LA GRAN DUQUESA DE GEROLSTEIN

 

 

 

Personajes

 

LA GRAN DUQUESA

FRITZ

WANDA

BARÓN PUCK

PRÍNCIPE PAUL

GENERAL BOUM

BARÓN GROG

NÉPOMUC

OLGA

IZA

AMELIE

CHARLOTTE

         Soberana del ducado de Gerolstein

                            Soldado


                       Novia de Fritz

             Preceptor de la Gran Duquesa 

             Prometido de la Gran Duquesa

              Jefe del ejército de Gerolstein

         Diplomático al servicio del Príncipe Paul  

        Ayudante de Campo de la Gran Duquesa

            Dama de honor de la Gran Duquesa

            Dama de honor de la Gran Duquesa

            Dama de honor de la Gran Duquesa

            Dama de honor de la Gran Duquesa    

         Mezzosoprano

                       Tenor


                   Soprano
 
                   Barítono

                       Tenor

                   Barítono

                   Barítono

                       Tenor

                   Soprano

                   Soprano

         Mezzosoprano

         Mezzosoprano

 

 

La acción se desarrolla en un pequeño estado de Alemania alrededor de 1720.

 

 

ACTE I


(Campement de soldats. Tentes au milieu de la                    
campagne. A droite, au deuxième plan, l' entrée
de la tente du général Boum. A gauche, au premier
plan, la cantine. Au fond, un praticable, représentant
une colline, au milieu de la scène, monte d'abord de
droite à gauche, puis de gauche à droite fusils, au
fond, rangés sur des râteliers. soldats, paysannes,
vivandières, puis)

Scène Première

CHŒUR
En attendant que l’heure sonne,
L’heure héroïque du combat,
Chantons et buvons!
Courte et bonne,
C’est la devise du soldat!
Chantons, buvons,
jouons, dansons!
En attendant que l’heure sonne,
L’heure héroïque du combat! etc.

(Pendant ce chœur, quelques soldats valsent avec des
paysannes; d’autres jouent aux cartes et aux dés sur
des tambours; d’autres boivent, etc. Les vivandières
vont de l’un à l’autre. Entrent Fritz et Wanda)

WANDA
O mon Fritz, que tu m’affliges
En m’apprenant ton départ!

FRITZ
Va, je ferai des prodiges,
Pour revenir sans retard.
Allez, jeunes filles,
Dansez et tournez;
Vous dans vos familles
Vous resterez;
Mais nous, pauvres hommes,
Bientôt nous irons,
Pour de faibles sommes,
Braver les canons.
Si le sort funeste
Ne peut s’éviter,
Du temps qui nous reste
Sachons profiter.
Vidons notre verre
En brave guerrier,
Et tant pis, ma chère,
Si c’est le dernier.
O filles jolies,
O braves garçons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons;
Comme des toupies,
Comme des tontons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons.

TOUS
O filles jolies, etc.

FRITZ
Quand, prenant les armes,
Nous en irons,
Que de cris,
De larmes et de pâmoisons!
N’ayez peur, mes belles,
Nous vous écrirons,
Et de nos nouvelles
Nous vous donnerons.
Votre cœur, je pense,
Restera constant,
Malgré notre absence.
Mais, en attendant,
Vidons notre verre,
Prenons un baiser,
Et tant pis, ma chère,
Si c’est le dernier.
O filles jolies,
O braves garçons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons,
Comme des toupies,
Comme des tontons;
Tournons et valsons,
Valsons et tournons.

TOUS
O filles jolies, etc., etc.
 
(Au moment où la valse est très animée, paraît le
général Boum, arrivant de la droite. Il s’arrête
indigné, et lève les bras au ciel: il a un énorme
panache sur son chapeau)

Scène Seconde

BOUM
Des femmes dans le camp,
effroyable licence!
 
(Toutes les femmes s’enfuient avec un grand cri)

FRITZ
(à part)
Bon! Voilà le gêneur!

BOUM
Avez vous donc, soldats,
Perdu toute prudence?

FRITZ
Pour être militaire,
En a-t-on moins un cœur?

BOUM
(venant à Fritz)
Vous encor, vous parlez!

FRITZ
Mais, général...

BOUM
Silence!
Quand je me fâche, L’on se tait!
Car ma rigueur, on la connaît.

CHŒUR
Quand il se fâche,
L’on se tait!
Car sa rigueur, on la connaît.

BOUM
À cheval sur la discipline,
Par les vallons je vais devant moi,
J’extermine les bataillons!
Le plus fier ennemi
Se cache, tremblant, penaud,
Quand il aperçoit
Le panache que j’ai là-haut!
Pif paf pouf, tara papapoum!
Je suis le général Boum! Boum!

TOUS
Pif paf pouf, tara papapoum!
Il est le général Boum! Boum!

BOUM
Dans nos salons,
Après la guerre, je reparais;
Et la plus belle, pour me plaire,
Se met en frais;
Elle caresse ma moustache,
En souriant
En ce moment là,
Mon panache est fort gênant.
Paf pouf, tara papapoum!
Je suis le général Boum! Boum!

TOUS
Pif, paf pouf, tara papapoum!
Il est, le général Boum! Boum!
Vive le général Boum!

BOUM
A la bonne heure!
Je retrouve mes enfants,
Les vaillants soldats
De la Grande-duchesse,
Notre souveraine.

TOUS
Vive la Grande-duchesse!

BOUM
Vous n’êtes pas méchants,
Mais il y a ce Fritz qui vous gâte.

FRITZ
(à part)
Bon!
J’étais sûr que ça allait
Tomber sur moi!

BOUM
Fusilier Fritz, venez ici.

FRITZ
(s’approchant)
Général?

BOUM
Mauvais soldat!

FRITZ
Je sais bien d’où ça vient, tout ça...

BOUM
Qu’est ce que vous dites?

FRITZ
Je dis que je sais bien
D’où ça vient, tout ça
C’est des histoires de femmes.

BOUM
Comment?

FRITZ
C’est parce que vous avez fait
La cour à la petite Wanda.

BOUM
Pas du tout!

FRITZ
Je vous demande bien pardon
Vous lui avez fait la cour
Et elle n’a pas voulu de vous,
Parce qu’elle est
Amoureuse de moi et voilà!

BOUM
(à part)
O fureur!

FRITZ
Elles ont mauvais goût,
Les femmes: elles aiment mieux
Le jeune soldat que le vieux chef.

BOUM
Je vous mettrai
À la salle de police, moi!

FRITZ
Ça n’y fera rien.

BOUM
Je vous ferai fusiller!

FRITZ
Comme ça sera malin!

BOUM
Mauvais soldat!

FRITZ
Ça vous serait bien égal
Que je soie un mauvais soldat
Mais je suis un joli soldat
C’est ça qui est vexant.

BOUM
Taisez vous!

FRITZ
Je me tais mais ça n’empêche pas!

BOUM
Jamais je ne me suis
Occupé de cette petite.

FRITZ
Je vous demande
Bien pardon derechef,
Vous vous en êtes occupé.
 
Scène Troisième

(Entre Népomuc)

NÉPOMUC
(à Boum)
Général!

BOUM
Dites-moi que vous m’annoncez
L’approche de l’ennemi, monsieur;
Dites-le-moi, je vous en prie!

NÉPOMUC
Non, général
Je viens vous prévenir
Que la Grande-duchesse
Va venir passer
Son régiment en revue.

BOUM
Vous entendez, soldats!

NÉPOMUC
Elle désire qu’une tente
Soit dressée pour elle ici
Au milieu même
Du campement de ses soldats.
 
(Il sort)

BOUM
Vite un homme en faction!
Fusilier Fritz!

FRITZ
(à part)
Toujours moi!
 
(haut)

Général?

BOUM
Vous allez vous
Mettre en faction ici.

FRITZ
En plein soleil naturellement!

BOUM
Ne répliquez pas!

FRITZ
Pourquoi faire,
D’abord, me mettre en faction?

BOUM
Pour garder la tente
De La Grande-Duchesse.

FRITZ
Puisqu’elle n’est pas dressée!

BOUM
Vous garderez
L’endroit où elle sera.

FRITZ
Alors, c’est pour empêcher qu’on
Ne vienne emporter le terrain?
Je vous demande
Un peu si ça a le sens commun!

BOUM
Toujours, alors?

FRITZ
Bon! bon!
Je sais d’où ça vient
Les femmes, voilà! les femmes!

BOUM
Ah! Comme je te ferais fusiller, toi,
Si, à la veille d’une bataille,
Je n’avais pas peur
De diminuer mon effectif!

FRITZ
Mais voilà!
Vous avez peur
De diminuer votre effectif.

BOUM
Je n’aurai pas le dernier, alors?

FRITZ
Non, par exemple!

BOUM
Alors, je serais bien bête
De m’obstiner
Soldats, à vos rangs!
 
(Roulement de tambours: les soldats vont prendre
leurs fusils et se placent sur deux rangs, au fond)

Portez armes!

FRITZ
(au général Boum)
Eh bien, où allez vous comme ça?

BOUM
C’est trop fort, ça, par exemple!
Ça ne vous regarde pas!
Est ce qu’il va falloir que je vous rende
Compte de mes mouvements?
Soldats, par le flanc gauche!
En avant marche!

REPRISE DU CHŒUR
Pif paf pouf, tara papapoum!
Suivons le général Boum! Boum!
 
(Les soldats sortent; Fritz reste en faction. Après
le défilé, le général Boum s’approche de Fritz)

BOUM
Hou! Le vilain soldat!
 
(Il sort en courant, pour rattraper son armée)

Scène Quatrième

FRITZ
(seul, montant sa faction)
Comme c’est encore malin,
Ça, de venir faire la grimace
A un pauvre jeune soldat
Qui ne peut pas répondre à son général!
C’est une chose
Qu’on ne veut pas comprendre!
Il y a comme ça des généraux
Qui ont des grades, des honneurs
Eh bien, ils croient que ça suffit
Auprès des femmes pas du tout!
Il arrive que les femmes préfèrent
Le jeune soldat qui n’a pas de grades
Mais qui est aimable
Alors, le vieux général
Asticote le jeune soldat
Et c’est toujours comme ça
Et tant que le monde durera,
Ça sera comme ça
Et voilà! tout ça
C’est des histoires de femmes
Et pas autre chose!
 
(tournant la tête à gauche)

Ah! La voici, la petite Wanda!
Elle croit que je vais aller la retrouver
Ah! Si je pouvais!
Voyant que je n’y vais pas, elle vient
 
(entre Wanda par la gauche; elle reste,
un moment, au fond)

Comme il enragerait,
Le vieux général, s’il voyait cela!

Scène Cinquième

WANDA
(loin de Fritz)
Me voici, Fritz! j’ai tant couru
Que j’en suis, ma foi, hors d’haleine!
 
(se rapprochant un peu)

Mais, pour te voir cet air bourru,
Ce n’était vraiment pas la peine
Dis moi pourquoi?
 
(Fritz lui montre son fusil, puis, un doigt sur la bouche,
il indique qu’on ne peut pas parler sous les armes)

Que veut dire cette grimace?
J’accours, et te voilà de glace!
Es-tu muet, beau grenadier?
Ne sais-tu m’aimer que par signe?

FRITZ
(immobile à son poste)
Il le faut bien, car la consigne,
Hélas! Me défend de parler.

WANDA
(se rapprochant toujours de Fritz)
Finis cette plaisanterie
Lorsque l’on voit sa bonne amie,
Monsieur, l’on doit tout oublier
Vite, un mot, ou bien j’égratigne!

FRITZ
Je ne peux pas, car la consigne,
Hélas! Me défend de bouger.

WANDA
Il me dit non, car la consigne,
Hélas! Lui défend de bouger.
Et si, pour toi perdant la tête,
Je te disais: “viens, grosse bête,
Viens vite là prendre un baiser”,
Me ferais-tu l’injure insigne?

FRITZ
(allant vivement à elle)
Ah! Ma foi, non!
Car la consigne
Ne me défend pas d’embrasser.

WANDA
Je savais bien que la consigne
Ne défendait pas d’embrasser!

FRITZ
Non, ma Wanda, non, la consigne
Ne me défend pas d’embrasser!

WANDA
Je savais bien que la consigne
Ne défendait pas d’embrasser!
 
(Fritz l’embrasse)

ENSEMBLE
Au diable la consigne!
Et vive l’amour!
Tant pis!
En ce jour bravons la consigne,
Obéissons à l’amour!

(Le général Boum entre par à droite)

Scène Sixième

BOUM
Ah! Ah! Je t’y prends!

FRITZ
(bas, à Wanda)
Nous sommes pincés!
 
(Il reprend vivement son fusil et se remet en faction)

WANDA
Mon Fritz!

BOUM
(à Fritz)
Cette faction que
Je t’ai ordonné de monter,
Ce mouvement que
J’ai fait faire à mon armée
tout cela a été fait pour te surprendre
et je te surprends.

FRITZ
Eh bien, tenez!
Ça doit vous faire plaisir
Car c’est la première fois
que je vois réussir
Un de vos mouvements!

BOUM
Malheureux!
 
(Un coup de fusil au dehors)

WANDA
(tombant dans les bras de Fritz)
Ah!

FRITZ
Ma Wanda!
 
(Elle s’est évanouie dans ses bras)

BOUM
Qu’est ce que c’est que ça?
Qu’est ce que c’est?

FRITZ
Une attaque peut être
permettez moi de la reporter chez sa mère.
 
(Second coup de fusil)

BOUM
Oui va et veille bien sur elle.

FRITZ
Ah! Vous voyez bien, général
vous voyez bien que vous l’aimez!

BOUM
Va! va!

FRITZ
(à Wanda qu’il soutient toujours)
Viens prendre un verre de schnaps.

Scène Septième

(Il entre avec elle dans la cantine. nouveaux coups de
fusil au dehors. Entre par à droite, le Baron Puck: il
court effaré, courbé en deux)

PUCK
Ah! Mon cher Boum!

BOUM
Qu’est-il donc arrivé?

PUCK
On m’a demandé le mot d’ordre
Absorbé comme je l’étais
Par les hautes combinaisons
De la politique,
J’ai négligé de répondre, et, alors...

BOUM
Pan, pan, ratapan!

PUCK
Pan, pan, ratapan! ils ont tiré.

BOUM
C’était leur devoir.

PUCK
Heureusement, ils m’ont manqué.

BOUM
Ils seront punis pour cela.

PUCK
Qu’est ce que vous dites?

BOUM
Je dis qu’ils n’auraient pas
Dû vous manquer.

PUCK
Alors, vous auriez voulu...?

BOUM
Comme général, certainement!
Mais j’en aurais été désolé comme ami.

PUCK
A la bonne heure!

BOUM
Et qu’est-ce qui me procure l’avantage?

PUCK
C’est une chose très délicate
Vous savez que notre habitude,
À la veille d’une campagne,
Est de ne rien négliger
De ce qui peut animer le soldat
Et faire de l’effet sur les troupes.

BOUM
Sans doute!

PUCK
Cette fois-ci,
Nous avons imaginé quelque chose qui,
Je crois, est assez ingénieux,
La Grande-duchesse va venir.

BOUM
Je le sais.

PUCK
Elle restera au milieu des soldats.
Quand elle sera là,
Vous lui offrirez de chanter devant elle
La chanson du régiment.

BOUM
Bon!

PUCK
Son altesse vous répondra:
“Mais cette chanson, je la sais”
Et elle la chantera.

BOUM
Elle même?

PUCK
Elle-même et c’est avec vous,
Rudolph, qu’elle la chantera!

BOUM
Avec moi! quel honneur!
Mais la sait elle vraiment?

PUCK
Elle la sait parfaitement
Nous avons étudié ça pendant
Deux heures, ce matin.

BOUM
C’est une affaire entendue.

PUCK
Bien!
Maintenant, parlons un peu
De nos propres affaires
 
(il lui offre une prise de tabac)

En usez vous?

BOUM
Non, pas de cela
 
(il prend à sa ceinture un pistolet à deux coups,
le décharge en l’air, puis porte, l’un après l’autre,
les canons fumants sous chacune de ses narines
en respirant avec force l’odeur de la poudre)

Voilà ma civette, à moi!

PUCK
Vous savez pourquoi
Nous faisons la guerre.

BOUM
Moi? pas du tout!

PUCK
Je vais vous le dire
La Grande-duchesse,
Notre souveraine et mon élève
Car j’ai été son précepteur...
 
(il ôte respectueusement son chapeau,
et, en le regardant, dit avec frayeur.)

Ah! Mon ami! qu’est ce que c’est?
 
(il s’évanouit presque en montrant un
grand trou dans le chapeau)

Regardez la balle!

BOUM
Allons! Ils n’ont pas trop mal visé.

PUCK
Ça me fait un effet...!
Comme c’est heureux
Que j’aie eu mon chapeau!
Sans cela, j’étais mort.

BOUM
Remettez le vite.

PUCK
(remettant son chapeau)
Ah! Oui!
Ils n’auraient qu’à tirer encore
La Grande-duchesse donc,
Notre souveraine et mon élève,
A vingt ans jusqu’à présent,
Elle nous a laissé le pouvoir;
Mais j’ai remarqué que,
Depuis quelque temps,
Elle était inquiète, préoccupée
Je me suis dit:
“Voilà une femme qui s’ennuie
Il faut que je lui trouve
Une distraction”
Alors, j’ai fait déclarer
La guerre et voilà!

BOUM
Très ingénieux!

PUCK
N’est ce pas?
Distraire mon élève!...
C’est comme cela
Que je l’ai toujours tenue
Par des joujoux quand elle était petite...
Mais n’anticipons pas sur le passé
Plus tard, il a fallu autre chose
Et c’est pour la distraire
Que je lui ai cherché un mari.

BOUM
Le prince Paul?

PUCK
Oui mais ce malheureux prince,
Que j’avais eu soin de choisir
Du reste parfaitement nul,
N’a produit aucun effet:
La Grande-duchesse ne peut pas
Se décider à l’épouser
Elle le traîne depuis six mois
Il y a huit jours, le père du jeune homme,
l’Electeur de Steis-Stein-Steis
Laper-Bott-Moll- Schorstenburg,
l’Electeur, dis-je,
A envoyé ici un de ses plus
Fins diplomates, le baron Grog,
Avec mission de décider
notre aimable maîtresse
À prononcer le oui sacramentel.
Notre aimable maîtresse a formellement
Refusé de recevoir le Baron Grog
Et continue à s’ennuyer
Espérons que la guerre
la distraira un peu.

BOUM
Comptez sur moi.

PUCK
Malheureusement, cette distraction
Ne pourra durer que quelque temps.
La princesse a vingt ans
Elle ne tardera pas à s’apercevoir
Qu’il y a d’autres plaisirs
Son cœur n’a pas parlé encore
Il parlera bientôt
Et, ce jour-là, malheur à nous,
Si nous n’avons pas
Pris nos précautions!

BOUM
Vous me faites peur.

PUCK
Avez vous jamais pensé à ce
Que nous pourrions devenir,
Si la princesse s’avisait
D’avoir un favori?

BOUM
Nous serions rasés!
Il ne faut pas qu’elle en ait!

PUCK
Il ne le faut pas!

BOUM
Il ne le faut pas!
 
(Roulement de tambours à une certaine distance. Entre
par à droite, Népomuc. Boum remonte au devant de lui.
Avec énergie, à Népomuc.)

L’ennemi! c’est l’ennemi!

NÉPOMUC
Mais non, général,
C’est son altesse qui arrive.

BOUM
C’est bien, monsieur
Faites mettre les troupes sous les armes.

NÉPOMUC
Oui, général.
 
(Il sort)

PUCK
Donc, c’est entendu:
Tout à l’heure la chanson militaire
Dans huit jours, la victoire!

BOUM
Après ça, le retour dans nos foyers!

PUCK
Et à nous deux le pouvoir!

ENSEMBLE
À nous deux le pouvoir!
 
(L’armée arrive par à droite. Les paysannes, Wanda
parmi elles, entrent des deux côtés, et restent au fond,
derrière les soldats. Fritz est dans les rangs. Puck a
passé à droite)

Scène Huitième

CHŒUR
Portons armes! Présentons armes!
Fixes, droits, l’œil à quinze pas!
Que son altesse a de charmes!
Que son altesse a d’appas!
Portons armes! Présentons armes!
Fixes, droits, l’œil à quinze pas!
 
(Entre par à droite, la Grande-duchesse, derrière elle
viennent ses demoiselles d’honneur, puis, un brillant
état major de jeunes officiers en uniformes éclatants.
Les soldats présentent les armes. La Grande-duchesse
passe devant le front des troupes, elle paraît frappée de
la beauté de Fritz, qui est à l’avant scène entre deux
tout petits soldats. Scène muette: Fritz est très troublé
par les regards de la Grande-duchesse)

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet,
Leur moustache et leur plumet!
Ah! Que j’aime les militaires!
Leur air vainqueur, leurs manières,
En eux tout me plaît!
Quand je vois là mes soldats
Prêts à partir pour la guerre,
Fixes, droits, l’œil à quinze pas,
Vrai dieu! Je suis toute fière!
Seront-ils vainqueurs ou défaits?
Je n’en sais rien ce que je sais...

CHŒUR
Ce qu’elle sait

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’elle sait ce que je sais
C’est que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet, etc.
Je sais ce que je voudrais
Je voudrais être cantinière!
Près d’eux toujours je serais
Et je les griserais!
Avec eux, vaillante et légère,
Au combat je m’élancerais!
Cela me plairait-il, la guerre?
Je n’en sais rien ce que je sais...

CHŒUR
Ce qu’elle sait.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’elle sait ce que je sais
C’est que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet, etc.

TOUTE L’ARMEE
Vive la Grande-duchesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Boum)
Je suis contente, général très contente.
 
(elle fait quelques pas et s’arrête en regardant Fritz)

Général?

BOUM
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Faites avancer ce soldat.

BOUM
(appelant le soldat qui est à la droite de Fritz)
Schwartz!

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, pas celui-là, pas Schwartz.

BOUM
(appelant celui qui est à la gauche de Fritz)
Schumacher!

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, pas Schumacher l’autre.
 
(Boum désigne Fritz)

Vous y êtes!

BOUM
(sourdement irrité)
Fusilier Fritz, trois pas en avant!
 
(Fritz fait trois pas en avant, présentant les armes

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Ton nom?

FRITZ
Fritz.

LA GRANDE-DUCHESSE
Combien de campagnes?
Combien de blessures?

FRITZ
Aucune campagne aucune blessure
Pourtant, une fois,
En grimpant sur un mur,
Pour aller chiper des pommes,
Je me suis un peu
Mais je ne sais pas si ça peut compter
Aucune blessure, décidément,
Aucune blessure.

LA GRANDE-DUCHESSE
Simple soldat?

FRITZ
Simple soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je te fais caporal.

FRITZ
Ah!
 
(Il fait quelques pas pour aller à Wanda, qui
est au fond, au premier rang des paysannes)

BOUM
(l’arrêtant)
Mille millions!

FRITZ
Eh bien, c’est bon!
 
(Il se remet en position)

LA GRANDE-DUCHESSE
Où allais-tu donc?

FRITZ
J’allais dire à ma bonne amie
Que je suis caporal.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! eh bien.

BOUM
Eh bien?

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Tu diras à ta bonne amie
Que tu es sergent.
 
(à Boum)

Faites rompre les rangs, général.

BOUM
Rompez les rangs!
Et éloignez-vous.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi s’éloigneraient-ils?
Ne sont-ils pas mes soldats, mes enfants?

PUCK
(bas, à la Grande-duchesse)
Très bien, altesse, très bien!

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Restez, mes amis, restez,
Et bavardons un peu ensemble.
 
(Les soldats se rapprochent un peu au milieu; les
paysannes descendent en scène, moitié à gauche, moitié
à droite. La Grande-duchesse s’assied sur un tambour
qu’apporte une cantinière. Les demoiselles d’honneur
se placent à ses cotés, sur des pliants que leur donnent
des soldats)

PUCK
(bas, à Boum)
Est-ce que vous avez
Remarqué l’obstination
Avec laquelle son altesse
Regardait ce soldat?

BOUM
(bas)
Oui mais on ne peut pas supposer.

PUCK
(bas)
Il faut tout supposer
J’ai été précepteur de la Grande-duchesse
Et je l’ai habituée
À faire tout ce qui lui plaît.

BOUM
(bas)
Ah diable! observons, alors.

PUCK
(bas)
Observons.

LA GRANDE-DUCHESSE
(se retournant vers Fritz)
Approche un peu, toi.

FRITZ
(s’approchant)
Altesse?

PUCK
(bas, à Boum)
Encore! vous voyez.

BOUM
(bas)
Oui, je vois
 
(à part, en regardant Fritz)

Toi, je te rattraperai!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Eh bien, est-elle contente, ta bonne amie?

FRITZ
Très contente.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et toi et tes camarades êtes-vous contents?

FRITZ
Mais, dame! vous savez, altesse
On est content, et on ne l’est pas
C’est dans la nature!

LA GRANDE-DUCHESSE
Bien nourri?

FRITZ
Oui bien nourri pas mal nourri
Beaucoup de pommes de terre
Pas mal nourri tout de même.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et les officiers,
Bons pour le soldat?

FRITZ
Très bons, les officiers
Bons et pas bons
Il y a le général qui est sévère.

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?

BOUM
Mais, altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Laissez-le parler!

FRITZ
Très sévère, le général
Mais je sais d’où ça vient
Des histoires de femmes
Pas autre chose des histoires de femmes.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment?

BOUM
Ah! J’empêcherai.

LA GRANDE-DUCHESSE
Général boum,
Je vous ordonne
de laisser parler cet homme.

(à Fritz)

Tu disais?

FRITZ
Très sévère, le général
Parce qu’il a fait la cour à ma bonne amie,
Et qu’elle l’a envoyé promener.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah çà! Mais tout le monde est
Donc amoureux de ta bonne amie?
Elle est donc bien jolie!

FRITZ
(désignant Wanda)
Tenez, c’est cette petite, là-bas.

LA GRANDE-DUCHESSE
Fais-la venir.

FRITZ
Eh! Wanda!...
Elle n’ose pas
Allons, viens donc c’est timide
Ce n’est pas comme nous autres,
jeunes soldats.
 
(Wanda s’est avancée et est venue se
placer devant la Grande-duchesse)

LA GRANDE-DUCHESSE
Il t’aime, ce grand garçon-là?

WANDA
(timidement)
Je le crois, madame.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et toi, tu l’aimes?

WANDA
Oh! Pour cela, j’en suis sûre!

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?
 
(à part.)

Ah çà! Qu’est-ce que J’éprouve donc, moi?
 
(à Fritz)

T’ai-je dit que tu étais lieutenant?
 
(Elle se lève ainsi que les demoiselles
d’honneur. Wanda regagne sa place)

FRITZ
Non, altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, je te le dis.
 
(Etonnement général)

FRITZ
Eh bien, je vous remercie.

PUCK
(bas, à Boum)
Comme elle va! Comme elle va!

BOUM
(bas)
Soyez tranquille!
Voilà un lieutenant
Que demain je placerai à l’avant-garde.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il fait chaud ici.
 
(à ses demoiselles d’honneur.)

Vous n’avez pas soif, mesdames?

IZA
Mais si fait, altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Moi aussi.

PUCK
On va chercher des sorbets.

LA GRANDE-DUCHESSE
Que parlez-vous de sorbets?
Je veux boire ce que boivent mes soldats.

BOUM
Mais ils boivent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce que la vivandière leur verse, sans doute!
 
(à la vivandière)

Eh bien, approchez, vivandière,
Et donnez-moi un verre
 
(la vivandière approche et verse un
petit verre à la Grande-duchesse)

Jusqu’au bord
Je bois à vos victoires, soldats,
Je bois à votre retour.
 
(Elle vide son verre. L’autre vivandière
verse aux demoiselles d’honneur)

TOUS
Vive la Grande-duchesse!

PUCK
(bas, à Boum)
La voyez-vous, mon élève! comme elle va!

BOUM
(bas, à Puck)
Voici le moment, je crois,
Pour la chanson.

PUCK
(bas)
C’est mon avis.

BOUM
(allant à la Grande-duchesse)
Vous plairait-il, altesse,
Puisque vous avez fait à vos soldats
L’honneur de venir passer
Quelques instants auprès d’eux,
Vous plairait-il d’entendre
La chanson de leur régiment?

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Ah! Très bien
 
(elle regarde Puck. Haut)

Mais cette chanson,
Général, je la connais.

BOUM
(feignant la surprise)
Est-il possible, altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Et, si vous le voulez bien,
Je la chanterai moi même.

BOUM
Oh! Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Commençons!

BOUM
Hum! Hum!

LA GRANDE-DUCHESSE
Est-ce que vous allez chanter avec moi?

BOUM
Si votre altesse daigne permettre...

LA GRANDE-DUCHESSE
Un général en chef! oh! Non!
Ne compromettons pas votre dignité.
 
(à Fritz)

Viens, toi, tu chanteras avec moi.

BOUM
Oh! Vous n’y pensez pas!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

BOUM
Un simple lieutenant chanter avec.

LA GRANDE-DUCHESSE
Un lieutenant, est-ce trop peu?
Je le fais capitaine cela suffit-il?

BOUM
(s’inclinant d’un air contraint)
Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Venez, monsieur le capitaine,
Et chantez avec moi!

Chanson du Régiment

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! C’est un fameux régiment,
Le régiment de la Grande-duchesse!

FRITZ
Quand l’ennemi fait l’impertinent,
À tomber dessus faut
Voir comme il s’empresse!

LA GRANDE-DUCHESSE
On dit qu’les housards ont du bon,
Et qu’c’est un aimable escadron.

FRITZ
Avec sa crinière dans l’dos,
L’dragon a l’air très comme il faut.

LA GRANDE-DUCHESSE
On sait qu’dans
L’corps des artilleurs
On n’prend qu’des hommes
Qu’ont d’la valeur.

FRITZ
Mais rien ne vaut, malgré cela,
Le beau régiment que voilà!

ENSEMBLE
Ah! Ce sont de fiers soldats!
Au sein des combats,
Tout comme au sein des amours,
Les premiers toujours!
Trompettes, sonnez donc,
Et battez, les tambours,
En l’honneur de la guerre,
En l’honneur des amours!

CHŒUR
Trompettes, sonnez donc, etc.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! C'est un fameux régiment,
Le régiment de la Grande-duchesse!

FRITZ
Il a l’honneur pour sentiment;
Et la victoire, il la z’a pour maîtresse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Avec son superbe étendard,
Quand il arrive quelque part.

FRITZ
Les femmes, elles sont enchantées,
Mais c’est les hommes qui font un nez!

A GRANDE-DUCHESSE
Quand il s’en va, le régiment,
Les choses, elles se passant autrement.

FRITZ
C’est les hommes
Qui sont enchantés,
Mais c’est les femmes
Qui font un nez!

ENSEMBLE
Ah! Ce sont de fiers soldats!
Au sein des combats,
Tout comme au sein des amours,
Les premiers toujours!
Trompettes, sonnez donc,
Et battez, les tambours,
En l’honneur de la guerre,
En l’honneur des amours!

CHŒUR
Trompettes, sonnez donc, etc.

NÉPOMUC
(revenant par le fond, à droite)
Madame! madame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, qu’est-ce qu’il y a?

BOUM
Cette fois, monsieur,
J’espère que vous m’annoncez l’ennemi!

NÉPOMUC
Mais vous me dites toujours
La même chose!

(à la Grande-duchesse)

Madame, c’est le prince Paul
Il est arrêté aux avant-postes
Avec le baron Grog
Et il fait demander le mot d’ordre
Afin de pouvoir passer.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le prince Paul! encore!

NÉPOMUC
Que faut-il répondre?

LA GRANDE-DUCHESSE
Enfin allez chercher le prince Paul
Et amenez-le moi
Quant au baron Grog,
Qu’on ne m’en parle plus!
J’ai refusé de le recevoir
Et ne le recevrai pas!

