanto inocente de abril,
fragante por doquier... fragante.
¡Te quiero y te querré siempre!

CENICIENTA
(con extravío, sorprendida por las
campanadas del reloj, para sí)
¡Ah, me estremezco! ¿Ya? ¡Las campanadas!...

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
Nada me alejará de ti...
¡Qué importa la hora!

(acuciante)

¡Es preciso que te olvides de ella!
Me postro a tus pies para suplicarte...
¡Te quiero! ¡Quédate!

CENICIENTA
¡Dios mío!
¡Ya es la hora!

(ansiosa)

¡Ah!

(Huyendo)

¡Medianoche!

EL PRÍNCIPE ENCANTADO
(sobrecogido y fuera de sí)
¿Estoy loco? ¿Estoy loco?

(desesperado)

¿Qué ha sido de ella?

(El baile prosigue como si nada 
hubiera ocurrido... y todo se percibe 
confusamente. Para sí, enternecido)

¡Desconocida! ¿Qué ha sido de ella?

(con gran pesar)

¡Oh, Desconocida celestial!



ACTO  III


Primer Cuadro

(Igual que el primer acto.)

Primera Escena

(Se levanta el telón. Aparece Cenicienta.)

CENICIENTA
(jadeante e inquieta)
Finalmente, he llegado...
No hay nadie en la casa...
He conseguido... regresar...
sin ser descubierta, pero...
¡Qué tristeza más grande, 
cuánta tristeza y desasosiego!

(melódicamente)

Huyendo en la noche solitaria,

(vivamente)

por las terrazas de palacio, corriendo,
he perdido mi zapatilla de cristal.

(con ardor)

¡Hada Madrina! ¡Hada Madrina!
¡Ah! ¿Podréis perdonarme algún día?

(recordando emocionada)

A la hora acordada me marché... huía...
Veía como en las negras avenidas...
se erigían las estatuas...
¡Qué horror! ¡Qué horror!
¡Tan grandes... tan blancas, 
bajo la luz de la luna!
Sus ojos sin pupila se dirigían hacia mí...

(horrorizada)

Me señalaban con el dedo,
riéndose de mi infortunio. ¡Ja, ja!

(risa nerviosa)

¡Ja, ja, ja! ¡Ja, ja, ja!

(su risa acaba en llanto)

¡Ja, ja, ja! ¡Ah, ah, ah!
Qué horror! ¡Qué horror!

(cambiando el tono y con ardor, 
como emocionada en una plegaria)

Teníais que haber visto mi empeño.

(suplicante)

¡Hada madrina! ¡Hada madrina!

(con sentimiento y emoción)

¡Para cumplir con mi promesa
he hecho cuanto me ha sido posible!

(volviendo a su relato)

Corría...
por lo más oscuro del jardín...
Me asustaba...
Todo era sombrío...

(como sofocada)

¡Corría sin parar... siempre,
siempre, siempre!

(casi como en un grito)

Luego... me detenía... de repente...
tenía miedo... miedo...

(suplicante, al Hada Madrina)

Teníais que haber visto mi

(con fervor)

empeño.

(suplicante)

¡Hada madrina! ¡Hada madrina!

(con sentimiento y emoción)

¡Para cumplir con mi promesa
he hecho cuanto me ha sido posible!

(volviendo a su relato)

¡Ah, tenía miedo de mi propia sombra!...
¡Corría sin parar!
Preguntando al horizonte,
temiendo ser traicionada por doquier,
avanzaba pegada a las casas
sin osar atravesar la plaza...

(Sonido de campanas)

Ese sonido estridente 
me paraliza con un terror siniestro...

(riendo abiertamente)

¡Ja, ja, ja, ja!

(muy contenta)

¡Es el campanario!

(alegre y animada)

¡Ah!

(melódicamente)

Reconfortando mi corazón,
me hablaba en su idioma.
¡Ah!

