LAS NOCHES DE ESTÍO Op.7

(Les nuits d'été)

Música de Héctor Berlioz (1803 - 1869)

Texto de Teófilo Gautier (1811 - 1872)

 

Villanelle                                                                              
Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux nous irons, ma belle,
Pour cueillir le muguet aux bois.
Sous nos pieds égrenant les perles
Que l'on voit, au matin trembler,
Nous irons écouter les merles
Siffler.
Le printemps est venu, ma belle;
C'est le mois des amants béni;
Et l'oiseau, satinant son aile,
Dit ses vers au rebord du nid.
Oh! Viens donc sur ce banc de mousse,
Pour parler de nos beaux amours,
Et dis-moi de ta voix si douce:
Toujours!
Loin, bien loin égarant nos courses,
Faisons fuir le lapin caché,
Et le daim, au miroir des sources
Admirant son grand bois penché;
Puis chez nous, tout heureux, tout aises,
En paniers, en laçant nos doigts,
Revenons, rapportant des fraises
Des bois.

Le spectre de la rose
Soulève ta paupière close
Qu'effleure un songe virginal!
Je suis le spectre d'une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d'argent de l'arrosoir,
Et, parmi la fête étoilée,
Tu me promenais tout le soir.
O toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser,
Toutes les nuits mon spectre rose
A ton chevet viendra danser;
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe ni De Profundis.
Ce léger parfum est mon âme,
Et j'arrive du paradis.
Mon destin fut digne d'envie,
Et pour avoir un sort si beau
Plus d'un aurait donné sa vie;
Car sur ton sein j'ai mon tombeau,
Et sur l'albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Écrivit: "Ci-gît une rose,
Que tous les rois vont jalouser."

Sur les lagunes
Ma belle amie est morte,
Je pleurerai toujours;
Sous la tombe elle emporte
Mon âme et mes amours.
Dans le ciel, sans m'attendre,
Elle s'en retourna;
L'ange qui l'emmena
Ne voulut pas me prendre.
Que mon sort es amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
La blanche créature
Est couchée au cercueil;
Comme dans la nature
Tout me paraît en deuil!
La colombe oubliée
Pleure et songe à l'absent;
Mon âme pleure et sent
Qu'elle est dépareillée.
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
Sur moi la nuit immense
S'étend comme un linceul,
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
Ah! comme elle était belle,
Et comme je l'aimais!
Je n'aimerai jamais
Une femme autant qu'elle
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!

Absence
Reviens, reviens, ma bien-aimée;
Comme une fleur loin du soleil,
La fleur de ma vie est fermée
Loin de ton sourire vermeil!
Entre nos coeurs qu'elle distance!
Tant d'espace entre nos baisers!
O sort amer! ô dure absence!
O grands désirs inapaisés.
D'ici là-bas que de campagnes,
Que de villes et de hameaux,
Que de vallons et de montagnes,
A lasser le pied des chevaux!

Au cimetière (Claire de lune)
Connaissez-vous la blanche tombe,
Où flotte avec un son plaintif
L'ombre d'un if?
Sur l'if une pâle colombe,
Triste et seule au soleil couchant,
Chante son chant:
Un air maladivement tendre,
À la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal
Et qu'on voudrait toujours entendre;
Un air comme en soupire aux cieux
L'ange amoureux.
On dirait que l'âme éveillée
Pleure sous terre à l'unisson
De la chanson,
Et du malheur d'être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.
Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir.
Une ombre, une forme angélique,
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.
Les belles de nuit demi-closes
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras:
Tu reviendras!
Oh! jamais plus près de la tombe,
Je n'irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Écouter la pâle colombe
Chanter sur la pointe de l'if
Son chant plaintif.

L'île inconnue
Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller?
La voile enfle son aile,
La brise va souffler.
L'aviron est d'ivoire,
Le pavillon de moire,
Le gouvernail d'or fin;
J'ai pour lest une orange,
Pour voile une aile d'ange,
Pour mousse un séraphin.
Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller?
La voile enfle son aile,
La brise va souffler.
Est-ce dans la Baltique?
Dans la mer Pacifique?
Dans l'île de Java?
Ou bien est-ce en Norvège,
Cueillir la fleur de neige,
Ou la fleur d'Angsoka?
Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller?
Menez-moi, dit la belle,
À la rive fidèle
Où l'on aime toujours!
Cette rive, ma chère,
On ne la connaît guère
Au pays des amours.
Où voulez-vous aller?
La brise va souffler.



 
Villanella
Cuando llegue la estación nueva,
cuando hayan desaparecido los fríos,
los dos nos iremos, bella mía,
para coger los lirios en el bosque.
Bajo nuestros pies desgranando las perlas
que se ven por la mañana temblar,
iremos a escuchar a los mirlos
silbar.
La primavera ha llegado, bella mía;
es el mes por los amantes bendecido;
y el pájaro, satinando su ala,
dice sus versos al borde del nido.
¡Oh! Ven pues a este banco de musgo,
para hablar de nuestros hermosos amores,
y dime con tu dulce voz:
¡Siempre!
Lejos, bien lejos, extraviando nuestros pasos,
hagamos huir al conejo escondido,
y al gamo, inclinado en el espejo de la fuente
admirando su gran cornamenta;
luego, en nuestro hogar, felices y contentos,
apretando nuestros dedos,
volveremos, trayendo canastas de fresas
del bosque.