(Népomuc sort par à droite. À Fritz)

Allez mettre votre uniforme,
Monsieur le capitaine
Et, dès que vous l’aurez mis,
Revenez
Je tiens à voir comment il vous va.

FRITZ
Ça m’ira très bien.

(Il sort)

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Allez, mes amis allez
Tout à l’heure,
Je vous reverrai une dernière fois,
Avant votre départ pour la bataille!

(Sortent par à droite. Boum fait entrer les demoiselles
d’honneur dans sa tente. Les paysannes s’éloignent et
Wanda sort par la gauche)

Scène Neuvième

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Puck)
Ne vous éloignez pas, mon cher maître

(à Boum)

Vous non plus, général
Tout à l’heure, nous examinerons
Votre plan de campagne.

BOUM
Altesse, il est excellent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je veux le croire
Allez, je vous ferai appeler.

(Boum et Puck entrent dans la tente)

Le prince Paul! ah!
Maintenant il m’est plus
Insupportable que jamais!

(Entre par à droite, le prince Paul. Il est en marié)

Scène Dixième

LE PRINCE PAUL
(d’un air piteux vers la Grande-duchesse)
Eh bien, altesse,
Ce n’est donc pas
Encore pour aujourd’hui?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais, prince
Qu’est-ce que c’est que ce costume?

LE PRINCE PAUL
(satisfait)
Ah! Vous l’avez remarqué
C’est un costume de marié
Je l’ai mis parce
Que j’espérais vous décider.

LA GRANDE-DUCHESSE
À vous épouser aujourd’hui?
Cela est impossible, mon cher prince
Trop de choses à faire
Un plan de campagne à examiner
Mon armée qui part
Songez donc!
Je n’aurai jamais le temps de me marier!

LE PRINCE PAUL
Vous me donnez toujours des raisons.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne sont-elles pas excellentes?

LE PRINCE PAUL
Mais c’est que voilà six mois que vous
Me donnez des raisons excellentes!
Ce matin encore, le baron Grog,
Ce messager d’amour,
Que vous n’avez pas voulu
Admettre en votre présence
Il a reçu une lettre de Papa.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et que dit votre Papa, dans cette lettre?

LE PRINCE PAUL
Il dit que tout ça finit par l’ennuyer
Voilà six mois que j’ai quitté
Sa cour afin de venir ici vous épouser.
Il me fait une grosse pension,
Pour que je puisse soutenir
Mon rang de fiancé
Je mange la pension
Et je ne vous épouse.
Pas ça l’ennuie,
Cet homme il voudrait
Savoir à quoi s’en tenir.

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?

LE PRINCE PAUL
Dame!
Oui parce que,
Si je ne dois pas vous épouser,
Papa prendrait un parti
Et me dirigerait sur
Une autre Grande-duchesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Rassurez l’Electeur votre père
Ce mariage se fera un jour ou l’autre.

LE PRINCE PAUL
Vous me dites toujours ça
Mon mariage a été annoncé
A toutes les cours de l’univers
Il a les yeux sur moi, l’univers
Et il doit commencer à trouver
Que je fais une drôle de figure.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le fait est que si l’univers
Vous voyait en ce moment!

LE PRINCE PAUL
Et puis, il y a encore quelque chose
Qui m’est plus sensible que tout

LA GRANDE-DUCHESSE
Et quoi donc, mon dieu?

LE PRINCE PAUL
(tirant de sa poche un journal)
Voyez, altesse

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est que ça?

LE PRINCE PAUL
C’est une gazette imprimée en Hollande
On parle de moi, là dedans.

LA GRANDE-DUCHESSE
Allons donc!

LE PRINCE PAUL
Mon dieu, oui
On ose parler de moi
Il a paru depuis quelque temps
Une race d’hommes qui s’est donné
Pour mission de parler de tout,
D’écrire sur tout,
Afin d’amuser le public
On les appelle des gazetiers
Ils osent entrer dans la vie privée,
Ce qui est monstrueux,
Et ce qui est plus monstrueux encore,
C’est qu’ils osent
Entrer dans ma vie privée, à moi!
Écoutez un peu.

(Il lit la gazette de Hollande)

"Pour épouser une princesse,
Le prince Paul s’en est allé;
Mais il paraît que rien ne presse:
Le mariage est reculé!
Tous les jours, quand paraît l’aurore,
Le prince Paul met des gants blancs:
Est-ce aujourd’hui? non, pas encore
Alors le prince ôte ses gants
Le prince Paul a l’âme grande:
Il souffre, mais il se tient coi"

(avec éclat.)

Voilà ce que l’on dit de moi
Dans la gazette de hollande!

LA GRANDE-DUCHESSE
Il faut toujours ajouter foi
À la gazette de Hollande!

LE PRINCE PAUL
Mais ce n’est pas tout, altesse
écoutez la suite.

(Lisant encore)

Le prince était tout feu, tout flamme,
En arrivant à cette cour;
Le prince était brûlant d’amour,
En arrivant près de sa dame.
Il a tant brûlé qu’on suppose,
Après six mois de ce jeu-là,
Qu’il ne doit pas rester grand-chose
De tout ce feu dont il brûla
Dans ta poche mets ta demande,
Prince Paul, et rentre chez toi
Voilà ce que l’on dit de moi
Dans la gazette de Hollande!

LA GRANDE-DUCHESSE
Il faut toujours ajouter foi
À la gazette de Hollande!

(la Grande-duchesse rit de plus belle)

LE PRINCE PAUL
Méchante!

Scène Onzième

FRITZ
(en capitaine)
Eh bien, voilà!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Il est encore mieux comme cela!

(au prince Paul)

Regardez, prince,
Et dites-moi ce que vous en pensez.

LE PRINCE PAUL
C’est un beau gars.

LA GRANDE-DUCHESSE
N’est-ce pas qu’on est fière
De commander à de pareils hommes?

(à Fritz)

Monsieur le capitaine?

FRITZ
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
(montrant la tente)
Entrez là, et dites au général Boum
Et au baron Puck que nous les attendons.

FRITZ
Eh bien, je veux bien leur dire!

(Il entre dans la tente)

LE PRINCE PAUL
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec impatience)
Quoi encore?

LE PRINCE PAUL
Vous ne m’avez pas répondu.

LA GRANDE-DUCHESSE
Que voulez-vous que je réponde, prince!
La première fois que
Les soucis du gouvernement
Me laisseront une minute pour m’occuper
de mon bonheur particulier,
Je profiterai de cette minute
Pour vous épouser
Jusque-là, il faut attendre.

LE PRINCE PAUL
(avec désespoir)
Toujours des fins de non recevoir!

(Le général Boum, le baron Puck
et le capitaine Fritz sortent de la tente)

Scène Douzième

LA GRANDE-DUCHESSE
Nous allons examiner
Le plan de campagne du général Boum

(au prince Paul)

Je pense, prince, que vous voudrez bien
Nous aider de vos lumières.

LE PRINCE PAUL
(d’un ton boudeur)
Comme il vous plaira!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oh! Le vilain, qui est fâché!

LE PRINCE PAUL
(du même ton)
C’est vrai, ça
Vous me faites toujours assister au conseil.

LA GRANDE-DUCHESSE
N’est-ce pas tout naturel?
Et, puisque vous devez être mon mari,
Ne devez-vous pas avoir les privilèges?

LE PRINCE PAUL
C’est vrai
Vous ne me refusez aucun
Des privilèges de la politique
Mais il y en a d’autres.

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

LE PRINCE PAUL
(à part)
Fatale timidité!

LA GRANDE-DUCHESSE
Asseyez-vous, messieurs.

(Boum s’assied devant la table,
et Puck sur le siège de droite. À Fritz)

Vous, capitaine

(Boum lui fait signe de se retirer)

Vous veillerez sur notre personne.

FRITZ
N’ayez pas peur!

BOUM
(regardant Fritz)
Mais je ne sais, alors,
Si je dois développer mes plans.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne vous inquiétez pas de cela,
Général et parlez.

BOUM
Rien de plus simple
Voyez-vous, altesse,
L’art de la guerre peut
Se résumer en deux mots:
Couper et envelopper.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme la galette, alors?

BOUM
Absolument, altesse
Donc, pour arriver à couper
Et à envelopper,
Voici ce que je fais
Je partage mon armée en trois corps.

PUCK
Très bien!

BOUM
Il y en aura un qui ira à droite.

LE PRINCE PAUL
Très bien!

BOUM
Un autre qui ira à gauche.

PUCK
Très bien!

BOUM
Et un autre qui ira au milieu.

LE PRINCE PAUL
Très bien!

BOUM
Mon armée ainsi disposée
Se rendra par trois chemins différents
Vers le point unique
Où j’ai résolu de me concentrer
Où est-il, ce point unique?
Je n’en sais rien
Mais ce que je sais bien,
C’est que je battrai l’ennemi!
Je le battrai!

LA GRANDE-DUCHESSE
Contenez-vous.

PUCK
(à Boum)
Je vous en prie.

BOUM
(avec plus de force)
Je vous dis que je le battrai!

LA GRANDE-DUCHESSE
Je ne vous dis pas le contraire
Mais vous allez vous faire du mal.

BOUM
C’est pour mon pays!

(se levant et tirant son sabre)

L’ennemi! où est l’ennemi?
Qu’on me conduise à l’ennemi!

(Puck le calme et l’oblige à se rasseoir)

FRITZ
(ricanant)
Mais vous irez tout à l’heure
Par vos trois chemins!

PUCK
(à Fritz avec sévérité)
Taisez-vous, monsieur!

FRITZ
(ricanant toujours)
Ses trois chemins!
Elle est trop forte, celle-là!
Ses trois chemins!

BOUM
(furieux)
Qu’est-ce qu’il dit?

FRITZ
C’est bête comme tout,
Vos trois chemins!

LE PRINCE PAUL
Par exemple!

BOUM
Je vous ferai fusiller, moi!

PUCK
Parler ainsi au général!

LA GRANDE-DUCHESSE
Un peu de silence, messieurs!

(à Fritz)

Vous dites donc, monsieur le capitaine
Qu’il n’y a rien de bête
Comme les trois chemins
Du général Boum.

FRITZ
(se rapprochant de la table)
Sans doute, je le dis! et je le prouve!

PUCK
(à la Grande-duchesse)
Je ferai respectueusement
Observer à votre altesse
Que cet homme n’a pas
Le droit de prendre la parole.

BOUM
Non, il n’a pas le droit!

PUCK
Il faut être officier supérieur!

LE PRINCE PAUL
Il faut être noble!

BOUM
Il n’a pas le droit!

PUCK
Il n’a pas le droit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Silence, messieurs!
Ou, par ma vertu,
Je ferai tomber la tête
Du premier qui ne se taira pas!
Vous dites donc que,
Pour avoir le droit de parler,
Il faut qu’il soit officier supérieur
Je le fais général

(à Boum)

comme vous
Il faut qu’il soit noble?
Je le fais
baron de Vermout-von-Bock-Bier,
Comte d’Avall-Vintt-Katt-Schopp-Vergismein-Nicht!
Cela suffit-il, messieurs?
A t-il le droit de parler, maintenant?

BOUM
Altesse.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Puck)
Ah çà! Mais, dites donc.
Ah çà! Mais, dites donc.

PUCK
(bas)
Silence! nous causerons.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Asseyez-vous, général
Et dites ce que vous avez à dire.

(Puck s’empresse d’indiquer à Fritz
le siège qu’occupait le général)

FRITZ
Au lieu d’aller à l’ennemi
Par trois chemins.

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant son habit)
Voyez-vous, général,
Le collet est un peu trop élevé
Il faudrait six bonnes lignes de moins
Pour dégager le cou
Continuez, mon ami.

(à part)

Dieu! Qu’il est bien!

FRITZ
Je disais donc qu’il faut aller
Tout droit à l’ennemi,
Par un seul chemin.
On le rencontre et puis, dame,
Là, avec les camarades,
On cogne tant qu’on peut cogner
On cogne, et voilà!

LA GRANDE-DUCHESSE
C’est très bien
Et voilà le plan
Que vous devrez suivre,
Général Boum.

BOUM
Je ne le suivrai pas!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment?

BOUM
Je suis responsable envers votre altesse
Du sang de ses soldats
Avec mon plan,
J’étais sûr de mon affaire
Il n’y avait pas de bataille possible
Avec le sien, je ne réponds de rien.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ainsi, vous refusez?

BOUM
Je refuse
Que monsieur le baron de...
Comment a dit votre altesse?

FRITZ
Baron de Vermout-von-Bock-Bier,
Et comte d’Avall-Vintt-Katt-
Schopp-Vergismein-Nicht!

(a la Grande-duchesse)

Il a bien entendu,
C’est des manières, tout ça.

BOUM
Que monsieur le baron
Exécute son plan, s’il le veut!

FRITZ
Mais certainement!

LA GRANDE-DUCHESSE
Vraiment?
Et vous gagneriez la bataille?

FRITZ
Où je la perdrais tout comme un autre.

LA GRANDE-DUCHESSE
Baron de Vermout-von-Bock-Bier?

FRITZ
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Que le ciel favorise
Le succès de vos armes!
A partir de ce moment,
Vous êtes le général en chef
De mes armées!

FRITZ
(à Boum)
À moi le panache, monsieur!

BOUM
Mille millions!

(Puck le calme, lui enlève le panache
et le met au chapeau de Fritz)

FRITZ
(à Boum)
Hou! Le mauvais soldat!

BOUM
Oh!

PUCK
(bas)
Contenez-vous
Nous sommes trois
Qui avons à nous venger
Et nous nous vengerons.

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Fritz)
Ah! Qu’il est bien! qu’il est bien!
Général Fritz, je veux à l’instant
Vous faire reconnaître par l’armée
Faites mettre sous les armes
L’armée entière, général Boum.

BOUM
Moi! sous les ordres!

PUCK
(bas, à Boum)
Obéissez.
Son cœur a parlé
Voilà ce que je craignais!

(Boum hurle un commandement militaire, avec des
mots précipités et inarticulés. Les soldats rentrent par à
droite. Les demoiselles d’honneur sortent de la tente.
Les paysannes arrivent du fond. Wanda, qui est entrée
par la gauche, se place de ce coté devant les paysannes,
un peu en arrière de Fritz. Pendant ce mouvement, le
prince Paul est allé rejoindre Boum et Puck à l’extrême
droite)

Scène Treizième

CHŒUR DES SOLDATS
Nous allons partir pour la guerre,
Tambour battant!
Encore un regard en arrière,
Puis en avant!
Nous allons partir pour la guerre,
Tambour battant!

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Écoutez tous la voix de votre souveraine

(montrant Fritz)

Voici le nouveau général!

CHŒUR
Lui, notre général!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, soldats, et je suis certaine
Qu’il ne s’en tirera pas mal.

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
(à part)
Unissons nous pour la vengeance
Soyons adroits!
Il est seul et nous, quelle chance!
Nous sommes trois!

WANDA
(à Fritz, en descendant près de lui)
Toi, général en chef!

FRITZ
Eh! Mon dieu, tu vois bien!

WANDA
Ah! Tu vas m’oublier.

FRITZ
Mignonne, ne crains rien.

WANDA
Tu m’aimeras toujours?

FRITZ
Toujours! n’en doute pas.

WANDA
Dis encore une fois!

FRITZ
Autant que tu voudras!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz et Wanda, avec impatience)
Quand vous aurez
Fini de vous parler, là-bas,
Vous vous rappellerez
Que j’attends, n’est-ce pas?

CHŒUR
Elle jette sur eux
Des regards furieux!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part, se contenant)
Mais je suis reine,
Et mon devoir, pour garder mon prestige,
M’oblige à ne rien laisser voir.

(haut, à Népomuc)

Allez, monsieur,
Et me donnez a l’instant
Ce que vous savez.

(Népomuc sort par la droite. La Grande-duchesse
fait signe à Fritz de venir près d’elle)

TOUS
Qu’est-ce que ça peut être?

(Népomuc entre, apportant un sabre
qu’il porte haut et avec respect)

TOUS
Un sabre!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz, montrant le sabre)
Voici le sabre de mon père!
Tu vas le mettre à ton côté!
Ton bras est fort, ton âme est fière,
Ce glaive sera bien porté!
Quand papa s’en allait en guerre,
Du moins on me l’a raconté,
Des mains de mon auguste mère
Il prenait ce fer redouté
Voici le sabre de mon père!
Tu vas le mettre à son côté!

CHŒUR
Voici le sabre de son père!
Il va le mettre à ton côté!

LA GRANDE-DUCHESSE
(prenant le sabre)
Voici le sabre de mon père!
Tu vas le mettre à ton côté!
Après la victoire,
J’espère, te revoir en bonne santé;
Car, si tu mourais à la guerre,
J’aurais trop peur, en vérité,
De n’avoir plus jamais sur terre
Un moment de félicité!

(se remettant et avec noblesse)

Voici le sabre de mon père!
Tu vas le mettre à son côté!

(Elle donne le sabre à Fritz)

CHŒUR
Voici le sabre de son père!
Il va le mettre à ton côté!

FRITZ
Vous pouvez sans terreur
Confier à mon bras
Le sabre vénéré
De monsieur votre père
Je reviendrai vainqueur,
ou ne reviendrai pas!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tu reviendras vainqueur!

BOUM, PUCK, LE PRINCE PAUL
(à part)
Il ne reviendra pas!

CHŒUR
Il reviendra vainqueur!

BOUM, PUCK ET LE PRINCE PAUL
(à part)
¡Il ne reviendra pas!

CHŒUR
(avec énergie)
Reviendra!

BOUM, PUCK, LE PRINCE PAUL
(avec encore plus d’énergie)
Reviendra pas!

(Fritz donne le sabre à Wanda, qui
le contemple avec admiration)

FRITZ
Je serai vainqueur,
Grâce à ma valeur!
Mon artillerie,
Ma cavalerie,
Mon infanterie,
Tout cela sera,
Je le vois déjà,
Sera triomphant!
Et, tambour battant,
Le long des chemins,
Au fond des ravins,
On se répandra,
On envahira,
L’ennemi fuira;
On le traquera,
Le dispersera
Et l’enfoncera!
Gaîment nous irons,
Nous élancerons;
Nous brûlerons tout,
Pillerons partout.
Ce sera parfait!
Du choix qu’elle a fait
Ce sera l’effet!
Ce sera parfait!
Pour nous quand viendra,
Après tout cela,
Le temps du repos,
On nous recevra comme des héros!

BOUM, PUCK, LE PRINCE PAUL
Il sera vaincu,
Il sera battu!
Son artillerie,
Sa cavalerie,
Son infanterie,
Tout cela sera,
Je le vois déjà,
Ecrasé, brossé,
Brisé, dispersé
Et dans les chemins,
Et dans les ravins,
Il en laissera,
Il en oubliera;
On le poursuivra,
On le traquera,
Et les ennemis
De notre pays
Gaîment entreront
Et se répandront;
Ils brûleront tout,
Pilleront partout
Ce sera bien fait!
Du choix qu’elle a fait
Ce sera l’effet!
Ce sera bien fait!
Et nous, réjouis,
Voyant ce gâchis,
Nous, n’en pouvant plus,
Nous rirons tous trois comme des bossus.

LES AUTRES
Il sera vainqueur,
Grâce à sa valeur!
Son artillerie,
Sa cavalerie,
Son infanterie,
Tout cela sera,
Je le vois déjà,
Sera triomphant! etc.
Gaîment nous irons / ils iront,
Nous élancerons / ils s’élanceront;
Nous brûlerons tout / ils brûleront tout,
Pillerons partout / pilleront partout
Ce sera parfait!
Du choix qu’elle a fait j’ai fait
Ce sera l’effet!
Ce sera parfait!
Pour nous / eux quand viendra,
Après tout cela,
Le temps du repos,
On nous/on les recevra
Comme des héros!

(Pendant le chœur suivant, l’armée se met en marche
vient défiler devant la Grande-duchesse. Fritz est en
tête)

CHŒUR GENERAL
Partons/partez, musique en tête!
Musique en tête, en avant!
Partons pour nous/
Partez pour vous,
C’est une fête!
Partons/partez, en chantant!
En avant!

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous oubliez le sabre de mon père!

CHŒUR
Vous oubliez le sabre de son père!

(Fritz accourt reprendre le sabre et, le brandissant,
se remet en tête de son armée. Le défilé continue sur
la reprise du chœur



ACTE II


(Une salle dans le palais. A droite, au premier plan,
porte conduisant aux appartements de la Grande-
Duchesse. A droite, au deuxième plan, une porte
secrète dissimulée par un tableau qui représente un
chevalier armé de pied en cap. Autre tableau à gauche,
en face de celuici. porte au premier plan, à gauche. Au
fond, grande baie donnant sur une galerie et fermée par
des draperies Métier à tapisserie, tabourets, pliants.
Iza, Charlotte, Amélie, Olga, autres demoiselles
d’honneur, assises et travaillant, puis Népomuc. Un
huissier se tient devant les appartements de la Grande-
Duchesse, à droite)

Scène Première

CHŒUR
Enfin la guerre est terminée,
La campagne vient de finir;
Dans le courant de la journée,
Nos amoureux vont revenir.

IZA
(regardant à gauche et se levant, ainsi
que les autres demoiselles d’honneur)
Le courrier! le courrier!
Vite, mesdemoiselles!
Nous allons avoir des nouvelles!

NÉPOMUC
(entrant par la gauche)
Qui veut des lettres? en voici!

TOUTES
Par ici, monsieur, par ici!

NÉPOMUC
En voici!

TOUTES
En voici!

NÉPOMUC
(allant à la porte de droite, à l’huissier)
Laissez-moi passer, le temps presse
Service personnel de la Grande-duchesse!

(Il entre à droite, l’huissier le suit)

TOUTES
(chacune sa lettre à la main)
Quel trouble avant de vous ouvrir,
Lettres de celui qu’on adore!
Après avoir lu,
Quel plaisir de vous lire
Et relire encore!

OLGA
(ouvrant et lisant sa lettre)
"Je t’ai sur mon cœur
Placée en peinture,
Quand je suis parti.
Il m’a préservé de toute blessure,
Ce portrait chéri!
Et si je reviens sans égratignure,
C’est bien grâce à lui!"
Ah! lettre adorée,
Toute la journée, je te relirai
Et te baiserai!

AMELIE
(de même)
"Il paraît qu’on va
terminer la guerre:
Je reviens demain;
Etant très pressé,
je compte, ma chère,
Dès après demain,
Sans me débotter,
aller à ta mère,
Demander ta main!"
Ah! lettre adorée, etc.

CHARLOTTE
(de même)
"Comme je tremblais
en allant combattre!
En allant au feu,
je mourais de peur!
Je me suis pourtant
battu comme quatre,
Mon amour pour toi
m’a donné du cœur!"
Ah! lettre adorée, etc.

IZA
(de même)
"Nous avons, hier,
gagné la bataille
Du moins, je le crois;
Je m’en moque autant
que d’un brin de paille.
Car, vois-tu, pour moi,
Iza, mon amour,
il n’est rien qui vaille
Un baiser de toi!"
Ah! lettre adorée, etc.

TOUTES
Ah! lettre adorée,
Toute la journée, je te relirai
Et te baiserai!

IZA
(allant à Olga)
Qu’est-ce qu’il y a dans ta lettre?

OLGA
Beaucoup de choses
et dans la tienne?

(Iza lui montre sa lettre)

AMELIE
(à Charlotte)
Oh! Si tu savais!

CHARLOTTE
Montre moi.

AMELIE
Très volontiers
mais tu me montreras aussi?

CHARLOTTE
Je veux bien.

(Elles se montrent leurs lettres)

OLGA
(qui a lu la lettre de Charlotte)
Oh! Il t’écrit des choses comme ça?

IZA.
Oui et le tien non?

OLGA
(montrant sa lettre)
Le mien aussi
Tiens! regarde là ce qui est souligné!

Scène Seconde

(Les autres demoiselles d’honneur ont fait de même au
deuxième plan. Entrent, par la gauche, le prince Paul
et le baron Grog)

LE PRINCE PAUL
Venez, baron, venez...
Je vous assure que
Vous serez reçu aujourd’hui...

GROG
Je veux le croire, mon prince.

LE PRINCE PAUL
Vous avez votre lettre d’audience?

GROG
(la montrant)
La voici, mon prince.

LE PRINCE PAUL
Alors, ça va aller tout seul...
Bonjour, mesdemoiselles...

AMELIE
(riant)
Bonjour, prince Paul!

CHARLOTTE
(de même)
Pauvre prince!...

IZA
(de même)
Prince infortuné!...

LE PRINCE PAUL
(à Grog)
Elles se moquent de moi.

GROG
J’entends bien!

LE PRINCE PAUL
Je ne leur en veux pas...
Mesdemoiselles, j’ai l’honneur
De vous présenter le baron Grog,
L’envoyé de papa...

LES DEMOISELLES
Monsieur le baron!...

GROG
Mesdemoiselles!...

LE PRINCE PAUL
Il a une lettre d’audience
Pour aujourd’hui.

IZA
Pour aujourd’hui?...

LE PRINCE PAUL
Mais sans doute! Pour aujourd’hui...
Voulez-vous me faire le plaisir
D’aller annoncer à Son Altesse
Que le baron Grog est arrivé?

OLGA
Mais, cher prince,
Cela ne nous regarde pas.

CHARLOTTE
Il faut vous adresser à un aide de camp.

(Entre, par la droite, Népomuc)

AMELIE
En voici un.

NÉPOMUC
Grande nouvelle!...
Le général Fritz sera
Reçu ici dans une heure,
En grande cérémonie...
Il est vainqueur; il revient…
Son altesse est dans une joie!...
Dans une joie!...
Dans une joie!...

(Il sort)

IZA
(toute joyeuse)
Ils reviennent!
Nous allons les revoir!

(Entrent Boum et Puck)

PUCK
Allons, vite,
Mesdemoiselles
Les demoiselles d’honneur,
Dépêchez-vous!...
La Grande Duchesse vous attend!

BOUM
Hâtez-vous, mesdemoiselles!

CHŒUR
Ah! Lettre adorée, etc.

LE PRINCE PAUL
Eh bien?... et mon Grog?

PUCK
Rassurez-vous...

GROG
Quoi?

BOUM
On va recevoir monsieur le baron...
Huissier, introduisez monsieur le baron,
Et faites ce qui vous a été dit...

(a Grog)

Monsieur le baron...

GROG
Tout de suite, général...

(Il se dirige vers la porte)

LE PRINCE PAUL
Allez, Grog, et soyez chaud!

(Grog, précédé de l’huissier, sort par la droite)

Scène Troisième

LE PRINCE PAUL
Enfin!... ah! messieurs!...

PUCK
Voyons, mon seigneur...

LE PRINCE PAUL
Vous ne pouvez pas vous figurer
Comme je suis ému!...
Elle consent à recevoir le baron Grog!
Je le vois... Il traverse le couloir
Et entre dans le petit salon de réception...

BOUM
Oui...

LE PRINCE PAUL
Il traverse le petit salon de réception...

PUCK
Oui...

PRINCE PAUL
Il tourne à gauche...

(dénégation de Boum et de Puck)

On soulève la portière, on l’annonce...
Il se trouve en face...

BOUM
Oh! Mais... Vous allez, vous allez!...
Ça n’est pas ça du tout...
Le baron n’a pas tourné à gauche;
Il a tourné à droite...
Toujours précédé de l’huissier...
Et il s’est trouvé en face d’un escalier...
Au moment où nous parlons,
Il doit être en train de monter...
Quand il aura fini,
Il traversera une demi-douzaine de salles
Et se trouvera en face
D’un autre escalier... Qu’il descendra...
Il retraversera,
Remontera,
Redescendra,
Retraversera...

PUCK
Reremontera...

LE PRINCE PAUL
Reredescendra...

PUCK
Et cætera, et cætera...
Jusqu’à ce qu’il soit arrivé
Devant une petite porte...
Toute grande ouverte...
Votre Grog trouvera là sa voiture...
L’huissier l’invitera
Poliment à y monter
Et lui dira que son audience
Est remise à un autre jour...

LE PRINCE PAUL
Voilà l’ordre
et la marche?...

BOUM
Comme vous dites!...

LE PRINCE PAUL
Et la Grande Duchesse a osé?...

PUCK
Elle a osé...
Mais aussi, prince,
Il faut que vous soyez fou...
Avec tout le respect que je vous dois,
Il faut que vous soyez fou
Pour avoir supposé
Que le jour où le général Fritz
Revient, et revient vainqueur,
La Grande Duchesse s’occuperait
D’autre chose
Que de se préparer à le recevoir...

LE PRINCE PAUL
Fritz!... encore!...
Ah! cet homme! cet homme!...

BOUM
Il sera ici tout à l’heure et il triomphera.

LE PRINCE PAUL
Eh bien! qu’il triomphe!
Mais après...

BOUM, PUCK
Après?

LE PRINCE PAUL
Rien, rien je n’ai rien dit,
Messieurs je n’ai rien voulu dire.

PUCK
(lançant un coup d’œil à Boum, de loin et bas)
Ça ne prend pas

BOUM
(bas)
Disons tout, alors

(Coups de canon au dehors)

L’ennemi! c’est l’ennemi!

(Il tire son sabre et veut se précipiter)

PUCK
Mais non, ce n’est pas l’ennemi!

(avec intention)

C’est notre ennemi!

LE PRINCE PAUL
C’est le général Fritz!

BOUM
Pardon!
C’est qu’il y a quinze jours
Que je ne fais rien
J’ai la nostalgie de la guerre!

Scène Quatrième

(Entre toute la cour, précédée de deux huissiers)

CHŒUR
Après la victoire,
Voici revenir nos soldats;
Célébrons leur gloire,
Rendons grâce
Au Dieu des combats!

(La Grande-duchesse entre par la droite. A sa vue,
le prince Paul, Boum et Puck se précipitent vers elle
et la saluent humblement)

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Donc je vais le revoir!
Voici l’instant suprême!
Pourrai-je, en le voyant,
Lui cacher que je l’aime?

CHŒUR
Après la victoire, etc.

(Fritz entre)

FRITZ
(à la Grande-duchesse)
Madame, en quatre jours
J’ai terminé la guerre!
Vos soldats sont vainqueurs,
Les ennemis ont fui!
Et je vous rapporte aujourd’hui
Le sabre vénéré
De monsieur votre père!

(Il le prend des mains d’un de ses officiers)

LA GRANDE-DUCHESSE
Voici le sabre de mon père!

TOUS
Voici le sabre de son père!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Népomuc)
Qu’on le remette en mon musée d’artillerie!

(Népomuc sort en emportant le sabre.
S’adressant à Fritz)

Et vous, soldat victorieux,
Devant ma cour électrisée,
Parlez, et racontez vos exploits glorieux!

TOUS
Parlez et racontez vos exploits glorieux!

FRITZ
Donc je m’en vais vous dire, altesse,
Le résultat de ce combat,
Et comment, grâce à mon adresse,
Les ennemis furent surpris.
En très bon ordre nous partîmes;
Notre drapeau flottait au vent,
Et, quatre jours après, nous vîmes
Cent vingt mille
Hommes manœuvrant.
J’ordonne alors que l’on s’arrête
J’avais mon plan, et, jugez en!
Ce plan là n’était pas trop bête
On a du flair, sans avoir l’air!
J’avais trois cent mille bouteilles,
Moitié vin et moitié liqueurs:
Je me fais, ouvrez vos oreilles!
Tout rafler par leurs maraudeurs.
Voilà tout
Leur camp dans la joie!
"Du vin! Buvons,
Et nous grisons!"
Dans le vin leur raison se noie
Moi, j’attendais, et j’espérais.
Le lendemain, bonheur insigne!
Ils acceptèrent le combat!
Je les vis se ranger en ligne,
Mais, seigneur dieu! Dans quel état!
Ils se répandent dans la plaine,
Butant, roulant, déboulinant;
C’était comme un grand champ d’avoine,
Au gré du vent, se balançant!
Devant son armée en goguette,
Leur général, l’œil allumé,
Gambadait, gris comme une trompette,
Et me criait: "Ohé! ohé!"
Je lui réponds: "viens y, ma vieille!"
Tout aussitôt, le pauvre sot
Se fâche, brandit sa bouteille,
Et, trébuchant, marche en avant!
Non! c’était à mourir de rire!
Sous ce général folichon,
Une armée entière, en délire,
Chantait la mère Godichon.
Ah! La bataille fut bouffonne!
On en poussait un, tout tombait.
Du reste, on n’a tué personne:
C’eût été mal!
Mais c’est égal,
Vos soldats ont fait des merveilles,
Et le soir, c’est flatteur pour eux,
Le soir, sur le champ de bouteilles
Ils ont couché victorieux!