(melódicamente)

Me decía: ¡Estoy atento!

(con ternura)

¡Estoy atento!

(ardientemente)

¡Valor, regresa! ¡Valor! ¡Vamos!
¡Valor! ¡Va!

(desanimada, de pronto)

¡Pero, eso se ha acabado!

(mirando tristemente a su alrededor)

¡El baile y el esplendor!
¡Ya no volveré a oír las palabras tan tiernas
que me protegían de falsas esperanzas!

(maquinalmente, se acerca a la chimenea
mirando el hogar extinto)

Mi felicidad se desvanece, no quedan más...
¡que cenizas!
¡Resígnate, tierno grillito, resígnate!

(como saliendo de un sueño, de golpe, con espanto)

¡Ah, oigo regresar a mis padres!
¡Mis hermanas!
Es preciso que les oculte mis lágrimas...

(Se refugia en su habitación.)

Segunda Escena

PANDOLFO
(a Cenicienta)
¡Pobre niña mía, querida!
¡Ah, sufres demasiado!...

(muy expresivo y melódico)

¡Ven, reposa tu corazón dolorido
en el mío!...
¡Deja que te arrulle entre mis brazos,
pequeña!

(enternecido)

Te he causado daño yendo a la corte,
pero espero que me perdonarás,

(con una sonrisa mezclada con lágrimas)

cuando en el futuro nos riamos
de mi maldita ambición.

(con ternura)

Ven, nos marcharemos de esta ciudad
donde has perdido la felicidad 
y regresaremos a la espesura 
de nuestros grandes bosques,
a nuestra tranquila casa de campo...
¡Allá, sólo allá seremos felices!
¡Muy felices! Los dos juntos.
Por las mañanas iremos, 
como dos enamorados,
a recoger el blanco muguete...

CENICIENTA
(tranquila e ingenuamente)
... y campanillas azules,
¡Los dos juntos!
Cuando el sonido de la campana
nos despierte...

PANDOLFO
(continuando la frase de Cenicienta,
con idéntico sentimiento, casi infantil)
...repicando maitines.

CENICIENTA
¡Maitines!
Por la tarde oiremos cantar al ruiseñor,
con su canto dulce y sonoro...
en lo más profundo del bosque...

PANDOLFO
¡Ven!...

CENICIENTA, PANDOLFO
Nos marcharemos de esta ciudad
donde has/he perdido tu/mi felicidad
de antaño...

(con sentimiento)

¡Allá, seremos felices!
¡Muy felices!
¡Los dos juntos! ¡Allá!

CENICIENTA
(más enérgica)
Ya me encuentro mejor 
y me siento renacer...
Puedes dejarme sola.

PANDOLFO
(afectuoso)
Sí, si me prometes
que no volverás a entristecerte,

(con tierno reproche)

ni a llorar más.

(con resolución enternecedora)

Voy a preparar todo para marcharnos de aquí. 
¡Sí...

(alejándose lentamente)

nos marcharemos de esta ciudad!...

(Cenicienta se abraza a su padre)

PANDOLFO
(volviendo con rapidez hacia Cenicienta)
¡Allá, allá seremos felices!
¡Muy felices! ¡Los dos!

Escena Tercera

(Cenicienta, sola, todavía mirando
por donde su padre ha salido, parece
oprimida, preocupada e indecisa)

CENICIENTA
(con resolución repentina)
¡Me marcharé sola, papá!
La carga de mis penas sería demasiado
pesada para ti.
No quiero verte sufrir 
por mi infortunio.
Además... no puedo seguir viviendo...
Él ha dudado de mí...
¡Él, mi dulce señor y mi único rey!
Él, al que adoro, reniega de mí...
y me rechaza.
Sin embargo, su voz era tan dulce...
Sin embargo, su mirada era tan dulce.

(expresiva y tierna)

¡Oh, sueños de amor,
sueños de amor!
¡Vamos,

(resuelta)

márchate!

