ACTE DEUXIÈME 


Troisième Tableau - Mercredi des cendres 

(L'atelier de sculpture de Cellini. Au fond, une large 
fenêtre donnant sur la rue. A droite, au fond, une porte. 
gauche, le modèle en plâtre de la statue colossale de 
Persée. Auprès, un marchepied, et à terre un marteau 
et quelques instruments de travail. Il est petit jour) 

Scène Première 

N° 13 - Entracte et scène 

TERESA
Ah, qu'est-il devenu? Jésus! 
où peut-il être?

ASCANIO 
(refermant la porte)
Il ne peut tarder à paraître,
Teresa, n'ayez pas d'effroi.

TERESA
Il est pris! il est pris ou mort, je vous le jure!

ASCANIO
Ni l'un ni l'autre, croyez-moi;
Mon maître n'est pas homme à servir de pâture
Aux estafiers du Pape, 
aux sbires de la loi.

TERESA
Mais qui peut l'arrêter?

CHOEUR DE MOINES BLANCS 
(derrière la scène, assez loin d'abord)
Vas spirituale, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

ASCANIO
Écoutez.

(Il court à la fenêtre.)

TERESA
Est-ce lui?

ASCANIO 
(quittant la fenêtre)
Hélas, ce chant qui monte avec tristesse
Vers la voûte des cieux,
N'est que la voix des confréries
Qui vont, chantant des litanies,
Accomplir ici-près quelque devoir pieux.

LE CHOEUR 
(moins éloigné)
Vas honorabile, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA
Quelle angoisse!

ASCANIO
Espérons.

TERESA
Prions.

TERESA, ASCANIO
Prions!

N° 15 - Prière 

LE CHOEUR 
(un peu plus rapproché)
Rosa purpurea, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
(Teresa à genoux, Ascanio debout à côté d'elle)
Sainte Vierge Marie, Étoile du matin...

LE CHOEUR 
(plus prés)
Turris Davidica, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
Que ta lueur chérie
Verse un rayon divin...

LE CHOEUR 
(plus près)
Turris eburnea, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
Verse un rayon divin
Sur mon / son triste destin.

LE CHOEUR 
(qui commence à passer devant la fenêtre)
Stella matutina, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
Sainte Vierge Marie,
Étoile du matin...

LE CHOEUR 
(s'éloignant)
Turris eburnea, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
Ramène, je t'en prie
Ramène mon / son amant.

LE CHOEUR 
(plus loin)
Vas honorabile, Maria sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
Ramène mon / un tendre amant
Près de mon / son cœur souffrant.

LE CHOEUR
Rosa purpurea, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

TERESA, ASCANIO
Ô! conduis mon / ramène un amant
Près de mon / son cœur souffrant.

LE CHOEUR 
(de très loin)
Stella matutina, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

Scène Seconde 

(Cellini entre précipitamment. Il est encore vêtu 
en moine blanc; sa robe est ensanglantée) 

CELLINI
Teresa!

TERESA, ASCANIO
Cellini!

CELLINI
Oui, mes enfants, près de vous me voici.

TERESA
Ah! le ciel soit béni.
Vous n'êtes point blessé, j'espère?

CELLINI
Non, Dieu merci! rassurez-vous, ma chère;
Je n'ai rien eu qu'un peu de peur.
La mort est sur moi suspendue.
Mes amis, il faut nous enfuir.

TERESA
Nous enfuir?

CELLINI
Sur-le-champ.

ASCANIO 
(avec consternation)
Mais, maître, ta statue!...

CELLINI
Au diable ma statue, et le Pape, et la loi!..
Je ne pense aujourd'hui qu'à partir au plus vite.

(à Teresa)

Avec toi, chère enfant
Ascanio, pour la fuite
Va chercher un cheval.

ASCANIO
Maître, comptez sur moi
Je reviens tout de suite.

(Il sort par la coulisse de droite.)

Scène Troisième 

N° 16 - Duo 

TERESA
Ah! le ciel, cher époux
Se déclare enfin pour nous!
Puisqu'après cette épreuve
Il nous a réunis,
N'est-ce pas? c'est la preuve
Que nos vœux sont bénis.

CELLINI
Oui, ma belle, en ce jour
Ne songeons tous les deux qu'à l'amour.
Ô ma jeune maîtresse!
Hâtons-nous de jouir
De la paix que nous laisse
Le temps prompt, hélas, à s'enfuir.

TERESA
Cette nuit, que d'alarmes!

CELLINI
Le passé n'est qu'une ombre...

TERESA
Mais la nuit cède au jour...

CELLINI
Ne donnons rien au sort...

TERESA
Le jour sèche les larmes...

CELLINI
L'avenir est trop sombre...

TERESA
Et voilà de retour
Le bonheur et l'amour.

CELLINI
Sachons vivre d'abord,
Et que vienne la mort!

TERESA
Ah! vite, vite!
Hâtons-nous! quitte
Ce vêtement
Taché de sang!

CELLINI 
(se dépouillant de sa robe de moine qu'il dépose sur 
un siège à droite)
Oui, le temps passe!
Jetons cela;
Mais à la place,
Va prendre là
Cette cuirasse!

TERESA
Tiens la voilà!
Choisis l'épée
La mieux trempée
Un bouclier!...

CELLINI
Que de courage,
Mon gentil page,
Mon écuyer!

TERESA
Ah! vite, vite!
Mets à la place
Cette cuirasse!

CELLINI
Ah! que de courage, etc. 

Ensemble 

TERESA
Ah! le ciel, cher époux,
Se déclare pour nous!
Puisqu'après cette épreuve
Il nous a réunis,
N'est-ce pas? c'est la preuve
Que nos vœux sont bénis,
C'en est fait, tous nos vœux sont bénis,
Il est pour nous, il se déclare!

CELLINI
Oui, le ciel est pour nous;
Puisqu'après cette épreuve
Il nous a réunis,
Oui c'est bien la preuve
Que tous nos vœux sont bénis.
C'en est fait, tous nos vœux sont bénis,
Il est pour nous, il se déclare!

TERESA ,CELLINI 
(avec enthousiasme)
Quand des sommets de la montagne
L'aigle inquiet
Entend la voix de sa compagne
Prise au filet,
Il jette aux vents son cri de guerre,
Fond sur les rets
Et fuit avec la prisonnière,
Loin des forêts!
En vain le plomb, en vain la poudre
Sifflent dans l'air,
Son aile va devant la foudre
Comme l'éclair!
Gagnons Florence; dans son aire
L'aigle toscan
Brave et dédaigne le tonnerre
Du Vatican.
Hâtons-nous !
Quand des sommets de la montagne, etc.

Scène Quatrième 

N° 17 - Récit 

ASCANIO
Ah! maître!... mon cher maître!...

CELLINI
Eh bien, qu'est-ce?

ASCANIO
Voici le trésorier avec Fieramosca...
Je les ai vus par la fenêtre!...

TERESA
Ciel, mon père!

CELLINI
Ne crains rien.

ASCANIO
Ah! mon Dieu, les voilà!

(Cellini s'empresse de cacher Teresa derrière la 
statue de Persée.)

Scène Cinquième

N° 18 - Quintette 

BALDUCCI 
(sa canne à la main)
Ah ! je te trouve enfin,
Coureur de grand chemin,
Ravisseur, spadassin,
Misérable assassin!

CELLINI
Oh! oh! maître Giacomo, pourquoi
Cette colère et tant de bruit chez moi?

BALDUCCI
Hypocrite, rends-moi ma fille.
Elle est chez toi.
Rends-la moi!
Ou ce bâton...

(Il lève sa canne sur Cellini)

CELLINI
Malheureux!

TERESA 
(se jetant aux genoux de son père)
Ah! mon père! 
Je tombe à vos genoux!

BALDUCCI
Te voilà donc, vipère!
C'est fort bien honorer ta mère!
Fuir du logis, pour suivre un spadassin!
Qui t'aurait cru l'âme si noire?

TERESA 
(tremblante)
Ah! mon père, daignez m'en croire...

CELLINI
Votre fille jamais n'eût un pareil dessein.

TERESA
Non, jamais je n'eus un tel dessein...

CELLINI
Je suis le seul coupable.

BALDUCCI
A d'autres tes sornettes,
Ravisseur de filles honnêtes!
Je sais ce que je sais...
Et vous, à la maison!
Vite, qu'on tourne le talon!

CELLINI 
(se mettant entre eux)
Arrêtez! j'aime votre fille!

BALDUCCI
Eh! que m'importe à moi
L'amour d'un tel faquin?

CELLINI
J'en suis aimé!

BALDUCCI
Tant pis!

CELLINI
L'honneur d'une famille...

BALDUCCI
Bah!... veut qu'à l'instant
Elle quitte un coquin.

CELLINI
Vous abusez!

TERESA
Mon père!

BALDUCCI
Allons, qu'on me suive!

CELLINI
Teresa!

TERESA
Cellini!

BALDUCCI 
(désespérant de les séparer)
A moi, Fieramosca, mon gendre!
Voici ta femme, emmène-la!

TERESA, ASCANIO
CELLINI, FIERAMOSCA
Grand Dieu ! que viens-je d'entendre?

FIERAMOSCA 
(timidement, s'avançant vers Teresa)
Ma femme! allons... 
pressons le pas!...

CELLINI
Maraud, si tu touches son bras!...

BALDUCCI 
(à Fieramosca)
Allons, va donc, mon gendre!

FIERAMOSCA 
(reculant)
Moi, faire un esclandre!

CELLINI
Maraud! si tu fais un pas,
En enfer je te fais descendre! 

Ensemble 

TERESA 
(à Cellini)
Modérez-vous!

ASCANIO
Quel gendre!

FIERAMOSCA
Moi! faire un esclandre!

BALDUCCI
Mon gendre!

Scène Sixième 

N° 19 - Sextuor 

TOUS
Le Pape ici! de la prudence!
Vite à genoux! paix et silence!

(Ils s'agenouillent.)

LE PAPE 
(d'un ton paternel)
A tous péchés pleine indulgence,
Ô mes enfants, relevez-vous!
De tous les droits de la puissance,
La pitié sainte et la clémence
A notre cœur sont les plus doux.
Pour vos péchés pleine indulgence,
Ô mes enfants, relevez-vous!

BALDUCCI, FIERAMOSCA
(se relevant)
Justice à nous, seigneur et maître!
A vos pieds saints nous venons mettre
Notre humble supplique... oh! vengez-nous.

LE PAPE
Justice? eh! mais, que voulez-vous?
Mes chers amis, relevez-vous!

BALDUCCI
Un infâme a ravi ma fille,
Terni l'honneur de ma famille!

FIERAMOSCA
Le poignard d'un lâche ennemi
A terrassé mon noble ami!

LE PAPE
Et le coupable en tout ceci?

BALDUCCI, FIERAMOSCA
Ô très Saint Père, il est ici,
C'est Cellini!