TOUS
Vive le général Fritz!

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes compliments, général!
Vous parlez comme vous combattez.

(à sa cour)

Mesdames et messieurs,
Cette imposante cérémonie
Est terminée
L’intérêt de notre
Grand-duché de Gérolstein
Exigeant que nous disions
Au général Fritz
Des choses qui ne peuvent être
Entendues que de lui,
Nous vous permettons de vous retirer
Allez vous en!

LE PRINCE PAUL
(bas, à Puck)
Seule avec lui!

BOUM
(bas)
Comme elle va! comme elle va!

PUCK
(bas)
Et vous souffririez cela, prince?

LE PRINCE PAUL
(de même)
Ah! s’il y avait un moyen!

BOUM
(de même)
Il y en a un, peut-être

LA GRANDE-DUCHESSE
(à la cour)
Allez vous en,
gens de la gens de la cour, allez vous en!

REPRISE DU CHŒUR
Après la victoire,
Voici revenir nos soldats! etc.

(Toute la cour s’éloigne par le fond.
La Grande-duchesse et Fritz restent seuls)

Scène Cinquième

LA GRANDE-DUCHESSE
Plus personne!

FRITZ
Eh non! plus personne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Général!

FRITZ
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Je suis contente de vous voir.

FRITZ
Et moi de même.

LA GRANDE-DUCHESSE
Merci.

FRITZ
Il n’y a pas de quoi, vraiment,
Il n’y a pas de quoi.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je me félicite de ce que j’ai fait,
Quand j’ai laissé tomber
Mon regard sur vous,
Vous n’étiez qu’un soldat.

FRITZ
Un pauvre jeune soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je vous ai fait général en chef:
Vous avez battu l’ennemi.

FRITZ
Eh! bédame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que nous parlions
Des récompenses qui vous sont dues?

FRITZ
Je le veux bien, Altesse, mais à quoi bon?

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment!

FRITZ
Puisque je suis général en chef voyons,
Raisonnez un peu
Puisque je suis général en chef,
Je ne peux pas monter en grade.

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous croyez ça, vous?

FRITZ
Dame! il me semble
Puisque j’ai le panache
Je ne peux rien avoir de plus.

LA GRANDE-DUCHESSE
Dans le militaire, c’est possible; mais...

FRITZ
Mais?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais dans le civil...

FRITZ
Ah! ah!

(à part)

Je ne comprends pas du tout,
Mais ça ne fait rien
Puisqu’on veut me donner
Quelque chose, n’est ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
D’abord, vous serez logé dans le palais:
Cela a été décidé, ce matin,
Sur la proposition du général Boum.

FRITZ
Sur la proposition du général Boum?

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, c’est une idée qui lui est venue,
Par mon ordre.

FRITZ
(riant)
A-t-il dû rager!

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que je l’exile?

FRITZ
Oh non!
Ce n’est pas
un méchant homme, au fond!
Tout ça, c’est des histoires de femmes,
Voilà tout des histoires de femmes.

LA GRANDE-DUCHESSE
De femmes?

FRITZ
Pas autre chose!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme elles sont heureuses,
Les femmes de la campagne!
Quand une femme de la campagne
Aime un homme de la campagne
Elle va à lui, tout bonnement, et lui dit.

FRITZ
"Mon garçon, je t’aime"

LA GRANDE-DUCHESSE
Avec une bonne bourrade!
Mais dans nos sphères,
C’est autre chose.
Et nous, quand nous aimons,
Nous sommes obligées
De prendre des détours,
De nous faire entendre à demi-mot
Ainsi, tenez, ici même, dans ma cour,
Il y a une femme qui est folle de vous.

FRITZ
Dans votre cour? allons donc!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien au lieu d’aller
Tout bonnement à vous et de vous dire

FRITZ
Avec une bonne bourrade!

LA GRANDE-DUCHESSE
Elle me l’a dit, à moi.

FRITZ
A vous?

LA GRANDE-DUCHESSE
A moi.

FRITZ
Oh! mais, alors, dites donc,
C’est une intrigue!

LA GRANDE-DUCHESSE
C’est une intrigue.

FRITZ
Il faut en rire,
Voilà tout il faut en rire.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment, il faut?

FRITZ
(à part)
Ah diable!
Non il paraît qu’il ne faut pas
Soyons sérieux.

(haut)

Eh bien! mais, dites-moi,
D’abord cette dame est-elle
Bien de sa personne?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes courtisans affirment
Qu’il n’y en a pas de plus belle.
Quant à sa position,
Nous n’en parlerons pas.

FRITZ
Pourquoi ça?

LA GRANDE-DUCHESSE
N’en disons qu’un mot:
Ces grades, ces honneurs,
Dont il m’a plu de vous combler,
Vous désirez les garder, sans doute?

FRITZ
Mettez-vous à ma place!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh! Mon gaillard,
Pendant que vous y êtes,
Vous ne seriez pas fâché d’attraper
Quelque chose d’inamovible?

FRITZ
D’inamovible?

(à part)

C’est un nouveau grade.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien!
Sachez que la personne
De qui je vous parle
Est assez puissante pour vous faire
Obtenir tout ce que vous voudrez.

FRITZ
Ah diable! ah fichtre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Votre avenir est dans ses mains
Maintenant, j’en suis sûre,
Vous savez de qui je veux parler?

FRITZ
Un mot encore un seul, et je le saurai.

LA GRANDE-DUCHESSE
Quel mot?

FRITZ
Le nom de cette femme.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le nom?

FRITZ
Oui.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il n’est pas défendu de le deviner,
Ce nom mais on ne peut pas le dire.

FRITZ
(à part)
Diable! c’est gênant ça pour savoir

(haut)

Vraiment, on ne peut pas le dire?

LA GRANDE-DUCHESSE
Puisque c’est une intrigue!

FRITZ
Une intrigue amoureuse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous l’avez dit,
Une intrigue amoureuse.

FRITZ
Comme ça, alors,
Votre amie vous a dit
De me dire quelque chose?

LA GRANDE-DUCHESSE
Voici ce qu’a dit mon amie:
Quand vous le verrez, je vous prie,
Dites-lui ce que vous savez.
Dites-lui qu’on l’a remarqué, distingué;
Dites-lui qu’on le trouve aimable,
Dites-lui que, s’il le voulait, on ne sait
De quoi l’on ne serait capable!
Ah! s’il lui plaisait d’ajouter
Des fleurs aux palmes de la gloire,
Qu’il pourrait vite remporter,
Ce vainqueur, une autre victoire!
Dites-lui qu’à peine entrevu, il m’a plu!
Dites-lui que j’en perds la tête!
Dites-lui qu’il
M’occupe tant, le brigand!
Tant et tant que j’en deviens bête!
Hélas! ce fut instantané:
Dès qu’il a paru,
Tout mon être,
A lui tout mon cœur s’est donné;
J’ai senti que j’avais un maître!
Dites-lui que, s’il ne veut pas mon trépas,
Dites-lui (je parle pour elle),
Dites-lui qu’il répondra: Oui!
Dites-lui que je l’aime et que je suis belle!
Eh bien, réponds-moi maintenant.

FRITZ
(à part)
Ma fortune en dépend:
Soyons intelligent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Réponds, deux mots doivent suffire,
A la dame que dois-je dire?

FRITZ
Dites-lui que je suis sensible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
Son discours n’a rien de pénible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
Et de tout mon cœur je m’empresse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
De lui rendre sa politesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
(à part)
Je dis tout ça
Mais, là, sur ma parole,
Je n’y comprends rien,
Mais, là, rien de rien!
Et que le diable ici me patafiole,
Si je connais cette personne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien?

(à part)

Il a compris en un moment,
Car le cœur est intelligent.

FRITZ
(à part)
Je n’y comprends rien absolument!
Pourtant je suis intelligent.

(à part)

Eh bien, voilà!
Ces grades, ces honneurs,
Le panache...il est bien évident
Que je tiens à garder tout ça
Et alors, cette grande dame
Qui m’aime ce serait
Le meilleur moyen, n’est-ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
Général?

FRITZ
(toujours à part)
Mais Wanda, il y a Wanda aussi,
C’est très embarrassant.

LA GRANDE-DUCHESSE
(plus haut)
Général?

FRITZ
(se retournant)
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Venez ici, près de moi.

FRITZ
(à part)
C’est très embarrassant.

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, non asseyez-vous là

(Désignant les décorations qu’il a sur la poitrine)

Comme ces insignes vous vont bien!
Si vous n’en avez pas assez,
Demandez-moi autre chose.
Mais je m’égare où en étions nous?
Cette femme,
De qui je viens de vous parler
Vous n’avez pas répondu,
En somme vous êtes resté
Dans les généralités.

FRITZ
Eh! bédame! puisque je suis général...

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Charmant! charmant!
Mais laissons les jeux de mots
Il faut répondre.

FRITZ
Ah bien!
Cette dame ne vous a pas seulement
Priée de faire la commission,
Il paraît elle vous a priée aussi
De rapporter la réponse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Justement! Eh bien?

(Elle joue avec le collier de l’ordre
que Fritz porte au cou)

FRITZ
Ah!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

FRITZ
Rien, en jouant avec ce collier,
Vous m’avez un peu...

LA GRANDE-DUCHESSE
Pardonnez-moi.

FRITZ
Eh bien, je vous pardonne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais voyons parlez cette réponse.
Si vous étiez près de cette femme,
Comme vous êtes là, près de moi,
Vous lui diriez.

FRITZ
Eh! bédame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas mal, cela!
C’est un mot que vous dites
Un peu souvent peut-être
Mais vous le dites si bien!
Et après lui avoir dit:
"Eh! Bédame"?

FRITZ
Après?
Voulez vous que je vous le déclare?
Je serais fort embarrassé!

(Népomuc entre par le fond)

Scène Sixième

NÉPOMUC
Altesse

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui vient? ai-je appelé?

NÉPOMUC
Le chef de votre police particulière
Il attend Votre Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec impatience)
Ah! j’ai bien le temps de songer!

NÉPOMUC
Je demande pardon à Votre Altesse
Il paraît que c’est très important.

LA GRANDE-DUCHESSE
Donnez.

(Elle prend le message)

FRITZ
(à part)
Ah! s’il n’y avait pas Wanda!
Mais il y a Wanda!
c’est très embarrassant!

LA GRANDE-DUCHESSE
"Scandale public...
mauvaise tenue du général Fritz...
jeune fille nommée Wanda
amenée par lui à la ville..."

(s’interrompant et à elle même)

Oh! oh! il faut savoir

(haut, à Népomuc)

Vous dites qu’il est là,
le chef de ma police particulière?

NÉPOMUC
Oui, Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Wanda! c’est impossible!

(haut, à Fritz)

Dans un instant, général,
Je suis à vous
Vous permettez?

FRITZ
Eh bien, je permets.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, attendez-moi.

(à Népomuc)

Suivez-nous, capitaine.

(Elle sort par le fond, suivie de Népomuc)

Scène Septième

FRITZ
Eh bien, voilà!
C’est très embarrassant, n’est ce pas?
Car, si je dis à cette dame:
"Je ne peux pas vous aimer
J’en aime une autre",
Cette dame se fâchera.
Et elle aura tort, après tout car.
Tous les jours, on reçoit
Une invitation à dîner on répond:
"Je ne peux pas à cause
D’une invitation antérieure"
Est ce que ça veut dire qu’on a peur
Que le dîner ne soit pas bon?
Non ça veut dire tout bonnement
Qu’on a reçu une invitation antérieure.
Donc, si cette dame se fâche,
Elle aura tort
Je vais, sans plus de manières,
Faire savoir à la Grande-duchesse
Que je suis invité
Elle en fera part à son amie et voilà!

(Entrent mystérieusement, par le fond,
le prince Paul, Boum et Puck)

Scène Huitième

FRITZ
(à part, en les voyant)
Ah! voilà ces trois messieurs!

PUCK
(bas)
Le voici!

BOUM
(bas, au prince Paul)
Il va nous gêner
Pour ce que nous avons à vous dire.

NÉPOMUC
(entrant par le fond, à Fritz)
Général?

FRITZ
Eh bien, capitaine?

NÉPOMUC
Les affaires de l’état
Retiennent Son Altesse.
Elle m’a ordonné de vous conduire
À votre appartement,
Dans le pavillon de l’aile droite.

PUCK
(bas, au prince Paul)
Dans le pavillon de l’aile droite!

(Le prince Paul ne comprend pas)

FRITZ
(à Népomuc)
Eh bien, allons

(à part)

Je vais lui faire dire que,
Toutes réflexions faites,
Je veux épouser Wanda,
Et l’épouser le plus vite possible.

(haut)

Et maintenant,
Dans le pavillon de l’aile droite!
Messieurs!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Monsieur!

FRITZ
(à Boum, en le narguant)
Eh bien, il a fait son chemin,
Le pauvre jeune soldat!

BOUM
Qu’est-ce que c’est?

FRITZ
Hou! le mauvais général!

(Fritz sort par le fond, suivi de Népomuc)

Scène Neuvième

PUCK
(au prince Paul, avec intention)
Elle a ordonné qu’on préparât pour lui
Le pavillon de l’aile droite!
Vous avez entendu? de l’aile droite!

BOUM
Ça ne m’étonne pas de sa part.

PUCK
Moi non plus!

(au prince Paul)

Je suis sûr que vous
Ne nous comprenez pas.

LE PRINCE PAUL
Pas du tout.

PUCK
Vous allez comprendre

(indiquant le portrait qui est à gauche)

Vous voyez ce portrait qui est là?

LE PRINCE PAUL
Oui je vois.

PUCK
Allez et appuyez vigoureusement
Sur la botte gauche
De ce noble seigneur.

LE PRINCE PAUL
Qu’est-ce que vous dites?

BOUM
On vous dit d’appuyer.

LE PRINCE PAUL
(allant au portrait, puis s’arrêtant avec inquiétude)
Vous allez me faire une farce!

PUCK
Mais non je vous assure.

LE PRINCE PAUL
Je vois ce que c’est il y a un ressort
Et il va m’arriver
Quelque chose dans le nez.

BOUM
Mais non allez donc!

(Le prince Paul pousse le bouton, le portrait
remonte et le panneau s’ouvre lentement:
une bouffée d’air glacé repousse le prince
Paul. Des bruits étranges s’échappent du
couloir. Une clarinette imite dans la
coulisse le cri de la chouette)

LE PRINCE PAUL
Tiens! un aveugle!

BOUM
Non! ce n’est pas un aveugle!

LE PRINCE PAUL
Qu’est-ce que c’est?

PUCK
C’est le cri de la chouette
Il y a longtemps que
l’on n’avait ouvert cette porte.
Il y a plus de deux cents ans.

LE PRINCE PAUL
Vous semblez avoir
Une histoire à me raconter.

BOUM
Une lugubre histoire!

LE PRINCE PAUL
Racontez-moi.

PUCK
Très volontiers.
Il a deux issues, ce couloir...

LE PRINCE PAUL
Comme la plupart des couloirs.

PUCK
... L’une qui donne dans cette chambre,
L’autre qui donne dans
Le pavillon de l’aile droite,
Ce pavillon où sera logé le général.

LE PRINCE PAUL
Aïe!

PUCK
Ici, il y a un portrait d’homme;
A l’autre bout, il y a un portrait de femme.
Ici, pour ouvrir, on n’a qu’à toucher
La botte de l’homme;
Là-bas, on n’a qu’à toucher
Le genou de la femme.

LE PRINCE PAUL
Le genou?

BOUM
C’est un caprice du peintre.
De son vivant, l’homme
Qui est peint ici s’appelait Max,
Il était comte de Sedlitz-Calembourg.
La femme qui est peinte là-bas
S’appelait la Grande-duchesse Victorine,
L’aïeule de notre Grande-duchesse.

LE PRINCE PAUL
Achevez.

BOUM
Ne devinez-vous pas?
C’est une sombre histoire!

PUCK
Les murs de ce palais
En gardent la mémoire!

BOUM
Max était soldat de fortune;
Mais il avait l’œil vif
Et la moustache brune
On l’adorait!
La duchesse, en personne adroite,
A ce galant donna son cœur
Et l’aile droite, pour logement.
Et, dans son amoureuse ivresse,
Max, chaque soir,
Ecoutait venir sa maîtresse
Par ce couloir!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Écoutez, race future,
Écoutez, écoutez la sinistre aventure
Et l’histoire d’amour
Du comte Max de Sedlitz-Calembourg!

PUCK
Un soir, Max, avec épouvante,
N’étant point sourd,
Trouva le pas de son amante
Quelque peu lourd:
Ça lui mit la puce à l’oreille
Trop tard, hélas!
Que ne se sauvait-il la veille?
Ce pas... Ce pas... C’était le pas
D’une douzaine d’assassins,
Qui trouèrent gaîment
La bedaine du favori!

LE PRINCE PAUL
Douze assassins!

BOUM
Au masque noir!

TOUS LES TROIS
Par ce couloir!
Écoutez, race future, etc.

BOUM
Maintenant, me comprenez-vous?

LE PRINCE PAUL
Je vous comprends mais c’est horrible!

PUCK
Il faut qu’il tombe
Sous nos coups!

LE PRINCE PAUL
Le croyez-vous? c’est bien possible

PUCK, BOUM
Il faut qu’il tombe
Sous nos coups!

BOUM
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir!
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

ENSEMBLE
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.

LE PRINCE PAUL
Ce soir, quand il se fera tard,
Écoute, dans ta folle ivresse,
Si tu n’entends pas, par hasard,
Le pas léger de ta maîtresse!

BOUM
Ce pas, ce pas, ce joli pas,
Ce pas, ce pas, ce petit pas!

TOUS LES TROIS
Tu n’l’entendras pas, Nicolas!
Non, non, tu ne l’entendras pas!
Ce pas, ce pas, ce joli pas,
Ce pas, ce pas, ce petit pas!
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.

BOUM
Quand, faisant des rêves de gloire,
Tu te dis: "Je serai Grand Duc!"
Voici venir, dans la nuit noire,
Voici venir Paul, Boum et Puck!

LE PRINCE PAUL
Voici venir Paul!

BOUM
Voici venir Boum!

PUCK
Voici venir Puck!

TOUS LES TROIS
Oui, Paul, Boum, Puck!

ENSEMBLE
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir;
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

(La Grande-duchesse entre par le fond et, voyant le
prince Paul, Boum et Puck, reste à l’écart et écoute)

Scène Dixième

LE PRINCE PAUL
C’est entendu alors, nous conspirons?

BOUM ET PUCK
Nous conspirons!

LE PRINCE PAUL
Dans une heure,
Chez moi ça vous va-t-il?
Nous poserons les bases.

PUCK
Il y aura des rafraîchissements?

LE PRINCE PAUL
Il y en aura.

BOUM
Pas de femmes?

LE PRINCE PAUL
Oh! Boum!
Une conspiration!

LA GRANDE-DUCHESSE
(descendant entre le Prince Paul et Boum)
Si fait, général, il y aura une femme!

TOUS LES TROIS
Son Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, moi!

PUCK
Nous sommes perdus!

LE PRINCE PAUL
Sauve qui peut!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne craignez rien vous êtes
En train de conspirer
contre le général Fritz
Eh bien, je suis des vôtres!

BOUM
Ah bah!

PUCK
(à part)
C’est comme ça?

LE PRINCE PAUL
(à part)
J’aime mieux ça.

LA GRANDE-DUCHESSE
Savez-vous ce qu’il vient de faire
Le général Fritz?
Il vient de m’envoyer
Demander la permission
d’épouser Wanda!
Cette permission, je l’ai accordée
Maintenant, le général est à la chapelle
Et de là, il ira...

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Il ira...?

LA GRANDE-DUCHESSE
Là où vous serez pour l’attendre!
Dans le pavillon de l’aile droite!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
(avec joie)
Dans le pavillon de l’aile droite!

LA GRANDE-DUCHESSE
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir;
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

ENSEMBLE
(en dansant follement)
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.



ACTE III


(La chambre rouge, vieille salle gothique. Porte à
droite, au premier plan; autre porte au deuxième plan,
à gauche; du même côté, au troisième plan, une porte
secrète dissimulée par un tableau représentant la
grandeduchesse Victorine en pied. Au fond, à gauche,
une fenêtre; au fond, à droite, un lit caché par des
rideaux. Entre la fenêtre et le lit, une console. Sièges
des draperies recouvrent les portes du premier plan.
La Grande-Duchesse, puis Boum. au lever du rideau,
la scène est vide et sombre. Entre par la droite la
Gran-Duchesse précédée d'un page qui porte un
candélabre. La chambre s'éclaire. Le page se retire
après avoir posé le candélabre sur la console, alors la
Grande-Duchesse, se voyant seule, pousse un petit cri.
Aussitôt un cri bizarre répond de la coulisse et le
général Boum entre par la première porte de gauche.
Pendant cette scène muette, on entend la musique de
la fête, qui continue au loin)

Scène Première

BOUM
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, général, que fait-il?

BOUM
Il danse.
Quand j’ai quitté le bal,
Il était en train d’exécuter un cavalier seul.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il danse!
Et tout à l’heure,
Cet homme, qui maintenant se trémousse...
Mais aurez-vous le temps de tout
Préparer pour la catastrophe?
S’il allait venir?

BOUM
Pas de danger!
Je lui ai fait savoir que Votre Altesse
Lui défendait de quitter le bal
Avant la fin du cotillon.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment a-t-il reçu cet ordre?

BOUM
Avec une mauvaise humeur évidente
"Comme c’est amusant,
A-t-il dit, un jour de noces!"

LA GRANDE-DUCHESSE
Il a dit cela?

BOUM
Il l’a dit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! il l’aime bien, cette petite!
Mais patience! patience!

BOUM
Que regardez-vous, Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Là, sur ce parquet,
Il y a une grande tache rouge
Quand les étrangers
Visitent ce palais,
On leur montre cette tache,
En leur disant:
"C’est là que le comte Max est tombé!"
Est-ce vraiment là?
Je n’en sais rien.
En tout cas,
Les concierges du palais
Racontent cette histoire
Et s’en font un bon petit revenu.
O grandes leçons du passé!

BOUM
Grave enseignement de l’histoire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ici le drame s’est glissé!

BOUM
Eclair sombre
Dans la nuit noire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça pour que, cent ans après,
Racontant la scène émouvante,
Le concierge de ce palais
S’en fasse une petite rente!

ENSEMBLE
Le concierge de ce palais
S’en fasse une petite rente!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’on a fait, on le refait.

BOUM
L’histoire est comme un cercle immense!

LA GRANDE-DUCHESSE
L’aïeule a commis son forfait.

BOUM
L’enfant vient et le recommence!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça pour que,
Dans deux cents ans,
Exploitant ces scènes navrantes,
Du portier les petits enfants
Aient aussi leurs petites rentes!

ENSEMBLE
Du portier les petits-enfants
Aient aussi leurs petites rentes!

BOUM
À partir de demain, alors,
Il y aura deux histoires à raconter,
Deux taches à montrer
Et deux bons petits revenus
Pour messieurs les concierges!

LA GRANDE-DUCHESSE
Probablement, mais vos complices?

BOUM
Ils m’attendent dans
Ce corridor mystérieux.

(Il montre la porte secrète)

LA GRANDE-DUCHESSE
Ouvrez-leur la porte;
Je vais, moi, me cacher
Derrière cette draperie.

BOUM
J’en suis bien aise.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi ça?

BOUM
Si vous n’aviez pas été là,
Derrière cette draperie,
Notre conspiration
Ça aurait manqué de femmes!

LA GRANDE-DUCHESSE
Gardez-vous cependant
De révéler ma présence
Au dernier moment,
Si je le juge convenable,
Je me montrerai.

BOUM
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Maintenant, faites entrer vos amis
Et tâchez de me mener ça rondement!

(Elle disparaît par la droite)

Scène Seconde

BOUM
(seul, allant au portrait)
Le portrait,
Le voilà c’est
Le genou qu’il faut toucher.

(la porte secrète s’ouvre. Entrent Puck,
le prince Paul, Népomuc et le baron Grog)

Un, deux, trois, quatre
Où sont les autres?

PUCK
Ils viendront quand il en sera temps
Si nous étions venus tous ensemble,
Cette fugue générale
Eût inspiré des soupçons.

BOUM
Vous avez raison.

LE PRINCE PAUL
D’abord, il faut prendre nos mesures.

BOUM
(à Népomuc)
Vous êtes des nôtres, monsieur?

NÉPOMUC
Dès que j’ai su que cela était
Agréable à la Grande-duchesse.

LE PRINCE PAUL
Vous êtes un malin.

NÉPOMUC
Je suis pauvre, monsieur,
Mais je suis ambitieux.

BOUM
Donnez-moi votre main, monsieur.

NÉPOMUC
La voici, général.

BOUM
J’aime les gens de cœur!

(Au prince Paul, en montrant le baron Grog)

Monsieur aussi
Est avec nous, prince?

LE PRINCE PAUL
Oui, général.

TOUT LE MONDE
Baron!

GROG
Messieurs!

PUCK
Monsieur le baron sait de quoi il s’agit?

GROG
(d’un ton dégagé)
Parfaitement!
Il ne s’agit que de tuer un homme.

LE PRINCE PAUL
C’est ici la chambre?

PUCK
Oui; c’est ici que nous le frapperons.

BOUM
Et maintenant, écoutez-moi tous.

(Il tire son sabre)

PUCK
Qu’est-ce que c’est que ça encore?

LE PRINCE PAUL
(effrayé)
Rengainez ça!

TOUS
Oui, oui, rengainez!

BOUM
Quand on se fourre dans ces choses-là,
Il faut y rester jusqu’au bout!
Je coupe en quatre celui qui aurait
Envie de renâcler.

PUCK
Mais personne n’a envie.

BOUM
Si vous avez envie de renâcler,
Dites-le, je vous coupe en quatre!

LE PRINCE PAUL
Rengainez donc!

PUCK
Mais, encore une fois,
Personne n’a envie
Il n’y a pas moyen de discuter
Raisonnablement avec un homme
Comme vous.

BOUM
(remettant son sabre au fourreau)
J’ai dit ce que j’ai dit!

LE PRINCE PAUL
En voilà assez!

(La Grande-duchesse rentre par la droite
et vient se placer entre Boum et Puck)

Scène Troisième

LA GRANDE-DUCHESSE
Sont-elles bonnes, au moins,
Les lames de vos poignards, messieurs?

LES CONJURES
Son Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, messieurs j’étais là décidée
À paraître au dernier moment,
Pour exciter votre courage,
S’il en était besoin;
Mais je vois
Que cela n’était pas nécessaire.

NÉPOMUC
Non, certes.

PUCK
Qu’il vienne, et vous verrez!

BOUM
Je le couperai en quatre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! une prière, messieurs.

PUCK
Dites: un ordre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce que je vous recommande,
Avant tout, c’est, en le frappant,
De ne pas le frapper au visage.

GROG
(dans le coin à gauche et masqué par le
Prince Paul ironiquement)
Ah! ce serait dommage!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui a dit cela?

GROG
(se montrant)
Moi.

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui ça, vous?
Je connais tous les conjurés
Qui sont ici;
Mais vous, je ne vous connais pas.

LE PRINCE PAUL
C’est mon Grog.

LA GRANDE-DUCHESSE
Votre Grog?

LE PRINCE PAUL
Eh! le baron Grog
L’envoyé de papa celui que vous
N’avez pas voulu recevoir.

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog avec intérêt, et passant
près du prince Paul)
Ah! j’ai eu tort.

BOUM
Vous dites?

LA GRANDE-DUCHESSE
(au prince Paul, à Boum et à Puck)
Rien, rien
Allez placer vos hommes, messieurs,
Et, quand vous les aurez placés,
Revenez tous les trois vous,
Baron Grog, restez.

GROG
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, quoi?
Ne m’aviez-vous
Pas demandé une audience?
Cette audience,
Je vous la donne maintenant

(aux conjurés)

Allez, messieurs, allez.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Grog)
Grog, soyez brûlant!

(Boum, Puck et le prince Paul sortent par la première
porte à gauche; la Grande-duchesse les accompagne
un peu. Grog passe à droite)

Scène Quatrième

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qui m’a tout de suite
Frappée, en vous,
C’est que vous avez l’air bon.

GROG
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à fait bon.

GROG
Il vous plaît, alors,
Que nous parlions de mon prince?

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure
Laissez-moi, d’abord,
Me féliciter d’avoir pour ami
Un homme tel que vous.

GROG
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
Sans doute...
Puisque je vous trouve au nombre
De ceux qui doivent me venger!

GROG
Oh! Quant à cela,
J’avoue que ce n’est pas
Précisément par amitié.
Votre Altesse s’obstinait
À ne pas me recevoir:
Ça m’ennuyait de ne rien faire;
J’ai conspiré un brin pour me distraire.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pour vous distraire?

GROG
Pas pour autre chose.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme j’aime
Votre genre de conversation!
Vous dites des choses à faire sauter!
Et votre figure ne bronche pas.

GROG
C’est le résultat de l’éducation.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah!

GROG
Dès mes plus jeunes années,
Ma famille m’a destiné à la diplomatie.
Alors, on m’a appris à avoir l’air froid
Quand j’étais tout petit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il y a longtemps.

GROG
Oui, il y a longtemps
Quand j’étais tout petit,
Toutes les fois que l’on m’attrapait
À ne pas avoir l’air froid,
On me flanquait des coups.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pauvre enfant!
Voulez-vous me permettre
De vous donner un conseil?

GROG
Avec plaisir.

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure,
Quand le moment sera venu,
Quand il faudra taper
Sur le général Fritz,
Ne vous mettez pas en avant
Vous seriez capable d’attraper
Ne balafre qui vous défigurerait.

GROG
Ah! bien!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tenez-vous derrière les autres.
Quand le coup sera fait
Et qu’il n’y aura plus
Qu’à recevoir les récompenses,
Je ferai passer les autres derrière vous.

(Grog fait un petit mouvement des lèvres)

Qu’est-ce que vous avez?
Vos lèvres viennent de faire
Un petit mouvement... comme ça.

(elle l’imite)

Chez un autre, ça ne serait rien...
Mais chez vous,
Ça doit être un éclat de rire.

GROG
Juste!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme je vous connais déjà!
Qu’est-ce qui vous fait rire autant
Que ça, dites-moi?

GROG
Je ne peux pas.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas mon ami, alors?

GROG
Si fait.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien?

GROG
Il y a une heure, vous trembliez
Pour la figure du général Fritz...
Maintenant, vous tremblez
Pour ma figure, à moi.

LA GRANDE-DUCHESSE
(souriant, à part)
C’est vrai, pourtant!

GROG
Si l’on était avantageux,
Si l’on voulait tirer des conséquences.

LA GRANDE-DUCHESSE
Chut! faut pas!

GROG
Non.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne parlons pas de ça!

GROG
Si nous parlions de mon prince?

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure
Qu’est-ce que vous êtes là-bas, là-bas,
À la cour de votre maître?
Chambellan?

GROG
J’ai aussi le grade de colonel,
Au palais seulement.

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous auriez mieux
Que cela à ma cour,
Si vous vouliez quitter
Le service de l’Electeur.