(enternecida y con sencillez)

¡Adiós, recuerdos de alegría ... y  de sufrimiento,
que, a pesar de todo, me dabais esperanza!

(expresiva)

Testigos y compañeros 
de mi corto camino ¡adiós! 
¡Adiós, tórtolas!
Para vosotras iba cada mañana
por los caminos
a recoger hierba.

(sencilla y triste)

¡Ya no os volveré a ver!

(dirigiéndose a la chimenea)

Ni a ti, querido lugar familiar...

(cogiendo un ramillete colgado en la
chimenea; casi religiosamente)

Permite que te abrace una vez más, 
seca y amarillenta...
reliquia de un hermoso día, 
humilde ramo bendito.

(con un sentimiento muy profundo)

¡Ah, cómo se ama lo que se deja atrás!

(sencilla y triste)

Y tú, gran sillón,
donde cuando era pequeña
corría a acurrucarme...
cuando tenía frío...
en las rodillas de mi mamá...

(muy enternecida)

De mamá... de mamá...
tan buena y tan bella

(cariñosamente)

que tarareaba mientras me arrullaba:
«Es el Angelus,
duerme, angelito mío,
duerme como Jesús
dormía en el granero.»

(El trueno estalla y brilla 
súbitamente el resplandor)

¡Ah! Puesto que la felicidad me abandona,
ascendiendo por las rocas sagradas

(con fortaleza)

me internaré en la noche sin temor, 
a pesar de los fantasmas y del duende que reluce...

(con decisión)

¡Iré a morir, moriré bajo el roble de las hadas!

(Cenicienta sale con rapidez.)

Segundo Cuadro

(En los dominios del Hada)

Primera Escena

(Un gran roble en mitad de una llanura cubierta 
de inhiestas en flor. Al fondo, el mar. Noche clara  
de luz  muy azulada.)

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(coro invisible, a boca cerrada, con efecto lejano,
misterioso, conseguido por el conjunto de las voces,
según el matiz determinado por el director del coro.)

VOZ DEL HADA
¡Ah! ¡Ah!
Quimeras fugitivas,
¡oh!, destellos efímeros,
espíritus o duendes, espíritus o duendes,
¡Deslizaros sobre el brezo!
¡Elevaros sobre las inhiestas!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(sopranos)
Quimeras fugitivas, ¡oh!, destellos efímeros,

(2as sopranos, contraltos, tenores, bajos)

¡Elevaros, deslizaros! ¡Deslizaros!

VOZ DEL HADA
¡Queridos duendes, iluminaros!
¡Queridos duendes, deslizaros!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(sopranos)
¡Espíritus o duendes!

(2as sopranos)

¡Espíritus, espíritus!

(contraltos, tenores, bajos)

¡Duendes, duendes!

VOZ DEL HADA
¡Ah! ¡Ah!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(sopranos)
¡Deslizaros sobre el brezo!
¡Elevaros sobre las inhiestas!

(2as sopranos, contraltos, tenores, bajos)

¡Deslizaros y elevaros!

VOZ DEL HADA
¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Deslizaros! ¡Deslizaros!
¡Elevaros sobre las inhiestas!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(sopranos)
¡Deslizaros sobre el brezo! ¡Elevaros!

(2as sopranos, contraltos, tenores, bajos)

¡Deslizaros y elevaros!

Danza silenciosa de las gotas de rocío

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(tenores, bajos)
¡Ah!

VOZ DEL HADA
¡Elevaros!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(sopranos, contraltos, riendo)
¡Ja, ja, ja !

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(tenores, bajos)
¡Ah!

VOZ DEL HADA
¡Elevaos!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(sopranos, contraltos, riendo)
¡Ja, ja, ja!

VOZ DE LOS ESPÍRITUS
(2as sopranos, contraltos, tenores, bajos)
¡Ah! ¡Ah! ¡Elevaos!
¡Deslizaros! ¡Deslizaros!
Duendes, duendes deslizaros,
y elevaros, ¡deslizaros!
¡Elevaros! ¡Ah!