TOUS
Cellini!

BALDUCCI
Voici ma fille et le coupable.

FIERAMOSCA 
(montrant la robe sanglante que Cellini vient 
de quitter)
Voici le sang et le coupable.

TERESA, ASCANIO, CELLINI
Non, Cellini n'est pas coupable.

LE PAPE
Cellini le coupable!...
Un meurtre avec enlèvement!
En vérité, c'est effroyable!

(à Cellini)

Tu feras donc toujours le diable,
Incorrigible garnement?

CELLINI
Non, non, je ne suis pas coupable;
Veuillez m'entendre un seul moment.

LE PAPE 
(impatienté)
Et ma statue
Dis-moi, qu'est-elle devenue?

CELLINI
Elle n'est pas encor fondue.

LE PAPE
Quoi! depuis le temps pas encor?

BALDUCCI
Elle n'est pas fondue encor!

TOUS
Elle n'est pas fondue encor!

LE PAPE
A quoi donc t'a servi mon or?
A flétrir le cœur d'un vieux père,
Percer les gens de ta rapière,
Et puis passer la nuit entière
Au cabaret à boire frais?

FIERAMOSCA, BALDUCCI
C'est vrai!

TERESA, ASCANIO, CELLINI
Non, non!

FIERAMOSCA, BALDUCCI
Taisez-vous!

LE PAPE
Paix!
Vraiment, je suis bien débonnaire!

(à Cellini)

Un autre aura décidément
Le soin de fondre ta statue.

TERESA, ASCANIO
BALDUCCI, FIERAMOSCA
Un autre fondre sa statue!

CELLINI
Un autre fondre ma statue!
Dieu! sur ma tête en ce moment
La foudre est-elle descendue?
Un autre fondre ma statue!
Vous verrez sous l'effort de mon bras
Moule et statue voler en éclats,
Avant qu'une main vulgaire...

TERESA, ASCANIO
Grand Dieu! que va-t-il faire 

FIERAMOSCA, BALDUCCI, LE PAPE
Téméraire!
Devant ton prince n'es-tu pas?

CELLINI 
(exaspéré)
Oui, que la Vierge me pardonne,
Et le Saint-Père et ma patronne!
Mais nul artiste autre que moi,
Fût-il Michel-Ange, ma foi!
Ne mettra ma statue en fonte.
La mort plutôt que cette honte!

LE PAPE
Ah! c'est ce que nous allons voir! Holà!
Gardes, qu'on m'obéisse!
De cet homme qu'on se saisisse
Sur-le-champ!

(Sur l'ordre du Pape, une partie des gardes qui 
stationnaient à la porte s'avance; mais Cellini, 
un marteau à la main, s'est élancé sur le 
marchepied adossé au modèle de sa statue.)

CELLINI
Ce plâtre entier disparaîtra,
Pas un morceau ne restera,
Non, avant que l'un d'eux me saisisse.

(Il lève le marteau pour briser sa statue.)

TERESA, ASCANIO
FIERAMOSCA, BALDUCCI
Ah!

LE PAPE
Arrête, arrête! enfant maudit! 

Ensemble 

TERESA, ASCANIO
Ah! qu'a-t-il fait et qu'a-t-il dit!
Oser braver le Pape en face!

BALDUCCI, FIERAMOSCA
Quel scélérat et quel bandit!
Oser braver le Pape en face!

LE PAPE, BALDUCCI
Quelle audace!

LE PAPE
Ah! ça, démon!
Noire cervelle!
Pour te calmer que te faut-il?
Dis-moi, réponds.

CELLINI
De mes fautes l'entier pardon.

LE PAPE
Tu l'auras sans confession!

TERESA, ASCANIO
BALDUCCI, FIERAMOSCA
Il l'aura sans confession!

LE PAPE
Je l'ai dit, il aura
De ses fautes l'entier pardon.

CELLINI
Ce n'est pas tout! Je veux encore
Celle qui m'aime et que j'adore.

LE PAPE
Tu veux ta grâce et Teresa?

BALDUCCI, FIERAMOSCA
Ô très Saint-Père, arrêtez-là!

CELLINI
Et puis je veux, outre cela,
Le temps de fondre ma statue.

LE PAPE
Quoi! tout cela?

CELLINI
Rien que cela.

TOUS
Rien que cela!

Ensemble 

LE PAPE
Ah ! le démon me tient en laisse;
Il sait pour l'art tout mon amour.
L'insolent rit tout bas de ma faiblesse;
Mais avant peu j'aurai mon tour.

BALDUCCI
Le démon le tient en laisse;
Il sait pour l'art tout son amour.
Il rit de sa faiblesse;
Mais nous rirons à notre tour.

CELLINI
Ah! je le tiens!
Je sais pour l'art tout son amour.

TERESA
Oh! funeste jour!
Dieu! prends pitié de mon amour!

ASCANIO
Oh! noble hardiesse!
Oh! le bon tour!

FIERAMOSCA
Ah! le démon rit de sa faiblesse;
Mais nous rirons à notre tour.

LE PAPE 
(à Cellini)
Pour ton travail quel temps faut-il?

CELLINI
S'il plaît à Dieu,
Cette journée encor m'est nécessaire.

LE PAPE
Te suffit-elle?

CELLINI
Oui, j'espère:
Depuis longtemps la fournaise est en feu.

LE PAPE 
(faisant signe aux gardes de se retirer)
Soit, j'y consens!...

(A ce mot, Cellini dépose son marteau et se rapproche 
du Pape.)

Mais, maître drôle,
Souviens-toi bien de ma parole:
Moi-même, à l'atelier, ce soir,
Expressément je viendrai voir
Comment ta fonte sera faite.
Or, si ta fonte n'a pas lieu
A la justice, de par Dieu!
Je livrerai ta tête.
Si Persée enfin n'est fondu
Dès ce soir tu seras pendu.
C'est, je le crois, bien entendu.

TERESA, ASCANIO
FIERAMOSCA, BALDUCCI
Pendu!

LE PAPE
C'est, je le crois, bien entendu.

BALDUCCI
Mais, Très Saint-Père, il est capable
De finir en temps voulu,
Et Teresa...

LE PAPE
Allez au diable!
Ta fille et toi! C'est entendu:
A l'instant il sera pendu.

FIERAMOSCA
Mais, Très Saint-Père, il est capable
De finir en temps voulu,
Et Pompée...

LE PAPE
Allez au diable!
Pompée et toi! C'est entendu:
A l'instant il sera pendu.
Si tout ce soir n'est pas fondu
A l'instant il sera pendu.

TERESA, ASCANIO
FIERAMOSCA,  BALDUCCI
Pendu!

LE PAPE
C'est, je le crois, bien entendu. 

Ensemble 

TERESA, ASCANIO
Pendu! pendu! pendu! pendu!
Si tout ce soir n'est bien fondu.
Eh! quoi, grand Dieu! lui! pendu!

BALDUCCI, FIERAMOSCA
Pendu! pendu! pendu! pendu!
Si tout ce soir n'est bien fondu.
Alors le fat sera pendu!

CELLINI 
(ironiquement, au Pape)
Pour mes péchés quelle indulgence!
Ô très Saint-Père, que de bontés! pendu!

N° 20 - Final

Ensemble 

LE PAPE
Ah! maintenant de sa folle impudence
Il n'ose s'applaudir.
Ah! c'était trop d'insolence,
Et je dois le punir.
Pas un saint, pas un ange
N'aideront à son bras.
Il bravait ma puissance.
Ah! c'en est fait; je n'ai plus d'indulgence.

CELLINI
Ah! je me sens trop de puissance,
Et, Dieu m'aidant, je dois réussir.
Dans le cœur j'ai trop de puissance
Pour me voir défaillir.
Je brave leur vengeance.
Dieu chérit la vaillance
Et la fait réussir.
Leur basse vengeance
Ne triomphera pas.

TERESA
Plus de chance!
Son sort est de périr!
Contre lui Dieu même se range.
Hélas! comment pourrait-il réussir?
Ah! c'en est fait! je perds toute espérance.
Seul contre tous, peut-il donc réussir?
Je n'ai plus qu'à mourir
De regrets, de souffrance!
Il n'est plus d'espérance!
Dieu même contre lui se range
Les saints ni les anges
Ne l'aideront pas.

ASCANIO
Qu'importe qu'on se venge!
Que la fange
Sur ses pas vienne à jaillir!
Dans le cœur il a trop de puissance
Pour défaillir.
Dieu chérit la vaillance,
Malgré tout j'ai bonne espérance
Et leur basse vengeance
Ne triomphera pas!

FIERAMOSCA, BALDUCCI
Ah! maintenant que le drôle s'arrange!
Enfin il est prêt à périr.
Ô fureur, ô vengeance,
Hâtez-vous d'accourir.
C'était trop d'insolence.
Ah! cette fois tout assure ma juste vengeance,
Plus d'indulgence.
Ce hautain, ce fat,
Ce fier à bras,
A la fin le voilà mis à bas.

CHOEUR DE LA SUITE DU PAPE
Quelle impudence!
Quelle incroyable insolence!
C'en est trop.
Déjà le drôle aurait dû recevoir
Le prix de son impudence.
Quelle indulgence!
Le drôle n'en mérite pas!

Quatrième tableau 

(Le théâtre représente une partie de l'atelier de 
fonderie établi dans le Colisée. Au fond, un rideau 
cachant la fournaise et les ouvriers fondeurs. Deux 
portes, à droite et à gauche. Différents ouvrages de 
Cellini, en or, en argent, en bronze et en étain, 
répandus ça et là à terre, ou posés sur des dressoirs. 
L'horloge sonne quatre heures) 

N° 21 - Entracte

Scène Septième 

(Ascanio entre en gambadant par la coulisse 
de gauche) 

N° 22 - Air 

ASCANIO 
(seul)
Tra, la, la, la, la, la...
Mais qu'ai-je donc? 
Tout me pèse et m'ennuie!
Mon âme est triste. Mais bah! tant pis!
Quand vient la mélancolie,
Que d'ennui j'ai le cœur pris,
Tra, la, la, la... moi je chante et je ris,
Moi soudain je m'étourdis.
C'est donc ce soir que l'on baptise,
Dans le feu notre enfant d'airain,
Le Colisée est son église,
Le Très Saint-Père est le parrain,
Et les témoins tout le peuple romain!
Tra, la, la, la, la, la...
Mais qu'ai-je donc, etc.

(en remémorant la scène antérieure) 

Ah! ah! ah! ah! la bonne scène!
- A moi, mes gardes! qu'on l'entraîne.
- Chut, Très Saint-Père... ou ce marteau...
- Tout beau! tout beau! je capitule;
Dès qu'on avance, je recule.
- Alors, primo, je veux ma grâce. 
- Concedo.
- Et secondo je veux Teresa. 
- Concedo.
Tout à coup le Saint-Père s'arrête,
De mon maître il lui faut la tête,
Rien que cela?
Ah! ah! ah! ah!
- Si Persée enfin n'est fondu,
Dès ce soir tu seras pendu.
Pendu! pendu! c'est convenu!
Ah! ah! ah! quelle faveur, Très Saint-Père, 
quelle faveur!
Mais qu'ai-je donc, etc.