El espectro de la rosa
¡Levanta tu párpado cerrado
que roza un sueño virginal!
Soy el espectro de la rosa
que tú llevabas ayer en el baile.
Me cogiste cubierta de perlas,
fuente de llanto argénteo,
y, en la fiesta estrellada,
me paseaste toda la noche.
¡Oh tú, que de mi muerte fuiste causa,
sin que puedas ahuyentarlo,
todas las noches acudirá a bailar a tu almohada
el espectro de la rosa!
Pero no temas nada, pues no reclamo
ni siquiera una misa ni De Profundis.
Este ligero perfume es mi alma
y vengo del paraíso.
Mi destino fue digno de envidia,
y por tener un destino tan bello
más de uno habría dado su vida;
pues en tu pecho tengo mi tumba,
y sobre el alabastro donde reposo
un poeta con un beso
escribió: "Aquí yace una rosa
que todos los reyes envidiarán"

Sobre las lagunas
Mi bella amiga ha muerto,
lloraré siempre;
ella se lleva a la tumba
mi alma y mis amores.
Al cielo, sin esperarme,
ella ha regresado;
el ángel que se la llevó
no quiso llevarme.
¡Qué amarga es mi suerte!
¡Ah, sin amor irse a la mar!
La blanca criatura
está acostada en el ataúd;
como en la naturaleza
¡todo parece de luto!
La paloma olvidada
llora y sueña con la ausencia;
mi alma llora y siente
que está descabalada.
¡Qué amarga es mi suerte!
¡Ah, sin amor irse a la mar!
Sobre mí la noche inmensa
se extiende como un sudario,
canto mi romance
que únicamente escucha el cielo.
¡Ah, qué bella era,
y cuánto la amaba!
Nunca amaré
a una mujer tanto como a ella
¡Qué amarga es mi suerte!
¡Ah, sin amor irse a la mar!

Ausencia
Vuelve, vuelve, amada mía;
como una flor lejos del sol,
la flor de mi vida está cerrada
lejos de tu sonrisa bermeja.
¡Entre nuestros corazones, qué distancia!
¡Tanto espacio entre nuestros besos!
¡Oh, suerte amarga! ¡Oh, dura ausencia!
¡Oh, grandes deseos insatisfechos!.
De aquí y de allá, cuántos campos,
cuántas villas y aldeas,
cuántos valles y montañas,
¡hasta cansar los pies de los caballos!

En el cementerio (Claro de luna)
¿Conocéis la blanca tumba
donde flota con sonido lastimero
la sombra de un tejo?
Sobre el tejo una pálida paloma,
triste y sola en el sol del ocaso,
canta su canto:
una melodía enfermizamente tierna,
a la vez que encantadora y fatal,
que te hace daño
y que querrías siempre escuchar;
una melodía como el que suspira a los cielos,
el ángel del amor.
Parece como si la desvelada alma
llorase bajo tierra 
al unísono de la canción;
como si de la desdicha de estar olvidada
se compadeciera en un arrullo,
muy tenue,
sobre las alas de la música.
Se nota lentamente volver
un recuerdo.
Una sombra, una forma angelical,
pasa sobre un rayo trémulo,
con velo blanco.
Las hermosas noches a punto de cerrarse
lanzan su perfume débil y dulce
alrededor de ti,
y el fantasma de formas volubles
murmura extendiéndote los brazos:
¡tú Volverás!
¡Oh, nunca tan cerca de la tumba!
Sólo iré cuando la tarde caiga
bajo un manto negro,
para escuchar a la pálida paloma cantar
sobre la punta del tejo
su canto lastimero.

La isla desconocida
Decid, bella joven,
¿a dónde queréis ir?
La vela infla su ala,
la brisa va a soplar.
El remo es de marfil,
el pabellón de moaré,
el timón de oro fino.
Tengo por lastre, una naranja;
por vela, un ala de ángel;
por grumete, un serafín.
Decid, bella joven,
¿a dónde queréis ir?
La vela infla su ala,
la brisa va a soplar.
¿Tal vez, al Báltico?
¿Al mar Pacífico?
¿A la isla de Java?
¿O acaso, a Noruega,
para coger la flor de nieve,
o la flor de Angsoka?
Decid, bella joven,
¿a dónde queréis ir?
¡Llevadme, dice la bella,
a la orilla fiel
donde se ama siempre!
Esa orilla, querida mía,
nadie la conoce apenas,
pertenece al país de los amores.
¿A dónde queréis ir?
La brisa va a soplar.



Escaneado y Traducido por:
Mariano Fontecha 2005