(sopranos)

Quimeras fugitivas,
¡oh!, destellos efímeros,
espíritus o duendes 
deslizaros sobre el brezo, elevaros.
Deslizaros! ¡Elevaros! ¡Ah!

VOZ DEL HADA
¡Ah!
¡Ah!
¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!
¡Elevaros sobre las hiniestas!
¡Ah!

TRES ESPÍRITUS
(1er Grupo que acude)
¡Allá! Al final de la planicie oscura,
se ve venir por el camino,
sobre el suave tapiz vegetal,
una muchacha gimiente...

(2° Grupo que acude)

¡Mirad! ¡Al final de la planicie oscura!

HADA
(entre las ramas del roble)
Y por el otro lado...
¿acaso no veis, hermanas,
aquel pobre muchacho que llora?

LOS 2 GRUPOS JUNTOS
¡Mirad! Al final de la planicie oscura...

HADA
¡Mirad!

LOS 2 GRUPOS JUNTOS
(los seis espíritus: entre ellos)
Son enamorados... 
¡Qué desgraciados son!
Ocultas por sombras,
para que no nos vean, hermanas, 
escuchemos atentamente 
sus desconsolados lamentos.

HADA
(extendiendo el brazo con autoridad)
Para que no puedan verse,
¡oh flores, obedeced a mi poder mágico!
¡Entre el príncipe y su amada,
levantaros en un muro de fragancias! ¡Ah!

(El Hada avanza despacio hacia las
ramas y se hace invisible)



ACTO  IV


Primer Cuadro

(Aposento de Cenicienta)

Primera Escena

PANDOLFO
(afectuoso y casi susurrando, 
mientras Cenicienta duerme)
¡Oh, pobre hija! 
Desde que te encontramos
en la orilla del riachuelo... 
entre de los juncos, 
fría e inanimada...
han pasado muchos días... meses.
¡Qué horribles recuerdos!
¡Qué cruel angustia!
Si la muerte te hubiera encontrado, 
nos habría llevado a los dos...
pero la muerte no se atrevió a acercarse, 
viéndote tan bella...

CENICIENTA
(despertándose, vagamente)
¡Me he quedado dormida!...

(dulce, a su padre)

¡Estás aquí!...
Siempre cerca, cuidándome...

PANDOLFO
(afectuosamente)
¡Ay, mi hija querida!
No me arrepiento en absoluto. Soy muy feliz.

(con buen humor)

Hete aquí vigorosa 
y completamente recuperada.

(Cenicienta intenta incorporarse)

Estate quieta...
todavía tienes que cuidarte.

CENICIENTA
(preguntándole con delicadeza, 
aunque tranquila y resuelta)
Dime la verdad.

PANDOLFO
(incómodo)
¿Por qué preguntas?

CENICIENTA
(seria)
¿He dicho cosas sin sentido?...

PANDOLFO
(molesto)
¿En qué vas a soñar?

CENICIENTA
Entonces, ¿fue como si 
me hubiera vuelto loca?

PANDOLFO
(confesando la verdad)
Te reías... Llorabas...
sin motivo y sin tregua...
Vivías como en un sueño...
Murmurabas como por azar
algunas palabras confusas...

CENICIENTA
(atenta)
¿Y?

PANDOLFO
(expresivo)
¡Pobre hija, sufrías mucho!
Escuchaba tus más mínimas palabras...

CENICIENTA
¿Hablaba?

PANDOLFO
(alegre)
¡Ya lo creo que hablabas!

CENICIENTA
(ansiosa)
¿De qué?...

PANDOLFO
Del baile, de la corte... ¡sí, de todo!

(burlándose de ella, pero muy dulce)

Hablabas del Príncipe Encantado,
del príncipe que no has visto jamás...
hablabas de un futuro luminoso,

(alegre)

y de locas promesas...