(Ascanio, sur un geste de Cellini, entre par la coulisse 
de droite dans la fonderie d'ou sort son maître.)

Scène Huitième 

N° 23 - Récit et Air 

CELLINI 
(seul et pensif)
Seul pour lutter, seul avec mon courage.
Et Rome me regarde! Rome!... 
Allons, vents inhumains,
Soufflez, gonflez les flots et vogue dans l'orage
La nef de nos sombres destins!
Quelle vie, quelle vie! 

Air 

Sur les monts les plus sauvages
Que ne suis-je un simple pasteur,
Conduisant aux pâturages
Tous les jours un troupeau voyageur!
Libre, seul et tranquille,
Sans labeur fatiguant,
Errant loin des bruits de la ville,
Je chanterais gaîment;
Puis le soir dans ma chaumière,
Seul, ayant pour lit la terre,
Comme aux bras d'une mère
Je dormirais content.
Sur les monts les plus sauvages, etc.

Scène Neuvième 

N° 24 - Chœur 

LE CHOEUR
(en dehors)
Bienheureux les matelots,
Ces enfants des flots!

CELLINI 
(avec humeur)
Allons! encor cette chanson plaintive!

LE CHOEUR
(en dehors)
Sur la mer joyeusement
Ils suivent le vent. Oh!

CELLINI
Toujours avec cet air 
quelque malheur arrive.

LE CHOEUR
(en dehors)
Et quand sombre leur vaisseau,
L'onde est leur tombeau. Oh!

ASCANIO 
(entrant, à part)
Funeste présage que ce chant-là!

CELLINI
Jamais mon ouvrage ne réussira
S'ils perdent courage.

(s'adressant avec énergie à ses ouvriers)

C'est d'un fleuve de métaux
Que nous sommes matelots!
Régner sur l'onde est un jeu,
Quand on règne sur le feu!

ASCANIO, CELLINI
Allons, enfants, du cœur!
Redoublez tous de vigueur!
Allons, du cœur!
Mélangez le fer et l'étain;
Au succès nous boirons demain!

LE CHOEUR 
(plus tristement encore)
Bienheureux les matelots,
Ces enfants des flots!

N° 25 - Récitatif 

CELLINI 
(prenant un tablier pour le ceindre autour de lui)
Vite, au travail, sans plus attendre!

(On frappe à la porte.)

Mais qui fait tout ce fracas?

ASCANIO 
(qui a ouvert, revenant précipitamment)
Fieramosca!

Scène Dixième 

(Fieramosca, et deux spadassins) 

CELLINI
Que veut ce sot avec ses fiers-à-bras?

FIERAMOSCA 
(avec gravité)
Cellini, je viens de ce pas
En enfer te faire descendre!

CELLINI
En enfer me faire descendre?
Explique-toi, mauvais bouffon.

FIERAMOSCA
Eh bien! je viens te demander raison
De tes injures...

CELLINI
Toi, poltron? Tu ne ris pas?

FIERAMOSCA
C'est tout de bon.

ASCANIO
C'est tout de bon?

FIERAMOSCA
Et sur-le-champ...

ASCANIO
Sans prendre haleine!

FIERAMOSCA
Sur l'heure...

CELLINI
Mais...

FIERAMOSCA
Allons!

CELLINI
Je ne puis sortir.

FIERAMOSCA
Tu recules?

CELLINI 
(bondissant d'indignation)
Dégaine! Nous nous battrons ici.

FIERAMOSCA
Non, non! si je te tue en ta maison
Je suis un assassin.
C'est la loi, je le sais.

CELLINI
Ah! maudit baladin!
Je vois ce que tu veux.
M'empêcher de rien faire;
Mais, grâce à Dieu, j'espère
Te donner promptement
Une bonne leçon. 
Ton rendez-vous?

FIERAMOSCA
Ici, tout près, derrière
Le cloître Saint-André
nous t'attendons.

CELLINI
C'est bon. Va devant, je te suis.

FIERAMOSCA 
(jetant à Cellini des regards farouches)
Bien, qu'il ose se rendre,
En enfer je le fais descendre!

(Il sort avec les deux spadassins par la porte 
de gauche)

Scène Onzième

CELLINI
Quel contretemps que ce duel-là!
Vite, allons, ma rapière!

(Ascanio va la chercher. La porte s'ouvre, et Teresa 
entre en habit de voyage)

Scène Douzième 

CELLINI 
(sans se retourner)
Encor, Fieramosca!

(apercevant Teresa et courant à sa rencontre)

Teresa! Dieu du ciel! Teresa!

TERESA
Mon père nous trahit!

CELLINI
Comment, que dis-tu là?

TERESA
Mon père nous trahit!
Tu sais que le Saint-Père,
Malgré tant de colère
A décidé que Toscan ni Romain
Jusqu'à ce soir n'aurait droit à ma main.

CELLINI
Eh bien!

TERESA
Bravant cet ordre saint, mon père
A voulu m'éloigner de la ville; mais moi
Je me suis échappée
Et je reviens à toi!

Scène Treizième 

ASCANIO 
(rentrant, une épée à la main, sans voir Teresa)
Maître, voici ton épée.

TERESA
Une épée! où vas-tu?

CELLINI
Je reviens à l'instant.

TERESA
Non! non! tu vas certainement
Te battre!... reste ici!

CELLINI
Je ne le puis, vraiment!

TERESA
Je m'attache à tes pas.

CELLINI
Ne crains rien, chère enfant;
Je m'en vais envoyer au diable
Ton futur époux, ton amant!

TERESA
Fieramosca!

CELLINI
Le misérable! Il vient de m'insulter!

TERESA
C'est quelque guet-apens!
J'ai de sombres pressentiments!

CELLINI
Rassure-toi!

TERESA
Grand Dieu!

CELLINI
Ce n'est pas un Hercule;
Ce n'est qu'un vil bouffon
Dont la bravade est ridicule,
Et que je vais punir d'une rude façon.

(Il sort avec Ascanio.)

Scène Quatorzième 

TERESA
Eh quoi! Ma prière est vaine!
Me laisser seule ici!
Pour se battre il est parti.

CHOEUR D'OUVRIERS FONDEURS 
(derrière la scène)
Cellini! Cellini!

TERESA
Qu'entends-je? fuir?... rester?...

LE CHOEUR
Non! non! plus de travaux!
Laissons les fourneaux!

TERESA
Ah! s'il ne revient pas
Ma perte est certaine.

Scène Quinzième 

N° 26 - Chœur 

FRANCESCO, BERNARDINO, CHOEUR
Peuple ouvrier,
Que l'atelier
Vite se ferme.
A bas les marteaux,
Pelles et ciseaux!
Laissons nos fourneaux!
Quittons les travaux!
Et que le repos
Enfin mette un terme
A tous nos maux!

TERESA
Dieu! quelle colère?
Que voulez-vous faire?

LE CHOEUR
Sortir tous d'ici!

TERESA
Eh! mais... mais Cellini...

LE CHOEUR
Le maître sans gêne
Nous laisse la peine;
Ah! pour l'enrichir
C'est par trop souffrir!

TERESA
De la patience
Cellini s'avance,
Il va revenir.
Ah! que devenir?

LE CHOEUR
Nous voulons sortir!
A nous sur la terre
Labeur et misère,
A nous le malheur,
Au maître l'honneur!

TERESA
Allons, du courage,
Reprenez l'ouvrage!
Vous serez, je gage,
Bien payés demain.

LE CHOEUR
Demain?
Nous sommes sans pain,
Nos enfants ont faim!

TERESA
Ô sainte Madone,
Hélas! n'abandonne 
Jamais mon époux!
Je m'attache à vous!

LE CHOEUR
Allons-nous-en tous!
Non, non, laissez-nous,
C'est pure folie!

TERESA
Je vous en supplie!

Scène Seizième 

N° 27 - Scène et Chœur 

TERESA 
(apercevant Fieramosca)
Ah! ciel! il est mort!

(Elle tombe évanouie. Francesco et Bernardino 
s'approchent de Teresa et la soutiennent.)

LE CHOEUR
D'où vient ce transport?
Qu'est-ce donc? Secourons-la.
Elle perd la vie!

FIERAMOSCA 
(étonné)
Ah! que signifie cette clameur-là?

TERESA
Ô bons ouvriers!
Vengez votre maître
Tué par ce misérable!
Aux bras meurtriers!

LE CHOEUR
Quoi? L'infâme traître
A tué le maître!

TERESA
C'est un spadassin!

LE CHOEUR
A mort! l'assassin!

FIERAMOSCA 
(se débattant)
Ah! point de colère!
Je suis votre ami !

(Les ouvriers, en le secouant, font tomber de l'or de 
ses poches)

LE CHOEUR
Quoi! tant d'or sur lui!
Qu'en voulait-il faire?

FIERAMOSCA
Je venais en frère vous faire
Gagner un meilleur salaire
Hélas! que celui qu'on vous donne ici.

LE CHOEUR
Au diable! merci!
De ton vil salaire
Que pouvons-nous faire
Pour l'égorgeur
Du grand ciseleur?
Vite, à la chaudière!

FIERAMOSCA
Ah! je suis votre ami!

Scène Dix-septième 

CELLINI
Holà! qu'est ceci?

LE CHOEUR, TERESA 
(sautant au cou de Cellini)
Grand Dieu! Cellini!

CELLINI
Eh! oui, me voici!

TERESA
Quel bonheur! la vie
Ne t'est pas ravie,
Ô mon cher époux!

LE CHOEUR
Nous l'avons cru tous.

CELLINI
Ah! rassurez-vous

(à Fieramosca, qui souffle comme un bœuf)

Chez moi, téméraire,
Que viens-tu donc faire,
Quand le fer en main
Je t'attends en vain?

FIERAMOSCA 
(tremblant)
Je venais sans mystère...
Je viens...

LE CHOEUR 
(montrant l'argent qu'ils ont ramassé)
... pour tâcher de nous embaucher.

CELLINI
Comment! soudoyer
Tout mon atelier?
Je sens ma colère!

FIERAMOSCA 
(toujours plus tremblant)
Je viens... cher confrère...
Je viens...

CELLINI
Tu viens travailler.

LE CHOEUR
Comment? comment travailler?

CELLINI
Oui, oui, travailler...
Couvrez-moi ce drôle
D'un noir tablier,
Et dans l'atelier
Qu'il fasse son rôle,
Ou par Dieu!...

LE CHOEUR
Bien! c'est drôle!

TERESA, ASCANIO, CHOEUR
Allons, fier Vulcain,
Accepte ce rôle,
Ou tu prends un bain
Dans un flot d'airain.