GROG
Malheureusement pour moi,
C’est impossible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Impossible?

GROG
Sans doute!
À moins que Votre Altesse
Ne consente à épouser mon prince.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Aïe! aïe! aïe!

GROG
Il serait tout simple, alors.

LA GRANDE-DUCHESSE
Epouser votre prince...
Nous y voilà revenus!

GROG
Je pensais que nous n’avions
Pas parlé d’autre chose.

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes compliments, baron
Vous êtes un fameux diplomate!

GROG
Je vous en supplie, Altesse,
Prenez mon prince...
Je vous assure que c’est
Un bon petit jeune homme.

LA GRANDE-DUCHESSE
Un fameux diplomate
Il n’y a pas à dire!

GROG
Eh bien, que décidez-vous?

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que je vous dise?
Je n’en sais rien.

GROG
Ah!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça, voyez-vous,
Tout ça danse dans ma tête...
Ça tourne! ça tourne!
Fritz, vous, le prince
Et Puck et Boum dans le fond.
Ferai-je tuer, ne ferai-pas tuer?
Et si je fais tuer quelqu’un,
Qui ce sera-t-il?
Ce sera-t-il Fritz? Ce sera-t-il vous?

GROG
Moi?

LA GRANDE-DUCHESSE
Je n’en sais rien.
Voilà où j’en suis...
Je n’en sais rien, absolument rien.

(Le prince Paul, Boum et Puck rentrent
par la première porte à gauche)

Scène Cinquième

LE PRINCE PAUL, BOUM ET PUCK
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’y a-t-il? Ah! c’est vous, messieurs.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Grog)
Eh bien?

GROG
(bas)
Ça marche.

LE PRINCE PAUL
(bas, avec effusion)
Ah! mon ami!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Boum)
Vous avez placé vos hommes?

BOUM
Oui, Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, allez les trouver derechef
Et dites-leur qu’ils
Peuvent rentrer chez eux.

PUCK
(étonné)
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog, avec intention)
On ne frappera pas.

BOUM
(stupéfait, avec éclat)
Ah! bien, par exemple!

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec sévérité)
Vous dites?

BOUM
Je ne dis rien parce que
Votre Altesse est là...
Mais, si Votre Altesse n’était pas là...
Je dirais que c’est insupportable, à la fin!

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous vous oubliez, ce me semble.

BOUM
Non, mais enfin tout était
Bien convenu,
Bien arrangé et puis,
Au dernier moment,
Vous venez nous dire...

LE PRINCE PAUL
C’est très désagréable,
On se donne du mal
Pour monter une petite partie.

PUCK
Toute la peine était prise il ne,
Restait plus que le plaisir.

LA GRANDE-DUCHESSE
J’ai dit que l’on ne frapperait pas.

BOUM
Mais pourquoi?

LA GRANDE-DUCHESSE
Frapper un homme
Le jour où je me marie,
Cela ne serait pas convenable.

(Etonnement général)

PUCK
Le jour où vous vous mariez!

LE PRINCE PAUL
(avec joie)
Vous l’avez dit,
ma chère, vous l’avez dit!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, je l’ai dit.

LE PRINCE PAUL
Vraiment, vous consentez enfin?

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, oui, je consens.
Remerciez le baron,
Vous lui devez beaucoup;
Je n’ai pu résister à son éloquence.

LE PRINCE PAUL
Ah! Baron!
Tous les ans, au jour de l’an,
Papa me donne le droit
De faire un margrave.
Il aime mieux ça
Que de me donner de l’argent.
Eh bien, je ne vous dis que ça.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, général Boum?
Eh bien, baron Puck?

PUCK
Eh bien, mais, Altesse, il est bien évident
Que le jour où Votre Altesse consent
À couronner les feux dont
Son Altesse brûlait
Pour Votre Altesse il serait malséant de.

BOUM
Je ne dis pas le contraire,
Mais c’est bien désagréable!
Il m’en a fait de toutes les couleurs,
ce Fritz!
Il m’a enlevé ce panache
Qui faisait mon orgueil!
Il m’a enlevé une femme
Qui eût fait mon bonheur!
Et je ne me vengerais pas!

(avec force)

L’ennemi! où est?

LA GRANDE-DUCHESSE
(l’interrompant)
N’est-ce que cela?
Vengez-vous tout à votre aise pourvu,
Bien entendu,
Que vous n’alliez pas jusqu’à.

BOUM
Pourvu que nous ne sortions
Pas des limites de la fantaisie.

LA GRANDE-DUCHESSE
Justement!

PUCK
Alors, si nous trouvons
Quelque bon tour à lui jouer,
Vous nous permettez.

LA GRANDE-DUCHESSE
Non seulement je vous le permets mais,
Voulez-vous que je vous dise?
Cela me fera plaisir.

BOUM
Oh! alors.

LA GRANDE-DUCHESSE
On vous l’amène
Trouvez quelque chose,
Cela vous regarde.
Prince Paul?

LE PRINCE PAUL
Ma chérie?

LA GRANDE-DUCHESSE
Dans deux heures, à la chapelle,
Soyez exact.
Je vais, moi, faire un choix parmi
Les quarante toilettes de mariage
Que j’ai été sur le point de mettre
Pour vous épouser.

(elle se dirige vers la droite, le prince Paul va
pour lui baiser la main, elle la retire en disant:)

Oh! pas encore!
Dieu vous garde, messieurs!

(Elle sort)

PUCK
(à Boum)
Le voici qu’est-ce
Que nous allons lui faire?

BOUM
Je tiens ma fantaisie!
Nous allons lui arranger
Une petite nuit de noces.

(Boum et le prince Paul se rangent près de Grog.
Entrent, par la première porte à gauche, Fritz et
Wanda en mariée; ils sont accompagnés de tous
les seigneurs et dames de la cour. Tous portent
des lanternes dorées)

Scène Sixième

CHŒUR
Nous amenons la jeune femme
Dans la chambre de son mari;
Maintenant nous allons, madame,
Vous laisser seule avec lui.
Nous amenons la jeune femme,
Dans la chambre de son mari!

FRITZ
Bien obligé, messieurs, mesdames
Bien obligé de votre bonne conduite!

(Au prince Paul, à Grog, à Boum et à Puck)

Vous étiez ici, messieurs?

PUCK
Oui, pour vous faire honneur.

FRITZ
Bien obligé aussi!
Mais si, après m’avoir fait
Beaucoup d’honneur,
Vous vouliez me faire
Beaucoup de plaisir.

PUCK
Nous nous en irions?

FRITZ
Eh! bédame!
Allons, messieurs,
Bonsoir, bonsoir!

PUCK
(à Fritz)
Bonne nuit, monsieur, bonne nuit!

LES AUTRES
Bonne nuit!

PUCK
Ce simple mot doit vous suffire;
Vous comprenez ce qu’on veut dire,
Heureux coquin, lorsqu’on vous dit:
Bonne nuit!

TOUS
Bonne nuit!

BOUM
(à Wanda)
Bonsoir, madame, bonne nuit!

TOUS
Bonne nuit!

BOUM
Ce compliment vous fait sourire,
Bien qu’ignorant ce qu’on veut dire,
Jeune épouse, quand on vous dit:
Bonne nuit!

TOUS
Quand on vous dit: bonne nuit!
Bonne nuit!

(Tous, excepté Fritz et Wanda, sortent à gauche. Grog,
Boum, Puck et le prince Paul sortent les derniers, après
avoir salué très profondément les nouveaux époux)

Scène Septième

FRITZ
Enfin, nous voilà seuls!

WANDA
Oui et je n’en suis pas fâchée.

FRITZ
Moi non plus, par exemple,
moi non plus!

WANDA
Mais ce n’est pas cela je veux dire que,
Maintenant que tout le monde
Vous a félicité,
Je puis enfin, moi aussi,
Vous dire mon compliment.

FRITZ
Naïve enfant!

WANDA
Monsieur le général!

FRITZ
Ça fait une différence, n’est-ce pas,
Quand on s’attendait à épouser
Un pauvre jeune soldat,
Et qu’on se trouve, par le fait,
Epouser un général en chef
Couronné par la victoire?

WANDA
Il est clair que dans le premier moment.

FRITZ
Tu es éblouie avoue le,
Naïve enfant.

WANDA
Non mais...

FRITZ
Mais tu es éblouie et pourquoi ça?
C’est parce que tu vois mon panache,
Et mes insignes, et toute ma passementerie
Mais je ne me serai pas plus tôt débarrassé.

(Il ôte son chapeau, sa pelisse et sa sabretache
qu’il pose sur la console du fond)

WANDA
Eh bien, mais qu’est-ce que tu fais?

FRITZ
Je te rassure, naïve enfant, je te rassure.

WANDA
Oh! mais tu as une façon
De rassurer les gens, toi.

FRITZ
Eh bien n’est-ce pas?
Quand on est mari et femme
Car nous sommes mari et femme,
N’est-il pas vrai?

WANDA
Sans doute, sans doute.

FRITZ
Eh bien, alors fais comme moi.

WANDA
Tu dis?

FRITZ
J’ai ôté mon panache
Ôte ton panache aussi.

WANDA
Tout à l’heure.

FRITZ
Pourquoi tout à l’heure?
Toujours cette timidité!
A cause de mon grade n’est-ce pas?
Je suis bien sûr que si,
Au lieu d’être tous les deux ici dans
Un appartement richement décoré,
Nous étions dans ta simple cabane,
Tu n’hésiterais pas tant... mais voilà.
C’est une chose à remarquer que,
Plus on s’enfonce
Dans les classes élevées,
Plus on fait des manières.
Eh bien, il ne faut pas
Il n’y a pas à dire: "ma belle amie",
Il faut te rassurer, à la fin.
O ma Wanda!

(Il la prend par la taille)

WANDA
(se dégageant)
C’est pourtant vrai que j’ai un peu peur.
Faut-il, mon Dieu, que je sois bête!
C’est pourtant vrai
Qu’il m’interdit,
Avec cet or sur son habit
Et son panache sur la tête!
Mon dieu, faut-il que je sois bête!
Pourquoi, diable, avoir peur de lui?
C’est mon mari!

(a ce moment, on entend un violent
roulement de tambours)

Qu’est-ce que c’est que ça?

FRITZ
Je ne sais pas, moi.

(Nouveau roulement de tambours)

CRIS SOUS LA FENETRE
Vive le général Fritz!

WANDA
(remontant près de la fenêtre)
On t’appelle.

FRITZ
C’est une aubade…il n’y a pas à dire:
Mon bel ami, c’est une aubade...
Après ma victoire, c’est bien naturel...
Mais ils auraient pu choisir
Un autre moment.

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

WANDA
Mais ils ne s’en vont pas!

FRITZ
Non, ils attendent
Que j’aille leur parler.
C’est le seul moyen
De les faire partir.

WANDA
Parle leur donc.
Mais tu m’avoueras
que c’est bien désagréable.

(Fritz va à la fenêtre et l’ouvre. Nouveau
roulement de tambours)

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

FRITZ
(à la fenêtre)
Messieurs les tambours...
Je n’ai pas besoin de vous déclarer
Que je suis sensible...
Mais je vais vous dire vous
Ne savez peut-être pas
Je me suis marié aujourd’hui...
Alors, vous devez comprendre...
Bonsoir,
Messieurs les tambours allons,
Bonsoir, bonsoir!

(Il leur jette de l’argent)

NOUVEAUX CRIS.
Vive le général Fritz!

(Les tambours s’éloignent)

FRITZ
(revenant à Wanda, après avoir fermé la fenêtre)
Tu vois, c’est fini. O ma Wanda!
On peut être aimable et terrible!
Je suis un grand chef, j’en conviens
Mais sous le grand chef, vois tu bien,
Tu trouveras l’homme sensible,
À la fois aimable et terrible!
Pourquoi, diable, avoir peur de lui?
C’est ton mari!

(Musique militaire sous la fenêtre)

WANDA
Encore!

FRITZ
Maintenant, c’est la musique.
Nous aurions dû nous y attendre...
Après les tambours,
Il y a toujours la musique.

CRIS SOUS LA FENETRE
Vive le général Fritz!

WANDA
Ah! tu m’avoueras.

FRITZ
Qu’est-ce que tu veux?
Je vais leur parler.

(Il retourne à la fenêtre)

Messieurs les musiciens.

(La musique s’arrête)

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

(On bombarde Fritz de bouquets)

FRITZ
(à Wanda)
Tu vois! ils sont aimables!

(Recevant un bouquet en pleine figure)

Très aimables!

(Wanda ramasse les bouquets, les met sur la table.
Fritz se penche à la fenêtre pour parler aux musiciens)

Messieurs les musiciens
Je suis fâché qu’en venant
Vous n’ayez pas rencontré
Messieurs les tambours.
Ils auraient pu vous dire
Que je me suis marié aujourd’hui...
Alors, vous devez comprendre...
Bonsoir, messieurs les musiciens
Bonsoir, bonsoir!

(Il leur jette de l’argent)

CRIS
Vive le général!

FRITZ
Ils sont partis, je t’assure

(fermant la fenêtre et revenant à Wanda)

O ma Wanda!
Où en étais-je resté?...

(se souvenant)

Ah! reprenons.

(Il va pour l’embrasser. Au même instant, on
frappe violemment à toutes les portes, excepté
à la porte secrète)

WANDA
(effrayée)
Qu’est-ce que c’est encore?

Scène Huitième

CHŒUR
(au dehors)
Ouvrez, ouvrez, dépêchez-vous,
Où nous irons chercher main-forte;
Ouvrez, ouvrez, jeunes époux,
Ou bien nous enfonçons la porte!

WANDA
Mon ami, n’ouvre pas!

FRITZ
As pas peur!

WANDA
O ciel! La porte cède!
Ah! je meurs de frayeur!

(Les portes s’ouvrent. Entrent par celle de gauche le
prince Paul, Puck, Grog et les seigneurs et dames de
la cour; par celle de droite, les demoiselles d’honneur
et les pages)

LE PRINCE PAUL, BOUM ET PUCK
Que le ciel soit béni!
Nous arrivons à temps!

FRITZ ET WANDA
(à part)
Mais que nous veulent Tous ces gens!

PUCK
(venant se placer entre Fritz et Wanda)
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!

(Wanda revient près de Fritz)

CHŒUR
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!

LE PRINCE PAUL
(venant à son tour entre Fritz et Wanda)
Au combat volez tout de suite!
Il s’agit d’être expéditif!
L’ennemi,
Qu’on croyait en fuite,
A fait un retour offensif.

(Wanda repasse près de son mari)

CHŒUR
Au combat volez tout de suite! etc.

BOUM
(même jeu que Puck et le prince Paul)
Notre maîtresse vous invite
A ne point faire le poussif;
On ne vous en tiendra pas quitte,
À moins d’un succès décisif.

(Wanda revient encore près de Fritz)

CHŒUR
Notre maîtresse vous invite, etc., etc.

FRITZ
(allant à Boum)
Mes bons amis, vous oubliez
Que depuis un instant
Nous sommes mariés.

BOUM
Que nous importe! il faut partir!
Il faut aller vaincre ou mourir!

FRITZ
Alors, je vous laisse ma femme.

PUCK
(prenant la main de Wanda)
C’est très bien nous gardons madame.

(Il la fait passer près du prince Paul,
qui cherche à la calmer)

Mais dépêchez
Et vous hâtez.

FRITZ
Qu’ai-je fait de mon ceinturon?

CHŒUR
Qu’a-t-il fait de son ceinturon?

(A mesure que Fritz nomme un objet d’équipement, un
seigneur le passe à Puck, qui le donne à Fritz et l’aide
à le mettre)

FRITZ
Puisqu’il faut que je me harnache,
J’ai besoin de mon ceinturon.

CHŒUR
Le voici, votre ceinturon.

FRITZ
Mais je n’ai pas la sabretache.

CHŒUR
La sabretache!

FRITZ
Et mon panache?
Mon panache?
Apportez-le moi, s’il vous plaît!
Là! je suis complet!

CHŒUR
Il a son plumet!

NÉPOMUC
(entrant par la droite et apportant le sabre. A Fritz)
Arrêtez, monsieur, arrêtez!
J’apporte ce que vous savez!

FRITZ
Encore le sabre!

(le prenant et avec rage)

Si tu savais, sabre de son père,
Comme ton aspect m’exaspère!

CHŒUR
Il faut partir!
Il faut aller vaincre ou mourir!
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!
Au combat volez tout de suite!
A cheval! à cheval!
Prenez le sabre et partez vite!
A cheval! à cheval!

(Boum retient Wanda, qui parvient à s’échapper et
va se jeter dans les bras de Fritz; Boum les sépare de
nouveau, et, lorsque Fritz va sortir, entraîné par Puck,
le rideau tombe.)



ACTE IV


(Au camp. Même décoration qu'au premier acte.
Trois tables servies parmi les tentes: une au troisième
plan, face au public; les deux autres à droite et à
gauche, un peu obliquement)

Scène Première

(Népomuc, Grog, Le Prince Paul, Boum, Puck,
seigneurs, dames de la cour, les deux huissiers,
soldats, paysannes La fin d' un grand déjeuner.
Népomuc, Boum, le prince Paul, Puck et Grog sont
assis à la table du milieu. Les dames de la cour sont
aux deux tables de côté, les seigneurs sont debout
derrière elles. Des soldats et des paysannes garnissent
le fond. Les huissiers versent à boire)

CHŒUR
Au repas comme à la bataille,
Tapons ferme et grisons-nous tous:
Chantons, buvons, faisons ripaille,
En l’honneur des nouveaux époux!

BOUM
(au prince Paul)
Notre aimable maîtresse
À vos désirs se rend enfin!
Et nous buvons, Altesse,
En votre honneur le vin du Rhin!

CHŒUR
Oui, nous buvons, Altesse,
En votre honneur le vin du Rhin!

LE PRINCE PAUL
C’est vraiment chose singulière,
Ne trouvez-vous pas, mes amis?
Hier soir on ne m’aimait guère,
Et ce matin même je suis marié!

CHŒUR
Marié!

LE PRINCE PAUL
De cet hymen si tôt bâclé
Je suis encor époustouflé!

CHŒUR
Epoustouflé!

REPRISE DU CHŒUR
Au repas comme à la bataille,
Tapons ferme et grisons nous tous;
Chantons, buvons, faisons ripaille,
En l’honneur des nouveaux époux!

(La Grande-duchesse entre par le fond, elle descend
la colline, suivie de ses demoiselles d’honneur et de
ses pages)

Scène Seconde

LA GRANDE-DUCHESSE
Messieurs, je vous salue.

PUCK
Messieurs, je vous salue.
Ah! La Grande-duchesse!

LE PRINCE PAUL
Vite, un verre pour Son Altesse!

BOUM
Nous buvons au bonheur
des augustes époux!

LA GRANDE-DUCHESSE
(le verre à la main)
Eh bien, mes chers amis,
je vais boire avec vous!
Il était un de mes aïeux
Lequel, si j’ai bonne mémoire,
Se vantait d’être un des fameux
Parmi les gens qui savaient boire.

CHŒUR
Se vantait d’être un des fameux
Parmi les gens qui savaient boire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Le verre qu’il avait tenait
Un peu plus qu’une tonne entière;
Et son échanson lui versait,
Nuit et jour, du vin dans ce verre.

CHŒUR
Et son échanson lui versait,
Nuit et jour, du vin dans ce verre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! mon aïeul, comme il buvait!
Et quel grand verre il vous avait!

CHŒUR
Ah! comme autrefois l’on buvait!
Et quel grand verre on vous avait!

LA GRANDE-DUCHESSE
Un jour, on ne sait pas comment,
Il le laissa tomber par terre:
"Ah! fit-il douloureusement,
Voilà que j’ai cassé mon verre!"

CHŒUR
"Ah! fit-il douloureusement,
Voilà que j’ai cassé mon verre!"

LA GRANDE-DUCHESSE
Quand on le voulut remplacer:
"Non, dit-il, ce n’est plus le nôtre"
Et mieux il aima trépasser
Que boire jamais dans un autre!

CHŒUR
Et mieux il aima trépasser
Que boire jamais dans un autre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! mon aïeul, comme il buvait!
Et quel grand verre il vous avait!

CHŒUR
Ah! comme autrefois l’on buvait!
Et quel grand verre on vous avait!

LE PRINCE PAUL
Ah! Ma chère femme!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, mon cher mari?

LE PRINCE PAUL
Enfin, nous sommes donc unis!
Nous sommes donc l’un à l’autre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Sans doute sans doute.

LE PRINCE PAUL
Et c’est au baron Grog que je dois
Dites donc, ma chérie,
Il faudra trouver un moyen
De nous acquitter envers lui.

LA GRANDE-DUCHESSE
C’est votre avis?

LE PRINCE PAUL
C’est mon avis.

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog)
Je n’ai rien à vous refuser
Mais que puis-je faire maintenant?
Toutes les faveurs
Dont je pouvais disposer,
Ne les ai-je pas amoncelées
Sur une autre tête?
Baron Puck. Général Boum.

PUCK ET BOUM
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est devenu le général Fritz?
Vous m’aviez assuré
Que je le trouverais au camp.

PUCK
Le général ne peut tarder à venir.
Pour ne pas sortir du programme
Tracé par Votre Altesse,
Pour rester dans la fantaisie
Nous lui avons, le général et moi,
Fait une petite farce.

LA GRANDE-DUCHESSE
Quelle farce?

BOUM
Je vais vous dire.
J’avais, depuis dix ans,
L’habitude d’aller
Tous les mardis soir
Chez la dame de Roc-à-Pic.

LA GRANDE-DUCHESSE
Oh!

BOUM
Chut! Hier, mardi,
Cette dame m’a écrit:
"Ne venez pas ce soir
Il se doute enfin de quelque chose
Il vous attend avec
Sa canne et quelques amis"
Cela m’a donné une idée.
J’ai dit au général Fritz:
"Rendez-vous immédiatement
Au château de Roc-à-Pic;
Vous y trouverez la quarante-troisième
Du cinquante-deuxième
Et la cinquante-deuxième
Du quarante-troisième"

LA GRANDE-DUCHESSE
Et il est allé au château?

PUCK
Il y est allé et,
Au lieu de la quarante-troisième
Du cinquante-deuxième
Et la cinquante-deuxième
Du quarante-troisième,
Il aura trouvé le mari.

GROG
Et sa canne.

BOUM
Une heure pour aller
Chez la dame,
Une demi-heure
Pour causer avec le mari,
Et deux heures pour revenir au camp...
Le général Fritz ne doit pas être loin.

CRIS
(au dehors)
Le général! le général!

BOUM
(à la Grande-Duchesse)
Quand je vous le disais!

(A ce moment, Wanda accourt par le fond à gauche)

Scène Troisième

WANDA
Voici revenir mon pauvre homme!
Dans quel état! ah!
Voyez comme,
En courant après les hauts faits,
Il a déchiré ses effets!

CHŒUR
Il a déchiré ses effets!

(Fritz entre tout effaré par le fond à gauche; il est
dans un état pitoyable: plus d’épaulettes, le panache
tout déplumé, le sabre tordu à la main)

FRITZ
(à La Grande-Duchesse)
Eh bien, Altesse, me voilà!
Hô la la!
Et ce qui m’est arrivé là,
Hô la la!
Peut me compter pour un combat,
Car on m’a mis dans un pitoyable état!
De votre fameux sabre
on a fait le tir’ bouchon que voilà!
Hô la la!
Eh! bédam’!
Voilà le grief
De votre général en chef!

CHŒUR
(se moquant de lui)
Eh! bédam’!
Voilà le grief du général en chef!

FRITZ
J’arrive et je trouve un mari,
Sapristi!
Qui me dit: "Venez par ici, mon ami"
Je lui réponds d’un ton poli: "me voici!"
Aussitôt, à bras raccourci,
Le traître tombe sur Bibi!
J’en suis encor tout étourdi, sapristi!
Eh! Bédam’!
Voilà le grief
De votre général en chef!

CHŒUR
Eh! bédam’!
Voilà le grief du général en chef!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Vous n’avez pas d’autre explication
À me donner de votre conduite?

FRITZ
Comment d’autre explication...
Il me semble pourtant...

LA GRANDE-DUCHESSE
Ainsi, au lieu de venir vous mettre
À la tête de mon armée,
Comme je vous en avais donné l’ordre,
Vous vous êtes amusé
À porter le trouble dans un ménage!

FRITZ
Eh bien, par exemple!

LA GRANDE-DUCHESSE
C’est haute trahison, monsieur,
Et dans quelle tenue
Osez-vous paraître à mes yeux?

FRITZ
Puisque je vous dis.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et le sabre de mon père!
Dans quel état l’avez-vous mis?

FRITZ
C’est l’autre, avec sa canne!

BOUM
(à Fritz)
Mauvais soldat!

FRITZ
Qu’est-ce qu’il dit, celui-là?
Qu’est-ce qu’il dit?

PUCK
(à la Grande-Duchesse)
Il me semble qu’il n’y
A qu’une chose à faire, Altesse.
C’est de réunir un petit conseil de guerre...
Et de le juger là séance tenante.

FRITZ
Un conseil de guerre?

LA GRANDE-DUCHESSE
(l’imitant)
Eh! bédame!

FRITZ
Si vous vous figurez que je répondrai...
On ne peut m’interroger
Qu’en présence de toute
La noblesse du duché.
Je suis Comte d'Avallvintlkatt-
Schopp-Vergismein-niclit!

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité? On ne peut pas vous juger,
Parce que vous êtes
Comte d'Avallvintlkatt-
Schopp-Vergismein-niclit ?
Eh bien, vous ne l’êtes plus.

FRITZ
Eh bien, à la bonne heure!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’en dites-vous, colonel?

FRITZ
Je croyais être général.

LA GRANDE-DUCHESSE
J’ai dit: colonel.

FRITZ
Eh bien, à la bonne heure!
Capitaine, si vous voulez?

LA GRANDE-DUCHESSE
Capitaine, je le veux bien.

FRITZ
Pourquoi pas lieutenant?

LA GRANDE-DUCHESSE
Lieutenant soit!

FRITZ
Et puis sergent, n’est-ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
Sergent, c’est entendu.

FRITZ
Oh bien! Par exemple!

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi t’arrêtes-tu?
Il y a caporal encore.

FRITZ
Oui, caporal et puis, simple soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Simple soldat tu l’as dit!

FRITZ
Simple soldat?

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas autre chose.

BOUM
(à Fritz)
Je te l’avais promis,
Que je te rattraperais,
Mauvais soldat hou! Hou!

FRITZ
Ah! simple soldat!
Eh bien, puisque c’est comme
Ça, je donne ma démission.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien! je l’accepte.

FRITZ
Eh bien! je vous remercie.
Bonsoir, alors!
Viens, ma Wanda.

LA GRANDE-DUCHESSE
Enfin ces grades ces honneurs
Je puis en disposer!

BOUM
(à part)
Quel espoir!

LA GRANDE-DUCHESSE
(au prince Paul)
Prince, je puis suivre le conseil
Que vous me donniez tout à l’heure
Baron Grog, approchez.

GROG
(s’approchant)
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
(enlevant le panache du chapeau de
Fritz et le donnant à Grog)
A vous le panache! prenez le panache!

BOUM
(à part)
O rage!

LA GRANDE-DUCHESSE
(prenant le sabre et le remettant à Grog)
A vous le sabre de mon père!
Prenez le sabre de mon père!

BOUM
(à part)
O fureur!

LA GRANDE-DUCHESSE
À vous, baron,
À vous tous les pouvoirs
Civils et militaires!

GROG
Merci, Altesse,
Ma femme vous bénira.

LA GRANDE-DUCHESSE
(stupéfaite)
Vous avez dit?

GROG
J’ai dit que ma femme vous bénirait.

LA GRANDE-DUCHESSE
(au prince Paul)
Il a une femme!

LE PRINCE PAUL
(d’un air radieux)
Mais, oui, ma chérie,
Le baron a une femme et trois enfants.

GROG
Quatre, mon Prince,
Pendant mon séjour ici,
Il m’en est survenu un quatrième.

LA GRANDE-DUCHESSE
Une femme et quatre enfants!
Baron Grog!

GROG
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Rendez le panache! rendez le sabre!

(Elle les lui reprend)

Reprenez le panache, général Boum!

BOUM
(à part)
Cette fois-ci, je le ferai visser.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Puck)
Baron Puck!
Prenez ce tire bouchon
Nous vous nommons
Conservateur du sabre de mon père!

PUCK
(à part)
Je vais en faire faire un autre.

FRITZ
Eh! Ça va bien!
Ils ont tous quelque chose
Et moi,
Je n’ai rien que mes coups de bâton.

LA GRANDE-DUCHESSE
Voyons,
Je suis bonne qu’est-ce que tu veux?

FRITZ
Être maître d’école dans mon village.

LA GRANDE-DUCHESSE
Tu sais lire?

FRITZ
Non... c’est pour apprendre.

LA GRANDE-DUCHESSE
(riant)
Eh bien, tu es nommé!

FRITZ
Eh bien, je vous remercie!

LA GRANDE-DUCHESSE
(se tournant vers Grog)
Quant à vous, baron Grog.

GROG
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce soir même,
Vous retournerez à la cour de l’électeur,
Notre beau-père.

GROG
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous y annoncerez notre bonheur
Car je suis heureuse
D’avoir épousé le prince,
Bien heureuse!

(Elle serre le bras du prince Paul)

LE PRINCE PAUL
(jetant un petit cri)
Aïe!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que vous voulez y faire?

(a part, regardant Fritz et Grog)

Quand on n’a pas ce que l’on aime,
Il faut aimer ce que l’on a.

BOUM
(à part)
Enfin, j’ai repris le panache!

PUCK
(à part)
Enfin, j’ai repris le pouvoir!

LE PRINCE PAUL
(à la Grande-Duchesse)
Enfin, l’hymen à vous m’attache!

GROG
Enfin, chers enfants,
Je vais vous revoir!

WANDA
(à Fritz)
Retournons dans notre chaumière.

FRITZ
Oui, rentrons chez nous et voilà!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part, regardant le prince Paul)
À la guerre comme à la guerre!
Le bonheur est peut-être là!

FRITZ
Eh bien! je renonce aux combats,
Mais, pour défendre la patrie,
Je promets des petits soldats!

(à Wanda)

Viens-tu nous en, ma bonne amie?

CHŒUR
Il promet des petits soldats,
Qui défendront notre patrie!

LA GRANDE-DUCHESSE
Après avoir, tant bien que mal,
Joué son rôle, on se marie.
¡C’est imprévu, mais c’est moral!
Ainsi finit la comédie.

CHŒUR
C’est imprévu, mais c’est moral!
Ainsi finit la comédie.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! mon aïeul, s’il me voyait,
Ah! quel plaisir ça lui ferait!

CHŒUR
Ah! son aïeul, s’il la voyait,
Ah! quel plaisir ça lui ferait!



ACTO I


(Campamento militar. Tiendas en medio del
campo. A la derecha, en segundo plano, la
entrada de la tienda del general Boum. A la
izquierda, en primer plano, la cantina. Al
fondo, un practicable, representando una
colina en medio de la escena, sube primero
de derecha a izquierda y luego de izquierda
a derecha. Mosquetes, al fondo, en armeros.)

Escena Primera

CORO
Hasta que la hora suene,
la hora heroica del combate,
¡cantemos y bebamos!
¡Corta y buena,
es el lema del soldado!
¡Cantemos, bebamos,
juguemos y bailemos!
hasta que la hora suene,
¡la hora heroica del combate! etc.

(Algunos soldados bailan con las campesinas;
otros juegan a las cartas y a los dados sobre los
tambores; otros beben, etc. Las cantineras van
de unos a otros. Entran Fritz y Wanda)

WANDA
¡Oh, mi Fritz, como me aflige
que te obliguen a marchar!