(con énfasis)

de un gran roble encantado...

(cambiando de tono)

y de un corazón sumido en la tristeza...

(con viveza y como acordándose súbitamente)

¡De una zapatilla de cristal!

(rompiendo a reír)

¡Ja, ja, ja, ja! Veías unos duendes
que remolcaban tu coche.

CENICIENTA
(con desencanto)
¿Qué? ¿Es que no ha ocurrido nada de eso?

PANDOLFO
(con ingenuidad)
¡Nada, querida hijita!

CENICIENTA
(inquieta)
Lo he soñado todo.
¡Lo he soñado todo!

PANDOLFO
(con buen humor)
¡Te reías!

CENICIENTA
(asombrada)
Lloraba... sin motivo...

PANDOLFO
... y sin parar...

CENICIENTA
Soñaba...

PANDOLFO
Sí, soñabas.

CENICIENTA
¿Y más decía?

PANDOLFO
Hablabas de ropajes lujosos...

CENICIENTA
(atenta)
Y de un corazón sumido en la tristeza...

PANDOLFO
(insistiendo con ingenuidad)
... y sobretodo del Príncipe Encantado.

CENICIENTA
(insistiendo)
¿Del Príncipe?

PANDOLFO
(riendo)
¡Al que no has visto nunca!

CENICIENTA
Creía en los duendes...

PANDOLFO
... que tiraban de tu coche.

CENICIENTA
¡Creía en duendes!

(expresiva)

Nada de eso ha ocurrido...

PANDOLFO
(calmándola)
¡Sí, todo lo has soñado!

CENICIENTA
(más expresiva)
¡Nada de esto ha ocurrido!

PANDOLFO
¡Sí, todo esto lo has soñado!

CENICIENTA
Lo he soñado todo.
¡Lo he soñado todo!

PANDOLFO
¡Sí, todo lo has soñado! ¡Lo has soñado!

CENICIENTA
(con sencillez)
Papá... ¿lo he soñado?...

PANDOLFO
¡Sí, todo!...

Segunda Escena

VOCES DE MUCHACHAS
(voces lejanas, entre bastidores)
¡Ah!

(con frescura y alegría, muy rítmica)

Tu puerta y tu ventana,
ábrelas completamente.
Abre para que el dulce abril
entre en tu casa.
Abre para que el dulce abril
entre en tu casa.

(más cercanas)

¡Abre tu puerta, llega abril!

(bajo el balcón, siempre fuera de escena)

¡Abre tu puerta, llega abril!

(muy marcado)

¿Cómo te encuentras esta mañana, Lucila?

CENICIENTA
(desde el balcón a sus amigas, contenta)
¡Gracias, me encuentro muy bien! 
Voy a bajar al jardín con mi padre.

(feliz y como transfigurada)

Regresa la primavera,
¡Regresa la primavera vestida de fiesta!
Vamos a recoger margaritas y muguetes 
en la espesura del bosque...

PANDOLFO
En el bosque.

CENICIENTA
¡La vegetación está exuberante!
¡Regresa la primavera!
¡Regresa la primavera!

VOCES DE MUCHACHAS
(siguen fuera de escena)
¡Bella esperanza! ¡Bella esperanza!

CENICIENTA
¡Ojos y corazones hechizados!

PANDOLFO
(conteniendo la respiración)
¡Ojos y corazones hechizados!

CENICIENTA
Los abejorros liban las rosas;
los prados parecen bordados con flores,
bordados con flores...

PANDOLFO
¡Abril ha llegado!
¡Todo es fiesta, abril ha llegado!

CENICIENTA
La mejorana ha florecido.
¡La primavera ha vuelto!

PANDOLFO
¡Es el festivo abril que regresa!

CENICIENTA
(a sus amigas)
¡Hasta luego!