FIERAMOSCA 
(pendant qu'on l'habille)
J'aime mieux ce rôle
Que de prendre un bain
Dans un flot d'airain. 

N° 28 - Chœur 

FRANCESCO, BERNARDINO
A l'atelier!

Ensemble 

LE CHOEUR
Peuple ouvrier,
Rentre à pas leste,
Et que les marteaux,
Pelles et ciseaux
Achèvent le reste
De nos travaux.
Rentrons, et que les fourneaux
Sortant du repos
Achèvent le reste
De nos travaux.
Retournons aux fourneaux,
Reprenons nos travaux.

TERESA, ASCANIO
Allons! aux fourneaux!
Et que les marteaux,
Pelles et ciseaux
Sortant du repos
Achèvent le reste
De vos travaux.

CELLINI, TERESA, ASCANIO
Rentrez tous aux fourneaux!
Achevez vos travaux!
La bonne tournure!
Plaisante figure!

FIERAMOSCA
J'aime mieux ce rôle
Que de prendre un bain
Dans un flot d'airain.
Entrons aux fourneaux.

ASCANIO
Oh! l'excellent tour!

(Cellini et le chœur sortent.)

Scène Dix-huitième  

N° 29 - Récit 

TERESA
Ah! le calme renaît dans mon âme inquiète,
Mais le ciel est encor bien noir.

ASCANIO
Du courage! avant la tempête
Au port nous entrerons ce soir.

(Il entre dans la fonderie.)

Scène Dix-neuvième 

N° 30 - Scène 

(Entrée du Pape et sa suite) 

BALDUCCI 
(stupéfait)
Teresa, ici! Fille rebelle!

LE PAPE
Arrêtez, Balducci!

TERESA 
(aux genoux du Pape)
Ô pardon, Très Saint-Père!

LE PAPE
Relevez-vous, et dites-moi,
Qui vous amène ici, ma chère?

BALDUCCI
En vérité...

LE PAPE
Tenez-vous coi,
Mon Balducci, pour Dieu, silence!

TERESA
Mon père, usant de sa puissance,
A voulu m'éloigner de Rome sur-le-champ.
Mais comptant sur votre indulgence,
J'ai voulu, pour ce soir, rejoindre mon amant.

LE PAPE
C'est fort mal fait, ma chère enfant.
Il faut obéir à son père,

(regardant Balducci, et d'un ton sévère)

Quand même il manque à son devoir!
Ah! ça, ne pourrons-nous le voir, ce Cellini?

TERESA
Le voici, Très Saint-Père.

(Cellini entre vivement, puis salue le Pape.)

LE PAPE
Eh bien! démon, as-tu fini?

CELLINI
Non, pas encore; mais, Dieu merci,
Tout va très bien; sous la chaudière
Le feu redouble, et la matière
N'attend plus que sa sainteté
Pour descendre avec majesté
Dans les entrailles de la terre.

BALDUCCI
Le fanfaron!

LE PAPE
Fausse gaîté!
Avec son sang-froid affecté
Le drôle en ce moment m'outrage;
Mais patience!... Allons, commence.

Scène Vingtième 

N° 31 - Final 

(Le rideau se lève et laisse voir l'intérieur du Colisée 
où est établie la fonderie. Au fond, le cirque est garni 
de spectateurs; à droite, le fourneau tout en feu et une 
échelle conduisant à la chaudière; au milieu, la rigole 
destinée à recevoir le métal en fusion. Il fait nuit, 
l'atelier est éclairé par des torches. A gauche, un siège 
d'honneur où le Pape prend place, entouré de sa suite) 

FIERAMOSCA 
(en fondeur, accourant tout joyeux)
Du métal! du métal! Il leur faut du métal,
Ou bien nous suspendons l'ouvrage.

CELLINI
Que dis-tu, fondeur infernal?

FIERAMOSCA
Du métal! Ou nous suspendons l'ouvrage!

CELLINI
Je vais voir... Contretemps fatal!

(Il se dirige vers la fournaise.)

BALDUCCI 
(reconnaissant Fieramosca)
Fieramosca! quel équipage!

FIERAMOSCA 
(embarrassé)
Oh! je conviens...

BALDUCCI
Quel noir visage!
Vraiment, je ne vous comprends pas.

FIERAMOSCA
Entre artistes ne doit-on pas
S'entr'aider?

CELLINI 
(revenant l'air soucieux, à Fieramosca)
A l'ouvrage!

(Fieramosca, sur un geste impérieux de Cellini, 
retourne à la fournaise et Cellini le suit presque 
aussitôt.) 

Ensemble 

TERESA, ASCANIO
Quelle pâleur sur son visage!
Ô Dieu! ne l'abandonne pas!

BALDUCCI, LE PAPE
Quelle pâleur sur son visage!
Je le crois dans un mauvais pas!

CELLINI 
(revenant, l'air brusque et agité)
Pardonnez, il faut l'œil du maître...

BALDUCCI 
(ironique)
Quelle belle œuvre enfin va naître!

CELLINI
De métal je viens de repaître
La fournaise, elle est toute en feux;
A présent tout va pour le mieux.

(Les ouvriers travaillent avec un redoublement 
d'activité.)

FRANCESCO, BERNARDINO 
(accourent effrayés)
Maître, maître!
La fonte se fige!

TOUS
La fonte se fige!

FRANCESCO, BERNARDINO
Du métal!

CELLINI
Tout est-il fondu?

FRANCESCO, BERNARDINO
Tout! il en faut d'autre, vous dis-je!

CELLINI
Je n'en ai plus. Je suis perdu!

LE PAPE
Le fanfaron est confondu!

BALDUCCI
Le spadassin sera pendu!

TOUS
Il n'en a plus. Il est perdu!

BALDUCCI
Vous, un homme, quoi! de génie,
Un rien vous met à l'agonie?
Quelles terreurs?
Votre science est infinie.
Faut-il donc vous désespérer?

LES OUVRIERS
Du métal! du métal!

FRANCESCO
Eh bien, maître, le temps se presse;
Le feu s'éteint.

CELLINI 
(balbutiant)
Attends!... que faut-il... je suis...
Que faut-il que je fasse?

LES OUVRIERS 
(redoublant de cris)
Du métal! du métal! du métal!

CELLINI 
(exaspéré, levant les mains au ciel)
Seigneur, use de ton pouvoir!
Dans ta main est le seul remède.
Si tu ne veux pas que je cède
Au désespoir,
Aide-moi donc, puisque je m'aide!...

BALDUCCI
Prier! le moment est mauvais.
Assurez d'abord le succès;
Vous rendrez grâce au ciel après.

CELLINI
Je suis sauvé! Dieu m'est en aide!...

(à Francesco et à Bernardino)

Prenez tout ce que je possède!
Courez, ne laissez rien dans l'atelier.

FRANCESCO, BERNARDINO
Quoi! tous vos chefs-d'œuvre?

CELLINI
Courez, courez, n'importe!...
Or, argent, cuivre, bronze, emporte,
Et jette tout dans le brasier.

(Francesco et Bernardino sortent en courant. Bientôt 
on les voit reparaître au fond du théâtre suivis 
d'Ascanio et d'autres ouvriers, chargés de divers 
ouvrages de ciselure en or et en bronze qu'ils lancent 
dans la fournaise. Ascanio à l'exemple de son maître 
saisit un candélabre, et Cellini s'emparant de tous les 
ouvrages de ciselure qui sont à sa portée, va les jeter 
dans la fournaise)

Ensemble 

TERESA
Hélas! la force m'abandonne!
Va-t-il malgré tout réussir?

LE PAPE 
(debout sur l'estrade)
Vraiment! son audace m'étonne;
Va-t-il malgré tout réussir?

BALDUCCI
Ma foi! la raison l'abandonne!
Le fou se ruine à plaisir.

(On entend une détonation ; c'est le couvercle 
de la chaudière qui saute)

TERESA, LE PAPE, BALDUCCI
Ah! quel fracas! que croire?

(Les femmes et les enfants des ouvriers entrent en 
scène)

CELLINI 
(se précipitant désespéré sur l'avant-scène)
Je suis perdu!

LES OUVRIERS 
(au fond du théâtre)
Vivat, vivat! maître vivat!

(A ce cri, tous les regards se tournent vers la chaudière 
d'où s'élance un torrent de métal liquide qui se récipite 
dans la terre)

LES OUVRIERS, LES SPECTATEURS
Victoire!

FIERAMOSCA 
(noir de fumée, perçant la foule pour arriver 
jusqu'à Cellini)
Allons, allons, faites-moi place,
Ce cher ami, que je l'embrasse.

BALDUCCI 
(menant Teresa à Cellini)
Il réussit! j'en étais sûr!
Ma fille, embrasse ton futur!

CELLINI 
(à part)
C'est à qui sera le plus lâche, maintenant...

(haut)

Saint-Père, j'ai terminé ma tâche.

LE PAPE 
(descendu de son siège)
Puisque Dieu lui-même a béni
Et tes travaux et ta hardiesse,
J'acquitte à l'instant ma promesse,
Et je te pardonne, ô Cellini!

CELLINI
Ô ma Teresa!

TERESA
Ô Cellini!

(Le Pape sort avec sa suite.)

FRANCESCO, BERNARDINO, LE CHOEUR
Viva! viva!

TERESA, ASCANIO, FIERAMOSCA
Gloire immortelle!

LES OUVRIERS
L'or comme un soleil luit,
Le rubis étincelle
Comme un feu dans la nuit.

TERESA, ASCANIO, FIERAMOSCA
FRANCESCO, BERNARDINO, BALDUCCI
Gloire à lui!

TOUS
Les métaux, ces fleurs souterraines
Aux impérissables couleurs,
Ne fleurissent qu'au front des reines,
Des rois, des papes, des grands-ducs, 
et des empereurs.
Honneur aux maîtres ciseleurs!
Tra la la la,
Honneur aux maîtres ciseleurs!



   
ACTO SEGUNDO 


Cuadro Tercero - Miércoles de ceniza  

(El taller de Cellini. Al fondo, una ventana 
grande que da a la calle. A la derecha y al fondo, 
una puerta. A la izquierda, el modelo de yeso de 
la gran estatua de Perseo. A un lado, un banco de 
trabajo y por el suelo herramientas. Amanece) 

Escena Primera 

N° 13 - Entreacto y escena 

TERESA
¡Ah! ¿Qué fue de él? ¡Jesús! 
¿Dónde puede estar?

ASCANIO
(cerrando la puerta de nuevo)
No puede tardar en aparecer, 
Teresa, no tengas miedo.

TERESA
¿Lo atraparon? ¿Estará preso o muerto?

ASCANIO
Ni lo uno ni lo otro, créeme.
El maestro no es un hombre que sirva 
de carnaza a los matones del Papa, 
o a los esbirros de la ley.

TERESA
¿Pero qué puede retenerlo?