FRITZ
Vaya, haré prodigios
para volver sin tardanza.
¡Vamos, muchachas,
bailad y girad!
Con vuestras familias
os quedaréis;
pero nosotros, pobres hombres,
pronto iremos,
por poco dinero,
a desafiar a los cañones.
Si la suerte funesta
no puede evitarse,
sepamos aprovechar
el tiempo que nos queda.
Vaciemos nuestros vasos,
bravos guerreros,
y tanto peor, querida,
si es el último.
¡Oh, chicas hermosas,
oh, valiente chicos,
giremos y valsemos,
valsemos y giremos,
como peonzas,
como marionetas
giremos y valsemos,
valsemos y giremos!

TODOS
¡Oh, chicas hermosas, etc.

FRITZ
Cuando, tomando las armas,
nos vayamos,
¡cuántos gritos,
lágrimas y desmayos!
No tengáis miedo, mis bellas,
os escribiremos,
y de nosotros noticias
os daremos.
Vuestro corazón, creo,
permanecerá constante,
a pesar de nuestra ausencia.
Pero, mientras tanto,
vaciemos nuestros vasos,
tomemos un beso,
y tanto peor, querida,
si es el último.
¡Oh, chicas hermosas,
oh, valiente chicos,
giremos y valsemos,
valsemos y giremos,
como peonzas,
como tontos
giremos y valsemos,
valsemos y giremos!

TODOS
¡Oh, chicas hermosas, etc.

(Cuando el vals está más animado, el general
Boum aparece por la derecha. Se detiene
indignado y levanta los brazos al cielo: tiene
un penacho enorme en su sombrero)

Escena Segunda

BOUM
¿Mujeres en el campo?
¡Licencia espantosa!

(Todas las mujeres huyen con un gran griterío)

FRITZ
(aparte)
¡Bien, he aquí al inoportuno!

BOUM
¿Habéis perdido, soldados,
toda prudencia?

FRITZ
¿Acaso para ser militar,
no se puede tener corazón?

BOUM
(acercándose a Fritz)
¡Os atrevéis a responderme!

FRITZ
Pero, general...

BOUM
¡Silencio!
¡Cuando me enfado, se callan todos!
Ya conocen mi rigor.

CORO
¡Cuando se enfada,
nos callamos!
Ya conocemos su rigor.

BOUM
¡A caballo de la disciplina,
siempre en primera línea,
extermino los batallones!
El más fiero enemigo se esconde,
tembloroso y avergonzado,
cuando divisa el penacho
que agito en mi cabeza.
¡Pif, paf, pouf, tara papapoum!
¡Soy el general Boum! ¡Boum!

TODOS
¡Pif, paf, pouf, tara papapoum!
¡Es el general Boum! ¡Boum!

BOUM
En nuestros salones,
después de la guerra, reaparezco;
y la más bella, para gustarme,
no escatima gastos
y acaricia mi bigote,
sonriendo.
En ese momento
mi penacho es muy molesto.
¡Pif, paf, pouf, tara papapoum!
¡Soy el general Boum! ¡Boum!

TODOS
¡Pif, paf, pouf, tara papapoum!
¡Es el general Boum! ¡Boum!
¡Viva el general Boum!

BOUM
¡Muy bien!
Recobro a mis niños,
los valientes soldados
de la Gran Duquesa,
nuestra soberana.

TODOS
¡Viva la Gran Duquesa!

BOUM
Ustedes no son malos,
pero ese Fritz los estropea.

FRITZ
(aparte)
¡Vaya!
¡Ya sabia yo quién había
de llevarse las culpas!

BOUM
¡Fusilero Fritz, venga aquí!

FRITZ
(acercándose)
¿General?

BOUM
¡Mal soldado!

FRITZ
Sé bien de donde viene todo esto...

BOUM
¿Qué está diciendo?

FRITZ
Le digo que sé bien
de donde viene eso,
todo son historias de mujeres.

BOUM
¿Cómo?

FRITZ
Es porque usted hizo la corte
a la pequeña Wanda.

BOUM
¡En absoluto!

FRITZ
Le pido mil perdones,
pero usted le hizo la corte
y ella no le quiso
¡porque está enamorada
de mí y punto!

BOUM
(aparte)
¡Oh, rabia!

FRITZ
Tienen mal gusto las mujeres:
prefieren antes
al joven soldado que al viejo jefe.

BOUM
¡Le meteré
en el calabozo!

FRITZ
Eso no cambiará nada.

BOUM
¡Le haré fusilar!

FRITZ
¡Será peor!

BOUM
¡Mal soldado!

FRITZ
A usted le da igual
que yo sea un mal soldado,
pero soy un hermoso soldado
y eso es lo que le molesta.

BOUM
¡Cállese!

FRITZ
¡Me callo pero eso no cambia nada!

BOUM
Jamás me atrajo
esa pequeña.

FRITZ
Os vuelvo
a pedir mil perdones,
pero usted coqueteó con ella.

Escena Tercera

(Entra Népomuc)

NÉPOMUC
(a Boum)
¡General!

BOUM
Dígame que anuncia
la aproximación del enemigo, señor.
¡Dígamelo, se lo ruego!

NÉPOMUC
No, general.
Vengo a prevenirle
de que la Gran Duquesa
viene a pasar
revista a su regimiento.

BOUM
¿Lo habéis oído, soldados?

NÉPOMUC
Desea que una tienda
sea levantada para ella aquí,
en medio del campamento
de sus soldados.

(Sale)

BOUM
¡Rápido un hombre de guardia!
¡Fusilero Fritz!

FRITZ
(aparte)
¡Siempre yo!

(en alto)

¿General?

BOUM
Usted queda
de guardia, aquí.

FRITZ
¡A pleno sol, naturalmente!

BOUM
¡No replique!

FRITZ
En primer lugar:
¿por qué hacer guardia aquí?

BOUM
Para vigilar la tienda
de la Gran Duquesa.

FRITZ
¡Pero si aún no está levantada!

BOUM
Guardaréis el lugar
donde se levantará.

FRITZ
Entonces, ¿es para impedir que
venga alguien a llevarse el terreno?
¡Le pido un poco
de sentido común, si lo tiene!

BOUM
¿De nuevo suponiendo?

FRITZ
¡Bien, bien!
Sé de donde viene todo esto:
¡las mujeres, ahí está, las mujeres!

BOUM
¡Ah, te haría fusilar si,
en vísperas de una batalla,
no tuviera miedo
de disminuir mis efectivos!

FRITZ
¡Efectivamente!
Usted tiene miedo
de disminuir sus efectivos.

BOUM
¿No tendré yo la última palabra?

FRITZ
¡No, desde luego!

BOUM
Entonces, sería muy tonto
si me obstinara en ello.
¡Soldados, a formar!

(Redoble de tambores: los soldados van a tomar
sus fusiles y se colocan en dos filas al fondo)

¡Sobre el hombro! ¡Armas!

FRITZ
(a Boum)
Y bien ¿dónde van ahora?

BOUM
No es posible, ¡Dios mío!
¡Eso a usted no le incumbe!
¿Es que voy a tener que
darle cuenta de mis movimientos?
¡Soldados! ¡Izquierda!
¡De frente! ¡Marchen!

CORO
¡Pif, paf, puf, tara papapoum!
¡Sigamos al general Boum! ¡Boum!

(Los soldados salen; Fritz se queda de guardia.
Tras el desfile, el general Boum se acerca a Fritz)

BOUM
¡Uh! ¡Mal soldado!

(Sale corriendo, para alcanzar a su tropa)

Escena Cuarta

FRITZ
(solo, montando guardia)
¡Mira que es malvado,
venir a poner mala cara
a un pobre y joven soldado
que no puede responder a su general!
¡Es una cosa
que no se puede comprender!
Es por eso que los generales
tienen grados y honores.
¿Y creen que eso basta
para acercarse a las mujeres? ¡En absoluto!
Resulta que las mujeres prefieren
al joven soldado que no tiene grado
pero que es amable.
Así pues, el viejo general
chincha al joven soldado
y es siempre así;
y mientras el mundo dure,
eso será así.
¡Desde luego que todo esto
son historias de mujeres
y no otra cosa!

(gira la cabeza a la izquierda)

¡Ah, he aquí a la pequeña Wanda!
Cree que voy a ir a su encuentro...
¡Ah, si pudiera!
Viendo que no voy allá, viene ella.

(Wanda entra por la izquierda y se queda por
un momento al fondo)

¡Cómo rabiaría el viejo general,
si viera esto!

Escena Quinta

WANDA
(lejos de Fritz)
¡Estoy aquí, Fritz!
He corrido tanto que estoy, a fe mía, sin aliento.

(acercándose un poco)

Pero, para verte tan malhumorado,
verdaderamente no merecía la pena.
¿Me dices qué te sucede?

(Fritz le muestra su fusil y luego, con un dedo
sobre la boca, indica que no puede hablar )

¿Qué quiere decir esa mueca?
¡Acudo, y estás aquí, helado!
¿Estás mudo, bello granadero?
¿Sólo me sabes amar por signos?

FRITZ
(inmóvil en su puesto)
Debe ser así, porque el reglamento,
¡ay!, me prohíbe hablar.

WANDA
(acercándose)
Acaba esta broma.
Cuando uno ve venir a su buena amiga,
¡señor, debe olvidarse de todo!
¡Rápido, una palabra, o te araño!

FRITZ
No puedo, porque el reglamento,
¡ay!, me prohíbe moverme.

WANDA
Me dice que no, porque el reglamento,
¡ay! le prohíbe moverse.
Y si, para que pierdas la cabeza,
te digo: "¡Ven, gran tonto,
ven rápido a recibir un beso!"
¿me harías esas insultantes muecas?

FRITZ
(yendo rápido hacia ella)
¡Ah, a fe mía, que no!
Porque el reglamento
no me prohíbe abrazar.

WANDA
¡Sabía bien que el reglamento
no prohibía abrazar!

FRITZ
No, mi Wanda, no, el reglamento
¡no me prohíbe abrazar!

WANDA
Sabía bien que el reglamento
¡no prohibía abrazar!

(Fritz la abraza)

AMBOS
¡Al diablo el reglamento!
¡Viva el amor!
¡Al diablo con todo!
¡En este día desafiemos el reglamento
y obedezcamos al amor!

(El general Boum entra por la derecha)

Escena Sexta

BOUM
¡Ah! ¡Ah! ¡Te pillé!

FRITZ
(bajo, a Wanda)
¡Nos han pillado!

(Toma rápidamente su fusil y se pone en guardia)

WANDA
¡Mi Fritz!

BOUM
(a Fritz)
La guardia
que te ordené hacer;
ese movimiento que ordené
hacer a mis tropas;
todo lo he hecho para sorprenderte
y te he sorprendido.

FRITZ
¡Pues mira que bien!
Eso debe daros gusto,
pues es la primera vez
¡que veo que conseguís
uno de sus movimientos!

BOUM
¡Desgraciado!

(Se oye un disparo fuera)

WANDA
(cayendo en los brazos de Fritz)
¡Ah!

FRITZ
¡Mi Wanda!

(Ella se desvanece en sus brazos)

BOUM
¿Qué es eso?
¿Qué ha sido eso?

FRITZ
Puede ser un ataque,
déjeme llevarla de con su madre.

(Segundo disparo de fusil)

BOUM
¡Sí, ve y cuídala bien!

FRITZ
¡Ah! ¿Usted ve, general?
¡Se ve que la ama!

BOUM
¡Ve! ¡Ve!

FRITZ
(a Wanda a quien sostiene siempre)
Vamos a tomar un vaso de aguardiente.

Escena Séptima

(Entra con ella en la cantina. Nuevos disparos.
Por la derecha entra el barón Puck que corre
pasmado, doblado en dos)

PUCK
¡Ah, mi querido Boum!

BOUM
¿Qué sucede?

PUCK
Me pidieron la contraseña.
Absorto como estaba
por las altas combinaciones
de la política,
me olvidé de responder, y luego...

BOUM
¡Pan, pan, ratapán!

PUCK
¡Pan, pan, ratapán! Me dispararon.

BOUM
Era su deber.

PUCK
Afortunadamente, fallaron.

BOUM
Serán castigados por ello.

PUCK
¿Qué dice?

BOUM
Digo que no deberían
haber fallado.

PUCK
Entonces, ¿usted hubiera querido que...

BOUM
Como general, ¡sin duda!
pero como amigo me habría disgustado.

PUCK
¡Menos mal!

BOUM
¿Y a qué debo el honor?

PUCK
Es un asunto delicado.
Vos conocéis la norma que obliga,
en vísperas de una campaña,
a hacer todo lo posible
para que los soldados estén contentos
y así elevar la moral las tropas.

BOUM
¡Sin duda!

PUCK
Esta vez,
hemos imaginado algo que,
creo que es muy ingenioso:
la Gran Duquesa va venir.

BOUM
Lo sé.

PUCK
Se quedará en medio de los soldados
y cuando esté allí,
vos ofreceréis cantar para ella
la canción del regimiento.

BOUM
¡Bien!

PUCK
Su alteza os responderá:
"Pero esa canción, me la sé"
Y la cantará.

BOUM
¿Ella?

PUCK
Ella misma junto con vos, Rudolph,
¡ella la cantará!

BOUM
¡Conmigo! ¡Qué honor!
Pero ¿de verdad que se la sabe?

PUCK
Perfectamente.
La estudiamos durante
dos horas esta mañana.

BOUM
Entonces, asunto resuelto.

PUCK
¡Bien!
Y ahora hablemos
de nuestros propios asuntos.

(le ofrece una pizca de tabaco)

¿Gustáis?

BOUM
No, no de eso...

(Toma del cinturón una pistola de dos cañones
y efectúa un dispara al aire, luego lleva, uno
tras otro, los cañones humeantes bajo su nariz
respirando con fuerza el olor de la pólvora)

¡He aquí mi mezcla!

PUCK
Vos sabéis por qué
hacemos la guerra.

BOUM
¿Yo? ¡En absoluto!

PUCK
Os lo diré.
La Gran Duquesa,
nuestro soberana y mi pupila,
puesto que yo soy su preceptor...

(se quita el sombrero ceremoniosamente
y lo mira con miedo)

¡Ah, amigo mío! ¿Veis esto?

(muestra un gran agujero
en el sombrero)

¡Mirad, la bala!

BOUM
¡Vaya! Pues no lo han hecho tan mal.

PUCK
¡Pues a mí casi me da un soponcio!...
Como me alegro
de llevar sombrero,
¡sin él, estaría muerto!

BOUM
¡Volvéoslo a poner, rápido!

PUCK
(poniéndose el sombrero)
¡Ah! ¡Sí!
Tendrán que tirar más.
Como os decía, la Gran Duquesa,
nuestra soberana y mi pupila
desde hace veinte años,
ha dejado recaer en mí el poder.
Pero he observado que
desde hace algún tiempo,
está inquieta y preocupada.
Me dije:
"He aquí una mujer que se aburre,
hace falta que le encuentre
una distracción"
Entonces, hice declarar la guerra
¡y listo!

BOUM
¡Muy ingenioso!

PUCK
¿Verdad que sí?
¡Distraer a mi pupila!...
Siempre la tuve así.
Con juguetes
cuando era pequeña...
Pero no miremos al pasado.
Más tarde hizo falta otra cosa
y para distraerla,
le busqué un marido.

BOUM
¿El príncipe Paul?

PUCK
Sí pero ese desgraciado príncipe,
que con tanto esmero escogí,
es un perfecto inútil
y no ha producido ningún efecto:
La Gran Duquesa no es capaz
de decidirse a desposarlo
y lo arrastra desde hace seis meses.
Hace ocho días, el padre del joven,
el Elector de Steis-Stein-Steis
Laper-Bottmoll-Schorstenburg,
el Elector, digo,
ha enviado aquí a uno de
sus mejores diplomáticos: el barón Grog,
con la misión de convencer
a nuestra amable soberana
para que pronuncie el sí sacramental.
Pero nuestra amable soberana se ha negado
categóricamente a recibir al Barón Grog
y continúa aburriéndose.
Esperemos que la guerra
la distraiga un poco.

BOUM
Cuente conmigo.

PUCK
Desgraciadamente esta nueva distracción
sólo durará un tiempo.
La princesa tiene veinte años
y no tardará en darse cuenta
de que hay otros placeres.
Su corazón todavía no habló,
pero seguro que hablará pronto.
Y ese día, ¡ay de nosotros,
si no hemos tomado
nuestras precauciones!

BOUM
Me dais miedo.

PUCK
¿Nunca habéis pensado
qué nos ocurriría
si a la princesa se le ocurriera
tener un favorito?

BOUM
¡Saldríamos perjudicados!
¡No hace falta que lo tenga!

PUCK
¡Desde luego que no!

BOUM
¡Ninguna falta!

(Redoble de tambores a cierta distancia.
Népomuc entra por la derecha. Boum se
levanta ansioso)

¡El enemigo! ¿Es el enemigo?

NÉPOMUC
No mi general,
es su alteza quien llega.

BOUM
Está bien, señor,
ordenad que forme la tropa.

NÉPOMUC
¡Sí, mi general!

(Sale)

PUCK
Entonces, queda claro:
El himno del regimiento y...
¡Dentro de ocho días, la victoria!

BOUM
¡Después la vuelta a nuestros hogares!

PUCK
¡Y nosotros dos al poder!

AMBOS
¡Sí, el poder para los dos!

(La tropa llega por la derecha. Las campesinas,
Wanda entre ellas, entran por ambos lados y se
quedan al fondo, tras los soldados. Fritz está en
la fila. Puck pasa a la derecha)

Escena Octava

CORO
¡Descansen! ¡Armas!; ¡Presenten! ¡Armas!
¡Firmes! ¡Erguidos y con vista al frente!
Su alteza es muy hermosa,
y posee muchos encantos.
¡Descansen! ¡Armas!; ¡Presenten! ¡Armas!
¡Firmes! ¡Erguidos y con vista al frente!

(Entra por la derecha la Gran Duquesa con sus
damas de honor; a continuación el Estado Mayor
de jóvenes oficiales con hermosos uniformes. Los
soldados presentan armas. La Gran Duquesa
pasa ante las tropas y parece quedar prendada
de la belleza de Fritz, que está formado en la
primera fila. Escena muda: Fritz está preocupado
por las miradas de la Gran Duquesa)

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, me gustan los militares
con su coqueto uniforme,
su bigote y su penacho!
¡Ah, sí, me gustan los militares!
Su aire de triunfo y sus costumbres,
¡me gusta todo de ellos!
Cuando veo a mis soldados
listos para ir a la guerra,
firmes y erguidos, con la vista al frente,
¡vive Dios que me vuelvo loca por ellos!
¿Van a salir victoriosos o derrotados?
Eso no lo sé, pero sí sé que...

CORO
Ella lo sabe.

LA GRAN DUQUESA
Lo que ella sabe es que yo sé
que me encantan los militares,
con su coqueto uniforme, etc.
Yo sé lo que querría ser:
¡querría ser cantinera!
¡Y así estar cerca de ellos
para emborracharlos!
¡Y junto a ellos, valiente y ligera,
al combate me lanzaría!
¿Disfrutaría de la guerra?
Eso no lo sé, pero sí sé que...

CORO
Ella lo sabe.

LA GRAN DUQUESA
Lo que ella sabe es que yo sé
que me encantan los militares,
con su coqueto uniforme, etc.

TODO EL EJÉRCITO
¡Viva la Gran-duquesa!

LA GRAN DUQUESA
(a Boum)
Estoy contenta, general, muy contenta.

(avanza unos pasos y se detiene mirando a Fritz)

¿General?

BOUM
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
Haga avanzar a ese soldado.

BOUM
(llamando al soldado a la derecha de Fritz)
¡Schwartz!

LA GRAN DUQUESA
No, a ése no, no a Schwartz.

BOUM
(llamando al soldado a la izquierda de Fritz)
¡Schumacher!

LA GRAN DUQUESA
No, no Schumacher, el otro.

(Boum señala a Fritz)

¡Sí, ése!

BOUM
(irritado)
¡Fusilero Fritz, avance tres pasos!

(Fritz avanza tres pasos, presentando armas)

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz)
¿Tu nombre?

FRITZ
Fritz.

LA GRAN DUQUESA
¿Cuántas campañas?
¿Cuántas lesiones?

FRITZ
Ninguna campaña, ninguna lesión;
sin embargo, una vez,
escalando un muro
para robar manzanas,
me lesioné un poco,
pero no sé si se puede contar.
No hubo heridos, efectivamente,
ningún herido.

LA GRAN DUQUESA
¿Soldado raso?

FRITZ
Simple soldado.

LA GRAN DUQUESA
Te asciendo a cabo.

FRITZ
¡Ah!

(Da unos pasos para acercarse a Wanda, que
está al fondo entre las campesinas)

BOUM
(deteniéndolo)
¡Por mil millones de...

FRITZ
¡Está bien, está bien!

(Vuelve a su posición)

LA GRAN DUQUESA
¿Dónde ibas?

FRITZ
Iba a decirle a mi buen amiga
que soy cabo.

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, está bien!

BOUM
¿Bien?

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz)
Dile a tu buena amiga
que eres sargento.

(a Boum)

Haga que rompan filas, general.

BOUM
¡Rompan, filas!
¡Aléjense!

LA GRAN DUQUESA
¿Por qué han de alejarse?
¿No son mis soldados, mis hijos?

PUCK
(bajo, a la Gran Duquesa)
¡Muy bien alteza, muy bien!

LA GRAN DUQUESA
(a los soldados)
Quedaos, amigos míos, quedaos
y charlemos un poco juntos.

(Los soldados se acercan un poco y las
campesinas se sitúa a izquierda y derecha.
La Gran Duquesa se sienta en un tambor
que le lleva una cantinera. Las damas de
honor se colocan a sus lados, en taburetes
plegables que les dan los soldados)

PUCK
(en voz baja, a Boum)
¿Ha observado usted
la obstinación
con la que su alteza
miraba a ese soldado?

BOUM
(en voz baja)
Sí, pero eso no significa nada.

PUCK
(bajo)
Hay que suponerlo todo.
Siendo el preceptor de la Gran Duquesa
la he acostumbrado
a hacer todo lo que le gusta.

BOUM
(en voz baja)
¡Oh, diablos! Observemos, pues.

PUCK
(en voz baja)
Observemos.

LA GRAN DUQUESA
(se vuelva hacia Fritz)
Acércate un poco.

FRITZ
(aproximándose)
¿Alteza?

PUCK
(en voz baja, a Boum)
¡Otra vez!... ¡Ve usted!

BOUM
(en voz baja)
¡Sí, lo veo!

(aparte, mirando a Fritz)

¡Te vas a enterar tú cuando yo te coja!

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz)
Y ¿está contenta, tu buena amiga?

FRITZ
Muy contenta.

LA GRAN DUQUESA
Y tú y tus camaradas, ¿estáis contentos?

FRITZ
¡Pero, señora! Ya sabe, alteza,
estamos contentos y no lo estamos.
¡Es la naturaleza!

LA GRAN DUQUESA
¿Estás bien alimentado?

FRITZ
Sí, bien alimentado, bastante alimentado,
muchas patatas,
incluso muy bien alimentado.

LA GRAN DUQUESA
Y los oficiales,
¿son buenos con los soldados?

FRITZ
Muy buenos, los oficiales,
buenos y muy buenos,
pero hay un general que es muy severo.

LA GRAN DUQUESA
¿De verdad?

BOUM
Pero, alteza.

LA GRAN DUQUESA
¡Dejadle hablar!

FRITZ
Sí, muy severo el general.
Pero sé de donde viene todo:
¡historias de mujeres!
No es otra cosa que historias de mujeres.

LA GRAN DUQUESA
¿Cómo?

BOUM
¡Ah, lo impediré!

LA GRAN DUQUESA
General Boum,
le ordeno que
deje hablar a este hombre.

(a Fritz)

¿Decías?

FRITZ
Sí, el general es muy severo
porque le hizo la corte a mi buena amiga
y ella lo mandó a paseo.

LA GRAN DUQUESA
¡Ah! Pero ¿es que todos están
enamorados de tu buena amiga?
¡Debe ser muy hermosa!

FRITZ
(señalando a Wanda)
Valore usted, es aquella niña de allí.

LA GRAN DUQUESA
Hazla venir.

FRITZ
¡Eh, Wanda!...
No se atreve.
¡Vamos, ven, no seas tímida!
No es como nosotros,
los jóvenes soldados.

(Wanda se adelanta y se coloca delante
de la Gran Duquesa)

LA GRAN DUQUESA
¿Te quiere, este chico?

WANDA
(tímidamente)
Creo que sí, señora.

LA GRAN DUQUESA
Y tú, ¿lo amas?

WANDA
¡Oh, de eso estoy segura!

LA GRAN DUQUESA
¿De verdad?

(aparte)

¡Ah! Entonces ¿qué es esto que siento?

(a Fritz)

¿Te dije que eras teniente?

(Se levanta y también sus damas de honor.
Wanda vuelve a su sitio)

FRITZ
No, puedo aceptar alteza.

LA GRAN DUQUESA
¿Acaso no hablo claro?

(Asombro general)

FRITZ
Os lo agradezco.

PUCK
(bajo, a Boum)
¡Cómo va! ¡Cómo va!

BOUM
(bajo)
¡Estad tranquilo!
He ahí un teniente
que mañana colocaré en la vanguardia.

LA GRAN DUQUESA
Aquí hace mucho calor.

(a sus damas de honor)

¿No tenéis sed, señoras?

IZA
¡Tanta como vos, alteza!

LA GRAN DUQUESA
Sí, yo tengo mucha.

PUCK
¡Vamos a por sorbetes!

LA GRAN DUQUESA
¿Qué habláis de sorbetes?
Quiero beber lo que beben mis soldados.

BOUM
Pero es que ellos beben…

LA GRAN DUQUESA
¡Lo que la cantinera les sirve, sin duda!

(a la cantinera)

¡Cantinera,
acérquese y déme un vaso!

(la cantinera se acerca y le sirve en un
pequeño vaso)

Hasta el borde.
¡Bebo por sus victorias, soldados,
bebo por vuestro regreso!

(Vacía su vaso. Otra cantinera les
sirve a las damas de honor)

TODOS
¡Viva la Gran Duquesa!

PUCK
(bajo, a Boum)
¡Ved mi alumna! ¡Cómo va!

BOUM
(bajo a Puck)
Es el momento, creo,
para la canción.

PUCK
(bajo)
Yo también lo creo.

BOUM
(yendo hacia la Gran Duquesa)
¿Os gustaría, alteza,
puesto que habéis venido
a pasar unos instantes
con vuestros soldados,
oír el himno
de su regimiento?

LA GRAN DUQUESA
(aparte)
¡Ah, muy bien!

(mirando a Puck)

Pero esa canción,
general, la conozco.

BOUM
(fingiendo sorpresa)
¿Es posible, alteza?

LA GRAN DUQUESA
Y, si a usted le parece bien,
hasta yo misma la cantaré.

BOUM
¡Oh, alteza!

LA GRAN DUQUESA
¡Comencemos!

BOUM
¡Hum! ¡Hum!

LA GRAN DUQUESA
¿Acaso va usted a cantar conmigo?

BOUM
Si su alteza se digna permitir...

LA GRAN DUQUESA
¿Un general en jefe? ¡Oh, no!
No comprometamos su dignidad.

(a Fritz)

¡Ven, tú cantarás conmigo!

BOUM
¡Oh, usted no se atreverá!

LA GRAN DUQUESA
¿Perdón?

BOUM
Cantar con un simple teniente...

LA GRAN DUQUESA
¿Un teniente, es poco?
Lo hago capitán ¿es eso suficiente?

BOUM
(inclinándose con aire forzado)
Alteza.

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz)
¡Vamos, señor capitán,
cante conmigo!

Canción del Regimiento

LA GRAN DUQUESA
¡Ah! Es un regimiento famoso,
¡El Regimiento de la Gran Duquesa!

FRITZ
Cuando el enemigo se pone impertinente,
¡hay que ver cómo se apresura
a caer sobre él!

LA GRAN DUQUESA
Dicen que los húsares son buenos,
y qué acogedor es el escuadrón.

FRITZ
Con su cola a la espalda,
que bien luce el dragón.

LA GRAN DUQUESA
Todos saben que
en el cuerpo de artillería,
sólo se enrolan
hombres que tienen valor.

FRITZ
¡Pero nada mejor, a pesar de todo,
que la amabilidad del regimiento!

AMBOS
¡Ah! ¡Son soldados orgullosos!
¡En los combates,
como en el amor,
son siempre los primeros!
¡Así pues, sonad, trompetas,
redoblad, tambores!
¡En honor de la guerra,
en honor de los amores!

CORO
¡Así pues, sonad, trompetas, etc.

LA GRAN DUQUESA
¡Ah! Es un regimiento famoso,
¡El Regimiento de la Gran Duquesa!

FRITZ
Tiene el honor como divisa;
¡y a la victoria, por señora!

LA GRAN DUQUESA
Con su orgulloso estandarte,
cuando llega a alguna parte.

FRITZ
Las mujeres están encantadas,
¡pero los hombres ponen cara larga!

LA GRAN DUQUESA
Y cuando el regimiento se va,
las cosas suceden al revés.

FRITZ
Son los hombres
los que están encantados,
¡pero son las mujeres
las que ponen cara larga!

AMBOS
¡Ah! ¡Son soldados orgullosos!
¡En los combates,
como en el amor,
son siempre los primeros!
Así pues, sonad, trompetas,
redoblad, tambores,
¡en honor de la guerra,
en honor de los amores!

CORO
¡Así pues, sonad, trompetas, etc.

NÉPOMUC
(llegando por el fondo, a la derecha)
¡Señora! ¡señora!

LA GRAN DUQUESA
¿Qué sucede?

BOUM
Esta vez, señor,
¡espero que me anuncie al enemigo!

NÉPOMUC
¡Usted siempre
me dice lo mismo!

(a la Gran Duquesa)

Señora, es el príncipe Paul.
Está detenido en el puesto avanzado
con el barón Grog
y pide la contraseña
para poder pasar.

LA GRAN DUQUESA
¡El príncipe Paul! ¡Caramba!

NÉPOMUC
¿Qué debo responderle?

LA GRAN DUQUESA
¡Vaya a por el Príncipe Paul
y tráigamelo!
¡En cuanto al barón Grog,
no quiero oír hablar más de él!
¡Me negué a recibirlo
y no lo recibiré!

(Népomuc sale por la derecha. A Fritz)

Vaya a ponerse su uniforme,
señor capitán;
y, tan pronto como os lo hayáis puesto,
volved,
quiero ver cómo os va.

FRITZ
Me quedará muy bien.

(Sale)

LA GRAN DUQUESA
(a los soldados)
Vayan, amigos míos, vayan,
que n seguida,
les veré una última vez,
¡antes de la salida para la batalla!

(Los soldados salen. Boum hace pasar a las
damas de honor a su tienda. Las campesinas
se alejan y Wanda sale por la izquierda)

Escena Novena

LA GRAN DUQUESA
(a Puck)
No se aleje, mi querido maestro.

(a Boum)

Usted tampoco, general,
en seguida examinaremos
su plan de campaña.

BOUM
Alteza, es excelente.

LA GRAN DUQUESA
Quiero creerlo,
váyase, le haré llamar.

(Boum y Puck entran en la tienda)

¡El príncipe Paul! ¡Ah!
¡Ahora me es más
insoportable que nunca!

(Entra el príncipe Paul, vestido de novio)

Escena Décima

PRÍNCIPE PAUL
(con aire lastimoso, a la Gran Duquesa)
Pues bien, alteza,
¿no es todavía
para hoy?

LA GRAN DUQUESA
Pero, príncipe
¿qué es ese traje?

PRÍNCIPE PAUL
(satisfecho)
¡Ah, os habéis fijado!
Es un traje de novio;
me lo puse porque
esperaba que hoy os decidierais.

LA GRAN DUQUESA
¿A casarme con vos? ¿Hoy?
Eso es imposible, mi querido príncipe.
Tengo demasiadas cosas que hacer:
un plan de campaña que hay que examinar
¡mi ejército que parte!...
Comprendedlo,
¡no tendré tiempo de casarme!