VOCES DE MUCHACHA
(alejándose)
Abre tu puerta y tu ventana,
ábrelas completamente.
Abre para que el dulce abril
entre en tu casa.

(más alejadas)

¡Abre tu puerta, llega abril!

(muy alejadas)

¡Abre tu puerta, llega abril!

PANDOLFO
(con un escalofrío)
¡Ah, oigo la voz de mi mujer!
Para ahorrarme gritos y peleas...

(de buen humor)

¡Vamos, busquemos a tus amigas!
Aprovechemos el buen tiempo...

(llevándose a Cenicienta)

Tus penalidades se han acabado, espero...

CENICIENTA
(saliendo con él)
¡Qué bueno eres, padre mío!

(con preocupación, aparte, 
cuando desaparece su padre)

Desgraciadamente lo he soñado...

Escena Tercera

(Tumultuosa entrada de la señora 
Haltière y un grupo de criados.)

SRA HALTIÈRE
(vívamente)
¡Adelante!
¡Atrás!
Os hago saber que hoy, el Rey ha ordenado 
que comparezcan ante su presencia
las innumerables princesas, 
que han acudido a su llamada.
Proceden de regiones conocidas o no.
Vienen del Japón, de España y hasta de Tiro...

(creyendo haber percibido signos de incredulidad, 
se reafirma sin admitir ninguna replica)

... ¡Sí, de Tiro!

(prosigue la enumeración)

De las orillas del Tarmisa y del Guadalquivir.
Vienen de Camboya, 
vienen... vienen... vienen... ¡de Noruega!
Y dentro de unos momentos 

(con más moderación)

pasará el cortejo por aquí.

(cambiando su tono)

Además... tal y como el cielo azul sucede al huracán,
y la fuente susurrante al estrépito del torrente,
veréis finalmente

(melódica y sostenidamente)

avanzar noblemente, 
cual visión irreal y celeste,
tres mujeres con porte radiante y sencillo.

(como ante una aparición)

Entonces oiréis un estremecimiento,
porque el pueblo dirá: 
«Contemplad estas desconocidas...
venidas del cielo para el Príncipe Encantado.»

(cambiando de tono)

Sin saber que ellas son

(con una sonrisa maliciosa)

¡mis dos hijas y yo que vamos a palacio 
para saludar al Rey!

(con embeleso)

¡Ved! ¡Ved!

(exaltándose)

Somos nosotras, soy yo saludando

(haciendo una pronunciada reverencia)

al Rey.

(Se oyen repiques de tambor en el exterior)

¡Es el heraldo del Rey!

(Trompetas en el exterior)

NOEMÍ, DOROTEA, SIRVIENTES
¡El heraldo del Rey!

SRA HALTIÈRE
(atropellando a los que obstruyen su paso)
¡Vamos, por favor, seguidme!

(Cenicienta entra sin ser vista por 
ninguno de los presentes; escucha ansiosa.)

VOZ DEL HERALDO
(en la calle)
«Buenas gentes, se os comunica que, hoy mismo,
el Príncipe recibirá personalmente,
en la gran patio del palacio,
a las princesas que vienen a probarse
la zapatilla de cristal
extraviada por una mujer desconocida, 
cuya marcha ha destrozado 
el corazón del hijo del Rey 
y cuya ausencia le hace 
morir de languidez y desesperación...

(la orquesta continua inmediatamente tras
la última palabra del heraldo.)

CENICIENTA
(impresionada)
Entonces... ¡mi sueño fue real!

PUEBLO
(fuera de escena)
¡Hurra! ¡Hurra! ¡Ya llega el cortejo!

CENICIENTA
(para sí; con convicción y alegría)
¡Ahora, ya lo sé seguro!

(sofocada por la emoción)

Si mi amigo me viera de nuevo...
Esperanza entrañable...
Si me viera renacerían sus ganas de vivir...
¡Sé que me ama!
¡Me ama!
Me lo dijo... él mismo me lo dijo...