CORO DE MONJES BLANCOS
(fuera de escena, se los oye lejos)
Vas spirituale, Maria, sancta mater,
Ora pro nobis.

ASCANIO
Escucha.

(Corre a la ventana) 

TERESA
¿Es él?

ASCANIO
(alejándose de la ventana)
¡Ay! Es una canción que sube tristemente 
hacia la bóveda celeste.
Son las voces de los cofrades 
que van, cantando letanías, 
a cumplir algún deber piadoso.

CORO
(menos distante)
Vas honorabile, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA
¡Qué angustia!

ASCANIO
Esperemos.

TERESA
Oremos.

TERESA, ASCANIO
¡Oremos!

N° 15 - Oración 

CORO
(uno poco más cerca)
Rosa purpurea, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
(Teresa de rodillas y Ascanio de pie a su lado)
Santa Virgen María, estrella de la mañana...

CORO
(cada vez más cerca)
Turris Davidica, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
Que tu querida luz
vierta un rayo divino...

CORO
(cerca)
Turris eburnea, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
Vierta un rayo divino 
sobre mi / su triste destino.

CORO
(que empieza a pasar ante el ventanal)
Stella matutina, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
Santa Virgen María,
Estrella de la mañana...

CORO
(alejándose)
Turris eburnea, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
Trae, te lo ruego,
trae a mi / su amado.

CORO
(más lejos)
Vas honorabile, Maria sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
Trae a mi / su tierno amante
junto a mi / su angustiado corazón.

CORO
Rosa purpurea, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

TERESA, ASCANIO
¡Oh! conduce a mi / su amante 
junto a mi / su angustiado corazón.

CORO
(desde muy lejos)
Stella matutina, Maria, sancta mater,
¡Ora pro nobis!

Escena Segunda 

(Cellini entra precipitadamente. Está vestido con 
hábito de monje blanco, manchado de sangre) 

CELLINI
¡Teresa!

TERESA, ASCANIO
¡Cellini!

CELLINI
Sí, amigos, por fin estoy a vuestro lado.

TERESA
¡Ah, bendito sea el cielo!
¿Estás herido?

CELLINI
¡No, a Dios gracias! Tranquilízate, querida.
Pero la muerte
planea sobre mí.
¡Amigos míos, es necesario huir!

TERESA
¿Huir?

CELLINI
De inmediato.

ASCANIO
(consternado)
Pero, maestro, ¿y su estatua?...

CELLINI
¡Al diablo mi estatua, el Papa y la ley!
Sólo pienso en partir lo más pronto posible.

(a Teresa) 

¡Contigo, querida niña!
Ascanio, ve a buscar los caballos
para que podamos huir.

ASCANIO
Maestro, como quieras,
enseguida regreso.

(Sale por la derecha.) 

Escena Tercera 

N° 16 - Dúo 

TERESA
¡Ah, el cielo, querido esposo,
se ha declarado finalmente a nuestro favor!
Pues a pesar de esta dura experiencia
nos ha reunido nuevamente.
¿No es así? 
Es la prueba de que Dios está a nuestro lado.

CELLINI
Sí, querida, en este día 
soñemos tan sólo con el amor.
¡Oh, mi joven amada!
Démonos prisa en disfrutar 
de la paz que hoy poseemos.
¡El tiempo pasa aprisa!

TERESA
¡Anoche, cuántas angustias!

CELLINI
El pasado es sólo una sombra...

TERESA
Pero la noche cede ante el día...

CELLINI
No dejemos nada a la suerte...

TERESA
El día seca las lágrimas...

CELLINI
El futuro es demasiado sombrío...

TERESA
Y he aquí que ha retornado 
la felicidad y el amor.

CELLINI
Sepamos vivir primero, 
y que después ¡venga la muerte!

TERESA
¡Ah! ¡Rápido, rápido!
¡Date prisa! 
¡Quítate esta ropa
manchada de sangre!

CELLINI
(quitándose el hábito de monje que deposita 
sobre una silla a la derecha)
¡Sí, el tiempo vuela! 
Tiremos esto...
Pero en su lugar, 
¡tráeme 
esa coraza!

TERESA
¡Toma, aquí está! 
¡Elige la espada 
mejor templada 
y un escudo!...

CELLINI
¡Cuánto valor, 
mi gentil paje, 
mi escudero!

TERESA
¡Ah! ¡Rápido, rápido!
¡Ponte 
esta coraza!

CELLINI
¡Ah! Cuánto coraje, etc.,

Concertado 

TERESA
¡Ah, el cielo, querido esposo,
se ha declarado finalmente a nuestro favor!
Pues a pesar de esta dura experiencia
nos ha reunido nuevamente.
¿No es así? 
Es la prueba de que Dios está a nuestro lado.
Sí, el cielo nos bendice,
está a nuestro lado.

CELLINI
¡Ah, el cielo, querido esposo,
se ha declarado finalmente a nuestro favor!
Pues a pesar de esta dura experiencia
nos ha reunido nuevamente.
¿No es así? 
Es la prueba de que Dios está a nuestro lado.
Sí, el cielo nos bendice, está a nuestro lado.

TERESA, CELLINI
(con entusiasmo)
Cuando en las cumbres de la montaña,
el águila inquieta 
oye la voz de su compañera 
atrapada en la red, 
echa a los vientos su grito de guerra, 
y se lanza sobre la red 
rescatando a la prisionera.
¡Y ambas huyen a los bosques!
En vano el plomo y la pólvora
envenenan el aire, 
sus alas anteceden al estampido
¡como el trueno al relámpago!
Vayamos a Florencia. 
En su cielo,
el águila toscana desafía y desprecia 
el trueno del Vaticano.
¡Apresurémonos!
Cuando en las cumbres de la montaña, etc.

Escena Cuarta 

N° 17 - Recitativo 

ASCANIO
¡Ah, maestro!... ¡Mi querido maestro!...

CELLINI
¿Y bien, qué sucede?

ASCANIO
¡Por ahí vienen el tesorero del Papa 
y Fieramosca!... ¡Los vi por la ventana!

TERESA
¡Cielos, mi padre!

CELLINI
No temas nada.

ASCANIO
¡Ah, Dios mío, ya están aquí!

(Cellini hace que Teresa se oculte detrás de la 
estatua de Perseo.) 

Escena Quinta 

N° 18 - Quinteto 

BALDUCCI
(con su bastón en la mano)
¡Ah, por fin te encuentro!
¡Salteador de caminos, 
secuestrador, espadachín, 
miserable asesino!

CELLINI
¡Oh, maestro Giacomo! 
¡Por qué tanto alboroto en mi casa?

BALDUCCI
¡Hipócrita, devuélveme a mi hija!
¡Ella está en tu casa!
¡Devuélvemela! 
O este bastón...

(levanta su bastón sobre Cellini) 

CELLINI
¡Miserable!

TERESA
(arrojándose a las rodillas de su padre)
¡Ah, padre! 
¡Te lo suplico de rodillas!

BALDUCCI
¡Estabas aquí, víbora!
¿Así honras a tu madre?
¡Abandonar tu casa, detrás de un espadachín!
¿Quién te hubiese creído con el alma tan negra?

TERESA
(temblando)
¡Ah, padre, dígnate creer en mí!...

CELLINI
Su hija jamás tuvo esa intención.

TERESA
¡No, yo nunca tuve tal intención!

CELLINI
Yo soy el único culpable.

BALDUCCI
¡A otro con tus cuentos, 
secuestrador de muchachas honradas!
Te conozco, te conozco muy bien...
¡Y tú, a casa!
¡Rápido, acelera el paso!

CELLINI
(interponiéndose entre Teresa y Balducci)
¡Deténgase! ¡Yo amo a su hija!

BALDUCCI
¡Eh! ¿Y qué me importa a mí el amor 
de semejante payaso?

CELLINI
¡La amo!

BALDUCCI
¡Tanto peor!

CELLINI
El honor de una familia...

BALDUCCI
¡Bah!... Verás como ella se olvida de ti
en un instante.

CELLINI
¡Usted se extralimita!

TERESA
¡Padre!

BALDUCCI
¡Vamos, sígueme!

CELLINI
¡Teresa!

TERESA
¡Cellini!

BALDUCCI
(sin poder separarlos)
¡Ayúdame, Fieramosca, yerno!
¡Aquí está tu esposa, llévatela!

TERESA, ASCANIO, 
CELLINI, FIERAMOSCA
¡Gran Dios! ¿Qué escucho?

FIERAMOSCA
(tímidamente, avanzando hacia Teresa)
¡Esposa mía! 
¡Vamos... date prisa!...

CELLINI
¡Canalla, si la tocas, yo!...

BALDUCCI
(a Fieramosca)
¡Vamos, adelante, yerno!

FIERAMOSCA
(retrocediendo)
¿Se va a armar un escándalo?

CELLINI
¡Cobarde! ¡Si das un paso más, 
te hago descender al infierno!

Concertante 

TERESA
(a Cellini)
¡Cálmate!

ASCANIO
¡Qué!... ¿Su yerno?

FIERAMOSCA
¿Yo protagonizar un escándalo?

BALDUCCI
¡Mi yerno!

Escena Sexta 

N° 19 - Sexteto 

TODOS
¡El Papa está aquí! ¡Prudencia!
¡Rápido, de rodillas! ¡Paz y silencio!

(Todos se arrodillan) 

EL PAPA
(con tono paternal)
¡Indulgencia para todos los pecadores!
¡Oh hijos míos, levantaros! 
De todos los derechos que da el poder, 
la santa misericordia y la clemencia 
son los más dulces a nuestro corazón.
¡Indulgencia para todos los pecadores!
¡Oh hijos míos, levantaros!

BALDUCCI, FIERAMOSCA
(poniéndose de pie)
¡Justicia para nosotros, señor y maestro!
A vuestros santos pies venimos a poner 
nuestra humilde súplica... ¡Oh, satisfacción!

EL PAPA
¿Justicia?... ¡Eh! ¿Pero, qué deseáis?
Mis queridos amigos, ¡levantaros!

BALDUCCI
¡Un infame raptó mi hija, 
y empañó el honor de mi familia!

FIERAMOSCA
¡La daga de un cobarde enemigo 
abatió a mi noble amigo!

EL PAPA
¿Y quién es el culpable de todo eso?

BALDUCCI, FIERAMOSCA
¡Oh Santísimo Padre, él está aquí!
¡Cellini!

TODOS
¡Cellini!

BALDUCCI
Aquí están mi hija y el culpable.

FIERAMOSCA
(mostrando el hábito ensangrentado que 
Cellini se había quitado)
Aquí está la sangre y el culpable.

TERESA, ASCANIO, CELLINI
¡No, Cellini no es culpable!

EL PAPA
¡Cellini culpable!... 
¡Un asesinato y un rapto! 
¡Realmente, eso es horroroso! 

(a Cellini) 

¡Siempre haciendo de diablo, 
bribón incorregible!

CELLINI
¡No, no, yo no soy culpable!
¡Oidme un instante!