PRÍNCIPE PAUL
Vos siempre me dais razones.

LA GRAN DUQUESA
¿No son excelentes?

PRÍNCIPE PAUL
¡Desde hace seis meses vos
me dais razones excelentes!
Todavía esta mañana, el barón Grog,
ese mensajero de amor
que vos no quisisteis
admitir en vuestra presencia,
recibió una carta de mi papá.

LA GRAN DUQUESA
¿Y qué dice vuestro papá en esta carta?

PRÍNCIPE PAUL
Dice que todo esto lo molesta,
pues ya va para seis meses que dejé
su corte para venir aquí a desposaos.
Me ha asignado una generosa pensión
para que pueda sostener
mi rango de prometido,
pero que yo me como la pensión
y no me caso.
Eso le molesta.
Ese hombre querría
saber a qué atenerse.

LA GRAN DUQUESA
¿De verdad?

PRÍNCIPE PAUL
¡Señora!
Sí porque,
si no me caso con usted,
papá tomaría otra decisión
y me dirigiría
a otra Gran Duquesa.

LA GRAN DUQUESA
Tranquilizad a vuestro padre el Elector,
este matrimonio se celebrará un día u otro.

PRÍNCIPE PAUL
Vos me decís siempre eso.
Mi matrimonio ha sido anunciado
a todas las cortes del universo.
El universo tiene los ojos en mí,
y debe comenzar a pensar
que soy una figura ridícula.

LA GRAN DUQUESA
¡El caso es si el universo
os ve en este momento!

PRÍNCIPE PAUL
Y luego, todavía hay algo
a lo que soy más sensible...

LA GRAN DUQUESA
¿Y qué es, Dios mío?

PRÍNCIPE PAUL
(sacando de su bolsillo un periódico)
Ved, alteza.

LA GRAN DUQUESA
¿Qué es eso?

PRÍNCIPE PAUL
Es una gaceta impresa en Holanda
en la que hablan de mí.

LA GRAN DUQUESA
¡No me diga!

PRÍNCIPE PAUL
Sí, por Dios,
se atreven a hablar de mí.
Hace algún tiempo apareció
una raza de hombres que se arrogó
la misión de hablar de todo,
de escribir de todo,
con el fin de divertir al público.
Les llaman gaceteros,
se atreven a entrar en la vida privada,
lo que es monstruoso,
y lo que es todavía más monstruoso,
es que osan entrar en mi vida privada,
¡en la mía!
Escuche un poco.

(lee la gaceta de Holanda)

"Para casarse con una princesa,
el príncipe Paul se ha ido,
pero parece que nada urge:
¡el matrimonio se retrasa!
Cada día, cuando aparece la aurora,
el príncipe Paul se pone guantes blancos:
¿es hoy?... No, no todavía.
Entonces el príncipe se quita sus guantes.
El príncipe Paul tiene el alma grande:
sufre, pero se mantiene en silencio"

(con vehemencia)

¡He aquí lo que se dice sobre mí
en la gaceta de Holanda!

LA GRAN DUQUESA
¡Hay que dar siempre crédito
a la gaceta de Holanda!

PRÍNCIPE PAUL
Pero no es todo, alteza,
escuche la continuación.

(leyendo de nuevo)

"El príncipe era todo fuego y llama
al llegar a esta corte.
El príncipe ardía de amor
al llegar cerca de su dama.
Ardió tanto que, suponemos,
después de seis meses de juego
no debe quedar gran cosa de él.
Mete en el bolsillo tu demanda,
príncipe Paul,
y vuelve a tu casa"
¡He aquí lo que se dice sobre mí
en la gaceta de Holanda!

LA GRAN DUQUESA
¡Hay que dar siempre crédito
a la gaceta de Holanda!

(la Gran Duquesa ríe cada vez más)

PRÍNCIPE PAUL
¡Mala!

Escena Undécima

FRITZ
(Con uniforme de capitán)
¡Eh, aquí estoy!

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, está todavía mejor con esto!

(al príncipe Paul)

Mire, príncipe,
y dígame que pensáis vos.

PRÍNCIPE PAUL
Es un bello mozo.

LA GRAN DUQUESA
¿No es verdad que estamos orgullosos
de mandar a tales hombres?

(a Fritz)

¿Señor capitán?

FRITZ
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
(señalando la tienda)
Entre allí y diga al general Boum
y al barón Puck que los esperamos.

FRITZ
¡Bien, iré gustoso a decírselo!

(Entra en la tienda)

PRÍNCIPE PAUL
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
(con impaciencia)
¿Qué queréis ahora?

PRÍNCIPE PAUL
No me habéis respondido.

LA GRAN DUQUESA
¡Qué queréis que os responda, príncipe!
En cuanto
las preocupaciones del gobierno
me dejen un minuto para ocuparme
de mi felicidad particular,
aprovecharé ese minuto
para casarme con vos.
Hasta entonces, tendrá que esperar.

PRÍNCIPE PAUL
(con desesperación)
¡Siempre consigue rechazarme!

(El general Boum, el barón Puck
y el capitán Fritz salen de la tienda)

Escena Duodécima

LA GRAN DUQUESA
Vamos a examinar
el plan de campaña del general Boum.

(al príncipe Paul)

Pienso, príncipe, que vos querréis
ayudarnos con vuestras luces.

PRÍNCIPE PAUL
(en tono enfurruñado)
¡Como deseéis!

LA GRAN DUQUESA
¡Oh, qué malo, está enfadado!

PRÍNCIPE PAUL
(en el mismo tono)
Es verdad que vos
siempre me hacéis asistir al consejo.

LA GRAN DUQUESA
¿No es del todo natural?
Y, puesto que vos debéis ser mi marido,
¿no debéis tener ese privilegio?

PRÍNCIPE PAUL
Es verdad,
vos no me negáis ninguno
de los privilegios de la política,
pero sin embargo hay otros...

LA GRAN DUQUESA
¿Cuáles?

PRÍNCIPE PAUL
(aparte)
¡Timidez fatal!

LA GRAN DUQUESA
¡Siéntense, señores!

(Boum se sienta delante de la mesa,
y Puck en el asiento de la derecha. A Fritz)

¿Usted, capitán?

(Boum le hace señas de que se retire)

Usted velará por nuestra persona.

FRITZ
¡No tengáis miedo!

BOUM
(mirando a Fritz)
Pero, entonces no sé
si debo explicar mis planes.

LA GRAN DUQUESA
No se inquiete por eso, general,
y hable.

BOUM
Nada más simple:
mirad, alteza,
el arte de la guerra puede
resumirse en dos palabras:
cortar y envolver.

LA GRAN DUQUESA
Entonces, ¿cómo una tortilla?

BOUM
Exactamente, alteza.
Así pues, para lograr
cortar y envolver,
he aquí lo que hago:
dividir mi ejército en tres cuerpos.

PUCK
¡Muy bien!

BOUM
Uno lo envolverá por la derecha.

PRÍNCIPE PAUL
¡Muy bien!

BOUM
Otro lo envolverá por la izquierda.

PUCK
¡Muy bien!

BOUM
Y el otro lo cortará por el centro.

PRÍNCIPE PAUL
¡Muy bien!

BOUM
Mi ejército, así dispuesto,
se aproximará por tres itinerarios diferentes
hacia el único punto de encuentro
en que resolví concentrarlo.
¿Y dónde está ese punto único?
No lo sé.
Pero lo que sé bien,
¡es que derrotaré al enemigo!
¡lo derrotaré!

LA GRAN DUQUESA
Conteneos.

PUCK
(a Boum)
Os lo ruego.

BOUM
(con más fuerza)
¡Os digo que lo derrotaré!

LA GRAN DUQUESA
No os digo lo contrario,
pero va a daros un patatús.

BOUM
¡Por mi patria!

(levantándose y sacando su sable)

¡El enemigo! ¿Dónde está el enemigo?
¡Que se me conduzca hasta el enemigo!

(Puck lo calma y lo obliga a sentarse)

FRITZ
(riéndose)
¡Pero usted irá en seguida
por sus tres caminos!

PUCK
(a Fritz, con severidad)
¡Silencio, señor!

FRITZ
(siempre riéndose)
¡Sus tres caminos!
¡Es demasiado fuerte, eso!
¡Sus tres caminos!

BOUM
(furioso)
¿Qué dice?

FRITZ
¡Es tan tonto eso
de los tres caminos!

PRÍNCIPE PAUL
¡Dios mío!

BOUM
¡Le haré fusilar!

PUCK
¡Hablar así al general!

LA GRAN DUQUESA
¡Un poco de silencio, señores!

(a Fritz)

Entonces, señor capitán,
usted dice que no hay nada tan tonto
como esos tres caminos
del general Boum.

FRITZ
(acercándose a la mesa)
Sin duda, ¡lo digo y lo pruebo!

PUCK
(a la Gran Duquesa)
Hago, respetuosamente,
observar a vuestra alteza
que este hombre no tiene
derecho a tomar la palabra.

BOUM
¡No, no tiene derecho!

PUCK
¡Hay que ser oficial superior!

PRÍNCIPE PAUL
¡Hay que ser noble!

BOUM
¡No tiene derecho!

PUCK
¡No tiene derecho!

LA GRAN DUQUESA
¡Silencio, señores!
¡O por mi virtud,
que haré cortar la cabeza
al primero que no se calle!
Entonces, ¿ustedes dicen que
para tener derecho a hablar,
hace falta que sea oficial superior?
¡Lo hago general!

(a Boum)

Como usted.
¿Hace falta que sea noble?
¡Lo nombro
barón de Vermout-von-Bock-Bier, y conde
d’Avall-Vintt-Katt-Schopp-Vergismein-Nicht!
¿Es esto suficiente, señores?
¿Tiene derecho a hablar, ahora?

BOUM
Alteza.

PRÍNCIPE PAUL
(bajo, a Puck)
¡Ah, no puede ser!
¡Ah, no puede ser.

PUCK
(bajo)
¡Silencio, ya hablaremos!

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz)
Sentaos, general,
y decid lo que tengáis que decir.

(Puck se apresura a señalarle a
Fritz el asiento que ocupaba el general)

FRITZ
En lugar de ir al enemigo
por tres caminos...

LA GRAN DUQUESA
(examinando el uniforme de Fritz)
Ve usted, general,
el cuello es un poco elevado,
harían falta seis líneas menos
para despejar el cuello
¡Continuad, amigo mío!

(aparte)

¡Dios mío, qué bello está!

FRITZ
Decía que había que ir
al encuentro del enemigo,
por un solo camino.
Lo encontramos y luego, señora,
allí todos juntos,
¡lo golpearemos mientras se pueda golpear,
lo golpearemos y listo!

LA GRAN DUQUESA
¡Está muy bien!
Ése es el plan
que usted deberá seguir,
general Boum.

BOUM
¡No lo seguiré!

LA GRAN DUQUESA
¿Cómo?

BOUM
Soy responsable ante vuestra alteza
de la sangre de sus soldados.
Con mi plan,
estoy seguro que con mi plan,
no habría batalla posible,
mientra que con el suyo... no respondo de nada.

LA GRAN DUQUESA
¿Así que usted se niega?

BOUM
Me niego.
Qué el señor barón de...
¿Cómo dijo vuestra alteza?

FRITZ
Barón de Vermout-von-Bock-Bier,
y conde d’Avall-Vintt-Katt-
Schopp-Vergismein-Nicht!

(a la Gran Duquesa)

Él entendió bien,
lo hace solo por educación.

BOUM
¡Qué el señor barón
ejecute su plan, si quiere!

FRITZ
¡Ciertamente!

LA GRAN DUQUESA
¿Verdaderamente?
¿Y vos ganaríais la batalla?

FRITZ
O la pierdo como cualquier otro...

LA GRAN DUQUESA
¿Barón de Vermout-von-Bock-Bier?

FRITZ
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
¡Qué el cielo favorezca
el éxito de nuestra armas!
A partir de este momento,
¡usted es el general en jefe
de mis ejércitos!

FRITZ
(a Boum)
¡A mí el penacho, señor!

BOUM
¡Mil millones!

(Puck lo calma, le quita el penacho
y lo pone en el sombrero de Fritz)

FRITZ
(a Boum)
¡Uh! ¡El mal soldado!

BOUM
¡Oh!

PUCK
(bajo)
¡Conteneos!
Somos tres
los que tenemos que vengarnos
y nos vengaremos.

LA GRAN DUQUESA
(mirando a Fritz)
¡Oh! ¡Qué bien está! ¡Qué bien está!
General Fritz, quiero, ahora mismo,
haceos reconocer por el ejército.
Haga formar
a todas las tropas, general Boum.

BOUM
¡Yo! ¿Bajo sus órdenes?

PUCK
(bajo, a Boum)
Obedezca.
Su corazón habló
¡he aquí lo que me temía!

(Boum grita a un oficial, con palabras
precipitadas e inarticuladas. Los soldados
vuelven por la derecha. Las damas de honor
salen de la tienda Las campesinas llegan
del fondo. Wanda se coloca delante de las
campesinas, un poco detrás de Fritz. Durante
este movimiento, el príncipe Paul se ha reunido
con Boum y Puck en el extremo derecho)

Escena Decimotercera

CORO DE SOLDADOS
Nos vamos a la guerra,
¡al redoble el tambor!
Todavía una mirada atrás,
y luego ¡adelante!
Nos vamos a la guerra,
¡al redoble el tambor!

LA GRAN DUQUESA
(a los soldados)
¡Escuchad todos la voz de vuestra soberana!

(señalando a Fritz)

¡He aquí al nuevo general!

CORO
¿Él, nuestro general?

LA GRAN DUQUESA
¡Sí, soldados, y estoy segura
de que esto no acabará mal!

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
(aparte)
¡Unidos por la venganza
seamos inteligentes!
Él está solo y nosotros, ¡qué suerte!,
¡nosotros, somos tres!

WANDA
(a Fritz, acercándose)
¿Tú, general en jefe?

FRITZ
¡Eh, Dios mío, ya lo ves!

WANDA
¡Ah! ¿Vas a olvidarme?

FRITZ
Nena no temas nada.

WANDA
¿Siempre me querrás?

FRITZ
¡Siempre, no lo dudes!

WANDA
¡Dímelo una vez más!

FRITZ
¡Tantas como quieras!

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz y Wanda, con impaciencia)
Cuando hayáis
acabado de hablar,
¿recordaréis que os estoy esperando,
no es cierto?

CORO
¡Echa sobre ellos
miradas furiosas!

LA GRAN DUQUESA
(aparte, conteniéndose)
Pero soy reina,
y mi deber, para guardar mi prestigio,
me obliga a no dejar ver nada.

(alto, a Népomuc)

Vaya, señor,
y déme al instante
lo que usted sabe.

(Népomuc sale por la derecha. La Gran duquesa
hace señas a Fritz para que se acerque)

TODOS
¿Qué puede ser?

(Népomuc entra, lleva en alto un
sable con mucho respeto)

TODOS
¡Un sable!

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz, mostrando el sable)
¡He aquí el sable de mi padre!
¡Vas a ponerlo en tu costado!
Tu brazo es fuerte y tu alma es orgullosa.
¡Esta espada estará bien llevada!
Cuando papá se iba a la guerra,
al menos eso me contaron,
de manos de mi augusta madre
tomaba este acero temible.
¡He aquí el sable de mi padre!
¡Vas a ponerlo en tu costado!

CORO
¡El sable de su padre!
¡Va a ponerlo en su costado!

LA GRAN DUQUESA
(tomando el sable)
¡He aquí el sable de mi padre!
¡Vas a ponerlo en tu costado!
Después de la victoria,
espero volver a verte con buena salud;
porque, si mueres en la guerra,
tendría demasiado miedo, de verdad,
de no tener nunca más sobre tierra
¡un momento de felicidad!

(recuperándose y con nobleza)

¡He aquí el sable de mi padre!
¡Vas a ponerlo en tu costado!

(Le da el sable a Fritz)

CORO
¡El sable de su padre!
¡Va a ponerlo en su costado!

FRITZ
Podéis sin temor
confiar a mi brazo
el sable venerado
de vuestro señor padre.
¡Volveré vencedor,
o no volveré!

LA GRAN DUQUESA
¡Volverás vencedor!

BOUM, PUCK, PRÍNCIPE PAUL
(aparte)
¡No volverá!

CORO
¡Volverá vencedor!

BOUM, PUCK, PRÍNCIPE PAUL
(aparte)
¡No volverá!

CORO
(con energía)
¡Volverá!

BOUM, PUCK, PRÍNCIPE PAUL
(con más energía)
¡No volverá!

(Fritz le da el sable a Wanda, que
lo contempla con admiración)

FRITZ
¡Seré vencedor,
gracias a mi valor!
Mi artillería,
mi caballería,
mi infantería,
todas ellas volverán,
ya lo veo,
¡volverán victoriosas!
Y, al redoble del tambor,
a lo largo de los caminos,
al fondo de los barrancos,
nos esparciremos
e invadiremos;
y cuando el enemigo huya,
lo acosaremos,
lo dispersaremos
¡y lo hundiremos!
Alegremente
nos lanzaremos;
a quemar todo,
saquearlo todo.
¡Será perfecto!
Gracias a la elección que ella hizo
¡será el efecto!
¡perfecto!
Para nosotros llegará,
después de todo esto,
el tiempo del descanso,
¡y nos recibirán como héroes!

BOUM, PUCK, PRÍNCIPE PAUL
Será vencido,
¡será golpeado!
su artillería,
su caballería,
su infantería,
todas ellas serán,
parece que lo estoy viendo,
aplastadas, barridas,
quebradas y dispersadas.
Y en los caminos,
y en los barrancos,
se les abandonará,
se les olvidará;
lo perseguirán,
lo acosarán,
y los enemigos
de nuestro país
alegremente entrarán
y se dispersarán;
lo quemarán todo,
lo saquearán todo
¡estará bien hecho!
Gracias a la elección que ella hizo
¡será el efecto!
¡estará bien hecho!
Y nosotros nos regocijaremos
viendo este desastre,
no pudiendo hacer nada,
nosotros tres nos mondaremos de risa.

LOS OTROS
¡Será vencedor,
gracias a su valor!
Su artillería,
su caballería,
su infantería,
todas ellas volverán,
ya lo veo,
¡volverán victoriosas! etc.
Alegremente iremos / irán,
nos lanzaremos / se lanzarán;
quemaremos todo / quemarán todo,
saquearemos todo / saquearán todo.
¡Será perfecto!
Gracias a la elección que hizo / hice
¡será el efecto!
¡será perfecto!
Para nosotros / ellos llegará,
después de todo esto,
el tiempo del descanso,
¡nos recibirán/les recibiremos
como héroes!

(Durante el coro, el ejército se pone en marcha y
desfilan ante la Gran Duquesa. Fritz marcha en
cabeza)

CORO GENERAL
¡Partamos/partan, la música en cabeza!
¡la música en cabeza, adelante!
¡Vayamos por nosotros/
vayan por vosotros,
esto es una fiesta!
¡Partamos/partan, cantando!
¡Adelante!

LA GRAN DUQUESA
¡Olvidáis el sable de mi padre!

CORO
¡Olvidáis el sable de su padre!

(Fritz acude a recoger el sable y, blandiéndolo,
se pone a la cabeza del ejército. El desfile

continúa con la reanudación del coro)



ACTO II


(Habitación en palacio. A la derecha, en primer
plano, la puerta que conduce a los aposentos
de la Gran Duquesa y, en segundo plano, una
puerta oculta por una pintura de un caballero
armado de pies a cabeza. Otro cuadro a la
izquierda, en frente de él. Puerta en primer
plano, a la izquierda. Al fondo, un gran
ventanal con vistas a una galería, con las
cortinas cerradas. Un telar, taburetes,
sillas plegables. Un ujier, de pie, delante de
los apartamentos de la Gran Duquesa, a la
derecha)

Escena Primera

CORO
Por fin la guerra se acaba,
la campaña va a terminar;
en el transcurso del día,
nuestros enamorados volverán.

IZA
(mira a la izquierda y se levanta,
al igual que las otras damas de honor)
¡El correo! ¡El correo!
¡Rápido, señoritas!
¡Vamos a tener noticias!

NÉPOMUC
(entra por la izquierda)
¿Quién quiere cartas? ¡Helas aquí!

TODOS
¡Por aquí, señor, por aquí!

NÉPOMUC
¡Helas aquí!

TODOS
¡Helas aquí!

NÉPOMUC
(yendo a la puerta de la derecha, al portero)
¡Déjeme pasar, es urgente,
servicio personal de la Gran Duquesa!

(Entra por la derecha, el ujier lo sigue)

TODAS
(cada una con su carta en la mano)
¡Qué inquietud antes de abriros,
cartas del que me adora!
Después de haberos leído,
¡qué placer, leeros
y leeros de nuevo!

OLGA
(abriendo y leyendo su carta)
"Tengo sobre mi corazón
colocado tu retrato
desde que me fui.
Ese amado retrato
me preservó de toda herida y,
si vuelvo sin un rasguño,
¡es gracias a él!"
¡Ah, carta adorada,
cada día, te releeré
y te besaré!

AMELIE
(lo mismo)
"Parece que se va
a acabar la guerra:
vuelvo mañana;
con mucha prisa,
y es mi intención, querida,
después de media mañana,
ir sin tardanza
a ver a tu madre,
¡y pedirle tu mano! "
¡Ah, carta adorada, etc.

CHARLOTTE
(lo mismo)
"Como temblaba
al entrar en combate!
¡Antes de combatir,
me moría de miedo!
Sin embargo
me batí como un león,
¡mi amor por ti
me dio valor!"
¡Ah, carta adorada, etc.

IZA
(lo mismo)
"Teníamos ayer
ganada la batalla,
por lo menos, eso creo;
pero me importa menos
que una brizna de paja
porque para mí,
Iza, mi amor,
nada vale tanto
como un beso tuyo"
¡Ah, carta adorada, etc.

TODAS
¡Ah, carta adorada,
cada día, te releeré
y te besaré!

IZA
(yendo hacia Olga)
¿Qué dice tu carta?

OLGA
Muchas cosas
¿Y en la tuya?

(Iza le muestra su carta)

AMELIE
(a Charlotte)
¡Oh, si supieras!

CHARLOTTE
¡Muéstramela!

AMELIE
Encantada pero,
¿tú me mostrarás la tuya?

CHARLOTTE
¡De acuerdo!

(Se intercambian las cartas)

OLGA
(leyendo la carta de Charlotte)
¡Oh! ¿Te escribe cosas así?

IZA
Sí, ¿el tuyo no?

OLGA
(mostrándole su carta)
El mío también.
¡Ten, mira lo que está subrayado!

Escena Segunda

(Las otras damas de honor hacen lo mismo
en segundo plano. Entran por la izquierda,
el príncipe Paul y el barón Grog)

PRÍNCIPE PAUL
¡Venid, barón, venid!...
Os aseguro que
hoy seréis recibido...

GROG
Quiero creerlo, príncipe.

PRÍNCIPE PAUL
¿Tenéis la carta de la audiencia?

GROG
(la muestra)
Aquí está, príncipe.

PRÍNCIPE PAUL
Entonces todo irá bien...
¡Buenos días, señoritas!...

AMELIE
(riendo)
¡Buenos días, príncipe Paul!

CHARLOTTE
(igual)
¡Pobre príncipe!...

IZA
(igual)
¡Príncipe desdichado!...

PRÍNCIPE PAUL
(a Grog)
Se ríen de mí.

GROG
¡Entiendo!

PRÍNCIPE PAUL
No las culpo...
Señoritas, tengo el honor
de presentarles al barón Grog,
enviado de papá...

LAS DAMAS
¡Señor barón!...

GROG
¡Señoritas!...

PRÍNCIPE PAUL
Él tiene una carta de audiencia
para hoy.

IZA
¿Para hoy?...

PRÍNCIPE PAUL
Sí, para hoy...
¿Quiere usted hacerme el favor
de ir a anunciar a su alteza
que el barón Grog ha llegado?

OLGA
Pero, querido príncipe,
eso no es cosa nuestra.

CHARLOTTE
Deberá hablar con un ayudante de campo.

(Entra por la derecha Népomuc)

AMELIE
¡Ahí llega uno!

NÉPOMUC
¡Gran noticia!...
El general Fritz será
recibido aquí dentro de una hora
con gran pompa...
El vencedor vuelve...
¡Su alteza está encantada!...
¡Encantada!...
¡Encantada!...

(Sale)

IZA
(muy alegre)
¿Vuelven?
¡Vamos a verlos de nuevo!

(Entran Boum y Puck)

PUCK
Vayan rápidamente
señoritas
damas de honor,
¡Apresúrense!...
¡La Gran Duquesa las espera!

BOUM
¡Apresúrense, señoritas!

CORO
¡Ah, carta adorada! etc.

PRÍNCIPE PAUL
¿Y entonces... Grog?

PUCK
Tranquilícese...

GROG
¿Qué?

BOUM
El señor barón va a ser recibido...
¡Ujier, introduzca al señor barón
y haga lo que le ha sido ordenado!...

(a Grog)

Señor barón...

GROG
En seguida, general...

(Se dirige hacia la puerta)

PRÍNCIPE PAUL
¡Vaya, Grog, y sea entusiasta!

(Grog, precedido por el ujier, sale)

Escena Tercera

PRÍNCIPE PAUL
¡Por fin! ¡Ah, señores!...

PUCK
Veamos, señor...

PRÍNCIPE PAUL
¡Usted no puede figurarse
cómo estoy de emocionado!...
¡Ella consiente en recibir al barón Grog!
Lo veo... atraviesa el pasillo
y entra en la pequeña sala de recepción...

BOUM
Sí...

PRÍNCIPE PAUL
Atraviesa la pequeña sala de recepción...

PUCK
Sí...

PRÍNCIPE PAUL
Gira a la izquierda...

(negación de Boum y de Puck)

Se abre la portezuela, se anuncia...
se encuentra en frente...

BOUM
¡Oh, pero... vaya, vaya!...
No es así en absoluto...
el barón no ha girado a la izquierda,
giró a la derecha...
siempre precedido por el ujier...
y se encontró frente a una escalera...
Mientras hablamos,
él debe estar subiendo...
cuando llegue,
atravesará media docena de habitaciones
y se encontrará frente
a otra escalera... que bajará...
volverá a atravesar,
volverá a subir,
volverá a bajar,
volverá a volver atravesar...

PUCK
Volverá a subir...

PRÍNCIPE PAUL
Volverá a volver a bajar...

PUCK
¡Etcétera, etcétera!...
Hasta que llegue
ante una pequeña puerta...
que se abrirá de par en par...
Vuestro Grog encontrará allí su coche...
el ujier lo invitará
educadamente a subir a él
y le dirá que su audiencia
se ha aplazado para otro día...

PRÍNCIPE PAUL
¿Y esa es la orden
de cómo se ha de proceder?...

BOUM
¡Exacto!...

PRÍNCIPE PAUL
¿Y la Gran Duquesa se ha atrevido?...

PUCK
Se ha atrevido...
Pero también es verdad, príncipe,
que debéis de estar loco...
Con todo el respeto que os debo,
debéis estar loco
si habéis supuesto
que el día en que el general Fritz vuelve,
y vuelve vencedor,
la Gran Duquesa se ocuparía
de otra cosa
que de prepararse para recibirlo...

PRÍNCIPE PAUL
¡Fritz! ¡Otra vez él!...
¡Ah! ¡Ese hombre, ese hombre!...

BOUM
Estará aquí en seguida y vencedor.

PRÍNCIPE PAUL
¡Pues bien, qué triunfe!
Pero después...

BOUM, PUCK
¿Después?

PRÍNCIPE PAUL
Nada, no he dicho nada...
Señores, no quise decir nada.

PUCK
(con mirada cómplice a Boum y en voz baja)
¿Éste estará con nosotros?

BOUM
(bajo)
Digámoselo todo...

(disparos de cañón fuera)

¡El enemigo, es el enemigo!

(Saca el sable y quiere abalanzarse)

PUCK
¡No, no es el enemigo!

(con intención)

¡Es nuestro enemigo!

PRÍNCIPE PAUL
¡Es el general Fritz!

BOUM
¡Perdón!
El caso es que hace quince días
que no hago nada
¡Tengo nostalgia de la guerra!

Escena Cuarta

(Entra toda la corte precedida por dos ujieres)

CORO
Después de la victoria,
aquí vuelven nuestros soldados.
Celebremos su gloria,
¡demos gracias
al Dios de los combates!

(La Gran Duquesa entra por la derecha, al verla,
el príncipe Paul, Boum y Puck corren a saludarla
humildemente)

LA GRAN DUQUESA
(aparte)
Así que voy a verlo otra vez,
¡éste es el momento supremo!
¿Podré, al verlo,
ocultarle que lo amo?

CORO
Después de la victoria, etc.

(Entra Fritz)

FRITZ
(a la Gran Duquesa)
Señora, en cuatro días
¡acabé la guerra!
Vuestros soldados vencieron,
¡y los enemigos huyeron!
¡Hoy os devuelvo
el venerado sable
de vuestro señor padre!

(Lo toma de las manos de uno de sus oficiales)

LA GRAN DUQUESA
¡He aquí el sable de mi padre!

TODOS
¡He aquí el sable de su padre!

LA GRAN DUQUESA
(a Népomuc)
¡Qué se devuelva a mi museo de artillería!

(Népomuc sale llevándose el sable.
Dirigiéndose a Fritz)

Y usted, soldado victorioso,
ante toda mi corte enfebrecida,
¡hable, y cuente sus hazañas gloriosas!

TODOS
¡Hable y cuente sus hazañas gloriosas!

FRITZ
Pues voy a decirle, alteza,
el resultado del combate,
y cómo, gracias a mi habilidad,
los enemigos fueron sorprendidos.
Con muy buena formación partimos;
nuestra bandera flotaba al viento y,
cuatro días después,
vimos ciento veintiún mil
hombres maniobrando.
Ordeno entonces detenernos.
Yo tenía un plan, ¡júzguelo!
Ese plan no era demasiado simple
¡uno tiene olfato, aunque no lo parezca!
Tenía trescientas mil botellas,
la mitad vino y la mitad licores:
que hice, ¡escuche bien!,
robar por mis gastadores.
¡Y he aquí que
todo su campo fue alegría!
"¡Vino! ¡bebamos
y emborrachémonos!"
En el vino la razón se ahoga
y yo, con esperanza, esperaba.
Al día siguiente, felicidad insigne,
¡aceptaron el combate!
Los vi colocarse en línea,
¡pero, señor Dios! ¡en qué estado!
Se desperdigan por la llanura,
tambaleándose, rodando, resbalando.
¡Era como un gran campo de avena,
meciéndose a merced del viento!
Delante de su juerguista ejército,
su general, con los ojos encendidos,
brinca, borracho como una cuba,
y me grita: "¡ohé, ohé!"
Le respondo:" ¡ven, mi vieja!"
En seguida, el pobre tonto
se enfada, blande su botella
y tropezando, ¡avanza!
¡Fue para morirse de risa!
Ver un general alegre
con un ejército entero
cantando torpemente.
¡Ah! ¡La batalla fue una bufonada!
Empujando a uno, todos caían.
Además, no matamos a nadie:
¡hubiera estado mal!
Pero es igual,
nuestros soldados lo hicieron de maravilla
y por la tarde, esto los halaga,
por la tarde sobre el campo lleno de botellas.
¡se acostaron victoriosos!

TOUS
¡Viva el general Fritz!

LA GRAN DUQUESA
¡Mis felicitaciones, general!
Habla usted tan bien como combate.

(a su corte)

Señoras y señores.
Esta imponente
ceremonia llega a su fin.
El interés de nuestro
Gran Ducado de Gérolstein
exige que digamos
al general Fritz
cosas que no pueden ser oídas
nada mas que por él...
Os permitimos retiraos.
¡Salid!

PRÍNCIPE PAUL
(bajo, a Puck)
¡Sola con él!