(suplicante, en lágrimas)

¡Oh, madrina, acude a mi ardiente llamada y permite 
que vea de nuevo a mi dulce Príncipe Encantado!

(Se oyen gritos de aclamación al fondo; cae el telón)

Segundo Cuadro

(En el gran patio del Palacio Real. Día soleado)

Marcha de las Princesas

PUEBLO
¡Salve! ¡Salve a las princesas!
¡Salve a las princesas!
¡Salve a las princesas!
¡Salve a sus altezas!
¡Salve! ¡Salve!

PRÍNCIPE ENCANTADO
(con voz débil)
Colocad en su estuche, sobre un cojín de flores,
la zapatilla azul, desteñida por mis lágrimas.

(ardientemente)

Deseo que por fin aparezca 
ante mi mirada ansiosa...
la divina princesa
que pueda atribuirse su propiedad.
No puedo seguir viviendo... seguir así...
si no puedo conseguir su amor.

(a las princesas, con tristeza)

Cada una de vosotras es muy hermosa...
Pero yo busco... busco...
y no la encuentro.
Así pues, nada calmará
mi dolor...
Y mis labios no conocerán 
los tiernos besos...
¡No, mi corazón no lo soportará!

(Está a punto de desvanecerse)

PUEBLO
¡Qué melancolía denota
su pálida faz!
¡Imploremos al Cielo!

EL REY
(ansioso)
Sus ojos van a cerrarse...
¡Háblame, hijo mío!
¡Hijo mío!

VOZ DEL HADA
(se oye a lo lejos)
¡Ah! ¡Ah! ¡Ah! ¡Ah!

(La multitud escucha asombrada.)

PUEBLO
(como un murmullo)
¡Un encanto! ¡Una maravilla!
¡Ah! ¡Mirad
¡Qué belleza sin par! ¡Mirad!

EL REY
¿Un encanto? ¡Oh, maravilla! ¡Mirad!
¡Ah!, ¡Mirad !

HADA
(al Príncipe Encantado)
¡Príncipe Encantado, abrid los ojos!

PRÍNCIPE ENCANTADO
(temblando, con alegría y embeleso
y viendo a Cenicienta)
¡Es ella! ¡Es mi Lucila!

CENICIENTA
(con sencillez)
¡La pobre de Cenicienta!

(sencilla y tierna)

Sois mi Príncipe Encantado...
Renaced a la vida...

(expresiva)

¡Oh, mi príncipe, he aquí mi deseo...

(entregándole su corazón)

Recuperad este entristecido corazón...
¡Sois mi Príncipe Encantado!

PRÍNCIPE ENCANTADO
(con ternura)
¡Ah, querida amiga!

HADA
¡Abril ha renacido para ellos!

PRÍNCIPE ENCANTADO
¡Abril ha renacido!

CENICIENTA
¡Abril ha renacido!

REY, PUEBLO
(con alegría)
¡Honor! ¡Honor, para nuestra soberana!

(Pandolfo llega con la Sra. Haltière y sus hijas.)

PANDOLFO
(se precipita hacia Cenicienta y  ésta, a su vez, 
corre hacia su padre)
¡Dios mío! Si es...

SRA HALTIÈRE
(aparta vigorosamente a su marido para
recibir a Cenicienta entre sus brazos)
¡Mi hija!

NOEMÍ, DOROTEA, PANDOLFO
DECANO, SUPERINTENDENTE
1ER MINISTRO
¡Ah! ¡Qué aplomo demuestra!

SRA HALTIÈRE
(muy exaltada)
¡Lucila adorada!

PANDOLFO
(al público, aparte)
¡Aquí todo termina bien!

TODOS
(al público)
La obra se ha acabado.
Hemos hecho lo posible 
para transportarles 
al reino de la fantasía.



Digitalizado y traducido por:
Luis Pinet y José Luís Roviaro 2014