EL PAPA
(impaciente)
¿Y mi estatua? 
¡Respóndeme! ¿Qué pasó con ella?

CELLINI
Todavía no está fundida.

EL PAPA
¡Qué! ¿Después de tanto tiempo no está lista?

BALDUCCI
¡No está fundida aún!

TODOS
¡No está fundida aún!

EL PAPA
¿Y para qué sirvió, entonces, mi oro?
¿Para afrentar el corazón de un anciano?
¿Para atravesar a la gente con tu estoque?
¡Para pasarte la noche entera 
bebiendo en las tabernas?

FIERAMOSCA, BALDUCCI
¡Es verdad!

TERESA, ASCANIO, CELLINI
¡No, no!

FIERAMOSCA, BALDUCCI
¡Cállate!

EL PAPA
¡Paz!
¡Verdaderamente, soy muy bondadoso!

(a Cellini) 

Otro se ocupará ahora 
de fundir tu estatua.

TERESA, ASCANIO
BALDUCCI, FIERAMOSCA
¡Otro fundirá su estatua!

CELLINI
¡Otro fundirá mi estatua!
¡Dios! ¿Sobre mi cabeza, 
en este momento, ha caído un rayo?
¡Otro fundirá mi estatua!
¡Antes, con un golpe de mi brazo, 
haré este modelo en yeso en mil pedazos!
Antes de una mano vulgar...

TERESA, ASCANIO
¡Gran Dios! ¿Qué va a hacer? 

FIERAMOSCA, BALDUCCI, EL PAPA
¡Temerario!
¿No estás delante de tu príncipe?

CELLINI
(exasperado)
¡Sí, que la Virgen me perdone, 
y el Santo Padre y mi santo patrono!
¡Pero ningún otro artista que no sea yo, 
ni siquiera Miguel Ángel, lo juro,
podrá fundir mi estatua!
¡La muerte antes que esa afrenta!

EL PAPA
¡Ah, eso ya lo veremos! ¡Eh!
¡Guardias, a mí!
¡Detened a este hombre 
de inmediato!

(A la orden del Papa, entra una grupo de 
soldados que estaba de guardia en la puerta; 
pero Cellini se lanza sobre el modelo de yeso 
con un martillo) 

CELLINI
¡Destruiré este modelo de yeso!
¡No quedará ni un pedazo!
¡Nadie podrá impedirlo!

(levanta el martillo para romper su estatua) 

TERESA, ASCANIO
FIERAMOSCA, BALDUCCI
¡Ah!

EL PAPA
¡Detente, detente! ¡Maldita criatura!

Concertante 

TERESA, ASCANIO
¡Ah! ¡Qué ha hecho y qué ha dicho!
¡Atreverse a desafiar al Papa en su propia cara!

BALDUCCI, FIERAMOSCA
¡Qué pérfido y qué bandido!
¡Atreverse a desafiar al Papa en su propia cara!

EL PAPA, BALDUCCI
¡Qué audacia!

EL PAPA
¡Ah! ¡Entonces, demonio!
¡Cerebro hueco!
¿Qué hace falta para que te calmes?
¡Dime, respóndeme!

CELLINI
El completo perdón de mis faltas.

EL PAPA
¡Lo tendrás aún sin confesión!

TERESA, ASCANIO
BALDUCCI, FIERAMOSCA
¿Lo tendrá sin confesión?

EL PAPA
Lo que he dicho, 
¡él tendrá el completo perdón de sus faltas!

CELLINI
¡Eso no es todo! 
Además quiero a la que amo y adoro.

EL PAPA
¿Quieres el perdón y a Teresa?

BALDUCCI, FIERAMOSCA
¡Oh Santísimo Padre, deteneos!

CELLINI
Y también quiero, además de eso, 
el tiempo necesario para fundir mi estatua.

EL PAPA
¡Qué! ¿Además eso?

CELLINI
Nada más que eso.

TODOS
¡Nada más que eso!

Concertante 

EL PAPA
¡Ah, este demonio me tiene atrapado!
Él conoce mi amor por el arte.
El insolente se ríe por lo bajo de mi debilidad,
aunque dentro de poco me tocará reír a mí.

BALDUCCI 
Ese demonio lo tiene atrapado.
Conoce de sobra su amor por el arte. 
Se ríe de su debilidad,
pero pronto seremos nosotros los que riamos.

CELLINI
¡Ah! ¡Lo tengo atrapado!
Conozco todo su amor por el arte.

TERESA
¡Oh! ¡Qué día fatal!
¡Dios, ten piedad de mi amado!

ASCANIO
¡Oh! ¡Qué noble intrepidez!
¡Oh! ¡Qué buena jugada!

FIERAMOSCA
¡Ah! Ese demonio se ríe de su debilidad,
aunque dentro de poco me tocará reír a mí.

EL PAPA
(a Cellini)
¿Cuánto tiempo necesitas para hacer tu trabajo?

CELLINI
Si Dios quiere, 
necesitaré sólo un día más.

EL PAPA
¿Y eso será suficiente?

CELLINI
Sí, eso espero: 
hace mucho que el horno está encendido.

EL PAPA
(indicando a los guardias que se retiren)
¡Bien, estoy de acuerdo!... 

(Ante esta frase, Cellini suelta su martillo y 
se acerca al Papa.) 

Pero, maestro bribón, 
recuerda bien mis palabras: 
yo mismo vendré al taller esta noche.
Vendré expresamente a ver 
cómo se hace la fundición. 
¡Pero si la fundición no se realiza, 
la justicia se ocupará del asunto! 
¡Por Dios que a ella entregaré tu cabeza!
Si Perseo no está fundido a tiempo,
esta noche serás colgado. 
Creo que me entendiste muy bien.

TERESA, ASCANIO
FIERAMOSCA, BALDUCCI
¡Colgado!

EL PAPA
Creo que soy sensato.

BALDUCCI
Pero, Santísimo Padre, 
él es capaz terminar la estatua a tiempo, 
y Teresa...

EL PAPA
¡Vete al diablo! 
¡Tu hija y tú! Es sensato. 
Al instante será colgado.

FIERAMOSCA
Pero, Santísimo Padre, 
él es capaz terminar la estatua a tiempo, 
y Pompeo...

EL PAPA
¡Vete al diablo!
¡Pompeo y tú! Es sensato.
Al instante se le colgará.
Si esta noche no está fundida,
al instante será colgado 

TERESA, ASCANIO
FIERAMOSCA, BALDUCCI
¡Colgado!

EL PAPA
Creo que soy sensato.

Concertante 

TERESA, ASCANIO
¡Colgado! ¡Colgado! ¡Colgado!
Si no está fundido esta noche.
¡Ah! ¡Cómo, gran Dios! ¡Él, será colgado!

BALDUCCI, FIERAMOSCA
¡Colgado! ¡Colgado! ¡Colgado!
Si no está fundido esta noche.
¡El fanfarrón será colgado!

CELLINI
(irónicamente, al Papa)
¡Cuánta indulgencia para mis pecados! 
¡Oh, Santísimo Padre, qué bondad! ¡Colgado!

N° 20 - Final 

Concertante 

EL PAPA
¡Ah! Que nadie se atreva a aplaudir 
su loca impudencia. 
¡Ah! Su insolencia fue excesiva, 
y debo castigarlo. 
Ningún santo, ningún ángel,
podrán ayudarlo. 
Desafió mi poder. 
¡Ah! Realmente no me queda más indulgencia.

CELLINI
¡Ah, me siento seguro, 
Dios me ayuda, voy a tener éxito! 
En el corazón tengo fuerza 
como para triunfar. 
Me enfrentaré su venganza. 
Dios ama la valentía 
y por eso voy a tener éxito.
Su vil venganza
no prosperará.

TERESA
¡Tiene poca suerte! 
¡Su destino es poco alentador! 
Se ha opuesto al mismo Dios. 
¡Qué desgracia! ¿Cómo podrá vencer? 
¡Ah, realmente no tengo esperanzas!
¿Qué puede lograr él solo contra todos?
¡Voy a morir de pena 
y sufrimiento! 
¡No quedan esperanzas! 
El propio Dios está en su contra, 
ni los santos ni los ángeles 
lo podrán ayudar.

ASCANIO
¡Qué importa que quieran vengarse! 
¡Que el fango 
brote bajo sus pies! 
En el corazón tiene 
la suficiente fuerza para vencer.
¡Dios ama a los valientes!
A pesar de todo, tengo la esperanza 
de que su vil venganza 
no triunfará.

FIERAMOSCA, BALDUCCI
¡Ah! ¡Ahora el fanfarrón se ve en aprietos! 
Por fin está listo para ser vencido. 
¡Oh furor, oh venganza, 
acudid de inmediato!
Fue demasiada su insolencia. 
¡Ah! Esta vez todo asegura mi justa venganza.
Nada de indulgencias. 
Ese audaz, ese pedante, 
ese orgulloso, 
al fin caerá en mis garras.

COMITIVA PAPAL
¡Qué imprudencia! 
¡Qué insolencia increíble! 
Esto es demasiado. 
Ese fanfarrón va a recibir 
el castigo que se merece por su imprudencia. 
Ese pedante no merece 
ninguna indulgencia.

Cuarto cuadro 

(La escena representa una parte del taller. Al 
fondo, una cortina esconde el horno y a los 
fundidores que trabajan en el mismo Dos puertas, 
a derecha e izquierda. Diversas obras de Cellini, 
hechas de oro, plata, bronce y estaño, se 
encuentran esparcidas por el suelo o sobre los 
muebles. El reloj marca las cuatro) 

N° 21 - Interludio 

Escena Séptima 

(Ascanio entra precipitadamente por la puerta 
de la izquierda) 

N° 22 - Aria 

ASCANIO
(sólo)
¡Tra, la, la, la, la, la!.. 
Pero ¿qué me pasa? 
¡Todo me pesa y se aburre! 
Mi alma está triste. ¡Pero bah! ¡Tanto peor! 
Cuando llega la melancolía, 
y tengo el corazón pesaroso, 
¡Tra, la, la, la!... canto, río, 
y a menudo me aturdo. 
¡Esta noche bautizarán con fuego 
a nuestra criatura de bronce.
El Coliseo será su iglesia, 
el Santo Padre el padrino, 
y los testigos todo el pueblo romano! 
¡Tra, la, la, la, la, la!... 
Pero ¿qué me pasa? 

(rememorando la escena anterior) 

¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Qué buena escena! 
- ¡Guardias, a mí! ¡Arrestadlo! 
- Silencio, Santo Padre... o este martillo... 
- ¡Está bien! ¡Está bien! Me rindo.
Cuanto uno avanza, yo retrocedo. 
- Primero, quiero el perdón. 
- Concedido.
- Y luego quiero a Teresa. 
- Concedido.
Entonces el Santo Padre se detiene, 
él necesita la cabeza de mi maestro, 
¿nada más que eso?
¡Ah! ¡ah! ¡ah! ¡ah!
- Si Perseo no está fundido esta noche. 
serás colgado.
¡Colgado! ¡colgado! ¡Está claro!
¡Ah! ¡ah! ¡ah! ¡Qué favor, Santo Padre, 
qué inmenso favor!
Pero ¿qué me pasa? Etc.