BOUM
(bajo)
¡Cómo va! ¡Cómo va!

PUCK
(bajo)
¿Y permitiréis esto, príncipe?

PRÍNCIPE PAUL
(igual)
¡Oh, si hubiera un remedio!

BOUM
(igual)
Tal vez, haya uno...

LA GRAN DUQUESA
(a la corte)
¡Salid!
¡Señoras y señores de la corte, salgan!

REACTIVACIÓN DEL CORO
¡Después de la victoria,
aquí vuelven nuestros soldados! etc.

(Toda la corte se aleja por el fondo.
La Gran duquesa y Fritz quedan solos)

Escena Quinta

LA GRAN DUQUESA
¡No hay nadie!

FRITZ
¿Eh? ¡No, no hay nadie!

LA GRAN DUQUESA
¡General!

FRITZ
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
Estoy contenta de veros.

FRITZ
Y yo también.

LA GRAN DUQUESA
Gracias.

FRITZ
No hay de qué, verdaderamente,
no hay de qué.

LA GRAN DUQUESA
Me felicito por lo que hice.
Cuando posé
mi mirada sobre vos,
erais tan sólo un soldado.

FRITZ
Un pobre y joven soldado.

LA GRAN DUQUESA
Os hice general en jefe
y habéis vencido al enemigo.

FRITZ
¡Sí, caramba!

LA GRAN DUQUESA
¿Queréis que hablemos
de las recompensas que os son debidas?

FRITZ
Lo quiero, alteza, pero ¿para qué?

LA GRAN DUQUESA
¿Cómo?

FRITZ
Pues veréis, puesto que soy general en jefe,
razonad un poco:
puesto que soy general en jefe,
no puedo ascender más.

LA GRAN DUQUESA
¿Es eso lo que creéis?

FRITZ
¡Señora! Me parece
que ya tengo el penacho,
y no puedo tener nada más.

LA GRAN DUQUESA
En lo militar, es posible, pero...

FRITZ
¿Pero?

LA GRAN DUQUESA
Pero en lo civil...

FRITZ
¡Ah, ah!

(aparte)

No comprendo nada de nada,
pero no importa,
puesto que quiere darme
alguna otra cosa...

LA GRAN DUQUESA
Primero, seréis alojado en palacio:
eso ha sido decidido, esta mañana,
a propuesta del general Boum.

FRITZ
¿A propuesta del general Boum?

LA GRAN DUQUESA
Sí, es una idea que le vino
por mi orden.

FRITZ
(riendo)
¡Cómo rabiaría!

LA GRAN DUQUESA
¿Queréis que le exilie?

FRITZ
¡Oh, no!
No es mal hombre
en el fondo.
Todo esto es, historia de mujeres,
todo es historia de mujeres.

LA GRAN DUQUESA
¿De mujeres?

FRITZ
¡No es otra cosa!

LA GRAN DUQUESA
¡Qué felices son
las mujeres del campo!
Cuando una mujer del campo
quiere a un hombre del campo
ella va y, lisa y llanamente, le dice.

FRITZ
"Chico, te quiero"

LA GRAN DUQUESA
¡Con un buen empujón!
Pero en nuestras esferas,
es otra cosa.
Y nosotras, cuando alguien nos gusta,
estamos obligadas
a dar rodeos,
a hacernos entender con pistas.
Así pues, ved, aquí mismo, en mi corte,
hay una mujer que está loca por usted.

FRITZ
¿En la corte? ¡Vamos!

LA GRAN DUQUESA
Y bien, en lugar de ir
lisa y llanamente a vos y deciros.

FRITZ
¡Con un buen empujón!

LA GRAN DUQUESA
Ella me lo dice a mí.

FRITZ
¿A vos?

LA GRAN DUQUESA
A mí.

FRITZ
¡Oh, pero luego dirán
que es una intriga!

LA GRAN DUQUESA
Es una intriga.

FRITZ
Hay que reírse,
hay que reírse de todo aquí.

LA GRAN DUQUESA
¿Cómo, es necesario?

FRITZ
(aparte)
¡Ah, diablo!
No parece que haga falta,
pongámonos serios.

(en alto)

¡Bien!
Pero dígame primero,
¿esa dama es bella?

LA GRAN DUQUESA
Mis cortesanos afirman
que es la más bella.
En cuanto a su posición,
no hablemos de eso.

FRITZ
¿Por qué?

LA GRAN DUQUESA
Digamos sobre eso sólo una palabra:
esos grados, esos honores,
con los que quiero colmaos,
¿deseáis guardarlos, sin duda?

FRITZ
¡Poneos en mi lugar!

LA GRAN DUQUESA
¡Eh! Mi buen mozo,
mientras estuvisteis allí,
¿os enfadaba no atrapar
alguna cosa inamovible?

FRITZ
¿Inamovible?

(aparte)

Debe ser un nuevo grado.

LA GRAN DUQUESA
¡Bien!
Sabed que la persona
de quien os hablo
es lo bastante poderosa
como para obtener todo lo que vos queráis.

FRITZ
¡Ah, diablo! ¡Ah, caramba!

LA GRAN DUQUESA
Vuestro futuro está en sus manos,
estoy segura de eso,
¿usted sabe de quién hablo?

FRITZ
Una única palabra más, y lo sabré.

LA GRAN DUQUESA
¿Qué palabra?

FRITZ
El nombre de esa mujer.

LA GRAN DUQUESA
¿El nombre?

FRITZ
Sí.

LA GRAN DUQUESA
No está prohibido adivinarlo,
pero, ese nombre no podemos decirlo.

FRITZ
(aparte)
¡Diablos, qué molesto es todo esto!

(en alto)

¿De verdad que no me lo podéis decir?

LA GRAN DUQUESA
¡Es una intriga!...

FRITZ
¿Una intriga amorosa?

LA GRAN DUQUESA
Vos lo habéis dicho,
una intriga amorosa.

FRITZ
Así, pues,
¿vuestra amiga os dijo
que me dijerais algo?

LA GRAN DUQUESA
He aquí lo que dijo mi amiga:
Cuando usted lo vea, os lo ruego,
dígale lo que usted sabe.
Dígale que lo observo, distinguido;
dígale que lo encuentro amable,
dígale que, si él quisiera,
¡no sé de qué se sería capaz!
¡Ah! Si quiere añadir
flores a las palmas de la gloria,
¡el vencedor podría conseguir rápidamente
otra victoria!
¡Dígale que apenas lo vi, me gustó!
¡Dígale que pierdo la cabeza!
Dígale que el ladrón,
se ha apoderado de mí de tal modo
que me vuelvo tonta.
¡Ay de mí, fue instantáneo!
Tan pronto como apareció,
todo mi ser,
todo mi corazón a él se lo di.
¡Sentí que tenía un dueño!
Dígale que, si no quiere mi muerte,
dígale (hablo por ella),
dígale que responda: ¡sí!
¡Dígale que lo amo y que soy bella!
Bien, respóndame ahora.

FRITZ
(aparte)
Mi fortuna depende
de que sea inteligente.

LA GRAN DUQUESA
Responda, con dos palabras deben bastar,
a la dama ¿qué debo decirle?

FRITZ
Dígale que soy sensible...

LA GRAN DUQUESA
Se lo diré.

FRITZ
... que su discurso me agrada...

LA GRAN DUQUESA
Se lo diré.

FRITZ
... y que con todo mi corazón me apresuro...

LA GRAN DUQUESA
Se lo diré.

FRITZ
... a devolverle la cortesía.

LA GRAN DUQUESA
Se lo diré.

FRITZ
(aparte)
Digo todo esto pero,
doy mi palabra
de que no comprendo nada
¡Pero nada de nada!
¡Y que el diablo me confunda,
si conozco a esa persona!

LA GRAN DUQUESA
¿Y bien?

(aparte)

Lo ha comprendido todo en un momento,
pues su corazón es inteligente.

FRITZ
(aparte)
¡No comprendo absolutamente nada!
Sin embargo soy inteligente.

(aparte)

¡Pues bien!
Esos grados, esos honores, el penacho...
Es evidente que
quiero conservarlo todo...
Entonces,
esa gran dama que me quiere
sería el mejor medio ¿no?

LA GRAN DUQUESA
¿General?

FRITZ
(siempre aparte)
Pero Wanda... también está Wanda,
Es una situación muy embarazosa.

LA GRAN DUQUESA
(más alto)
¿General?

FRITZ
(volviéndose)
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
Venid aquí, cerca de mí.

FRITZ
(aparte)
Es muy embarazoso.

LA GRAN DUQUESA
No, no, siéntese aquí...

(Señalando las condecoraciones de su pecho)

¡Qué bien le están esas insignias!
Si vos no tenéis suficientes,
pedidme más.
Pero me distraigo ¿dónde estábamos?
Esa mujer
de quien acabo de hablarle,
vos no habéis respondido.
En suma, vos os habéis quedado
en las generalidades.

FRITZ
¡Eh, atiza! Puesto que ya soy general...

LA GRAN DUQUESA
¡Ah! ¡Encantador, encantador!
Pero dejemos los juegos de palabras
hay que responder.

FRITZ
¡Ah, bien!
Esta dama no sólo
os ha pedido la comisión,
parece que ella os rogó
que le llevéis una respuesta.

LA GRAN DUQUESA
¡Justamente! ¿Y bien?

(Ella juega con el collar de la orden
que Fritz lleva en el cuello)

FRITZ
¡Ah!

LA GRAN DUQUESA
¿Qué sucede?

FRITZ
Jugando con el collar,
vos me hacéis un poco...

LA GRAN DUQUESA
Perdóneme.

FRITZ
¡Bien, os perdono!

LA GRAN DUQUESA
Pero quiero esa respuesta.
Si vos estuvierais cerca de esa mujer,
así, como lo estáis ahora cerca de mí,
¿qué le diríais?

FRITZ
¡Eh, caramba!

LA GRAN DUQUESA
¡No está mal!
Es una palabra que vos,
tal vez, decís a menudo,
¡pero la decís tan bien!
¿Y qué decís después de decir?
"¡Eh, caramba!"?

FRITZ
¿Después?
¿Queréis que os lo diga?
¡Sería muy embarazoso!

(Népomuc entra por el fondo)

Escena Sexta

NÉPOMUC
Alteza.

LA GRAN DUQUESA
¿Quién viene? ¿He llamado?

NÉPOMUC
El jefe de vuestra policía
os ruega que leáis este mensaje.

LA GRAN DUQUESA
(con impaciencia)
¡Ah, no tengo tiempo ahora!

NÉPOMUC
Le pido perdón a su alteza,
parece que es muy importante.

LA GRAN DUQUESA
Dame.

(Toma el mensaje)

FRITZ
(aparte)
¡Ah, si no estuviese Wanda!
¡Pero está Wanda!
¡Todo esto es muy embarazoso!

LA GRAN DUQUESA
"Escándalo público...
conducta indecorosa del general Fritz...
Joven chica llamada Wanda
traída por él a la ciudad..."

(se interrumpe, para sí)

¡Oh, oh, tengo que saberlo todo!

(en voz alta a Népomuc)

¿Y dice usted que está aquí,
el jefe de policía?

NÉPOMUC
Sí, alteza.

LA GRAN DUQUESA
(aparte)
¡Wanda! ¡Es imposible!

(alto, a Fritz)

En un momento, general,
estaré con vos.
¿Si me permitís?

FRITZ
¡Por supuesto, permito!

LA GRAN DUQUESA
Bien, espéreme.

(a Népomuc)

Seguidme, capitán.

(Sale por el fondo, seguida de Népomuc)

Escena Séptima

FRITZ
¡Bien!
Esto es muy embarazoso ¿no es cierto?
Porque si le digo a esa dama:
"No puedo amarla
porque amo a otra",
esa dama se enfadará.
Estará equivocada, pero lo hará igual.
Cuando al recibir una invitación a cenar,
con frecuencia se responde:
"No puedo a causa
de una invitación anterior"
¿Eso quiere decir que se tiene miedo
de que la cena no sea buena?
No, eso quiere decir, lisa y llanamente,
que se recibió una invitación anterior.
Entonces, si esta dama se enfada,
ella tendrá la culpa.
Iré derecho
a decirle a la Gran Duquesa
que ya estoy invitado,
ella se lo dirá a su amiga ¡y listo!

(Entran misteriosamente por el fondo
el príncipe Paul, Boum y Puck)

Escena Octava

FRITZ
(aparte, viéndolos)
¡Ah, aquí llegan esos tres!...

PUCK
(bajo)
¡Está aquí!

BOUM
(bajo, al príncipe Paul)
No podemos hablar,
mientras él esté aquí.

NÉPOMUC
(entrando por el fondo, a Fritz)
¿General?

FRITZ
¿Y bien, capitán?

NÉPOMUC
Asuntos de estado
retienen a su alteza.
Me ha ordenado que os conduzca
a vuestros apartamentos,
en el pabellón del ala derecha.

PUCK
(bajo, al príncipe Paul)
¡En el pabellón del ala derecha!

(El príncipe Paul no comprende nada)

FRITZ
(a Népomuc)
Bien, vamos.

(aparte)

Voy a decirle
que habiendo reflexionado,
quiero casarme con Wanda,
y casarme lo antes posible.

(alto)

¡Y ahora,
al pabellón del ala derecha!
¡Señores!

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
¡Señor!

FRITZ
(a Boum, burlándose)
¡Parece que se abrió camino,
el humilde y joven soldado!

BOUM
¿Qué dice?

FRITZ
¡Uh, mal general!

(Fritz sale por el fondo, seguido de Népomuc)

Escena Novena

PUCK
(al príncipe Paul, con intención)
¡Ordenó que se preparara para él
el pabellón del ala derecha!
¿Entendió? ¡Del ala derecha!

BOUM
De ella, eso no me sorprende.

PUCK
¡A mi tampoco!

(al príncipe Paul)

Estoy seguro de que usted
no nos comprende.

PRÍNCIPE PAUL
En absoluto.

PUCK
Ya comprenderá usted...

(indicando el retrato a su izquierda)

¿Ve ese retrato de allí?

PRÍNCIPE PAUL
Sí lo veo.

PUCK
Vaya y apriete vigorosamente
sobre la bota izquierda
de ese noble señor.

PRÍNCIPE PAUL
¿Qué dice usted?

BOUM
Le decimos que apriete.

PRÍNCIPE PAUL
(va hacia el retrato pero se detiene con inquietud)
¿Van a gastarme una broma?

PUCK
Le aseguro que no.

PRÍNCIPE PAUL
Veo que aquí hay un resorte
y que algo
me dará en la nariz.

BOUM
¡Eso no va a pasar!

(El príncipe Paul presiona el resorte y el retrato
se eleva descubriendo una oquedad por donde
entra una bocanada de aire helado que empuja
al príncipe Paul hacia atrás. Ruidos extraños se
escapan del pasillo. Un clarinete imita entre
bastidores el grito de la lechuza)

PRÍNCIPE PAUL
¡Toma ya! ¡Un pasillo ciego!

BOUM
¡No, no es un pasillo ciego!

PRÍNCIPE PAUL
¿Qué es?

PUCK
Es el grito de la lechuza.
Hace mucho tiempo que
no se abría esa puerta.
¡Más de doscientos años!

PRÍNCIPE PAUL
Usted parece tener
una historia que contarme.

BOUM
¡Lúgubre historia!

PRÍNCIPE PAUL
Cuénteme.

PUCK
Con mucho gusto.
Este pasillo tiene dos salidas...

PRÍNCIPE PAUL
Como la inmensa mayoría de los pasillos.

PUCK
... una que da a esta habitación
y otra que da
al pabellón del ala derecha.
¡El pabellón donde se alojará el general!

PRÍNCIPE PAUL
¡Ay!

PUCK
Aquí, hay un retrato de hombre;
en el otro extremo, un retrato de mujer.
Aquí, para abrir, tenemos que tocar
la bota del caballero;
allí, tenemos que tocar
la rodilla de la mujer.

PRÍNCIPE PAUL
¿La rodilla?

BOUM
Un capricho del pintor.
En vida, el caballero
aquí retratado se llamaba Max,
fue conde de Sedlitz-Calembourg.
La mujer retratada allá,
se llamaba Gran Duquesa Victorine,
la abuela de nuestra Gran Duquesa.

PRÍNCIPE PAUL
Continúe.

BOUM
¿No lo adivina usted?
¡Es una historia sombría!

PUCK
¡Las paredes de este palacio
la guardan en su memoria!

BOUM
Max era soldado de fortuna;
pero tenía los ojos brillantes
y el bigote moreno.
¡Lo adoraban!
La duquesa, con prudencia,
a ese galán dio su corazón
y el ala derecha para vivienda.
¡Y, en su enamorada embriaguez,
Max, cada tarde,
oía venir a su amante
por este pasillo!

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
Escuchad, raza futura,
escuchad, escuchad la siniestra aventura
y la historia de amor
¡del conde Max de Sedlitz-Calembourg!

PUCK
Una tarde, Max con espanto,
no siendo sordo en absoluto,
encontró el paso de
su amante un poco pesado
y eso le puso la mosca en la oreja.
¡Demasiado tarde, por desgracia!
¿Por qué no se salvó la víspera?
¡Ese paso... ese paso...
¡era el paso de una docena de asesinos,
que agujeraron alegremente
la barriga del favorito!

PRÍNCIPE PAUL
¡Doce asesinos!

BOUM
¡Con máscara negra!

LOS TRES
¡Por ese pasillo!
Escuchad, raza futura, etc.

BOUM
¿Me comprende usted ahora?

PRÍNCIPE PAUL
¡Le comprendo, pero es horrible!

PUCK
¡Es necesario que caiga
bajo nuestros golpes!

PRÍNCIPE PAUL
¿Así lo cree usted? Es muy posible...

PUCK, BOUM
¡Es necesario que caiga
bajo nuestros golpes!

BOUM
Desde esta tarde,
en la habitación al final del pasillo,
alojemos pues a ese galán,
¡allá, en el fondo del corredor!

JUNTOS
Lo alojaremos pues, y desde esta tarde, etc.

PRÍNCIPE PAUL
Esta tarde, cuando sea tarde,
escucha, en tu loca embriaguez,
si no oyes, por casualidad,
¡el paso ligero de tu amante!

BOUM
Ese paso, ese paso, ese hermoso paso,
¡ese paso, ese paso, ese pequeño paso!

LOS TRES
¡No lo sentirás, tonto!
¡No, no, no lo sentirás!
Ese paso, ese paso, ese hermoso paso,
¡Ese paso, ese paso, ese pequeño paso!
Alojémoslo pues, y desde esta tarde, etc.

BOUM
Cuando, teniendo sueños de gloria,
te dices:"¡seré Gran Duque!"
aquí vienen, en la negra noche,
¡aquí vienen Paul, Boum y Puck!

PRÍNCIPE PAUL
¡Aquí viene Paul!

BOUM
¡Aquí viene Boum!

PUCK
¡Aquí viene Puck!

LOS TRES
¡Sí, Paul, Boum, Puck!

JUNTOS
Desde esta tarde alojémoslo pues
en la habitación del final del pasillo;
alojemos a ese galán,
¡allá, en el fondo del corredor!

(La Gran Duquesa entra y al ver al príncipe Paul,
a Boum y a Puck, queda aparte y escucha)

Escena Décima

PRÍNCIPE PAUL
Entonces, queda claro, ¿conspiramos?

BOUM, PUCK
¡Conspiramos!

PRÍNCIPE PAUL
¿Dentro de una hora,
quedamos en mi casa?
Allí sentaremos las bases.

PUCK
¿Habrá refrescos?

PRÍNCIPE PAUL
Habrá.

BOUM
¿Ninguna mujer?

PRÍNCIPE PAUL
¡Oh! ¡Boum!
¡Es una conspiración!

LA GRAN DUQUESA
(interponiéndose entre el príncipe Paul y Boum)
¡De hecho, general, habrá una mujer!

LOS TRES
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
¡Sí, yo!

PUCK
¡Estamos perdidos!

PRÍNCIPE PAUL
¡Sálvese quien pueda!

LA GRAN DUQUESA
No temáis nada
por conspirar
contra el general Fritz,
pues ¡yo estoy con ustedes!

BOUM
¡Ah, bah!

PUCK
(aparte)
¿Será cierto?

PRÍNCIPE PAUL
(aparte)
Prefiero eso.

LA GRAN DUQUESA
¿Saben lo que acaba de hacer
el general Fritz?
¡Acaba de enviarme
una solicitud para
casarse con Wanda!
Permiso que he concedido.
En este momento el general está en la capilla,
y de ahí irá...

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
¿Irá?...

LA GRAN DUQUESA
¡Allí dónde ustedes estarán esperándolo!
¡Al pabellón del ala derecha!

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
(con alegría)
¡Al pabellón del ala derecha!

LA GRAN DUQUESA
Desde esta tarde alojémoslo pues
en la habitación del final del pasillo;
alojemos a ese galán,
¡allá, en el fondo del corredor!

JUNTOS
(bailando locamente)
Alojémoslo pues, y desde esta tarde, etc.



ACTO III


(Habitación roja de, un viejo salón gótico.
Una puerta a la derecha en primer plano, otra
puerta en el fondo a la izquierda, en el mismo
lado, una puerta secreta oculta por un retrato
de la Gran Duquesa Victorine. Al fondo, a la
izquierda, una ventana, a la derecha una cama
con baldaquino. Entre la ventana y la cama
una consola. Asientos. Cortinas que cubren
las puertas delanteras. Al levantarse el telón,
la escena está vacía y sombría. Entra la Gran
duquesa precedida por un paje que lleva un
candelabro. La habitación se ilumina. El paje se
retira después de haber puesto el candelabro
sobre la consola. La Gran duquesa, viéndose
sola, da un pequeño grito. En seguida otro grito
responde del bastidor y el general Boum entra
por la primera puerta de la izquierda. Durante
esta escena muda, oímos música de fiesta)

Escena Primera

BOUM
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
Y bien general, ¿qué hace?

BOUM
Baila.
Cuando dejé el baile,
estaba ejecutando un "caballero".

LA GRAN DUQUESA
¡Baila!
Y dentro de poco,
ese hombre que ahora se agita...
Pero ¿tendrá usted tiempo de preparar
todo para la catástrofe?
¿Y si viniera ahora?

BOUM
¡Ningún peligro!
Le hice saber que su alteza
prohibía dejar el baile
antes del fin del cotillón.

LA GRAN DUQUESA
¿Cómo recibió esa orden?

BOUM
Con un mal humor evidente.
"Justo lo que uno espera,
dijo, en un día de bodas!"

LA GRAN DUQUESA
¿Él dijo eso?

BOUM
Lo dijo.

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, ama mucho a esa pequeña!
¡Paciencia, paciencia!

BOUM
¿Qué miráis alteza?

LA GRAN DUQUESA
Ahí, sobre el parqué,
hay una gran mancha roja.
Cuando los extranjeros
visitan este palacio,
les mostramos esa mancha,
diciéndoles:
"¡es aquí donde el conde Max cayó!"
¿Verdaderamente es aquí?
No sé nada sobre eso.
En todo caso,
los porteros del palacio
cuentan esa historia
y consiguen buenas propinas.
¡Oh, grandes lecciones del pasado!

BOUM
¡Graves enseñanzas de la historia!

LA GRAN DUQUESA
¡Aquí sucedió el drama!

BOUM
¡Relámpago sombrío
en la noche negra!

LA GRAN DUQUESA
Todo esto para que cien años después,
contando la emocionante escena,
el portero de este palacio
¡consiga buenas propinas!

JUNTOS
El portero de este palacio
¡consiga buenas propinas!

LA GRAN DUQUESA
Lo que se hizo, lo reharemos.

BOUM
¡La historia como un círculo inmenso!

LA GRAN DUQUESA
La abuela cometió su crimen.

BOUM
¡El niño viene y lo rehace!

LA GRAN DUQUESA
¡Todo esto para que
dentro de doscientos años,
explotando estas lastimosas escenas,
los hijos del portero
consigan también sus buenas propinas!

JUNTOS
¡Los hijos del portero
consigan también sus buenas propinas!

BOUM
Entonces, a partir de mañana,
habrá dos historias que contar,
dos manchas que mostrar
¡y dos buenas propinas
para los señores porteros!

LA GRAN DUQUESA
Probablemente, pero ¿y sus cómplices?

BOUM
Me esperan
en este corredor misterioso.

(Señala la puerta secreta)

LA GRAN DUQUESA
Ábrales la puerta;
yo voy a esconderme
tras esa cortina.

BOUM
Estoy muy contento.

LA GRAN DUQUESA
¿Por qué?

BOUM
¡Si vos no hubieseis estado,
detrás de esa cortina,
nuestra conspiración
estaría falta de mujeres!

LA GRAN DUQUESA
Guárdese, sin embargo,
de revelar mi presencia.
En el último momento,
si lo considero conveniente,
me mostraré.

BOUM
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
Y ahora, introduzca a sus amigos.
¡Trate de llevar esto discretamente!

(Sale por la derecha)

Escena Segunda

BOUM
(Solo, yendo hacia el retrato)
El retrato...
Aquí en la rodilla
es donde hay que tocar.

(la puerta secreta se abre. Entran Puck, el
príncipe Paul, Népomuc y el barón Grog)

Uno, dos, tres, cuatro.
¿Dónde están los otros?

PUCK
Vendrán cuando sea preciso.
Si hubiéramos venido todos juntos,
la fuga general del baile
habría inspirado sospechas.

BOUM
Tenéis razón.

PRÍNCIPE PAUL
Primero, hay que tomar precauciones.

BOUM
(a Népomuc)
¿Vos sois de los nuestros, señor?

NÉPOMUC
Tan pronto como supe que esto era
del gusto de la Gran duquesa.

PRÍNCIPE PAUL
Sois astuto.

NÉPOMUC
Soy pobre, señor,
pero ambicioso.

BOUM
Dadme vuestra mano, señor.

NÉPOMUC
Aquí la tenéis, general.

BOUM
¡Me gustan los valientes!

(al príncipe Paul, señalando al barón Grog)

¿El caballero también
está con nosotros, príncipe?

PRÍNCIPE PAUL
Sí, general.

TODOS
¡Barón!

GROG
¡Señores!

PUCK
¿El señor barón sabe de qué se trata?

GROG
(en tono desenvuelto)
Perfectamente,
sólo se trata de matar a un hombre.

PRÍNCIPE PAUL
¿Es ésta la habitación?

PUCK
Sí, es aquí donde lo golpearemos.

BOUM
Y ahora, escúchenme todos.

(Saca su sable)

PUCK
¿Qué hace ahora?

PRÍNCIPE PAUL
(asustado)
¡Envaine eso!

TODOS
¡Sí, sí, enváinelo!

BOUM
¡Cuando uno se mete en estas cosas,
hay que quedarse hasta el final!
Corto en cuatro al que
tenga ganas de refunfuñar.

PUCK
Pero ¡si nadie tiene ganas!

BOUM
¡Si vos tenéis ganas de refunfuñar,
decídmelo, y os corto en cuatro!

PRÍNCIPE PAUL
¡Enváinelo!

PUCK
Pero, una vez más,
le digo que nadie tiene ganas.
No hay manera de discutir
razonablemente con un hombre
como vos.

BOUM
(envainando el sable)
¡He dicho lo que he dicho!

PRÍNCIPE PAUL
¡Basta ya!

(La Gran Duquesa entra por la derecha
y se sitúa entre Boum y Puck)

Escena Tercera

LA GRAN DUQUESA
¿Al menos serán buenas
las hojas de sus puñales, señores?

LOS CONJURADOS
¡Su alteza!

LA GRAN DUQUESA
Sí... Señores, vine decidida
a aparecer en el último momento
por si fuera necesario
para excitar su coraje,
pero veo
que no es preciso.

NÉPOMUC
No, ciertamente.

PUCK
¡Qué él venga y vos lo comprobaréis!

BOUM
¡Yo lo cortaré en cuatro!

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, un ruego, señores!

PUCK
¡Ordene!

LA GRAN DUQUESA
Lo que les pido ante todo,
es que, al sorprenderlo,
no le golpeen en la cara.

GROG
(irónico, en la esquina de la izquierda,
tapado por el príncipe Paul)
¡Ah, eso sería una lástima!

LA GRAN DUQUESA
¿Quién ha dicho eso?

GROG
(mostrándose)
Yo.

LA GRAN DUQUESA
¿Quién es usted?
Conozco a todos los conjurados
que están aquí;
pero a usted, no le conozco.

PRÍNCIPE PAUL
Es mi Grog.

LA GRAN DUQUESA
¿Vuestro Grog?

PRÍNCIPE PAUL
¡Eh! El barón Grog,
el enviado de papá
al que vos no quisisteis recibir.

LA GRAN DUQUESA
(mirando a Grog con interés y pasando
cerca del príncipe Paul)
¡Ah, estaba equivocada!

BOUM
¿Qué decís?

LA GRAN DUQUESA
(al príncipe Paul, a Boum y a Puck)
Nada, nada.
Dispongan a sus hombres, señores,
y cuando los hayan colocado,
vuelvan ustedes tres.
¡Barón Grog, quédese!

GROG
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
¿Y?
¿No me habéis pedido
una audiencia?
Pues la audiencia,
os la concedo ahora.

(a los conjurados)

¡Vayan, señores, vayan!

PRÍNCIPE PAUL
(bajo, a Grog)
¡Grog, sea convincente!

(Boum, Puck y el príncipe Paul salen por la
primera puerta a la izquierda; la Gran duquesa
los acompaña. Grog pasa a la derecha)

Escena Cuarta

LA GRAN DUQUESA
Lo que me ha llamado
la atención de vos,
es vuestra buena presencia.

GROG
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
Muy buena presencia...

GROG
Entonces ¿os agradaría
que hablásemos de mi príncipe?

LA GRAN DUQUESA
En seguida.
Pero déjeme, primero felicitarme
por tener como amigo
a un hombre como vos.

GROG
¿Cómo?

LA GRAN DUQUESA
Sin duda...
Puesto que os encontré
entre aquellos que deben vengarme.

GROG
¡Oh, en cuanto a eso,
admito que no fue
precisamente por amistad!
Vuestra alteza se obstinaba
en no recibirme:
me aburría de no hacer nada
y conspiré para distraerme un poco.

LA GRAN DUQUESA
¿Para distraerse?

GROG
Para nada más.

LA GRAN DUQUESA
¡Cómo me gusta
vuestra conversación!
Vos soltáis las cosas con sinceridad
y vuestro rostro ni se inmuta.

GROG
Es el resultado de la educación.

LA GRAN DUQUESA
¡Ah!

GROG
Desde mi tierna infancia
mi familia me destinó a la diplomacia.
Así, aprendí a ser impasible
desde que era pequeño.

LA GRAN DUQUESA
Hace mucho tiempo.

GROG
Sí, hace mucho tiempo.
Cuando era muy pequeño,
cada vez que me sorprendían
sin estar impasible,
me molían a golpes.

LA GRAN DUQUESA
¡Pobre niño!
¿Me permitís
daros un consejo?

GROG
Con mucho gusto.

LA GRAN DUQUESA
Dentro de un momento,
cuando estéis a punto de pegar
al general Fritz,
no os pongáis delante,
podríais recibir
una cuchillada
que os desfiguraría.

GROG
¡Ah, bien!

LA GRAN DUQUESA
Poneos detrás de los otros.
Cuando el golpe esté dado
y no quede más
que recibir las recompensas,
haré pasar a los otros detrás de usted.

(Grog hace un leve movimiento con los labios)

¿Qué os sucede?
Vuestros labios acaban de hacer
un pequeño movimiento... así.

(lo imita)

En cualquier otro, no lo habría notado,
pero en vos,
debe ser una carcajada.

GROG
¡Justo!

LA GRAN DUQUESA
¡Qué bien os conozco ya!
¿Qué es lo que os hace reír tanto?
¿Qué es, decídmelo?

GROG
No puedo.

LA GRAN DUQUESA
Entonces, ¿ya no sois mi amigo?

GROG
Lo soy.