(Ascanio, ante un gesto de Cellini, entra al taller 
de fundición, de donde sale su maestro.) 

Escena Octava 

N° 23 - Recitativo y aria 

CELLINI
(sólo y pensativo)
Solo para luchar, yo solo con mi coraje. 
¡Roma me mira! ¡Roma!... 
¡Adelante, vientos inhumanos, 
soplad, inflad las olas, impulsad en la tormenta 
la nave de nuestros sombríos destinos!
¡Qué vida, qué vida!

Aria 

¿Por qué no he sido un simple pastor 
en las montañas más salvajes, 
llevando a pastar 
todos los días a mi rebaño?
Libre, solo y tranquilo, 
sin una labor fatigosa, 
vagaría lejos de los ruidos de la ciudad, 
y cantaría alegremente.
Luego, por la tarde, en mi cabaña de paja, 
teniendo por cama la tierra, 
como en los brazos de una madre 
me dormiría feliz.
¿Por qué no he sido un simple pastor… etc.

Escena Novena 

N° 24 - Coro 

CORO
(fuera de escena)
¡Dichosos los marineros, 
esos muchachos del mar!

CELLINI
(con humor)
¿Otra vez esa canción lastimera!

CORO
(fuera de escena)
En el mar ellos siguen 
alegremente al viento. ¡Oh!

CELLINI
Siempre que cantan esa canción 
se produce una desgracia.

CORO
(fuera de escena)
Y cuando su barco se hunde, 
las olas son su tumba. ¡Oh!

ASCANIO
(entrando y en voz baja) 
¡Funesto presagio es esa canción!

CELLINI
Nunca mi trabajo tendrá éxito
si pierden la confianza. 

(con energía, a los fundidores) 

¡Es en un río de metales fundidos 
en donde nosotros somos marineros! 
¡Reinar sobre la ola es un juego, 
comparado con reinar sobre el fuego! 

ASCANIO, CELLINI
¡Vamos, muchachos, ánimo! 
¡Sacad energías! 
¡Vamos, con coraje! 
Mezclad el hierro y el estaño.
¡Mañana beberemos por el éxito!

CORO
(más tristemente aún)
¡Dichosos los marineros, 
estos muchachos del mar!

N° 25 - Recitativo 

CELLINI
(tomando un delantal que se coloca rápidamente)
¡Rápido, al trabajo, sin más demora!

(Alguien golpea a la puerta.) 

Pero ¿quién será ahora?

ASCANIO
(que abrió y regresa apresuradamente)
¡Fieramosca!

Escena Décima 

(Entra Fieramosca con dos amigos) 

CELLINI
¿Qué buscan este tonto y esos fanfarrones?

FIERAMOSCA
(con gravedad)
¡Cellini, vengo para hacerte
descender al infierno!

CELLINI
¿Hacerme descender al infierno?
Explícate, malvado bufón.

FIERAMOSCA
¡Pues bien! Vengo a pedirte explicaciones 
por tus injurias...

CELLINI
¿Tú, cobarde? ¿Te estás burlando?

FIERAMOSCA
Hablo muy en serio.

ASCANIO
¡Esto sí que es bueno!...

FIERAMOSCA
Salgamos a batirnos...

ASCANIO
¿Sin tomar aliento?

FIERAMOSCA
Ahora mismo...

CELLINI
Pero...

FIERAMOSCA
¡Vamos!

CELLINI
No puedo salir.

FIERAMOSCA
¿Rehúsas?

CELLINI
(reaccionando indignado)
¡Ni lo pienses!... ¡Nos batiremos aquí mismo!

FIERAMOSCA
¡No, no! 
Si te mato en tu casa, será un asesinato. 
Es la ley, ya lo sabes. 

CELLINI
¡Ah, maldito charlatán!
Ya veo lo que buscas:
impedirme continuar mi tarea.
Pero, gracias a Dios, 
espero darte rápidamente 
una buena lección. 
¿Dónde nos encontraremos?

FIERAMOSCA
Aquí, muy cerca, 
detrás del claustro de San Andrés.
Te estaré esperando.

CELLINI
Está bien. Ve delante. Yo te sigo.

FIERAMOSCA
(Mirando ferozmente a Cellini)
¡Bien, si te atreves a presentarte, 
te haré descender al infierno!

(sale junto a los dos espadachín por la puerta 
de izquierda.) 

Escena Undécima 

CELLINI
¡Qué contratiempo este duelo!
¡Rápido, vamos, dame mi estoque!

(Ascanio va a buscar el arma. La puerta se abre, 
y Teresa entra vestida como para un viaje.)

Escena Duodécima 

CELLINI
(sin darse la vuelta)
¡Otra vez, Fieramosca!

(viendo a Teresa corre a su encuentro) 

¡Teresa! ¡Dios del cielo! ¡Teresa!

TERESA
¡Mi padre nos ha traicionado!

CELLINI
¿Cómo, qué dices?

TERESA
¡Mi padre nos traicionó!
Tú sabes que el Santo Padre decidió,
a pesar de tanta cólera, que ni un toscano (tú), 
ni un Romano (Fieramosca),
podría optar a mi mano hasta esta tarde.

CELLINI
¿Y bien?

TERESA
Desafiando esta santa orden, 
mi padre quiso alejarme de la ciudad; 
¡pero yo me escapé 
y ahora regreso junto a ti!

Escena Decimotercera 

ASCANIO
(llega con una espada, sin ver a Teresa)
¡Maestro, aquí está la espada!

TERESA
¡Una espada! ¿A dónde vas?

CELLINI
Regreso en un momento.

TERESA
¡No! ¡no! ¡Tú vas a batirte a duelo!... 
¡Quédate aquí!

CELLINI
¡Realmente no puedo quedarme!

TERESA
Voy contigo.

CELLINI
No temas nada, querida niña.
Voy a enviar al diablo a tu futuro esposo, 
a tu amante.

TERESA
¡Fieramosca!

CELLINI
¡Ese miserable! ¡Vino a insultarme!

TERESA
¡Es una emboscada! 
¡Tengo sombríos presentimientos!

CELLINI
¡Tranquilízate!

TERESA
¡Gran Dios!

CELLINI
No es un Hércules.
Es sólo un vil bufón 
cuya bravuconada es ridícula, 
y al que voy a castigar rudamente.

(sale con Ascanio) 

Escena Decimocuarta 

TERESA
¡Mis ruegos han sido vanos! 
¡Dejarme aquí sola!
Va a batirse a duelo.

FUNDIDORES
(fuera de escena)
¡Cellini! ¡Cellini!

TERESA
¿Qué hago? ¿Voy tras él?... ¿Me quedo?...

CORO
¡No! ¡no! ¡Basta de tanto trabajar!
¡Abandonemos los hornos!

TERESA
¡Ah! si él no regresa 
estaré perdida.

Escena Decimoquinta 

N° 26 - Coro 

FRANCISCO, BERNARDO, CORO
¡Escuchad todos!
Cerremos el taller 
de inmediato. 
¡Abajo los martillos, 
las palas y los cinceles!
¡Apaguemos los hornos!
¡Dejad el trabajo!
¡Y que el descanso 
ponga finalmente término 
a todos nuestros males!

TERESA
¡Dios! ¿A qué viene esa cólera?
¿Qué queréis hacer?

CORO
¡Irnos de aquí!

TERESA
¡Eh! Pero... ¿Pero y Cellini?...

CORO
El maestro, sin misericordia,
nos deja únicamente los padecimientos.
¡Oh, es demasiado sufrimiento 
para que sólo él se enriquezca!

TERESA
Paciencia.
Cellini, os los aseguro,
va a regresar. 
¡Ah! ¿Qué puedo hacer?

CORO
¡Queremos salir!
¡Para nosotros en la tierra 
sólo hay trabajo y miseria!
¡Para nosotros las desdichas
y para el maestro los honores!

TERESA
¡Vamos, valor, 
volved al trabajo! 
Os aseguro, que mañana 
se os pagará espléndidamente.

CORO
¿Mañana?
¡No tenemos pan, 
nuestros hijos tienen hambre!

TERESA
¡Oh, Virgen santa, ay! 
¡No abandones 
nunca a mi esposo! 
¡Protégelo!

CORO
¡Vámonos todos!
¡Seguir aquí
es pura locura!

TERESA
¡Protégelo, te lo suplico!

Escena Decimosexta 

N° 27 - Escena y Coro 

TERESA
(viendo a Fieramosca)
¡Ah, cielos! ¡Él ha muerto!

(Cae desvanecida. Francisco y Bernardo 
se acercan a Teresa y la sostienen) 

CORO
¿Por qué este delirio? 
¿Qué pasa? ¡Ayudémosla! 
¡Se muere!

FIERAMOSCA
(sorprendido)
¡Ah! ¿Qué significa este clamor? 

TERESA
¡Oh, queridos fundidores! 
¡Vengad a vuestro maestro 
que ha sido asesinado por ese miserable! 
¡Asesino!

CORO
¿Qué? 
¿Este traidor infame ha matado al maestro?

TERESA
¡Es un espadachín!

CORO
¡Matémoslo! ¡Asesino!

FIERAMOSCA
(debatiéndose)
¡Ah! ¡Calmad vuestro enojo!
¡Soy vuestro amigo!

(Los fundidores lo zamarrean haciendo que de 
sus bolsillos caigan monedas de oro) 

CORO
¿Qué? ¿Y este oro?
¿Qué vas a hacer con él?

FIERAMOSCA
Vengo como un hermano 
para haceros ganar un buen sueldo, 
¡mucho mejor que el que se os paga aquí!

CORO
¡Diablos! ¡Gracias! 
Pero ¿cómo aceptar
el salario 
del vil asesino 
del gran cincelador? 
¡Rápido, a la caldera!

FIERAMOSCA
¡Ah, sí soy vuestro amigo!

Escena Decimoséptima 

CELLINI
¡Eh! ¿Qué sucede?

CORO, TERESA
(Teresa abrazando a Cellini)
¡Gran Dios! ¡Cellini!

CELLINI
¡Eh! ¡Sí, aquí estoy!

TERESA
¡Qué felicidad! 
La vida no te fue arrebatada.
¡Oh, mi amado esposo!

CORO
Todos creíamos que te...

CELLINI
¡Ah! Tranquilizaros...

(a Fieramosca que resopla como un buey) 

¿Qué haces en mi casa, audaz, 
mientras yo,
te esperaba en vano 
con la espada en la mano?

FIERAMOSCA
(temblando)
Vengo sin misterio... 
Yo vengo...

CORO
(mostrando el dinero de Fieramosca)
... vino para intentar contratarnos.

CELLINI
¡Cómo! 
¿A sobornar a mi taller?
¡Ardo de ira!

FIERAMOSCA
(cada vez más tembloroso)
Yo vengo... querido colega...
Yo vengo...

CELLINI
¡Vienes a trabajar!

CORO
¿Cómo?... ¿A trabajar?

CELLINI
Sí, sí, a trabajar...
¡Ponedle a ese payaso 
un delantal negro, 
y que haga su tarea 
en el taller!
De lo contrario...

CORO
¡Muy bien! ¡Qué cómico!

TERESA, ASCANIO, CORO
¡Adelante, feroz Vulcano, 
acepta este papel, 
o de lo contrario te darás un baño 
en un torrente de bronce!

FIERAMOSCA
(mientras le ponen el delantal)
Prefiero este papel 
a tener que tomar un baño 
en un torrente de bronce.

N° 28 - Coro 

FRANCISCO, BERNARDO
¡Al taller!

Concertante 

CORO
Adelante fundidores,
regresemos con ágiles pasos, 
y que nuestros martillos, 
palas y cinceles 
terminen el resto 
de nuestro trabajo. 
Regresemos, y que los hornos 
saliendo de su reposo 
terminen lo que queda 
de nuestros trabajos. 
Regresemos a los hornos, 
retomemos nuestros trabajos.

TERESA, ASCANIO
¡Vamos! ¡A los hornos! 
Y que los martillos, 
palas y cinceles,
saliendo de su reposo 
acaben lo que queda 
de vuestro trabajo.

CELLINI, TERESA, ASCANIO
¡Regresad a los hornos! 
¡Terminad los trabajos! 
¡Qué buen torneado! 
¡Qué figura tan perfecta!

FIERAMOSCA
Prefiero este papel 
a tener que tomar un baño 
en un torrente de bronce. 
Entremos a los hornos.

ASCANIO
¡Oh! ¡Qué torneado tan excelente!

(Cellini y los fundidores salen) 

Escena Decimoctava 

N° 29 - Recitativo 

TERESA
¡Ah! la calma renace en mi alma angustiada, 
pero el cielo aún está muy oscuro.

ASCANIO
¡Coraje! Esta noche, antes de la tormenta, 
llegaremos a bien puerto.

(entra en la fundición.) 

Escena Decimonovena 

N° 30 - Escena 

(Entrada del Papa y su séquito) 

BALDUCCI
(asombrado)
¡Teresa!... ¿Tú aquí? ¡Hija rebelde!

EL PAPA
¡Detente, Balducci!

TERESA
(de rodillas ante el Papa)
¡Oh perdón, Santo Padre!

EL PAPA
Levántate y dime, 
¿qué te trajo aquí, querida?

BALDUCCI
En realidad...

EL PAPA
¡Tranquilízate, mi estimado Balducci, 
por Dios, guarda silencio!

TERESA
Mi padre, abusando de su poder, 
quiso alejarme de Roma de inmediato. 
Pero contando con vuestra indulgencia, 
quise reunirme esta tarde con mi amado.

EL PAPA
Haz hecho muy mal mi querida niña. 
Debiste obedecer a tu padre, 

(mirando a Balducci severamente) 

¡No obstante él faltó a sus deberes!
¡Ah! ¿No podemos ver a Cellini?

TERESA
Aquí está, Santo Padre.

(Cellini entra presuroso y saluda al Papa.) 

EL PAPA
¿Y bien?... ¡Demonios!... ¿Has terminado?

CELLINI
¡No, no todavía! 
Pero, gracias a Dios, todo va muy bien.
En las calderas el fuego se redobla, 
y el material sólo espera a su santidad 
para descender con majestuosidad
a las entrañas de la tierra.

BALDUCCI
¡Qué fanfarrón!

EL PAPA
¡Su alegría es fingida!
Con su probada sangre fría, 
el canalla se mofa de mí.
¡Pero paciencia!... Vamos, empieza.

Escena Vigésima 

N° 31 - Final 

(Sube la cortina del fondo y se ve el horno. 
Al fondo, la escena está llena de gente; a la 
derecha, el horno al rojo vivo; en el medio, 
un brocal y una canaleta destinado a recibir el 
metal fundido. Es de noche. A la izquierda, un 
asiento de honor donde se acomoda el Papa, 
rodeado de su séquito)

FIERAMOSCA
(en el taller, corriendo feliz de un lado a otro)
¡Metal! ¡Metal! Necesitamos metal,
o el trabajo se interrumpirá.

CELLINI
¿Qué dices fundidor infernal?

FIERAMOSCA
¡Metal! ¡O el trabajo se detendrá!

CELLINI
Veamos... ¡Qué contratiempo fatal!

(se dirige hacia el horno.) 

BALDUCCI
(reconociendo a Fieramosca)
¡Fieramosca!... ¡Qué vestimenta!

FIERAMOSCA 
(avergonzado)
¡Oh! He acordado...

BALDUCCI
¡Qué cara tan negra!
No entiendo. nada...

FIERAMOSCA
Entre artistas, 
¿no debemos ayudarnos?

CELLINI
(regresando preocupado, a Fieramosca)
¡A trabajar!

(Fieramosca, ante el gesto imperioso de 
Cellini regresa al horno y éste lo sigue 
casi inmediatamente.) 

Concertante 

TERESA, ASCANIO
¡Qué palidez en su rostro!
¡Oh, Dios! ¡No lo abandones!

BALDUCCI, EL PAPA
¡Qué palidez en su rostro!
¡Creo que está en problemas!

CELLINI
(regresa, con brusquedad y agitado)
Perdonad, hacía falta el ojo del maestro...

BALDUCCI
(irónico)
¡Qué hermosa obra nacerá!

CELLINI
Con metal he alimentado el horno, 
el fuego está al máximo.
Ahora todo va mejor.

(Los fundidores trabajan con creciente 
actividad.) 

FRANCISCO, BERNARDO
(acuden asustados)
¡Maestro, maestro!
¡La fundición se detiene!

TODOS
¿La fundición se detiene?

FRANCISCO, BERNARDO
¡Metal!

CELLINI
¿Ya se fundió todo?

FRANCISCO, BERNARDO
¡Todo! ¡Le dije que hacía falta más!

CELLINI
Ya no tengo más. ¡Estoy perdido!

EL PAPA
¡El fanfarrón está confundido!

BALDUCCI
¡El espadachín será colgado!

TODOS
Ya no tiene más. ¡Está perdido!

BALDUCCI
¿Cómo? ¡A ti, a un hombre tan ingenioso! 
¿Una bagatela de nada te pone en jaque?
¡Qué terror!
Tu ciencia es infinita.
¿Por qué desesperarse?

FUNDIDORES
¡Metal! ¡Metal!

FRANCISCO
¡Maestro, el tiempo corre; 
al fuego se apaga!

CELLINI
(balbuceando)
¡Esperad!... ¿Qué hace falta?...¿Qué hago?... 
¿Qué debo hacer?

FUNDIDORES 
(gritando cada vez más)
¡Metal! ¡Metal! ¡Metal!

CELLINI
(exasperado, elevando las manos al cielo)
¡Señor, usa tu poder! 
En tus manos está el único remedio. 
Si no quieres que me rinda 
ante la adversidad, 
¡ayúdame para que yo me ayude!...

BALDUCCI
¡Orar, no es momento para hacerlo! 
Primero asegúrate el éxito,
luego podrás dar gracias al cielo. 

CELLINI
¡Estoy salvado, Dios me ayuda!... 

(a Francisco y Bernardo)

¡Tomad todo lo que poseo!
¡Corred, no dejéis nada en el taller!

FRANCISCO, BERNARDO
¡Qué! ¿Todas tus obras maestras?

CELLINI
¡Corred, corred, no importa!...
Llevaros, el oro, la plata, el cobre, el bronce, 
¡Arrojadlo a la caldera! 

(Francisco y Bernardo salen corriendo. Pronto 
se los ve reaparecer desde el fondo seguidos por 
Ascanio y otros fundidores, cargados de estatuas 
y otras obras de oro y bronce que tiran al horno. 
Ascanio ante el ejemplo que da su maestro toma 
un candelabro, Cellini recoge todos los trabajos 
que hay en el taller y corre a tirarlos dentro del 
horno) 

Concertante 

TERESA
¡Ay, las fuerzas me abandonan!
¿Logrará hacerlo a pesar de todo?

EL PAPA
(de pie en medio de la escena)
¡Realmente, su audacia me asombra! 
¿Logrará hacerlo a pesar de todo?

BALDUCCI
¡Por Dios, se ha vuelto loco!
Su propia ruina le provoca placer.

(Se oye un estampido; es la tapa de la caldera 
que salta) 

TERESA, EL PAPA, BALDUCCI
¡Ah! ¡Qué estruendo! ¿Qué sucede?

(Las mujeres y los hijos de los fundidores entran 
en escena) 

CELLINI
(se precipita desesperado delante de la escena) 
¡Estoy perdido!

FUNDIDORES
(desde el fondo del escenario)
¡Viva, viva! ¡Viva el maestro!

(Ante estos gritos, todas las miradas se vuelven 
hacia el horno de donde salta un torrente de 
metal líquido) 

TODOS
¡Victoria!

FIERAMOSCA
(ahumado, se abre paso entre la gente para 
llegar hasta Cellini)
¡Vamos, vamos, dejadme pasar!
¡Querido amigo, un abrazo!

BALDUCCI
(Toma a Teresa y la acerca a Cellini)
¡Lo logró! ¡Yo confiaba en él! 
¡Hija mía, abraza a tu futuro esposo!

CELLINI
(para sí)
Y ahora, ¿quién es el cobarde?...

(en voz alta) 

¡Santo Padre, terminé mi tarea!

EL PAPA
(descendiendo de su estrado)
Puesto que el propio Dios te ha bendecido a ti, 
a tus trabajos y a tu intrepidez, 
en este instante cumplo mi promesa, 
¡yo te perdono, Cellini!

CELLINI
¡Oh, mi amada Teresa!

TERESA
¡Oh, Cellini!

(El Papa sale con su séquito) 

FRANCISCO, BERNARDO, CORO
¡Viva! ¡Viva!

TERESA, ASCANIO, FIERAMOSCA
¡Gloria inmortal!

FUNDIDORES
El oro brilla como un sol
y el rubí centellea 
como un fuego en la noche.

TERESA, ASCANIO, FIERAMOSCA
FRANCISCO, BERNARDO, BALDUCCI
¡Gloria a él!

TODOS
Los metales, esas flores subterráneas 
de colores imperecederos, 
sólo decoran las frentes de las reinas, 
los reyes, los papas, los grandes duques, 
y los emperadores.
¡Honor a los maestros cinceladores!
¡Tra, la, la, la!
¡Honor a los maestros cinceladores!



Traducido y Escaneado por:
José Luis Roviaro 2009