LA GRAN DUQUESA
¿Y bien?

GROG
Hace una hora,
temblabais por el rostro del general Fritz...
y ahora,
tembláis el mío.

LA GRAN DUQUESA
(sonriendo, aparte)
¡Es verdad!

GROG
Puede ser beneficioso,
si se desea extraer consecuencias.

LA GRAN DUQUESA
¡Chist! ¡No es necesario!

GROG
No.

LA GRAN DUQUESA
¡No hablemos de eso!

GROG
¿Y si hablásemos de mi príncipe?

LA GRAN DUQUESA
En seguida.
¿Cuál es vuestra posición
en la corte?
¿Sois chambelán?

GROG
Tengo también el grado de coronel,
pero sólo en palacio.

LA GRAN DUQUESA
Tendríais algo mejor que eso
en mi corte,
si quisierais dejar
el servicio del Elector.

GROG
Desgraciadamente para mí,
es imposible.

LA GRAN DUQUESA
¿Imposible?

GROG
¡Sin duda!
A menos que vuestra alteza
consienta en casarse con mi príncipe.

LA GRAN DUQUESA
(aparte)
¡Ay, ay ,ay!

GROG
Entonces sería muy simple.

LA GRAN DUQUESA
¡Casarme con su príncipe!...
¿Volvemos de nuevo al tema?

GROG
Pensaba que no hablábamos
de otra cosa.

LA GRAN DUQUESA
Mis cumplidos, barón,
¡sois un excelente diplomático!

GROG
Os lo suplico, alteza,
desposad a mi príncipe...
Os aseguro que es
un buen hombre.

LA GRAN DUQUESA
¡Sois un excelente diplomático,
no se puede negar!

GROG
¿Y bien, qué decidís?

LA GRAN DUQUESA
¿Qué queréis que os diga?
No sé nada sobre eso.

GROG
¡Ah!

LA GRAN DUQUESA
Todo esto, vos lo veis,
todo esto baila en mi cabeza...
¡Gira y gira!
Fritz, vos, el príncipe
y Puck y Boum al fondo.
¿Lo haré matar, no lo haré matar?
¿Y si hago matar a alguien,
a quién será?
¿Será a Fritz? ¿Será a vos?

GROG
¿Yo?

LA GRAN DUQUESA
No lo sé.
Estoy perdida...
No sé nada, absolutamente nada.

(El príncipe Paul, Boum y Puck vuelven
por la primera puerta de la izquierda)

Escena Quinta

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
¿Qué hay? ¡Ah, sois vos, señores!

PRÍNCIPE PAUL
(bajo, a Grog)
¿Y bien?

GROG
(bajo)
Esto marcha.

PRÍNCIPE PAUL
(bajo, con efusión)
¡Ah, amigo mío!

LA GRAN DUQUESA
(a Boum)
¿Habéis situado a vuestros hombres?

BOUM
Sí, Alteza.

LA GRAN DUQUESA
Pues bien, vuelvan con ellos
y díganles que
pueden volver a sus casas.

PUCK
(asombrado)
¿Cómo?

LA GRAN DUQUESA
(mirando Grog, con intención)
No daremos el golpe.

BOUM
(estupefacto, con vehemencia)
¡Ah, dios mío!

LA GRAN DUQUESA
(con severidad)
¿Decís?

BOUM

No digo nada puesto que
vuestra alteza está aquí...
Pero, si vuestra alteza no estuviese aquí...
¡diría que era un final insospechado!

LA GRAN DUQUESA
Me parece que vos olvidáis...

BOUM
Todo estaba
bien convenido,
bien arreglado y luego,
en el último momento,
vos venís a decirnos...

PRÍNCIPE PAUL
Es muy embarazoso.
Nos hemos tomado tanto trabajo
para montar esa pequeña fiesta.

PUCK
Todo el trabajo estaba hecho,
no quedaba más que el placer.

LA GRAN DUQUESA
He dicho que no se dará el golpe.

BOUM
Pero ¿por qué?

LA GRAN DUQUESA
Asesinar a un hombre
el día en que me caso,
no sería conveniente.

(Asombro general)

PUCK
¿El día en que vos os casáis?

PRÍNCIPE PAUL
(con alegría)
¡Vos lo habéis dicho,
querida, lo habéis dicho!

LA GRAN DUQUESA
Sí, lo he dicho.

El PRÍNCIPE PAUL
¿Verdaderamente, consentís por fin?

LA GRAN DUQUESA
Pues bien, sí, consiento.
Agradézcaselo al barón,
le debéis mucho;
no he podido resistir su elocuencia.

PRÍNCIPE PAUL
¡Ah, barón!
Cada año, el día de año nuevo,
papá me da derecho
a nombrar un margrave.
Prefiere eso a
darme dinero.
Pues bien, sólo le digo eso.

LA GRAN DUQUESA
¿Y bien, general Boum?
¿Y bien, barón Puck?

PUCK
Alteza, es muy evidente
que el día en que vuestra alteza consiente
en apagar los fuegos
que a su alteza quemaban,
para vuestra alteza sería un gran inconveniente.

BOUM
No digo lo contrario,
¡pero es muy desagradable!
¡Me saca todos los colores,
ese Fritz!
¡Me quitó el penacho
que era mi orgullo!
¡Me quitó a una mujer
que me hubiera hecho feliz!
¡Y no me vengaré!

(con fuerza)

¡El enemigo! ¿Dónde está?

LA GRAN DUQUESA
(interrumpiéndolo)
¿Es eso todo?
Vengaos a vuestro gusto,
pero entended bien,
que no debéis propasaos.

BOUM
Siempre y cuando no salga
de los límites de la fantasía.

LA GRAN DUQUESA
¡Exacto!

PUCK
Entonces, si encontramos
alguna treta que jugarle,
¿vos nos lo permitís?

LA GRAN DUQUESA
No sólo se lo permito, incluso,
¿qué quieren que les diga?,
me causará placer.

BOUM
¡Oh, bien!

LA GRAN DUQUESA
Os lo agradeceré.
Encontrad algo,
ése es mi deseo.
¿Príncipe Paul?

El PRÍNCIPE PAUL
¿Querida?

LA GRAN DUQUESA
Dentro de dos horas, en la capilla,
sed puntual.
Yo voy a elegir entre
los cuarenta trajes de matrimonio
que estuve a punto de ponerme
para casarme con vos.

(se dirige a la derecha, el príncipe Paul va
a besarle la mano, ella la retira diciendo:)

¡Oh, todavía no!
¡Dios os guarde, señores!

(Sale)

PUCK
(a Boum)
¿Qué vamos
a hacer?

BOUM
¡Tengo una gran idea!
Vamos a organizarle
una inolvidable noche de bodas.

(Boum y el príncipe Paul se colocan cerca
de Grog. Entran, por la puerta de la izquierda,
Fritz y Wanda casados; están acompañados por
todos los señores y damas de la corte. Todos
llevan faroles dorados)

Escena Sexta

CORO
Traemos a la joven esposa
a la habitación de su marido.
Ahora vamos, señora,
a dejarla a solas con él.
¡Traemos a la joven esposa
a la habitación de su marido!

FRITZ
¡Muy agradecido, señores, señoras,
muy agradecido por su buena conducta!

(al príncipe Paul, a Grog, a Boum y a Puck)

¿Ustedes aquí, señores?

PUCK
Sí, para honrarlo.

FRITZ
¡Muy agradecido también!
Pero, después de
haberme honrado tanto,
¿querrán ustedes
proporcionarme un gran placer?

PUCK
¿Yéndonos?

FRITZ
¡Eh, caramba!
¡Sí, vayan señores,
buenas noches, buenas noches!

PUCK
(a Fritz)
¡Buenas noches, señor, buenas noches!

LOS OTROS
¡Buenas noches!

PUCK
Esta palabra es suficiente;
para comprender lo que se quiere decir,
simplemente cuando se le dice:
¡buenas noches!

TODOS
¡Buenas noches!

BOUM
(a Wanda)
¡Buenas noches, señora, buenas noches!

TODOS
¡Buenas noches!

BOUM
Este cumplido la hace sonreír,
aunque ignora lo que se quiere decir,
cuando a una joven esposa se le dice:
¡buenas noches!

TODOS
Cuando se le dice: ¡buenas noches!
¡buenas noches!

(Todos, excepto Fritz y Wanda, salen. Grog,
Boum, Puck y el príncipe Paul salen tras saludar
profundamente a los nuevos esposos)

Escena Séptima

FRITZ
¡Por fin, solos!

WANDA
Sí y eso no me molesta.

FRITZ
¡Tampoco a mí, Dios mío,
tampoco a mí!

WANDA
Pero no es eso lo que quiero decir.
Ahora que todo el mundo
te felicitó,
yo también puedo
decirte al fin mi cumplido.

FRITZ
¡Ingenua niña!

WANDA
¡Señor general!

FRITZ
Hay diferencia, ¿no es así?
¡Cuando se espera casarse
con un joven y pobre soldado,
y se encuentra una casada
con un general en jefe
coronado por la victoria!

WANDA
Está claro que el primer momento...

FRITZ
Confiesa que estás deslumbrada,
ingenua niña.

WANDA
No, pero...

FRITZ
Estás cohibida ¿y por qué?
Porque ves mi penacho,
y mis insignias, y toda mi pasamanería,
pero me libraré pronto de ellas.

(Se quita el sombrero, la pelliza y el porta
sables y los pone sobre la consola del fondo)

WANDA
Y bien ¿qué haces?

FRITZ
Te tranquilizo, ingenua niña, te tranquilizo.

WANDA
¡Oh, tienes un modo
de tranquilizar a la gente!...

FRITZ
¿Por qué no?
Al fin y al cabo somos marido y mujer
¿por qué somos marido y mujer,
no es verdad?

WANDA
Sin duda, sin duda.

FRITZ
Pues bien, entonces haz como yo.

WANDA
¿Qué dices?

FRITZ
Me quité mi penacho
quítate tu penacho también.

WANDA
Espera un poco.

FRITZ
¿Por qué esperar?
¡Siempre esta timidez!
¿Se debe a mi grado, no es así?
Estoy seguro que,
si en lugar de estar los dos aquí,
en un apartamento ricamente decorado,
estuviéramos en tu sencilla cabaña,
no vacilarías tanto... pero aquí...
Hay una cosa que observo:
cuanto más nos hundimos
en las clases elevadas,
más maneras hemos de tener.
Pues bien, no hace falta,
no hay que decir: "mi bella amiga",
así que tranquilízate.
¡Oh, mi Wanda!

(La toma por el talle)

WANDA
(desasiéndose)
Es verdad que tengo un poco de miedo.
¡Dios mío, debo ser tonta!
Pero es cierto sin embargo
que me paraliza,
todo ese oro de tu uniforme
¡y el penacho en la cabeza!
¡Dios mío, debo ser tonta!
¿Por qué, diablo, tengo miedo de ti?
¡Es mi marido!

(En ese momento, se oye un violento
redoble de tambores)

¿Qué es eso?

FRITZ
No lo sé.

(Nuevo redoble de tambores)

GRITOS BAJO LA VENTANA
¡Viva el general Fritz!

WANDA
(acercándose a la ventana)
¡Te llaman!

FRITZ
Es una alborada, no hay más que decir.
Mi bella amiga, es una alborada...
Después de mi victoria, es natural...
Pero habrían podido escoger
otro momento.

NUEVOS GRITOS
¡Viva el general!

WANDA
¡No se van!

FRITZ
No, están esperando
que vaya a hablarles.
Es el único medio
de hacerlos partir.

WANDA
Háblales entonces.
Pero reconocerás
que es muy desagradable.

(Fritz va a la ventana y la abre. Nuevo
redoble de tambor)

NUEVOS GRITOS
¡Viva el general!

FRITZ
(en la ventana)
¡Señores tambores,
no necesito declararles
que estoy conmovido!...
¡He de decirles
que posiblemente no sepan
que me casé hoy!...
¡Entonces, deben comprender!...
¡Buenas noches!
¡Señores tambores, váyanse!
¡Buenas noches, buenas noches!

(les arroja dinero)

NUEVOS GRITOS
¡Viva el general!

(Los tambores se alejan)

FRITZ
(volviendo a Wanda, tras cerrar la ventana)
Ves, se acabó... ¡Oh, mi Wanda!
¡Puedo ser amable y terrible!
Soy un gran jefe, lo reconozco,
pero si miras bien, bajo el gran jefe
encontrarás a un hombre sensible...
¡Amable y terrible a la vez!
¿Por qué diablo tienes miedo de él?
¡Es tu marido!

(Música militar bajo la ventana)

WANDA
¡Otra vez!

FRITZ
Ahora, es la música.
Debíamos esperarlo...
Después de los tambores,
hay siempre una música.

GRITOS BAJO LA VENTANA
¡Viva el general Fritz!

WANDA
¡Oh, qué hacer!...

FRITZ
¿Qué quieres?
Voy a hablarles.

(regresa a la ventana)

¡Señores músicos!

(La música cesa)

NUEVOS GRITOS
¡Viva el general!

(Bombardean a Fritz con ramos)

FRITZ
(a Wanda)
¿Ves, qué amables son?

(recibe un ramo en plena cara)

¡Muy amables!

(Mientras Wanda recoge los ramos y los pone
sobre la mesa, Fritz habla a los músicos)

¡Señores músicos!
¡Siento mucho que viniendo,
no se hayan encontrado
con los señores tambores!
¡Habrían podido decirles
que me casé hoy!...
¡Deben comprender...
¡Buenas noches, señores músicos!
¡Buenas noches, buenas noches!

(les arroja dinero)

GRITOS
¡Viva el general!

FRITZ
Ya se han ido, te lo aseguro.

(cerrando la ventana y volviéndose a Wanda)

¡Oh, mi Wanda!
¿Por dónde me había quedado?...

(acordándose)

¡Ah, sí, repitamos!

(Va a abrazarla. En el mismo instante llaman
violentamente a todas las puertas, excepto en
la puerta secreta)

WANDA
(asustada)
¿Y ahora qué?

Escena Octava

CORO
(Fuera)
¡Abran, abran, apresúrense,
o iremos a buscar ayuda!
¡Abran, abran, jóvenes esposos,
o derribaremos la puerta!

WANDA
¡Amor mío, no abras!

FRITZ
¡No temas!

WANDA
¡Oh, cielos, la puerta cede!
¡Ah, muero de espanto!

(Las puertas se abren. Entran por la izquierda el
príncipe Paul, Puck, Grog y señores y damas de
la corte; por la derecha, las damas de honor y los
pajes)

PRÍNCIPE PAUL, BOUM, PUCK
¡Qué el cielo sea bendito!
¡Llegamos a tiempo!

FRITZ, WANDA
(aparte)
Pero ¿qué quiere de nosotros toda esta gente?

PUCK
(colocándose entre Fritz y Wanda)
¡A caballo, a caballo!
¡Rápido, señor general!

(Wanda vuelve cerca de Fritz)

CORO
¡A caballo, a caballo!
¡Rápido, señor general!

PRÍNCIPE PAUL
(poniéndose a su vez entre Fritz y Wanda)
¡Vuele raudo al combate!
¡Debe ser rápido!
El enemigo,
al que se consideraba en fuga,
ha hecho una nueva ofensiva.

(Wanda vuelve cerca de su marido)

CORO
¡Vuele raudo al combate! etc.

BOUM
(igual que Puck y el príncipe Paul)
Nuestra señora os invita
a no haceros el remolón.
No quedaréis libre,
hasta que tengáis un éxito decisivo.

(Wanda vuelve cerca de su marido)

CORO
Nuestra señora os invita, etc.

FRITZ
(a Boum)
Mis buenos amigos, olvidáis
que desde hace unos instantes
estamos casados...

BOUM
¡Qué nos importa! ¡Hay que irse!
¡Hay que ir a vencer o a morir!

FRITZ
Entonces, les pido que custodien a mi mujer.

PUCK
(tomando la mano de Wanda)
Guardaremos muy bien a la señora.

(la hace pasar cerca del príncipe Paul,
que intenta calmarla)

Pero ¡apresúrese,
no se rezague!

FRITZ
¿Qué hice con mi cinturón?

CORO
¿Qué hizo con su cinturón?

(A medida que Fritz nombra un objeto de su
equipo, un señor se lo pasa a Puck, que se lo da
a Fritz y le ayuda a ponérselo)

FRITZ
Puesto que hace falta que me vista,
necesito mi cinturón.

CORO
¡He aquí, su cinturón!

FRITZ
Pero no tengo el porta sables.

CORO
¡El porta sables!

FRITZ
¿Y mi penacho?
¿Y mi penacho?
¡Tráiganmelo, por favor!
¡Bien, ya estoy listo!

CORO
¡Ya tiene su penacho!

NÉPOMUC
(entrando y llevando el sable. A Fritz)
¡Deténgase, señor, deténgase!
¡Le traigo lo que usted sabe!

FRITZ
¡El sable!

(lo toma con rabia)

¡Si supieras, sable de su padre,
como tu aspecto me exaspera!

CORO
¡Hay que partir!
¡Hay que ir a vencer o a morir!
¡A caballo, a caballo!
¡Rápido, señor general!
¡Vuele en seguida al combate!
¡A caballo, a caballo!
¡Tome el sable y váyase rápido!
¡A caballo, a caballo!

(Boum retiene a Wanda, que escapa y va a
echarse en los brazos de Fritz; Boum los separa
de nuevo, y, cuando Fritz va a salir arrastrado
por Puck, el telón cae)



ACTO IV


(Campamento militar del primer acto. Tres mesas
servidas entre las tiendas; una en primer plano,
las otras dos a derecha e izquierda, situadas un
poco oblicuamente.)

Escena Primera

(Final de un gran almuerzo. Népomuc,
Boum, el príncipe Paul, Puck y Grog
están sentados en la mesa del centro.
Las damas de la corte se sitúan en las
mesas de ambos lados; los señores, de
pie, están detrás de ellas. Los oficiales,
soldados y campesinos se colocan
al fondo. Los ujieres sirven bebidas)

CORO
Tanto en la comida como en la batalla,
golpeemos firme y embriaguémonos.
¡Cantemos, bebamos y atiborrémonos,
en honor de los nuevos esposos!

BOUM
(al príncipe Paul)
Nuestra amable señora
a sus deseos se rinde al fin.
¡Bebamos, alteza,
en su honor, el vino del Rin!

CORO
¡Sí, bebamos, alteza,
en su honor, el vino del Rin!

PRÍNCIPE PAUL
Verdaderamente es cosa singular,
¿no os lo parece, amigos míos?
Ayer por la noche apenas me querían,
¡y esta misma mañana estoy casado!

CORO
¡Casado!

PRÍNCIPE PAUL
Del himeneo celebrado tan aprisa,
¡estoy todavía asombrado!

CORO
¡Asombrado!

REACTIVACIÓN DEL CORO
Tanto en la comida como en la batalla,
golpeemos firme y embriaguémonos.
¡Cantemos, bebamos y atiborrémonos,
en honor de los nuevos esposos!

(La Gran duquesa entra por el fondo. Baja
la colina, seguida de sus damas de honor y
de sus pajes)

Escena Segunda

LA GRAN DUQUESA
¡Señores, les saludo!

PUCK
¡Señores, les saludo!
¡Oh, la Gran duquesa!

PRÍNCIPE PAUL
¡Rápido, un vaso para su alteza!

BOUM
¡Bebamos por la felicidad
de los augustos esposos!

LA GRAN DUQUESA
(vaso en mano)
¡Pues bien, queridos amigos,
voy a beber con ustedes!
Era uno de mis abuelos
el que, si la memoria no me falla,
se jactaba de ser famoso
entre la gente que sabía beber.

CORO
¡Se jactaba de ser famoso
entre la gente que sabía beber!

LA GRAN DUQUESA
A su vaso le cabía
un poco más de un tonelito...
¡Y su copero le llenaba,
noche y día, el vaso!

CORO
¡Y su copero le llenaba,
noche y día, el vaso!

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, mi abuelo, cómo bebía!
¡Qué gran vaso tenía!

CORO
¡Ah, cómo se bebía antes!
¡Qué gran vaso tenían!

LA GRAN DUQUESA
Un día, no sabemos cómo,
se le cayó al suelo:
"¡Ah, dijo con tristeza,
he aquí que he roto mi vaso!"

CORO
"¡Ah, dijo con tristeza,
he aquí que he roto mi vaso!"

LA GRAN DUQUESA
Cuando se le quiso reemplazar:
"No, dijo, no es el nuestro"
¡Y prefirió fallecer
a beber en otro!

CORO
¡Y prefirió fallecer
a beber en otro!

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, mi abuelo, cómo bebía!
¡Qué gran vaso tenía!

CORO
¡Ah, cómo se bebía antes!
¡Qué gran vaso tenían!

PRÍNCIPE PAUL
¡Ah, mi querida esposa!

LA GRAN DUQUESA
¿Sí, mi querido marido?

PRÍNCIPE PAUL
¡Por fin, estamos unidos!
¡Somos pues, uno del otro!

LA GRAN DUQUESA
Sin duda, sin duda.

PRÍNCIPE PAUL
Y es al barón Grog a quien lo debo.
Creo pues, querida,
que habrá que encontrar un medio
de cumplir con él.

LA GRAN DUQUESA
¿Esa es vuestra opinión?

PRÍNCIPE PAUL
Es mi opinión.

LA GRAN DUQUESA
(mirando a Grog)
No tengo nada que objetar pero,
¿qué puedo hacer?
Todos los favores
de los que podía disponer,
¿no los amontoné
en otra cabeza?
¡Barón Puck! ¡General Boum!

PUCK, BOUM
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
¿Que fue del general Fritz?
Ustedes me habían asegurado
que lo encontraría en el campamento.

PUCK
El general no puede tardar en venir.
Para no salirnos del programa
trazado por su alteza,
para quedarnos en la fantasía,
nosotros, el general y yo,
hemos hecho una pequeña farsa.

LA GRAN DUQUESA
¿Qué farsa?

BOUM
Os la diré.
Tengo, desde hace diez años,
la costumbre de ir
todos los martes por la tarde
a la casa de la dama de Roc-à-Pic.

LA GRAN DUQUESA
¡Oh!

BOUM
¡Chist! Ayer, martes,
esta dama me escribió:
"No venga esta tarde,
pues él sospecha algo,
y le espera con su bastón
y unos amigos"
Esto me dio una idea.
Le dije al general Fritz:
"Vaya inmediatamente
al castillo de Roc-à-Pic;
encontrará allí la cuadragésima tercera
del quincuagésimo segundo
y la quincuagésima segunda
del cuadragésimo tercer regimiento"

LA GRAN DUQUESA
¿Y fue al castillo?

PUCK
Fue allí y,
en lugar de la cuadragésima tercera
del quincuagésimo segundo
y de la quincuagésima segunda
del cuadragésimo tercer regimiento,
¡habrá encontrado al marido!

GROG
¡Y a su bastón!

BOUM
Una hora para ir
a casa de la dama,
una media hora
de charla con el marido,
y dos horas para volver al campo...
El general Fritz no debe estar lejos.

GRITOS
(a lo lejos)
¡El general, el general!

BOUM
(a la Gran duquesa)
¿Qué os decía

(En este momento, Wanda entra por el fondo)

Escena Tercera

WANDA
¡Aquí vuelve mi pobre hombre!
¡Y en qué estado! ¡Ah!
Vean como,
corriendo después de los hechos,
¡desgarró su uniforme!

CORO
¡Desgarró su uniforme!

(Fritz entra espantado por el fondo; está en un
estado lamentable: sin hombreras, el penacho
desplumado y el sable torcido en la mano)

FRITZ
(a la Gran Duquesa)
¡Bien, alteza, ya estoy aquí!
¡Oh, la, la!
¡Y en qué estado llego!
¡Oh, la, la!
¡Puede contar conmigo para combatir,
pues ya no puedo tener un estado más lamentable!
¡De vuestro famoso sable
he hecho el sacacorchos que veis!
¡Oh, la, la!
¡Eh, caramba!
¡Esa es la queja
de vuestro general en jefe!

CORO
(mofándose)
¡Eh, caramba!
¡He aquí la queja del general en jefe!

FRITZ
Llego y encuentro a un marido,
¡maldita sea!
que me dice: "venga por aquí, amigo mío"
Le respondo muy educado: "¡aquí estoy!"
En seguida, sin piedad,
¡el traidor se abalanza sobre el menda!
Todavía estoy aturdido, ¡maldita sea!
¡Eh, caramba!
¡Esa es la queja
de vuestro general en jefe!

CORO
¡Eh, caramba!
¡He aquí la queja del general en jefe!

LA GRAN DUQUESA
(a Fritz)
¿No tenéis otra explicación
por vuestra conducta?

FRITZ
¿Qué otra explicación?...
A mí me parece que...

LA GRAN DUQUESA
Así que, en lugar de ponerse
a la cabeza de mi ejército,
como yo os había ordenado,
vos os divertís
¡llevando problemas a un hogar!

FRITZ
¡Pero, Dios mío!

LA GRAN DUQUESA
Eso es alta traición, señor,
y con ese uniforme
¿se atreve a aparecer ante mis ojos?

FRITZ
Ya que le he dicho que...

LA GRAN DUQUESA
¡Y el sable de mi padre!
¿En qué estado lo habéis puesto?

FRITZ
¡Fue el otro, con su bastón!

BOUM
(a Fritz)
¡Mal soldado!

FRITZ
¿Qué dice, ése?
¿Qué dice?

PUCK
(a la Gran Duquesa)
Me parece que sólo hay
una cosa que hacer, alteza:
convocar un pequeño consejo de guerra...
y juzgarlo aquí, sobre el terreno.

FRITZ
¿Un consejo de guerra?

LA GRAN DUQUESA
(imitándolo)
¡Eh, caramba!

FRITZ
Si vos os figuráis que responderé...
No me pueden interrogar
en presencia de toda
la nobleza del ducado.
¡Soy Conde d' Avallvintlkatt-
Schopp-Vergismein-niclit!

LA GRAN DUQUESA
¿De verdad no podemos juzgarle
porque vos sois
Conde de Avallvintlkatt-
Schopp-Vergismein-niclit?
Pues bien, vos ya lo sois.

FRITZ
Pues bien, ¡muy bien!

LA GRAN DUQUESA
¿Qué dice sobre eso, coronel?

FRITZ
Creía que era general.

LA GRAN DUQUESA
He dicho: coronel.

FRITZ
Pues bien, ¡muy bien!
Capitán, si usted quiere.

LA GRAN DUQUESA
Capitán, lo quiero.

FRITZ
¿Por qué no teniente?

LA GRAN DUQUESA
¡Sea! Teniente.

FRITZ
¿Y luego sargento, no?

LA GRAN DUQUESA
Sargento, lo acepto.

FRITZ
¡Oh, Dios mío!

LA GRAN DUQUESA
¿Por qué te paras?
Todavía está el cabo.

FRITZ
Sí, cabo y luego, soldado raso.

LA GRAN DUQUESA
Soldado raso ¡tú lo has dicho!

FRITZ
¿Soldado raso?

LA GRAN DUQUESA
No queda otra cosa.

BOUM
(a Fritz)
Te había prometido,
que te cogería,
¡mal soldado, uh, uh!

FRITZ
¡Ah, soldado raso!
Bueno, pues así es como
le entrego mi renuncia.

LA GRAN DUQUESA
¡Bien, la acepto!

FRITZ
¡Bien, se lo agradezco!
¡Buenas tardes!
¡Ven, Wanda mía!

LA GRAN DUQUESA
¡Por fin de esos grados y honores
puedo disponer!

BOUM
(aparte)
¡Qué esperanza!

LA GRAN DUQUESA
(al príncipe Paul)
Príncipe, enseguida puedo seguir
el consejo qué usted me dio.
¡Barón Grog, acérquese!

GROG
(acercándose)
¡Alteza!

LA GRAN DUQUESA
(quitando el penacho del sombrero de
Fritz y dándoselo a Grog)
¡Para vos el penacho! ¡Tome el penacho!

BOUM
(aparte)
¡Oh, qué coraje!

LA GRAN DUQUESA
(tomando el sable y dándoselo a Grog)
¡Para vos el sable de mi padre!
¡Tome, el sable de mi padre!

BOUM
(aparte)
¡Oh, qué rabia!

LA GRAN DUQUESA
Para usted, barón,
¡Para usted, todos los poderes
civiles y militares!

GROG
Gracias, alteza,
mi esposa os bendecirá.

LA GRAN DUQUESA
(estupefacta)
¿Qué habéis dicho?

GROG
Dije que mi esposa os bendecirá.

LA GRAN DUQUESA
(al príncipe Paul)
¡Tiene esposa!

PRÍNCIPE PAUL
(con un aire radiante)
Pues sí, querida,
el barón tiene esposa y tres niños.

GROG
Cuatro, mi príncipe,
durante mi estancia aquí,
nació el cuarto.

LA GRAN DUQUESA
¡Esposa y cuatro niños!
¡Barón Grog!

GROG
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
¡Devuelva el penacho! ¡Devuelva el sable!

(los recoge)

¡Recobre el penacho, general Boum!

BOUM
(aparte)
¡Esta vez me lo haré atornillar!

LA GRAN DUQUESA
(a Puck)
¡Barón Puck!
Tome este sacacorchos,
os nombramos
¡conservador del sable de mi padre!

PUCK
(aparte)
¡Voy a hacerme un duplicado!

FRITZ
¡Eh! ¡Eso está bien!
Ellos tienen algo
y yo,
solo tengo mis bastonazos.

LA GRAN DUQUESA
Veamos,
soy buena ¿qué quieres?

FRITZ
¡Ser maestro de escuela en mi pueblo!

LA GRAN DUQUESA
¿Sabes leer?

FRITZ
No... es para aprender.

LA GRAN DUQUESA
(riéndose)
¡Bien, quedas nombrado!

FRITZ
¡Se lo agradezco!

LA GRAN DUQUESA
(volviéndose hacia Grog)
En cuanto a vos, barón Grog.

GROG
¿Alteza?

LA GRAN DUQUESA
Esta misma tarde,
regresaréis a la corte del Elector,
nuestro suegro.

GROG
¿Cómo?

LA GRAN DUQUESA
Anunciaréis nuestra felicidad,
porque soy feliz
de haberme casado con el príncipe,
¡muy feliz!

(Aprieta el brazo del príncipe Paul)

PRÍNCIPE PAUL
(dando un pequeño grito)
¡Ay!

LA GRAN DUQUESA
¿Qué quieren que haga?

(aparte, mirando a Fritz y Grog)

Cuando no se tiene lo que gusta,
hay que gustar lo que se tiene.

BOUM
(aparte)
¡Por fin, recuperé el penacho!

PUCK
(aparte)
¡Por fin, recuperé el poder!

PRÍNCIPE PAUL
(a la Gran duquesa)
¡Por fin, el matrimonio a vos me ata!

GROG
¡Por fin, queridos niños,
voy a volver a veros!

WANDA
(a Fritz)
¡Regresemos a nuestra casita!

FRITZ
¡Sí, volvamos a nuestra casa y listo!

LA GRAN DUQUESA
(aparte, mirando a príncipe Paul)
¡De la necesidad hay que hacer virtud!
La felicidad puede estar aquí.

FRITZ
¡Está bien! Renuncio a los combates,
pero, para defender a la patria,
¡prometo hacer soldaditos!

(a Wanda)

¿Vienes, mi amor?

CORO
¡Promete soldaditos
que defenderán a nuestra patria!

LA GRAN DUQUESA
Después de haber, de alguna manera,
jugado su papel, se casan.
¡Esto es inesperado, pero es moral!
Así acaba la comedia.

CORO
¡Es imprevisto, pero es moral!
Así acaba la comedia.

LA GRAN DUQUESA
¡Ah, si me viera mi abuelo!
¡Ah, qué placer le daría!

CORO
¡Ah, Si la viera su abuelo!
¡Ah, qué placer le daría!



Digitalizado y Traducido por:
Begoña Domínguez 2011